Les espions israéliens volent-ils vos données ?

Katherine Barnett – 5 août 2019

Les diplômés de l’Unité 8200, division technologique de l’armée israélienne, sont impliqués dans de vives controverses sur l’espionnage. (Israeli military/Chameleons Eye/ewscom)

Des espions israéliens
poursuivent des carrières contestables en quittant l’armée.

Des
diplômés de l’Unité 8200 de l’armée israélienne, branche
d’espionnage de haute technologie, ont trouvé que deux sociétés
de guerre informatique et de collection de données, récemment mises
sous surveillance, étaient responsables de l’entraînement de
certains des meilleur experts en technologie du pays et des
principales actions de la guerre informatique.

La
société technologique israélienne Onavo, détenue par Facebook, et
la société israélienne de guerre informatique NSO Group ont toutes
deux été fondées par des anciens de l’unité.

Ceci prouve combien
l’expertise développée dans l’unité peut servir et a servi à
créer des plates-formes technologiques commerciales qui mettent la
sécurité des consommateurs en danger.

Que
fait l’unité militaire ?

L’Unité 8200 est largement
considérée comme l’équivalent israélien de l’Agence de
Sécurité Nationale aux Etats Unis.

Ses
membres sont jeunes, le plus souvent entre 18 et 21 ans, et sont
choisis pour leurs aptitudes en maths, sciences et résolution des
problèmes.

Ceux
qui travaillent dans l’unité aident au développement de la
surveillance technologique, du piratage informatique, des techniques
de cryptage et de décryptage. Ils collectent aussi des signaux
internes et étrangers et sont responsables de la surveillance
informatique et du contrôle des civils.

L’Unité 8200 joue par
ailleurs un rôle significatif dans la discrimination systématique
envers les Palestiniens.

En
2014, 43 réservistes membres de l’Unité 8200 ont révélé des
détails sur les méthodes de surveillance utilisées pour fouiner
dans les données les plus personnelles d’innocents Palestiniens,
dont des éléments de nature sexuelle et financière.

« La
population palestinienne sous administration militaire est
complètement exposée à l’espionnage et à la surveillance des
renseignements israéliens. Alors qu’il y a de sévères
limitations à la surveillance des citoyens israéliens, les
Palestiniens eux n’ont pas droit à cette protection », ont
écrit les soldats dans une lettre publiée dans The
Guardian.

Malgré
la large couverture médiatique qu’elle a reçue, la surveillance
des Palestiniens par l’Unité 8200 s’est poursuivie.

L’association militante
palestinienne Zamleh a expliqué dans un rapport émis en décembre
2018 comment l’unité intercepte les réseaux de communication
palestiniens et y injecte des messages et des appels téléphoniques.

Vol
de données

Les anciens de l’Unité 8200
dominent la scène technologique d’Israël. La technologie est la
clé de l’économie israélienne et a bénéficié ces derniers
temps d’une croissance rapide.

D’anciens soldats de l’unité
ont ensuite créé d’importantes sociétés de technologie, dont
Palo Alto Networks et Check Point Software Technologies. Ces sociétés
se spécialisent dans les questions de sécurité telles que la
surveillance, l’enregistrement de voix et la cybersécurité.

Un autre groupe similaire est
Onavo, propriété de Facebook.

Cette société a été créée
en 2010 par des diplômés de l’Unité 8200, Rosen et Roi Tiger, et
acquise par Facebook en octobre 2013.

Facebook a mis sur le marché
le réseau virtuel privé (VPN) Onavo en tant qu’outil de
confidentialité pour mettre en sécurité les données des usagers
et les protéger de sites internet potentiellement compromis en
cryptant et réorientant leurs données via un serveur à distance.

On a laissé les consommateurs
largement dans le noir au sujet des façons dont il violerait leur
vie privée et aiderait à influencer les stratégies de marketing et
de produits de Facebook.

Cependant, l’application VPN
Onavo a été close l’année dernière après qu’on ait réalisé
que Facebook payait des adolescents et des adultes pour qu’ils
chargent l’application et fournissent un accès « presque
sans limite » à leurs données, c’est ce qu’on dit dans la
publication Tech Crunch.

Après qu’Apple ait interdit
l’application parce qu’elle enfreignait ses lignes directrices,
Facebook a exploité un créneau qui permettrait aux gens de
circonvenir la Boutique de l’application et de charger directement
l’application.

Mais, tandis que ceci cachait
tout butinage et activité de l’application aux fournisseurs de
l’activité internet, cela permettait à Facebook d’avoir une
visibilité presque entière sur les données de l’utilisateur,
fournissant à la technologie d’immenses aperçus sur les tendances
de consommation.

Ces aperçus ont conduit
Facebook à décider de mettre en place un article de fond qui lui
permettrait de se mettre en concurrence avec son rival Snapchat. Cela
a aussi permis à Facebook d’acquérir WhasApp pour 19 milliards $
après avoir découvert que deux fois plus de messages partaient de
cette application que de Facebook Messenger.

Commercialisation
de la surveillance

Ce n’est pas la seule fois
où une société liée à l’Unité 8200 a fait l’objet d’un
scandale majeur pour la sécurité des consommateurs.

L’entreprise israélienne d’espionnage NSO Group a été créée en 2010 par Omri Lavie et Shalev Hulio, eux aussi diplômés de l’Unité 8200, d’après Forbes magazine.

Ce
groupe a fait les grands titres en mai, après que les services de
messagerie de WhatsApp aient émis une mise à jour pour lutter
contre une vulnérabilité qui permettait que le smartphone de
l’utilisateur soit infecté par le logiciel espion Pegasus rien
qu’en appelant le téléphone en question.

Une
fois que Pegasus est installé sur le téléphone d’un utilisateur,
il peut envoyer une quantité effrayante de données à ceux qui
pratiquent l’espionnage sans être détectés.

Pegasus
a été labellisé par Forbes comme « le kit portable
d’espionnage le plus invasif au monde » car il permet la
surveillance et le contrôle entiers de tout téléphone portable qui
a été infecté.

Ces
possibilités ont conduit à son utilisation par des régimes très
désireux de fouiner ou d’interférer chez leurs ennemis.

Dans un rapport de 2018, le
Ctizen Lab de l’université de Toronto a mis en lumière
l’utilisation de la technologie NSO dans des pays connus pour leurs
violations des droits de l’Homme, dont Bahrain, le Kazakhstan, le
Mexique, le Maroc, l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis.

Amnesty International a même
engagé une action juridique contre le ministère de la Défense
d’Israël pour essayer d’obtenir la révocation de l’exportation
des produits NSO.

Amnesty a dit que l’un de
ses dirigeants était la cible d’une tentative d’espionnage de
l’organisation via son personnel.

Que
l’Unité 8200 soit derrière l’Onavo de Facebook et NSO soulève
des inquiétudes sur le fait qu’une autre technologie commerciale
puisse émerger, ou ait déjà émergé, de l’unité d’espionnage.

Avec
leur pratique habituelle de la surveillance de masse, il est
raisonnable de supposer que les diplômés de l’Unité 8200
continueront d’utiliser cette technologie dans la création de
produits commerciaux.

Les
activités de NSO et de l’Onavo de Facebook ont montré que les
techniques maîtrisées dans l’unité peuvent aisément être
dévoyées pour créer des produits qui mettent l’intimité et la
sécurité du consommateur en danger.

Les consommateurs devraient
donc être au courant de tout lien que les sociétés ont avec
l’Unité 8200, ainsi que de son rôle dans la surveillance des
civils.

Katherine
Barnett est chercheure pour le site de la revue VPN Top10VPN.com. Ses
écrits se concentrent sur la censure mondiale, les droits numériques
et la cybersécurité. Twitter : @thekatbarnett.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : The Electronic Intifada