Gaza 2020 : Le territoire palestinien a-t-il atteint son point de non retour ?

Il y a sept ans, dans le cadre du siège israélien sans fin, l’ONU prédisait que Gaza pouvait devenir invivable d’ici 2020. Mais des analystes disent que ce moment est arrivé depuis longtemps.

Des Palestiniens inspectent une maison détruite par une frappe aérienne israélienne à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 14 novembre 2019. (Ashraf Amra APA Images)

Megan 0’Toole, 9 décembre 2019

En 2012, un rapport des Nations Unies peignait un sombre tableau de la Bande de Gaza et des conditions auxquelles faisaient face ses habitants palestiniens.

Son économie était léthargique, son système de santé assiégé et ses ressources naturelles décroissantes. Mais de plus sombres jours étaient à venir, prédisait l’ONU.

Vers 2020, la population de Gaza dépasserait les deux millions. Les besoins en électricité devraient grimper jusqu’à plus de 50 %, prévoyait le rapport, et l’aquifère côtier du territoire pourrait être devenu irréparable. L’ONU demandait une injection massive de ressources, dont des milliers de médecins et infirmières supplémentaires, le doublement de la capacité électrique et au moins 440 nouvelles écoles.

On est presque en 2020. Les prévisions de l’ONU sur les besoins en expansion de Gaza se sont avérées très largement exactes – mais les prestations des services essentiels n’ont pas réussi à les rattraper.

Le chômage a grimpé à presque 50 %, le ratio par personne de médecins et d’infirmières a chuté, plus des deux tiers des familles sont en insécurité alimentaire, et trois pour cent seulement de l’aquifère de Gaza fournit une eau potable, d’après les statistiques officielles et les agences de secours.

Michael Lynk, le rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’Homme dans les territoires palestiniens, a dit à MEE : « La prédiction d’invivabilité est déjà accomplie. Le mètre étalon utilisé par l’ONU ou toute autre organisation internationale pour pouvoir évaluer comment vivent les gens, c’est la dignité humaine, et Gaza est sans dignité humaine depuis des années maintenant.

Survivre à Gaza

Depuis que le Hamas est arrivé au pouvoir à Gaza en 2007, Israël amis sous blocus l’enclave côtière, avec de sévères restrictions sur la circulation des gens et des marchandises. Les pénuries de fuel, les coupures de courant, l’eau contaminée et l’effondrement des infrastructures ont été renforcées par les offensives israéliennes répétées. La guerre la plus récente, pendant l’été 2014, a tué plus de 2.200 Palestiniens et a dévasté des dizaines de milliers de logements.

Au cours des premières années du siège, Israël a calculé quel était le minimum de calories dont les Palestiniens de Gaza auraient besoin pour survivre (l’information est apparue à la suite d’une bataille juridique gagnée par l’ONG israélienne Gisha). Ces chiffres ont alors été utilisés pour déterminer la quantité de nourriture qu’il faudrait faire entrer de façon à maintenir le territoire sous respiration artificielle.

« Cela allait laisser Gaza sur sa faim, mais pas complètement affamée, et c’est toujours … la stratégie poursuivie par Israël », a dit Lynk.

« Tant que Gaza ne se révolte pas ; tant qu’il n’y a pas une autre frappe périodique sur Gaza, utilisant les armements les plus sophistiqués au monde ; tant que Gaza reste loin des grands titres dans le monde, le monde ne va pas beaucoup bouger pour changer cette situation. »

Haidar Eid, professeur agrégé à l’université Al-Aqsa de Gaza, a dit de la politique d’Israël envers les Palestiniens qu’elle était « génocidaire ».

« Ils sont en rappel constant du péché originel commis en 1948 », affirme Haidar Eid à MEE, faisant référence à la Nakba, l’expulsion massive des Palestiniens qui a accompagné la création d’Israël. « Israël veut les punir pour leur résistance, pour ne pas être des sujets serviles, et pour les pousser à renoncer à leur droit au retour internationalement garanti. »

Le déclin pour les Palestiniens

D’autres observateurs ont remarqué comment, bien avant la date limite de 2020, le siège israélien avait déjà provoqué des conditions insoutenables dans tout Gaza. Les restrictions sur les zones de pêche – réduites à 10 miles nautiques après les 15 miles du début d’année – impactent les moyens d’existence de la population. Les interdictions d’importation empêchent des produits essentiels, tels que le fuel et le gaz pour la cuisine, d’entrer sur le territoire. Et les coupures habituelles d’électricité font de la vie quotidienne un combat, le courant n’étant parfois disponible que quelques petites heures par jour.

Pour certains des Palestiniens les plus gravement touchés, trouver un soulagement est impossible. En septembre dernier, Israël n’a approuvé que bien moins des deux tiers des demandes des patients pour pouvoir quitter le territoire pour raisons médicales. Certains ont subi un interrogatoire comme nécessité préalable à l’approbation du permis – pratique dénoncée par les associations des droits de l’Homme, telles que Médecins pour les Droits de l’Homme, qui rappelle l’histoire israélienne de contrainte des patients pour qu’ils deviennent des collaborateurs en échange des soins hospitaliers nécessaires.

Le « dé-développement » des services de santé signifie que la technologie de base n’est souvent plus disponible à Gaza, tandis que médicaments et personnel médical sont en rupture, a fait remarquer Gerald Rockenschaub, directeur du bureau de l’Organisation Mondiale de la Santé dans les territoires Palestiniens Occupés.

« Ce n’est pas un déclin brutal ; c’est un déclin chronique », a-t-il dit à MEE. « Le système est toujours très près ou au bord de l’effondrement. » 

Tout en empêchant un arrêt total, notent les experts, l’aide internationale à ce territoire densément peuplé a créé une dépendance humanitaire plutôt que d’encourager le développement à Gaza. Au même moment, les coupures cette année par l’administration Trump du financement de l’UNRWA, agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens, a aggravé la crise.

« Le développement s’enfonce dans l’abîme dans le contexte de Gaza », a dit à MEE Jamie McGoldrick, coordinateur humanitaire de l’ONU pour les territoires palestiniens occupés, faisant remarquer que cela s’est fait sentir de façon aiguë dans les secteurs de la santé et de l’éducation.

Les écoles fonctionnent en double ou triple vacations pour s’adapter à la croissance de la population chez les jeunes. Et pendant ce temps, les hôpitaux se sont adaptés au-delà de leur capacité, surtout depuis que les manifestations de la Grande Marche du Retour se sont traduites en milliers de blessés.

Pourtant, alors que l’aide humanitaire est un peu plus qu’une solution miracle, disent les analystes, sevrer le territoire de cette assistance représentera un processus complexe et difficile.

« Vous ne pouvez pas vous contenter de dire,’OK, demain plus de nourriture, plus de soutien. Vous allez ailleurs.’ Il n’y a pas ‘d’ailleurs’ à Gaza … Les gens dépendent de [l’aide] humanitaire », a dit McGoldrick.

« Nous devons commuter cela vers quelque chose de plus durable, et certainement quelque chose de beaucoup plus empli de dignité que ce que nous avons juste maintenant. »

Les Palestiniens : ‘En vie faute de mort’

Kamel Hawwash, professeur anglo-palestinien à l’université de Birmingham, a dit à MEE que, pour la population de Gaza, la prédiction de l’ONU sur 2020 est avérée depuis longtemps. Il a dit que beaucoup de gens citent le dicton arabe : « Nous sommes en vie faute de mort ».

La politique d’Israël est celle du confinement, a dit Hawwash, et, en fin de compte, « Israël veut conserver ‘le calme’ à Gaza. Si le Hamas y réussit, alors parfait. Sinon, alors [Israël] attaque la Bande ».

On dit aussi qu’Israël a encouragé les Palestiniens à quitter Gaza définitivement, dans le but de réduire encore leur présence sur le terrain. Plus tôt cette année, il paraît qu’une source gouvernementale a reconnu que « des tentatives avaient été lancées » pour persuader d’autres nations de les accueillir, ajoutant qu’Israël aiderait au transport.

Pour que Gaza émerge de sa fâcheuse situation actuelle, a dit Hawwash, le fossé à l’intérieur des Palestiniens entre le Fatah et le Hamas doit être comblé et le siège israélien doit prendre fin, permettant à la stabilité de prendre pied.

« Clairement, si les réfugiés qui composent 80 % de la population retournaient dans leurs maisons – comme ils en ont le droit selon le droit international – alors Gaza pourrait être vivable et prospère. »

Un processus politique réussi pourrait ouvrir la route à une stratégie mieux orientée vers le développement à Gaza, a dit McGoldrick, attirant potentiellement de nouveaux investissements dans les systèmes d’approvisionnement en eau, les zones industrielles et la création d’emplois.

Il a dit du blocus que c’était « le plus grand inhibiteur du développement » tout en reconnaissant que la date limite d’invivabilité de 2020 était en elle-même « une création artificielle » de l’ONU.

« Cela ne veut rien dire pour n’importe quel Palestinien … Les gens essaient simplement d’arriver au bout de la journée, survivant jour après jour », a-t-il dit.

Cependant, la population continuant de grossir, les services de se réduire et le chômage de grimper, Gaza s’approche peut-être d’un point de non retour.

Sara Roy, maîtresse de recherche au Centre d’Etudes Moyen-Orientales de l’université de Harvard, a dit à MEE : « Le terme ‘invivable’ … est utilisé dans le sens d’une alarme en direction de la communauté internationale, mais cette alarme sonne depuis longtemps. »

Cet avertissement, a-t-elle dit, a été ignoré dans l’indifférence internationale et avec des interventions humanitaires qui ne servent que de substitut aux droits de l’Homme.

« Sans une circulation sans encombres des gens et des marchandises », a dit Roy, « Gaza sera condamnée à un naufrage continu. »

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : Middle East Eye




Israël a commis 600 violations contre des journalistes palestiniens en 2019

Journalistes à Gaza

7 novembre 

RAMALLAH, jeudi 7 novembre 2019 (WAFA) — Selon un rapport du Syndicat des Journalistes palestiniens (PJS) publié aujourd’hui, les forces d’occupation israéliennes ont commis, depuis le début de l’année et à ce jour, 600 violations contre des journalistes et contre les médias en général, y compris en faisant usage de balles réelles contre des journalistes.

La Commission des Libertés du PJS a souligné que la plus grave de ces violations était l’usage de balles réelles contre des journalistes. Selon cette commission, 60 cas de blessures par balles réelles résultant de tirs de l’armée israélienne contre des journalistes ont été recensés.

Le rapport indique également que, dans 170 cas, des soldats israéliens ont roué de coups, incarcéré ou détenu brièvement des journalistes ou les ont empêchés de couvrir des évènements. Actuellement, ajoute le rapport, 18 journalistes sont incarcérés dans des prisons israéliennes.

Quant à la campagne anti-palestinienne menée en ce moment par facebook, le syndicat indique qu’il a répertorié 180 cas de violations commises contre des contenus palestiniens sur cette plateforme, y compris la suppression de comptes ou de posts palestiniens.

Traduction SM pour Agence Média Palestine

Source: Middle East Monitor

Source:




Un photographe palestinien se découvre une deuxième vocation de sculpteur sur fil de fer

L’artiste palestinien Haitham Khatib utilise du fil métallique usagé pour fabriquer dans le jardin de sa maison du village de Bilin, en Cisjordanie, des objets d’art qui illustrent des scènes de la vie quotidienne palestinienne.

(Majdi Mohammed/Associated Press)

Associated Press, 5 novembre 2019

BILIN, Cisjordanie

Ayant exercé pendant 14 ans le métier de photographe en Cisjordanie sous occupation israélienne, un Palestinien s’est trouvé une deuxième vocation, la sculpture, et raconte des histoires en recyclant du fil de fer de façon artistique. Il explique que l’effet d’une photo d’actualité peut être fugitif, alors qu’une œuvre d’art persiste dans la durée.

Dans le jardin de sa petite maison du village de Bilin, Haitham Khatib, 43 ans, tord et entrelace des fils métalliques pour en faire des images de la vie palestinienne —tragiques et joyeuses à la fois.

En utilisant du métal, dit-il, il donne une dimension de permanence et de durabilité à des scènes de la vie quotidienne des Palestiniens “parce qu’il faut que nous la fassions connaître au monde et aux générations [futures]”.

Ses œuvres sont de tailles diverses ; elles évoquent parfois des scènes bucoliques de cueillette des olives ou d’agriculteurs qui cultivent leur terre. Mais elles représentent aussi des affrontements avec  des soldats israéliens ou les manifestations en cours le long de la frontière entre la bande de Gaza et Israël.

Pendant plus d’une décennie, le village a lui-même été au cœur de protestations contre le mur de séparation d’Israël. Le mur impose une coupure entre de nombreux villages et leurs champs et pâturages, ce qui a été le cas à Bilin.

Au début de 2005, les habitants de Bilin ont commencé à organiser des manifestations hebdomadaires contre le mur qui se sont poursuivies pendant plusieurs années.

“J’avais un appareil photo, j’ai commencé à recueillir des éléments sur ce qui se passait dans mon village et à les transmettre aux médias”, raconte-t-il.

Parfois des heurts survenaient, et deux manifestants ont été tués par des tirs israéliens. Des militants venus de tous les coins du monde et des supporters israéliens ont participé aux manifestations, ce qui a aidé les habitants de Bilin à créer une dynamique et leur a valu l’attention des médias du monde entier.

Mais comme les manifestations se sont calmées depuis deux ans, Khatib dit qu’il a eu plus de temps libre.

“Je me suis mis à réfléchir à une autre façon de montrer l’actualité”, dit-il.

[Légende] À Bilin, village de Cisjordanie, des sculptures de l’artiste palestinien Haitham Khatib qui évoquent la vie quotidienne des Palestiniens. Ces sculptures représentent, à partir de la gauche, un manifestant, une personne déplacée ayant fui sa maison en 1948, des manifestants, un prisonnier dans une prison israélienne, et un homme blessé au cours du conflit.

(Majdi Mohammed/Associated Press)

Dans son enfance, raconte Khatib, il a appris à utiliser le fil métallique pour fabriquer des jouets qu’il n’avait pas les moyens de s’offrir. “Aujourd’hui j’en fais un usage différent.”

Il remonte parfois le cours de l’histoire, recréant des scènes de la guerre qui a entouré la création d’Israël, lorsque des centaines de milliers de Palestiniens ont fui ou ont été chassés de leur maison, ou bien le premier ou le deuxième soulèvement contre l’occupation israélienne.

Parmi ses dizaines d’œuvres figure un portrait de feu le dirigeant palestinien Yasser Arafat, coiffé de son célèbre keffieh, le foulard palestinien emblématique. Il a aussi sculpté des réfugiés fuyant leur maison et des heurts entre lanceurs de pierres palestiniens et soldats israéliens.

[Légende] L’artiste palestinien Haitham Khatib tient sa sculpture qui représente feu le dirigeant palestinien Yasser Arafat coiffé de son célèbre keffieh.

(Majdi Mohammed/Associated Press)

Khatib présente son travail sur les médias sociaux et prépare sa première exposition, qui aura lieu prochainement. Il espère aussi créer des œuvres plus grandes qui pourront être installées sur des places publiques.

“J’ai été photojournaliste pendant longtemps et je pense aujourd’hui que l’art peut être une façon plus efficace de faire des reportages”, dit-il.

Traduction: SM pour l’Agence Média Palestine

Source: LAtimes.com




La prophétie de la perte de légitimité d’Israël, par Ali Abunimah, 10 ans après

Les rédacteurs de Mondoweiss, 29 novembre 2019 

Il y a dix ans cette semaine Ali Abunimah prononçait un discours historique sur la délégitimation internationale croissante d’Israël, lors d’une conférence du mouvement de Boycott, désinvestissement et sanctions à Hampshire College dans le Massachusetts. Une semaine plus tard, nous avons publié le texte de ce discours, mais il nous semble indiqué de le republier aujourd’hui pour rendre hommage à la clairvoyance d’Abunimah et pour offrir un aperçu de ce que les dix prochaines années vont apporter. 

Certaines affirmations de l’auteur, co-fondateur d’Electronic Intifada, étaient surement trop optimistes et prématurées : sur l’écroulement du régime d’Oslo ou l’introspection d’Israël amenée par BDS. Mais bon nombre des commentaires d’Abunimah, dans l’ombre projetée par l’attaque de Gaza plus tôt dans l’année, semblent prophétiques si nous comparons le paysage de 2009 à celui d’aujourd’hui, où les progressistes se sont largement accordés dans une critique de l’idée d’état juif, et que les institutions américaines traditionnelles se battent pour supprimer cet accord. 

« Je suis convaincu que la perte de légitimité de l’idée sioniste, de l’idée d’un état spécial pour un peuple spécial, est irréversible, que cela ne peut pas être ressuscité au XXIe siècle, à un moment où nous prêchons les droits universels et l’égalité, à défaut de les pratiquer », déclarait Abunimah, qui avait 37 ans à l’époque.

Il disait aussi que l’Afrique du Sud de l’apartheid n’avait pas été battue par une résistance interne, mais par la délégitimation de l’apartheid en Occident ; et il a vu ce même processus commencer à saper l’acceptation de la discrimination israélienne en 2009. Certainement ce processus n’a fait que se poursuivre et aujourd’hui il est porté en avant par un mouvement en faveur de l’égalité des droits. « Israël a un gros compte en banque, mais pas de revenu. Je ne vois pas Israël capable de recruter une nouvelle génération pour porter son message ». Et Abunimah avait raison de dire qu’Israël allait affronter BDS parce que c’était si menaçant. « Après avoir essayé d’ignorer le mouvement BDS pendant de nombreuses années, il commence vraiment à gagner l’attention d’Israël ».

Si vous considérez à quel point le mouvement pour l’égalité a avancé depuis, ce discours d’Abunimah augure de nombreux autres changements à venir dans les dix prochaines années. Voici ce discours :

Je veux parler d’un petit bout d’histoire, pas beaucoup, et ensuite je veux parler de la manière dont, je pense, BDS s’insère dans la direction que nous prenons dans le combat pour la justice, et pourquoi je pense que cela va fonctionner.

Si vous regardez l’histoire de la Palestine dans les soixante-deux dernières années, depuis la destruction de la majeure partie de la Palestine et l’établissement de l’état d’Israël sur ses cendres, je pense qu’elle peut être divisée grossièrement en trois phases d’environ vingt ans. La première phase était de 1948 à 1967, c’est celle de l’établissement d’Israël, le nettoyage ethnique de 90% de la population de l’intérieur des frontières de ce qui est devenu Israël, la destruction systématique de 500 villes et villages et l’exil de la population autochtone du pays. Et bien sûr, les Palestiniens restant à l’intérieur d’Israël soumis à un régime militaire, à un nettoyage ethnique continu et à l’arrachement à leurs terres.

La deuxième phase, commençant en 1967 avec la triple extension d’Israël, sa conquête de la péninsule du Sinai en Egypte, de la Syrie du sud-ouest, de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza, était vraiment l’apogée, l’ère où la confiance d’Israël était maximale et le moment où le sionisme que nous connaissons aujourd’hui s’est enraciné dans la communauté juive américaine. Avant 1967, les juifs américains, pour la plupart, n’avaient pas été captivés par cette idéologie du sionisme et le nationalisme virulent et raciste qui l’accompagne. Pour les Palestiniens de Cisjordanie et de la Bande de Gaza, c’était le début de la longue occupation et de la colonisation qui continuent jusqu’à ce jour. C’était aussi, du point de vue d’Israël, la période de ce que j’appelle une occupation de luxe. Les Palestiniens de Cisjordanie et de la Bande de Gaza étaient relativement tranquilles, ils étaient une source de travail bon marché, les Israéliens les autorisaient à voyager librement dans les territoires occupés et c’était le bonheur, c’était une situation où les Israéliens se sont dit, bon, c’est bien, nous pouvons rester comme cela pendant que nous contruisons des colonies, il n’y a pas de pression sur nous à faire quoi que ce soit, nous n’avons pas annexé formellement la Cisjordanie et la Bande de Gaza, ce qui nous demanderait de donner des droits civiques et des droits de vote aux Palestiniens qui y vivent, donc nous gardons simplement les choses comme elles sont.

Cette période d’occupation de luxe s’est terminée en 1987 avec le début de la première intifada, ce qui je pense est à peu près le moment où beaucoup d’entre vous dans cette pièce sont nés, ce qui me fait me sentir assez vieux. Mais il est important de connaître cette histoire. Et ce que la première intifada a montré était l’impossibilité pour Israël de maintenir cette occupation gratuite, où il exploitait le travail et la terre palestiniens, déniait tous les droits civiques et politiques, et continuait à s’afficher comme cette merveilleuse démocratie libérale et une lumière parmi les nations. 

C’est ainsi qu’a commencé cette troisième période de vingt ans : c’est la période des Accords d’Oslo, le commencement d’une longue période pour élaborer ces accords qui ont été signés en 1993 ; et c’était en fait la période d’une occupation gérée, l’idée ici était de coopter. A un moment, les dirigeants israéliens l’ont dit. Shimon Peres, qui est maintenant le président d’Israël, s’est rappelé avoir parlé à Yitzhak Rabin, qui était le premier ministre de l’époque, lui disant : Pourquoi avons-nous besoin que Yassir Arafat — qui était à l’époque bien sûr le dirigeant de l’OLP— nous cause des ennuis en dehors du pays, amenons-le ici, nous pouvons le surveiller et nous pouvons le garder sous contrôle. Donc l’idée était de coopter les dirigeants palestiniens et de leur sous-traiter la gestion de l’occupation, créant pendant tout ce temps l’illusion d’un mouvement vers l’avant, d’un prétendu processus de paix qui culminerait en un état palestinien indépendant.

Mais effectivement, comme nous le savions et comme nous le savons maintenant, ce n’est pas ce qui est arrivé. Ce qui est arrivé était l’accélération de l’occupation, le triplement du nombre des colons israéliens en Cisjordanie, et le resserrement du contrôle, la création d’un régime de contrôle colonial, de fait un apartheid, qui est unique dans l’histoire. Nous faisons beaucoup de comparaisons avec l’apartheid de l’Afrique du Sud, mais comme beaucoup de Sud-Africains eux-mêmes l’ont noté, il n’y avait jamais en Afrique du Sud un système de routes séparées pour les Noirs et les Blancs. A aucun moment, le gouvernement d’apartheid sud-africain n’a utilisé des avions de guerre pour bombarder les townships, pour bombarder Soweto. Cela n’est jamais arrivé. Incidemment vous devriez savoir, et cela fait partie de la recherche qui doit faire partie de la stratégie de BDS, que la plupart des armes que le gouvernement sud-africain a utilisées pour imposer l’apartheid étaient fournies par Israël, en violation de l’embargo international des armes qui était imposé à l’Afrique du Sud. Même les canons à eau qu’ils utilisaient pour réprimer les manifestations ont été faites dans un kibboutz dans le nord d’Israël. Et les avions de guerre et les canonnières de la marine sud-africaine ont tous été fournis par Israël. Néanmoins, l’Afrique du Sud n’a jamais utilisé ces armes contre son propre peuple à l’intérieur du pays. 

La situation des vingt dernières années d’occupation gérée arrive à sa fin. Beaucoup de gens ne s’en rendent pas compte, beaucoup de gens espèrent qu’elle peut être ressuscitée, mais nous atteignons la fin de la troisième phase d’un leadership palestinien collaborationiste et coopté qui serait capable de maintenir au calme le peuple palestinien pour le compte d’Israël. Et l’édifice est maintenant en train de s’écrouler lentement. Je ne peux pas vous dire combien de temps cet écroulement prendra, je ne peux pas vous dire comment il se terminera, mais c’est quelque chose qui ne peut être re-formé et restauré. Les dirigeants palestiniens qui ont signé les Accords d’Oslo et ont accepté de devenir les exécutants de l’occupation pour le compte d’Israël, tout en promettant à leur peuple que cela se terminerait en un état, ont perdu toute crédibilité, ils ne peuvent plus longtemps jouer le jeu. Je pense que c’est un moment, vraiment ce n’est pas seulement un moment de vérité pour les Palestiniens, mais aussi pour Israël, parce que l’effondrement du régime d’Oslo, l’effondrement de l’occupation gérée, met à nu la réalité : que vous avez dans la Palestine historique, Israël, la Cisjordanie, la bande de Gaza pris tous ensemble, vous avez une réalité qui est de facto celle d’un état binational. Vous avez un pays de 11 millions de personnes, dont tout juste un peu plus de la moitié sont des juifs israéliens et tout juste un peu moins de la moitié sont des Palestiniens, mais la tendance est claire, les Palestiniens redeviennent une fois encore majoritaires.

 Nous pouvons tous décrire en détail la souffrance infligée aux Palestiniens dans la tentative d’Israël de les nettoyer ethniquement, de réduire la population, de changer la démographie de Jérusalem. Littéralement chaque jour maintenant des maisons sont démolies dans Jérusalem-Est occupé et Silwan. Et chaque nuit la Nakba qui a commencé en 1948 continue à s’étendre. Chaque nuit il y a de nouvelles familles dormant dans des tentes près des débris de leurs maisons. La Nakba continue en 2009. Malgré cela, malgré cela, je voudrais dire ce qui suit : si l’objectif du projet sioniste est de prendre ce pays qui avait un peuple autochtone qui était arabe, qui était palestinien, qui était musulman, qui était chrétien, et d’en faire un pays de juifs européens, alors cette stratégie a échoué, parce qu’il y a plus de Palestiniens vivant sur le territoire national de Palestine que jamais auparavant et et qu’il n’y a aucune partie de la Palestine de nos jours où ne vivent pas de Palestiniens. Que ce soit dans le Néguev, à Gaza, en Galilée, au centre du pays, partout en Cisjordanie, il y a très peu de zones où il n’y a pas une population palestinienne. Donc c’est l’immense échec du projet sioniste, l’échec à nettoyer ethniquement ce pays. Et malgré la souffrance qu’il a infligée et qu’il continue à infliger, il y a quelque chose à célébrer, que le peuple autochtone est encore là. Qu’il continue à exister dans son pays.

Mais bien sûr cela laisse Israël dans un dilemne, parce que comment pouvez-vous avoir un état juif quand la majorité de la population ne sera bientôt pas juive ? La solution idéale du point de vue d’Israël était de cacher cette réalité par un processus de paix interminable, par l’occupation gérée sous-traitée. Mais cela ne marche plus. Donc nous avons atteint un moment de vérité. Et je pense que c’est important de reconnaître la façon dont ces choses se terminent —personne ne peut lire l’avenir — mais encore une fois nous avons entendu ce matin la très importante comparaison avec l’Afrique du Sud. Ce n’est pas une situation identique, il y a beaucoup de différences qui valent la peine d’être explorées et discutées, mais dans notre histoire récente c’est le parallèle le plus proche avec la situation que nous avons maintenant, celle d’une communauté d’occupation par des colons gouvernant un peuple autochtone par la force et confronté à une résistance gigantesque et des requêtes pour leurs droits de la part des autochtones. Et quand vous retournez aux années avant que le régime d’apartheid ne se termine — il s’est terminé officiellement en 1994 — il y avait une résistance interne gigantesque en Afrique du Sud, d’énormes soulèvements qui étaient très similaires à ce qui est arrivé quelques années plus tard dans la première intifada palestinienne, des grèves massives, des démonstrations massives et la réponse de l’état d’apartheid a été d’utiliser une violence énorme pour supprimer les démonstrations dans les townships.

 La remarque que je veux faire ici est que toute cette résistance n’a jamais réussi à changer réellement l’équilibre du pouvoir physique coercitif. Les Blancs ont toujours gardé de fait un monopole sur la force physique et militaire et le mouvement anti-apartheid n’a jamais vraiment changé cela. Ils n’ont pas battu le régime d’apartheid militairement. L’équilibre des pouvoirs n’a jamais changé. Ce qui s’est passé et ce qui est crucial, je pense, est que le régime d’apartheid, qui avait bénéficié d’une légitimité considérable parmi les Européens et les Américains jusqu’à au moins les années 50, a commencé à perdre cette légitimité. Jusqu’à ce moment, en Grande-Bretagne et dans les autree parties de l’Europe, il y avait une sympathie immense pour ce qui était appelé « la difficile situation » des Blancs en Afrique, dans le contexte de la décolonisation.

La perte de légimité des pratiques du régime d’apartheid est ce qui a changé, et quand un système perd sa légitimité, toutes les armes du monde ne peuvent le protéger. Et c’est ce que nous avons vu en Afrique du Sud. Une fois qu’on est arrivé au point où le régime ne pouvait rester au pouvoir que par la violence et la répression, les Blancs d’Afrique du Sud ont perdu la volonté de le maintenir. Parce qu’ils savaient que le prix était un isolement international croissant et le fait d’être vus comme des parias. Et une fois qu’ils ont atteint ce point, alors ils ont été d’accord pour commencer à parler de démocratie et de droits égaux.

Vous devez vous souvenir que le Congrès national africain a promu la Charte de la liberté dès 1955. Cela n’a jamais changé. Le message de la résistance en Afrique du Sud était constant : notre requête est la liberté, une personne/un vote, l’égalité, la décolonisation, cela n’a jamais changé. Mais aussi longtemps que les Blancs se sentaient immunisés comme les effets de l’apartheid, aussi longtemps qu’ils pouvaient s’en tirer, ils n’avaient aucune motivation pour lire la Charte de la liberté et ils pouvaient diaboliser les Africains autant qu’ils le voulaient et dire que ces gens étaient des barbares et que si nous les laissions mettre la main sur les leviers du pouvoir ils nous massacreraient dans nos lits, que les Blancs seraient jetés à la mer. Cela ne leur coûtait rien de dire cela. Une fois que la résistance interne et la solidarité internationale, sous la forme de boycott, désinvestissement et sanctions, ont augmenté le coût de maintenir le statu quo, pour le régime d’apartheid et ceux qui en bénéficiaient, alors ils ont dit, OK, discutons, écoutons ce que vous avez à dire, ce qu’est votre vision de l’avenir de l’Afrique du Sud. Donc BDS a créé les conditions d’un dialogue et finalement de la fin du conflit, qui étaient impossibles aussi longtemps que l’équilibre du pouvoir n’était pas contesté.

 Je voudrais argumenter que nous commençons à voir —je ne pense pas que ce soit déjà à plein régime, mais nous commençons à voir — une perte de légitimité similaire du sionisme et des pratiques dans lesquelles Israël s’est engagé. Et beaucoup d’Israéliens s’en inquiètent très ouvertement. Je suis convaincu que la perte de légitimité de l’idée sioniste, de l’idée d’un état spécial pour un peuple spécial, est irréversible, que cela ne peut être ressuscité au XXIe siècle, à un moment où nous prêchons, au moins, pour les droits universels et l’égalité, même si nous ne les mettons pas en pratique. L’image de soi qu’a Israël comme état juif progressiste et démocratique est impossible à maintenir face à la réalité d’une colonie juive militarisée, ultranationaliste, sectaire, qui doit exécuter régulièrement des massacres de civils autochtones pour maintenir son contrôle. Le sionisme ne peut pas simplement bombarder, kidnapper, assassiner, expulser, démolir, coloniser et imposer par le mensonge sa légitimité et son acceptation, et soixante-deux ans de détermination palestinienne, de sumud, de résistance, l’ont prouvé encore et encore. 

Comme je l’ai mentionné, il est de plus en plus dur de déguiser cette perte de légitimité quand vous avez une minorité juive gouvernant une majorité palestinienne privée de droits. Récemment vous aurez remarqué la nouvelle demande du gouvernement israélien, à savoir que les Palestiniens reconnaissent le « droit d’Israël à exister comme un état juif », comme condition pour la paix. Beaucoup de gens étaient indignés par cela. Je suis franchement assez réconforté par cela [rires]. Je vais vous dire pourquoi. Parce que cette demande est en fait la reconnaissance d’un échec. C’est la reconnaissance que sans le consentement palestinien, le projet sioniste et l’ethnocratie juive en Palestine ne peuvent être maintenus, et je pense qu’ils n’ont aucune perspective d’avenir à long terme.

Et je pense que ce qui est si important dans le moment où nous sommes est que le lobby israélien, les nombreux groupes pro-Israël dans ce pays et dans le monde entier, reconnaissent ce moment, et si vous vous souvenez, au printemps dernier, en mai, d’un discours donné par le directeur exécutif de l’AIPAC [Comité des Affaires publiques israélo-américain] à leur conférence de politique annuelle — l’AIPAC est bien sûr le groupe de lobbying pro-Israël le plus puissant, c’était juste quelques mois après les massacres de Gaza, et Howard Kohr, le directeur exécutif, a fait un discours vraiment tout à fait remarquable et révélateur, dans lequel il parle du discours croissant sur l’illégitimité de ce qu’Israël fait et comment il est constitué. Il parle de ce qu’il appelle la campagne de délégitimation d’Israël. Je dirais qu’Israël s’est délégitimé tout seul par ses actions, mais restons avec lui une minute : 

« L’épicentre de cette campagne est peut-être au Moyen Orient, mais la campagne ne s’arrête pas là. Elle a des échos dans les halls des Nations Unies et des capitales de l’Europe. Mais la campagne ne s’arrête pas là. Elle s’exprime sans honte et sans sanctions dans les assemblées d’organisations internationales qui revendiquent la paix et la collaboration comme leur mission. Mais la campagne ne s’arrête pas là. Elle arrive chez nous, juste ici, aux Etats-Unis. Nous la voyons déjà sur les campus de nos universités, les institutions d’éducation supérieure d’élite de l’Amérique, les endroits auxquels nous avons confié l’éducation de nos enfants.

Mais la campagne ne s’arrête pas là. Cette campagne n’est plus confinée aux divagations de l’exrême gauche ou de l’extrême droite politiques, mais elle pénètre de plus en plus le grand public américain : un discours politique ordinaire dans les débats de nos télévisions et de nos radios, dans les pages de nos principaux journaux et dans d’innombrables blogs, dans les réunions municipales, sur les campus et sur les places des villes, à Los Angeles, Fort Lauderdale, Chicago. »

Il appelle cela, et c’est, je pense, très important pour comprendre la peur du lobby israélien, « une campagne délibérée pour changer la politique, pour transformer la façon dont Israël est traité par ses amis en un état qui ne mérite pas notre soutien, mais notre mépris » — je saute — « ces voix établissent un prédicat pour l’abandon, elles argumentent qu’Israël est indigne d’être autorisé à ce qui est pour n’importe quelle nation le droit premier et le plus fondamental, le droit à l’auto-défense ». 

Bien sûr, c’est dit dans le contexte des massacres à Gaza, qu’il soutient. Donc il continue avec cet éclairage. Et c’est assez intéressant. Il y a une chose que j’ai trouvé très drôle. Pas drôle, mais frappante. Il dit : « C’est une bataille pour les coeurs et les esprits du monde. Une bataille dans laquelle la diffamation d’Israël » — ce que j’appellerais argumenter en faveur de l’égalité des droits, de la justice et de la reddition de comptes — « est comme l’artillerie avant l’assaut principal, l’élément clé dans l’affaiblissement de la cible ». 

 C’est tellement frappant, trois mois après Gaza, il parle de nous utilisant de l’artillerie, de nous qui parlons du mouvement non violent BDS comme de ceux qui utilisent l’artillerie, et Israël qui fait pleuvoir du phosphore blanc et des obus sur des quartiers résidentiels et des écoles et des mosquées et des bâtiments ministériaux et des commissariats dans tout Gaza est la victime. C’est un renversement très intéressant du langage. Finalement, quelle est la solution du point de vue de l’AIPAC ? Il dit « Donc ce soir, laissez-moi dire à chacun dans cette salle: Nous avons du travail à faire, nous avons une histoire à raconter, une histoire qui est souvent négligée. Et c’est une remarquable histoire du vrai Israël ». 

Je pense qu’en fait nous avons exactement le même travail ! [Rires]

 « Nous devons dire l’histoire d’Israël, ce qu’il est, ce qu’il fait et ce qu’il défend dans le monde ». Encore une fois, nous avons la même mission. « Et cette vérité battra la vision déformée par la haine qui vise à séparer Israël de ses amis ». Ouais ! [Rires]

Quel est ce message et c’est la question cruciale : à la fin de la période d’occupation gérée, quand l’apartheid et la réalité coloniale du système israélien sont mis à nu, quel est le message ? Quelle histoire ont-ils à raconter ?

Voici ce à quoi elle revient : « Israël, le seul pays dans le Moyen Orient qui accueille un défilé de la Gay Pride. Israël qui tire l’énergie du soleil, l’eau de l’air. Israël qui prend au sérieux l’admonition à être une lumière parmi les nations. Le pays qui a ouvert ses portes aux boat-people vietnamiens dans les années 1970, aux juifs éthiopiens dans les années 80 et 90. Aux réfugiés de plus de cent pays ». Excepté ceux de Palestine ! « Des gens de différentes cultures et de différents pays qui ont construit de nouvelles vies en Israël ». 

Ce qui est intéressant là-dedans, c’est que vous avez ici plusieurs thèmes. Le défilé de la Gay Pride, on appelle cela du pinkwashing. Si vous utilisez l’idée qu’Israël a un défilé de la Gay Pride, et que donc cela rend acceptable d’attaquer des écoles avec du phosphore blanc, c’est ce qui s’appelle du pinkwashing. Qu’Israël tire son énergie du soleil et son eau de l’air, cela s’appelle écoblanchiment (greenwashing).

Quant à ce qu’Israël prenne au sérieux l’admonition à être une lumière entre les nations, à ouvrir ses portes aux réfugiés, etc. Eh bien vous avez peut-être vu le titre dans Haaretz il y a deux semaines, selon lequel Israël envisageait d’installer qu’il appelait des camps de travail dans le désert du Néguev pour des réfugiés, principalement d’Afrique, qui attendent une décision judiciaire sur leurs demandes d’asile et le marché selon Haaretz était que les réfugiés seraient accueillis dans ce camp, transportés par bus à des endroits où ils travailleraient dans la journée et ensuite retourneraient dans les camps le soir, et qu’en échange ils recevraient de la nourriture. Je pense qu’il y a un terme pour cela. Cela s’appelle de l’esclavage. Parce que même les esclaves pour la majeure partie recevaient des chambres et de la nourriture, juste afin de les maintenir en vie. Donc l’Israël qui est ouvert aux réfugiés est un Israël qui en 2009 envisage d’installer des camps de travail esclavagistes.

Le point que je voulais faire à partir de cela est que je ne pense pas qu’il y ait un message. Vous ne pouvez pas faire du pinkwashing, de l’écoblanchiment, du blanchiment-tout-court pour vous en tirer. Vous ne pouvez pas dire bon, Israël fait de merveilleux produits pharmaceutiques, donc ne vous inquiétez pas de ce qui se passe à Gaza. Cela ne va pas marcher. Il est trop tard pour cela. Et je pense que ce message ne peut pas être remis à neuf. Je pense que nous sommes à un point où Israël est encore incroyablement puissant. Mais je pense qu’en un sens il roule grâce à l’inertie, le pouvoir accumulé, le prestige accumulé. C’est comme quelqu’un dont le compte en banque est bien plein, mais ils le dépensent et ils doivent le dépenser très vite.

Or, dans notre mouvement nous avons un très petit compte bancaire. Je ne parle pas d’argent littéralement, je parle de pouvoir politique et de légitimité morale et de soutien et d’une vision juste qui inclut chacun. Nous avons un très petit compte en banque, mais nous avons des revenus. Nous le faisons grandir. Israël a un gros compte en bancque mais pas de revenu. Je ne vois pas Israël capable de recruter une nouvelle génération pour porter son message. Je crois que le succès des juifs américains est qu’ils sont totalement intégrés dans cette société, que les jeunes juifs américains ont grandi imbibés du message universel du mouvement des droits civiques et qu’ils ne veulent rien avoir à faire avec cela —Israël est comme une vieille guimbarde et ces groupes de lobby pro-Israël doivent essayer de le vendre comme si c’était une voiture de luxe et personne n’achète plus cette guimbarde.

Alors cela peut paraître un petit peu idyllique et je ne veux pas vous laisser penser que tout cela est très facile et inévitable. Parce que cela ne l’est pas. L’autre côté de cela, qui est très, très important, est qu’il y a une lutte immense, immense, à mener, ce qui est la raison pour laquelle le travail que vous faites dans ce mouvement est si important. Et un résultat juste n’est pas inévitable. Israël a un immense pouvoir, il a la capacité de commettre une immense violence. Il y a beaucoup de personnes qui pensent que Gaza 2009 était juste un avant-goût de ce qu’il y a à venir et que les Israéliens joueront le tout pour le tout et qu’ils essaieront encore de faire ce qu’ils ont échoué à faire depuis si longtemps, qui est d’essayer d’intimider et de terroriser les Palestiniens et d’autres peuples arabes pour qu’ils se soumettent.

Donc il y a d’énormes dangers, ce n’est pas inévitable. Mais ce qui rend une autre attaque sur Gaza ou sur d’autres parties de la Palestine de moins en moins probable chaque jour, c’est ce que nous faisons. Plus nous faisons du boucan, plus nous rendons difficile aux criminels de guerre israéliens de parler sur nos campus, plus nous suscitons une prise de conscience sur l’impact de l’occupation israélienne sur les Palestiniens dans tout le pays, sur le racisme, sur le statut de seconde classe des citoyens palestiniens en Israël, plus il y a de gens sensibilisés par le militantisme BDS, plus dur c’est, pour Israël, d’agir librement. Nous devons, avec ce mouvement, obtenir la reddition de comptes que nos gouvernements ont échoué à obtenir, que les Nations Unies ont échoué à obtenir.

Vous serez confrontés à de nombreux ennemis. L’un d’eux s’appelle J Street. [Applaudissements]. Ils vous ont remarqués. Je suis sûr que beaucoup d’entre vous ont vu le communiqué de presse qui est sorti jeudi, et qui dit « La conférence prochaine à Hampshire College promeut le malavisé mouvement BDS contre Israël ». Maintenant voici les bonnes nouvelles. « Ce mouvement s’étend comme un incendie » [Cris de joie] « sur les campus dans tout le pays et nous allons tous être brûlés sauf si nous nous exprimons maintenant ».

Alors ils en sont venus à l’idée pathétique de : investissez deux dollars pour deux états. Est-ce qu’il y a quelqu’un dans cette salle qui veut me donner deux dollars pour deux états ? [Cri: « Jamais ! »] Je vais mettre aux enchères la solution à deux états. Deux dollars ? Un dollar 50 ? Je vois un dollar là-bas. Mais ils disent — c’est sérieux, ils disent : « Rejoignez notre investissement, pas la campagne de désinvestissement » pour lever des fonds pour deux organisations. Lendorpeace.org, une organisation de micro-finance palestinienne lancée par des étudians comme nous. Et le Centre pour le développement économique judéo-arabe, qui promeut une coopération économique judéo-arabe en Israël.

Il est important de savoir que ces sortes de projets conjoints, le plus probablement, je n’ai pas regardé ces deux projets spécifiquement, sont des projets dessinés pour donner une impression d’égalité et de réciprocité et qu’ils ne remettent pas en cause la réalité de l’injustice — ils violent l’appel palestinien pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions. C’est vraiment important de comprendre qu’ils appuient ces choses sur vos campus afin de détourner votre attention et de faire en sorte que les gens mettent leur énergie dans une direction où il n’y aura absolument aucun impact, parce que ces sortes de projets conjoints réchauffe-coeur, forgés pour légitimer Israël en disant : « Oh, ayons juste de bons rapports ensemble », ont été essayés pendant des années et des années, et ils ne font aucune différence.

 Il y a un fort sentiment qu’après avoir essayé d’ignorer le mouvement BDS pendant de nombreuses années, il commence à obtenir vraiment l’attention d’Israël. Il y avait un article hier dans le Financial Times. Le titre : « Israël ignore d’un haussement d’épaules le militantisme du boycott économique ». Il y a beaucoup de bravade. Ils disent : « Vous savez, cela n’a vraiment pas eu beaucoup d’impact et nous pouvons y survivre ». Mais le fait est, c’est dans le Financial Times, ils commencent à y prêter attention. Aujourd’hui il y a un article sur ynet … le site web le plus consulté en Israël … Le titre, ma traduction : « Boycotts contre Israël, réussissent-ils, font-ils des dégâts ? « C’est aujourd’hui … Cela les affecte, ils y prennent garde et ils commencent à s’en inquiéter. Donc si jamais vous pensez, si jamais on vous dit, oh, cela ne marchera jamais, lisez donc la presse israélienne. Cela commence à avoir l’effet que nous voulons, forcer les Israéliens à faire ce qu’ils ne veulent pas faire, à savoir un peu d’introspection, repenser sérieusement la situation et comment en sortir.

 Je voudrais conclure avec quelques observations sur ce qui vient ensuite. Je pense — j’en ai discuté et je ne pense pas que ce soit une question difficile à défendre dans cette salle — que BDS est essentiel. BDS est un outil pour niveler le terrain de jeu, pour fournir de la solidarité et de la force aux Palestiniens qui résistent et se dressent résolument, où qu’ils soient, que ce soit en Palestine, en Israël ou dans des camps de réfugiés, ici aux Etats-Unis, partout où sont les Palestiniens. C’est une manière de dire — vous savez, beaucoup de gens disent que les Palestiniens sont parmi les personnes qui ont droit au plus grand nombre de sermons sur terre. On leur dit toujours, si vous êtes le Secrétaire d’état des Etats-Unis : les Palestiniens doivent faire plus, et ensuite il y a une liste entière. Et même les amis des Palestiniens disent, vous savez, si seulement les Palestiniens pouvaient être davantage comme Gandhi. J’entends cela tout le temps. Ils ne disent jamais aux Israéliens, si seulement les Israéliens pouvaient être davantage comme Gandhi. Pouvez-vous imaginer les colons israéliens se comportant comme Gandhi ? Il n’y aurait aucune colonie, c’est sûr.

 Je pense que ces mots ne coûtent pas cher du tout. Dire aux gens qui luttent pour leur existence même de ne pas résister, de ne pas user de violence, depuis la sécurité du Canada ou des Etats-Unis est un peu un luxe [Applaudissements]. Mais cela ne veut pas dire que nous devrions abandonner notre croyance dans la non-violence, que nous devrions promouvoir la violence. Je ne suis certainement pas en train de dire que nous devrions promouvoir la violence. [Applaudissements] Je dis simplement que si vous êtes contre la violence, alors fournissez une alternative et l’alternative est BDS. Comme Fayyad [Sbaihat] l’a dit ce matin [dans une table ronde] : Avez-vous une meilleure idée ? 

C’est une stratégie éprouvée. C’est une tactique qui marchera. Comme nous avons vu dans la session de ce matin, c’est une stratégie noble et honorable qui a marché dans le mouvement des droits civiques. Il a marché dans le cas de l’Afrique du Sud — Il a marché en Irlande du Nord, avec les principes MacBride — désinvestir des compagnies qui étaient discriminatoires envers les catholiques irlandais autochtones dans le nord de l’Irlande — Il y a beaucoup d’exemples de BDS et de stratégies analogues à BDS qui marchent. Donc c’est à nous de fournir l’alternative.

Il y a maintenant un débat houleux sur la solution à un ou à deux états. Et beaucoup de gens ont des questions honnêtes là-dessus. Vous savez de quel côté je suis. Mais cela ne veut pas dire que vous avez à être d’accord avec moi. Mais l’appel de BDS, l’appel pour le boycott académique et culturel d’Israël de la part de la société civile palestinienne, n’est pas un appel en faveur d’une solution à un ou à deux états. Il indique trois sortes d’injustice et d’oppression israéliennes auxquelles il faut mettre fin. 

La première, c’est le déni de la responsabilité d’Israël dans la Nakba, et particulièrement les vagues de nettoyage ethnique et la dépossession qui a créé le problème des réfugiés palestiniens, et donc le refus d’accepter les droits inaliénables des réfugiés déplacés, droits stipulés et protégés par le droit international. Deuxièmement, l’occupation militaire et la colonisation de la Cisjordanie, y compris Jérusalem Est et Gaza. Et troisièmement le système enraciné de discrimination raciale et de ségrégation contre les citoyens palestiniens d’Israël, qui ressemble au sysème défunt de l’apartheid en Afrique du Sud.

Il est important, quoi que vous pensiez à propos des solutions à un ou à deux états, de mettre un terme à toutes ces formes d’oppression. Si demain nous nous réveillons et voyons qu’Israël s’est retiré de Cisjordanie et de la Bande de Gaza — assez peu vraisemblable, il est vrai —, cela laisse deux tiers du problème intact. L’oppression des citoyens palestiniens d’Israël et l’oppression raciste des réfugiés palestiniens à qui on dénie le droit au retour dans leurs foyers pour la seule raison qu’ils sont du mauvais groupe ethnique, c’est simplement scandaleux au XXIe siècle.

Il est important de garder un oeil sur ces trois aspects de l’injustice systématique contre les Palestiniens. Et de les reconnaître — nous pouvons discuter et débattre et nous pouvons préconiser ce à quoi ressemblerait le résultat. Je pense que nous avons besoin d’avoir cette discussion et avec la pression du mouvement BDS, de commencer à avoir une vision qui puisse commencer à attirer les Israéliens, une fois qu’ils reconnaissent que le système actuel n’est pas tenable. Et BDS crée les conditions pour que nous commencions à avoir cette discussion.

Je vais terminer en disant quelque chose à quoi je crois vraiment très, très profondément quand je regarde autour de moi dans la salle. Quand je pense à mes parents et aux parents de beaucoup d’autres personnes de cette salle, de beaucoup de Palestiniens dans cette salle et au dehors — mes parents étaient de la génération qui a vécu la Nakaba, qui a perdu ses maisons et perdu son pays, et ils faisaient partie des chanceux. Mais ceux de Gaza, 80% des gens de Gaza, sonr des réfugiés. Au Liban, en Syrie, en Jordanie. Partout dans le monde, je crois que cette génération, la première génération de la Nakba, qui avance maintenant en âge, mais hamdililah beaucoup d’entre eux sont encore jeunes et en bonne santé et peuvent vivre de longues vies, je crois que cette génération mérite qu’il lui soit rendu justice au cours de sa vie. [Applaudissements].

Et quand je regarde autour de moi dans cette salle, je suis convaincu de tout mon coeur et de tout mon esprit, que c’est la génération qui va les aider à obtenir cette justice. Soyez patients et restez engagés sur le long terme, l’histoire est de notre côté et nous pouvons gagner. Merci. 

Trad. CG pour l’Agence Media-Palestine

Source: Mondoweiss




127 Jewish academics appeal to French deputies: « Do not support the draft resolution equating anti-Zionism with anti-Semitism »

Le Monde, 2 December 2019

French Deputies are expected to vote Tuesday, December 3rd, on a bill aiming to fight anti-Semitism, proposed by Sylvain Maillard, a Deputy of the « La République en marche » (LRM) party. Following in the wake of the European Parliament, this controversial law proposes that France adopt the definition of anti-Semitism established by the International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA) in 2016. This includes, « demonstration of hatred towards the State of Israel based on its perception as a Jewish community « , according to the law proposed by Mr. Maillard. At a dinner hosted by the Representative Council of Jewish Institutions in France (CRIF) on February 21st, Emmanuel Macron said he was in favor of adopting this non-binding definition, declaring that anti-Zionism constitutes « one of the modern forms of anti-Semitism. »

Opinion: On 3 December, the National Assembly will debate and vote on a bill on the fight against anti-Semitism. This proposed bill is highly problematic.

We, Jewish scholars and intellectuals from Israel and elsewhere, including many scholars of anti-Semitism and the history of Judaism and the Holocaust, raise our voices against this bill.

The rise of anti-Semitism in the world, including in France, is of great concern to us. We regard anti-Semitism and all other forms of racism and xenophobia as a real threat which we must fight rigorously against, and we urge the government and the French Parliament to do so.

While strongly emphasizing our concern, we oppose this resolution on anti-Semitism for two main reasons, and we call on Members of the National Assembly not to support it.

First, the explanatory memorandum to the resolution links anti-Zionism with anti-Semitism. It even equates anti-Zionism with anti-Semitism, explaining that « criticizing Israel’s very existence as a community made up of Jewish citizens amounts to expressing hatred towards the Jewish community as a whole.”

Before we continue our argument, we must say that we regret that the explanatory memorandum refers to Israel as « a community made up of Jewish citizens. » About 20% of Israel’s population are Palestinian citizens, most of whom are Muslim or Christian. The chosen designation hides and denies their existence. We consider this approach very problematic, especially taking into account your country’s commitment to a definition of French citizenship that is not based on ethnicity.

Our views on Zionism may be diverse, but we all believe, including those who consider themselves Zionists, that this conflation is fundamentally false. And for the many Jews who consider themselves anti-Zionists, this is deeply offensive.

Anti-Zionism is a legitimate point of view in Jewish history, and it has a long tradition, including in Israel. Some Jews oppose Zionism for religious reasons, others for political or cultural reasons. Many Holocaust victims were anti-Zionists. This draft resolution dishonors and offends their memory by retroactively labeling them as anti-Semitic.

Oppressive political movement

For Palestinians, Zionism represents dispossession, displacement, occupation and structural inequalities. It is cynical to stigmatize them as anti-Semites because they oppose Zionism. They oppose Zionism not out of hatred of the Jews, but because they experience Zionism as an oppressive political movement. Acting in this way demonstrates great insensitivity and a double standard, knowing that Israel denies the right of Palestine to exist and undermines its very existence.

There is no doubt that there are anti-Semites among people who oppose Zionism. But there are also many anti-Semites who support Zionism. It is therefore inappropriate and totally inaccurate to generally identify anti-Semitism and anti-Zionism. By conflating these two phenomena, the National Assembly would compromise vital efforts to fight against true anti-Semitism, which is multidimensional and comes from different sectors of French society.

Our second objection is that the resolution endorses the definition of anti-Semitism of the International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA). This definition is highly problematic. The resolution claims that this definition « makes it possible to identify as precisely as possible what contemporary anti-Semitism is ». In reality, however, the definition is unclear and imprecise, and therefore, not an effective instrument for combating anti-Semitism. Moreover, legislation to effectively combat and prosecute anti-Semitism already exists in France.

The explanatory memorandum to the bill indicates that the IHRA definition « does not recognize criticism of the policies of the State of Israel as anti-Semitic. » In reality, however, several « contemporary examples of anti-Semitism » have been added to the definition that intentionally conflates criticism of and opposition to the policies of the State of Israel with anti-Semitism. These examples are presented and considered as an integral part of the definition.

According to the examples and the way they are applied, all one has to do is criticize Israel in a way that is perceived as different from what is done for other countries to be considered anti-Semitic. All one has to do is be in favor of a two-state or democratic solution to the Israeli-Palestinian conflict to be considered anti-Semitic. The same is true when Israel is blamed for its institutionalized racism. One can certainly not agree with these statements. But these views are considered legitimate and protected by freedom of speech in any other political context. Thus, the resolution creates an unjustifiable double standard in favor of Israel and against Palestinians.

The IHRA definition is already used to stigmatize and silence critics of the State of Israel, notably human rights organizations and respected experts. This approach has been condemned by eminent specialists in anti-Semitism. US lawyer Kenneth Stern, one of the original authors of the IHRA definition, has also warned against using this definition to undermine freedom of speech.

Exploitation

The key question is: what is the reason for all of this? We cannot consider this as independent of the Israeli government’s main political agenda aimed at firmly embedding its occupation and annexation of Palestine and silencing any criticism of this agenda.

For years, the Israeli government of Prime Minister Benjamin Netanyahu has been denouncing any opposition to his policies as anti-Semitic. Netanyahu himself has strongly defended the likening of anti-Zionism to anti-Semitism, as well as the definition of the IHRA. This illustrates how the fight against anti-Semitism has been exploited to protect the Israeli government.

It is with concern that we observe that the Israeli government’s efforts in this regard find political support even in France. We thereby invite the National Assembly to fight against anti-Semitism and all forms of racism, but without assisting the Israeli government in its program of occupation and annexation.

« Do not confuse racism with the legitimate criticism of a State »

This bill is not a credible and effective way to achieve this. Anti-Semitism must be combatted on a universal basis, along with other forms of racism and xenophobia, to fight against hatred. The abandonment of this universalist approach will lead to increased polarization in France, which would also undermine the fight against anti-Semitism.

In this context, we note that the draft resolution also contradicts the position of the National Consultative Commission on Human Rights (CNCDH). In its 2018 report on the fight against racism, the CNCDH warned that the definition of the IHRA may weaken the French universal approach to the fight against racism and insisted “on vigilance so as not to confuse racism with legitimate criticism of a State and its policies.”

We urge the National Assembly not to support a resolution that mistakenly equates anti-Zionism with anti-Semitism. Do not support a resolution that endorses IHRA’s politicized definition of anti-Semitism, especially if it does so without distancing itself from the problematic examples of the definition that concern Israel.

Primary signatories: Jean-Christophe Attias, Professor and Chair of Medieval Jewish Thought, École Pratique des Hautes Études, University of Paris Sciences and Letters; Jane Caplan, Professor Emeritus of Modern European History, University of Oxford; Alon Confino, Professor, Director, Institute of Holocaust, Genocide and Memory Studies, University of Massachusetts; Tamar Garb, Professor of Art History, Director of the Institute of Advanced Studies in Humanities and Social Sciences, University College London; Sonia Dayan-Herzbrun, Professor Emeritus, Faculty of Social Sciences, Paris-Diderot University; Amos Goldberg, Professor, Department of History of Judaism and Contemporary Judaism, Hebrew University of Jerusalem; David Harel, Professor, Department of Computer Science and Applied Mathematics, Weizmann Institute of Science, Paris; Amnon Raz-Krakotzkin, Professor of Jewish History, Ben-Gurion University of the Negev; Alice Shalvi, Professor Emeritus, Department of English, Hebrew University of Jerusalem and Ben-Gurion University of the Negev; Joan Wallach Scott, Professor Emeritus, Institute for Advanced Study, Princeton; David Shulman, Professor, Department of Asian Studies, Hebrew University of Jerusalem; Zeev Sternhell, Professor Emeritus, Hebrew University of Jerusalem.

The complete list is available on Lemonde.fr.

Translation: Shirine W. et Briana O. pour l’Agence Média Palestine




Mes enfants sont trop jeunes pour si bien connaître la guerre

Il est temps que la communauté internationale tienne Israël pour responsable de ses violations des droits et de la liberté des Palestiniens, à Gaza et au-delà.

Par Ahmed Abu Artema, 21 Novembre 2019

Un jeune garçon palestinien nu pieds et d’autres personnes regardent un cratère creusé pendant la nuit par des frappes de missiles israéliens qui ont détruit une maison et tué huit membres de la famille Abu Malhous, le 14 novembre 2019 à Deir al-Balah, au centre le la Bande de Gaza. (AP Photo / Khalil Hamra)

Lorsqu’à débuté, la semaine dernière dans la Bande de Gaza, la dernière escalade de violence, je venais juste de partir pour un voyage à l’étranger, laissant derrière moi ma femme, quatre enfants et ma famille élargie supporter tout seuls la terreur des bombardements israéliens.

Il est difficile de mettre des mots sur l’anxiété et l’inquiétude qui naissent quand vous réalisez que votre femme et vos enfants et les autres êtres qui vous sont chers sont en danger. Comme tant d’autres Palestiniens de Gaza qui se sont retrouvés hors du territoire, je ne pouvais empêcher ma main de parcourir les réseaux sociaux, à la recherche des dernières nouvelles sur mon téléphone. « Maintenant, ils attaquent relativement loin de chez moi, donc mes gamins dormiront tranquillement cette nuit », c’est ce que je penserais à un moment. Puis, quelques minutes plus tard, après une autre mise à jour, « Maintenant ils se rapprochent de notre quartier. Ca va être une rude nuit pour mes petits. »

Autrefois, quand Israël attaquait Gaza, mon petit garçon Abdul Rahman courait se jeter dans mes bras en hurlant de terreur lorsqu’il entendait tomber les bombes. J’ai toujours essayé d’adoucir la cruelle réalité en lui disant : « Regarde, mon fils, ces bombes sont très loin et elles tombent dans la mer, pas près de nous, aussi, chaque fois que tu les entendras à nouveau, je veux que tu saute très haut dans les airs, que tu rie et crie « Hey !’ » Je crois vraiment que, si nous ne pouvons pas modifier la rude réalité, nous pouvons au moins apaiser nos esprits comme un moyen pour l’affronter.

Cette fois-ci, le sommet de l’escalade a coïncidé avec le quatrième anniversaire de ma fille Batoul. Ma femme projetait une petite fête pour que ma fille puisse célébrer avec ses amis du jardin d’enfants, mais l’attaque israélienne a bouleversé toutes les activités à Gaza, et tout a été annulé. Ce soir-là, j’ai demandé à Batoul au téléphone : « Tu as fêté ton anniversaire, ma chérie ? » Elle a répondu : « Je le ferai quand la guerre sera finie, papa. » Mon coeur s’est serré. Ma petite fille de 4 ans venait tout juste d’ajouter un mot à son vocabulaire, « la guerre ».

Cette dernière escalade de violence a débuté le 12 novembre avec l’assassinat par Israël du commandant militaire du Jihad Islamique, Baha Abu el-Ata. Alors que sa famille dormait, Abu el-Ata et sa femme ont été tués. Le lendemain matin, leurs enfants se sont réveillés pour se retrouver orphelins. En réponse, les factions de la résistance ont tiré un certain nombre de projectiles artisanaux en direction d’Israël tandis que les avions de guerre israéliens lâchaient un bien plus grand nombre de bombes sur Gaza. Dès jeudi, cette agression avait tué 34 Palestiniens à Gaza, dont au moins huit enfants et huit membres de la famille Abu Malhous. Elle en avait blessé plus de cent autres.

Les Abu Malhous étaient une famille pauvre qui vivait dans une maison misérable du camp de réfugiés de Dir el-Balah. Ils se sont couchés cette nuit-là, mais ils ne se sont jamais réveillés. A minuit, les avions de guerre israéliens ont fait pleuvoir des missiles sur eux et ont détruit leur maison. En un clin d’oeil, les Israéliens ont transformé leur maison en un tas de ruines et les ont tous tués, y compris cinq enfants.

Le 14 novembre, la pluie de mort a finalement cessé avec une fragile déclaration de cessez-le-feu. Mais tant qu’Israël continue de jouir de l’impunité pour ses actions illégales et que les causes sous-jacentes de la violence sont ignorées – c’est-à-dire le siège cruel et illégal de Gaza par Israël et le déni du droit des réfugiés palestiniens à revenir sur leur terre natale d’où ils ont été expulsés au moment de la création d’Israël – ce n’est qu’une affaire de temps avant que cela ne se reproduise, la population de Gaza subissant encore une fois le choc de la souffrance et de la destruction.

Comme pour les précédentes agressions israéliennes contre les Palestiniens de Gaza, la dernière attaque a commencé sans provocation. Ce que toutes les agressions ont en commun, c’est qu’elles font partie d’une stratégie israélienne pour briser la volonté des Palestiniens et effacer notre existence.

Pourtant, Israël n’arriverait pas à se moquer du droit international et à commettre ces crimes contre les Palestiniens, à Gaza et ailleurs depuis plus de 70 ans, sans l’aide et la protection des Etats Unis et d’autres gouvernements occidentaux. Ces gouvernements autorisent et encouragent les éléments les plus dangereux et extrêmes d’Israël avec le soutien politique, militaire, financier et moral qu’ils leur fournissent, l’exemple le plus récent étant le renversement par l’administration Trump de la très ancienne reconnaissance par les Etats Unis de l’illégalité de la colonisation israélienne.

Il est temps pour le monde de dire enfin à Israël que trop c’est trop, qu’il doit mettre fin à son siège et au blocus de Gaza maintenant, et accorder à nous Palestiniens notre liberté et nos droits. Et il est temps pour les gens de conscience d’exercer une forte pression sur Israël sous forme de boycotts, de désinvestissement et de sanctions s’il ne le fait pas.

Ahmed Abu Artema

Ahmed Abu Artema est un écrivain indépendant qui vit à Gaza, un acteur des réseaux sociaux, et l’un des organisateurs de la Grande Marche du Retour.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : The Nation




De citoyens à prisonniers et de prisonniers à héros

Tamara Nassar – The Electronic Intifada – 3 décembre 2019

Abdulrahman Mirie assis dans son bureau, chez lui, dans le village de al-Hashimiya au nord de la Jordanie, le 9 novembre. Sherbel Dissi The Electronic Intifada

Il était difficile de rater la maison. Elle était sur une colline dans le village de al-Hashimiya au nord de la Jordanie et était décorée de fanions triangulaires de fête, de fleurs de bougainvillées et de banderoles proclamant « Liberté pour Abdulrahman Mirie ! ».

Abdulrahman était  assis dans son bureau, entouré de dizaines de livres, de bouteilles d’encre artisanale et de travaux de calligraphie, à peine quelques jours après sa libération d’une prison israélienne.

Ce calligraphe de 28 ans tentait, avec sa mère, de passer le pont Allenby qui sépare la Jordanie de la Cisjordanie occupée, le 2 août dernier, afin d’assister au mariage d’un parent à Naplouse, lorsqu’il a été arrêté par des gardes de la police des frontières israélienne pour un interrogatoire. 

Abdulrahman a une carte d’identité verte de Cisjordanie, qui est au bas de la hiérarchie du système de l’état civil d’Israël et qui lui permet l’accès à certaines parties de la Cisjordanie occupée. 

Israël interdit aux détenteurs de la carte d’identité verte de voter lors de ses élections ou d’aller partout ailleurs dans la Palestine historique sans permis spéciaux pratiquement impossibles à obtenir. 

Le voyage a « commencé de façon habituelle » a dit Abdulrahman à l’Electronic Intifada. 

« Puis, une série d’investigations violentes a commencé. Il y a eu des cris, des insultes et des accusations de toute sorte. Ils ont parcouru toute une liste d’accusations d’un bout à l’autre ».

Ils voulaient « voir ce qui collerait » a ajouté Abdulrahman.

« C’est un État qui fonctionne sur la suspicion, sur le doute. Aussi, j’ai tout nié, bien sûr. J’étais très choqué ».  

Quelques heures plus tard, réalisant que l’épreuve serait plus longue que ce qu’il avait d’abord pensé, Abdulrahman a embrassé sa mère sur le front et lui a dit qu’il la retrouverait au mariage. 

Ils ne se doutaient pas que la détention arbitraire d’Abdulrahman et d’une autre citoyenne jordanienne, Hiba al-Labadi, durerait plus de deux mois, source de tensions diplomatiques entre Israël et la Jordanie et d’une indignation nationale chez les Jordaniens. 

Et pendant tout ce temps, Israël n’a émis aucune accusation ni procès envers Abdulrahman ou Hiba.

Asafeer

La direction de la prison israélienne a soumis Abdulrahman à toutes sortes de pressions psychologiques et physiques pendant sa détention. 

Abdulrahman fut placé dans une cellule de la prison de al-Jalameh au nord d’Israël, avec ce qui sembla d’abord être seulement un autre prisonnier. 

« Il a commencé à s’épancher et à pleurer et je me suis mis à pleurer avec lui » a dit Abdulrahman à l’Electronic Intifada.

« Il m’a demandé pourquoi on m’avait amené là et je lui ai dit que je n’en savais rien » a-t-il ajouté. « J’ai fini par comprendre que c’était un indicateur ». 

Le fait de mettre des indicateurs dans des cellules avec des suspects est une tactique commune dans les prisons israéliennes afin de soutirer des informations aux détenus. 

Ces collaborateurs palestiniens qu’on appelle des asafeer, le mot arabe pour oiseau, essaient de se lier d’amitié avec d’autres prisonniers pour gagner leur confiance, obtenir des aveux et en déférer aux autorités pénitentiaires. 

Abdulrahman fut transféré peu après à la prison de Eshel, dans le sud d’Israël, dit-il. 

« A mon arrivée, je fus accueilli par tout un groupe de prisonniers ou de prétendus tels. C’étaient tous des asafeer », dit Abdulrahman, ajoutant que cela fut confirmé par les représentants du consulat de Jordanie lorsqu’ils lui ont rendu visite. 

Le Shin Bet, l’agence de renseignement intérieure d’Israël, a aussi interrogé Abdulrahman pendant qu’il était en prison, prétendant qu’ils avaient un « dossier secret » avec des preuves contre lui que ni lui ni son avocat ne pouvaient consulter. 

Au bout de presque trois semaines en prison, Abdulrahman a commencé à entendre à la radio des nouvelles de Hiba, sa camarade jordanienne d‘arrestation. C’est alors qu’Abdulrahman a été informé d’une campagne nationale pour sa libération, qui se préparait hors les murs de la prison. 

Quelques nouveaux prisonniers reconnaissant Abdulrahman, lui faisaient réaliser qu’il était en train de devenir en quelque sorte une cause célèbre.  

« Quand un nouveau prisonnier arrivait » a expliqué Abdulrahman, « il venait me voir en disant : « c’est toi,  Abdulrahman ! »

Tandis qu’Abdulrahman restait dans une prison israélienne, le 25ème anniversaire de l’accord de Wadi Araba approchait. 

Cet accord avait formellement normalisé les relations entre Israël et la Jordanie, bien qu’il ne comporte aucun rétablissement des droits des Palestiniens ni une fin de l’occupation militaire de la Cisjordanie y compris de Jérusalem Est et de la bande de Gaza. 

Quelques jours après cet anniversaire, la Jordanie a rappelé son ambassadeur à tel Aviv « pour consultation », en signe de protestation contre la détention de plusieurs mois en Israël d’Abdulrahman et de Hiba, sans accusation ni procès. 

Abdulrahman a dit au consulat de Jordanie qu’il espérait que l’ambassadeur ne revienne pas. «

« Je souhaitais sortir et découvrir qu’il n’y avait plus d’accord de Wadi Araba. Nous n’avons pas besoin de Wadi Araba » a-t-il dit. 

 

Restitution de territoires

Dans les jours qui ont précédé la libération d’Abdulrahman et de Hiba, Israël fut amené à remettre à la Jordanie le contrôle de al-Baqoura et de al-Ghamr, des territoires qui avaient été loués à Israël en vertu du traité.  

En octobre dernier, le roi Abdullah a annoncé que la Jordanie ne renouvellerait pas les dispositions concernées de son traité de 1994.

Al-Baqoura, qui est au nord-ouest de la Jordanie, là où le Yarmouk et le Jourdain se joignent et al-Ghamr, au sud de la Mer Morte, ont été loués à Israël pour 25 ans. 

« On disait qu’ils négociaient l’échange de Hiba et d’Abdulrahman avec al-Baqoura et al-Ghamr ainsi que la porte de Bab al-Rahma (dans le domaine de la mosquée d’Al-Aqsa) a dit Ruwaida Mirie,  la mère d’Abdulrahman à l’Electronic Intifada.

« Personnellement, avec toute la famille, nous étions d’accord que s’ils voulaient rendre Abdulrahman et Hiba à la condition qu’Israël garde al-Baqoura, alors nous préférions que mon fils reste en prison ». 

En novembre, Israël a rendu le contrôle de ces deux localités à la Jordanie. Des paysans israéliens vont toujours avoir le droit d’entrer à al-Baqoura et de récolter ce qu’ils ont planté avant la fin du contrat de location. 

Les relations entre les deux pays sont au plus bas, a dit le roi de Jordanie la semaine dernière. 

Les autorités pénitentiaires israéliennes ont placé Hiba al-Labadi  à l’isolement. Sherbel Dissi The Electronic Intifada

Hiba al-Labadi a été arrêtée le 20 août au Pont Allenby alors qu’elle se rendait au mariage d’un parent à Naplouse, en compagnie de sa mère et de sa tante.

Hiba aussi  a une carte d’identité verte de Cisjordanie, mais elle vit à Amman, en Jordanie, où The Electronic Intifada lui a parlé.

« J’ai donné au garde israélien contrôlant les passeports ma carte d’identité et il a tout de suite dit que j’étais un élément subversif et qu’il fallait m’arrêter ».

Des représentants des services israéliens de renseignements ont emmené Hiba dans une pièce isolée et l’ont interrogée sur des récents voyages, en l’inondant d’accusations qu’elle a constamment rejetées, dit-elle.

Des heures après cet interrogatoire, ils l’ont enfermée dans une pièce et lui ont dit que sa mère était partie.

« À ce moment-là, j’ai ressenti que j’avais affaire à un gang, pas à un État » a dit Hiba à l’Electronic Intifada.

« Normalement, un État a une armée. Mais dans leur cas, c’est une armée qui possède l’État », a-t-elle ajouté.  

« Il n’y avait pas d’accusation contre moi et ils ne m’ont pas dit pourquoi j’étais retenue, et puis ils ont fermé la porte à clef et m’ont mise en cage. Qu’est ce que ça veut dire ? »

Les forces israéliennes ont placé Hiba à l’isolement  pendant plus de 30 jours  au centre pénitentiaire de Petah Tikva, près de Tel Aviv. 

Pendant les 16 premiers jours, des représentants des renseignements israéliens l’ont interrogée pendant plus de 17 heures par jour. Après cela, ils l’ont confinée dans sa cellule pendant plusieurs jours, à titre de punition entre les interrogatoires.

Au cours des interrogatoires, les Israéliens se sont concentrés  sur un voyage qu’Hiba avait récemment fait au Liban. 

À propos d’un interrogatoire mené par un agent du Shin Bet, Hiba a dit : « Il a dit que je n’étais pas détenue pour mes posts sur Facebook ni pour ce que j’écris ».

« Il a dit que je devais comprendre que j’étais détenue parce qu’on m’avait ordonné de faire quelque chose en Palestine, et que j’avais eu une activité militaire » a-t-elle gloussé.

« J’avais du vernis sur les ongles et j’allais à une fête. J’avais eu un brushing. De quelle activité militaire parlait-il ? »

Hiba a dit qu’elle a été questionnée sur tous les moindres détails de son voyage au Liban.

À un certain moment, a-t-elle dit, ses interrogateurs israéliens ont produit une liste de tous les cafés où elle était allée dans le pays, ainsi que de toutes les connexions Wi-Fi qu’elle avait faites pendant qu’elle était là-bas. Hiba a dit que son téléphone avait été confisqué et qu’il était vraisemblable que ce fut la source de ces informations. 

« Un des réseaux Wi-Fi avec lequel je me connectais s’appelait « Yehia et Zakaria », aussi les interrogateurs m’ont-ils demandé qui étaient Yehia et Zakaria ».

Hiba a expliqué que Yehia et Zakaria est un célèbre salon de beauté de Beyrouth où elle s’est fait teindre les cheveux.

Vers la dernière semaine de ses interrogatoires, des représentants israéliens ont apporté une liste  de 24 commandants de l’organisation de résistance libanaise Hezbollah et lui ont demandé de les identifier, prétendant qu’elle en avait rencontré certains. 

« Pendant tout un jour. Imaginez 24 heures de questions ininterrompues. Le lendemain, ils ont fait passer les photos sur un écran d’ordinateur ou de télé et ont répété le processus » a-t-elle dit. 

Après plus d’un mois passé à Petah Tikva, Hiba a été emmenée à la prison de Damon dans le nord d’Israël où sont détenues des Palestiniennes. Elle y est restée juste un peu plus d’une semaine.

Là elle a rencontré Israa Jaabis.

Me retrouver avec des prisonnières était très triste, c’était très difficile pour moi. Quand j’ai vu Israa Jaabis, j’étais très affectée. Ses mains sont déformées et très brûlées. J’étais hors de moi ».

Jaabis a été gravement brûlée par l’explosion d’une bombonne de gaz dans sa voiture à proximité d’un checkpoint. L’armée israélienne l’a accusée d’essayer de déclencher une bombe. La direction de la prison israélienne lui a refusé le traitement de ses graves blessures.

Quelques jours après son transfert à Damon, un tribunal militaire israélien a produit à son encontre un ordre de détention administrative de six mois. 

Elle a annoncé qu’elle se mettait en grève de la faim le jour-même.

Les forces israéliennes ont peu après transféré Hiba au centre de détention de al-Jalameh dans le nord de la Cisjordanie, où elle est restée à l’isolement pour le reste de son temps de détention et de ses 42 jours de grève de la faim.  

Ahmad Tibi, un parlementaire palestinien du parlement israélien lui a rendu visite aux environs de deux semaines de sa grève de la faim et l’a informée de la négociation impliquant sa libération et la restitution du contrôle sur al-Baqoura et al-Gharm.

« Il m’a dit que j’étais échangée pour de la terre » a dit Hiba. 

« Je lui ai dit  de m’écouter, de dire au ministre des affaires étrangères que je ne quitterais pas la prison d’une façon humiliante et que le peuple jordanien n’accepterait pas ça. Je ne serai pas échangée pour de la terre. Je continuerai ma grève de la faim pour toujours ». 

Hiba a dit la même chose quand elle a été informée qu’il y avait une possibilité qu’elle soit libérée sans Abdulrahman.

Au bout de quelques semaines de sa grève de la faim, sa santé s’est détériorée  et elle a été hospitalisée à plusieurs reprises. 

Alors qu’elle était au centre médical Bné Zion à Haïfa, un commandant israélien de prison est venu voir Hiba pour la convaincre de mettre fin à sa grève de la faim. 

« Il m’a dit qu’ils feraient tout ce que je voudrais » a dit Hiba à l’Electronic Intifada.

« Je lui ai dit : feriez vous une carte d’identité verte cisjordanienne à mon père ? »

Tandis que la mère d’Hiba et ses frères et sœurs ont des cartes d’identité cisjordaniennes, son père n’en a pas, ce qui l’empêche de se rendre en Cisjordanie s’il n’a pas d’abord obtenu un visa israélien. 

« Il a dit : je vous donne ma parole et nous allons officialiser cette décision. Arrêtez votre grève et nous la donnerons à votre père. J’ai dit : voyez-vous comme c’est important pour moi ? même ça je ne le veux pas. Je ne mets pas fin à ma grève ».

Hiba al-Labadi et Abdulrahman Mirie à une cérémonie célébrant leur libération,  à Amman, en Jordanie le 8 novembre.  Sherbel DissiThe Electronic Intifada

Le 4 novembre, le ministre jordanien des affaires étrangères,  Ayman Safadi a annoncé que Hiba et Abdulrahman seraient de retour en Jordanie avant la fin de la semaine, suite à un accord avec Israël. 

Hiba mit alors fin à sa grève et elle et Abdulrahman ont été reçus comme des héros par leurs familles, des représentants officiels de la Jordanie et la presse au Pont Allenby le 6 novembre. 

Abdulrahman est déterminé à retourner en Cisjordanie, notamment pour déguster le dessert le plus célèbre de Naplouse. 

« J’avais l’habitude d’aller chercher des knafeh à Naplouse et ils restaient chauds le temps que je rentre ». 

Hiba est cependant encore en convalescence de sa grève, avec des visites médicales régulières. Elle dit qu’elle espère retourner dans « une Palestine libre ». 

Tamara Nassar est rédactrice adjointe d’Electronic Intifada.

Traduction: SF pour l’Agence Media Palestine

Source: Electronic Intifada




Désormais, tout palestinien est un antisémite

Par Gideon Levy, Haaretz, 8 décembre 2019

La peste se propage. Sous couvert de la (juste) guerre contre l’antisémitisme, l’Europe et les États-Unis font taire toutes les voix qui osent critiquer Israël. Sous couvert de cette guerre, ils portent atteinte à leur liberté d’expression. Chose incroyable, ce nouveau phénomène ne déclenche aucune protestation comme on aurait pu s’y attendre. Des lois qualifiant l’antisionisme d’antisémitisme et le mouvement anti-occupation d’antisémite sont adoptées à des majorités écrasantes. A présent, elles font le jeu d’Israël et de l’establishment juif, mais elles sont susceptibles d’enflammer de l’antisémitisme quand se poseront les questions sur l’étendue de leur ingérence.

La semaine dernière, le phénomène a frappé la France, berceau de la révolution. L’Assemblée nationale française a adopté à une large majorité un projet de loi qui adopte la définition de l’antisémitisme émise par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste, qui assimile l’antisionisme à l’antisémitisme. Liberté? Égalité? Fraternité? Pas quand cela implique Israël. Ici, ces valeurs sont bâillonnées.

Le député français Sylvain Maillard a formulé le projet de loi. C’est un autre ami d’Israël qui aurait [a, ndt] participé à une réunion avec le colon affairiste Yossi Dagan, chef du Conseil régional de Samarie, il y a quelques mois. «Critiquer l’existence même d’Israël en tant que collectif composé de citoyens juifs équivaut à de la haine envers la communauté juive dans son ensemble; tout comme tenir les Juifs collectivement responsables des politiques des autorités israéliennes est une expression d’antisémitisme », déclare l’introduction de la loi. Le diable est sorti de sa boite : il est interdit de soulever des doutes sur le sionisme, l’une des seules idéologies au monde dont la justice ne peut être remise en cause par les nations du monde libre.

Pour commencer, les mots. Israël «en tant que collectif composé de citoyens juifs». La loi sur l’État-nation a également été acceptée à l’Assemblée nationale à Paris. Si Israël est un collectif de citoyens juifs, que sont les citoyens palestiniens? Et que sont les sujets vivant sous occupation? Les 154 parlementaires qui ont levé la main pour soutenir la décision ne peuvent éluder ces questions. Liberté, égalité, fraternité – uniquement pour les Juifs? Et qu’offrent-ils aux six millions de Palestiniens, citoyens et sujets de l’occupation, qui vivent sous «le collectif de citoyens juifs»? Liberté de second ordre, égalité, fraternité? Désormais, personne n’est même autorisé à poser ces questions. Quiconque demande est un antisémite.

« L’antisionisme est une position légitime dans l’histoire juive, et il a aussi une longue histoire en Israël », a déclaré une pétition signée en vain par 129 professeurs et intellectuels juifs et israéliens contre l’adoption de la loi. Les signataires de la pétition ont mentionné qu’il y avait de nombreux survivants antisionistes de l’Holocauste. Maintenant, eux aussi sont des antisémites.

Désormais, chaque Palestinien et chaque Arabe, sauf Ayoub Kara, est un antisémite. Même chaque Juif et chaque Israélien qui soutiennent une solution par un État démocratique et égalitaire, précisément dans l’esprit de la révolution française, est un antisémite. De même, toute personne pour qui le sionisme est un mouvement colonialiste – n’est-ce pas une position légitime? – est un antisémite.

Pour des générations de Palestiniens, le sionisme est l’essence de leur existence; il les a expulsés de leur pays, les a privés de leurs terres, les a déshonorés, a ruiné leur vie, et les tue et les tourmente jusqu’à ce jour, sans que la fin soit en vue. Leur est-il interdit d’être antisionistes? Sont-ils capables de ne pas haïr le sionisme? La France les jugera-t-elle pour la transgression de l’antisémitisme? Ils ne combattent pas le sionisme parce qu’ils sont antisémites. Ils ne sont antisionistes que parce que le sionisme a détruit leur vie.

Et les manifestants de la clôture autour de la cage de Gaza, que sont-ils ? Sont-ils antisémites? Ne sont-ils pas des combattants de la liberté? Et qu’en est-il des gens de conscience du monde entier qui s’identifient à eux? Ce sont dorénavant tous des antisémites, ce qui est hors la loi en France. Et si nier le droit à l’autodétermination juive est de l’antisémitisme, comment l’Assemblée nationale française parlera-t-elle du déni par Israël des droits des Palestiniens? Pourquoi ne vote-t-elle pas une loi à ce sujet? Seulement parce que les Palestiniens et la justice n’ont pas de lobby puissant en France.

Hourra, Gilad Erdan! Super, Juifs de France. Félicitations, monsieur Maillard. Vous avez gagné.

Gideon Levy

Traduction: JPB pour l’Agence Média Palestine

Source: Haaretz




5 raids israéliens sur la bande de Gaza tôt ce dimanche 8 décembre 2019

Par Ziad Medoukh, Gaza, 8 décembre 2019

5 raids israéliens sur la bande de Gaza tôt ce dimanche 8 décembre 2019

Et ça continue !
C’est horrible

Gaza résiste, existe et vit !

Gaza sous blocus patiente !

Gaza la dignité garde toujours espoir !

Gaza la déterminée continue de s’accrocher à la vie !

Gaza l’agressée résiste, persiste et existe !

La lutte continue !

La Palestine vivra !

La justice triomphera !

La lutte continue

Vive la Palestine Et vive la solidarité




Le vote de la résolution Maillard:  censure politique  et division  sociale 

4 décembre 2019 – Michèle Sibony 

A peine le quart des députés de l’assemblée nationale ont adopté hier soir la résolution Maillard   chargée de faire appliquer en France une  politique de protection du régime israélien   dictée par Israël et le lobby pro israélien en Europe. Ainsi la France rejoint la Grande Bretagne  l’Allemagne l’Autriche la Roumanie et Israël et adopte  la définition de l’IHRA   qui doit servir à harmoniser à l’échelle européenne  la répression de toute critique d’Israël , en assimilant notamment l’antisionisme, une opinion légitime, à du racisme antisémite, un délit.

Nous n’accepterons pas  de définition dictée par Israël  et  instrumentalisée au profit de ses alliances. Nous affirmons qu’il est légitime de critiquer Israël, et que l’expression  de cette critique est une liberté que nous continuerons d’exercer, y compris dans la critique du sionisme. Nous continuerons à soutenir les droits du peuple  palestinien  et à lutter contre l’apartheid israélien avec l’outil  du BDS.

La résolution votée cherche à  interdire toute critique de la politique israélienne en imposant le récit israélien de l’histoire,  un récit qui  nie l’histoire de la dépossession et de la colonisation de la Palestine. Un récit qui englobe tous les juifs du monde dans la défense inconditionnelle de cette politique et de ce régime. C’est un bien mauvais service  à leur rendre , et qui les expose plus qu’il ne les protège.

La résolution votée  veut aussi faire apparaître l’antisémitisme comme un racisme exceptionnel,  à part,  qui nécessiterait donc un traitement d’exception, dans un pays où le racisme sévit sous de multiples formes et à l’encontre de nombreuses populations. L’antisémitisme veut être ici utilisé comme une arme de division,     créer un ressentiment chez tous ceux qui subissent aussi le racisme et ne sont ni écoutés ni reconnus, et  utiliser ce sentiment et ses conséquences au renforcement de l’alliance avec les juifs/ Israël. C’est une stratégie mortifère et de guerre pour notre pays, une stratégie antirépublicaine. La constitutionnalité d’un tel projet porté par cette résolution  doit être examinée.  

Pour la Palestine/Israël comme  pour la France, il n’y a qu’une seule et même boussole l’égalité  seule capable d’assurer la paix.   

Source: UJFP




La Palestine est une question de justice climatique

Le combat pour une justice climatique pour tous est directement connecté à la lutte des Palestiniens.

Par Abeer Burmeh, 29 novembre 2019

Des Palestiniens marchent sur la plage, le long d’une mare d’eaux usées, au nord de la Bande de Gaza le 13 juillet 2018. Photo prise le 13 juillet 2018 [Mohammed Salem/Reuters]

Ce vendredi 29 novembre, Deux événements mondiaux majeurs de grande importance pour moi vont coïncider – la quatrième Grève Mondiale pour le Climat et la Journée Internationale annuelle des Nations Unies de Solidarité avec le Peuple Palestinien. Cette convergence représente aussi symboliquement une réalité importante – que le combat pour la justice climatique pour tous est directement connecté à la lutte des Palestiniens. La Palestine est une question de justice climatique.

Dans mon travail de coordination des organisations palestiniennes sur l’environnement, je constate quotidiennement que, pour les Palestiniens, le changement climatique n’est pas qu’un phénomène naturel, mais un phénomène politique. Le régime israélien d’occupation et d’apartheid, qui nous dénie le droit de gérer notre terre et nos ressources, exacerbe la crise climatique qu’affrontent les Palestiniens, nous rendant plus vulnérables aux événements en rapport avec le climat.

L’exemple le plus extrême est la Bande de Gaza, où deux millions de Palestiniens vivent dans une prison à ciel ouvert sous occupation et siège israéliens. L’ONU a prévu que Gaza serait invivable d’ici 2020. Beaucoup disent qu’elle l’est déjà.

La grave pénurie d’eau potable à Gaza a empiré, non seulement à cause du changement climatique, mais aussi à cause des restrictions israéliennes sur l’entrée de matériaux et de fuel pour le traitement des eaux usées. Résultat, les eaux usées ont infiltré l’aquifère de Gaza et s’écoulent sans être traitées dans les eaux côtières de Gaza, endommageant la vie marine et la santé. 97 % de l’eau si rare de Gaza sont maintenant impropres à la consommation humaine et l’eau contaminée cause 26 % de toutes les maladies à Gaza et est une cause essentielle des morts d’enfants.

Dans l’un des innombrables tragiques exemples, un garçon de cinq ans, Mohammed al-Sayis, qui était allé à la plage de Gaza avec sa famille pour fuir la chaleur, est mort en 2017 après avoir nagé dans l’eau de mer contaminée par les égouts.

Israël a également endommagé la terre et l’agriculture de Gaza. L’armée d’Israël empêche les Palestiniens d’utiliser les 20 % de la terre arable de Gaza qui jouxte la barrière militarisée israélienne, et disperse de dangereux herbicides sur les terres des fermiers de Gaza. Une étude conduite par notre organisation, le Réseau Palestinien des ONG pour l’environnement – FoE Palestine, a découvert que la guerre d’Israël sur Gaza en 2014, durant laquelle Israël a lâché 21.000 tonnes d’explosifs sur la bande, a pu causer d’énormes dommages au sol qui ont réduit la productivité agricole.

En Cisjordanie occupée, Israël vole et détruit systématiquement la terre et l’eau des Palestiniens. Israël contrôle plus de 60 % de la terre de Cisjordanie, où vivent maintenant 640.000 Israéliens dans des colonies illégales. Les colons israéliens consomment six fois plus d’eau que les 2.9 millions de Palestiniens qui résident en Cisjordanie. Israël a par ailleurs déraciné 800.000 oliviers depuis 1967.

Le mode de vie des communautés agricoles palestiniennes a été transformé par la combinaison de la saisie de la terre et de l’eau, et des modifications climatiques. Les fermiers palestiniens affrontent certains de leurs problèmes les plus graves dans la Vallée du Jourdain, zone agricole qui représente 30 % de la Cisjordanie.

Le village d’al-Auja dans la Vallée du Jourdain en est un parfait exemple. Une partie de la terre d’al-Auja a été saisie pour y construire quatre colonies israéliennes. Ajoutant l’affront au dommage, la principale source d’al-Auja, qui alimentait les fermes avec un flot d’eau continu, ne fournit maintenant que quelques semaines à quelques mois d’eau par an. Cette réduction est survenue après que Mekorot, compagnie nationale israélienne des eaux, ait creusé des puits en amont dans le même aquifère. L’assèchement de la source d’al-Auja a énormément réduit la production agricole.

Et tandis que des villages comme al-Auja luttent pour s’adapter à la raréfaction de l’eau, les colonies israéliennes illégales d’à côté jouissent d’un copieux accès à l’eau pour boire, irriguer les récoltes et les pelouses, et pour les piscines. Nous appelons cette grave discrimination l’apartheid de l’eau, composante essentielle du plus général régime d’apartheid climatique qu’Israël impose aux Palestiniens.

Israël cultive mondialement une image « verte », mais la réalité est dramatiquement différente. Israël repose sur des pratiques agricoles et d’utilisation de l’eau non durables qui dépendent de l’exploitation de la terre et de l’eau des Palestiniens. En plus, 97,7 % de la production électrique israélienne est issue de combustibles fossiles, et Israël cherche à exporter vers l’Europe du gaz naturel et de l’électricité générée par des combustibles fossiles.

Pour cette Journée Internationale de Solidarité avec le Peuple Palestinien, nos organisations environnementales palestiniennes appellent à une pression mondiale sur Israël pour mettre fin à l’apartheid climatique par des boycotts du gouvernement, des institutions et des sociétés israéliennes qui sont complices de la destruction de l’environnement, la violation de nos droits et le profit tiré de nos ressources.

Cette pression comporte le boycott des projets internationaux de Mekorot, qui soutient l’apartheid de l’eau en privant les Palestiniens d’accès à l’eau et en la fournissant aux colonies israéliennes illégales ; le boycott de toutes les dattes mejdoul israéliennes, qui sont cultivées dans la Vallée du Jourdain en utilisant la terre et l’eau volée aux Palestiniens ; et l’opposition à l’exportation par Israël vers l’Europe de gaz naturel et d’électricité.

Alors que les gens se rallient mondialement ce vendredi pour mettre fin à l’utilisation des combustibles fossiles et obtenir une justice climatique pour tous, les organisateurs devraient intégrer ces boycotts dans leurs stratégies et leurs exigences pour soutenir la liberté, la justice et l’égalité des Palestiniens.

A propos de l’auteure :

Abeer Butmeh est coordinatrice depuis 2008 du Réseau des ONG environnementales palestiniennes – Les Amis de la Terre Palestine.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : Al Jazeera




5 raisons pour lesquelles le vote de la résolution « Maillard » est un échec

Par l’Agence Média Palestine, 5 décembre 2019

La résolution dite « Maillard », dont l’objectif est la défense de l’État d’Israël sous prétexte de « lutte contre l’antisémitisme » a été adoptée le 3 décembre dernier. (Voir également notre article: Qui a voté quoi?)

En 5 raisons, nous vous expliquons pourquoi malgré son vote elle est un échec pour les soutiens d’Israël :

  1. Cette résolution a suscité depuis plusieurs semaines, une inspirante mobilisation de la société civile et du mouvement de solidarité avec la Palestine. Vidéos, Tribunes, comme celle des 127 intellectuels juifs publiée dans Le Monde, déclaration de la CNCDH, appel de 39 organisations de défense des droits humains, envoi massif de mails aux députés envoyés par les militant-e-s de plusieurs mouvements etc. Avant même le débat, 54 des 162 signataires du projet de résolution avaient retiré leur signature.
  2. Le Monde indique que de très nombreux parlementaires n’ont pas pris part au vote, alors même qu’ils étaient près de 550 présents deux heures plus tôt pour l’adoption définitive du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, signe du malaise suscité par ce texte. Certains députés ayant signé la proposition de résolution ont quitté l’hémicycle avant le vote.
  3. Cette résolution a profondément divisé la majorité, comme en témoigne cet article de Médiapart, qui précise que les défenseurs de l’État raciste israélien ont eu besoin du secours de la droite pour faire voter ce texte à visée liberticide.
  4. Contraint de lâcher du lest face à la fronde de la majorité de l’Assemblée, Sylvain Maillard a déclaré à la tribune que la résolution « exclut les exemples de l’IHRA ».
  5. Des députés qui ne s’étaient jamais exprimés sur cette question l’ont fait pour la première fois, avec des réactions intéressantes. Finalement, bien que la résolution n’a été adoptée que par 154 parlementaires, 72 d’entre eux ont voté contre, dont beaucoup LREM, et 43 se sont abstenu, ce qui est très significatif.