Gaza : isolement et contrôle

Les restrictions sur la bande de Gaza, affirment des analystes, s’inscrivent dans une séquence qui remonte à des décennies, antérieure au contrôle du Hamas.

Ben White – Al Jazeera News – 10 juin 2019 

Pour leurs déplacements, les Palestiniens de Gaza sont soumis aux restrictions israéliennes depuis des décennies (Adel Hana/AP)

Cet été marque un anniversaire important, mais souvent ignoré, dans l’histoire de la bande de Gaza. Il y a trente ans, en juin 1989, Israël imposait pour la première fois un système de carte magnétique afin de limiter la sortie de Gaza des habitants palestiniens. Quiconque se verrait refuser cette carte serait empêché de partir.

Alors que le blocus de Gaza par Israël est souvent vu comme ayant son origine en 2006-2007, une réponse à la prise de pouvoir par le Hamas, l’isolement de l’enclave remonte en fait à trois décennies – et pour de nombreux analystes, cette perspective historique est essentielle pour comprendre l’évolution en cours.

« Je pense qu’il extrêmement important d’examiner le contexte dans son ensemble afin de comprendre ce qui se passe aujourd’hui à Gaza » a déclaré Tania Hary, directrice exécutive de Gisha, ONG israélienne de défense des droits de l’homme, à Al Jazeera.

« La plupart des gens croient à tort que ce qui se passe actuellement résulte de la présence du Hamas au pouvoir, et que, si la crise humanitaire en est un effet secondaire ‘malencontreux’, Israël finalement n’aurait pas le choix ».

En fait, remarquent des militants des droits de l’homme et des universitaires, les restrictions imposées par Israël sur la bande de Gaza s’inscrivent dans une séquence qui remonte à des décennies, antérieure au contrôle du Hamas et aux tirs de roquettes.

« Le blocus n’est pas un élément isolé de la politique israélienne à l’égard de Gaza » déclare à Al Jazeera, Sara Roy, maître de recherche universitaire au Centre pour les études sur le Moyen-Orient à l’Université Harvard.

« Depuis le début de l’occupation en 1967, la politique israélienne à l’égard de Gaza a été modelée par des considérations politiques qui limitaient délibérément le développement économique intérieur et les réformes structurelles, afin d’empêcher l’émergence d’un État palestinien » ajoute-t-elle.

« Le blocus peut être compris comme un élément de ce continuum politique ».

Selon Tareq Baconi, analyste à l’International Crisis Group et auteur de Hamas Contained, « Il est impossible de ne pas considérer ce blocus comme une continuation de la politique israélienne de pacification et d’isolement qui remonte à la fondation de l’État en 1948 ».

Il poursuit : « Le Hamas est simplement la feuille de vigne qui permet à Israël de maintenir à l’égard de Gaza une politique qui a longtemps guidé son approche de la Bande, principalement motivée par des questions démographiques et des raisons liées à la dépolitisation de la lutte palestinienne ».

« L’actuel blocus de la bande de Gaza n’a pas commencé avec le Hamas, et s’il fallait retirer le Hamas de l’équation, il serait fort probable que les efforts israéliens visant à maîtriser la bande de Gaza prendraient une forme nouvelle » explique Baconi à Al Jazeera.

« Une grande prison »

Dès 1995 – voir notamment cet article du New York Times (https://www.nytimes.com/1995/08/25/world/world-within-fence-special-report-palestinians-gaza-find-freedom-s-joy-has.html) – les Palestiniens ont décrit comment vivre dans la bande de Gaza, c’était vivre dans une « grande prison ».

En 1998, la Commission européenne a mis l’accent sur « les restrictions draconiennes imposées en permanence par Israël sur l’entrée et la sortie des personnes et des marchandises, en provenance ou à destination de Gaza ».

L’isolement de la bande de Gaza s’est radicalement intensifié durant la deuxième Intifada, et depuis également, suite au retrait unilatéral des colons par Israël (le « désengagement ») en 2005 – une évolution qui, contrairement à ce que prétend Israël, n’a pas modifié le statut de Gaza en tant que territoire occupé.

« Les déplacements sont devenus l’exception, et la restriction est la règle », affirme Tania Hary, dont l’ONG s’efforce de protéger la liberté de déplacement des Palestiniens.

« Si précédemment quiconque pouvait voyager librement en dehors de ceux à qui c’était refusé, cela a changé depuis la fin des années 1980 et le début des années 1990, de sorte qu’aujourd’hui, personne ne peut voyager sauf ceux qui en ont l’autorisation ».

Cette perspective à long terme va à l’encontre d’un engagement international qui est en général réactif, et elle est façonnée par une tendance à des escalades périodiques entre Israël et les factions palestiniennes.

Mais Israël justifie les restrictions des déplacements principalement par des préoccupations sécuritaires.

En novembre 2018, le Forum politique de Gaza a vu des dizaines de diplomates, d’organismes d’aides et d’experts se réunir pour discuter de la meilleure façon de protéger les droits humains des habitants palestiniens de l’enclave.

Un document publié à l’issue de la rencontre a affirmé que « Gaza est la manifestation la plus extrême d’un processus qui se déroule sur l’ensemble du territoire palestinien depuis 1993 : le processus de maintien d’un contrôle, mais sans prendre la responsabilité de ce qui en découle ».

Baconi, qui assistait à l’évènement, a fait part à Al Jazeera de son accord sur cette appréciation. « La politique israélienne à l’égard des Palestiniens consiste à maintenir la capacité d’Israël à gérer les territoires (occupés) et la question palestinienne dans son ensemble, avec le moins de responsabilité et au moindre coût pour le public israélien ».

Sara Roy est d’accord. « Israël a maintenu un total contrôle sur Gaza sans en assumer la moindre responsabilité » a-t-elle dit à Al Jazeera. La responsabilité, ajoute-t-elle, « a longtemps et largement été laissée à la communauté des donateurs ».

Le fait que la communauté internationale ait payé la note pour Israël, au lieu d’exercer une pression ou de lui demander des comptes, inquiète ceux qui pensent qu’il y a des leçons à tirer de Gaza par rapport aux projets d’Israël en Cisjordanie.

« Je pense que l’exemple de Gaza devrait être pris en considération, très, très attentivement » a déclaré Tania Hary à Al Jazeera, « parce que je pense que c’est ce qui pourrait être appliqué en Cisjordanie, et dans une certaine mesure, c’est déjà le cas, mais nous pourrions en voir des versions encore plus extrêmes ».

« En ne demandant aucun compte à Israël pour sa politique à Gaza, la communauté internationale risque de rendre la population de Cisjordanie vulnérable au même niveau de mépris ».

« Supprimer le contrôle palestinien »

Dans l’édition 2016 de « La bande de Gaza : l’économie politique du dé-développement », Sara Roy identifie « les deux thèmes récurrents » dans ses « trois décennies de recherche sur la bande de Gaza ».

Le premier est « le désir d’Israël de se débarrasser de toute responsabilité concernant Gaza tout en y maintenant son contrôle ». Le deuxième thème « se concentre sur le désir d’Israël d’ ‘échanger’Gaza, pour ainsi dire, contre un contrôle total et autorisé au niveau international (c’est-à-dire, par les Américains) de la Cisjordanie ».

Dans l’ensemble, écrit-elle « l’objectif est d’éliminer le contrôle palestinien sur toute la Cisjordanie et Jérusalem-Est, et de couper tous les liens possibles entre ces secteurs et Gaza ».

Au début de cette année, Jonathan Urich, conseiller du Premier ministre, a déclaré au quotidien israélien Makor Rishon que Benjamin Netanyahu « avait réussi à réaliser une rupture » entre Gaza et la Cisjordanie, et « détruit effectivement la vision de l’État palestinien dans ces deux régions ».

Urich parlait peut-être dans le contexte d’une campagne électorale, mais le statu quo dans la bande de Gaza et en Cisjordanie – et le refus de la communauté internationale de contester le paradigme du « contrôle sans responsabilité d’Israël » – fait qu’il est difficile d’argumenter contre une telle affirmation.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source: Al Jazeera




Comment le blocus israélien exacerbe la violence envers les femmes à Gaza

Par Anwar Mhajne, le 17 mai 2019

Les femmes à Gaza font face à des normes de genre patriarcales et aux divisions politiques intrapalestiniennes, mais répondre à leurs besoins ne peut se faire sans qu’Israël lève son blocus.

Hôpital d’Al-Shifa à Gaza, plusieurs semaines après le début de l’opération Bordure protectrice, le 9 août 2014 (Basel Yazouri/Activestills.org)

La violence subie pendant les opérations militaires affecte les hommes comme les femmes, mais les femmes sont souvent confrontées à un ensemble de défis uniques. Pour les femmes palestiniennes de Gaza, en particulier, l’interaction entre le patriarcat, les divisions politiques intrapalestiniennes et le blocus israélien exacerbent la violence qu’elles subissent.

Les divisions politiques internes empêchent l’établissement de mécanismes efficaces de réponse institutionnelle dans les territoires palestiniens occupés. Les normes de genre patriarcales et les traditions contribuent à laisser proliférer et accepter la violence envers les femmes et les filles. Mais le blocus israélien qui enserre Gaza depuis des décennies et qui restreint fortement la circulation des personnes et des biens de et vers la Bande de Gaza, a créé un environnement de violence constante contre les femmes.

Selon une étude sur la violence effectuée par le Bureau central palestinien des statistiques (PCBS) de 2011, 37 pour cent des femmes, en moyenne, sont victimes de violence de genre en Palestine. Dans la Bande de Gaza, ce chiffre se monte à 51 pour cent.

Les risques de vivre de la violence de genre augmentent fortement au moment des opérations militaires directes. Par exemple, pendant l’opération Bordure protectrice en 2014, le risque de subir de la violence domestique a augmenté considérablement, selon des recherches sur la violence envers les femmes et les filles à Gaza. Pendant la guerre, il y a eu une augmentation de 22 pour cent dans la violence domestique subie par les femmes mariées, et 30 pour cent pour les femmes non mariées. De plus, les déplacements causés par les opérations militaires augmentent la probabilité de subir de la violence domestique.

Les hauts niveaux de pauvreté et de chômage, qui ont causé une dépression économique durable à Gaza, ont supprimé des sources de revenu pour les familles, et les relations familiales traditionnelles ont eu de la difficulté à s’adapter au changement de situation. Des milliers d’hommes à Gaza sont incapables de remplir leur rôle traditionnel de soutien de famille et de protecteur, et ce sont leurs femmes qui font les frais de leurs frustrations.

Paysannes palestiniennes ramassant des épis de blé pendant la moisson annuelle, dans un champ à Khan Younis, dans le sud de la Bande de Gaza, le 27 avril 2019 (Hassan Jedi/Flash90)

Bien que le taux de chômage soit élevé à Gaza (52 pour cent), la part des femmes dans les effectifs des travailleurs a augmenté de manière significative, pour atteindre 26 pour cent. Le blocus a contraint des centaines de femmes à devenir les seules soutiens financiers de la famille, tout en continuant à s’occuper des tâches ménagères et à prendre soin de leurs maris, et beaucoup d’entre elles sont en dépression. L’intégration des femmes dans le monde du travail est née de la nécessité, mais cela menace les identités masculines traditionnelles et ajoute aux tensions au sein des familles.

Une exposition durable à la violence intensifie les pressions quotidiennes sur les Palestiniens, ce qui risque d’exacerber la violence de genre. Lorsque la violence est généralisée et soutenue, les relations familiales souffrent des changements dans les rôles et les activités genrées causés par le conflit. Les femmes palestiniennes dont les maris ont été exposés directement à la violence politique étaient 47 pour cent plus susceptibles de témoigner qu’elles subissaient des violences psychologiques de la part de leur conjoint (Intimate Partner Violence, IPV), 89 pour cent plus susceptibles de témoigner de violences physiques, et 2.2 fois plus susceptibles de témoigner de violences sexuelles. Les déplacements durant les opérations militaires sont associés à des cas de violence domestique affective, d’attitudes de prise de contrôle, et de violence non domestique.

Une autre conséquence du blocus israélien est le changement d’attitudes chez les jeunes (hommes et femmes) vers le conservatisme, dû à l’absence d’opportunités de travail et d’interaction sociale. Les jeunes hommes et femmes se tournent vers la religion et la tradition, qui régulent les relations de genre, comme vers une source de protection sociale et personnelle. Même les femmes et les hommes qui ont un niveau élevé d’instruction, ainsi que ceux qui ont un emploi régulier, ont des positions conservatrices en ce qui concerne les rôles genrés et l’égalité de genre.

Un autre type de violence subie par les femmes en raison du blocus est le manque d’accès aux services médicaux essentiels. Physicians for Human Rights-Israel (Médecins pour les droits humains-Israël) a publié un rapport en mars montrant en détail pourquoi les femmes palestiniennes paient un prix plus élevé que les hommes, en matière de santé, du fait du blocus israélien de Gaza. Le rapport examine trois types de cas : des femmes atteintes de cancer voyageant de Gaza en Israël pour un traitement, des patientes dont le traitement est empêché parce qu’elles ont un parent qui est membre de Hamas, et des patientes dont le traitement est empêché parce qu’un membre de leur famille réside en Cisjordanie sans autorisation.

Certaines femmes ont également été empêchées d’accompagner leurs enfants pour qu’ils reçoivent des soins médicaux, parce qu’un membre de leur famille était membre de Hamas. Par exemple, en août l’an dernier, Israël n’a pas autorisé une mère de Gaza à accompagner son fils de 3 ans pour qu’il soit traité contre le cancer dans un hôpital de Cisjordanie, parce qu’elle a un proche au premier degré qui est membre de Hamas. Elle a dû se tourner vers Facebook pour trouver une femme, qui n’était pas de sa famille, qui serait autorisée à accompagner son fils pour son traitement médical. 

En plus de négocier avec l’insécurité économique, l’augmentation de la violence domestique et la perte de parents à cause de l’occupation, les femmes sont également punies pour les décisions et les prises de position idéologiques des hommes de leur famille. À l’impact psychologique de la violence physique subie quotidiennement s’ajoute pour les femmes la violence psychologique lorsqu’il leur est interdit d’être auprès de leurs enfants malades et de remplir ainsi leur rôle de mères.

Les femmes à Gaza sont confrontées à des difficultés terribles, aux restrictions et aux violations de leurs droits humains fondamentaux. Bien que les normes patriarcales jouent un rôle dans la violence à laquelle les femmes de Gaza sont régulièrement confrontées, l’occupation et le blocus l’exacerbent et introduisent d’autres formes de violence. Répondre aux besoins des femmes de Gaza et parvenir à l’égalité de genre ne peuvent se réaliser sans une levée du blocus et une résolution du conflit israélo-palestinien.

Dr Anwar Mhajne est une citoyenne palestinienne d’Israël. Elle est native d’Umm Al Fahem mais s’est installée aux États-Unis en 2011 pour obtenir son Master et plus tard son doctorat. Elle est actuellement enseignante postdoctorale dans le département de science politique de Stonehill College, dans le Massachusetts. Twitter: @mhajneam.

Traduction : MUV pour l’Agence France Palestine

Source : +972.mag




Toujours roulant, malgré Gaza : le champion cycliste palestinien Alaa Al-Dali

La jambe du champion cycliste Alaa Al-Dali a été réduite à néant par un tireur embusqué israélien. Maintenant, il fait son retour en tant qu’athlète du cyclisme handisport.

Flavia Capellini – Al Jazeera – 2 juin 2019

Alaa Al-Dali utilise la route la plus longue de Gaza (35 km) pour ses séances quotidiennes d’entraînement.

Ville de Gaza – Minuscule et surpeuplée, Gaza est l’un des endroits les moins adaptés au monde pour le cyclisme sur route. Pourtant, c’est là qu’Alaa Al-Dali, le meilleur cycliste de Palestine, vit et s’entraîne. Il est remarquable qu’un sport d’endurance comme le cyclisme ait trouvé un point de départ passionné dans des rues truffées de de bombes. La bande de Gaza ne fait que 41 km de long et 12 km dans sa partie la plus large, avec une moyenne de 6000 habitants au mètre-carré.

 « Je m’entraîne pendant quatre ou cinq heures, soit 120 km, chaque jour. Nous éprouvons des difficultés parce que Gaza est si petite, la route la plus longue a environ 35 km : nous la parcourons dans les deux sens pour l’entraînement de la séance quotidienne. Mon rêve est de participer à des tournois internationaux », explique Al-Dali à Al Jazeera.

Le cycliste a gravi tous les échelons de la petite scène du cyclisme palestinien, remportant une médaille d’or au Championnat national de cyclisme en 2018. Alors que les athlètes de Gaza sont officiellement éligibles à une autorisation de sortie, Alaa n’a jamais pu quitter la Bande : « Nous avons été invités à de nombreuses reprises pour participer à des compétitions à l’étranger mais nous ne pouvons pas nous y rendre à cause des relations internationales entre Gaza et les autres pays ».

« L’Égypte a fermé sa frontière à cause du conflit entre le Hamas et le président égyptien. Israël a refusé toutes nos demandes de voyage à l’extérieur de Gaza. Si on vous la refuse de nombreuse fois, vous pouvez être interdits définitivement de vous rendre en Israël, et c’est le pire des cauchemars pour les athlètes de Gaza. Nous essayons de faire du sport, et eux nous restreignent avec leur politique » dit Al-Dali.

Le fait de courir au niveau international peut transcender l’importance sportive de l’évènement lui-même, en particulier lorsqu’un athlète vient d’un territoire violemment contesté au Moyen-Orient. « Pour de nombreux athlètes, lever le drapeau palestinien dans les compétitions internationales est une forme de résistance pacifique », explique à Al-Jazeera, Mohammed el-Arabi, membre du Comité paralympique palestinien.

Quand Al-Dali a été qualifié pour les Jeux asiatiques de 2018, il a craint inévitablement qu’il allait perdre cette occasion unique à cause des représailles aux frontières. Il s’est donc joint, dès le premier jour, à la manifestation de la Marche du Retour, à la frontière avec Israël, afin d’exiger son droit à une carrière en tant qu’athlète national.

Ce jour-là a changé sa vie, et pour toujours.

Un cycliste perd sa jambe

Le 30 mars 2018, Al-Dali est allé à la Marche du Retour, à vélo, vêtu de sa tenue de cycliste. Un tireur embusqué israélienne lui a tiré une balle dans la jambe droite alors même qu’il ne faisait que regarder la manifestation, à environ 300 mètres de la clôture de séparation, selon un rapport du Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies (OHCHR).

« La balle (ressemblait) à une petite grenade. Elle m’a presque désintégré l’os de la jambe, sur 22 cm. Le muscle, les artères et les veines étaient complètement abîmés. Le médecin a dit qu’il n’avait jamais vu une chose pareille » a dit Alaa.

Le personnel médical a été surpris qu’il n’ait pas subi un choc hypovolémique en raison de la grave perte de tension artérielle. Son cœur continuait à battre juste assez pour survivre. Après que l’autorisation de quitter Gaza pour être soigné lui a été refusé par les autorités israéliennes, Al-Dali s’est entendu dire qu’il mourrait toujours, même si jambe n’était pas amputée au-dessus du genou. 

Alaa Al-Dali a supplié son médecin de sauver sa jambe, en vain (Nicola Zolin/Al Jazeera)

Mais sans sa jambe, il sentait qu’il mourrait de toute façon : « J’ai supplié le médecin de faire tout ce qu’il pouvait avant de m’amputer parce que mes rêves en tant qu’athlète sont liés à ces jambes. J’ai passé huit jours en salle d’opération. Chaque jour, je subissais une opération à la jambe. J’avais si mal, et les morceaux de la balle infectaient tout. Il me fallait choisir : soit l’amputation, soit perdre ma vie. Après avoir beaucoup réfléchi, j’ai donné mon accord pour qu’on me coupe la jambe. Ce fut une décision très difficile à prendre ».

Alaa Al-Dali décide de devenir le premier coureur cycliste handisport de Gaza (Nicola Zolin/Al Jazeera)

Pendant ce temps, la controverse faisait rage alors que l’an dernier, la course cycliste du Giro prenait le départ en Israël peu après son amputation. Dans les mois qui ont suivi, Al-Dali se souvient avoir essayé de se remettre du traumatisme alors que beaucoup se présentaient à sa porte pour lui demander des interviews. Au début, il les a laissés entrer, espérant que cette publicité pourrait, d’une certaine manière, l’aider à remettre sa carrière de cycliste sur les rails. Peut-être que quelqu’un arriverait à l’aider à partir acquérir des prothèses haute technologie qui ne peuvent pas être fabriquées à Gaza.

Il est ressorti peu de choses de la vague des gros titres, si bien qu’Al-Dali réalisa bientôt qu’il devait aller de l’avant avec ce qu’il avait. Moins de trois mois après sa blessure, il annonçait son intention de devenir le premier coureur cycliste handisport de Gaza.

Sur la voie des Jeux olympiques

Si le cyclisme est un sport de niche à Gaza, le paracyclisme est définitivement hors du radar. Cependant, les trois grandes guerres de ces dix dernières années ont eu malheureusement comme résultat 130 000 personnes handicapées environ dans l’enclave côtière. C’est particulièrement visible lorsque vous marchez dans la rue ; près de sept pour cent des Palestiniens sont handicapés, selon le Bureau central palestinien des statistiques.

L’ironie, c’est que le conflit a créé le potentiel pour qu’une génération de champions handisport émerge de Gaza, a déclaré El-Arabi, un responsable paralympique, à Al Jazeera. « Alaa (Al-Dali) est venu et nous a proposé de créer une fédération de paracyclisme à Gaza, la première du Moyen-Orient. Je lui ai répondu qu’il n’y avait aucun cycliste, seulement lui Alaa, à essayer de pratiquer du paracyclisme. Mais alors, j’ai réalisé que des centaines de personnes avaient perdu une jambe au cours des mois passés. Et que nous pourrions monter une équipe autour d’Alaa ».  

Alaa Al-Dali continue de pédaler avec une seule jambe, allant et revenant sur la seule route plate dans les limites de Gaza (Nicola Zolin/Al Jazeera)

La première chance d’Al-Dali de faire ses débuts comme athlète handisport lui a été donnée très tôt par le Comité paralympique asiatique (APC) qui l’invitait aux Jeux asiatiques de 2018 à Jakarta, six mois seulement après son amputation. Les organisateurs lui ont proposé de s’occuper des visas, des permis de courses et des dépenses, mais là encore, le gros problème était les frontières d’Al-Dali ; celle de l’Égypte était fermée et il n’a pas demandé l’autorisation des Israéliens de crainte d’être mis sur liste noire. Puis, en novembre, Al-Dali et El-Arabi ont été invités à venir s’exprimer en France sur le droit des athlètes dans la bande de Gaza, mais le gouvernement français ne leur a pas accordé de visa, dans la crainte qu’Al-Dali ne cherche asile en Europe.

Durant tout ce temps, il s’est rééduqué sur son vélo, au Centre des membres artificiels et de la polio (ALPC) créé par le gouvernement local et le Comité international de la Croix-Rouge. En février, Al-Dali était en capacité de marcher avec sa nouvelle jambe prothètique, presque un an après l’amputation.

La frustration s’intensifie au fur et à mesure que le temps expire pour monter une équipe de paracyclisme dans un lieu où les importations de vélos sont réglementées par le blocus et où il est presque impossible de participer à des compétitions à l’étranger et de se qualifier pour les Paralympiques de Tokyo en 2020. « La seule chance, » estime El-Arabi, « c’est, pour Alaa (Al-Dali), de recevoir une invitation particulière reconnaissant qu’il vient d’être blessé et qu’il est un pilote pour l’établissement du paracyclisme au Moyen-Orient ». Il n’est pas certain, cependant, qu’une invitation officielle puisse suffire pour lui permettre de se rendre à Tokyo.

Al-Dali a perdu une jambe, mais certainement pas son rêve. Alors que le Giro italien de cette année offre des courses cyclistes exaltantes à travers des paysages magnifiques, lui continue de pédaler avec une seule jambe, d’aller et venir sur la seule route plate dans les limites de Gaza.

 « Mes amis et ma famille m’ont dit que je suis un champion et que je ne dois pas capitulé. Ma détermination est devenue encore plus forte qu’avant pour réaliser ma passion. Il est vrai que je n’ai pas été en mesure de lever le drapeau palestinien avec mes deux jambes ; je le ferai avec une seule. Cela arrivera, tôt ou tard ».

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source: Al Jazeera




Reconnaissance des autochtones, effacement de la Palestine

Par Lana Tatour, 18 mai 2019

Que signifiait la large reconnaissance des Bédouins palestiniens du Naqab comme « peuple autochtone » dans le cadre du droit international ?

Les années récentes ont vu la reconnaissance des Bédouins palestiniens du Naqab comme peuple autochtone dans le cadre du droit international. Cette reconnaissance  s’est répandue et a joui d’un consensus international. Aujourd’hui les Nations Unies, l’Union Européenne, des ONG internationales et des bourses d’études critiques se réfèrent aux Bédouins en tant qu’autochtones et depuis 2005, des militants bédouins ont régulièrement assisté aux réunions du Forum Permanent de l’ONU pour les Questions Autochtones et au Mécanisme d’experts de l’ONU sur les droits des peuples autochtones.

Au premier rang des avancées dans la reconnaissance des Bédouins comme autochtones se trouve le Forum de Coexistence du Negev pour l’égalité civile, une organisation judéo arabe de la société civile basée dans le Naqab. Autre groupe à jouer un rôle de leader : un groupe  de sympathiques intellectuels comme Alexandre Kedar, Oren Yiftachel, Ahmad Amara – aucun n’est bédouin – qui ont développé des arguments justifiant une telle reconnaissance dans le droit international. Le virage vers un cadre sur les droits des autochtones n’a pas été pris sans raisonnement. Il est le résultat d’une escalade dans la politique israélienne à l’égard des Bédouins, manifestée dans une forte hausse des démolitions de maisons – y compris la suppression de villages entiers – de même que des projets d’État qui menacent de démolir 40 villages bédouins et de déplacer de force des dizaines de milliers d’habitants bédouins.

La reconnaissance est un résultat unique au sein de la population palestinienne, les Bédouins étant le seul groupe palestinien à jouir de ce statut. Sans nul doute, la reconnaissance a attiré largement l’attention au niveau international sur la lutte des Bédouins du Naqab pour la terre et la justice. Cela dit, le caractère exceptionnel du cas des Bédouins soulève la question de comment, pourquoi et sur quelles bases les Bédouins sont reconnus comme peuple autochtone et quelles ramifications d’une telle reconnaissance concernent à la fois la lutte des Bédouins palestiniens et la lutte plus large des Palestiniens.

« Culturaliser » le caractère autochtone des Bédouins

Selon le droit international, un certain nombre de critères doivent être remplis afin d’être qualifié de groupe autochtone. Ces critères sont caractérisés par un accent particulier mis sur les traits culturels. Ils incluent l’antériorité dans le temps ; la spécificité culturelle ; la perpétuation volontaire d’une culture traditionnelle ; l’auto identification comme autochtone ; et l’expérience de la marginalisation, de la dépossession et de l’exclusion. Comme l’illustrent ces critères, la définition de travail de l’ONU reflète une compréhension multiculturelle du terme « autochtone »  qui insiste sur la singularité culturelle et sa mise en oeuvre constante en tant que principes essentiels dans la détermination du caractère autochtone. Ces critères signifient également que, dans le droit international, la colonisation n’est pas un critère essentiel pour la reconnaissance. Ainsi, des groupes qui n’ont pas d’expérience de la colonisation peuvent aussi être qualifiés d’autochtones.

Dans le cas des Bédouins, la reconnaissance du caractère autochtone repose sur la spécificité culturelle et le mode de vie traditionnel, davantage que sur des revendications politiques reconnaissant le caractère autochtone comme produit de la colonisation de peuplement. Les Bédouins ont été reconnus autochtones sur la base des revendications suivantes : ils sont une société tribale ; leur existence dans le Naqab précède l’établissement de l’État d’Israël ; ils sont distincts, au plan culturel, de la majorité juive et des Palestiniens d’Israël ; ils continuent à pratiquer les traditions et coutumes bédouines ; ils manifestent un lien particulier à la terre ; ils ont fait l’expérience de la marginalisation ; et ils s’identifient eux-mêmes comme autochtones.

L’effacement du facteur colonial a conduit à une situation où la justification  d’un statut d’autochtones pour les Bédouins est fondée sur la mobilisation d’un modèle essentialiste d’autochtonie qui met la culture comme caractéristique centrale de la définition de l’autochtonie et qui repose sur la fétichisation des Bédouins comme culture pré moderne et en danger qui mérite protection et préservation. Résultat : les Bédouins ont été réduits à une culture et ont été définis à travers cette culture, strictement perçue comme pré moderne et traditionnelle. Dans cette lecture dominée par le critère culturel de l’autochtonie, le conflit entre l’État et ses citoyens bédouins a été construit comme un clash culturel entre un État moderne et une population pré moderne plutôt que comme un conflit entre un colonisateur et des colonisés. En conséquence, le débat a été formaté par la question de la façon de rendre l’État moderne accommodant et tolérant à la différence culturelle.

Les droits autochtones comme division pour régner

Une fois que la spécificité culturelle est devenue la base de la reconnaissance, il a fallu situer les Bédouins comme différents culturellement du peuple palestinien et de la population juive. Dans son appel officiel pour la reconnaissance de la population bédouine par le Forum Permanent de l’ONU pour les Questions, le Forum du Negev pour la Coexistence écrit ceci : « Ils [les Bédouins] sont ethniquement distincts de la majorité juive et socialement distincts de la minorité arabe palestinienne vivant en Israël ». De cette façon, les colons juifs et les autochtones palestiniens, dont les Bédouins font partie, sont présentés comme également extérieurs à la population bédouine. Nous voyons donc les Bédouins reconnus comme autochtones, non pas parce qu’ils font partie, plus largement, du peuple palestinien (qui est fait de groupes de différentes ethnies et religions) ni parce qu’ils sont confrontés au colonialisme de peuplement. Les Bédouins sont plutôt fondés à être reconnus parce que le colonialisme de peuplement et la question de la Palestine peuvent être exclues du débat sur le caractère autochtone des Bédouins et parce que les Bédouins peuvent être différenciés, culturellement, de la population palestinienne.

À cet égard, il y a peu de différence entre la politique israélienne de diviser pour régner, qui a souhaité diviser le peuple palestinien selon des lignes ethniques et religieuses comme moyen d’affaiblir leur capacité à s’organiser en collectif national, et le discours autochtone qui demande la séparation des Bédouins d’avec le peuple palestinien auquel ils appartiennent. Selon les droits autochtones, les Bédouins sont construits comme un peuple sans liens, plutôt que comme partie du peuple palestinien. En conséquence, les droits autochtones risquent de servir un mécanisme de division pour régner qui va fracturer et affaiblir davantage l’unité et la résistance palestiniennes.

Cela dit, certains suggèrent que la reconnaissance des Bédouins du Naqab en tant qu’autochtones peut ouvrir la porte à la reconnaissance du reste du peuple palestinien comme autochtone. Cette proposition paraît cependant trop optimiste. Toute extension de la reconnaissance est vouée être fondée sur une fragmentation plus poussée du peuple palestinien plutôt que sur la reconnaissance du peuple palestinien – comme un tout unifié – en tant qu’autochtone. Comme nous l’avons vu récemment, les villages de réfugiés bédouins des collines de Hebron dans la zone C de Cisjordanie sont progressivement reconnus autochtones, séparément de la communauté palestinienne des territoires palestiniens occupés en 1967 en particulier et du peuple palestinien plus généralement. Comme pour les Bédouins du Naqab, cette reconnaissance n’est pas politique. Elle est plutôt fondée sur des bases culturelles et sur des points de vue raciaux sur les deux groupes comme suffisamment authentiques et « pré modernes » pour être qualifiés d’autochtones.

Puisque l’autochtonie n’est pas comprise en termes politiques, les Palestiniens ne peuvent être désignés autochtones dans le droit international. Par contraste avec les Bédouins palestiniens, d’autres Palestiniens sont considérés « trop modernes » pour être désignés autochtones en droit international. S’il y a un scénario pour l’extension de la définition de l’autochtonie qui puisse s’appliquer à d’autres Palestiniens que les Bédouins, elle serait basée sur une fragmentation plus importante du peuple palestinien. Du point de vue du droit international, un scénario possible pourrait consister, par exemple, à ce que la communauté druze réclame un statut d’autochtones sur la base de la spécificité culturelle.

Culturalisation du droit à la terre

En dépit de ces critiques, il reste possible de demander si les droits des autochtones pourraient servir de cadre utile, source de courage pour la lutte des Bédouins et pour leur revendication sur la terre. Pour ceux qui ont défendu la reconnaissance, promouvoir le statut d’autochtones pour les Bédouins a été vu comme un outil stratégique pour faciliter l’accès aux institutions internationales et à un public étranger. À court terme, il ne fait pas de doute que la mobilisation du discours sur l’autochtonie a aidé à attirer l’attention sur la cause des Bédouins et sur la politique raciale et coloniale d’Israël. Les années récentes ont vu des centaines de délégations de diplomates, d’organisations internationales et de militants de la solidarité rendre visite aux villages bédouins non reconnus. Le résultat n’est pas insignifiant.

Quoi qu’il en soit, en ce qui concerne les droits sur la terre, l’histoire est plus compliquée. L’insistance mise sur la culture bédouine comme culture traditionnelle confrontée au danger d’extinction a donné lieu à un discours qui fait un lien entre la revendication sur la terre et la survivance culturelle. Cela a entraîné un processus de profond déplacement des revendications des Bédouins sur la terre de la sphère politique à la sphère culturelle ; la signification est alors que le droit à la terre s’exprime via des revendications de préservation d’un mode de vie.  La terre est importante dans la mesure où elle contribue à protéger la culture traditionnelle et le mode de vie des Bédouins (quoi que cela veuille dire). Cela soulève la question de ce qui arrive lorsque des peuples autochtones cessent d’être perçus comme suffisamment authentiques par des colons et aux yeux des libéraux. Perdent-ils, alors, leurs droits sur la terre ?

Nous devrions, ici, apprendre de l’expérience d’autres peuples indigènes. Ainsi que l’intellectuel autochtone américain Sam Deloria l’a rappelé, en faisant reposer des revendications sur la terre sur des principes de survivance culturelle, des peuples autochtones risquent de compromettre leur droit sur la terre en le rendant contingent de la pureté culturelle. Au Canada et en Australie par exemple, la conditionnalité culturelle a été ancrée dans des décisions judiciaires selon lesquelles, pour pouvoir prétendre au titre d’autochtones, les peuples autochtones doivent démontrer leur pratique de coutumes et culture traditionnelles. Et, bien sûr, ce sont des tribunaux de colons qui déterminent l’authenticité.

Le discours actuel sur le caractère autochtone des Bédouins risque de reproduire une semblable évolution en faisant dépendre, pour la première fois, le droit des Bédouins sur la terre, de l’authenticité culturelle. Cette évolution est de plus en plus visible. Par exemple, le militant Amir Abu Kweder du village bédouin de Al-Zarnouk, dit ceci : « Il y a quelque temps, j’ai fait faire une visite à un groupe venant d’Australie. Nous étions à Wadi Al-Na’am [un village non reconnu]. Ils m’ont ensuite demandé : ‘comment se fait-il que les gens aient des couverts et des assiettes, ici ?’ Ils m’ont ensuite attaqué personnellement en disant : ‘vous êtes éduqué, vous portez des jeans. Vous [Bédouin] devez cesser de jouer les victimes’. J’étais trop moderne pour eux pour être une victime ». Il ajoute : « Je veux que les gens puissent choisir le mode de vie qu’ils désirent avoir… Certains vont avoir des oliviers, d’autres vont élever des moutons et des chèvres. D’autres seront des bourgeois comme moi, fumant un cigare  sur leur balcon et lisant un livre stupide sur le développement personnel. Certains villages et villageois s’appuieront sur l’agriculture, d’autres auront aussi des technologies de pointe ».

Comme cela a été souligné par le Dr Awad Abu Frieh du village bédouin de Al-Arakib, qui est professeur de chimie et qui est à la tête du département de biotechnologie du Collège Sapir, les étrangers voient une vie très simple, une vie dans le désert, sous tente, avec moutons et chèvres, loin de l’urbanisation. Ils ne voient pas ça chez les Palestiniens. Quand ils voient un Palestinien de Haïfa, ils ne voient pas un mode de vie autochtone. J’ai discuté de ces questions avec eux sans pouvoir les convaincre de ce que tous les Palestiniens sont les autochtones de cette terre ». Et d’ajouter : « Certains sont solidaires de nous parce qu’ils valorisent notre culture et pensent qu’elle mérite d’être préservée. Ils veulent que nous restions comme cela, en préservant notre simplicité. Ils veulent que nous maintenions notre mode de vie, que nous ne cédions pas à la modernité… Nous [les Bédouins du Naqab], avons l’interdiction d’une vie moderne dans le désert. On ne nous donne le choix qu’entre deux solutions : soit une urbanisation hyper rapide, soit la mort dans le désert. Je ne veux aucune des deux. Nous sommes autochtones et nous avons droit au développement et au progrès. Je veux une vie rurale avec le progrès scientifique… je prends ce que je veux d’autres cultures et je garde ce que je veux de la mienne. Ce que je prends de l’occident ne peut cependant mettre en question mon identité, mon appartenance ni ma culture ».

Nous voyons donc que les militants bédouins ont rejeté le discours libéral qui lie le droit à la terre à des principes d’authenticité culturelle, de performativité et de spécificité. Au lieu de cela, ils ont insisté sur le droit des Bédouins à choisir leur propre mode de vie, sans que leur choix ne compromette leur droit à la terre. Malheureusement, l’expression propre aux Bédouins de leur droit à la terre a été négligée dans la façon dont des ONG et des universitaires ont mis en avant le caractère autochtone des Bédouins.

Des ONG palestiniennes de défense des droits humains, de même que des militants bédouins et non bédouins se sont montrés prudents dans l’usage des droits autochtones, avec raison. Actuellement, il semble que les droits autochtones aient peu à offrir dans la lutte palestinienne contre la colonisation sioniste. Les droits autochtones s’avèrent être le cadre d’une possible aggravation de la colonisation et de la domination en compromettant les droits historiques et de longue date des Palestiniens sur la terre. De plus, les droits autochtones peuvent limiter plutôt qu’étendre le champ des droits que les Palestiniens peuvent revendiquer, en reconfigurant la lutte palestinienne d’un engagement politique à un engagement sur une reconnaissance culturelle. Si les Palestiniens décident effectivement de poursuivre la démarche de reconnaissance du caractère autochtone dans le droit international, cela modifiera le débat. Le regard international ne sera plus centré sur Israël en tant qu’entreprise coloniale de peuplement illégitime. Au lieu de cela, les Palestiniens vont se trouver constamment surveillés pour savoir s’ils remplissent les critères culturels nécessaires à être considérés autochtones.

En tant que Palestiniens, notre droit à la terre est politique et non culturel. Il en va de même de notre autochtonie. Notre sens de l’autochtonie contraste avec les façons dont l’autochtonie est définie dans le droit international. En tant que Palestiniens, nous savons que nous sommes des autochtones et nous n’avons pas besoin du droit international pour en avoir la confirmation. Nous savons que nous sommes les originaires de cette terre. Et nous savons que nous sommes les propriétaires en droit de la terre. Notre autochtonie n’est pas le produit de notre culture. Elle est le résultat de notre confrontation avec le mouvement sioniste comme entreprise de colonisation de peuplement. Comme l’a mis en avant le penseur révolutionnaire Frantz Fanon, « c’est le colon qui a fait exister l’indigène et qui perpétue son existence ». Une compréhension politique de l’autochtonie reconnaîtrait que tant que le colonialisme existe, il en va de même de la catégorie d’autochtonie. Notre lutte n’est pas pour obtenir une reconnaissance culturelle de la part de l’État colonial. Notre lutte est pour démanteler complètement l’État colonial.

Lana TATOUR est chargée de cours adjointe à la Faculté des Sciences Sociales de l’Université de Nouvelle Galles du Sud. Elle est lauréate du prix 2019-2020 Ibrahim Abu Lughod décerné par le Centre des Études Palestiniennes de l’Université Columbia.

Première publication de cet article dans The International Journal of Human Rights.

Traduction SF pour l’Agence Media Palestine

Source:Assafir Al arabi




La FIFA attaque le football palestinien

Asa Winstanley Lobby Watch 6 juin 2019

Le colon israélien et soi-disant « expert » des Palestiniens Itamar Marcus apparaît dans le film anti-musulman Obsession. (Clarion Project/YouTube)

La FIFA a ouvert une enquête sur le football palestinien sur la base d’allégations faites par un militant anti-musulman qui est un colon de Cisjordanie, a appris The Electronic Intifada.

Le comité d’éthique de l’organe directeur du football mondial a écrit au président de l’Association palestinienne de football en janvier, lui signifiant les allégations contenues dans un rapport transmis par le groupe israélien déjà discrédité Palestinian Media Watch.

Dans sa lettre, Martin Ngoga de la FIFA a écrit que le président du football palestinien Jibril Rajoub avait été accusé d’« incitation » et de « glorification du terrorisme » ou de « ne pas avoir condamné » ce soi-disant terrorisme.

Vous pouvez lire la lettre dans son entier ci-dessous. La lettre de la FIFA contient le rapport de 2017 de Palestinian Media Watch, qu’on peut lire online.

Ngoga n’a pas répondu à un e-mail de The Electronic Intifada lui demandant pourquoi la FIFA avait pris au sérieux des allégations venant d’une telle organisation, et pourquoi il avait apparemment fallu deux ans à la FIFA pour ouvrir cette enquête.

Le rapport était co-écrit par Itamar Marcus, le directeur de Palestinian Media Watch.

Pas un expert

En 2013, un juge israélien a statué que Marcus n’était pas l’« expert » qu’il déclarait être et qu’il était en fait un témoin « partial » prédisposé à dépeindre tous les Palestiniens comme coupables d’« incitation au crime » contre les Israéliens.

La procédure – à l’encontre de l’Autorité palestinienne, alléguant une politique d’incitation – s’est effondrée du fait qu’elle reposait sur le témoignage de Marcus.

La juge Dalia Ganot a exprimé des regrets à ce sujet, mais elle a jugé que les plaignants « n’avaient pas satisfait aux charges légales qui leur étaient imposées et n’avaient pas été en mesure de démontrer le bien-fondé de leur cause ».

Marcus est un colon qui a déménagé de New York pour vivre dans la colonie israélienne d’Efrat, construite sur des terres palestiniennes volées près de Bethléem en Cisjordanie occupée, ce qui constitue un crime de guerre.

Marcus a été interviewé pour le film anti-musulman Obsession et il est proche d’islamophobes d’extrême-droite notoires, tels que Geert Wilders et David Horowitz.

Il est également publié par le Gatestone Institute, un think tank extrémiste connu pour répandre des informations mensongères, destinées à attiser la haine et la peur des Musulmans.

Marcus a travaillé dans le passé pour le chef des relations publiques du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Bien qu’il clame son indépendance, Palestinian Media Watch a reçu des fonds de l’Agence juive, l’une des institutions nationales soutenues par le gouvernement israélien.

Après un rapport longtemps attendu, la FIFA en 2017 a refusé de prendre des mesures contre les clubs de football situés dans des colonies israéliennes, établies sur des terres volées aux Palestiniens.

« La FIFA est résolue à fournir un soutien matériel pour les violations du droit international commises par Israël qui constituent des crimes de guerre, contre ses propres associations membres », avait répondu alors la Campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel d’Israël.

Lettre de la FIFA

Traduction : MUV pour l’Agence France Palestine

Source : The Electronic Intifada




Une réponse palestinienne aux remarques racistes de Jared Kushner

Par Haidar Eid, 5 juin 2019

Le conseiller principal de la Maison blanche, Jared Kushner, prend la parole pendant la cérémonie d’inauguration de la nouvelle ambassade américaine à Jérusalem, le 14 mai Ronen Zvulun—Reuters. Extrait de la liste des 100 plus importantes images de l’année du Times.

Prenez en charge le fardeau de l’Homme Blanc

Envoyez les meilleurs de vos descendants —

Promettez vos fils à l’exil

Pour servir les besoins de vos prisonniers ;

Pour veiller sous un lourd harnais

Sur un peuple folâtre et sauvage —

Vos peuples maussades, tout juste capturés,

Moitié démons et moitié enfants.

— extrait de « Le fardeau de l’homme blanc », de Rudyard Kipling, 1899

Dans la littérature et les discours racistes classiques, les autochtones noirs ou bruns sont dépeints comme des groupes paresseux qui ne peuvent gérer leurs propres affaires ; ils appartiennent à des entités retardées en conflit avec les entités modernes. Les meilleures intentions de ces nations ne débouchent à la fin sur rien et ce qu’ils ont provient du pouvoir de l’illusion et de l’intervention occidentale. L’idéologie raciste du colonialisme justifie l’occupation d’autres pays, et défend ensuite le prétendu visage humain du colonialisme occidental, en général, et du colonialisme d’occupation israélien, en particulier.

Jared Kushner, conseiller de Donald Trump sur le Moyen-Orient et son gendre, a récemment exprimé des doutes sur la capacité des Palestiniens à se gouverner eux-mêmes: « C’est quelque chose qui nous reste à voir. Nous espérons qu’avec le temps, ils deviennent capables de se gouverner… [Les Palestiniens] doivent avoir un système juridique équitable, — la liberté de la presse, la liberté d’expression, une tolérance pour toutes les religions, avant que les territoires palestiniens ne deviennent ‘investissables’. » Bien sûr, pour lui, Israël possède toutes ces libertés, même s’il omet de dire qu’elles sont réservées à un groupe ethno-religieux spécifique.

Il est allé plus loin lorsqu’on lui a demandé si les Palestiniens pouvaient espérer être libérés de l’interférence de l’armée et du gouvernement israéliens en disant que ce serait « mettre la barre haut » ! Pour lui, « ce que [le peuple palestinien] veut, c’est qu’ils veulent l’opportunité de vivre une vie meilleure. Ils veulent l’opportunité de payer leurs hypothèques ».

C’est un cours de racisme, première année, pris tout droit du darwinisme social du 19e siècle.

Une définition classique du racisme, fondé sur une approche strictement biologique, à laquelle croient les semblables de Jared Kushner et autres suprémacistes blancs, de l’Afrique du Sud au Sud de l’Amérique ou à l’Israël de l’apartheid, est que les êtres humains peuvent être distingués selon leur constitution biologique, et que ces différences ont pour conséquences des différences essentielles innées du point de vue de l’intelligence. C’est la justification du racisme. Sur la base de cette logique, les Palestiniens ne sont pas aussi intelligents que les Blancs ashkenazes israéliens pour se gouverner. Laissons de côté le fait que les différences entre groupes sociaux sont fonctions des forces matérielles et historiques. Et ceci s’applique aux différences entre les colons et les autochtones de Palestine.

On se demande si Kushner a jamais entendu parler de Samira Azzam, Salma Khadra Jayyusi, Ghassan Kanafani, Mahmoud Darwish, Toufik Zayyad, Ibrahim Abu Lughd, Hisham Sharabi, Naji Al-Ali, ou Fadwa Touqan—pour ne mentionner que quelques grands esprits palestiniens.

Pour les riches gamins blancs comme Kushner, les Palestiniens ne sont pas de vrais, d’authentiques êtres humains comme les Israéliens ashkénazes, parce qu’ils ne produisent pas de bombes et de machines. Donc ils ne peuvent tout simplement pas se gouverner eux-mêmes. Mais ils sont, bien sûr, responsables pour les tragédies de leur vie, de 1948 à nos jours. Israël, avec les Etats-Unis, a essayé de les civiliser. Les Palestiniens ont une mentalité différente, inférieure à celle des Occidentaux. C’est pourquoi ces Palestiniens, primitifs, incultes, devraient être reconnaissants si les Israéliens ashkénazes étaient assez généreux pour prendre en charge le fardeau de les gouverner.

Le message de Kushner est assez clair : puisque vous ne pouvez avoir confiance dans les Palestiniens pour mener leurs propres affaires, ils devraient accepter « le marché du siècle » et leur reddition en esclavage aux Israéliens. L’idéologie de Kushner est non seulement raciste, mais islamophobe et orientaliste. Je ne doute pas un instant qu’il aurait soutenu les lois Jim Crow [de discrimination envers les Noirs américains] et le régime d’apartheid puisqu’il n’a aucun problème avec la nouvelle loi de l’état-nation israélien !

Laissez-moi terminer par un joyau emprunté à l’un des plus grands penseurs palestiniens du 20e siècle, le regretté Eward Said, qui notait dans Culture and Imperialism que « le facteur commun du colonialisme et du néo-colonialisme, en tant que constituants de l’impérialisme, est le postulat de la supériorité du colonialiste blanc/occidental sur le colonisé noir/autochtone — et le droit du premier à opprimer le second, dont le rôle est seulement de réaffirmer la supériorité du premier ».

Sur Haidar Eid

Haidar Eid est maitre de conférences en littérature post-coloniale et post-moderne à l’université al-Aqsa de Gaza. Il a beaucoup écrit sur le conflit arabo-israélien, en particulier des articles publiés dans Znet, Electronic Intifada, Palestine Chronicle, et Open Democracy. Il a écrit des articles sur les études culturelles et la littérature dans plusieurs revues, dont Nebula, le Journal of American Studies in Turkey, Cultural Logic, et le Journal of Comparative Literature.

Trad. CG pour l’Agence

Source: Mondoweiss




Israël a laissé une petite fille atteinte d’un cancer souffrir toute seule

Amjad Ayman Yaghi, The Electronic Intifada, 5 juin 2019

Wissam, le père d’Aisha, montre sur son portable une photo de sa fille qui lui a été envoyée après l’opération d’Aisha à Jérusalem. (Mohammed Al-Ajjar)

Le 17 mai, une enfant de 5 ans est morte d’un cancer dans un hôpital de Gaza.

Elle est morte entourée de sa famille. Mais elle ne l’a pas su.

En fait, elle avait passé la majeure partie du mois dernier seule dans des hôpitaux de Jérusalem, séparée de ses parents et des autres personnes de sa famille par le régime israélien de permis qui régit les déplacements des Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza occupées.

Ce n’est que lorsque le traitement a échoué et alors qu’elle n’était plus du tout consciente qu’elle a été rendue à sa famille à Gaza.

En avril, on avait diagnostiqué un cancer du cerveau chez Aisha Lulu, du camp de réfugiés de Bureij à Gaza. Elle souffrait de migraines et de violents vomissements depuis mars et les médecins ont découvert une tumeur au cerveau le 7 avril.

Comme il n’y a pas de médecins spécialisés à Gaza et étant donné son âge, les autorités militaires israéliennes lui ont accordé un permis l’autorisant à être soignée à al-Makassed, hôpital palestinien de Jérusalem Est en Cisjordanie occupée.

Mais aucun de ses deux parents n’a été autorisé à l’accompagner. En fait, aucun membre de sa famille n’a été autorisé par l’armée israélienne à emmener l’enfant à l’hôpital.

« Il y a une heure et demie de route de Gaza à Jérusalem », a dit sa mère, Muna, 27 ans. « Mon coeur se brisait tous les jours quand ma fille était loin. »

Muna était en colère. Elle était en colère contre la tumeur de son enfant. Elle était en colère qu’il n’y ait rien près de chez eux pour la traiter. Et elle était particulièrement en colère contre l’armée israélienne qui laissait Aicha souffrir toute seule.

« Pourquoi Israël nous traite-t-il ainsi ? Nous n’appartenons à aucune faction politique, nous sommes juste des gens ordinaires. »

Parents interdits

Les obsèques d’Aisha ont eu lieu le soir de sa mort.

Son père, Wissam, 37 ans, en larmes, la tenait dans ses bras. Muna s’est effondrée. Tout le voisinage a ressenti leur chagrin.

Aisha a été soignée à Jérusalem du 17 avril au 13 mai. Quand elle est morte, elle avait passé presque tout un mois loin de sa famille.

Aucun permis n’a pu être obtenu. Les parents ont essayé. La famille a essayé. Les oncles et les tantes d’Aisha ont essayé. Même sa grand-mère de 75 ans, Rifqa, a fait une demande de permis à l’armée israélienne pour accompagner l’enfant.

Wissam dit que lui et son frère, Hussam, ont appelé tous les contacts qu’ils avaient dans l’Autorité Palestinienne pour voir si l’un d’entre eux pouvait faire pression du côté israélien.

Cela n’a servi à rien. Hussam a même convaincu un certain nombre de personnes étrangères à la famille de faire une demande de permis. Chaque tentative a été repoussée.

Finalement, Hussam a pourtant trouvé une amie de la famille, Halima Edais, du camp de réfugiés de la Plage à Gaza ville, qui a pu obtenir un permis afin d’accompagner Aisha.

Le 17 avril, la famille a mis Aisha dans une voiture avec Edais et l’a regardée s’éloigner.

« Je la regardais en pleurant », se souvient Wissam. « Je ne pouvais croire à tant de cruauté, laisser une enfant aussi jeune partir seule sans sa famille. »

Muna a dit à son enfant qui pleurait avant son départ qu’elle devrait souffrir l’absence de sa famille pendant un moment pour pouvoir revenir jouer à nouveau avec ses trois frères et sœurs.

Cela n’a pas beaucoup aidé. Quand Aisha est arrivée à Jérusalem, la première chose qu’elle a faite fut d’appeler sa famille en pleurant, a dit son père.

« Elle était entourée d’étrangers. Elle était si malheureuse. »

Restrictions inhumaines

Aisha est un exemple tragique d’une pratique habituelle.

Pour contrôler les déplacements des Palestiniens sous occupation, l’armée israélienne pilote un régime de permis qui viole régulièrement le droit humanitaire international.

Les responsables de l’ONU ont frappé d’un opprobre particulier, le régime israélien de permis pour les Palestiniens qui ont besoin de soins médicaux..

2017 a vu le taux de permis accordés aux Palestiniens de Gaza le plus bas depuis que l’Organisation Mondiale de la Santé a commencé à collecter ces données en 2008. L’organisation a rapporté que 54 patients de Gaza – la plupart souffrant d’un cancer – sont morts en 2017 alors qu’ils attendaient d’avoir un permis.

Tandis que pour les patients, la situation s’est légèrement améliorée depuis lors, les parents et autres personnes cherchant à obtenir l’autorisation de voyager avec un patient restent à la merci d’un régime israélien qui non seulement a de sévères restrictions sur le papier, mais qui semble ne se décider que selon le bon vouloir d’individus.

Ainsi, selon Hussein Hamad, chercheur à l’organisation de défense des droits de l’Homme al-Mezan, Israël pourrait envisager des permis pour les hommes de plus de 45 ans et les femmes de plus de 40 ans.

Mais l’âge n’est pas une garantie. Selon Hamad, les autorités de l’armée israélienne au checkpoint d’Erez – qui sépare Gaza et Israël – ont refusé des permis sur de faux prétextes tels que l’affiliation supposée de parents à des partis politiques, en particulier le Hamas, au cours des deux dernières années.

Ceux qui accompagnent les patients doivent être de proches parents, père mère ou frères et sœurs, et peuvent découvrir qu’ils sont alors soumis à des interrogatoires par les Israéliens dans le but de les transformer en informateurs pour Israël.

« Du côté israélien, ils tergiversent lorsqu’ils répondent aux demandes des patients ou de ceux qui se proposent pour les accompagner », a dit Hamad. « Aisha faisait partie des malheureux enfants qui souffraient et de leur maladie et de l’occupation. Ses droits à la vie et à un traitement médical ont été violés, et les droits de sa mère ont été violés lorsque Muna n’a pas eu le droit de l’accompagner. »

Les données d’al-Mezan de 2018 montrent que, sur plus de 25.500 Palestiniens de Gaza qui ont fait une demande de permis pour sortir pour raisons médicales, quelque 15.800 l’ont obtenu, presque 2.000 ont essuyé un refus tandis que près de 8.000 n’ont obtenu aucune décision.

D’après les données d’al-Mezan, l’armée israélienne a appréhendé l’année dernière un patient et quatre accompagnateurs, en violation de la Quatrième Convention de Genève qui interdit de détenir un civil, excepté pour des raisons de sécurité « impératives ».

D’après al-Mezan, neuf personnes sont mortes en 2018 après s’être vu refuser un permis pour quitter Gaza et chercher ailleurs des soins médicaux.

Les derniers jours

L’état d’Aisha s’est détérioré après son opération le 20 avril. Les médecins ont dit à ses parents qu’elle était traumatisée et ne voulait ni parler ni manger. Ils ont demandé que la famille envoie un parent pour consoler la petite.

La famille a à nouveau essayé, cette fois-là en passant par l’AP. Ils ont cherché à ce que Ghada, la tante d’Aisha, soit autorisée à la rejoindre.

A nouveau sans succès. Ils n’ont même jamais reçu de réponse.

Muna, la mère d’Aisha, regarde avec attention les cahiers d’Aisha sur un lit où se trouvent toujours les jouets de l’enfant. « Mon coeur se brisait à chacune des journées où elle était loin. » (Moammed Al-Hajjar)

Pendant ce temps, à Jérusalem, Aisha a été envoyée de l’hôpital Makkased, où elle avait été opérée, à l’hôpital Augusta Victoria dans l’espoir qu’une chimiothérapie puisse l’aider. Pourtant, là, les médecins ont décidé de ne pas lui administrer une chimiothérapie parce qu’ils ont senti que c’était un cas désespéré.

Et son état se détériorant, les médecins ont baissé les bras. Elle a été renvoyée à Gaza.

Aisha a été admise à l’hôpital al-Rantisi le 13 mai. Les médecins ont informé les parents qu’ils ne pouvaient plus rien faire.

Son père, Wissam, l’a à peine reconnue. Elle avait perdu du poids. Elle était pâle et très, très faible.

Muna a dit qu’Aisha ne répondait pas. Ni à elle, ni personne.

Aisha est morte quatre jours après son retour à Gaza. Le lendemain, l’armée israélienne émettait un communiqué niant avoir empêché la famille de sortir. Les autorités israéliennes ont au contraire prétendu que les parents avaient choisi qu’Aisha parte avec une amie de la famille plutôt que de l’accompagner euxmêmes.

Le communiqué a également prétendu qu’Aisha était revenue à Gaza deux semaines avant sa mort, et non pas quatre jours.

L’Electronic Intifada a appelé l’hôpital al-Rantisi, qui a confirmé qu’Aisha avait été admise le 13 mai, comme le dit la famille.

Wissam rejette le communiqué israélien comme un mensonge éhonté uniquement conçu à des fins d’image dans les médias internationaux.

« Ni moi ni sa mère ne laisserions notre enfant seule pour être soignée quelque part loin de nous. Ce [communiqué] est un mensonge. »

« Je me suis assise à ses côtés et j’ai prié après qu’elle soit revenue à Gaza », a dit Muna, sa mère. « Je n’arrive pas à croire qu’on ne m’ait pas autorisée à être auprès d’elle [pour son traitement]. Je ne peux y croire tant c’est cruel. »

Amjad Ayman Yaghi est un journaliste qui vit à Gaza.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada




Israël s’apprête à vendre aux enchères des salles de classes préfabriquées, dons de l’UE aux Palestiniens

Oliver Holmes–31 mai 2019

Appels aux autorités israéliennes pour qu’elles reconstruisent les structures confisquées par l’armée en Cisjordanie.

Le ministère de la Défense israélien prévoit d’organiser une vente aux enchères, la semaine prochaine, afin de vendre deux salles de classe préfabriquées données par l’UE aux élèves palestiniens.

L’Administration civile, qui est l’organisme chargé de diriger l’occupation, a démoli et confisqué les classes en octobre dernier. Elles étaient destinées à 49 élèves de la première à la sixième année, à Ibziq, dans le nord de la Cisjordanie occupée.

Une annonce publiée dans le journal israélien Maariv a indiqué que la vente aurait lieu dans les bureaux de l’Administration civile en Cisjordanie.

Quand les salles de classe ont été démontées, la mission de l’UE à Jérusalem et Ramallah a condamné les autorités israéliennes et leur a demandé de reconstruire ces structures, au même endroit, et « sans délai ». 

Les salles de classe étaient destinées à 49 élèves de la première à la sixième année.
Photo : Aref Daraghmeh, B’Tselem

« Tout enfant a le droit d’accéder à l’instruction et les États ont l’obligation de protéger, respecter et réaliser ce droit, en veillant à ce que les écoles soient des espaces inviolables pour les enfants » a-t-elle alors affirmé.

« L’UE demande aux autorités israéliennes de mettre fin aux démolitions et confiscations de maisons et propriétés palestiniennes, conformément à leurs obligations, en tant que puissance occupante, fixées par le droit humanitaire international ».

Une liste d’objets mis aux enchères, vue par The Guardian, a indiqué des dates, un nombre d’objets, des lieux et descriptions qui correspondent à ces structures scolaires confisquées. La vente semblait également inclure du matériel confisqué à des Palestiniens et colons israéliens qui construisent sans autorisation.

Interrogée quant à ses commentaires, l’Administration civile a déclaré qu’elle avait besoin de plus de temps pour répondre.

Les Palestiniens ont une autonomie limitée dans certaines parties de la Cisjordanie, principalement en zones urbaines, mais Israël garde un contrôle total sur la plus grande partie du territoire et démolit les maisons et bâtiments, construits, affirme t-il, sans  autorisation.

Plus de 400 000 Israéliens se sont installés en Cisjordanie, y construisant et peuplant des colonies sur une terre prise aux Palestiniens. Le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, s’est engagé à annexer ces colonies.

Source : The Guardian
Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine – pour l’AURDIP




Israël utilise l’archéologie pour effacer l’histoire non juive

Par Talya Ezrahi et Yonathan Mizrachi – 29 mai 2019

A chaque Journée de Jérusalem, des milliers de personnes se rendent à Jérusalem, agitant des drapeaux en défilant à travers la Vieille Ville, dans ce que l’on connaît sous le nom de « parade des drapeaux », pour célébrer la victoire de la guerre des Six Jours à Jérusalem. Alors qu’elle danse dans les rues du Quartier musulman, on entend souvent la foule, constituée en grande partie d’étudiants des Yeshivas, lancer des slogans racistes tout en se dirigeant vers le Mur Occidental. Cet étalage brutal de muscle nationaliste est un rappel annuel pour les résidents musulmans et chrétiens de qui est le patron.

Aussi critiquable soit-elle, la parade des drapeaux dure une journée. En supposant que la journée se passe sans allumer de conflit incontrôlable, le lendemain, la ville redevient elle-même et le Quartier musulman retrouve son identité arabe.

Mais quelque chose de plus structurel et de plus durable est en train de transformer le caractère cité historique de Jérusalem en un lieu où un seul récit a droit de cité. Cette transformation prend place dans et autour des sites anciens de la ville qui, au cours des 20 dernières années, se sont vu accorder un rôle central pour déterminer qui a des droits exclusifs sur la ville.

C’est vrai pour les deux côtés du conflit. Pour la droite israélienne, les antiquités de Jérusalem, selon les termes de la ministre de la Culture Miri Regev, « donnent vie à la Bible et soutiennent le meilleur ‘Kushan’ » – titre de propriété – « que nous ayons ». Son gouvernement a lancé des fouilles ambitieuses et un programme de développement du tourisme.

Et de leur côté, on entend souvent les Palestiniens nier l’existence même du Temple. Un projet de construction conduit par le Waqf islamique sur l’Esplanade des mosquées à la fin des années 1990 a provoqué d’énormes destructions d’antiquités.

Le fait que les deux côtés s’engagent dans une guerre archéologique ne signifie pas que le terrain de jeu soit à égalité. Israël contrôle le bassin historique et la quantité de sites sous ses auspices lui donne la capacité de configurer la cité historique.

Par ailleurs, en Israël, l’archéologie a toujours été liée au projet de construction de la nation. L’historien Amos Elon a un jour expliqué que les archéologues israéliens ne font pas des fouilles uniquement pour découvrir et connaître, mais pour réassurer leurs racines.

Mais à Jérusalem, la preuve de ses racines pour une personne devient la preuve du statut d’un autre en tant que transgresseur illégitime.

A Jérusalem, l’exploitation de l’archéologie a été conduite par la Fondation Elad, association de colons convertis en entrepreneurs de l’archéologie qui utilisent les sites anciens pour s’approprier la terre et configurer le récit historique. Elad, qui a émergé il y a 30 ans avec pour mission d’installer les Juifs dans les maisons des Palestiniens du quartier de Silwan, dirige le populaire parc archéologique, la Cité de David.

Les visiteurs du site s’offrent un récit fortement biblique où les découvertes qui trouvent un écho dans l’histoire du Roi David ou le Royaume de Judée sont mises en avant. Le fait que les archéologues  contestent l’évidence d’un royaume au 10ème siècle avant notre ère est souvent non mentionné.

En plus, sur le demi million de personnes qui visitent annuellement le parc, peu ont connaissance de la vie des Palestiniens dans ce quartier depuis qu’Elad est entré en scène. Ils n’entendront probablement jamais parler de la façon dont Elad s’est emparé de 75 maisons du quartier, ou a quasiment fermé les espaces publics utilisés par les résidents et les a annexés au parc archéologique.

Avec un budget annuel d’environ 100 millions de shekels, la Fondation Elad dirige maintenant plusieurs projets de fouilles dans la Cité de David, y compris des tunnels le long de l’ancienne voie romaine, qu’elle vend comme la route vers le Temple des pèlerins de l’époque de Second Temple. Elle s’est récemment réorientée pour installer de nouveaux projets à l’intérieur de la Vieille Ville et dans d’autres zones du Bassin Historique.

Mais Elad n’aurait pas pu le faire toute seule. Si elle a tout d’abord été regardée avec méfiance par les autorités dans les années 1990, elle a désormais ses entrées dans de nombreuses agences gouvernementales et ministères. Depuis la Direction des Antiquités israéliennes, qui a en charge la plupart des fouilles de la Cité de David, et la Direction de la Nature et des Parcs, qui a sous-traité Elad pour diriger le site, jusqu’au ministre du Tourisme, qui installe agressivement un téléphérique pour joindre Jérusalem Ouest et la Cité de David, au maire de Jérusalem, le gouvernement et tous les services compétents sont engagés dans le projet de conception d’une vaste zone touristique dédiée aux périodes de Premier et du Second Temple.

Dans les tunnels du Mur Occidental, la Fondation du Patrimoine du Mur Occidental, organisme gouvernemental qui gère le site, utilise une approche similaire. Ici aussi, les visiteurs sont canalisés dans une zone archéologique homogène où les restes des époques non associées au passé juif ne sont presque pas mentionnées.

Prenez par exemple Khan Daraj al-’Eyn, hammam mamelouk du 14ème siècle. Aujourd’hui, il héberge une exposition sur les ancêtres juifs et une salle des fêtes. Aucune pancarte ne fait savoir au visiteur qu’il s’agit d’une structure mamelouk, ou qu’elle a été construite par le gouverneur de Damas, Sayf al-Din Tankaz, qui a été responsable de quelques-uns des bâtiments les plus impressionnants de l’époque.

L’Histoire de Jérusalem est aussi diverse qu’elle est longue. Alors que la présence d’une richesse en découvertes pour stimuler le sentiment de la continuité juive ne fait aucun doute, il existe beaucoup de couches dans cette ville qui séduisent diverses communautés culturelles et religieuses. Prétendre à une propriété exclusive fondée sur des découvertes archéologiques n’est pas le reflet de découvertes archéologiques, mais le récit d’histoires où de larges pans de l’histoire sont supprimés.

Cette vision sélective du passé de la ville permet à des milliers d’agitateurs de drapeaux nationaux-religieux de danser dans tout le Quartier musulman en s’imaginant que les Musulmans et les Chrétiens sont une perturbation passagère dans une histoire dominée par l’appartenance juive. C’est aussi ce qui rendra plus difficile d’imaginer partager la souveraineté sur la ville.

Préserver l’héritage multiculturel de Jérusalem et sauvegarder son avenir pour tous ses résidents n’est pas qu’une préoccupation pour libéraux. Dans le cas de Jérusalem, il s’agit de sauver la ville telle que nous la connaissons.

Talya Ezrahi et Yonathan Mizrachi travaillent pour Emek Shaveh, ONG israélienne qui travaille à protéger les sites anciens en tant que sites d’un héritage partagé et de provoquer ceux qui se servent des antiquités pour déposséder d’autres de leur terre et de leur histoire.

Les vues et opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de Forward.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : The Forward




Les Palestiniens sacrifiés dans le mariage d’Israël et des pays du Golfe

 

Tamara Nassar -29 Mai 2019

Le roi Hamad du Bahraïn et le gouvernement Trump prévoient d’organiser un sommet économique à Manama avec Israël que les Palestiniens considèrent comme un élément du processus de liquidation de leurs droits. (Wikimedia commons)

Les relations entre Israël et les états du Golfe, menés par l’Arabie saoudite, sont plus chaleureuses que jamais, alors que les Etats-Unis battent leurs tambours de guerre contre l’Iran et se préparent à révéler leur prétendu « Marché du siècle ».

Le président Donald Trump a finalement sorti les Etats-Unis de l’accord nucléaire iranien, a récemment envoyé 1500 militaires dans la région et impose « de plus sévères sanctions contre l’Iran que jamais auparavant ».

Cette guerre économique et politique fait partie d’une volonté croissante de changement de régime de la part des Etats-Unis, d’Israël et des états du Golfe après une campagne de plus dune décennie menée par les Saoudiens contre l’Iran.

Les Palestiniens doivent être les agneaux sacrificiels des noces entre Israël et les états du Golfe, comme l’homme d’affaires des Emirats arabes unis Khalaf Al Habtoor l’a indiqué clairement mercredi dans une tribune du journal israélien Haaretz.

Al Habtoor, qui a été au premier rang des efforts de normalisation avec Israël, a exhorté les Palestiniens à assister à la conférence économique du gouvernement Trump prévue au Bahrn le mois prochain.

« J’aspire à voir le jour où Israël et les états arabes, en particulier les états du Golfe, seront capables de normaliser leurs relations diplomatiques et commerciales, comme l’Egypte et la Jordanie l’ont fait », écrit Al Habtoor, ajoutant qu’ils « partagent tous un ennemi commun : l’Iran ».

Al Habtoor caractérise l’Iran comme « une menace existentielle » et affirme que des liens plus étroits avec Israël sont la solution.

« Cependant, la normalisation requiert une solution satisfaisante au conflit entre Palestine et Israël — ou, au moins, que les tensions soient réduites », explique Al Habtoor. « Ceci réalisé, nous serons bien placés pour stopper l’aventurisme belliqueux de Téhéran dans la foulée ».

« Satisfaisant » dans ce cas ne veut pas dire satisfaisant pour les Palestiniens, mais plutôt pour Israël et ses alliés ; l’ensemble du corps politique palestinien, y compris l’Autorité palestinienne, refuse de participer à un sommet qu’ils voient comme partie intégrante des tentatives du gouvernement Trump pour liquider leurs droits.

Alors que Trump affirme que les Etats-Unis ne cherchent pas un changement de régime en Iran, mais seulement « pas d’armes nucléaires », le ministre des Affaires étrangères iranien Javad Zarif conteste l’affirmation, appelant les sanctions américaines une forme de « terrorisme économique ».

Convaincre le public de la région que l’Iran est en effet un ennemi dangereux est partie intégrante des intérêts communs d’Israël, des Etats-Unis et des états du Golfe.

« Depuis 2004, les peuples arabes ont été soumis à une campagne chauviniste sans précédent, qui accuse l’Iran et les Shiites d’être les principaux ennemis de tous les Arabes et prétend que ce sont eux et non Israël qui méritent la colère et la haine des Arabes », écrit cette semaine Joseph Massad, professeur à l’université Columbia, dans le journal libanais Al-Akhbar.

« Quinze ans après son lancement, cette campagne a causé des centaines de victimes iraquiennes, libanaises, syriennes et yéménites qui ont été sacrifiées sur l’autel des familles pétrolières », ajoute Massad.

« Aujourd’hui, il est demandé au peuple palestinien de renoncer à tous leurs droits comme le prix à payer pour préserver leurs trônes ».

La conférence de Manama

Accroissant leur attaque contre l’Iran, Trump et ses alliés projettent aussi de lancer la composante économique du prétendu Marché du siècle de son gouvernement entre Israël et les Palestiniens lors d’une conférence dans la capitale du Bahreïn, Manama, les 25 et 26 juin.

Le Bahrn, dont le roi Hamad a donné à Israël et à son lobby une chaleureuse étreinte, est un choix de rassemblement naturel.

L’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et le Qatar ont selon certaines sources confirmé leur participation.

Que le Qatar participelui qui a été totalement isolé et mis sous quarantaine par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis ces deux dernières années — est un signe de la manière dont l’obéissance à Washington, et par extension à Israël, est un intérêt commun même parmi les régimes du Golfe les plus opposés.

Depuis le début du blocus dirigé par les Saoudiens, le Qatar a rivalisé avec ses adversaires du Golfe pour l’affection américaine et comme ses adversaires, il a perçu le fait de cultiver le soutien d’Israël et de son lobby comme la route la plus rapide vers le coeur de Washington.

En signe de rapprochement, le roi Salman bin Abdulaziz d’Arabue saoudite a invité le dirigeant qatari l’émir Tamim bin Hamad Al Thani à deux sommets arabes à la Mecque cette semaine.

Le rejet palestinien du marché de Trump

Même l’Autorité palestinienne, qui normalement coopère étroitement avec Israël, refuse de suivre les plans du gouvernement Trump.

« Le Marché du siècle de Trump ira en enfer, de même que la réunion sur l’économie que les Américains ont l’intention de tenir au Bahreïn pour y présenter des mirages », a déclaré en début de semaine le dirigeant de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

La Chine et la Russie boycotteront aussi la conférence, selon un représentant de l’Autorité palestinienne.

Que la Jordanie prévoie ou non d’y assister n’est cependant pas clair. Jared Kushner, gendre et conseiller en chef de Trump, rencontrera le roi Abdullah de Jordanie mercredi, probablement pour faire pression sur lui afin que la Jordanie assiste à la réunion de Manama.

Moshe Kahlon, le ministre des finances israélien, doit diriger la délégation israélienne au Bahreïn.

Le gouvernement Trump cherche clairement à coopter individuellement des Palestiniens pour ses tentatives de normalisation.

L’homme d’affaires palestinien Abed Alkarim Ashour a dit sur Facebook qu’il avait reçu une invitation des « Américains et de nos frères du Bahrn » qui « cherchent à vendre la Palestine pour une poignée de dollars ».

Il a posté l’image d’une lettre qui lui a été adressée par Steven Mnuchin, le secrétaire américain du Trésor, l’invitant à la réunion, dont le titre prétend conduire « De la paix à la prospérité ».

« Vous avez envoyé l’invitation à la mauvaise personne et à la mauvaise adresse », a ajouté Ashour.

L’opposition vient aussi de l’intérieur de l’état hôte. La Société du Bahreïn contre la normalisation avec l’ennemi sioniste a déclaré rejeter la réunion de Manama et a appelé « le gouvernement du Bahreïn à annuler cette réunion, dont les objectifs incluent d’approfondir la normalisation avec l’entité sioniste et de cimenter les alliances avec certains régimes arabes ».

Le judo iranien prêt à la normalisation ?

Malgré l’animosité croissante d’Israël contre leur pays, les athlètes du judo iranien ne boycotteront apparemment plus leurs homologues israéliens.

Un accord a été conclu entre la Fédération internationale de judo et le comité olympique national d’Iran plus tôt ce mois-ci, ce dernier acceptant à l’avenir de « respecter complètement la charte olympique et son principe de non-discrimination ».

La déclaration ne désigne pas Israël, mais le geste a été compris par les médias israéliens comme une réponse au refus des judokas iraniens de combattre des athlètes israéliens, préférant à la place déclarer forfait.

Auparavant, la ministre israélienne de la Culture Miri Regev avait fait une pression intensive sur le président de la Fédération internationale de judo, Marius Vizer, afin d’exclure les Emirats arabes unis et la Tunisie des manifestations de judo jusqu’à ce qu’ils se plient aux exigences de la normalisation.

Tamara Nassar est rédactrice adjointe de The Electronic Intifada.

Ali Abunimah a contribué au reportage.

Source : Electronic Intifada
Traduction : CG pour l’Agence Média Palestine

 




Reporters Sans Frontières accepte le prix remis par un régime qui tue des journalistes

Par Ali Abunimah, 28 mai 2019

Reporters Sans Frontières fait face à de vives critiques pour avoir accepté un prix de la part d’un régime qui assassine des journalistes.

L’association, plus connue sous ses initiales françaises de RSF, a reçu, plus tôt ce mois-ci, le Prix Dan David pour la « défense de la démocratie », au cours d’une cérémonie à l‘Université de Tel Aviv à laquelle assistait le président Reuven Rivlin.

Le président de RSF, Christophe Deloire, a reçu le prix au nom de l’association.

https://twitter.com/RSF_en/status/1130545400748888072?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1130545400748888072&ref_url=https%3A%2F%2Felectronicintifada.net%2Fblogs%2Fali-abunimah%2Freporters-without-borders-accepts-prize-journalist-killing-regime

https://twitter.com/ItalyinIsrael/status/1130186676792385536?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1130186676792385536&ref_url=https%3A%2F%2Felectronicintifada.net%2Fblogs%2Fali-abunimah%2Freporters-without-borders-accepts-prize-journalist-killing-regime

Hélène Le Gal, ambassadeur de France à Tel Aviv, a dit de la cérémonie de remise du prix que c’était « une charmante soirée »:

https://twitter.com/HeleneLeGal/status/1130344711267540992?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1130344711267540992&ref_url=https%3A%2F%2Felectronicintifada.net%2Fblogs%2Fali-abunimah%2Freporters-without-borders-accepts-prize-journalist-killing-regime

Elsa Lefort, militante des droits de l’Homme, a dit qu’elle restait « sans voix face à un tel cynisme ».

Elsa Lefort, épouse de Salah Hamouri, avocat franco-palestinien récemment emprisonné par Israël pendant plus d’un an sans charges ni procès, a ajouté que ses pensées allaient aux « journalistes palestiniens tués à Gaza et à ceux qui languissent dans les prisons de l’occupant ».

https://twitter.com/ElsaLefort/status/1130560310031638529

Cibler les journalistes

En février, une commission d’enquête indépendante de l’ONU a découvert que les snipers israéliens « visaient intentionnellement » les journalistes palestiniens qui couvraient, l’année dernière à Gaza, les manifestations de la Grande Marche du Retour.

Deux d’entre eux ont été tués – Yaser Murtaja et Ahmed Abu Hussein.

Plus tôt ce mois-ci, Khairiya, la mère de Murtaja’s, a demandé à la pop star Madonna de ne pas se produire au Concours de Chansons de l’Eurovision.

« Yaser était un jeune homme modeste, pacifique, non armé, qui utilisait sa caméra pour transmettre au monde le vrai visage d’Israël aux frontières de Gaza, qui assassine les rêves des enfants et des jeunes », a-t-elle écrit.

« Mon fils tout simplement ne voulait pas mourir, il avait la vie devant lui, il aimait son travail, il voulait élever son fils dans la dignité et la liberté, Yaser aimait son pays et il ne voulait pas le quitter. »

https://twitter.com/jvplive/status/1127636305955950592?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1127636305955950592&ref_url=https%3A%2F%2Felectronicintifada.net%2Fblogs%2Fali-abunimah%2Freporters-without-borders-accepts-prize-journalist-killing-regime

Le Comité de Protection des Journalistes a dit des assassinats de Murtaja et Abu Hussein qu’ils faisaient « partie d’un schéma », faisant remarquer que personne n’en a jamais été tenu pour responsable ni pour d’autres assassinats de travailleurs des médias par les Israéliens.

L’organisation de défense des droits de l’homme Al Mezan, installée à Gaza, a documenté plus de 230 attaques sur des journalistes pendant la Grande Marche du Retour, dont 100 à balles réelles et un nombre similaire par des bombes lacrymogènes.

Hamza Abu Eltarabesh, qui contribue fréquemment à cette publication, a déclaré récemment à The Electronic Intifada qu’il avait cessé de porter un gilet avec le signe PRESSE lorsqu’il couvrait les manifestations à Gaza et qu’il essayait simplement de se fondre dans la foule parce que les soldats israéliens ciblaient délibérément quantité de journalistes.

Plus tôt ce mois-ci, des avions de guerre israéliens ont ciblé et détruit les bureaux de l’agence de presse turque Anadolu à Gaza ville.

Même Reporters Sans Frontières reconnaît que « les forces israéliennes continuent à soumettre les journalistes palestiniens à des arrestations, des interrogatoires et à de la détention administrative, souvent sans aucun fondement clair » et que, ces dernières années, les autorités de l’occupation israélienne ont, à plusieurs reprises, fermé des organes de presse.

Le lendemain de la cérémonie de remise du prix, le directeur de Reporters Sans Frontières Deloire lui même a accusé Israël de « crimes de guerre » contre des journalistes.

Crédibilité entamée

« Le fait que Reporters Sans Frontières ait reçu ce prix porte tristement atteinte à sa crédibilité », a observé la publication française de l’Agence Média Palestine.

« En réalité, recevoir un prix pour ‘la démocratie’ en présence de Reuven Rivlin, président du régime israélien qui a voté, en juillet dernier, la Loi sur l’Etat-nation qui institue officiellement l’apartheid, n’aide pas la démocratie, bien au contraire. »

L’Agence Média Palestine a accusé Reporters Sans Frontières de participer à un exercice de propagande qui vise à lisser l’image d’Israël.

Les militants palestiniens ont appelé les précédents récipiendaires à refuser l’acceptation du Prix Dan David.

En 2010 par exemple, PACBI, Campagne Palestinienne pour le Boycott Académique et Culturel d’Israël, a dit à la célèbre auteure canadienne Margaret Atwood qu’accepter ce prix reviendrait à soutenir une « campagne bien huilée pour blanchir les graves violations du droit international et des droits fondamentaux par Israël ».

L’auteure de The Handmaid’s Tale (Le Conte de la Servante) a bravé ces appels et a accepté le versement de 1 million de dollars du prix Dan David.

Le Prix Dan David est administré par l’Université de Tel Aviv, qui est elle même profondément complice du régime israélien d’occupation, de colonialisme de peuplement et d’apartheid.

Dans le conseil d’administration du Prix Dan David, on trouve Henry Kissinger, homme d’État américain célèbre pour une horrible panoplie de crimes, dont la conception du coup militaire de 1973 au Chili et le bombardement génocidaire du Cambodge qui a tué 1.700.000 personnes.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada




Déclaration de la société civile palestinienne en réponse au Parlement allemand : la résolution anti-BDS viole les principes du droit international, s’oppose à la société civile palestinienne et ses aspirations à la liberté, la justice et la dignité.

Jeudi 23 mai 2019

C’est avec beaucoup d’inquiétude et d’angoisse que nous, organisations de la société civile palestinienne, associations, réseaux et coalitions de défense des droits de l’Homme soussignées, adressons cette déclaration urgente au Parlement et au Gouvernement allemands au vu de sa récente résolution contre le mouvement palestinien de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) [1], faisant un dangereux amalgame entre le mouvement et l’antisémitisme, tout en ciblant plus largement tous les acteurs de la société civile qui travaillent à la promotion et à la protection des droits et libertés fondamentaux du peuple palestinien et dans les Territoires Palestiniens Occupés. Nous appelons le Gouvernement allemand à s’abstenir d’inscrire cette résolution dans une loi, au vu de ses graves répercussions sur la société civile palestinienne et de sa violation des obligations de l’Allemagne en tant qu’Etat partie tiers d’assurer le respect du droit international dans les Territoires Palestiniens Occupés.

Les soussignés sont profondément inquiets devant cette résolution conjointe, adoptée le 17 mai 2019, et cosignée par quatre partis politiques allemands : CDU/CSU, SPD, FDP et Alliance90/Verts. La résolution viole le droit international relatif aux droits de l’Homme, à savoir les droits à la liberté d’expression, d’opinion et d’association. Il s’inscrit dans un retour de bâton systématique et les efforts d’un lobby organisé, principalement menés par le Gouvernement israélien pour saper, délégitimer et vilipender le mouvement pacifique BDS. On en trouve un très bon exemple dans le mandat du ministère israélien des Affaires Stratégiques et de la Diplomatie publique « pour réagir à la délégitimation et aux campagnes de boycott contre l’État d’Israël ».[2] En 2017, Israël a voté l’Amendement N° 28 à la Loi sur l’Entrée en Israël, qui interdit d’accorder un permis d’entrée et de résidence en Israël aux personnes connues pour avoir publié un appel public ou participé à des activités de boycott. On s’est servi de cette loi pour restreindre l’entrée [3] et le travail des défenseurs des droits de l’Homme, dont le directeur de Human Rights Watch en Israël et en Palestine [4]. Ce retour de bâton systématique se poursuit en dépit du fait que BDS est protégé depuis longtemps dans le cadre des droits à la liberté d’expression et d’opinion, y compris par le Gouvernement et les tribunaux allemands [5], ainsi que par d’autres Gouvernements européens, l’Union Européenne (UE) et les Nations Unies (ONU).

Notamment, en février 2019, le Gouvernement allemand a fait référence au mouvement BDS comme étant couvert par le droit à la liberté d’expression et de conviction, telle que consacrée dans le Droit Fondamental allemand. En particulier, l’Article 5 de la Loi Fondamentale allemande protège le droit à la liberté d’expression et de parole sans censure, tandis que l’Article 9 protège le droit à la liberté d’association [6]. La résolution constitue par ailleurs une violation des droits à la liberté d’expression, de rassemblement et d’association, inscrits dans les articles 10 et 11 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme. Cependant, le ministre des Affaires étrangères des Pays Bas, le ministre des Affaires étrangères et du Commerce d’Irlande, et le ministère des Affaires étrangères de Suède ont déclaré et affirmé la protection des droits à la liberté de parole, d’expression et d’association par rapport à BDS [7].

L’UE a explicitement affirmé la nécessité de protéger les droits à la liberté d’expression et d’association, tels que consacrés dans la Charte des Droits Fondamentaux de l’UE, y compris en ce qui concerne les activités de BDS dans l’ensemble des Etats Membres de l’UE [8]. En plus, en juillet 2018, l’UE a mis en garde contre des déclarations israéliennes « vagues et infondées » à cet égard, estimant qu’elles faisaient partie de plus vastes « campagnes de désinformation » [9]. L’UE a alors réaffirmé sa position en faveur de la protection des droits à la liberté d’expression et d’association, soulignant que « toute action ayant pour effet de fermer l’espace dans lequel opèrent les organisations de la société civile en restreignant indûment la liberté d’association devrait être évitée » [10].

En avril 2019, trois Rapporteurs Spéciaux de l’ONU ont déclaré publiquement que soutenir BDS ou s’y opposer est protégé par les droits universellement reconnus à la liberté d’opinion, d’expression et d’association. Les Rapporteurs Spéciaux ont par ailleurs souligné que [1] « la capacité des organisations et des défenseurs des droits de l’Homme à s’engager activement dans le travail de la société civile pour défendre et faire progresser les principes garantis dans la Charte Internationale des Droits de l’Homme est un test décisif pour mesurer le respect des libertés démocratiques dans une société quelle qu’elle soit. […] Etouffer ces libertés sape la prétention de tout gouvernement à respecter les libertés et les valeurs fondamentales.

Malheureusement, la résolution en question adoptée par le Parlement allemand pénalise la société civile qui travaille à assurer les droits fondamentaux, la liberté, la justice et la dignité pour le peuple palestinien dont les droits ont été systématiquement niés depuis la Nakba de 1948 et tout au long de l’occupation militaire continue du territoire palestinien. Une résolution de ce genre restreint encore plus l’espace existant en rétrécissement pour les organisations de la société civile, et réduit efficacement au silence la société civile palestinienne qui, depuis des décennies maintenant, a été en première ligne du combat pour atteindre les droits inaliénables des Palestiniens et promouvoir le respect du droit international en tant que fondement de la liberté, de la justice et de l’égalité.

Dans ce contexte, le manque de volonté politique parmi les Etats tiers pour prendre de sérieuses mesures de coopération efficace pour mettre fin à une occupation qui se prolonge a enhardi Israël, puissance occupante, à poursuivre ses violations systématiques et multiples des droits de l’Homme et ses graves infractions dans le droit humanitaire international des autochtones palestiniens. Pourtant, les organisations de la société civile continuent à contrecarrer pacifiquement et publiquement les attaques incessantes et croissantes contre le peuple palestinien, y compris à la suite de l’accaparement de la terre, du pillage des ressources naturelles, des transferts forcés et de l’effacement systématique de la présence, de l’identité, du patrimoine et du récit des Palestiniens.

En 2005, l’appel au BDS a été lancé par les Palestiniens pour offrir à la société civile un moyen alternatif, pacifique et non violent de s’opposer à l’expansion des violations et crimes commis par Israël contre les Palestiniens. Enracinés dans des initiatives de la société civile, les mouvements de boycott ont historiquement contribué à la défense des droits de l’Homme et de la justice sociale dans le monde. Dans les boycotts pour la justice sociale, on trouve le boycott du bus de Montgomery aux Etats Unis, le mouvement anti-apartheid en Afrique du Sud, et les efforts pour mettre fin au commerce des esclaves au 18ème siècle en Angleterre. Le mouvement BDS palestinien s’est fondé sur un consensus entre 170 organisations palestiniennes de la société civile, dont des syndicats, des institutions académiques, des partis politiques et des associations culturelles, et s’inscrit dans la tradition des mouvements mondiaux qui ont cherché à mettre fin aux atteintes systématiques et largement répandues aux droits de l’Homme et à en faire rendre compte.

Essentiellement, le mouvement BDS est un mouvement mondial, conduit par les Palestiniens, pour la liberté, la justice et l’égalité, ancré dans les principes du droit international, qui s’oppose par principe à toutes formes de racisme, dont l’islamophobie et l’antisémitisme » [12]. Il faut souligner que le mouvement BDS n’appelle pas au boycott d’individus, de groupes et d’entités sur la simple base de leur identité israélienne ou de leur foi juive, comme le déclare faussement la résolution du Bundestag. Il s’adresse plutôt aux individus ou aux institutions qui sont spécifiquement affiliés et/ou complices des violations et des graves infractions envers le droit international [13]. Les soussignés rappellent que la critique de l’État d’Israël, en tant qu’entité politique, y compris son gouvernement et ses forces et personnels militaires, est protégée par les droits à la liberté d’expression, d’opinion, et les libertés médiatiques entre autres.

En plus, dans une tendance préoccupante, la résolution en jeu ne réussit pas, dans sa référence, à distinguer le territoire de l’État d’Israël et les Territoires Palestiniens Occupés, ces derniers comprenant la Cisjordanie, dont Jérusalem Est, et la Bande de Gaza, et dans lesquels plus de 250 colonies et avant-postes israéliens ont été construits, avec plus de 600.000 colons israéliens qui y résident, en violation du droit international. En tant que telle, la résolution échoue à reconnaître la très ancienne position de l’Allemagne et de l’UE sur l’illégalité des colonies israéliennes dans les Territoires Palestiniens Occupés selon le droit international et les obligations des Etats tiers à cet égard. Ce faisant, cette résolution alimente l’annexion rampante et la colonisation ancrée dans le territoire palestinien, négligeant absolument la Résolution 2334 (de 2018) du Conseil de Sécurité de l’ONU, qui demande aux Etats tiers de distinguer dans leurs démarches pertinentes le territoire de l’État d’Israël et les Territoires Palestiniens Occupés.

Enfin, les soussignés avertissent l’Allemagne que, si elle en arrivait à transformer cette résolution en instrument de contrainte juridique, cela parviendrait à menacer la relation entre les sociétés civiles palestinienne et allemande. Et par conséquent, cela aurait un impact direct et négatif sur la fourniture de prestations sociales élémentaires, y compris dans les secteurs de la santé et de l’éducation, la promotion des droits fondamentaux et du droit international, et l’aide juridique, parmi d’autres travaux menés à bien par la société civile palestinienne avec l’aide de l’Allemagne et des autres organisations internationales. Essentiellement, le Parlement allemand doit faire passer l’engagement de l’Allemagne pour une solution à deux Etats en soutenant les organisations et les mouvements qui cherchent pacifiquement à mettre fin à l’occupation et aux atteintes aux droits de l’Homme qui y sont associées.

Au vu de ce qui précède, les organisations de la société civile palestinienne soussignées, associations, réseaux et coalitions de défense des droits de l’Homme, appellent :

5. Le Gouvernement allemand et le Bundestag à mettre en place une mission exploratoire indépendante pour enquêter sur les graves et nuisibles implications de l’occupation militaire israélienne prolongée, dont son entreprise de colonisation, sur le droit des Palestiniens à l’autodétermination, dont une souveraineté permanente.

6. La communauté internationale, dont les organisations de la société civile allemande, européenne et internationale, les Etats tiers et les organes et experts de l’ONU, à dénoncer fermement et à rejeter publiquement la résolution du Bundestag et à l’empêcher de passer dans la loi, considérant qu’elle viole le droit international et qu’elle a de graves implications sur le travail de la société civile palestinienne et son aspiration à la liberté, à la justice et à la dignité du peuple palestinien.

Signataires [14]

1. Conseil des Organisations Palestiniennes des Droits de l’Homme (PHROC), qui comprend 10 organisations palestiniennes des droits de l’Homme

2. Réseau des Organisations Palestiniennes Non Gouvernementales (PNGO), qui comprend 142 organisations non gouvernementales

3. Institut National Palestinien pour les ONG (PNIN), qui comprend 70 organisations non gouvernementales

4. L’Union Générale Palestinienne des Sociétés de Bienfaisance, qui comprend 400 organisations non gouvernementales et des associations de bienfaisance

5. La Coalition Palestinienne des Handicapés

6. L’Organisation Non Gouvernementale Palestinienne Contre les Violences Domestiques Envers les Femmes (Al-Muntada)

7. L’ Association Addameer de défense des prisonniers et des droits de l’Homme

8. Al-Damser

9. Al-Haq, le Droit au Service de l’Homme

10. BADIL – Centre de Ressource pour les Droits des Réfugiés et à la Résidence

11. Centre « Hurryyat » pour la Défense des Libertés et des Droits Civiques

12. Centre d’Action Communautaire (Université Al-Quds)

13. Défense Internationale des Enfants – Palestine

14. Centre d’Aide Juridique et de Droits de l’Homme de Jérusalem (JLAC)

15. Coalition Civique pour les Droits des Palestiniens à Jérusalem

16. Fédération Générale des Syndicats Indépendants – Palestine

17. Syndicat des Journalistes Palestiniens.

[1] Parlement allemand (19ème législature), Résister avec Détermination au Mouvement BDS – Combattre l’Antisémitisme », 15 mai 2019, proposition des groupes CDU/CSU, SPD, FDP et Alliance 90/les Verts.

[2] Voir le site internet de l’Information et des Services Gouvernementaux, Bureau du Premier Ministre – Ministère des Affaires Stratégiques et de la Diplomatie Publique, disponible à :

http://www.gov.il/en/departments/units/ministry_of_strategic_affairs_and_iformation

[3] Voir par exemple SOMO, ‘Deux Chercheurs de SOMO Interdits d’Entrée en Israël pour des Prétextes Arbitraires’, le 21 juillet 2018, disponible à : https://www.somo.nl/two-somo-researchers-denied-enty-israel-arbitrary-grounds/

[4] Human Rights Watch, ‘Expulsion Renouvelée d’un Fonctionnaire Israélien de Human Rights Watch, le 16 avril 2019, disponible à : https://www.hrw.org/news/2019/04/16/Israel-human-rights-watch-officials-deportation-reinstated

[5] Voir par exemple Christoph Kiefer, ‘Stadt Oldenburg Unterliegt im Striet mit BDS-Kampagne’ (NWZonline, 29 mars 2019) disponible à : https://www.nwzonline.de/oldenburg-urtell-des-oberverwallungsgerichts-stadt-oldenburg-unterliegt-im-streit-mit-bds-kampagne_a_50,4,1334257964.html

[6] Deutscher Bundestag, Loi Fondamentale pour la République Fédérale d’Allemagne, disponible en anglais à : https://www.btg-bestellservice.de/pd/80201000.pdf

[7] Houses of the Oireachtas, Dail Eireann debate, jeudi 26 mai 2016, disponible à :

https://electronicintifada.net/blogs/ali-abunimah/sweden-denies-israeli-claim-it-opposes-bds ; Haaretz, ‘Le Ministre Hollandais des Affaires Etrangères : les Appels à Boycotter Israël sont Protégés la Liberté d’Expression dans la Constitution’ (227 mars 2016), disponible à :

https://www.haaretz.comworld-news/europe/dutch-fm-bds-protected-by-free-speech-1.5388459

[8] Parlement Européen, Questions au Parlement, 15 septembre 2016, Réponse de la Vice-présidente Mogherini au nom de la Commission, disponible à :

https://www.europarl.eropa.eu/doceo/document/E-8-2016-005122-ASW_EN.html?redirect

[9] Noa Landau, ‘l’UE Démolit le Ministre Israélien : Vous Alimentez la Désinformation eg Mélangez BDS et Terrorisme’, Haaretz, 17 jullet 2018), disponible à : https://www.haaretz.com/Israel-news/premium-eu-s-mogherini-to-israeli-minister-you-feed-disinformation-1.6280308

[10] Ibid.

https://www.ohchr.org/en/NewsEvents/Pages/Display/News.aspx?NewsID=24516&LangID=E

[12] BDS, ‘FAQs’, disponible à : https://bdsmovement.net/faq#collapse16231

[13] « BDS ne cible pas les artistes. Il cible les institutions sur la base de leur complicité avec les violations du droit international par Israël. » oir https://bdsmovement.net/faqs#collapse16250

[14] Soutiens en cours.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : Al Haq