image_pdfimage_print

David Cronin – The Electronic Intifada – 2 août 2019

L’Union européenne finance des organismes israéliens qui supervisent les démolitions et d’autres crimes contre le peuple palestinien. Abedalrahman Hassan (APA Images)

Il y a deux ans, Benjamin Netanyahu se plaignait que l’Union européenne était « folle » de fixer des « conditions politiques » à ses relations avec Israël. À l’aune du Premier ministre, les choses sont depuis devenues moins « folles » : l’UE a discrètement accru le soutien financier qu’elle accorde aux organismes gouvernementaux israéliens, lesquels sont directement responsables de l’oppression des Palestiniens.

Le ministère de la Défense d’Israël vient justement de commencer à récupérer des fonds de l’Union européenne, pour la première fois.

Il fait partie des bénéficiaires d’un nouveau programme de recherche de 9 millions de dollars sur l’utilisation de drones en cas de catastrophe. Connu sous le nom de Respondrone, ce programme est financé dans le cadre du programme scientifique de l’UE, Horizon 2020.

Les « conditions politiques » dont Netanyahu se plaignaient, ce sont le respect des droits de l’homme fondamentaux. Or, en fournissant de l’argent au ministère de la Défense israélien, l’UE apporte son aide à un grand violeur des droits de l’homme.

Si la langue anglaise était utilisée de façon exacte, le ministère de la Défense serait appelé le ministère des Crimes de guerre et de l’Occupation.

Sa tâche est de renforcer l’armée d’Israël. Autrement dit, le ministère s’emploie à rendre une armée déjà extrêmement agressive encore plus meurtrière.

Non content d’occuper la Cisjordanie et la bande de Gaza, l’armée d’Israël a bombardé le Liban, la Syrie, l’Iraq et le Soudan, rien que depuis le début de ce millénaire – quand l’UE était censée commencer à appliquer ces « folles » conditions. Israël a, de plus, tué des militants humanitaires turcs dans les eaux internationales.

Subventionner le ministère qui supervise cette armée équivaut à approuver ses crimes.

Le projet Respondrone a démarré en mai. Le mois suivant, l’ambassade de l’UE à Tel Aviv organisait une cérémonie pour honorer la façon dont les chercheurs israéliens avaient reçu plus de 820 millions de dollars de Horizon 2020.

Curieusement, le matériel de l’évènement publié sur le site de l’ambassade n’indique pas que l’UE finance désormais le ministère de la Défense d’Israël. 

Des réticences

Les représentants de l’UE se sont montrés tout aussi réticents sur le soutien qu’ils apportent au ministère de la « Sécurité publique » israélien.

Ce ministère fournit des conseils à la police et au service pénitentiaire d’Israël. Au cours des semaines passées, la police d’Israël a mené des raids quotidiens sur le village d’Issawiyeh en Cisjordanie, elle a participé à la démolition d’immeubles palestiniens à Jérusalem-Est, et elle a expulsé une famille qui vivait près de la Vieille Ville de Jérusalem pour que sa maison puisse être remise à des colons juifs.

Le service pénitentiaire, quant à lui, gère des établissements où la torture est pratique courante.

Nassar Taqatqa est le tout dernier des détenus palestiniens à mourir dans l’un de ces établissements. Il est impossible d’enquêter sur les conditions de sa mort puisque les autorités israéliennes conservent son corps. 

Si elle le voulait, il serait possible à l’UE d’exercer des pressions sur Israël pour qu’il arrête de bloquer cette enquête qui est si urgente. Le ministère de la Sécurité publique d’Israël prévoit de participer à un projet, financé par l’UE, de près de 8 millions de dollars, à partir du mois prochain.

Du nom de Roxanne, ce projet va examiner la façon dont les progrès en technologie peuvent aider à identifier les membres des réseaux criminels. Entre autres participants, il y aura notamment les polices de l’Irlande du Nord et de l’Irlande du Sud, de la Grèce et de la République tchèque, ainsi que l’organisation internationale pour l’application de la loi, Interpol.

Le strict minimum, ce serait pour l’UE de déclarer à Israël qu’il ne sera pas le bienvenu dans ce programme tant qu’il conservera le corps de Nassar Taqatqa. Mais le ministère de la Sécurité publique d’Israël devrait ne pas être impliqué dans aucun des projets de lutte contre la criminalité financés par l’UE, étant donné qu’il apporte un soutien bureaucratique à des crimes de guerre tels que les démolitions et les raids contre un peuple sous occupation.

L’ambassade de l’UE à Tel Aviv se dit fière d’encourager l’innovation chez les start-ups d’Israël. Mais l’ambassade n’attire pas l’attention sur le fait que bon nombre de ces entreprises ont des liens étroits avec l’armée israélienne.

Des entreprises artisanales ?

Par exemple, l’UE a accordé une subvention à TuneFork, une entreprise basée à Jérusalem. Cette entreprise a pour objectif, louable, d’aider les personnes malentendantes à prendre le plus de plaisir possible dans l’écoute de la musique sur Internet.

Tout sauf louable, le directeur général de TuneFork, Tomer Shor, a affiné ses compétences en tant qu’innovateur avec la branche Développement des technologies, de l’armée israélienne – l’Unité 8200, comme on l’appelle.

L’UE ne se contente pas d’aider des entreprises artisanales. Israel Aerospace Industries, fabricant des drones utilisés lors des offensives israéliennes contre Gaza, est actuellement partie prenante dans au moins trois projets financés par l’UE. Il s’agit notamment du programme Respondrone susmentionné, qui implique aussi le ministère de la Défense israélien, et d’un projet distinct sur l’amélioration de la sécurité des « drones du marché de masse ».

Elbit Systems, autre grand constructeur d’avions de guerre israélien, appartient à un consortium impliqué dans un projet de 10 millions de dollars pour « sécuriser le réseau européen du gaz ».

Parmi les universités d’Israël qui pompent Horizon 2020, vous avez Technion à Haïfa. Une brochure promotionnelle de Technion se vante de ses « liens exceptionnellement étroits » avec l’armée israélienne, et d’être la « seule source d’ingénieurs de l’aéronautique en Israël » – un euphémisme pour ces fabricants d’armes de demain.

Les représentants de l’UE savent parfaitement que leur soutien à Israël est répugnant, mais ils ne l’admettront pas. Le faire serait gâcher l’ambiance de tous ces évènements où ils sirotent du champagne et débitent des platitudes sur l’ « innovation ».

David Cronin est rédacteur en chef associé à The Electronic Intifada.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source: Electronic Intifada