Le plus grand club de musique live d’Israël légitimise l’extrême droite. Les artistes ne disent rien

Le festival Zappa B’Gaï se lie à la Cité de David gérée par une organisation messianique de droite qui finance les actions de judaïsation de Jérusalem Est

Uri Agnon, Haaretz, 6 août 2019

Le quartier de Silwan à Jérusalem. Crédit : Emil Salman

La semaine prochaine marque le début du festival Zappa B’Gaï (Zappa dans la vallée de Hinnom) –un effort conjoint du club Zappa de Jérusalem et de la Cité de David. Nous pouvons peut-être espérer que Zappa ne comprenne pas avec qui il va au lit. Peut-être que les artistes qui participent au « festival » – Danny Robas, Arkadi Duchin, Noam Horev, Revital Vitelzon Jacobs, Moshe Lahav, Shlomi Koriat – sont aussi peu familiers de la complexité politique dans laquelle ils se trouvent impliqués.

En bref : la Cité de David est un parc national au cœur du quartier palestinien de Silwan à Jérusalem Est. Ce parc est géré par l’association Elad, une organisation sans but lucratif, messianique de droite, qui fait des efforts énormes pour judaïser cette zone, avec l’aide d’un système discriminatoire de lois et des paquets d’argent de sources anonymes.

Il y a à peine quelques semaines, la famille Siyam, une mère seule avec ses enfants, a été jetée hors de sa maison après des dizaines d’années d’activité fébrile de Elad qui s’est emparée de la maison – comme ce fut le cas de beaucoup d’autres dans le quartier. Des dégâts émotionnels et économiques ont été commis, non seulement à la famille évincée de sa maison, mais à toute la zone. Un nombre croissant de colons armés et de leurs agents de sécurité emménage à Silwan où vivent 50 000 Palestiniens en surpeuplement, détruisant complètement leur tissu social.

Pour renforcer l’entreprise de colonisation, Elad crée des projets touristiques qui se donnent comme apolitiques, ce qui fait des visiteurs israéliens et étrangers des collaborateurs à leur insu. Sous les auspices de l’organisation, les gens sont conduits par des tunnels sous les maisons des habitants palestiniens, dans une tentative visant à présenter une image unidimensionnelle de la souveraineté juive ayant pu exister il y a des milliers d’années, et de profiter par là de la souveraineté actuelle pour arracher le contrôle sur de plus en plus de maisons et favoriser un programme d’extrême droite. 

Bayit B’Gaï (la maison B’Gaï), le nouveau centre dans lequel Zappa et la Cité de David prévoient d’organiser leur festival, est une tentative pour finir de légitimer des actes d’expulsion. Il est situé, et ce n’est pas par hasard, à la soudure de Silwan et de la partie Ouest de Jérusalem, sur un terrain acheté par Elad à un homme emprisonné à perpétuité, qui admet qu’li n’a jamais été le véritable propriétaire du bien et qu’il n’y a vécu que peu de temps. Zappa blanchit cet achat comme étant fait « à ciel ouvert – face aux murs de la Vieille Ville ». 

Un concert au Zappa club

À présent, la famille Siyam, comme beaucoup d’autres familles avant elle, essaie de voir comment reconstruire sa vie. Sans maison, avec de grosses dettes de justice et des blessures émotionnelles profondes, ils doivent se créer un avenir. À quoi va ressembler l’avenir de cette famille et de dizaines d’autres de Silwan ? À quoi va ressembler l’avenir partagé de nous tous dans cette ville, dans ce pays ? Les réponses à ces questions sont entre nos mains à tous, habitants de la ville et du pays, artistes, institutions culturelles et public des activités culturelles.  

L’art est toujours politique mais tous les artistes et toutes les institutions culturelles ne choisissent pas de s’exprimer publiquement contre l’occupation, de la même façon que tout un chacun ne s’y oppose pas activement ou ouvertement. Il y a d’innombrables sujets d’œuvres artistiques. Dans une démocratie, les artistes et les institutions peuvent même exprimer des opinions opposées, c’est à dire ultranationalistes et antidémocratiques, mais il est hypocrite et décevant de dissimuler des opinions extrémistes sous le couvert du courant dominant apolitique.

Les clubs Zappa dans tout le pays accueillent des publics variés et offrent une scène à des artistes dont beaucoup ne sont pas identifiés en lien avec l’extrême droite de la carte politique israélienne. Hadag Nahash, Shlomi Shaban, Chava Alberstein, Corinne Allal et Ran Danker – ceux-là ne sont que quelques uns des artistes qui se produiront chez Zappa dans les mois à venir. Que ressentent-ils quant à la connexion de leur scène avec l’association Elad ? 

Si seulement les managers de Zappa réalisaient avec qui ils traitent et annulaient ce partenariat douteux ! Il n’est pas trop tard. S’ils décident de poursuivre leur danse avec la droite messianique, nous tous – le public et la communauté artistique – saurons quelles sont les opinions que Zappa soutient. J’espère que chacun de nous, le public comme les artistes, saura choisir de participer ou non à mettre notre tampon d’approbation sur cette abomination

L’auteur est un compositeur de Jérusalem et un militant du groupe Free Jerusalem

Traduction SF pour l’Agence Media Palestine

Source: Haaretz