Le rapporteur de l’ONU sur la liberté religieuse travaille avec un lobby israélien

Par Ali Abunimah – 13 août 2019

Ahmed Shaheed, rapporteur à l’ONU sur la liberté de religion, adopte une définition biaisée de l’antisémitisme promue par une lobby israélien. (ONU Genève)

L’expert
des Nations Unies chargé de contrôler la liberté religieuse à
travers le monde est accusé de passer sous silence les violations
systématiques par Israël des droits des Palestiniens de pratiquer
leur foi.

Ahmed
Shaheed, rapporteur spécial de l’ONU sur la liberté de religion
ou de croyance, travaille aussi étroitement avec des lobbies
israéliens pour produire un rapport qui puisse stigmatiser le
soutien aux droits des Palestiniens en le faisant passer pour de
l’antisémitisme.

Shaheed est un universitaire
et l’ancien ministre des Affaires étrangères des Maldives.

« Depuis sa nomination
en novembre 2016, Mr. Shaheed a été très loquace, disert et engagé
sur des sujets importants et essentiels tels que l’antisémitisme »,
a dit lundi l’organisation euro-méditerranéenne Human Rights
Monitor.

« Il
a aussi été exagérément loquace à propos de la liberté de
religion en Iran, en comparaison avec son silence sur les questions
de liberté de religion des minorités Chiites dans des pays comme
l’Arabie Saoudite par exemple. »

Mais
Euro-Med Monitor remarque qu’il n’est « pas arrivé à
trouver une seule déclaration de Mr. Shaeed à propos des violations
israéliennes incessantes des droits des Palestiniens à leur liberté
de religion sur le Mont du Temple/al-Haram al-Sharif, même lorsque
les autorités israéliennes ont complètement fermé les grilles de
la mosquée [al-Aqsa] au nez des fidèles musulmans en juillet 2017,
ou plus récemment ».

Les forces d’occupation
israéliennes ont attaqué les fidèles musulmans et leur ont fermé
le complexe d’al-Aqsa à Jérusalem dimanche, premier jour de l’Aïd
al-Adha.

Au même moment, il a autorisé
quelque 1.700 fidèles juifs, organisés en associations dont le but
est de détruire la mosquée al-Aqsa et le Dôme du Rocher, à entrer
sur le site.

Israël impose aussi
habituellement des restrictions à la liberté de religion des
chrétiens.

Par ailleurs, la visite la
plus récente en Israël et dans les territoires occupés
palestiniens du bureau du rapporteur spécial sur la liberté de
religion remonte à plus d’une décennie.

Travailler
avec un lobby israélien

« Nous trouvons
extrêmement inquiétant que l’une des autorités les plus
pertinentes sur la question de la liberté de religion reste
complètement silencieuse et aveugle devant les graves et
systématiques violations d’Israël contre les fidèles musulmans à
la mosquée al-Aqsa », a dit Anas Jerjawi, directeur du bureau
palestinien d’Euro-Med Monitor.

Jerjawi a aussi accusé
Shaheed « d’être proche de lobbies israéliens tels que le
Congrès Juif Européen, le Congrès Juif Mondial et autres ».

« Ceci soulève d’autres
questions à propos de l’objectivité de sa conduite lorsqu’il
refuse simultanément de critiquer ou au moins de documenter sur les
violations contre le droit des Palestiniens à la liberté de
religion. »

En mai, Shaheed s’est joint
au Congrès Juif Mondial et aux organisations communautaires juives
d’Europe pour préparer le « tout premier » rapport de
l’ONU sur l’antisémitisme.

Le Congrès Juif Mondial
exerce une pression pour soutenir Israël, y compris en justifiant
ses attaques contre les civils palestiniens en tant qu’
« auto-défense » et opposition à BDS, le mouvement non
violent de boycott, désinvestissement et sanctions pour les droits
des Palestiniens.

L’organisation du lobbying a
pour but de « mettre en œuvre la richesse prodigieuse du
talent des Juifs dans le domaine des relations publiques pour contrer
les images négatives d’Israël et de son peuple, dans les médias,
sur internet et via les porte-paroles éloquents qui l’attaquent ».

Shaheed cherche à soumettre
son rapport sur l’antisémitisme à l’Assemblée Générale de
l’ONU en septembre.

Dans l’appel à témoins
pour son rapport, Shaheed demande explicitement des exemples
d’antisémitisme « tels qu’énumérés dans la Définition
de Travail de l’antisémitisme de l’Alliance Internationale du
Souvenir de l’Holocauste (IHRA) ».

C’est significatif parce que
la définition controversée de l’IHRA, promue par Israël et son
lobby, met sur le même plan les préjugés anti-juifs, d’une part,
et la critique d’Israël et de son idéologie raciste d’État, le
Sionisme, d’autre part.

Le Sionisme est raciste parce
qu’il prétend que les Palestiniens, expulsés de leur terre
natale, avant, pendant et après la création d’Israël, ne
devraient pas être autorisés à revenir chez eux, simplement parce
qu’ils ne sont pas juifs.

En conservant cette idéologie
sioniste, Israël considère les Palestiniens comme une « menace
démographique » qu’il faut contrôler en utilisant des
moyens qui vont de lois racistes et discriminatoires aux massacres
habituels.

La semaine dernière, on a
appris qu’une autorité locale britannique avait utilisé la
définition de l’IHRA pour interdire à une randonnée caritative à
vélos pour lever de l’argent pour les enfants palestiniens
d’utiliser des parcs publics.

Dans des courriels internes,
des responsables du quartier londonien de Tower Hamlets ont parlé de
l’opposition des organisateurs aux crimes bien documentés d’Israël
contre les Palestiniens comme de l’antisémitisme.

En réponse à cet incident,
Antony Lerman, ancien directeur de l’Institut de Recherche sur la
Politique Juive, a renouvelé ses mises en garde contre le fait que
l’utilisation de la définition de l’IHRA sert de manière
criante à la censure.

Lerman écrit que c’est
« l’imprécision même de l’IHRA qui a autorisé une
interprétation totalement libre, réjouissant les opposants aux
demandes des Palestiniens pour l’égalité des droits, le droit au
retour pour les réfugiés, la fin du nettoyage ethnique et la
reconnaissance de la Nakba ».

Mais maintenant, l’expert en
liberté de religion de l’ONU adopte cette définition arbitraire,
vague et large comme base de son rapport.

Tweets
anti-palestiniens

Shaheed a utilisé son compte
Twitter avant d’assumer son rôle à l’ONU pour exprimer son
penchant en faveur d’Israël.

Il faisait écho à un point
de discussion israélien comme quoi l’ONU met Israël à part,
quand en fait l’organisation mondiale n’a pas une seule fois
imposé de sanctions à Israël pour ses nombreuses insignes
violations du droit international.

Il a encouragé l’opposition aux efforts des Palestiniens pour tenir Israël responsable par des boycotts non violents.

Il a même pris pour cible le
gouvernement des Maldives pour aider à reconstruire les maisons des
Palestiniens détruites à Gaza.

Shaheed s’est aussi vanté
de ses « ouvertures vers Israël ».

Notamment, Shaheed est un
attaché supérieur au Centre Raoul Wallenberg pour les Droits de
l’Homme, groupe de réflexion présidé par Irwin Cotler, un des
plus éminents personnages du lobby israélien au Canada.

Euro-Med Monitor dit qu’il a
« essayé à de nombreuses occasions d’entrer en contact avec
Mr. Shaheed, pour essayer de lui donner envie d’entreprendre les
actions nécessaires en accord avec sa position et les
responsabilités qui lui sont assignées ».

Mais
l’association des droits de l’Homme dit que toutes ses lettres
« sont restées totalement ignorées et sans réponse ».

L’association a également
écrit au Haut Commissaire aux Droits de l’Homme de l’ONU,
l’exhortant à faire une enquête sur la conduite de Shaheed et à
le remplacer si nécessaire.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : The Electronic Intifada




L’Autorité palestinienne pensait que son respect des règles mènerait à l’indépendance, mais il n’a fait que renforcer la domination israélienne

Noura Erakat le 3 juillet 2019


Mahmoud Abbas en train d’écouter Barack Obama à l’Assemblée générale de l’ONU en 2011. (Photo: Seth Wenig/AP)

Le texte qui suit
est un extrait du nouveau livre de Noura Erakat
Justice
For Some: Law and the Question of Palestine

(Justice pour certains : Le droit et la question de la
Palestine). N. Erakat y expose comment la « quête illusoire »
d’un État de l’Autorité palestinienne « a façonné chez
les dirigeants palestiniens un attachement à la tutelle
états-unienne et une réticence à adopter une ligne plus radicale,
qui serait basée sur une politique de la résistance »
.

En 2018, la
perspective d’un État palestinien souverain et indépendant est
obsolète. À la fin de 2015, les colons israéliens en Cisjordanie
étaient plus de 600 000, ce qui représente une augmentation de
200 pour cent depuis le début du processus de paix d’Oslo en 1993.
L’entreprise israélienne de colonisation découpe la Cisjordanie
en plus de vingt espaces de territoire non contigus, séparant
environ trois millions de Palestiniens en autant de groupes isolés
les uns des autres, sapant tout sens de continuité territoriale ou
de cohésion nationale. En 2000, Israël a débuté la construction
d’une barrière de séparation, ou mur, servant prétendument à
contenir le flot de Palestiniens voulant commettre des attentats
suicide à l’intérieur des frontières non déclarées d’Israël.
Lorsque le mur sera terminé, en 2020, 85 pour cent de sa longueur
traversera la Cisjordanie, en confisquant de fait 13 pour cent,
opportunément là où se trouvent justement les plus grands blocs de
colonies de peuplement. Le droit militaire israélien interdit la
présence et les déplacements des Palestiniens entre la Cisjordanie
et Gaza, ce qui aggrave leur fragmentation politique et
géographique. À Gaza, Israël a enfermé de manière
sécuritaire près de deux millions de Palestiniens et les retient
captifs par un siège terrestre et un blocus naval depuis plus d’une
décennie. Les Palestiniens ne peuvent pas se rendre librement à
Jérusalem-Est, et les 300 000 Palestiniens qui y vivent sont
soumis à une politique agressive d’expulsion. Depuis 1948, près
des deux tiers de la population palestinienne ont été poussés vers
une diaspora mondiale, notamment dans cinquante-huit camps de
réfugiés dans le monde arabe, et le droit au retour leur est
refusé. Ayant torpillé la possibilité d’un État palestinien,
Israël est maintenant la seule source d’autorité de la
Méditerranée au Jourdain.

Couverture de « Justice for Some: Law and the Question of Palestine » (Image : Stanford University Press)

Le travail juridique
a été au cœur du projet expansionniste d’Israël. Le système
judiciaire, le corps diplomatique, ainsi que les conseillers
juridiques civils et militaires israéliens ont compris l’imbrication
du droit avec la politique et ont mis à profit les prouesses
diplomatiques, militaires et économiques de l’État pour
poursuivre une activité juridique qui soutienne ses ambitions
politiques. Après la Première Guerre mondiale, une exception
souveraine qui définissait la Palestine comme un site de peuplement
juif a engendré un arrangement juridique spécial, qui a justifié
l’effacement juridique d’une communauté politique palestinienne.
Ce régime – ainsi que trois décennies de parrainage impérial
britannique – a permis à Israël d’affirmer par la force, en
1948, la souveraineté de ses colons juifs sionistes sur 78 % de la
Palestine mandataire. Israël a utilisé la fiction de l’inexistence
nationale palestinienne et la structure de l’urgence permanente
entre 1948 et 1966 pour transformer sa population native
palestinienne en individus présents-absents, dont les terres
pouvaient être confisquées arbitrairement pour la colonisation
juive. Lorsqu’il a mis fin à son régime d’urgence, Israël a
inscrit la subordination des Palestiniens comme citoyens de seconde
classe dans le droit civil. En 1967, Israël a déployé un mécanisme
juridico-politique, également fondé sur l’inexistence nationale
palestinienne, pour établir une occupation fondée sur des
revendications sui generis afin de faciliter son accaparement
régulier des terres en Cisjordanie et à Gaza. Le cadre des accords
d’Oslo établi en 1993 a engendré un autre régime spécialisé
qui a permis à Israël de poursuivre son expansion coloniale, cette
fois sous le prétexte de rétablir la paix. Depuis 2000, également
en accord avec des revendications similaires de distinction unique,
Israël a criminalisé tout usage de la force par les Palestiniens.
Dans le même temps, l’État a étendu son droit de recourir à la
force contre les Palestiniens et, ce faisant, a élaboré une
nouvelle législation sur le conflit armé.

Le succès d’Israël
a eu une conséquence involontaire : il administre un régime
d’apartheid. Du fait qu’il n’y a pas de séparation entre
Israël et les territoires, Israël doit maintenant composer avec la
réalité qu’il a sous sa juridiction une population native
palestinienne significative. Selon le Bureau des statistiques
israélien, environ 5,9 millions de Juifs-Israéliens, incluant la
population des colonies, et 6,1 millions de Palestiniens, vivaient en
Israël, Cisjordanie et Gaza en octobre 2012. Les projections
démographiques indiquent qu’en 2035 les Juifs-Israéliens ne
constitueront que 46 pour cent de la population totale. Inclure les
Palestiniens de Gaza et de la Cisjordanie au nombre des citoyens
minerait la majorité démographique juive à l’intérieur des
lignes d’armistice de 1949 (la Ligne verte). L’arrangement
actuel, par lequel Israël gouverne les Palestiniens occupés mais
les exclut de la citoyenneté, est l’illustration de ce régime qui
administre des systèmes juridiques distincts fondés sur ses propres
définitions raciales : en d’autres termes, un régime d’apartheid.

Les prédécesseurs
du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, connaissaient
les dangers de ce virage juridique. Au cours de son mandat de Premier
ministre, Ehud Olmert avait fait remarquer que l’échec de la
création d’un État palestinien forcerait Israël à « faire
face à une lutte semblable à celle qu’a connue l’Afrique du Sud
pour l’égalité des droits de vote, et dès que cela se produira,
l’État d’Israël sera fini ». Après avoir quitté son
poste de Premier ministre, Ehud Barak donna cet avertissement :
« Si, de la Jordanie à la mer, il n’y a qu’une entité
politique, dénommée Israël, celle-ci finira par être soit
non-juive, soit non-démocratique… Si les Palestiniens votent aux
élections, ce sera un État binational, s’ils ne le font pas, ce
sera un État d’apartheid. »

Tous les Israéliens
ne sont pas concernés par cette réalité. Des secteurs
significatifs de la société israélienne ont salué le statu quo
actuel comme une immense victoire. Certains veulent consacrer leur
réussite en annexant officiellement la Zone C, qui couvre 60 pour
cent de la Cisjordanie et où sont situés les plus grands blocs de
colonies de peuplement. En 2012, un comité du gouvernement a ravivé
le discours de la non-existence palestinienne lorsqu’il a conclu
qu’il n’y avait pas d’occupation parce que la Cisjordanie
n’appartenait à aucune autre puissance souveraine, justifiant
ainsi la présence permanente d’Israël dans le territoire. Alors
qu’une annexation de jure fait courir le risque de
l’absorption des Palestiniens, un cadre d’autonomie a la capacité
d’assurer une exclusion formelle de la population. Sous le régime
du cadre d’Oslo, Israël a constamment réduit la population
palestinienne dans la Zone C et l’a concentrée dans les Zones A et
B. Alors qu’il était décrit comme un arrangement temporaire en
attendant la conclusion de discussions finales sur le statut, le
cadre d’Oslo semble sans fin. Le prolonger permettrait de contenir
les Palestiniens et de les maintenir dans un statut de non souverains
dans leurs régions autonomes et de non citoyens d’Israël,
diminuant ainsi le défi démographique qu’ils posent.

Cette évolution
politique n’est pas qu’un phénomène politique de droite. Les
transferts de population, les échanges de territoires et l’annexion
dans le but d’assurer une majorité décisive aux Juifs, ainsi que
l’exclusion des Palestiniens, sont devenus des concepts de plus en
plus normalisés, y compris dans le discours majoritaire en Israël.
Un sondage de 2012 a mis en évidence le soutien populaire israélien
à l’idée d’un transfert volontaire ou forcé des Palestiniens
hors d’Israël. Des initiatives plus récentes ont proposé de
fournir des incitations économiques pour encourager les citoyens
Palestiniens à partir. D’autres propositions encore visent à
échanger avec l’Autorité palestinienne des villages à forte
population de Palestiniens israéliens avec des colonies de
peuplement de Juifs israéliens.

Plus sympathiques,
ou du moins plus astucieux politiquement, certains Israéliens nient
les allégations d’apartheid en reconnaissant les plaintes des
Palestiniens mais en séparant leurs revendications. Ils insistent
sur le fait que le traitement des Palestiniens citoyens d’Israël
est une question domestique, alors que les controverses en
Cisjordanie reflètent les défis de la résolution du conflit, et
Gaza est une question de sécurité nationale. En insistant sur les
démarcations juridiques et géographiques étatistes qui séparent
et distinguent les Palestiniens entre eux, les Israéliens libéraux
réfutent les affirmations selon lesquelles Israël applique un
régime discriminatoire singulier. Ces tentatives disculpatoires
contredisent l’expérience vécue par les Palestiniens eux-mêmes.

Dès 2000, après
l’échec des discussions de Camp David qui ont précipité
l’intifada d’Al Aqsa, un groupe de chercheurs palestiniens a
publié une déclaration décrivant la concentration des Palestiniens
dans une « série de petits territoires déconnectés les uns
des autres… qui sont considérées comme l’État palestinien
émergent ». Ils qualifiaient ces territoires de
« bantoustans », en référence au modèle de
subordination territoriale des Noirs utilisé dans les régimes
d’apartheid d’Afrique du Sud et de Namibie. La déclaration
faisait écho aux analyses juridiques et politiques palestiniennes
qui avaient culminé dans la résolution de l’Assemblée générale
assimilant le sionisme à une forme de racisme (Résolution 3379) et
semblait indiquer un retour à des analyses similaires. Cependant,
les réflexions qu’on pouvait mener en 1975 et celles de 2000
diffèrent sur deux points au moins, et il en va de même des études
de cas comparant la Palestine à l’Afrique du Sud et la Namibie.

D’abord,
contrairement à la situation du milieu des années 1970 lorsque
l’OLP soutenait l’introduction de la Résolution 3379, la
bureaucratie palestinienne aujourd’hui ne soutient pas
officiellement le discours anti-apartheid. La reconnaissance d’un
régime juridique singulier contredirait ses ambitions à établir un
État. Les officiels palestiniens ne se sont référés à
l’apartheid et à la possibilité d’un seul État démocratique
que comme une menace pour obliger Israël à faire des compromis dans
les négociations. Deuxièmement, en 1976, la communauté
internationale s’était opposée aux tentatives sud-africaines de
créer des foyers nationaux réservés aux Noirs, les dénonçant
comme des mesures visant à « consolider les politiques
inhumaines d’apartheid, à détruire l’intégrité territoriale
du pays, à perpétuer la domination de la minorité blanche et à
déposséder le peuple sud-africain de ses droits inaliénables ».
En contraste, la communauté internationale a célébré l’autonomie
palestinienne comme le germe de l’indépendance et a contribué par
un immense soutien financier et diplomatique à un arrangement qui,
en fait – sinon dans l’intention de ceux qui le soutiennent –
est oppressif. Alors que les Palestiniens, à l’exception des
officiels, ont interprété de plus en plus l’appareil de leur
domination et de leur dépossession comme un système d’apartheid,
la communauté internationale a continué de le décrire comme « une
autonomie intérimaire » pour parvenir à la paix. Entre-temps,
et sous le prétexte de parvenir à la paix, Israël a intensifié
les structures visant à se débarrasser des natifs palestiniens.

Bien qu’Israël
semble avoir réussi à établir une souveraineté contigüe à
travers la plus grande partie de ce qui était auparavant la
Palestine mandataire, la frontière de colonisation demeure active.
Le chercheur en Études du colonialisme de peuplement Lorenzo
Veracini nous dit que le triomphe ultime du colonialisme de
peuplement est sa propre disparition : il devient si normalisé
qu’il en devient imperceptible. En Palestine, ce projet demeure
explicite et vulgaire précisément à cause de la réalité
démographique, ainsi que du refus obstiné des Palestiniens à
abandonner leurs revendications d’appartenance à leur terre
natale. En continuité avec les politiques qu’il a commencé à
appliquer en 1947, et qu’il a consolidées pour en faire une
structure permanente d’urgence en 1948, Israël aujourd’hui, avec
ses institutions paraétatiques, déplace, dépossède et concentre
les natifs palestiniens, sans égard pour les compétences juridiques
ou les démarcations géographiques. Les buts d’Israël alors et
maintenant sont les mêmes : obtenir et maintenir une majorité
démographique juive, et également acquérir la plus grande partie
des terres où résideraient le moins possible de Palestiniens. Il y
parvient par le droit civil en Israël, un mélange de droit
administratif et de loi martiale à Jérusalem-Est, la loi martiale
en Cisjordanie, et la guerre déclarée à Gaza.

La concentration des
Palestiniens sous administration israélienne dans de petits
territoires est la plus évidente en Cisjordanie, où ils sont placés
et retenus dans les Zones A et B. Elle est aussi visible à Gaza, qui
connaît la plus forte concentration, ainsi qu’à l’intérieur
d’Israël lui-même, où le gouvernement a façonné une politique
législative visant à expulser 80 000 Bédouins palestiniens de
la région du Néguev et à les concentrer dans des communes urbaines
non contigües, sous le prétexte du développement. À Jérusalem,
la « politique du centre de vie », obligeant les Palestiniens
de Jérusalem à prouver une présence non interrompue dans la ville
pour conserver leur droit de résidence, a continuellement réduit la
population palestinienne. Dans le reste de la Cisjordanie et à Gaza,
Israël a illégalement révoqué les permis de résidence d’un
quart de million de Palestiniens entre 1967 et 1994, y réduisant la
population d’au moins 10 pour cent. À l’intérieur d’Israël,
une interdiction législative du regroupement familial interdit dans
certains cas aux époux de citoyens israéliens qui sont originaires
d’« États ennemis » (où un nombre significatif de
Palestiniens résident) le droit de régulariser leur statut – un
effort explicite pour réduire leur présence. Ceux-ci ne sont que
quelques exemples de la matrice de lois et de politiques qui visent à
chasser les Palestiniens. Les Palestiniens décrivent de plus en plus
leur situation comme constituant une nakba (catastrophe) continue, en
référence à l’évacuation et l’exil forcé de 80 pour cent de
la population palestinienne durant la guerre de 1948. Par cette
référence, ils identifient le projet israélien d’élimination
comme une politique institutionnalisée dans une continuité
coloniale.

Les politiques
israéliennes de colonisation et de dépossession équivalent,
ensemble, à un transfert forcé de population, en violation de la
Convention internationale sur l’élimination et la répression du
crime d’apartheid de 1973. Ce régime d’apartheid est à la fois
la conséquence des ambitions israéliennes de colonisation par le
peuplement, et la structure de gouvernance modale qu’Israël a mise
en place pour la protection et la conservation de ses prises
coloniales. De plus en plus d’organisations internationales de
défense des droits de l’homme et d’analystes ont scruté les
conditions qui en ont résulté, et ils en sont venus à considérer
la mauvaise répartition des ressources naturelles, l’accès inégal
au logement et les punitions différenciées en Cisjordanie comme les
éléments d’un régime racialement discriminatoire. En 2012, le
Comité des Nations Unies pour l’élimination de toutes les formes
de discrimination raciale a conclu que le « caractère
hermétique de la séparation de deux groupes » dans les
Territoires occupés était l’équivalent d’un apartheid. En
2017, la Commission économique et sociale des Nations Unies pour
l’Asie occidentale (CESAO) a provoqué un tollé quand elle a
poussé cette analyse jusqu’à conclure qu’Israël pratiquait
l’apartheid contre tous les natifs palestiniens, quels que soient
leur statut juridique ou leur résidence géographique. Le rapport
des Nations Unies a été le premier dans son genre à affirmer que
le régime juridique holistique d’Israël ne se limitait pas aux
Territoires occupés. Israël, avec l’aide des États-Unis, a forcé
les Nations Unies à classer le rapport. Le directeur de la CESAO a
démissionné en signe de protestation ; le rapport a été
divulgué et largement distribué. L’Autorité palestinienne a
publié des déclarations condamnant le rejet du rapport mais n’a
pas officiellement cautionné la critique de la gouvernance
israélienne qui la définit comme celle d’un régime singulier
d’apartheid.

C’est un
revirement cruel, mais non inédit dans l’histoire des mouvements
de libération cooptés et des régimes autoritaires postcoloniaux,
que les dirigeants palestiniens soient devenus partie intégrante du
problème palestinien. Aujourd’hui, l’assentiment et la
collaboration des dirigeants palestiniens sont centraux au régime
israélien d’apartheid et à son continuel déni. La participation
palestinienne aux discussions bilatérales parrainées par les
États-Unis maintient l’idée erronée qu’un État souverain est
à portée de main. Les faits sur le terrain démontrent qu’établir
un État palestinien aujourd’hui serait aussi difficile, voire plus
difficile, que démanteler le régime israélien d’apartheid. Le
cadre d’analyse de la quête de la paix maintient la fiction de la
parité et réduit la nécessité de faire pression sur Israël. De
plus, l’affirmation de l’Autorité palestinienne qu’elle
représente les Palestiniens résidant en Cisjordanie et à Gaza,
mais non les Palestiniens réfugiés ni ceux qui sont citoyens
israéliens, contribue à maintenir la fragmentation juridique et
géographique qui divise les Palestiniens entre eux et mine, en
pratique mais non en droit, leur statut de nation. Historiquement,
l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) représentait
tous les Palestiniens, mais depuis 1993 le mouvement de libération a
été incorporé dans l’Autorité palestinienne, ce qui l’a rendu
fonctionnellement absent. Ces fragmentations étayent les
affirmations israéliennes selon lesquelles les relations avec les
Palestiniens relèvent soit de la résolution de conflit, soit de la
sécurité nationale, mais non de l’apartheid.

Pire, comme partie
au marché faustien qu’est le cadre d’Oslo, l’Autorité
palestinienne a intériorisé la logique coloniale selon laquelle son
respect des règles et son bon comportement seraient récompensés
par l’indépendance. En fait, sa soumission a réifié la
domination d’Israël et a bénéficié de manière significative à
une élite palestinienne politique et économique. Conformément au
pacte, l’AP contrôle assidument sa propre population pour protéger
la population israélienne des colonies ainsi que les infrastructure
civiles et militaires qui soutiennent la présence des colons. L’AP
alloue 30 pour cent de son budget national à la sécurité, qui
représente la moitié de son secteur public. C’est plus que ce
qu’elle dépense pour « les secteurs de la santé, de
l’éducation et de l’agriculture combinés ». La
coordination pour la sécurité de l’AP avec Israël est devenue si
efficace que le général états-unien Keith Dayton, qui a formé
plusieurs classes d’officiers de sécurité palestiniens, a loué
les Palestiniens pour leur capacité à pointer leurs armes vers
« les vrais ennemis », en référence aux Palestiniens
suspectés de représenter une menace pour les intérêts nationaux
d’Israël. Il n’y a pas d’arrangement sécuritaire réciproque
pour protéger les Palestiniens. Dans cette tentative futile de
démontrer leur capacité à gouverner, les dirigeants palestiniens
ont soulagé Israël d’au moins une partie de son fardeau militaire
de puissance occupante et l’ont aidé à contrôler la population
autochtone.

Cette approche a
sévèrement altéré le mouvement national palestinien d’après
1965 et l’a transformé en un rouage essentiel de la machinerie
coloniale d’Israël, au lieu d’en faire le principal obstacle à
cet appareil. Dans son travail sur la politique coloniale de
reconnaissance, Glenn Coulthard souligne comment le colonialisme de
peuplement, en tant que forme de gouvernementalité, rend ce résultat
pervers prévisible. Les nations autochtones qui ont établi leur
souveraineté par le biais d’une reconnaissance formelle ont établi
des structures de relation avec les états coloniaux qui assuraient à
ces États la continuité de l’accès à leurs terres et leurs
ressources. Dans le cadre d’une administration bureaucratique, les
peuples autochtones deviennent « instruments de leur propre
dépossession ». Dans cet arrangement, continue Coulthard, « le
colonialisme contemporain travaille à travers plutôt qu’entièrement
contre la liberté ».

Le risque, du fait
que les officiels palestiniens ont adopté sans esprit critique cette
approche managériale, est que l’on confonde ce qui est offert en
matière d’autonomie limitée avec des étapes progressives menant
à la liberté. Cette quête illusoire, renforcée par les avantages
de l’autonomie et de l’accès aux forums multilatéraux, a
façonné chez les dirigeants palestiniens un attachement à la
tutelle états-unienne et une réticence à adopter une ligne plus
radicale, qui serait basée sur une politique de la résistance.

Extrait
de

Justice
for Some: Law and the Question of Palestine

de Noura Erakat.
© 2019
par le Conseil d’administration de la Leland Stanford Junior
University. Tous droits réservés.

Translation : MUV pour l’Agence France Palestine
Source : Mondoweiss




Il est temps pour le Parti démocrate US de résister au racisme israélien

Nada Elia – 15 août 2019

Ilhan Omar et la Présidente de la Chambre des représentants aux USA, Nancy Pelosi (photo : J. Scott Applewhite/AP Images)

La frontière qui sépare les progressistes et les partisans de l’apartheid devient de plus en plus claire, et elle ne correspond pas à celle qui sépare le Parti démocrate et le Parti républicain.

Avec la
déclaration du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu
affirmant qu’il empêchera les représentantes US Rashida Tlaib et
Ilhan Omar de se rendre en Palestine occupée – une visite qui
suivrait de peu le voyage parrainé par l’AIPAC d’environ 70
nouveaux membres du Congrès -,  on pouvait s’attendre à
un soutien fort et spontané en faveur de Tlaib et Omar de la part de
leurs collègues démocrates. Mais au lieu de cela, ce sont des
militants de base qui se sont mobilisés pour demander aux collègues
de Tlaib et Omar de condamner l’interdiction de Netanyahu, et le
soutien de Trump à cette interdiction.

La
pression semble fonctionner car certains démocrates publient des
déclarations fortes, comme Alexandria Ocasio-Cortez, membre de la
« Squad », qui a sauté le voyage de l’AIPAC, et qui
tweete : « les élus sont fréquemment invités à venir
visiter Israël pour ‘
voir les choses par eux-mêmes’.
Mais en choisissant d’interdire l’entrée aux deux seules femmes
musulmanes du Congrès, Netanyahu informe les USA que seuls
*certains* Américains sont les bienvenus en Israël, pas tous 
».
Ocasio-Cortez conclut son twett avec l’accusation que « Trump
exporte son sectarisme et ne fait qu’aggraver les choses
 »,
mais la réalité, c’est que Netanyahu, et Israël en général,
n’ont pas attendu le sectarisme de Trump pour se livrer à la
discrimination.

De la
même façon, la représentante Judy Chu semble également suggérer
que c’est Trump, plutôt que Netanyahu, le responsable de ce
dernier acte de discrimination. Chu tweete : « interdire à
des musulmans de voyager est l’une des positions politiques les
plus constantes de Trump
 ».

Dans une
mise au point optimiste, la quatrième membre de la « Squad »,
la représentante Ayanna Pressley, qui elle aussi a sauté le voyage
sponsorisé par l’AIPAC, a publié une déclaration forte sur le
refus par Netanyahu de laisser entrer ses « chères amies ».
Pressley écrit : « Quand vous vous attaquez à l’une
d’entre nous, c’est à nous toutes que vous vous attaquez.
Netanyahu alimente la division et punit la contestation, tout comme
le fait l’occupant de la Maison-Blanche. Ces femmes du Congrès,
Omar et Tlaib, sont mes chères amies, mes sœurs dans le service et
des Américaines travailleuses qui ont été la cible d’agressions
parmi les plus ignobles et les plus malfaisantes simplement parce
qu’elles sont ce qu’elles sont. Elles sont dûment élues membres
du Congrès et nous ne pouvons pas permettre qu’elles soient
marginalisées, discriminées, ni prises pour cibles à cause de leur
sexe, de leurs croyances religieuses, ou de leurs origines ethniques.
Ce n’est pas ce que nous sommes en tant que pays, et nous devrions
réévaluer nos relations avec tout pays qui cherche à interdire les
Américains et à menacer la sécurité de quiconque, y compris des
représentants du gouvernement
 ».

Plaidant
aussi pour une réévaluation – et suggérant presque un boycott
d’Israël -, le représentant Mark Pocan a twitté : « Le
Premier ministre Netanyahu doit annuler cette décision et aucun
membre du Congrès ne doit se rendre en Israël tant que tous les
membres du Congrès n’y seront pas les bienvenus 
».

Quarante
et un nouveaux élus du Parti démocrate viennent juste de se rendre
en Israël, cependant, et alors qu’ils ne s’en vantent peut-être
pas parce qu’ils réalisent que beaucoup de leurs électeurs
désapprouvent leur voyage, ils ne sont manifestement pas près de
faire pression sur Israël pour qu’il autorise Tlaib et Omar à y
entrer. Et si le Parti démocrate, et non des membres démocrates du
Congrès, n’insiste pas pour que les deux femmes du Congrès soient
autorisées à se rendre en Palestine occupée, et s’il n’agit pas
pour qu’il en soit ainsi (et publier une déclaration bourrée de
platitudes ne compte pas comme une « action »), alors le
Parti démocrate se sera rangé du côté des Républicains, avec
Trump, avec Netanyahu, sur une question de racisme, d’islamophobie,
de liberté d’expression politique, et plus généralement, de
droits de l’homme.  

Quoi que
disent les sondages au sujet du peuple, c’est-à-dire des
électeurs, étant de plus en plus critiques d’Israël, la division
n’est pas aujourd’hui, et ne l’a jamais été, entre politiciens
démocrates et politiciens républicains. Elle se trouve entre les
progressistes et les partisans et catalyseurs d’un État qui adopte
ouvertement l’apartheid. Ces partisans et catalyseurs sont dans les
deux partis.

Les
enjeux sont extrêmement élevés. La division entre les
progressistes et les catalyseurs de l’apartheid est une division
qui déchire le Parti démocrate, et menace d’assurer à Trump un
deuxième mandat présidentiel, car elle éloigne davantage les
progressistes du Parti démocrate. C’est ce que nous devons
transmettre à nos représentants, et aussi que les femmes
congressistes américaines Tlaib et Omar soient autorisées à se
rendre en Israël.

L’auteure : Nada Elia est Palestinienne, érudite militante, écrivaine et organisatrice de terrain. Actuellement elle termine un livre sur le militantisme de la Diaspora palestinienne.  

Source : Mondoweiss
Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine




En Direct de Gaza : Trois morts et deux blessés palestiniens dans la bande de Gaza : Ce dimanche 18 août 2019 C’est horrible !

Par Ziad Medoukh, 18 août 2019

En Direct de Gaza :

Trois
morts et deux blessés palestiniens dans la bande de Gaza :

Ce
dimanche 18 août 2019

C’est
horrible !

L’armée
israélienne a assassiné tôt ce dimanche 18 août 2019  trois
palestiniens, et en a blessé deux à Beit-Lahya au nord de la bande
de Gaza.

Ces
palestiniens de 24, 25 et 27 ans sont tous du nord de la bande de
Gaza.

Et ça
continue !

Bombardements,
agressions, attaques, incursions, et des jeunes palestiniens qui
tombent tous les jours.

C’est
horrible !

A la fin
de l’Aid Al-Adha, les soldats israéliens tuent les jeunes
palestiniens sur les frontières de Gaza

Terrible
!

Les
agressions israéliennes contre les civils palestiniens se
poursuivent dans tous les territoires palestiniens .

Devant
le silence complice de cette communauté internationale officielle.

Et
devant l’absence des médias qui occultent cette réalité.

Gaza et
la Cisjordanie défient l’occupation !

La
Palestine occupée résiste !

La
Palestine digne est plus que jamais déterminée !

Gaza
résiste, existe et vit !

Gaza
sous blocus patiente !

Gaza la
dignité garde toujours espoir !

Gaza la
déterminée continue de s’accrocher à la vie !

Gaza
l’agressée résiste, persiste et existe !

La lutte
continue !

Vive la
solidarité !

La
Palestine vivra !

La
justice triomphera !




Des jeunes musiciens palestiniens défient le « système d’oppression »

L’Orchestre des jeunes de Palestine est en tournée en Europe, ayant dû faire des répétitions par Skype à cause des restrictions aux déplacements.

Par Samira Shackle, 5 août 2019

Lorsque Nai Barghouti avait 11 ans, elle essayait un jour d’aller de chez elle en Cisjordanie occupée jusqu’à Jérusalem pour y prendre un cours de musique, comme elle le faisait chaque semaine.

Elle a été arrêtée à un checkpoint et on lui a dit qu’elle n’avait pas les bons documents ; elle emportait toujours une photocopie de son certificat de naissance, mais cette fois-ci le soldat israélien exigeait l’original. 

N. Barghouti n’arrêtait pas de répéter qu’elle venait chaque semaine, mais le soldat ne voulait pas transiger. 

En larmes, elle a appelé son père, qui est venu la chercher. Il lui a demandé si elle voulait rentrer à la maison ou essayer d’aller à Jérusalem par un autre chemin.

« J’ai dit ‘non, je ne rentre pas à la maison, parce que c’est ce qu’ils veulent’ », se souvient Nai. « Même maintenant, cela signifie beaucoup pour moi d’aller aux cours de musique. C’est mon droit. Et en Palestine, l’art est devenu un privilège, pas un droit. »

Aujourd’hui, N. Barghouti est flûtiste et chanteuse dans l’Orchestre des jeunes de Palestine (OJP), qui est actuellement en tournée en Europe

L’orchestre a été créé en 2004 par Suhail Khoury, le directeur général du Conservatoire de musique Edward Said à l’Université de Beir Zeit en Cisjordanie, avec pour vocation de réunir des jeunes musiciens palestiniens et de les aider à se développer. 

« J’ai réalisé en circulant dans la région qu’il y avait beaucoup de jeunes musiciens Palestiniens talentueux, mais comme c’est le cas pour tous les Palestiniens, ils étaient dispersés dans différents lieux sur terre », dit S. Khoury. 

« J’ai décidé de les réunir dans un projet culturel commun. Je voulais leur dire qu’où qu’ils soient, de quelque génération qu’ils soient, ils étaient toujours palestiniens, et que s’ils étaient musiciens, ceci était leur adresse. L’OJP est un groupe qui vous réunira tous. »

Lorsque l’orchestre a été créé, les candidatures étaient ouvertes aux personnes vivant en Palestine et dans toute la diaspora. 

Des musiciens du monde entier ont postulé. Les conditions d’entrée ont maintenant changé, pour accepter de jeunes musiciens (de 14 à 26 ans) de tout le monde arabe. 

L’orchestre a été créé en 2004 par Suhail Khoury, le directeur général du Conservatoire de musique Edward Said à l’Université de Beir Zeit en Cisjordanie [avec l’aimable autorisation de Suhail Khoury] 

Au cours des années, l’OJP a donné des concerts au Moyen-Orient, dans les Territoires palestiniens occupés et en Europe. 

La tournée actuelle inclut des concerts à Oslo, Copenhague et Amsterdam. 

« Normalement, lorsque les gens parlent des Palestiniens, c’est parce que nous sommes sous occupation et défavorisés », dit N. Barghouti. « L’OJP montre le côté puissant, beau, créatif de la Palestine, qui est si présent. »

Si créer un orchestre de jeunes ne semble pas être une entreprise très compliquée, dans le contexte palestinien c’est un parcours semé d’embûches. 

« C’est un vrai défi parce que les gens ne peuvent pas facilement se retrouver », dit S. Khoury.

Les musiciens de la Bande de Gaza se voient régulièrement refuser des permis de voyager par les autorités israéliennes, même lorsque des visas pour sortir du pays leur ont été attribués. Les musiciens palestiniens vivant au Liban ou en Syrie ne parviennent souvent pas à obtenir des autorisations pour se rendre en Cisjordanie pour jouer. Les répétitions doivent parfois se faire sur Skype. 

En général, le groupe se réunit une semaine avant la tournée, dans un lieu neutre, pour répéter intensivement – cette année, cela a eu lieu en Norvège

Ces restrictions strictes de leurs mouvements reflètent un schéma général ; une étude menée en juillet 2018 recensait 705 obstacles permanents en Cisjordanie, qui restreignent ou soumettent à un contrôle les déplacements de Palestiniens en véhicule ou à pied. 

« Cela va avec le refus du droit au retour des réfugiés palestiniens, qui constituent toujours la majorité des Palestiniens. Les Palestiniens citoyens d’Israël et les Palestiniens de Jérusalem sont également soumis à des formes spécifiques de contrôle de leurs vies et de leurs mouvements », décrit Rafeef Ziadah, enseignant en sciences politiques à l’École des études orientales et africaines de l’Université de Londres.

« Il est ainsi difficile pour les Palestiniens de se rencontrer au-delà de ces barrières, de s’organiser collectivement et de voyager. C’est pourquoi un projet tel que l’OJP est très important – son existence même représente fondamentalement un défi au système d’oppression qui sépare les Palestiniens entre eux et les isole du reste du monde. »

La musique, en particulier, a fait face à des obstacles importants. 

Le Conservatoire de musique Edward Said s’appuie entre autres sur des enseignants étrangers, dont beaucoup se sont vu refuser des visas par les autorités israéliennes ces dernières années. 

Au cours de l’année académique 2017-2018, quatre enseignants internationaux sur 20 se sont vu refuser un visa ou l’entrée sur le territoire ; et en 2018-2019, ils étaient 8 sur 19 dans ce cas. 

« Les assauts d’Israël contre les Palestiniens ne se limitent pas au vol de la terre et à l’occupation militaire, mais ils sont également des assauts contre la culture palestinienne dans son entier », dit R. Ziadah. 

« Des projets culturels continuent d’être au cœur de la résistance palestinienne. Ils ne fonctionnent pas tout seuls, évidemment, mais ils sont un élément crucial du mouvement pour la liberté car ils rassemblent les personnes dans la lutte et remettent en question les perceptions négatives et les stéréotypes, tout en affirmant la vie contre la brutalité organisée de l’armée israélienne. »

C’est certainement ce que ressent Lyan Najim.

Altiste au sein de l’OJP, elle a grandi à Ramallah et, tout comme N. Barghouti, a commencé à étudier la musique au Conservatoire de musique Edward Said.

« Être musiciens en Palestine signifie avoir des opportunités et des possibilités limitées. Non par manque de potentiel, mais à cause des problèmes de déplacement et d’autres obstacles », dit-elle.

« Les gens disent parfois que l’OJP montre ‘l’autre’ côté des Palestiniens, mais je pense qu’il montre le vrai visage des Palestiniens : nous sommes ouverts, nous avons des rêves, nous avons du potentiel et nous aspirons à être égaux. »

S. Khoury dit que son objectif premier pour l’OJP est de simplement poursuivre le projet ; entre les contraintes budgétaires et la bataille constante sur le front des visas et des permis de voyage, c’est déjà une tâche importante en soi. 

Fondamentalement, l’OJP cherche à faire deux choses : donner à de jeunes musiciens l’opportunité de développer leurs talents et de se produire sur la scène internationale, et unifier culturellement et politiquement les Palestiniens. 

« Il a aussi eu un impact auquel je n’avais pas pensé : il est devenu une source de fierté », dit S. Khoury. « C’est très important pour les Palestiniens, étant donné les évolutions actuelles. Les gens sont vraiment déprimés par la situation politique. Or cela leur donne de l’espoir et de la fierté. Ces enfants sont leurs enfants, et nous les avons tous vus grandir. »

Samira Shackle est une journaliste indépendante basée à Londres. 

Traduction : MUV pour l’Agence Média Palestine

Source : Al Jazeera  News




Comment j’ai appris à cesser de m’inquiéter et à reconnaître la Nakba

Par Michal Talya, le 8 août 2019, +972 Magazine

Depuis plus de soixante-dix ans, les Israéliens n’ont pas été capables d’accepter les conséquences de la Nakba. Pour y parvenir, ils devront affronter les dures réalités de 1948 et se défaire de leur supériorité morale.

Des Palestiniens de la ville de Ramle se rendent aux forces israéliennes pendant la guerre de 1948. (Eldad David/GPO)

La première fois que j’ai entendu un témoignage sur la Nakba, c’était il y a presque vingt ans par un Bédouin nommé Khalil qui vivait dans le Negev/Naqab. Je me souviens à quel point ce me fut difficile de croire que ce qu’il disait était la vérité. En réalité, J’étais persuadée que, comme il racontait des histoires d’actes cruels effectués, et par les soldats et par les responsables politiques israéliens, il exagérait les choses de façon disproportionnée – qu’il était sous l’influence de son « imagination orientale », essayant de profiter de son statut de victime.

Il y avait dans la pièce une poignée d’Israéliens et quelques dizaines de personnes d’autres pays, et il était insupportable d’entendre quelqu’un me salir, moi et le collectif avec lequel je m’identifie – de voir quelqu’un démolir les fondations de l’image morale que j’avais d’Israël. Je m’étais toujours retrouvée à la gauche du spectre politique, mais il m’était pourtant difficile de croire que des soldats israéliens pouvaient se comporter ainsi. Et il ne me parlait que de son histoire personnelle et de celle de sa famille.

Le témoignage de Khalil m’a fait comprendre qu’on m’avait caché tout un pan de l’histoire. Nous tous, diplômés du système éducatif israélien, Juifs et Arabes, avons appris l’histoire et l’instruction civique dans des manuels qui déformaient et cachaient les difficiles vérités qui ont conduit à la création d’Israël.

Depuis lors, j’ai écouté beaucoup de témoignages plus personnels de Palestiniens, continuant à lire et à m’instruire sur la Nakba dans diverses sources historiques. En 2003, j’ai commencé à tenir une réunion annuelle, qui s’est ensuite poursuivie, entre citoyens israéliens juifs et arabes, pour la Journée du Souvenir et le Jour de l’Indépendance, où les participants pouvaient entendre l’histoire de chacun des autres et partager leurs peines et leurs espoirs.

Lire un récent rapport d’enquête – par Hagar Shezaf dans Haaretz – sur une tentative d’Israël de cacher des documents d’archives sur la Nakba a été un coup à l’estomac. Dans la douleur de ce coup se trouvent quantité de réflexions, dont la compréhension de la grande fragilité de la base morale de la fondation d’Israël, et de l’étendue de la tentative des dirigeants du pays pour cacher et continuer d’essayer de cacher cette réalité.

Le récit sioniste a toujours décrit la victoire militaire d’Israël en 1948 sur les armées arabes avec fierté et patriotisme. Mais quand il en venait à la population arabe du pays, le récit officiel manipulait la réalité et cachait la vérité. On a appris aux Israéliens que les Arabes ont prétendument fui de leur plein gré, comme si nous n’avions eu besoin d’aucun effort pour nettoyer la terre. C’est ainsi que les fondateurs de l’État ont bâti une histoire avec laquelle une génération entière d’enfants, dont mes parents, ont été élevés. Des décennies plus tard, les enfants israéliens sont toujours élevés avec ce récit même.

Aux yeux du nouvel Etat, il était nécessaire de peindre ainsi les choses. Les dirigeants d’Israël savaient qu’ils perdraient le soutien international si ces crimes de guerre étaient révélés, et surtout l’expulsion massive de la population civile (85 % de la population arabe a été forcée à l’exil à cause de l’entreprise sioniste).

C’est pourquoi, cacher la vérité était nécessaire à deux niveaux. L’un était pratique, permettant à Israël de maintenir de bonnes relations avec les autres pays. L’autre était interne, concernant l’image que les Juifs avaient collectivement d’eux-mêmes, image qui voit le Juif comme supérieur, et spirituellement et moralement. Selon cette idée, les Juifs ne pourraient faire ni mal, ni crime de sang froid. A un niveau personnel, ce genre de psychologie a permis que des extrémistes soient facilement condamnés, mais certainement pas une escouade de soldats en uniforme exécutant les ordres. Et si les actions exécutées au nom du nationalisme juif deviennent trop agressives – que ce soit en 1948 ou aujourd’hui -, alors il faut trouver un moyen de les justifier.

Ceux qui ont créé l’État avait un véritable besoin de se raconter avec une histoire vertueuse, parce que la vérité de ce qui s’était passé ne collait pas avec l’image qu’ils avaient d’eux comme de bons êtres humains. L’orgueilleux Juif nouveau qui travaillait la terre – le solide tsabar– attendait de lui qu’il agisse moralement. Après tout, il était un membre du Peuple Elu, une lumière pour les nations.

L’une des raisons pour laquelle nous n’avons pas été capables de résoudre le conflit israélo-palestinien depuis 100 ans a à voir avec la perception que nous avons de nous mêmes en tant que peuple juif sur trois niveaux fondamentaux : le niveau traditionnel-religieux, selon lequel nous sommes spirituellement, et donc par essence, supérieurs à toutes les autres nations ; le niveau culturel, selon lequel nous croyons que notre moralité est plus grande que celle de toutes les autres nations (on peut le voir comme l’interprétation laïque du niveau religieux) ; et le niveau historico-sociologique, dans lequel nous nous percevons comme les victimes principales de la cruauté du monde, qui s’est manifestée dans l’antisémitisme tout au long de l’histoire de l’Occident et jusqu’à aujourd’hui.

C’est ce dernier niveau qui crée le plus gros blocage psychologique pour les Israéliens, de même qu’il nous trompe et nous fait percevoir les Palestiniens comme jouant exactement le même rôle de faiseurs de victimes que les pharaons, les Romains, les Croisés et les Nazis, plutôt que de les voir comme un peuple qui a résisté au Sionisme depuis son origine, simplement parce que c’est à leurs propres dépens.

Des réfugiés palestiniens jouent le 17 janvier 2018 dans une zone appauvrie de Gaza ville. (Wissam Nassar/Flash90)

Ces trois composantes de l’identité judéo-israélienne sont responsables du fossé qui existe entre la haute estime que nous avons de nous mêmes et la façon dont nous nous sommes conduits en réalité envers les Palestiniens au cours des cent dernières années. Cette image que nous avons de nous mêmes d’un peuple supérieur et en même temps persécuté nous permet de vivre ce fossé sans nous retrouver dans une dissonance cognitive.

Si nous pouvions abandonner notre perception d’avoir « l’armée et la nation les plus morales du monde », nous pourrions – 70 ans plus tard – avoir un regard courageux sur nous mêmes et dans les yeux de nos voisins et dire : « Oui, c’est ce que nos pères fondateurs ont fait. C’est ce que l’entreprise sioniste vous a fait. Nous reconnaissons ce qui s’est passé. » Peut-être qu’au bout de 70 ans, nous aurions pu comprendre que nous sommes une nation comme n’importe quelle autre – ni un peuple moralement supérieur, ni la victime suprême de l’antisémitisme du monde, qui mérite compensation aux dépens d’autres. Qu’au contraire, nous sommes des êtres humains qui commettons des actes cruels lorsque nous nous battons pour nos vies, que nous sommes une nation qui prend l’engagement de prendre les autres en considération au mieux de nos capacités.

La culture juive, l’Hébreu et notre histoire nationale, me sont toutes deux importantes et précieuses. Pourtant, je veux les dissocier du contrat global qui les lie à l’État d’Israël sous la bannière d’un « Peuple Elu » perpétuellement persécuté. Nous sommes un peuple comme tous les autres, avec des problèmes complexes qui exigent des solutions complexes. Mais nous devrions essayer de trouver une solution plus morale. Non pas parce que nous sommes juifs, mais parce que nous sommes des êtres humains. Il est important que nous assumions la responsabilité de notre passé toujours censuré afin de nous voir pour ce que nous sommes réellement – afin que nous puissions prendre en charge et changer la réalité que nous créons pour nous mêmes et ceux qui nous entourent.

Michal Talya est psychothérapeute, militante sociale et étudiante rabbinique à l’Hebrew Union College. Elle a aussi créé le projet « Ensemble dans la Peine, Ensemble dans l’Espoir », qui a tenu son rassemblement annuel des Juifs et Palestiniens israéliens depuis 2003 pour la Journée du Souvenir et le Jour de l’Indépendance. Une version de cet article a d’abord été publiée en Hébreu sur Local Call. Vous pouvez le lire ici.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : +972 Magazine




Rapport de juillet 2019 : 615 Palestiniens arrêtés par les forces d’occupation israéliennes

Par Samidoun, 6 août 2019

Les organisations palestiniennes des droits humains, parmi lesquelles le Comité des Affaires des Prisonniers, l’association Addameer de Soutien aux Prisonniers et des Droits Humains, l’Association des Prisonniers Palestiniens et Al-Mezan, ont publié un rapport faisant le point des expériences vécues en juillet 2019 par les Palestiniens lors d’arrestations et d’emprisonnements par les Israéliens.

En juillet 2019, les forces d’occupation israéliennes ont arrêté 615 Palestiniens des Territoires Palestiniens Occupés (TPO), dont 93 enfants et neuf femmes. Ils ont arrêté 266 personnes de Jérusalem, 76 de Ramallah et el-Bireh, 75 d’al-Khalil (Hébron), 54 de Jénine, 33 de Bethléem, 39 de Naplouse, 17 de Tulkarem, 21 de Qalqilya, sept de Tubas, six de Salfit, huit de Jericho et 13 de la Bande de Gaza.

Le nombre de prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes a atteint environ 5.700, dont 37 femmes et environ 230 enfants. Approximativement 500 étaient emprisonnés sans inculpation ni jugement dans le cadre de la détention administrative, comprenant ceux sous le coup de nouveaux ordres de détention administrative et des renouvellements d’ordres antérieurs.

L’article qui suit est un résumé de la situation à laquelle ont fait face les détenus dans les geôles israéliennes ou dans les centres de détention, et des politiques principales des autorités d’occupation pendant le mois de juillet :

Le martyr Nasser Taqatqa a fait face à la torture et à la négligence médicale avant de devenir le martyr N° 220

Le 16 juillet 2019, l’Administration israélienne des prisons a annoncé la mort de Nasser Majed Omar Taqatqa, 31ans, du village de Beit Fajar dans le gouvernorat de Bethléem, dans les cellules de la prison de Nitzan Ramleh, où il a passé ses dernières heures.

Du jour de son arrestation le 19 juin 2019 jusqu’à sa mort, il a été soumis par les interrogateurs et les geôliers à des conditions rudes et coercitives d’interrogatoire et de détention, ainsi qu’à des transferts répétés entre les centres d’interrogatoire. Durant cette pèriode, son état de santé s’est gravement détérioré, selon le témoignage de ses camarades de prison.

D’après les dinformations reçues par les institutions de prisonniers après son calvaire, Taqatqa a été victime de tortures et de négligences médicales pendant la période des interrogatoires. Il a d’abord été détenu pour interrogatoire au centre d’interrogatoire de la Moskobiya, puis il a été transféré au centre d’interrogatoire de Jalameh et au centre de détention de Megiddo, où il a été battu par les geôliers.

Selon l’autopsie effectuée sur le corps de Taqatqa, la cause directe de la mort a été une grave pneumonie, confirmant qu’il a subi une négligence médicale et un refus de traitement médical approprié alors que sous interrogatoire, en plus des difficiles conditions résultant de l’interrogatoire lui-même, jusqu’à ce qu’il meure seul et en difficulté dans sa cellule.

Depuis la publication de ce rapport, les autorités d’occupation israéliennes continuent de garder le corps du martyr Taqatqa afin de parachever leurs pratiques répressives et arbitraires contre les prisonniers pendant leur détention et même après leur mort.

Les institutions des prisonniers estiment que le prisonnier à été victime d’un crime, l’un d’une longue liste de crimes perpétrés par les autorités d’occupation et leurs divers organismes contre les prisonniers palestiniens, y compris la torture qui est interdite par les lois et les normes internationales.

Il convient de mentionner que le nombre de décès de prisonniers depuis 1967 a atteint 220, avec le martyre de Nasser Taqatqa.

Enfants prisonniers : les mineurs n’échappent pas à un régime sévère

Les enfants palestiniens dans les geôles israéliennes pâtissent de conditions de détention sévères et inhumaines qui ne répondent pas aux normes internationales des droits de l’enfants et des droits des prisonniers. Ils sont détenus dans des cellules à la ventilation et à l’éclairage insuffisants, ils sont victimes de négligence médicale et d’absence de soins, de mauvaise nourriture, d’une absence de jeu, d’enseignement et de loisirs, en plus d’une absence de contact avec le monde extérieur, du refus de visites familiales, d’une absence d’avocats et de psychologues, de la détention conjointe avec des adultes ou des enfants délinquants israéliens, de violences verbales, de coups, de la mise au secret, de punitions collectives, de lourdes amendes, et ainsi de suite.

Au cours du mois dernier, les forces israéliennes d’occupation ont continué à prendre les mineurs comme cibles d’arrestation, d’interrogatoire et de détention. Il y a eu plus de 90 cas d’arrestation de mineurs palestiniens, portant à 230 le nombre total d’enfants prisonniers dans les prisons israéliennes, répartis entre les prisons de Ofer, Megiddo et Damon. Beaucoup sont détenus dans des centres de détention, tandis que des amendes de dizaines de milliers de shekels leurs sont imposées.

Dans un précédent troublant et grave, violant les normes humanitaires et juridiques, les autorités d’occupation ont appelé pour interrogatoire le père de l’enfant Mohammed Rabia Alayan (âgé de 4 ans), ainsi que le père de l’enfant Qais Firas Obeid (âgé de 6 ans).

La bataille contre la détention administrative ; 22 prisonniers en grève de la faim au cours du mois de juillet

En juillet 2019, 22 détenus administratifs se sont engagés dans des grèves de la faim contre la pratique de la détention administrative sans inculpation ni jugement.

Selon les institutions de prisonniers, la majorité de ces grévistes de la faim sont aussi d’anciens prisonniers qui ont passé des années en détention administrative, une expérience qui les a menés à se battre pour la liberté en raison du renouvellement de leur emprisonnement. A la date de ce rapport, six prisonniers continuent leur grève de la faim illimitée. Huzaifa Halabiya est en grève de la faim depuis 37 jours et continue sa grève bien que ses camardes Mohammed Abu Aker et Mustafa Hassanat aient suspendu leur grève dans le cadre d’un accord qui limite leur détention administrative suite à une grève de 36 jours.

Ahmad Ghana a fait la grève de la faim pendant 24 jours, Sultan Khallouf pendant 20 jours, Ismail Ali pendant 14 jours, Wajdi al-Awawda pendant 9 jours et Tareq Qa’adan pendant 7 jours.

Le prisonnier Huzaifa Halabiya, 37 jours de confrontation en grève de la faim

Le détenu Huzaifa Halabiya de Abu Dis est en grève de la faim depuis 37 jours à la clinique de la prison de Ramle-Nitzan. Il fait face à une grave détérioration de sa santé et refuse les soins médicaux ou les suppléments, ne comptant dans sa grève que sur l’eau. Selon les avocats qui lui ont rendu visite, il a perdu beaucoup de poids et éprouve fatigue sévère. Il a dû utiliser un fauteuil roulant quand ses avocats lui ont rendu visite.

Halabiya est détenu depuis le 10 juin 2018. Il est le père d’une petite fille, née après qu’il ait été emprisonné. Il a déjà souffert de leucémie, et quand il était enfant il a subi de graves brûlures qui continuent à l’affecter physiquement. Il a été arrêté à plusieurs reprises dans le passé.

Un certain nombre de prisonniers ont suspendu leur grève de la faim en juillet, après être parvenu à des accords pour limiter ou mettre fin à leur détention administrative, parmi lesquels Jafar Ezzedine, qui a fait grève pendant 39 jours contre son transfert en détention administrative après la fin de sa peine de 5 mois d’emprisonnement, et Ahmad Zahran, qui a mis fin à sa grève après 34 jours suite à un accord pour qu’il soit mis un terme à sa détention.

L’administration des prisons a mis en oeuvre une série de mesures de représailles systématiques contre les prisonniers en grève de la faim : en les plaçant au secret dans des cellules impropres à la survie humaine, en leur refusant d’avoir des visites de leur famille, en faisant obstacle aux visites juridictionnelles et en les transférant fréquemment d’un centre de détention à l’autre ou vers un hôpital civil dans un véhicule appelé « bosta ». Les prisonniers décrivent le transport en « bosta » comme un autre voyage de punition des prisonniers en grève.

De plus, les geôliers continuent les provocations à toute heure contre les prisonniers, dont le fait d’apporter de la nourriture aux grévistes, de manger délibérément devant eux, de mener des fouilles répétées, particulièrement pendant les heures nocturnes, et de faire pression sur eux psychologiquement en essayant de les priver de leur capacité à continuer leur grève contre la détention administrative.

Soutien aux prisonniers en grève de la faim

En soutien aux grévistes de la faim, les prisonniers du Front Populaire de Libération de la Palestine ont commencé à participer à une grève de soutien par groupes, et un nouveau groupe de grévistes de soutien a récemment entamé la grève.

Photo ide couverture : Ibtisam El Amir tient les portraits de ses fils Mohammad (à gauche, âgé de 24 ans), qui a été arrêté au petit matin du 2 juin 2014 et Samir (à droite, âgé de 30 ans) qui a purgé dans les prisons israéliennes 11 ans de sa peine de 19 ans, Camp de Réfugiés de Aïda, Bethléem, Cisjordanie. Photo : Ryan Roderick Beiler/Activestills

Traduction : Y. J. pour l’AFPS

Source: Samidoun




Le plus grand club de musique live d’Israël légitimise l’extrême droite. Les artistes ne disent rien

Le festival Zappa B’Gaï se lie à la Cité de David gérée par une organisation messianique de droite qui finance les actions de judaïsation de Jérusalem Est

Uri Agnon, Haaretz, 6 août 2019

Le quartier de Silwan à Jérusalem. Crédit : Emil Salman

La semaine prochaine marque le début du festival Zappa B’Gaï (Zappa dans la vallée de Hinnom) –un effort conjoint du club Zappa de Jérusalem et de la Cité de David. Nous pouvons peut-être espérer que Zappa ne comprenne pas avec qui il va au lit. Peut-être que les artistes qui participent au « festival » – Danny Robas, Arkadi Duchin, Noam Horev, Revital Vitelzon Jacobs, Moshe Lahav, Shlomi Koriat – sont aussi peu familiers de la complexité politique dans laquelle ils se trouvent impliqués.

En bref : la Cité de David est un parc national au cœur du quartier palestinien de Silwan à Jérusalem Est. Ce parc est géré par l’association Elad, une organisation sans but lucratif, messianique de droite, qui fait des efforts énormes pour judaïser cette zone, avec l’aide d’un système discriminatoire de lois et des paquets d’argent de sources anonymes.

Il y a à peine quelques semaines, la famille Siyam, une mère seule avec ses enfants, a été jetée hors de sa maison après des dizaines d’années d’activité fébrile de Elad qui s’est emparée de la maison – comme ce fut le cas de beaucoup d’autres dans le quartier. Des dégâts émotionnels et économiques ont été commis, non seulement à la famille évincée de sa maison, mais à toute la zone. Un nombre croissant de colons armés et de leurs agents de sécurité emménage à Silwan où vivent 50 000 Palestiniens en surpeuplement, détruisant complètement leur tissu social.

Pour renforcer l’entreprise de colonisation, Elad crée des projets touristiques qui se donnent comme apolitiques, ce qui fait des visiteurs israéliens et étrangers des collaborateurs à leur insu. Sous les auspices de l’organisation, les gens sont conduits par des tunnels sous les maisons des habitants palestiniens, dans une tentative visant à présenter une image unidimensionnelle de la souveraineté juive ayant pu exister il y a des milliers d’années, et de profiter par là de la souveraineté actuelle pour arracher le contrôle sur de plus en plus de maisons et favoriser un programme d’extrême droite. 

Bayit B’Gaï (la maison B’Gaï), le nouveau centre dans lequel Zappa et la Cité de David prévoient d’organiser leur festival, est une tentative pour finir de légitimer des actes d’expulsion. Il est situé, et ce n’est pas par hasard, à la soudure de Silwan et de la partie Ouest de Jérusalem, sur un terrain acheté par Elad à un homme emprisonné à perpétuité, qui admet qu’li n’a jamais été le véritable propriétaire du bien et qu’il n’y a vécu que peu de temps. Zappa blanchit cet achat comme étant fait « à ciel ouvert – face aux murs de la Vieille Ville ». 

Un concert au Zappa club

À présent, la famille Siyam, comme beaucoup d’autres familles avant elle, essaie de voir comment reconstruire sa vie. Sans maison, avec de grosses dettes de justice et des blessures émotionnelles profondes, ils doivent se créer un avenir. À quoi va ressembler l’avenir de cette famille et de dizaines d’autres de Silwan ? À quoi va ressembler l’avenir partagé de nous tous dans cette ville, dans ce pays ? Les réponses à ces questions sont entre nos mains à tous, habitants de la ville et du pays, artistes, institutions culturelles et public des activités culturelles.  

L’art est toujours politique mais tous les artistes et toutes les institutions culturelles ne choisissent pas de s’exprimer publiquement contre l’occupation, de la même façon que tout un chacun ne s’y oppose pas activement ou ouvertement. Il y a d’innombrables sujets d’œuvres artistiques. Dans une démocratie, les artistes et les institutions peuvent même exprimer des opinions opposées, c’est à dire ultranationalistes et antidémocratiques, mais il est hypocrite et décevant de dissimuler des opinions extrémistes sous le couvert du courant dominant apolitique.

Les clubs Zappa dans tout le pays accueillent des publics variés et offrent une scène à des artistes dont beaucoup ne sont pas identifiés en lien avec l’extrême droite de la carte politique israélienne. Hadag Nahash, Shlomi Shaban, Chava Alberstein, Corinne Allal et Ran Danker – ceux-là ne sont que quelques uns des artistes qui se produiront chez Zappa dans les mois à venir. Que ressentent-ils quant à la connexion de leur scène avec l’association Elad ? 

Si seulement les managers de Zappa réalisaient avec qui ils traitent et annulaient ce partenariat douteux ! Il n’est pas trop tard. S’ils décident de poursuivre leur danse avec la droite messianique, nous tous – le public et la communauté artistique – saurons quelles sont les opinions que Zappa soutient. J’espère que chacun de nous, le public comme les artistes, saura choisir de participer ou non à mettre notre tampon d’approbation sur cette abomination

L’auteur est un compositeur de Jérusalem et un militant du groupe Free Jerusalem

Traduction SF pour l’Agence Media Palestine

Source: Haaretz




Utiliser l’indigénéité dans le combat pour la libération palestinienne

par Ahmad Amara et Yara Hawari – 8 août 2019

Résumé

Des agriculteurs palestiniens plantent des oliviers lors d’une manifestation contre le déracinement d’arbres appartenant à des Palestiniens par des colons juifs près de la colonie de Shelo dans le village de Qosra en Cisjordanie près de Naplouse, le 23 janvier 2011. Photo de Wagdi Eshtayah

Lors
de la Journée des peuples autochtones en 2018, plusieurs
organisations palestiniennes des droits humains ont publié une
déclaration
qui appelait la communauté internationale « à recadrer l’histoire
autochtone comme début nécessaire de la réconciliation historique
et processus de décolonisation collectivement émancipatoire ». La
déclaration démontrait comment l’indigénéité a récemment
ré-émergé dans le discours sur la Palestine et est devenue une
composante centrale de la mobilisation politique. Elle soulignait
aussi les liens croissants entre les Palestiniens et les communautés
autochtones dans le monde entier ainsi la nature collective de la
décolonisation, les deux aspects constituant des outils importants
dans le combat en cours contre le colonialisme d’occupation dans le
monde.

Mais
qu’est-ce que cela signifie en pratique pour les Palestiniens
engagés dans la lutte de libération et comment peut-on l’exploiter
pour promouvoir la souveraineté et les droits palestiniens ?

Ce
commentaire discute ces questions en précisant les notions de
colonialisme d’occupation et d’indigénéité, et la relation
entre les deux en explorant le développement du colonialisme
israélien qui a créé l’idigénéité palestinienne. Il discute
ensuite les limitations de l’application du droit international aux
combats autochtones et conclut par des réflexions sur la manière
de mieux incorporer la notion d’indigénéité palestinienne dans
la quête palestinienne pour la liberté, la justice et l’égalité.

Colonialisme
d’occupation et indigénéité

Les
différents cas du colonialisme d’occupation ont leurs
spécificités, même s’ils ont beaucoup en commun. De fait, alors
qu’il y a des caractéristiques uniques à l’expérience
coloniale en Palestine, le projet sioniste n’est pas exceptionnel
dans la mesure où il suit le schéma de l’invasion et de la
domination européennes. Semblables à d’autres mouvements de
colonisation, les premiers sionistes affirmèrent la supériorité
européenne. En même temps, pourtant, ils affirmaient être
eux-mêmes des autochtones retournant en Palestine, sur la base de
récits bibliques. De cette manière, ils étaient capables de mettre
en avant un récit où ils étaient les propriétaires légitimes du
pays. Par exemple, la notion que seuls les colons sionistes peuvent
faire « fleurir le désert » en Palestine est à la fois une
référence au récit biblique et donc à leur prétendue «
indigénéité » autochtone, et une référence à leur supériorité
ostensible dans la culture et dans la connaissance, ainsi que dans
la productivité caractéristique du capitalisme européen.

Le
mouvement sioniste a donc utilisé la fois l’indigénéité
autochtone biblique et reconnu le sionisme comme une entreprise
coloniale. Le leader sioniste Chaim Weizmann a illustré la position
coloniale dans cette déclaration
de 1947 :

«
D’autres peuples ont colonisé de grands pays, de riches pays. Ils
ont trouvé quand ils y sont entrés des populations arriérées. Et
ils ont fait ce qu’ils ont fait vis-à-vis de ces populations
arriérées…J’aimerais dire que, comparé au résultat des
activités colonisantes des autres peuples, notre impact sur les
Arabes n’a pas produit de résultats bien pires que ce qui a été
produit par d’autres dans d’autres pays ».

Weizmann
et ses pairs ont non seulement reconnu la nature coloniale du
sionisme, ils ont aussi considéré les « Arabes de Palestine »
avec le même dédain que d’autres colonialistes ont eu envers
d’autres peuples autochtones.

Le
mouvement sioniste a établi de multiples agences qui ont cherché à
aider les juifs européens à s’approprier des terres et à
s’installer en Palestine, comme l’Association de colonisation
juive en Palestine. Il s’est efforcé de dominer les peuples
autochtones pour faire de la place aux colons. Les colons tout comme
les peuples autochtones ont compris la nature de cette entreprise
coloniale. Pendant cette période, de nombreux Palestiniens
s’inquiétaient effectivement de la dynamique « s’installer
pour remplacer » derrière le mouvement sioniste et ont
continuellement contesté
le colonialisme tant britannique que sioniste en Palestine par des
manifestations publiques, des pétitions officielles et des écrits
dans la presse palestinienne. Deux journaux importants, Al-Karmil
et
Falastin,
ont fréquemment publié des articles sur le sionisme et son impact
sur la Palestine et les Palestiniens.
Ensuite,
dans les décennies qui ont suivi la Nakba de 1948, les intellectuels
et les révolutionnaires palestiniens ont rencontré la notion
d’indigénéité en travaillant sur le colonialisme d’occupation.
En 1965, Fayez Sayegh a
publié

l’article « Colonialisme sioniste en Palestine », qui décrit
Israël comme « un état colon » et explique que sa caractéristique
raciste n’est pas acquise mais « inhérente à l’idéologie même
du sionisme ». Ce travail, à cette date précoce, est
particulièrement important parce qu’il discute de la réalité
d’occupation coloniale en Palestine avant l’occupation
israélienne en 1967 de la Cisjordanie, de la Bande de Gaza et des
Hauteurs du Golan et qu’il insiste sur la nature coloniale de
l’entreprise sioniste depuis sa création, à l’encontre de
l’hypothèse courante selon laquelle le « problème » vient de
l’occupation israélienne de 1967.

Des
études allant dans le même sens suivirent l’article de Sayegh ;
parmi elles, le livre de George Jabbour, Settler
Colonialism in Southern Africa and the Middle East

(1970), celui de Maxime Rodinson, Israel:
A Settler-Colonial State?

(1973), et celui d’Elia Zureik, The
Palestinians in Israel: A Study of Internal Colonialism

(1979). Ces ouvrages plus tardifs liaient la politique d’Israël
avec celle de l’Afrique du Sud de l’apartheid, contribuant à un
courant universitaire occidental émergeant qui se focalisait sur le
colonialisme dans son analyse d’Israël.

 Dans
un interview de 1982 avec Giles Deleuze, Elias
Sanbar,
le fondateur du Journal
for Palestine Studies
 déclarait

«
Nous sommes aussi les Indiens d’Amérique des colons juifs de
Palestine. A leurs yeux, notre seul et unique rôle consistait à
disparaître. Il est certain que l’histoire de l’établissement
d’Israël reproduit en cela le processus qui a donné naissance aux
Etats-Unis d’Amérique. »

Cette
comparaison de la lutte palestinienne à celle des peuples
autochtones sur Turtle
Island

(l’île de la tortue, selon le nom donné par beaucoup de peuples
autochtones au continent nord-américain) permet de comprendre les
structures de pouvoir et de domination que partagent les états
coloniaux. Pourtant, le président de l’Organisation de libération
de la Palestine (OLP), Yasser Arafat, partageant l’opinion courante
que les peuples autochtones sont vulnérables et primitifs, repoussa
cette comparaison aussi tard que dans les années 1980 dans une
tentative pour rejeter un notion de défaite et affirmer la
détermination du peuple palestiniene. Il l’a fait encore dans une
occasion peut-être encore plus tristement célèbre en 2004, pendant
sa réclusion dans son enceinte de Ramallah, quand il proclama
que les Palestiniens « n’étaient pas des Indiens rouges ».

Pourtant
dans les années 1960 et 1970, l’OLP avait principalement modelé
son programme, ses buts et ses tactiques sur un autre combat contre
le colonialisme d’occupation : le Front de libération nationale
algérien (FLN), qui avait triomphé des colons français. L’OLP,
identifiant des structures d’invasion similaires, recherchait la
camaraderie et l’expertise des leaders algériens. L’OLP
chercherait aussi plus tard des liens avec l’ANC dans leur lutte
contre l’apartheid—la structure de gouvernement adopté par le
régime colonial d’occupation sud-africain.

Cette
comparaison de la lutte palestinienne à celle des peuples
autochtones sur Turtle Island (selon le nom donné par beaucoup de
peuples autochtones d’Amérique du Nord) permet de comprendre les
structures de pouvoir et de domination que partagent les états
coloniaux. Cliquez ici pour twitter

Cependant,
les universitaires et les leaders palestiniens ont mis en pause
pendant plusieurs décennies l’application du paradigme colonial à
la Palestine et l’affiliation aux luttes de décolonisation. Alors
que, pendant la première phase du colonialisme, ils avaient lié
l’idéologie historique et politique du sionisme et la création
d’Israël au projet politique de la libération palestinienne, ils
se sont focalisés dans la deuxième phase
sur l’idéologie et les structures
politiques sionistes en termes de politique territoriale, de
dépossession, de judaisation et d’infrastructures de contrôle.
Cela s’est produit particulièrement avec l’avénement des
Accords d’Oslo au début des années 1990: ils mettaient en scène
le colonialisme israélien comme un conflit entre deux mouvements
nationaux qui trouveraient la paix dans un paradigme à deux états.
En même temps, la société civile palestinienne a grandi et les
ONGs ont commencé à se focaliser sur la manière d’atteindre la
liberté dans le cadre du droit international, par des revendications
basées sur les droits. Les limitations de ce cadre deviendraient
rapidement claires : non seulement il omettait des concepts comme
ceux de libération et de souveraineté, mais il limitait aussi la
discussion de la Palestine et des Palestiniens aux territoires de
1967.

La
décennie passée a vu une ré-émergence du colonialisme
d’occupation comme un outil académique et analytique pour examiner
Israël. L’établissement du journal Settler
Colonial Studies,
plusieurs
ouvrages collectifs, et une augmentation des événements académiques
et de la production de recherche centrés sur ce thème ont
institutionnalisé le colonialisme comme champ académique.
Cependant, il y a une notable différence entre la focalisation
renouvelée sur le colonialisme et son utilisation passée comme
partie d’une pratique révolutionnaire. Les premiers ouvrages
étaient liés au projet politique de l’OLP dont l’objectif à
l’époque était de libérer toute la Palestine historique du
colonialisme soniste d’occupation. Par contraste, les travaux de
recherche récents ont émergé du monde universitaire occidental :
celui-ci n’est pas seulement de plus en plus néolibéral, il tend
aussi à favoriser une « dé-politisation » de la recherche. Les
travaux qui contestent cet environnement en cherchant à politiser et
à démanteler les hiérarchies de connaissance ont une rude bataille
à mener.

Le
projet israélien sioniste est un projet d’expansion et
d’effacement de la population palestinienne autochtone. Le travail
universitaire utilisant ce cadre analytique a augmenté, mais
l’indigénéité n’a pas connu le même niveau d’engagement que
le colonialisme, bien que le paradigme colonial en ait besoin. Alors
que le [cadre conceptuel du] colonialisme d’occupation s’adresse
à la structure actuelle de la violence de l’état d’Israël et
décrit une situation de continuel remplacement, l’indigénéité
s’adresse à la vie avant cette structure, à la résistance
pendant [qu’elle est en place] et aux visions du futur. En d’autres
termes, l’indigénéité aide les Palestiniens à exprimer ce
qu’ils défendent et ce qu’ils veulent.

De
fait, les peuples autochtones sont ceux qui ont souffert de
l’invasion coloniale et qui continuent à souffrir des structures
d’élimination qui l’ont suivie. Dans son poème de 1992 «
L’avant-dernier discours de l’Homme rouge à l’Homme blanc »,
le poète
palestinien Mahmoud Darwish décrit la
logique coloniale de pouvoir et d’effacement, et, contrairement à
Arafat, compare le cas palestinien au cas américain, adoptant la
voix d’un autochtone américain et pointant une structure
complètement dominante et perpétuelle1
:

«
Colomb, le libre, cherche un langage

qu’il
n’a pu trouver ici,

et
il cherche l’or dans les crânes de nos ancêtres au grand coeur.

Il
s’est rassasié de nous vivants

et
de nous morts.

Alors
pourquoi est-il déterminé à mener sa guerre d’élimination

depuis
la tombe, jusqu’à la fin ? »

Les
peuples autochtones doivent être compris à l’intérieur de cette
structure qui persiste après l’événement initial de l’invasion,
décrit par Darwish comme « une guerre d’élimination » même
après la mort.

Indigénéité
et droit international

Après
les Accords d’Oslo, les dirigeants palestiniens laissèrent tomber
une bonne partie de leur discours révolutionnaire et adoptèrent un
récit adapté au cadre du droit international. L’ONG-isation de
la Palestine et la focalisation sur les agendas des donateurs
étrangers qui ont émergé d’Oslo ont aussi conduit une grande
partie de la société civile palestinienne à se servir de termes
fondés sur le droit international pour exprimer les demandes sur
leurs droits. En 2007, les Nations Unis ont adopté la Déclaration
sur les droits des peuples autochtones (UNDRIP) s’efforçant de
promouvoir les droits des peuples autochtones globalement, dans le
cadre d’une législation internationale. Alors que beaucoup ont
célébré l’UNDRIP malgré son statut de document non
contraignant, elle a aussi provoqué de sérieuses critiques et des
débats, particulièrement de la part de communautés indigènes qui
pensaient qu’elle était non seulement limitée dans sa description
des peuples autochtones, mais qu’elle ne permettait pas non plus la
souveraineté des autochtones, étant donné le caractère central
accordé au maintien de l’intégrité territoriale des états
nations existants.

Suivant
les paramètres principaux du droit international, l’UNDRIP prend
l’état comme un cadre donné juridique et politique, comme il est
noté dans l’Article
46(1):
 

«
Rien dans cette déclaration ne peut être interprété comme
impliquant pour un état, un peuple, un groupe ou une personne
quelconques le droit de s’impliquer dans une activité ou
d’accomplir un acte contraire à la Charte des Nations unies, ou
entendu comme autorisant ou encourageant quelque action que ce soit
qui démembrerait ou réduirait, totalement ou en partie, l’intégrité
territoriale ou l’unité politique d’états souverains et
indépendants ».

Alors
que l’UNDRIP se réfère fréquemment au droit à l’autonomie, il
exlut le droit à l’autodétermination nationale indépendante et à
la souveraineté externe, qui reste une aspiration pour beaucoup de
peuples autochtones, dont les Palestiniens. La déclaration se réfère
plutôt à l’autonomie ou à l’auto-gouvernement autochtone dans
les affaires intérieures dans le but de préserver l’identité
culturelle. Elle sape donc beaucoup des aspirations politiques des
peuples autochtones, en tant qu’elles sont entendues par les
communautés elles-mêmes. Bien sûr, « souveraineté » signifie
différentes choses pour différents peuples autochtones, allant de
l’auto-gouvernement intérieur, de la préservation et de
l’intégrité culturelles, à l’auto-gouvernement extérieur via
un processus de décolonisation.

Le
premier sens signifie l’autonomie à l’intérieur de structures
étatiques alors que le deuxième indique une dé(cons)struction des
structures de pouvoir existantes.

Cette
approche analytique juridique de l’indigénéité voit
aussi le colonialisme comme un événement et non comme une
structure. En échouant à formuler le colonialisme comme un
processus continuel — et donc en échouant à utiliser le cadre du
colonialisme d’occupation — la déclaration ignore beaucoup
d’injustices historiques et contemporaines et saute à une
situation « post-conflit » en légitimant l’existence des états
coloniaux contemporains. De plus, la déclaration manque d’une
discussion sérieuse du processus de décolonisation et des éléments
qui pourraient constituer un tel processus, comme des procédures
juridiques historiques ou le rapatriement. Essentiellement, la
légalisation des combats indigènes limite les manières et les
voies autochtones pour imaginer un avenir décolonisé.

C’est
pourquoi l’UNDRIP non seulement sape les aspirations politiques de
nombreux peuples autochtones, mais les limite aussi à une certaine
définition. A cause de cela, beaucoup de ceux travaillant sur la
suppression par Israël des droits palestiniens à l’intérieur du
champ du droit international ont préféré d’autres cadres, comme
ceux de l’apartheid, particulièrement parce que l’apartheid est
considéré comme un crime sérieux selon le droit international et a
attiré une solidarité internationale dans le combat contre lui.
Cependant, hors du droit international, il est clair que l’apartheid
et l’indigénéité ne sont pas des termes mutuellement exclusifs
et que l’apartheid a été un mécanisme par lequel contrôler et
gérer des peuples autochtones.

la
légalisation des combats indigènes limite les manières et les
voies autochtones pour imaginer un avenir décolonisé. Cliquez pour
twitter

Pourtant
l’utilisation de l’indigénéité est plus complexe dans le cas
palestinien. Par exemple, certains de ceux qui promeuvent les droits
des bédouins palestiniens dans la région du Naqab ont utilisé
l’indigénéité pour garantir des droits pour ce groupe. Mais
plutôt que d’affirmer les droits des Bédouins en tant qu’ils
forment une partie du peuple palestinien et donc de travailler à
établir leurs droits collectifs et individuels, l’indigénéité a
servi comme un mécanisme de fragmentation. En privilégiant
l’indigénéité bédouine sans prendre en compte d’autre
autochtones palestiniens, cette stratégie de revendication met les
Bédouins dans une catégorie de minorité, arrache leur situation
de ses contextes arabes et palestiniens et renforce le sétéréotype
des peuples indigènes comme tribaux et figés dans le temps2.

Reconnaître
les Bédouins palestiniens comme ayant une culture et une identité
distinctes tout en étant part de la communauté plus large du peuple
palestinien est crucial pour une compréhension nuancée de leur
combat. L’exemple des Bédouins palestiniens souligne les
intersections importantes entre indigénéité et nationalisme,
démontrant que les deux ne sont pas mutuellement exclusifs. Au
contraire, l’indigénéité peut rendre collective l’expérience
d’un combat national.

Il
est important de noter que les critiques du présent commentaire et
ses réserves en ce qui concerne l’évolution des discours
juridiques et des catégories d’indigénéité ne conduisent pas à
suggérer de rejeter ces discours entièrement. Cette analyse vise
au contraire à souligner les limites de « l’indigénéité
juridique » en particulier ,et celles du droit international en
général, et à indiquer le besoin d’incorporer une interprétation
plus holistique de l’indigénéité et des aspirations autochtones
de décolonisation dans le récit national palestinien.

Un
avenir autochtone

Aujourdhui,
les Palestiniens continuent à être géographiquement fragmentés en
Israël, en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza et sont dispersés
en exil dans le monde entier. L’indigénéité connecte ces
fragments en une seule expérience — le processus du colonialisme
d’occupation, aussi connu comme la « Nakba perpétuée », ou
al-Nakba
al-mustimirrah
.
Elle connecte aussi ces fragments à la Palestine, leur centre de
gravité. L’indigénéité comme paradigme et comme identité
offre un focus et un recentrage aux peuples autochtones, qui
traversent les cultures, les langages et les épistémologies. Elle
place au centre la connaissance et l’interprétation autochtones,
particulièrement la résistance à l’invasion et aux tentatives
d’effacement. Elle offre une nouvelle manière radicale de penser
la connaissance et la production de connaissance, en particulier en
s’interrogeant pour déterminer quelle connaissance et quelles
sources historiques sont considérées valables et fiables.

Ce
paradigme n’augmente pas seulement la compréhension par les
Palestiniens de leur passé et de leur présent, elle stimule aussi
leurs pensées sur l’avenir. L’indigénéité réclame que les
Palestiniens recentrent leur lutte sur la décolonisation et la
libération pour tous les Palestiniens. En ce sens, elle rend les
cadres actuels de « territoire » et de « négociations » peu
satisfaisants en ce qui concerne l’acquisition de la liberté et de
la justice. Les avenirs palestiniens doivent être discutés dans
tous leurs fragments, et ceci ne peut être fait qu’à l’intérieur
d’une compréhension du sionisme comme projet colonial qui fait du
peuple palestinien un peuple autochtone. C’est la rencontre
coloniale qui a créé l’autochtone et sa nouvelle réalité
politique. L’indigénéité devrait donc être traitée comme une
réalité politique dont la transformation vient avec la
décolonisation.

Exploiter
l’indigénéité comme outil pour obtenir la souveraineté et les
droits palestiniens est confronté à des sérieux défis. La
résurgence de l’indigénéité et l’analyse coloniale restent en
majeure partie confinées au monde académique et à certains espaces
militants, leur traduction dans l’arène politique reste limitée.
La représentation politique palestinienne à l’intérieur
d’Israël a surtout cherché à obtenir des droits « égaux » à
l’intérieur du cadre de l’état et l’Autorité palestinienne
cherche à établir un état en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza
(bien que ceci soit maintenant mis en question) dans les paramètres
juridiques internationaux. Toutes deux ont échoué non seulement à
atteindre leurs objectifs politiques, mais aussi à incorporer
adéquatement la question des réfugiés palestiniens et leur droit
au retour et à la restitution. 

L’indigénéité
offre une manière de repenser le projet politique palestinien, en
comprenant tous les Palestiniens comme peuple autochtone faisant face
à une tentative d’effacement. Cliquez pour twitter

Les
concepts d’indigénéité et de nationalisme se contredisent et se
recoupent l’un l’autre,
tout ensemble. Les peuples autochtones peuvent avoir et ont de fait
des aspirations nationalistes. Exactement comme d’autres
communautés, ils sont pluralistes et leurs structures et leurs
aspirations politiques et économiques peuvent changer. Pourtant une
structure persistante d’élimination, essayant d’effacer leur
indigénéité tout comme leurs espoirs de constituer une nation,
définit leur expérience et leurs aspirations. L’indigénéité en
conséquence offre une manière de repenser le projet politique
palestinien comme un projet plus englobant qui comprend tous les
Palestiniens, où qu’ils puissent être, en tant que peuple
autochtone faisant face à une tentative d’effacement.

De
plus, l’indigénéité démystifie le projet sioniste comme quelque
chose d’unique à la Palestine et le place dans un contexte global
des projets coloniaux d’occupation. Cela permet aux Palestiniens de
tisser des liens de solidarité avec d’autres peuples autochtones
et de reconnaître l’entrelacement des fils de l’oppression.
Considérer un futur décolonisé est une partie importante du
recadrage du paradigme politique. En effet la lutte de la Palestine
pour la liberté et la justice doit être recalibrée afin de
re-centrer les visions palestiniennes pour l’avenir, au lieu d’une
vision unique imposée par des forces extérieures déterminées à
maintenir le statu quo.

Ahmad
Amara

Ahmad
Amara, expert politique d’
Al-Shabaka,
est avocat des droits humains et diplômé d’un programme de
doctorat conjoint en histoire et en études hébraïques et juives à
l’université de New York. Avant de s’engager dans sa thèse,
Amara a été employé pendant trois ans comme instructeur clinique
et Global Advocacy Fellow dans le programme sur les droits humains de
l’école de droit de Harvard. Amara a obtenu un LLB et un LLM
[équivalent d’une licence et d’un master] de l’université de
Tel-Aviv et un deuxième master de droit international sur les
droits humains de l’université d’Essex au Royaume-Uni. Amara est
l’auteur de plusieurs publications, dont le volume collectif
“Indigenous (In)Justice: Human Rights Law and Bedouin Arabs in the
Naqab/Negev” chez Harvard University Press.

Yara
Hawari

Yara
Hawari est experte politique sur la Palestine à Al-Shabaka: The
Palestinian Policy Network. Elle a obtenu un doctorat en politique du
Moyen-Orient à l’université d’Exeter. Ses recherches se
focalisent sur des projets d’histoire orale et de politique de la
mémoire, dans le cadre plus large des études autochtones. Yara a
enseigné différents cours de premier cycle à l’université
d’Exeter et continue à travailler comme journaliste freelance,
publiant pour différents organes de presse, dont Al Jazeera English,
Middle East Eye et The Independent.

Trad. : CG pour l’Agence Média Palestine
Source : Al Shabaka

1
NDT: Notre
traduction, d’après l’anglais. Elias Sanbar a donné une
traduction remarquable de l’intégralité de ce poème et de
plusieurs autres dans Mahmoud Darwish, Au
dernier soir
,
trad. E. Sanbar, Actes Sud, Arles, 1994.

2
Et ceci malgré le fait que les Bédouins
palestiniens ont une longue
histoire
d’actions à
leur initiative en défense de la manière de vivre et de leur
identité.




Des vagues de chaleur à l’ ‘Eco-Apartheid’ : changement de climat en Israël-Palestine

Tandis
qu’un mouvement naissant en Israël de justice climatique essaie
d’attirer l’attention du public, les Palestiniens sous occupation
restent les plus vulnérables devant les effets dangereux du
changement climatique. Cependant, étant donné le déséquilibre des
forces en place, travailler ensemble pour le combattre semble pour
ainsi dire impossible.

Natan Kaminer, Basma Fahoum et Edo Konrad – 8 août 2019

Juillet
2019 a été, selon les spécialistes européens du climat, le mois
le plus chaud jamais enregistré. Tout juste un an après que le
Panel Intergouvernemental de l’ONU sur le Changement Climatique
(IPCC) ait émis son rapport historique mettant en garde sur
l’imminence d’une catastrophe climatique, les températures se
sont élevées à des niveaux sans précédent dans des endroits
comme l’Alaska et la Suède, des forêts ont pris feu en Sibérie,
des glaciers ont fondu au Groenland et des villes entières en Inde
se sont retrouvées sans eau.

Face
à la montée des températures, s’occuper de l’effondrement du
climat et de ses effets sur l’humanité est devenu une question
clef pour les gouvernements, les politiques et les mouvements pour la
justice sociale dans le monde entier. On s’attend à ce que
Israël-Palestine, situé dans une des régions les plus chaudes du
globe, se réchauffe à une vitesse encore plus grande.

Des
sondages auprès des Israéliens laissent percevoir une grande
indifférence face à la crise qui s’annonce, ce qui signifie que
le gouvernement israélien se trouve confronté à très peu de
pression populaire à ce sujet. Aucune recherche équivalente n’a
été menée dans les territoires palestiniens occupés, mais
l’occupation continue de la Cisjordanie et le siège de Gaza réunis
aggravent le risque d’une catastrophe climatique pour les
Palestiniens et rendent virtuellement impossible pour leur
gouvernement de faire quoi que ce soit à ce sujet.

En
fin d’année dernière, une association de chercheurs israéliens a
publié le premier prévisionnel détaillé sur ce que le changement
climatique pourrait signifier pour Israël-Palestine. Les résultats
étaient effrayants : par rapport à la période de référence
de 1981 à 2010, on s’attend à ce que la période de 30 ans qui
démarre en 2041 voie les températures moyennes s’élever de 2,5
degrés Celsius et les précipitations diminuer de 40 % dans les
zones non arides du pays.

Des Israéliens marchent le long des rails pendant la grosse tempête de sable à Jérusalem, le 8 septembre 2015. (Yonathan Sindel/Flash90)

D’après
l’un des chercheurs, la professeure Hadas Saaroni de l’université
de Tel Aviv, la chaleur et l’humidité qu’Israéliens et
Palestiniens vivant le long de la côte subissent pendant les mois
d’été ne fera que s’élever encore plus. Nous avons déjà
presque 24 heures de stress thermique en été, dit-elle, mais la
température a tendance à baisser durant la nuit. « Cela va
empirer : le stress thermique sera très lourd dans la journée
et ne va pas se relâcher la nuit. » Et comme presque tout ce
qui concerne le changement climatique, la chaleur ne sera pas
répartie équitablement. Une récente recherche de la municipalité
de Tel Aviv-Jaffa prédit que la partie plus pauvre au sud de la
ville aura sept degrés Celsius de plus que la partie opulente au
nord.

Alors
que Saaroni est étonnamment optimiste à propos des effets du
changement climatique sur l’élévation du niveau de la mer (« la
mer s’élèvera d’environ un mètre, mais seulement à la fin du
siècle. Avec la technologie, nous avons le temps d’ajuster. »),
elle et d’autres scientifiques spécialistes du climat sont de plus
en plus inquiets devant la désertification rampante du pays. Des
températures plus élevées et moins de pluie signifient que le
désert, qui couvre déjà la majeure partie du pays, va progresser
régulièrement vers le nord, dit le professeur d’écologie Marcelo
Sternberg, lui aussi de l’université de Tel Aviv.

Cependant,
sans de plus amples recherches, il est difficile de dire exactement
jusqu’où la désertification va progresser. « Certaines
recherches dont les miennes, montrent que notre territoire est
résilient face aux changements dans les précipitations, dans les
limites de l’éventail naturel des variations – et nous ne savons
tout simplement pas ce que cela signifiera. » Ce qui semble
certain, c’est que les feux de forêt, qui ont de plus en plus
affligé le pays ces dernières années, continueront à ravager le
pays tous les étés. 

Lutter
contre ‘l’apartheid climatique’

L’État
de Palestine figure dans la Convention Cadre des Nations Unies sur le
Changement Climatique. Mais étant donné l’autorité militaire
israélienne sur la Cisjordanie et son blocus sur la Bande de Gaza,
les Palestiniens n’ont presque aucun contrôle sur leurs propres
ressources naturelles, ils sont dans l’incapacité de complètement
mettre en place les traités ou d’entreprendre des projets
nationaux, et ils ne peuvent pas faire des projets concrets pour
s’adapter à l’effondrement climatique.

En Cisjordanie, la fourniture
en eau est très vulnérable face aux effets du changement
climatique. D’après un rapport de 2013 de l’association
palestinienne de défense des droits de l’Homme Al-Haq, la
consommation d’eau per capita des Israéliens pour leur usage
domestique est quatre à cinq fois plus grande que celle de la
population palestinienne des territoires occupés. Les colons
israéliens de Cisjordanie consomment approximativement six fois la
quantité d’eau utilisée par la population palestinienne vivant
sur le même territoire.

Des Palestiniens essaient d’éteindre un feu dans le village de Salem, à l’est de Naplouse, Cisjordanie, le 23 juin 2018. (Haytham Shtayeh/Flash90)

Certaines communautés
palestiniennes, surtout celles qui vivent dans les zones de
Cisjordanie sous contrôle total de l’armée israélienne, ne sont
connectées à aucune infrastructure hydraulique et doivent faire des
kilomètres pour acheter de l’eau, souvent chère et de qualité
douteuse. Cependant, l’armée israélienne rend presque impossible
de faire approuver de nouveaux réservoirs d’eau, et ceux qui sont
construits sans permis sont régulièrement détruits par les
autorités.

D’après Al-Haq, le secteur
de l’eau dans les territoires occupés et en Israël se caractérise
par une surexploitation grandement asymétrique des ressources en eau
partagées, l’épuisement du stockage à long terme, la
détérioration de la qualité de l’eau et les niveaux croissants
de demande dus à la forte croissance de la population. Pourtant, la
région voit une baisse de la fourniture d’eau par habitant –
fardeau supporté de façon disproportionnée par la population
palestinienne.

Dr. Abdulrahman Tamimi,
directeur général de l’Association palestinienne d’Hydrologie,
dit que, alors qu’Israël a la capacité d’adapter son secteur
agricole aux changements climatiques, il va devenir impossible de
pratiquer l’agriculture en Cisjordanie d’ici dix ans. La
situation à Gaza est amplifiée par le siège israélien qui, entre
autres choses, a conduit à la surexploitation des ressources d’eau
souterraine, appauvrissant de plus en plus l’Aquifère Côtier, le
tout rendant 90 % de la fourniture d’eau impropre à la
consommation humaine.

« Il n’y a pas
d’espoir pour Gaza sous aucun aspect tant que la situation
politique y reste non résolue », déclare Tamimi. Il dit qu’il
pense que, dans cinq ou six ans, l’agriculture de Gaza, les
infrastructures hydrauliques et l’économie seront hors de
fonction. Des solutions telles que la désalinisation, qui
permettrait d’avoir à la fois une eau potable saine et une
irrigation régulière, sont un luxe que la population de Gaza ne
peut tout simplement pas s’offrir. Tamimi explique : « Qui
paierait 1,5 $ par mètre cube ? »

« L’eau est déjà une
ressource tellement rare dans la région », dit Zena Agha,
membre politique américaine du groupe de réflexion palestinien
Al-Shabaka, qui se concentre sur l’intersection du climat et de
l’occupation israélienne, « le changement climatique agit
simplement comme un multiplicateur de la menace. »

Agha dit que, sur le papier,
un accord de paix israélo-palestinien aurait pu être conclu pour
résoudre la crise de l’eau en Cisjordanie. Au lieu de cela, les
Accords d’Oslo, ensemble d’accords intérimaires qui étaient
supposés conduire à un accord sur un statut final, l’ont
simplement exacerbé. Résultat, 80 % des sources d’eau des
territoires occupés sont sous contrôle israélien. Et en même
temps, les soldats israéliens détruisent régulièrement les
modestes systèmes traditionnels de collecte de l’eau que les
Palestiniens utilisent dans les zones de Cisjordanie qu’Oslo a
laissées sous le contrôle militaire total d’Israël.

« Vous commencez à voir
une politique officielle de vol de l’eau et des ressources, étayée
et protégée par une série de lois et de politiques et de licences
et de permis et d’audiences de tribunal qui servent à voler l’eau
des Palestiniens », dit Agha. « D’autre part, il y a
aussi cette sorte d’approche réaliste, dont fait partie
l’apparition des FDI, qui déclare une région zone militaire
fermée et vole directement les ressources. C’est la politique
active de l’État d’Israël. »

Agha dit que la politique d’Israël en Cisjordanie équivaut à un « apartheid climatique ».

Des Palestiniens tirent de l’eau de canalisations fournies par le quartier général de l’Agence de Secours et de Travaux des Nations Unies (UNRWA) dans le camp de réfugiés de Rafah au sud de la Bande de Gaza, le 6 janvier 2018. (Abed Rahm Khatib/Flah90)

« Ce
qui se passe en Palestine est un exemple clair du fait qu’un groupe
ethno-religieux obtient de façon préférentielle de meilleurs
ressources qu’un autre groupe, sur la base pure et simple de la
religion et de la citoyenneté. L’occupation crée une situation
dans laquelle il est impossible aux Palestiniens de véritablement
développer ces capacités d’adaptation pour résister à la très
imminente menace de changement climatique », dit Agha.

Tandis que l’Autorité
chargée par l’Autorité Palestinienne de la Qualité de
l’Environnement a rédigé un plan d’adaptation soutenu par le
Programme de Développement des Nations Unies, Agha déclare que ces
sortes de plans sont « limite grotesques ».

« Supposons
que l’AP ait la capacité de faire des prévisions 40 ans en
avance, elle n’a de toutes façons pas la capacité de prévoir ce
qui va se passer demain. L’AP est en plein paradoxe : prévoir
un avenir pour une terre sur laquelle elle n’a aucun contrôle.
Quelle que soit la façon dont vous la regardez, elle est
impuissante. »

Et
pourtant, Agha croit que l’AP a un rôle à jouer en mettant en
place des stratégies à long terme pour essayer de s’adapter à la
réalité actuelle, y compris en se confrontant directement à Israël
à propos de sa politique de l’eau, en promouvant une agriculture
durable et l’agro-écologie, et en rétablissant les coopératives
agricoles qui représentaient les intérêts et les soucis des
paysans et étaient très répandues dans les territoires occupés
dans les années 1980.

Un membre de la Police des Frontières israélienne observe des paysans palestiniens du village de Qusra en Cisjordanie, le 19 novembre 2013. (Nati Shohat /Flash90)

Certaines ONG et certains
militants palestiniens essaient de faire un pas dans ce vide. La
Société Nature Palestine, par exemple, essaie de mener le premier
examen d’ensemble de la flore et des oiseaux de Palestine pour
mieux comprendre les changements survenus dans la biodiversité à
cause du changement climatique. L’Institut Palestinien pour la
Biodiversité et la Durabilité et le Musée d’Histoire Naturelle
de Palestine à l’université de Bethléem conduisent un programme
pour conserver la biodiversité unique du pays et pour faire des
recherches sur les questions complexes de la destruction de l’habitat
et du déclin environnemental provoquées par le changement
climatique et la politique de conflit.

Les militants palestiniens de
Cisjordanie ont pris des initiatives pour l’environnement telles
que des collections patrimoniales de semences, pour conserver
l’héritage agricole palestinien et sa biodiversité,
l’agro-écologie et l’agriculture soutenue par la communauté,
afin de promouvoir une souveraineté alimentaire tout en minimisant
les effets de l’agriculture sur l’environnement.

Un
pétard mouillé politique

En
juillet 2018, le gouvernement israélien a adopté « le
Programme National pour l’Adaptation au Changement Climatique »,
dans lequel on trouve 30 points prioritaires qui traitent des
différents aspects du changement climatique, tels que l’eau,
l’énergie et la santé publique. Le plan traite aussi des
questions particulières à la politique d’Israël et à ses
inquiétudes économiques, dont les ajustements à l’industrie du
climat, la possibilité d’utiliser l’énergie nucléaire et la
façon dont le changement climatique affecte plus largement le Moyen
Orient, dont les réfugiés, les nouvelles routes commerciales et la
pénurie en nourriture et en eau.

Une
grande attention est portée aux questions de préparation militaire.
Le plan comprend des recommandations sur les besoins en matériel et
en stratégie des FDI, qui vont des uniformes des soldats et de
l’emplacement des bases jusqu’à l’étude de « l’effet
du changement climatique sur les pays musulmans » et la
construction d’accords d’aide mutuelle. Cependant, le plan ne
spécifie pas la source de financement de chacun d’eux et ne
fournit pas le coût total envisagé.

La
production d’énergie d’Israël demeure presque entièrement
dépendante des combustibles fossiles. Dans de nombreux pays à
travers le monde, lorsqu’on parle du climat, on se focalise sur
l’affranchissement de la production d’énergie à base de
carburants fossiles – sous une forte pression publique, des
gouvernements comme ceux d’Allemagne et de Californie ont annoncé
un passage prévu à 100 % d’énergie renouvelable d’ici
2050 – mais en Israël, la question reste un pétard mouillé
politique. Début 2018, le ministère israélien de l’Energie a
proposé un plan pour passer des « combustibles polluants »,
comme le charbon et le pétrole, au gaz naturel. Le plan a pour
objectif d’atteindre une production issue d’au moins 17 %
d’énergie renouvelable d’ici 2030, avec un but intermédiaire de
10 % d’ici 2020.

Des éoliennes sur les Hauteurs du Golan occupées par Israël. (Flash90)

L’exigence
d’une production domestique de 100 % d’énergie renouvelable
a cependant des opposants, même à l’intérieur du mouvement
israélien pour l’environnement. Tandis que Green Course,
association environnementale populaire, a adopté la demande, la
Société pour la Protection de la Nature en Israël (SPNI),
organisation environnementale la plus solide d’Israël, prend
position en disant que les parcs solaires et éoliens sont une menace
pour la biodiversité rare et précieuse du pays – la première
détruisant l’habitat des animaux terrestres et la deuxième tuant
les oiseaux.

« Nous
estimons que des panneaux solaires sur les toits et autres surfaces
dérangées ou dégradées peuvent fournir au moins un tiers des
besoins d’Israël en énergie », dit Dror Boymel, chef du
département de la planification à la SPNI. « Le reste devra
venir d’ailleurs, soit du gaz naturel, soit d’autres pays de la
région qui ne manquent pas d’espace et ont moins de faune sauvage
vulnérable. »

Il
est difficile de parler de la possibilité d’améliorer la
situation’

Une
étude publiée cette année par le Centre de Recherche Pew avant la
Journée de la Terre a trouvé que seuls 38 % des Israéliens
considèrent le changement climatique comme une menace majeure. Parmi
les 26 pays observés, Israël est arrivé dernier. L’étude ne
comportait pas les Palestiniens des territoires occupés.

Le
mouvement environnemental israélien change de braquet en
conséquence. Alors que, dans le passé, les associations
environnementales avaient tendance à se focaliser sur des questions
« légères » telles que le recyclage, aujourd’hui,
l’effondrement climatique est à la tête de leur agenda, beaucoup
étant convaincus que seule une action radicale sera capable
d’arrêter la catastrophe.

(vidéo)

« Les
militants du climat ne sont plus considérés comme ‘mignons’,
comme ils l’étaient auparavant », dit Ya’ara Peretz,
directrice politique de Green Course. Peretz était l’une des
principaux organisateurs de la Marche pour le Climat de cette année,
la plus importante jamais tenue en Israël, qui a vu plusieurs
milliers de manifestants au centre de Tel Aviv, demandant au
gouvernement israélien d’agir immédiatement.

« Le
rapport de l’IPCC a tout changé et a poussé les gens hors de leur
zone de confort », dit-elle. « Nous nous éveillons au
fait que c’est grave, et ce que nous voyons arriver dans le monde
entier nous y aide. Les gens veulent s’impliquer – il es temps
maintenant de devenir créatif. »

L’un
des plus grands changements, dit Peretz, c’est l’engagement des
jeunes citoyens d’Israël – et les Juifs et les Palestiniens –
qui conduisent maintenant le mouvement avec l’aide des militants de
Green Course. Donnant la réplique à Greta Thunberg, jeune militante
suédoise devenue une icône du combat contre le changement
climatique, des lycéens ont mené plusieurs grèves et marché
jusqu’à la Knesset, appelant les députés à commencer à prendre
la question au sérieux. « Ces gamins sont plus intelligents
que nous », dit Peretz.

« J’ai
toujours pensé que les problèmes survenaient parce que quelqu’un
d’autre prenait les décisions », a dit Lama Ghanayim lors
d’un événement de la mi-juillet au Club de la Rive Gauche.
Ghanayim, de la ville arabe de Sakhnin au nord d’Israël, est l’une
des leaders des grèves des étudiants. « Organiser ces grèves
a été une opportunité pour enfin provoquer quelque chose. Je ne
vais pas me tenir à l’écart et laisser quelqu’un d’autre
prendre le volant quand il s’agit d’une question aussi
critique », a dit Ghanayim.

De
vieilles associations environnementales telles que Green Course et
SPNI ne sont plus les seules à parler du climat en Israël. Le
mouvement d’action directe Extinction Rébellion a récemment créé
une branche en Israël. Le mouvement israélien de gauche Debout
Ensemble, qu s’intéressait jusqu’ici prioritairement au combat
contre le racisme, l’occupation et à la défense des droits des
travailleurs, a récemment adopté le changement climatique comme
question centrale de son programme.

« Les
militants avaient la sensation que, lorsqu’ils allaient de
manifestations pour le climat à des manifestations pour la paix, ils
y voyaient des gens complètement différents », dit Ilay
Abramovitch, militant de Debout Ensemble. « Ce ne sont tout
simplement pas les mêmes personnes. Mais si vous faîtes un tour du
monde, vous verrez que les partis de gauche mettent le climat au
sommet de leur agenda. »

Abramovitch dit que la vision
de son organisation est fondée sur l’idée que tout combat contre
le changement climatique doit être mené en conjonction avec les
syndicats de travailleurs et les associations palestiniennes. « Nous
pensons que, lorsqu’on nuit à l’environnement, on nuit au gens,
et ceux qui courent le plus de risques sont les segments les plus
pauvres de la société et les pays les plus pauvres. Notre combat
doit être régional et, bien sûr, ce doit être un combat
juif-arabe. »

Des visiteurs marchent le long d’une installation artistique à l’Esplanade Alrove-Mamilla, près de la Vieille Ville de Jérusalem. Chaque globe symbolise une proposition de solution au changement climatique, 17 avril 2013. (Nati Shohat/Flash90)

Mais
même pour la gauche israélienne, joindre ses forces au mouvement
environnemental ne semble pas toujours être un accord naturel.
« Certaines personnes demandent ‘Qu’est-ce que la gauche a
à faire avec le mouvement environnemental ? Pourquoi ne nous
laissez-vous pas continuer à combattre l’occupation ? »,
dit Abramovitch. « Les gens ne comprennent pas complètement
l’opportunité que nous avons de faire élargir la lutte en nous
colletant à l’effondrement climatique. »

Peretz
dit que,malgré son optimisme, il est encore difficile d’amener les
Israéliens, même ceux qui sont impliqués dans d’autre luttes
pour la justice sociale, à considérer le changement climatique
comme une menace immédiate. « Le combat environnemental est
considéré comme un combat de privilégiés, surtout quand tant de
personnes croient que rien n’est plus important que notre sécurité
nationale », dit-elle. « Il est difficile de parler aux
gens de la possibilité d’améliorer la situation. Ce qu’ils ont
en tête, c’est que nous devrions simplement être reconnaissants
d’avoir un Etat à nous – que ce soit ou pas un Etat bon ou juste
est secondaire. »

Matan
Kaminer est anthropologue et membre du bureau de l’Académie pour
l’Egalité. Basma Fahoum prépare un doctorat d’Histoire à
l’université de Stanford. Edo Konrad est rédacteur en chef
adjoint de +972 Magazine.

Traduction :
J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : +972 Magazine




En Direct de Gaza : Quatre morts palestiniens dans la bande de Gaza : Ce samedi 10 août 2019 Silence, on tue les jeunes palestiniens à la veille de l’Aïd !

Par Ziad Medoukh

En Direct de Gaza :

Quatre
morts palestiniens dans la bande de Gaza :

Ce
samedi 10 août 2019

Silence,
on tue les jeunes palestiniens à la veille de l’Aïd !

L’armée
israélienne a assassiné tôt ce samedi 10 août 2019  quatre
palestiniens à Deir-El-Balah, au centre de la bande de Gaza.

A
la veille de l’Aid Al-Adha, les soldats israéliens tuent les jeunes
palestiniens sur les frontières de Gaza

Terrible
!

On
ne laisse aucun moment de joie à ces palestiniens

Horrible
!

Les
agressions israéliennes contre les civils palestiniens se
poursuivent dans tous les territoires palestiniens .

Devant
le silence complice de cette communauté internationale officielle.

Et
devant l’absence des médias qui occultent cette réalité.

Gaza
et la Cisjordanie défient l’occupation !

La
Palestine occupée résiste !

La
Palestine digne est plus que jamais déterminée !

Gaza
résiste, existe et vit !

Gaza
sous blocus patiente !

Gaza
la dignité garde toujours espoir !

Gaza
la déterminée continue de s’accrocher à la vie !

Gaza
l’agressée résiste, persiste et existe !

La lutte continue !




Je ne peux pas soutenir une idéologie qui se fonde sur un privilège juif et la persécution des Palestiniens

Par Alice Rothchild – The Seattle Times – 9 août 2019

Des Palestiniens escaladent et franchissent le mur à Al-Ram, au nord de Jérusalem. Selon Israël, la barrière empêche les agresseurs palestiniens d’entrer, alors que pour les Palestiniens, c’est une terre… (Majdi Mohammed/AP, File)

Un débat central au sein de la communauté juive aux États-Unis implique le sionisme et sa relation avec le judaïsme. Dans une anthologie récente, « Reprendre le judaïsme au sionisme : histoires d’une transformation personnelle », 40 rabbins, érudits et militants réfléchissent sur leur parcours intellectuel et émotionnel particulier débuté avec un amour inconditionnel d’Israël. Comme les autres participants, j’ai pris conscience que l’idéologie du nationalisme juif et la politique du gouvernement israélien avaient corrompu ma conception du judaïsme et ses valeurs religieuses et culturelles centrales.

J’ai grandi dans une famille, après l’Holocauste nazi, qui considérait la création d’un État juif moderne comme un miracle à célébrer. Nous avons idéalisé les kibboutz, économiser sous par sous pour planter des arbres dans la terre aride et aimé l’idéal romantique des pionniers israéliens qui faisaient fleurir le désert.

Dans le même temps, comme beaucoup de juifs, j’étais fière de ma politique progressiste. J’ai soutenu les droits civiques, les droits des femmes, les syndicats ; c’était mon expression vécue d’une religion qui prônait la guérison du monde et œuvrait pour la justice. En tant qu’immigrante de la deuxième génération, c’était aussi comme cela que je voyais mon rôle en Amérique, une terre où mes grands-parents, fuyant les pogroms de l’Europe de l’Est, avaient trouvé un foyer, même si ce n’était que les pauvres ghettos de Brooklyn, au début des années 1900.

Ma transformation a débuté alors que je me plongeais dans les questions complexes du colonialisme, de l’impérialisme, du racisme et du génocide. Je me suis rendu compte que mon éducation sur la création des États-Unis avait, de façon commode, tenu à l’écart la destruction des peuples autochtones, la primauté de l’esclavage, le racisme omniprésent et le rôle du colonialisme européen. De la même façon, beaucoup, dans mon école hébraïque et mon éducation juive qui s’en est suivi, n’a pas été dit sur le financement de l’État d’Israël.

J’ai eu une prise de conscience, instruite par les historiens israéliens et palestiniens qui avaient accès aux archives nouvellement ouvertes de l’État qui racontaient l’histoire du nettoyage ethnique de la Palestine. Alors que je commençais à voyager et à travailler dans la région, mes liens avec les Israéliens juifs progressistes et les Palestiniens sont devenus une telle force que je ne pouvais plus revenir en arrière. Rester debout à un check-point israélien en Cisjordanie avec des centaines de femmes et enfants, pour la plupart palestiniens, attendant après un soldat israélien de 20 ans, solidement armé ; passer au crible des puzzles, de la vaisselle brisée, des Légo et des sous-vêtements dans les décombres d’un quartier bombardé à Gaza ; écouter des femmes qui avaient saisi leurs enfants et fuyaient les bombes israéliennes en 2014, butant sur des corps sanglants et brisés – ce sont toutes des expériences qui ne peuvent pas être « invisibles ».

Ceci m’a conduit à douter du sionisme, l’idéologie du nationalisme juif où la création et la défense d’un État juif sont la seule réponse viable à l’antisémitisme. J’ai appris que c’était une idée moderne, née de la haine des juifs européens. L’idéologie s’est modelée sur le colonialisme de peuplement européen : construire un État dans une région indomptée du monde et apporter la modernité aux autochtones restants. Le sionisme est aussi le test décisif pour être un bon juif aux États-Unis. J’ai commencé à comprendre que le sionisme implique intrinsèquement de nuire aux Palestiniens qui vivaient en Palestine historique quand a débuté l’immigration juive, au début des années 1900. En 1948, avec l’expulsion de 750 000 Palestiniens et la destruction de plus de 450 de leurs villages, le peuple palestinien a été finalement obligé de supporter le prix de l’Holocauste nazi. Cette Nakba (catastrophe) se poursuit encore aujourd’hui avec la façon raciste et militariste du gouvernement israélien d’aborder le projet téméraire de partager un pays revendiqué par deux peuples.

Comme de nombreux juifs, je ne peux pas soutenir une idéologie qui se fonde sur un privilège juif et la persécution d’un autre peuple. Cela a été catastrophique pour les Palestiniens, et profondément corrompu pour les juifs. Je dis cela par amour, pas par haine de moi-même. La sécurité pour les juifs ne viendra pas en se repliant sur eux mêmes, en construisant des murs plus grands et des drones plus invasifs. La sécurité viendra de la formation de coalitions avec les autres communautés, du développement de sociétés inclusives fondées sur l’égalité, la démocratie, et de la lutte contre le militarisme extrême et l’intolérance croissante qui étreint une grande partie du monde.

Le judaïsme s’est développé alors que les juifs de la diaspora apportaient une réponse spirituelle à la dispersion et à l’exil ; une philosophie multiculturelle, multinationale, basée sur des croyances et des valeurs, et non sur une puissance militaire. Le développement très récent du sionisme politique étaye la nécessité d’un État militarisé où la victimisation historique des juifs justifie un privilège juif structurel et tout niveau de violence au nom de l’ « auto-défense ». Cela est incompatible avec une religion qui se fonde sur l’amour de l’étranger et la recherche de la justice, et avec une culture qui soutient les droits de l’homme et le droit international.

Après des siècles d’impuissance, la manière dont nous gérons, en tant que communauté, nos nouvelles positions de pouvoir et de privilège, est essentielle à la survie d’une tradition juive éthique, ainsi qu’à une juste résolution à une lutte de plus d’un siècle en Palestine historique et qui est menée en notre nom.

Alice Rotchild est écrivaine, cinéaste et gynécologue-obstétricienne en retraite à Seattle. Elle est l’auteure de trois livres, dont le plus récent est « Condition Critical : Life and Death in Israel/Palestine » et elle a contribué à un certain nombre d’anthologies, notamment « Reclaiming Judaism from Zionism: Stories of Personal Transformation.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source: The Seattle Times