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Par Samidoun, 6 août 2019

Les organisations palestiniennes des droits humains, parmi lesquelles le Comité des Affaires des Prisonniers, l’association Addameer de Soutien aux Prisonniers et des Droits Humains, l’Association des Prisonniers Palestiniens et Al-Mezan, ont publié un rapport faisant le point des expériences vécues en juillet 2019 par les Palestiniens lors d’arrestations et d’emprisonnements par les Israéliens.

En juillet 2019, les forces d’occupation israéliennes ont arrêté 615 Palestiniens des Territoires Palestiniens Occupés (TPO), dont 93 enfants et neuf femmes. Ils ont arrêté 266 personnes de Jérusalem, 76 de Ramallah et el-Bireh, 75 d’al-Khalil (Hébron), 54 de Jénine, 33 de Bethléem, 39 de Naplouse, 17 de Tulkarem, 21 de Qalqilya, sept de Tubas, six de Salfit, huit de Jericho et 13 de la Bande de Gaza.

Le nombre de prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes a atteint environ 5.700, dont 37 femmes et environ 230 enfants. Approximativement 500 étaient emprisonnés sans inculpation ni jugement dans le cadre de la détention administrative, comprenant ceux sous le coup de nouveaux ordres de détention administrative et des renouvellements d’ordres antérieurs.

L’article qui suit est un résumé de la situation à laquelle ont fait face les détenus dans les geôles israéliennes ou dans les centres de détention, et des politiques principales des autorités d’occupation pendant le mois de juillet :

Le martyr Nasser Taqatqa a fait face à la torture et à la négligence médicale avant de devenir le martyr N° 220

Le 16 juillet 2019, l’Administration israélienne des prisons a annoncé la mort de Nasser Majed Omar Taqatqa, 31ans, du village de Beit Fajar dans le gouvernorat de Bethléem, dans les cellules de la prison de Nitzan Ramleh, où il a passé ses dernières heures.

Du jour de son arrestation le 19 juin 2019 jusqu’à sa mort, il a été soumis par les interrogateurs et les geôliers à des conditions rudes et coercitives d’interrogatoire et de détention, ainsi qu’à des transferts répétés entre les centres d’interrogatoire. Durant cette pèriode, son état de santé s’est gravement détérioré, selon le témoignage de ses camarades de prison.

D’après les dinformations reçues par les institutions de prisonniers après son calvaire, Taqatqa a été victime de tortures et de négligences médicales pendant la période des interrogatoires. Il a d’abord été détenu pour interrogatoire au centre d’interrogatoire de la Moskobiya, puis il a été transféré au centre d’interrogatoire de Jalameh et au centre de détention de Megiddo, où il a été battu par les geôliers.

Selon l’autopsie effectuée sur le corps de Taqatqa, la cause directe de la mort a été une grave pneumonie, confirmant qu’il a subi une négligence médicale et un refus de traitement médical approprié alors que sous interrogatoire, en plus des difficiles conditions résultant de l’interrogatoire lui-même, jusqu’à ce qu’il meure seul et en difficulté dans sa cellule.

Depuis la publication de ce rapport, les autorités d’occupation israéliennes continuent de garder le corps du martyr Taqatqa afin de parachever leurs pratiques répressives et arbitraires contre les prisonniers pendant leur détention et même après leur mort.

Les institutions des prisonniers estiment que le prisonnier à été victime d’un crime, l’un d’une longue liste de crimes perpétrés par les autorités d’occupation et leurs divers organismes contre les prisonniers palestiniens, y compris la torture qui est interdite par les lois et les normes internationales.

Il convient de mentionner que le nombre de décès de prisonniers depuis 1967 a atteint 220, avec le martyre de Nasser Taqatqa.

Enfants prisonniers : les mineurs n’échappent pas à un régime sévère

Les enfants palestiniens dans les geôles israéliennes pâtissent de conditions de détention sévères et inhumaines qui ne répondent pas aux normes internationales des droits de l’enfants et des droits des prisonniers. Ils sont détenus dans des cellules à la ventilation et à l’éclairage insuffisants, ils sont victimes de négligence médicale et d’absence de soins, de mauvaise nourriture, d’une absence de jeu, d’enseignement et de loisirs, en plus d’une absence de contact avec le monde extérieur, du refus de visites familiales, d’une absence d’avocats et de psychologues, de la détention conjointe avec des adultes ou des enfants délinquants israéliens, de violences verbales, de coups, de la mise au secret, de punitions collectives, de lourdes amendes, et ainsi de suite.

Au cours du mois dernier, les forces israéliennes d’occupation ont continué à prendre les mineurs comme cibles d’arrestation, d’interrogatoire et de détention. Il y a eu plus de 90 cas d’arrestation de mineurs palestiniens, portant à 230 le nombre total d’enfants prisonniers dans les prisons israéliennes, répartis entre les prisons de Ofer, Megiddo et Damon. Beaucoup sont détenus dans des centres de détention, tandis que des amendes de dizaines de milliers de shekels leurs sont imposées.

Dans un précédent troublant et grave, violant les normes humanitaires et juridiques, les autorités d’occupation ont appelé pour interrogatoire le père de l’enfant Mohammed Rabia Alayan (âgé de 4 ans), ainsi que le père de l’enfant Qais Firas Obeid (âgé de 6 ans).

La bataille contre la détention administrative ; 22 prisonniers en grève de la faim au cours du mois de juillet

En juillet 2019, 22 détenus administratifs se sont engagés dans des grèves de la faim contre la pratique de la détention administrative sans inculpation ni jugement.

Selon les institutions de prisonniers, la majorité de ces grévistes de la faim sont aussi d’anciens prisonniers qui ont passé des années en détention administrative, une expérience qui les a menés à se battre pour la liberté en raison du renouvellement de leur emprisonnement. A la date de ce rapport, six prisonniers continuent leur grève de la faim illimitée. Huzaifa Halabiya est en grève de la faim depuis 37 jours et continue sa grève bien que ses camardes Mohammed Abu Aker et Mustafa Hassanat aient suspendu leur grève dans le cadre d’un accord qui limite leur détention administrative suite à une grève de 36 jours.

Ahmad Ghana a fait la grève de la faim pendant 24 jours, Sultan Khallouf pendant 20 jours, Ismail Ali pendant 14 jours, Wajdi al-Awawda pendant 9 jours et Tareq Qa’adan pendant 7 jours.

Le prisonnier Huzaifa Halabiya, 37 jours de confrontation en grève de la faim

Le détenu Huzaifa Halabiya de Abu Dis est en grève de la faim depuis 37 jours à la clinique de la prison de Ramle-Nitzan. Il fait face à une grave détérioration de sa santé et refuse les soins médicaux ou les suppléments, ne comptant dans sa grève que sur l’eau. Selon les avocats qui lui ont rendu visite, il a perdu beaucoup de poids et éprouve fatigue sévère. Il a dû utiliser un fauteuil roulant quand ses avocats lui ont rendu visite.

Halabiya est détenu depuis le 10 juin 2018. Il est le père d’une petite fille, née après qu’il ait été emprisonné. Il a déjà souffert de leucémie, et quand il était enfant il a subi de graves brûlures qui continuent à l’affecter physiquement. Il a été arrêté à plusieurs reprises dans le passé.

Un certain nombre de prisonniers ont suspendu leur grève de la faim en juillet, après être parvenu à des accords pour limiter ou mettre fin à leur détention administrative, parmi lesquels Jafar Ezzedine, qui a fait grève pendant 39 jours contre son transfert en détention administrative après la fin de sa peine de 5 mois d’emprisonnement, et Ahmad Zahran, qui a mis fin à sa grève après 34 jours suite à un accord pour qu’il soit mis un terme à sa détention.

L’administration des prisons a mis en oeuvre une série de mesures de représailles systématiques contre les prisonniers en grève de la faim : en les plaçant au secret dans des cellules impropres à la survie humaine, en leur refusant d’avoir des visites de leur famille, en faisant obstacle aux visites juridictionnelles et en les transférant fréquemment d’un centre de détention à l’autre ou vers un hôpital civil dans un véhicule appelé « bosta ». Les prisonniers décrivent le transport en « bosta » comme un autre voyage de punition des prisonniers en grève.

De plus, les geôliers continuent les provocations à toute heure contre les prisonniers, dont le fait d’apporter de la nourriture aux grévistes, de manger délibérément devant eux, de mener des fouilles répétées, particulièrement pendant les heures nocturnes, et de faire pression sur eux psychologiquement en essayant de les priver de leur capacité à continuer leur grève contre la détention administrative.

Soutien aux prisonniers en grève de la faim

En soutien aux grévistes de la faim, les prisonniers du Front Populaire de Libération de la Palestine ont commencé à participer à une grève de soutien par groupes, et un nouveau groupe de grévistes de soutien a récemment entamé la grève.

Photo ide couverture : Ibtisam El Amir tient les portraits de ses fils Mohammad (à gauche, âgé de 24 ans), qui a été arrêté au petit matin du 2 juin 2014 et Samir (à droite, âgé de 30 ans) qui a purgé dans les prisons israéliennes 11 ans de sa peine de 19 ans, Camp de Réfugiés de Aïda, Bethléem, Cisjordanie. Photo : Ryan Roderick Beiler/Activestills

Traduction : Y. J. pour l’AFPS

Source: Samidoun