Votre candidat aux Européennes va-t-il soutenir la Palestine ?

4 mars 2019

Questionner des acteurs politiques locaux, régionaux et nationaux quant à leur position sur la complicité européenne avec les crimes contre le peuple palestinien est une activité très importante en ce moment. Dans la période pré-électorale, engager des candidats et des partis sur des questions en lien avec les relations euro-israéliennes, peut avoir un impact particulier.

Nous demandons à tous les défenseurs des droits des Palestiniens de demander des comptes à leurs candidats pendant les élections européennes.

Entre le 23 et le 26 mai, les citoyens européens vont voter pour élire de nouveaux représentants au Parlement européen. Mais que savons-nous en réalité des positions de nos candidats sur les relations euro-israéliennes et sur la complicité de l’Europe avec les crimes de guerre et les violations des droits humains par Israël ? Que pensent-ils de l’affectation de l’argent des contribuables européens à des sociétés israéliennes privées d’armement comme Elbit Systems, la plus importante entreprise israélienne dans le domaine de la sécurité qui teste ses armes sur des civils palestiniens à Gaza pour pouvoir en faire la promotion en tant qu’armes « testées sur le champ de bataille » ? Protègeront-ils notre liberté de parole et notre droit à nous engager dans la campagne non-violente de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) ?

Voilà quelques unes des questions que nous vous encourageons à envoyer à vos candidats aux élections européennes.

Engagements pour l’Europe des candidats aux élections des députés européens

L’UE doit mettre fin à sa complicité avec les crimes de guerre israéliens contre le peuple palestinien

 

QUESTIONS:

En tant que député-e-s européen-ne élu-e-s:

  • Protègerez-vous le droit des citoyens européens à la liberté d’expression, y compris le droit de s’engager dans la campagne non-violente de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) et d’agir contre toute tentative de criminalisation de la solidarité avec la Palestine ?

  • Vous opposerez-vous à tout rehaussement des accords européens avec Israël et appellerez-vous à la suspension de l’Accord d’Association  UE-Israël ((EuroMed) jusqu’à ce qu’Israël respecte sa clause sur les droits humains ?

  • Soutiendrez-vous l’exclusion des industries d’armement et autres entreprises militaires israéliennes des programmes de recherche de l’UE et des contrats de l’UE?

  • Soutiendrez-vous l’appel à interdire l’importation et la vente de marchandises, services et ressources naturelles issues des colonies illégales israéliennes en Palestine ?

Traduction : SF pour l’Agence Média Palestine
Source : ECCP Palestine




L’Eurovision comme occasion de pinkwashing pour Israël – la communauté LGBT+ devrait le boycotter

Le discours qui affirme qu’Israël laisse s’exprimer librement les LGBT+, alors que le reste du Moyen-Orient les persécute sans relâche, construit une fausse opposition.

(Wouter van Vliet/Wikimedia Commons)

Par Haneen Maikey et Hilary Aked

L’exploitation des identités LGBT+ pour des raisons de relations publiques – le « pinkwashing » – n’est pas nouvelle. Mais l’État d’Israël, qui la pratique depuis longtemps, semble être passé à la vitesse supérieure avec l’organisation du concours de chant de l’Eurovision qu’il accueillera en mai.

Depuis l’adoption de son programme officiel de création d’une « marque Israël » (« Brand Israel ») en 2005, l’instrumentalisation des droits des queers et le mode de vie libéré des homosexuels ont été des éléments essentiels de la campagne de propagande israélienne.

En soi, l’Eurovision – l’ultime célébration du maniérisme et de la flamboyance, appelée les « Jeux olympiques homosexuels » – est l’occasion idéale pour Israël d’utiliser les LGBT+ pour camoufler son déni systématique des droits des Palestiniens.

Février – le mois dédié à l’histoire des LGBT+ – a vu la sélection par un vote public du jeune chanteur Michael Rice pour représenter la Grande-Bretagne et Graham Norton, personnalité gay bien connue, a été confirmé comme animateur de la BBC pour couvrir l’événement.

En avril, de nombreux candidats, dont Bilal Hassani de France et Miki d’Espagne, participeront à une fête officielle de l’Eurovision à Londres, un événement incontournable depuis longtemps sur l’agenda gay.

Mais il y a également eu des appels de personnalités telles que Vivienne Westwood, Peter Gabriel et Wolf Alice, demandant à la BBC qu’elle exige que l’Eurovision se tienne ailleurs, afin de respecter l’appel au Boycott, au Désinvestissement et aux Sanctions (BDS) à l’encontre d’Israël, jusqu’à ce qu’il cesse de dénier leurs droits aux Palestiniens.

Et depuis que les groupes queer alQaws et Pinkwatching Israel ont émis leur appel de Palestine pour un boycott de l’Eurovision, près de cent groupes LGBT+ du monde entier l’ont signé.

Les communautés LGBT+ soutiennent de plus en plus les Palestiniens au lieu de céder au pinkwashing d’Israël. Ils considèrent que dans une perspective de libération collective, les luttes pour la libération des Queers et des Palestiniens sont inséparables.

Israël commercialise la ville de Tel Aviv, qui accueillera l’Eurovision en mai, comme un havre de paix pour les touristes homosexuels. Il semble croire que cet aspect soi-disant libéral et progressiste de sa société compensera ou effacera d’une certaine manière, en terme de relations publiques, les critiques du régime d’occupation et d’apartheid qu’il impose aux Palestiniens.

L’image de tolérance du pays vis-à-vis des LGBT+ a prévalu depuis longtemps à l’Eurovision, depuis 1998 déjà, année de la victoire de sa représentante, la chanteuse transgenre Dana International. Quant à la gagnante de l’an dernier, la chanteuse israélienne Netta Barzilai, elle a beaucoup de fans parmi les LGBT+.

Le gouvernement israélien a vu la victoire de Netta Barzilai comme un triomphe diplomatique et le Premier ministre Benjamin Netanyahou lui a téléphoné juste après pour la féliciter d’être « la meilleure ambassadrice d’Israël ».

Netanyahou est également responsable de la répression brutale des manifestations palestiniennes hebdomadaires à Gaza, qui ont commencé en mars dernier. Depuis, les forces israéliennes ont tué plus de 200 Palestiniens et en ont blessé environ 18 000, alors qu’ils manifestaient pour leur droit – en tant que réfugiés – à rentrer dans leur pays.

À l’apogée de ces massacres, Netta Barzilai s’est produite lors d’un événement organisé par le gouvernement pour célébrer sa victoire à l’Eurovision et elle a déclaré « nous avons des raisons d’être heureux ». Le même jour, le 14 mai 2018, a été le plus sanglant. L’armée israélienne avait massacré au moins 58 Palestiniens.

L’Eurovision se tiendra le 18 mai 2019, presqu’une année après le jour où ce massacre a eu lieu, et seulement quelques jours après celui où Israël célèbrera son Indépendance : le 15 mai. Pour les Palestiniens, cette date commémore la Nakba (la catastrophe), le nettoyage ethnique de plus de 750 000 personnes en 1948. La Nakba continue aujourd’hui lorsqu’Israël révoque les permis de résidence de Palestiniens ; c’est encore une forme de déplacement forcé.

On ne pourrait pas voir plus clairement que rien n’est apolitique en ce qui concerne Israël. C’est pourquoi l’idée qu’organiser l’Eurovision en Israël n’est « qu’un peu d’amusement » est tellement malencontreuse.

En fait, nous pouvons dire par expérience personnelle que le pinkwashing a des effets profondément dommageables, en particulier sur les queers palestiniens. Le discours qui affirme qu’Israël laisse s’exprimer librement les LGBT+, alors que le reste du Moyen-Orient les persécute sans relâche, construit une fausse opposition.

Non seulement c’est de la propagande, qui rend le sionisme plus attirant aux groupes queers, les amenant même parfois à choisir de soutenir directement le régime d’apartheid d’Israël ; mais cela constitue également une forme de violence envers les queers palestiniens, en rendant invisibles les forces progressives présentes à l’intérieur de la Palestine, et notamment en effaçant les succès qu’a remporté le mouvement queer palestinien.

Ce récit encourage les Palestiniens LGBT+ à croire que leurs familles, la société et leurs amis les rejetteront toujours et qu’il n’existe aucune chance de défier l’homophobie – alors que celle-ci existe également en Israël, malgré les efforts réalisés pour la cacher.

Par-dessus tout, le pinkwashing d’Israël est une tentative cynique de normaliser son régime d’apartheid qui discrimine, dépossède et soumet tous les Palestiniens, qu’ils soient queers ou non.

Cependant, alors que le bas-ventre fasciste de la politique israélienne devient de plus en plus visible – et que des politiciens d’extrême droite du monde entier sont à l’unisson avec son agenda politique – nous continuons à espérer que le pinkwashing israélien de l’Eurovision ne réussira pas.

Alors qu’Israël veut utiliser le spectacle de l’Eurovision comme un instrument de propagande culturelle pour montrer au monde « son plus joli visage », de nombreux queers dans le monde montent au créneau pour dire qu’il n’y a « pas de fierté dans l’apartheid israélien ». Par exemple, lorsque Netta Barzilai a joué dans le club londonien gay Heaven récemment, une manifestation animée et bariolée, emmenée par les queers, a protesté contre son spectacle.

C’est sur de telles initiatives que reposent les espoirs des Palestiniens queers pour une libération de toutes les oppressions.

Haneen Maikev dirige alQaws for Sexual & Gender Diversity in Palestinian Society, une organisation politique de base des Palestiniens queer basée à Jérusalem.

Dr Hilary Aked est une autrice, une chercheuse et une militante basée à Londres, dont le premier livre sur le lobby israélien au Royaume-Uni, basé sur sa thèse de doctorat, sera publié chez Verso.

Traduction : MUV pour l’Agence France Palestine

Source : The Independent




 Palestine. Une militante en faveur de la justice sociale victime de torture et sanctionnée parce qu’elle observe une grève de la faim

Les autorités palestiniennes doivent de toute urgence enquêter sur les actes de torture et les mauvais traitements infligés à Suha Jbara, une militante qui affirme avoir été frappée, projetée contre un mur et menacée de violences sexuelles par les agents chargés de l’interroger, a déclaré Amnesty International à la veille de son audience le 6 décembre 2018.

Amnesty International l’a rencontrée en prison le 4 décembre et a recueilli son témoignage direct détaillant les mauvais traitements qu’elle a subis aux mains des agents chargés de l’interroger, et ce pendant trois jours. Elle a ajouté que de hauts responsables l’avaient harcelée sans répit pour qu’elle mette fin à sa grève de la faim entamée le 22 novembre pour protester contre sa détention et les actes de torture subis.

« Suha Jbara raconte son calvaire avec force détails. Dans son témoignage, elle explique comment les agents chargés de l’interroger ont bafoué sans vergogne les obligations qui incombent à la Palestine de traiter les prisonniers avec humanité et violé l’interdiction absolue inscrite dans le droit international de la torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants, a déclaré Saleh Higazi, directeur adjoint pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient à Amnesty International.

« Les autorités palestiniennes doivent mener sans attendre une enquête indépendante et impartiale sur ces allégations. Toute personne identifiée comme étant responsable de ces actes doit être suspendue sur-le-champ, poursuivie et traduite en justice. »

Les autorités palestiniennes doivent mener sans attendre une enquête indépendante et impartiale sur ces allégations. 

Suha Jbara a expliqué à Amnesty International que lors de son arrestation, elle a eu une crise de convulsions, a perdu connaissance et a été conduite à l’hôpital.

Plus tard, des membres armés des forces de sécurité l’ont tirée hors de son lit d’hôpital, pieds nus, et l’ont transférée au Centre de détention et d’interrogatoire de Jéricho.

« J’étais dans mon lit, des perfusions aux bras, et je me souviens clairement que des hommes armés sont entrés dans la chambre… Ils ont enlevé les tubes et m’ont tirée dehors. Je me sentais très faible et pouvais à peine bouger ou parler… Ils m’ont fait monter dans un minibus et j’ai dormi par terre. Je me suis réveillée dans un autre endroit et ils m’ont dit « Bienvenue à l’abattoir de Jéricho », raconte-t-elle.

Au centre de détention, un agent chargé de l’interroger lui a jeté de l’eau au visage lorsqu’elle a demandé à boire, l’a giflée, lui a donné des coups de poing à la poitrine et dans le dos, et l’a menacée d’autres violences. Elle a eu les yeux bandés et les mains menottées tout au long de son interrogatoire, et n’a pas été autorisée à boire ni à utiliser les toilettes.

« Il n’a pas cessé de m’insulter, employant un vocabulaire sexuel très grossier et violent, il a menacé de faire venir un médecin pour vérifier ma virginité, m’a traitée de putain et a menacé de s’en prendre à ma famille et de m’enlever mes enfants », explique-t-elle.

Suha Jbara n’a pas été autorisée à s’entretenir avec un avocat durant son interrogatoire et sa déposition a été enregistrée par des procureurs du bureau du procureur général en présence de membres armés des forces de sécurité au centre d’interrogatoire. En outre, elle n’a pas pu lire sa déposition avant de la signer. Le 7 novembre, Suha Jbara a comparu devant le tribunal de première instance de Jéricho, qui a validé la demande du ministère public de prolonger sa détention de 15 jours. Elle a été transférée au Centre pénitentiaire de rééducation de Jéricho le même jour.

Il n’a pas cessé de m’insulter, employant un vocabulaire sexuel très grossier et violent, il a menacé de faire venir un médecin pour vérifier ma virginité, m’a traitée de putain et a menacé de s’en prendre à ma famille et de m’enlever mes enfants. 

Selon son témoignage, Suha Jbara a cessé de s’alimenter le 22 novembre pour dénoncer les actes de torture qui lui ont été infligés lorsqu’elle a été interrogée et la manière inique dont elle est traitée par le ministère public et le système judiciaire. Peu après avoir entamé sa grève de la faim, elle a été emmenée à l’hôpital pour un court séjour avant d’être ramenée au Centre pénitentiaire de rééducation de Jéricho, où elle a été placée à l’isolement pour la punir d’avoir cessé de s’alimenter.

« Je commence à être épuisée. J’ai des douleurs dans le bas du dos, à droite et à gauche, qui descendent parfois jusqu’en bas des jambes. Le plus difficile dans cette grève de la faim, ce sont les pressions que tout le monde exerce sur moi pour que j’arrête », a-t-elle déclaré, ajoutant que plusieurs responsables, dont le gouverneur de Jéricho et un haut fonctionnaire de police, ainsi que les médecins et les infirmières, ont tenté de la persuader de mettre un terme à sa grève de la faim. On lui a dit qu’elle était privée de visites et d’appels téléphoniques de sa famille à titre de sanction. 

« Au lieu de la punir parce qu’elle observe une grève de la faim, ce qui est une forme légitime de contestation, les autorités palestiniennes devraient prendre des mesures pour que Suha Jbara bénéficie d’un procès équitable et soit protégée contre la torture », a déclaré Saleh Higazi.

En outre, elle doit pouvoir consulter sans attendre ses avocats et être protégée contre les actes de torture et les mauvais traitements. Toute procédure judiciaire intentée à son encontre doit respecter les normes internationales d’équité.

Citoyenne palestinienne, américaine et panaméenne, Suha Jbara milite en faveur de la justice sociale et s’implique au sein d’organisations caritatives musulmanes. Elle mène également des activités destinées à soutenir les familles de Palestiniens emprisonnés en Israël. Le 3 novembre, elle a été arrêtée lors d’une violente descente effectuée à son domicile. Elle a ensuite été interrogée et les questions portaient notamment sur la collecte et la distribution d’argent par des moyens illégaux, une accusation qu’elle nie.

Les forces palestiniennes en Cisjordanie et à Gaza sont connues pour arrêter de manière arbitraire des militants, des manifestants et des détracteurs pacifiques, la plupart étant ensuite poursuivis en justice dans le cadre de procédures qui ne respectent pas les normes d’équité.

Amnesty International demande aux donateurs internationaux qui financent le secteur de la sécurité en Palestine de revoir l’assistance qu’ils fournissent aux forces palestiniennes afin de s’assurer qu’elle ne favorise pas des violations des droits humains et soit conforme aux normes internationales.

Source : Amnesty International




Pierre Stambul : « J’abjure ! »

« L’antisionisme est l’une des formes modernes de l’antisémitisme ». C’est lumineux ! Comment n’avais-je pas compris plus tôt ? Merci, monsieur Macron, j’abjure !

Je croyais , comme le disent tous les historiens, qu’il y avait eu en 1948-49 un nettoyage ethnique prémédité de 800 000 Palestiniens, avec de nombreux crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Je croyais qu’Israël avait sciemment violé la résolution 194 de l’ONU sur le retour des réfugiés palestiniens chez eux et avait détruit des centaines de villages pour effacer les traces de la Palestine.
Grâce à vous, je sais qu’une telle pensée est antisémite. D’abord les Palestiniens, ça n’existe pas. Dieu a donné cette terre au peuple juif qui rentre chez lui après 2000 ans d’exil. Ce pays était une terre sans peuple pour un peuple sans terre, les Arabes sont partis d’eux-mêmes et Tsahal est l’armée la plus morale du monde. Quant aux réfugiés, souhaiter leur retour mettrait en doute la légitimité de l’État juif et est donc antisémite. J’abjure !Je croyais naïvement que la colonisation était illégale, que la présence de colons violents à Hébron déversant leurs ordures dans la rue palestinienne et dressant leurs enfants à caillasser les écoliers palestiniens sous l’oeil débonnaire des soldats qui les protègent était une infamie. Je croyais que le mur qui balafre la Cisjordanie avait été condamné par la justice internationale. Je croyais que 850 000 Palestiniens avaient connu la prison depuis 50 ans, que des enfants très jeunes y croupissaient et que la torture y était pratiquée.
Merci, monsieur Macron de m’avoir fait comprendre que de telles pensées sont antisémites. Israël est la seule démocratie du Proche-Orient. Elle a le droit de se défendre, puisque ce sont des terroristes qui l’entourent et souhaiteraient que la Cisjordanie soit « judenrein ». D’ailleurs, comme l’expliquait très justement Monsieur Goldnadel, les Juifs sont chez eux en Judée-Samarie. C’est en Seine-Saint-Denis qu’il y a des colonies de peuplement.
J’abjure !

Je croyais bêtement que Gaza était une cage hermétique, par terre, par mer et par air, où deux millions de personnes étaient retirées du monde. Je pensais que le blocus de Gaza et ses conséquences (manque dramatique d’eau, d’électricité, de médicaments, de produits de première nécessité) était un crime. Il me semblait que les grandes vagues de massacres contre la population de Gaza étaient des horreurs et que les images de soldats poussant des cris de joie après avoir touché mortellement des civils désarmés méritaient des sanctions.
Vous m’avez fait comprendre que de telles pensées sont antisémites. Gaza est dirigée à l’évidence par d’affreux barbus terroristes qui veulent jeter les Juifs à la mer. À Gaza, les gens utilisent les enfants comme boucliers humains. Les soldats sont obligés de tirer pour empêcher une invasion et ils ne font que se défendre. D’ailleurs la France a manifesté en toute occasion son soutien à Israël. Ce sont les Israéliens les victimes et les roquettes qui partent de Gaza sont antisémites.
Merci monsieur Macron, même s’il n’est pas toujours facile de vous comprendre.
J’abjure !

Je croyais superficiellement qu’avec la loi sur « Israël-État-nation du peuple juif », l’apartheid qui existait depuis 1948 avait été légalisé. Entre la Mer et le Jourdain, il y a autant de Juifs israéliens que de Palestiniens. Il me semblait que le fait que les premiers aient tout (les richesses, le pouvoir politique et militaire, la terre …) et que les autres aient été fragmentés en différents statuts de domination relevait de l’apartheid. Il me semblait que l’apartheid était considéré comme un crime et que, contre lui, le boycott était prôné.
Vous m’avez aidé à comprendre le caractère antisémite d’une telle assertion. Si on détruit les villages des Bédouins du Néguev, c’est bien sûr pour les aider à avoir des maisons en dur. Ailleurs. On leur apporte le progrès. Si l’Arabe n’est plus langue officielle, c’est pour que, dans un État juif, les Arabes parlent la langue du pays, c’est progressiste.
Comment n’y avais-je pas pensé ?
Merci monsieur Macron, j’abjure.

Je croyais profondément que les amitiés racistes, fascistes et antisémites de Monsieur Nétanyahou avec les Chrétiens sionistes ou avec Monsieur Orban traduisaient la vraie nature de la direction israélienne. Ces fréquentations me rappelaient des événements anciens : Theodor Herzl expliquant aux dirigeants antisémites de l’Europe qu’il avait le même but qu’eux, faire partir les Juifs d’Europe. Ben Gourion signant en 1933 avec l’Allemagne nazie les accords de Haavara (transfert des Juifs allemands en Palestine) ou Yitzhak Shamir collaborant pendant la deuxième guerre mondiale en faisant assassiner des soldats britanniques.
Vous m’avez fait comprendre que de telles pensées sont antisémites puisque vous-mêmes avez pour ami un ancien du Bétar, monsieur Kalifat (président du CRIF) et que vous donnez du « cher Bibi » à Monsieur Nétanyahou, même quand il vient d’affirmer qu’« Hitler ne voulait pas tuer les Juifs, et c’est le grand mufti de Jérusalem qui lui a soufflé l’idée ». Ces gens-là font tout pour sauver le sionisme, il est antisémite de les critiquer.
J’abjure !

Fils d’un résistant du groupe Manouchian torturé par la police française, je n’avais pas bien compris ce qu’est l’antisémitisme. Merci encore monsieur Macron de me l’avoir expliqué.

J’abjure !

Pierre Stambul

Source : UJFP




Pas d’excuse pour les tirs à balles réelles d’Israël contre des manifestants

28 février 2019

La Commission d’enquête indépendante des Nations Unies sur les manifestations de Gaza de 2018

GENEVE (28 février 2019) : La commission d’enquête indépendante des Nations Unies sur les manifestations dans le Territoire palestinien occupé a présenté aujourd’hui ses conclusions. Le rapport se concentre sur les manifestations dans la Bande de Gaza, connues sous le nom de « Grande Marche du retour et Rupture du siège »

« La Commission a des motifs raisonnables de croire que pendant la Grande Marche du retour, les soldats israéliens ont commis des violations des droits humains internationaux et de la loi humanitaire. Certaines de ces violations pourraient constituer des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité, et Israël doit immédiatement ouvrir une enquête sur elles », a déclaré le président de la commission, Santiago Canton, d’Argentine.

La Commission a été mandatée par le Conseil des droits humains en mai 2018 pour enquêter sur toutes les allégations de violations et d’abus du droit humanitaire international et de la loi internationale sur les droits humains dans le Territoire palestinien occupé, dans le contexte des manifestations à large échelle qui ont commencé à Gaza le 30 mars 2018. La Commission comprend Santiago Canton, d’Argentine (président), Sara Hossain, du Bangladesh et Betty Murungi, du Kénya.

Plus de 6000 manifestants non-armés ont été blessés par des tireurs d’élite de l’armée, semaine après semaine, aux lieux de manifestations à proximité de la barrière de séparation.

La Commission a enquêté sur chaque meurtre aux lieux de manifestation désignés, à proximité de la barrière de séparation avec Gaza, pendant les jours officiels de manifestations. L’enquête couvrait la période allant du début des manifestations jusqu’au 31 décembre 2018. Au cours de cette période, 189 Palestiniens ont été tués pendant les manifestations. La Commission a découvert que les Forces de sécurité israéliennes ont tué 183 de ces manifestants à balles réelles. Trente-cinq de ces morts étaient des enfants, trois portaient des indications claires les identifiant comme personnel médical et deux comme journalistes.

Selon l’analyse de données de la Commission, les Forces de sécurité israéliennes, pendant la période en question, ont blessé 6106 Palestiniens à balles réelles sur les lieux des manifestations. De plus, 3098 Palestiniens ont été blessés par des balles métalliques couvertes de caoutchouc, ou par fragmentation de projectiles, ou été frappés par des bidons de gaz lacrymogène. Quatre soldats israéliens ont été blessés lors des manifestations. Un soldat israélien a été tué un jour de manifestation, mais hors des lieux de manifestations.

« Il n’y a aucune excuse dans le fait de tuer ou de blesser des journalistes, du personnel médical ou des personnes ne posant aucune menace imminente de mort ou de blessure sérieuse à ceux autour d’elles. Il est particulièrement alarmant que des enfants et des personnes handicapées figurent parmi les personnes ciblées», a déclaré Sara Hossain. « Les vies de nombreuses personnes jeunes ont été altérées à jamais. Depuis le 30 mars de l’an dernier, 122 personnes ont subi une amputation d’un membre. Vingt de ces amputés sont des enfants. »

La Commission a des motifs raisonnables de croire que les tireurs israéliens ont visé des journalistes, des travailleurs de santé, des enfants et des personnes handicapées, tout en sachant qu’ils étaient clairement identifiables comme tels.

Sauf lorsque c’est entrepris légalement en tant qu’auto-défense, tirer intentionellement sur un civil qui ne participe pas directement aux hostilités est un crime de guerre. La Commission a trouvé des motifs raisonnables de croire que des membres individuels des Forces de sécurité israéliennes, pendant leur réponse aux manifestations, ont tué et blessé des civils qui, soit ne participaient pas directement aux hostilités, soit ne posaient aucune menace imminente. Ces graves violations des droits humains et du droit international pourraient constituer des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité.

La Commission a pris note de l’affirmation israélienne selon laquelle les manifestations à la barrière de séparation masquaient des « activités terroristes » de groupes armés palestiniens. Les résultats de l’enquête de la Commission, cependant, sont que les manifestations étaient civiles par nature, avec des objectifs politiques clairement affirmés. En dépit de quelques actions d’une violence significative, la Commission a trouvé que les manifestations ne constituaient pas un combat ou une campagne militaire.

La cadre légal applicable était donc basé sur la loi internationale des droits humains. Cette décision n’a pas changé, même si l’enquête de la commission a révélé que certains manifestants étaient membres de groupes organisés armés. D’autres étaient membres de partis politiques. La loi internationale des droits humains interdit l’usage de la force lorsqu’elle est fondée seulement sur l’affiliation réelle ou alléguée d’une personne à un groupe, quel qu’il soit, et non sur sa conduite.

La Commission a découvert que certains membres du Comité national supérieur organisant les manifestations, qui inclut des représentants du Hamas, a encouragé ou protégé l’utilisation aveugle, par les manifestants, de cerfs-volants ou de ballons incendiaires, apeurant des civils et provoquant des dommages significatifs à la propriété dans le sud d’Israël. La Commission a conclut que le Hamas, comme autorité de facto à Gaza, a échoué à empêcher ces actions.

La Commission a mené 325 interviews avec des victimes, des témoins et des sources, et a rassemblé plus de 8000 documents. Une partie intégrante de l’enquête a été l’analyse exhaustive es réseaux sociaux, et de grandes quantités de matériel audio-visuel montrant des incidents, dont des enregistrements par des drones.

La Commission a été mandatée par le Conseil des droits humains des Nations Unies pour se concentrer sur les responsabilités et identifier les responsables des violations et crimes internationaux allégués.

« La Commission placera l’information pertinente dans un dossier confidentiel à remettre au Haut Commissaire des droits humains, afin de donner l’accès de cette information aux mécanismes de justice nationaux et internationaux. La Cour pénale internationale est déjà concernée, a dit Betty Murungi. 

Comme l’anniversaire de la Grande Marche du retour du 30 mars approche, les commissaires incitent toutes les personnes impliquées à la modération.

Le meurtre et la mutilation à large échelle du 30 mars de l’an dernier, où 18 personnes ont été tuées et plus de 700 blessés, et du 14 mai, où 60 personnes ont été tuées et plus de 1100 blessées, ne doivent pas se répéter. « Les tirs doivent cesser », a déclaré Sara Hossain.

« Israël a maintenant la responsabilité d’enquêter sur chaque meurtre et sur chaque blessure relatifs aux manifestations, rapidement, impartialement et indépendamment, en accord avec les standards internationaux, afin de déterminer si des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité ont été commis, dans la perspective de faire rendre des comptes à ceux trouvés responsables », a dit Santiago Canton. « Nous incitons aussi les organisateurs, les manifestants et les autorités de facto à Gaza, à s’assurer que la Grande Marche du retour soit entièrement pacifique, comme c’est son intention ».

« La Commission conclut que ces manifestations étaient un appel à l’aide de la part d’une population désespérée », a rappelé Santiago Canton. « Non seulement Israël, mais aussi les autorités de facto, dirigées par Hamas et par l’Autorité palestinienne, ont des responsabilités envers elle. La Commission appelle Israël à lever le blocus de Gaza et aux trois responsables d’assumer leurs responsabilités et d’améliorer la situation de la vie quotidienne à Gaza. »

Les autorités israéliennes n’ont pas répondu aux requêtes répétées de la Commission pour obtenir des informations et l’accès à Israël et au Territoire palestinien occupé.

Un rapport plus complet, contenant des informations factuelles et contextuelles détaillées, sera publié et présenté au Conseil des droits humains le 18 mars 2019 à Genève.

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Pour accéder au rapport résumé de la Commission et pour plus d’information, consultez la page web du rapport.

Contacts médias:
Johan Eriksson: +41 76 691 10 82, mediacoioptprotests@ohchr.org
Rolando Gómez: +41 22 917 97 11, rgomez@ohchr.org
Cédric Sapey: +41 22 917 9845, csapey@ohchr.org

Les médias peuvent demander des interviews au numéro +41 22 917 81 82.

Des images non montées à destination des diffuseurs peuvent être téléchargées ici:
Video 1 (Compilation d’incidents à la barrière de séparation de Gaza pendant les manifestations)
La Voix de l’autre côté de la barrière) [liste des plans et synopsis]
Video 3 (Enfants blessés) [liste des plans et synopsis]
D’autres vidéos sont aussi disponibles : www.youtube.com/c/UNHumanRightsCouncil

Une conférence de presse sera diffusée en direct à http://webtv.un.org/  et retransmise en direct

Du matériel de radiodiffusion supplémentaire sera disponible à https://www.unmultimedia.org/tv/unifeed/

Traduction : CG pour l’Agence Média Palestine et l’AURDIP
Source : United Nations Human Rights Council




Des enquêteurs de l’ONU appellent à des arrestations pour crimes de guerre à Gaza 

Maureen Clare Murphy – 28 février 2019

Des Palestiniens évacuent Karim Kullab après qu’il ait reçu des coups de feu de snipers israéliens durant les manifestations de la Grande Marche du Retour, le 21 septembre 2018. Kullab, qui était âgé de 25 ans, est mort des suites de ses blessures plus tard le jour même. Mohammed Zaanoun, ActiveStills. 

Les forces israéliennes ont peut-être commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité en utilisant des forces militaires léthales contre des manifestants non armés à Gaza, ainsi que l’a découvert une commission d’enquête indépendante de l’ONU.

« Les forces de sécurité ont commis de graves violations des droits humains et du droit humanitaire international » a établi mardi, Santiago Canton, le chef de la Commission.

« Ces violations justifient clairement une enquête criminelle et des poursuites » a-t-il ajouté.

« (Les forces israéliennes) ont intentionnellement tiré sur des enfants, elles ont intentionnellement tiré sur des infirmes, elles ont intentionnellement tiré sur des journalistes, sachant que c’étaient des enfants, des handicapés et des journalistes », a dit Sara Hossein, une des trois autres enquêteurs désignés par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies.

La commission, formée après que 60 personnes aient été tuées en une seule journée de manifestation en mai dernier, a été chargée d’identifier les responsables des violations des droits en rapport avec les manifestations de la Grande Marche du Retour le long de la frontière est de Gaza.

Israël a refusé de coopérer avec les enquêteurs de l’ONU et leur a refusé l’entrée dans le pays. Les enquêteurs ont été empêchés par l’Égypte d’accéder à Gaza par son territoire pour des raisons de sécurité, mais l’Égypte a, par ailleurs, coopéré, selon le rapport de la commission.

Les États Unis, un des deux pays à voter contre la formation de la commission, se sont retirés de cette institution de l’ONU en signe de protestation.

Le rapport de la commission appelle Israël à lever immédiatement le blocus qu’il exerce sur Gaza – une des revendications clef de la Grande Marche du Retour – et d’enquêter sur « tout assassinat et blessure liés à une manifestation, rapidement, impartialement et en toute indépendance ». 

Faire reconnaître les responsabilités

Un fichier confidentiel contenant des dossiers sur des gens suspectés d’avoir perpétré des crimes à l’échelle internationale en lien avec la Grande Marche du Retour seront remis à la Haute-Commissaire aux droits de l’homme pour transmission à la Cour pénale internationale.

La situation en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza est sous observation préliminaire par la Cour pénale internationale depuis 2015. Son procureur en chef a publié un avertissement sans précédent à l’égard des dirigeants israéliens l’an dernier, comme quoi ils pouvaient être poursuivis pour l’assassinat de manifestants non armés à Gaza.

Reconnaissant que les Palestiniens de Gaza n’ont pas la possibilité de s’adresser aux tribunaux en Israël, le rapport d’enquête recommande que les États membres de l’ONU « considèrent l’imposition de sanctions telles que l’interdiction de voyager ou le gel d’avoirs pour ceux identifiés comme responsables par la commission ».

Le rapport appelle aussi les États tiers à arrêter « des personnes supposées avoir commis ou ordonné la commission de crimes internationaux » ou de chercher à les extrader.

Tandis que les leaders israéliens ont réagi violemment au rapport de la commission, les appels des enquêteurs de l’ONU à la reconnaissance de responsabilité ont été bien accueillis par les groupes de défense des droits humains et par ceux qui font campagne : commentaires de la campagne BDS, du Centre Al Mezan, de Hal-Aq, de Gisha, d’Amnesty International et de B’tselem.

Voici le commentaire de B’Tselem :

Nous apprécions aujourd’hui les recommandations de la Commission d’enquête @UN_HRC sur la Grande Marche du Retour, pour des sanctions envers les responsables israéliens. 

Nous réitérons l’appel aux États pour mettre en œuvre un embargo militaire sur Israël et pour l’intensification de campagnes #BDS à la base.

Une commission d’enquête sur la Grande Marche du Retour pour le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a annoncé aujourd’hui que les forces israéliennes avaient commis « des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité » en tuant délibérément et en blessant des journalistes palestiniens, des travailleurs de la santé, des enfants, des handicapés et d’autres civils non armés.

Le Comité National BDS (BNC) apprécie la recommandation de la Commission selon laquelle les États devraient sanctionner les représentants d’Israël responsables de ces crimes contre les Palestiniens de Gaza qui protestent contre des décennies de politique israélienne de nettoyage ethnique, de siège et de déni des droits.

En sus des sanctions individuelles, le BNC réitère son appel aux États pour la mise en œuvre d’un embargo militaire sur Israël à double sens, qui mette fin à tous les achats et ventes d’armes vers et depuis Israël, à la recherche militaire et aux partenariats militaires ou policiers.

Nous réitérons aussi l’appel à la société civile dans le monde pour qu’elle continue à se mobiliser afin que cesse l’impunité d’Israël, en intensifiant les campagnes de Boycott, Désinvestissement et Sanctions.

BDSmovement.net                                                                         

Près de 200 manifestants non armés ont été tués et 6 100 autres blessés par des snipers de l’armée, entre le lancement des manifestations de la Grande Marche du Retour du 30 mars et le 31 décembre 2018, qui a été la période d’observation des enquêteurs de l’ONU.

« 3 098 Palestiniens de plus ont été blessés par des balles à fragmentation, des balles enrobées de caoutchouc et touchés par des grenades lacrymogènes » selon le rapport de la commission.

Quatre soldats israéliens ont été blessés au cours des manifestations.

Aucun civil israélien n’a été tué ni blessé en raison des manifestations, bien que des ballons incendiaires et des cerfs-volants lancés de Gaza aient « causé de sérieux dégâts sur des biens » dans le sud d’Israël ; les experts de l’ONU critiquent les autorités du Hamas de Gaza pour ne pas avoir fait cesser l’utilisation sans discernement de ces engins ».

La commission a enquêté sur tous les décès des manifestations et ont minutieusement examiné les circonstances de 300 blessures par balles réelles.

Les enquêteurs ont noté un seul incident le 14 mai « qui peut être assimilé à une participation directe aux hostilités » et un autre incident le 12 octobre « qui peut avoir constitué une menace imminente pour la vie ou de blessure grave pour les forces de sécurité israéliennes ».

Usage illégal de la force

Dans tous les autres cas, la commission a trouvé que « l’utilisation de balles réelles par les forces de sécurité israéliennes contre les manifestants ne respectait pas le droit ».

Les forces israéliennes « ont tué et blessé des civils qui soit ne participaient pas directement aux hostilités, soit ne constituaient pas de menace imminente. Ces graves violations des droits humains et du droit humanitaire peuvent constituer des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité ».

Des quantités considérables d’enregistrements audio et vidéo des manifestations ont été examinées par la commission. La brève vidéo publiée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU documente le fait que des manifestants non armés, dont des enfants, ont reçu des coups de feu et ont été tués ou ont subi des blessures invalidantes.

Vidéo :

Rafah, au sud : Ahmed Abu Tyour, 16 ans, mortellement blessé, est mort de ses blessures le lendemain à l’hôpital

Khan Younis, à l’est : Osama Migdad, 21 ans, touché à l’abdomen, a survécu

Burejj, à l’est : Mohammad Shaqqura, 20 ans, mortellement blessé, est mort le lendemain à l’hôpital à Gaza

Burejj, à l’est : Nour Hassan Ali El Taweel, touché à la jambe, la blessure a entraîné l’amputation

Malaka, au nord-est : un élève de 17 ans, touché à la jambe, la blessure a entraîné l’amputation

Malaka, au nord-est : Othman Rami Jawad Hillis, 14 ans, touché au torse, mort de ses blessures ; l’armée israélienne a ouvert une enquête criminelle à propos de sa mort

Abu Safia, au nord : Ahmada Abu Hussein, journaliste de 24 ans, mortellement blessé, mort de ses blessures 12 jours plus tard dans un hôpital israélien

Abu Safia, au nord : Abed el Fatah Abed el Nabi, 19 ans, mortellement blessé, mort de ses blessures le jour-même

Le rapport de 22 pages publié jeudi par la commission d’enquête – une version longue sera disponible la semaine prochaine – décrit des manifestants ciblés par des snipers alors qu’ils brandissent des drapeaux palestiniens, des ambulanciers visés alors qu’ils viennent au secours des blessés et des enfants tués en position assise ou en train de danser ou simplement dans la foule.

Trente-cinq enfants ont été tués pendant les manifestations de la Grande Marche du Retour en 2018 (cinq de plus cette année). Des enfants ont été tués alors qu’ils ne représentaient pas « de menace imminente de mort ou de blessure grave pour les soldats » et quatre d’entre eux ont été abattus alors qu’ils marchaient ou fuyaient les abords de la barrière » d’après le rapport de la commission d’enquête.

« Les forces israéliennes ont causé des invalidités permanentes à nombre des 940 enfants sur lesquels elles ont tiré pendant les manifestations » : c’est ce qu’établit le rapport. 

Ahmad Ghanem, un élève de 15 ans, a été dans le coma pendant une semaine après avoir reçu des coups de feu pendant une des manifestations. Lui et son père décrivent leur calvaire dans une vidéo du Conseil des droits de l’homme de l’ONU :

Vidéo :

Le fils : « Je m’appelle Ahmad Mohammed Hassan Ghanem, j’habite dans le camp de réfugiés de Burejj. J’ai été blessé le 1er juin. J’ai 15 ans. J’ai été blessé au bras et au torse. J’ai vu des gens, certains lançaient des pierres, je me suis joint à eux et j’ai été touché. Je suis resté dans le coma pendant une semaine. Mes blessures ont été portées sur le bras, le torse, les poumons et le foie. Je ne pense pas que je retrouverais un état normal »

Le père : « À 3h du matin j’ai remarqué qu’il n’était pas là, je suis sorti pour aller le chercher. La barrière est à peu près à 1 500 m de notre maison ; le camp de la Grande Marche du Retour est à peu près à 1 000 m de chez nous. Je l’ai trouvé dans la zone de la manifestation, à 50 m à l’est de la rue Jakar. J’allais le ramener à la maison. J’étais à 4 m de lui quand j’ai entendu des coups de feu. C’était Ahmad, il est tombé. Quelques gars l’on amené sur un brancard qui était à côté de moi. On l’a mis sur le brancard puis dans l’ambulance et à l’hôpital. La situation était calme ce jour-là. Il était à 300-350 m de la barrière. Même si quelqu’un lançait des pierres, elles ne seraient pas allées bien loin. Chaque fois qu’il est allé près des barbelés, je l’ai ramené. Voyez, la plupart des parents sont contre la présence de leurs enfants à la barrière. Mais la Grande Marche du Retour est un cri de notre souffrance. C’est comme un cri de douleur de l’intérieur du blocus ».

 

Personnel médical et journalistes tués

De même que les snipers israéliens ont visé des enfants en sachant que c’était des enfants, le personnel médical et les journalistes qui étaient identifiés comme tels ont été visés et tués intentionnellement, selon la commission d’enquête.

Son rapport déclare que le territoire palestinien occupé, soit Gaza et la Cisjordanie, « est l’un des lieux les plus dangereux du monde pour les professionnels de la santé ».

Trois auxiliaires médicaux ont été tués en service pendant les manifestations de la Grande marche du retour.

Les soldats ont tiré sur quatre journalistes dans l’abdomen, « juste en dessous de leurs gilets marqués ‘Presse’ », deux en sont morts.

Des personnes avec des handicaps visibles ont également été intentionnellement visées, dont Fadi Abu Salmi, qui avait été amputé des deux jambes à la suite d’une frappe israélienne pendant la décennie passée. Deux manifestants sourds ont également été visés à la tête et tués.

Des femmes et des hommes ont été visés au bas-ventre et à l’entre-jambe. Des victimes ont déclaré à la Commission « qu’ils avaient maintenant peu de chances de pouvoir avoir des enfants ».

Les manifestants ont subi des blessures horribles. Un médecin international a décrit aux enquêteurs de l’ONU « de grandes plaies ouvertes sur les jambes, avec la peau et les muscles ‘explosés’, des os réduits en morceaux, et des atteintes aux vaisseaux sanguins provoquant des dommages vasculaires menaçant le membre tout entier ».

Le nombre stupéfiant de victimes prive des familles entières de moyens de subsistance et le fardeau retombe sur les femmes, ajoutant encore à la pression que subissent les Palestiniens à Gaza, où le chômage est le plus élevé au monde.

Les milliers de blessés ont aussi un « impact sur le système de santé pour tous les Gazaouïs », selon le rapport, les hôpitaux devant leur affecter des ressources destinées aux soins médicaux ordinaires.

« Environ 8 000 opérations programmées ont été annulées ou reportées, créant un retard qu’il va falloir des années pour rattraper », déclare le rapport.

En même temps, Israël a refusé des permis de sortie à des Palestiniens blessés qui nécessitaient des traitements qui ne sont pas disponibles à Gaza.

COGAT, le bras bureaucratique de l’occupation militaire israélienne, a refusé un permis de voyage à la famille de Zakaria Bishbish, 14 ans, blessé par balle pendant la manifestation du 30 mai, sans donner de raison. Le garçon est mort de ses blessures le 18 juin.

Dans la vidéo ci-dessous, Khalil al-Faki, 19 ans, décrit la peine qu’il a eu à recevoir les soins médicaux nécessaires – il a été obligé de voyager seul à l’étranger avec une blessure grave – et qu’il devra porter une prothèse à la jambe pour le restant de ses jours, après avoir reçu une balle d’un sniper israélien :

Vidéo : Commission d’enquête sur les manifestations de Gaza : l’une des 4900 blessures aux jambes

 « Je suis le blessé Khalil Yasser Khalil Al-Faki. Je viens du camp de réfugiés de Nuseirat. Je suis né en 1999. J’ai été blessé à l’est de Bureij. J’étais là-bas avec deux autres garçons. Nous avons apporté des tonneaux bleus aux manifestants pour qu’ils s’en servent comme boucliers. Nous avons mis le feu à deux pneus. Je remplissais les tonneaux de sable pour qu’ils résistent aux balles.

« Je m’étais agenouillé pour remplir les tonneaux, et tout à coup j’ai eu un choc en réalisant que j’étais blessé à la jambe, je n’avais pas entendu de coup de feu. Ma jambe était ouverte depuis le milieu et elle saignait. Le gars qui était avec moi m’a aidé. Il m’a tiré sur le sol. On est allés vers les médecins. La blessure était grave. Ils n’arrivaient pas à la traiter et ma jambe est devenue noire.

« La troisième fois que j’ai demandé à passer par l’Égypte, ils m’ont accepté – mais ils ont refusé qu’on m’accompagne. Je voyageais avec une poche de sang fixée sur la poitrine et une glacière contenant des poches de mon sang. J’ai dû continuer mon voyage tout seul. Je suis allé en Turquie. J’étais l’un des plus gravement blessés parmi ceux qui sont allés se faire soigner en Turquie.

« Je dois subir encore une opération pour les nerfs. Le chirurgien en a discuté avec un professeur. Le médecin a dit que l’opération pourrait causer une paralysie partielle. Je n’ai plus de nerf entre là et là, il a été sectionné. Le médecin ne voulait pas prendre le risque d’endommager plus gravement les nerfs. Alors, je vais devoir vivre avec cette prothèse à la jambe pour le restant de mes jours.

Quoi qu’il en soit, Grâce à Dieu. »

Analyse juridique israélienne réfutée

La Commission d’enquête a réfuté les tentatives de justification de son utilisation d’armes léthales contre les manifestants.

Israël continue à arguer que les manifestations de Gaza et sa répression « font partie du conflit armé entre l’organisation terroriste Hamas et Israël ».

Mais les enquêteurs de l’ONU font écho à ce que les groupes de défense des droits humains palestiniens avaient déclaré précédemment : que les manifestations le long de la frontière de Gaza avec Israël relèvent du droit civil régi par le droit international des droits de l’homme.

La commission d’enquête affirme la nature civile des manifestations et « leurs buts politiques clairement déclarés ».

La Grande marche du retour est née de l’appel du poète et journaliste Ahmed Abu Artema en janvier 2018 à une marche non-violente sur la frontière entre Gaza et Israël pour attirer l’attention internationale sur le droit des réfugiés palestiniens à retourner sur les terres dont leurs familles ont été expulsées en 1948.

Les trois quarts de la population de Gaza, qui compte deux millions d’habitants, sont des réfugiés enregistrés.

Les résolutions 194 et 3236 de l’Assemblée générale de l’ONU affirment le droit des réfugiés palestiniens au retour mais Israël continue de les en empêcher au prétexte que « cela menacerait l’existence d’Israël en tant qu’État juif ».

Abu Artema a dit que son appel à une mobilisation de masse dans le Gaza assiégé et appauvri « était comme planter une graine prête à germer dans un sol fertile ».

Sous occupation militaire depuis 1967 et sous blocus aérien, terrestre et maritime depuis 2007, les jeunes de Gaza « n’ont aucun espoir en l’avenir », selon Abu Artema. « Quelque chose devait être fait, nous ne pouvions plus attendre. »

Il décrit le 14 mai – jour pendant lequel des dizaines de manifestants ont été tués, raison pour laquelle les appels à une enquête de l’ONU ont été lancés – comme « un jour sanglant », dans la vidéo de son interview ci-dessous :

Un journaliste international qui a couvert les manifestations ce jour-là a décrit aux enquêteurs de l’ONU « les tirs lents, méthodiques. Toutes les quelques minutes, vous entendiez un coup de feu et vous voyiez quelqu’un tomber. Puis un autre coup et une autre personne tombait. Cela a duré pendant des heures ».

Le journaliste a ajouté : « Je ne pourrais pas dire combien de personnes j’ai vu se faire tirer dessus parce qu’il y en avait trop. J’ai couvert les guerres de Syrie, du Yémen, de la Lybie. Je n’ai jamais rien vu de tel. Les tirs lents et méthodiques. C’était juste choquant ».

Traduction : SF-MUV pour l’Agence Media Palestine
Source : The Electronic Intifada




Anti-Zionism is an opinion, not a crime

Original published in the French daily newspaper Libération, 28 February 2019

https://www.liberation.fr/debats/2019/02/28/l-antisionisme-est-une-opinion-pas-un-crime_1712216

Anti-Zionism is an opinion, not a crime

28 February 2019

For the 400 signatories of this text, anti-Zionism is a legitimate opinion in opposition to Israel’s colonising logic. The fact that it may serve as an alibi for anti-semites does not justify it being banned.

Mr President, you recently stated your intention to criminalise anti-Zionism. You made this declaration after having discussed it by telephone with Benjamin Netanyahu, shortly before you went to the CRIF dinner.

Mr President, you are aware that the Constitution of the Republic, in its Article 4, states that “the law guarantees pluralistic expressions of opinion”. Anti-Zionism is an opinion, a school of thought born among European Jews at the time when Jewish nationalism was starting to develop. It opposes the Zionist ideology that encouraged (and still encourages) the installation of the world’s Jews in Palestine, today Israel.

The key argument of anti-Zionism was, and is still, that Palestine was never a land empty of inhabitants that a “people without land” would be free to colonise due to a divine promise made to it, but a land peopled by very real inhabitants for whom Zionism was soon to become synonymous with exodus, pillage and the denial of all of their rights. Anti-Zionists were, and still are, anti-colonialists. To forbid them to express themselves, on the pretext that some racists may use this term to conceal their anti-semitism, is absurd.

Mr President, we want French Jews to be able to stay in France, to feel safe here, and for heir freedom of expression and thought to be respected in its pluralism. The increase in disgraceful anti-semitic acts revives the traumatism and fear of the unheard-of violence that was suffered by their parents at the hands of the French State and of a French society that widely collaborated with their persecutors. We thus hope that you will employ significant educational resources, and that the perpetrators of those acts be severely punished. But we certainly do not wish that you deliver the Jews of France and their memory into the arms of the Israeli far right, as you do by conspicuously displaying your closeness to the sinister “Bibi” and his French friends.

This is why we want to let you know that we are anti-Zionists and that some of our best friends identify themselves likewise. We feel respect and admiration for such activists for human rights and international law who, in France, in Israel, and around the world, bravely struggle and denounce the intolerable brutality that the fiercest Zionists practise against the Palestinians. Many of these activists call themselves anti-Zionists because Zionism has proved that when the colonising logic is pushed to the extreme, as is the case today, it is neither good for the Jews of the world, nor for the Israelis, nor for the Palestinians.

Mr President, we are French citizens who respect the laws of the Republic. But if you move for the adoption of a law against anti-Zionism, or if you officially adopt an erroneous definition of anti-Zionism that would permit legislation against it, be aware that we will break such an iniquitous law by our statements, by our texts, by our artistic works and by our acts of solidarity. And if you wish to prosecute us, to silence us, or even to lock us up, well, you can come and get us.

Initial signatories : 

Gilbert Achcar universitaire Gil Anidjar professeur  Ariella Azoulay universitaire  Taysir Batniji artiste plasticien  Sophie Bessis historienne J ean-Jacques Birgé compositeur  Simone Bitton cinéaste  Laurent Bloch informaticien  Rony Brauman médecin  François Burgat politologue 

Jean-Louis Comolli cinéaste  Sonia Dayan-Herzbrun sociologue Ivar Ekeland universitaire  Mireille Fanon-Mendès France ex-experte ONU  Naomi Fink professeure agrégée d’hébreu Jean-Michel Frodon critique et enseignant  Jean-Luc Godard cinéaste  Alain Gresh journaliste  Eric Hazan éditeur  Christiane Hessel militante et veuve de Stéphane Hessel Nancy Huston écrivaine  Abdellatif Laâbi écrivain  Farouk Mardam-Bey éditeur  Gustave Massiah économiste  Anne-Marie Miéville cinéaste  Marie- José Mondzain philosophe   Ernest Pignon-Ernest artiste plasticien  Elias Sanbar écrivain, diplomate  Michèle Sibony enseignante retraitée  Eyal Sivan cinéaste  Elia Suleiman cinéaste  Françoise Vergès politologue.

See the complete list of signatories here : https://bit.ly/2BTE43k




Plus de 30 intellectuels et militants de New York espionnés par d’anciens agents du Mossad

28 février 2019 

NEW YORK—Palestine Legal a confirmé qu’en 2017, la tentative de semer la peur parmi les New-Yorkais soutenant le boycott en faveur des droits des Palestiniens, par de fausses lettres de mises en demeure, était le fait d’ex agents du Mossad.

Le journaliste du New Yorker, Adam Entous, a relaté comment une compagnie privée de renseignement appelée Groupe Psy avait espionné des défenseurs des droits des Palestiniens. « La compagnie dit que ses agents dressaient des listes d’individus et d’organisations à cibler » écrit Entous.

L’article présente Hatem Bazian, chargé de cours à l’Université de Californie à Berkeley, qui a été visé par le Groupe Psy en même temps que huit autres militants pour les droits des Palestiniens.

Avant de s’étendre en Californie, la campagne avait initialement ciblé des soutiens de la cause sur des campus de New York, selon l’article.

Une tentative semblable fut la liste noire en ligne, désormais désactivée, outlawbds.com, dont les opérateurs envoyaient des dizaines de fausses lettres menaçant des étudiants, des professeurs et des militants de base de « poursuites en justice » s’ils ne cessaient pas définitivement leur soutien au boycott, au désinvestissement et aux sanctions (BDS) pour les droits des Palestiniens. L’article du New Yorker identifie le Groupe Psy comme opérateur du site.

« Il est effrayant de penser que des ex agents du Mossad étaient derrière cet espionnage » dit l’avocate senior Radhika Sainath qui a conseillé plus de 30 personnes ciblées par ces lettres. « Le Mossad a bien une histoire de surveillance, de sabotage et d’assassinats de militants palestiniens dans le monde entier ».

Les gens qui ont été visés par d’anciens agents des renseignements israéliens au sein du Groupe Psy sont des professeurs de l’Université Columbia, de l’Université de New York, de multiples campus universitaires de l’Université de la ville de New York (CUNY) de même que des volontaires noirs, juifs et palestiniens de groupes tels que Adalah-NY et Jewish Voice for Peace.

« Il est scandaleux que des professeurs et des étudiants d’universités américaines publiques soient espionnés et menacés par d’anciens agents d’un pays étranger » dit Sarah Schulman, qui a été visée par le Groupe Psy. « Heureusement, l’engagement d’Américains de base en faveur des droits des Palestiniens augmente chaque jour et aucun niveau d’opérations secrètes menaçantes ne peut arrêter cet élan ».

Bien que outlawbds.com et le Groupe Psy n’existent plus, les tactiques et les méthodes qu’ils employaient – sites anonymes de listes noires, fausses présentations utilisées pour cibler ou influencer des gens et campagnes de dénigrement – sont toujours employées par d’autres groupes anti Palestiniens, dont certains partagent peut-être des informations avec le gouvernement israélien. L’exemple le plus connu est la liste noire du site de Canary Mission qui a ciblé des centaines d’étudiants et d’enseignants qui plaident pour les droits des Palestiniens.

Si les relations du Groupe Psy avec des services de renseignement ou des agences du gouvernement d’Israël ne sont pas établies clairement, le fait de se coordonner avec un gouvernement étranger pour espionner secrètement des gens aux États Unis peut être une violation des lois fédérales. Le gouvernement israélien a lui-même encouragé et financé de telles activités pour saper clandestinement le mouvement de défense des droits des Palestiniens.

Les noms des militants, des enseignants des Universités Columbia et CUNY ciblés par le Groupe Psy sont visibles pour des commentaires dans les media. Veuillez contacter media@palestinelegal.org pour plus d’information. 

Source : Palestine Legal
Traduction : SF pour l’Agence Media Palestine




Apprendre la Palestine : Dedans/dehors : l’art palestinien face aux cadres et aux frontières / 7 mars à Paris

Dedans/dehors : l’art palestinien face aux cadres et aux frontières.

au Labo 6 de la MIE, 76 bis rue de Rennes 75006 Paris 

Présentation de la séance:

A nouveau nous parlerons d’art palestinien. D’un art qui se cherche hors des sentiers battus et des rôles convenus. De tableaux qui sont en prise avec les cadres et les frontières de l’art, de l’engagement, de l’exil, de la Palestine. Comment rendre compte d’un espace qui nous garde en captivité ? Quel rapport entretient-on avec un lieu qui nous échappe et qui se trouve bien souvent hors de portée ? Que peut-on esquisser à partir de matériaux composites et d’identités fragmentées ?

Pour discuter de toutes ces questions, nous recevrons Jad Salman, artiste plasticien et palestinien. Son œuvre traite à la fois de fragmentation et d’attachement, d’espaces et d’identités, de « dehors » et de « dedans ».

Dedans/dehors : l’art palestinien face aux cadres et aux frontières sur facebook: https://www.facebook.com/events/788520371507490/

Visitez le blog : http://apprendrelapalestine.blogspot.com/

https://www.youtube.com/channel/UCzYuv2Nc4oSWuObCLibdT4A/




Des ministres israéliens promettent d’établir « 2 millions de Juifs » en Cisjordanie au moment où le gouvernement approuve la construction de 1000 logements supplémentaires au milieu de collectivités palestiniennes

Yumna Patel – 24 février 2019 

Un Palestinien devant sa propriété qui surplombe la colonie israélienne de Har Homa, Cisjordanie, 18 février 2011. (Photo: UPI/Debbie Hill)

Israël a approuvé quelque 400 unités d’habitation inscrites dans un énorme projet de colonie qui traverse tout Jérusalem Est occupée et atteint Jérusalem Ouest, selon des media israéliens.

Le comité d’aménagement et de construction de Jérusalem a approuvé le projet en début de semaine, ouvrant la voie à 4 416 nouvelles unités d’habitation dans la ville.

Selon des rapports locaux, les logements vont être construits dans les quartiers de Shouafat et de Beit Hanina à Jérusalem Est, 464 seront dans la colonie de Gilo qui est bâtie sur le territoire de la ville de Beit Jala à Bethléem et 480 dans les quartiers de Kiryat Youval et de Kyriat Menachem de Jérusalem Ouest.

« Ce sont de bonnes nouvelles pour moi et pour les jeunes couples de Jérusalem » a dit le maire de Jérusalem, Moshé Lion.

« Nous allons développer le logement et ramener les jeunes chez eux. C’est le début et bientôt le ciel de Jérusalem sera rempli de grues ».

Le projet de colonie verra aussi, selon ce qui est rapporté, l’extension de la zone industrielle d’Atarot en Cisjordanie occupée, dans le district central de Ramallah.

La nouvelle arrive juste deux semaines après des rapports selon lesquels des dizaines de ministres israéliens et de députés du Likoud de Netanyahou ainsi que d’autres partis de droite ont signé une pétition pour favoriser un plan de colonisation qui donnerait lieu à l’établissement de 2 millions de Juifs en Cisjordanie occupée.

Selon les agences de presse juives (JNS), parmi les signataires de la déclaration se trouvaient les ministres israéliens de la justice, de l’éducation, des transports, du tourisme, de la protection de l’environnement et des affaires de Jérusalem, de la sécurité publique, de la culture, des communications, de l’immigration et de l’égalité sociale.

La déclaration du mouvement dit ceci :  « Par la présente je m’engage à être loyal-e envers la terre d’Israël, à ne pas céder un pouce de l’héritage de nos ancêtres. Par la présente je m’engage à agir pour la réalisation du programme de construction de colonies pour l’installation de 2 millions de Juifs en Judée-Samarie… ainsi qu’à encourager et à mettre en oeuvre la restitution de toutes les terres de Judée et de Samarie. Je m’engage à agir à l’annulation de la déclaration de deux États pour deux peuples et à la remplacer par la déclaration majestueuse : « La terre d’Israël : Un pays pour un Peuple ».

Le JNS a cité l’ainsi nommé mouvement Nahala dans une déclaration, disant que la signature de la pétition avant les élections « constituait un test de loyauté idéologique et éthique pour les différents candidats ».

Le nombre de colons vivant en Cisjordanie occupée et à Jérusalem Est dans des colonies considérées comme illégales au regard du droit international, est estimé à 622 000.

Beaucoup de colonies sont construites sur des terres privées appartenant à des Palestiniens et des enquêtes montrent que tous les contrats pour l’établissement des colonies en Cisjordanie sont des faux.

Les colons israéliens s’installent souvent dans les territoires occupés pour des raisons politiques et religieuses et ils sont nombreux à se voir comme habitant une terre qui est la leur de droit – et ils revendiquent leur prétention sur cette terre par la violence contre les Palestiniens et contre leurs biens.

Traduction : SF pour l’Agence Media Palestine
Source : Mondoweiss




Un hacker se cachant en Israël doit subir un procès en France pour la mort d’un homme

Par Ali Abunimah, 12 février 2019

Grégory Chelli, connu sous le surnom de Ulcan, fuit la justice française en Israël. (via Twitter)

Les procureurs français demandent à un tribunal parisien de poursuivre le procès du hacker sioniste Ulcan en rapport avec la mort du père d’un journaliste qui avait fait un reportage sur ses attaques contre les sites web pro-palestiniens.

Ulcan, dont le nom réel est Grégory Chelli, est un citoyen français qui vit en Israël depuis 2010 et est sous le coup d’une demande d’extradition et d’un mandat d’arrêt émis par un juge français en 2015.

Le 31 janvier, selon l’agence  France Presse (AFP) , le procureur de Paris a demandé à un juge d’ordonner que Chelli comparaisse en justice pour « des actes de violence causant la mort sans intention de la donner » — une accusation  pouvant aller jusqu’à 15 ans de prison – menaces de morts, fausses déclarations et autres actions.

Chelli a été accusé d’une série de faux appels qui ont eu pour conséquence de violentes descentes de police chez des personnes innocentes.

Un appel mortel

Dans l’incident le plus connu, Chelli a ciblé la famille du journaliste Benoit Le Corre, précipitant peut-être la mort de son père.

En juillet 2014, Chelli, prétendant être de la police, est soupçonné d’avoir appelé les parents âgés de Le Corre pour leur dire que leur fils avait été tué dans un accident de voiture.

Deux jours plus tard, Chelli a appelé la police prétendant être le père de Benoit Le Corre et a affirmé avoir tué sa femme et son fils. La police armée a fait irruption à leur domicile au milieu de la nuit. Cinq jours plus tard, le père de Le Corre a été victime d’une attaque cérébrale qui l’a mis dans le coma et l’a finalement tué quelques mois plus tard.

A la suite de son décès, le procureur de Paris a ouvert une enquête pour violence volontaire causant la mort.

Un rapport d’un expert médical, publié en partie par le site web Rue 89, a établi que la pathologie fatale de M. Le Corre a été causée par le stress, indiquant un lien direct possible avec le harcèlement de la famille par Chelli.

Les actions de Chelli ont été semble-t-il des représailles pour le reportage de Le Corre à propos des attaques pirates de Chelli sur les sites web pro-palestiniens.

En mai 2017, le journal israélien Haaretz a rapporté que Chelli, qui vit dans un appartement en hauteur sur le front de mer en Israël, a été l’objet d’un mandat d’extradition français pour plus de 50 chefs d’accusation.

Mais le journal n’a pas précisé quelles étaient ces accusations.

Haaretz a rapporté en 2017 que Chelli était « au coeur d’un conflit entre la France et Israël, qui refuse de l’extrader, malgré des pressions sérieuses et même une visite spéciale en Israël du ministre français des Affaires étrangères ».

Pourtant, parler « de sérieuses pressions » est une exagération grossière, étant donné que le gouvernement français se plie sans arrêt à Israël, y compris pour financer et organiser une campagne ratée de propagande de plusieurs mois visant à améliorer l’image d’Israël dans le public français.

Ce qui a radicalisé Chelli n’est pas complètement clair.

Selon Haaretz, il a grandi « dans une confortable banlieue parisienne de la classe moyenne ». Il n’a jamais souffert de harcèlement antisémite, même s’il affirme que c’est arrivé à son frère. Pourtant, lorsqu’il avait une vingtaine d’année, il y a plus d’une décennie, Chelli a rejoint la branche française de la Ligue de défense juive, un violent groupe extrémiste anti-palestinien dont la branche américaine a été fondée par le rabbin raciste Meir Kahane.

Impunité

Selon des médias français, les procureurs veulent aussi que Chelli soit jugé pour d’autres faux appels visant un officier de police et d’autres journalistes.

En juin 2015, le domicile de Pierre Haski, un fondateur de la publication Rue 89, a été perquisitionné par la police et les services d’urgence, après un appel anonyme à la police, venant prétendument d’Haski et affirmant que le journaliste avait frappé son épouse et inondé le bâtiment de gaz.

Haski a accusé Chelli et déclaré que le problème était « l’impunité dont jouit cet homme, né à Paris et vivant en Israël ».

Il appartient maintenant à un juge de décider si l’affaire va se poursuivre jusqu’au procès, c’est-à-dire à la justice et à une reddition de comptes de Chelli envers ses victimes supposées.

Des procureurs ont déjà demandé auparavant à ce que le procès de Chelli ait lieu, mais un juge a ordonné un délai pour donner à Chelli l’opportunité de comparaître volontairement à une audition le 11 janvier. Il ne s’est pas présenté.

Le droit français autorise les suspects qui fuient la justice à être jugés par contumace.

Israël, comme il est bien connu, est un refuge sûr pour les fugitifs violents, y compris, semble-t-il, pour les membres de la Ligue de défense juive  soupçonnés du meurtre d’Alex Odeh, un leader arabe américain assassiné dans un bombardement en 1985.

Traduction: Catherine G. pour l’Agence Média Palestine

Source: Electronic Intifada




Rony Brauman : les déclarations d’Emmanuel Macron « nourrissent et amplifient l’antisémitisme »

« En tant que juif et citoyen français, je suis extrêmement choqué ». L’ancien président de MSF explique l’extrême dangerosité de l’assimilation de l’antisionisme à l’antisémitisme annoncée par le président français

Le président français lors du dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France, le 20 février à Paris (Reuters)

« L’antisionisme est l’une des formes modernes de l’antisémitisme. Derrière la négation de l’existence d’Israël, se cache la haine des juifs ». C’est ainsi que le président français a commenté, lors dîner du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), la récente hausse d’actes antisémites en France.

Lors de ce discours, Emmanuel Macron a annoncé que la France suivrait désormais la dite « définition de l’antisémitisme de l’IHRA [International Holocaust Remembrance Alliance] ».

Il a également précisé qu’une loi serait proposée pour réduire la diffusion en ligne de discours de haine.

Selon la presse israélienne, le Premier ministre Benyamin Netanyahou a exprimé, lors d’un appel téléphonique avec le dirigeant français précédent le discours, sa satisfaction devant l’adoption par la France d’une définition de l’antisémitisme incluant désormais l’antisionisme.

Selon cette définition de travail de l’antisémitisme, « non contraignante », de l’IHRA, « l’antisémitisme est une certaine perception des juifs qui pourrait s’exprimer à travers la haine envers les juifs. Les manifestations verbales et physiques d’antisémitisme peuvent être dirigées à l’encontre de juifs ou de non-juifs ainsi qu’envers leurs biens, envers des institutions de la communauté juive ou des bâtiments religieux ».

Si ce document de travail indique des exemples clairs d’antisémitisme – négation du génocide juif, complotisme à tout crin, exclusion des individus au nom de leur judaïsme –, deux points soulèvent des interrogations. Le document précise que « les manifestations [d’antisémitisme] pourraient inclure le ciblage de l’État d’Israël, conçu comme une collectivité juive. Cependant, des critiques d’Israël similaires à celles formulées à l’encontre de tout autre pays ne sauraient être considérées comme antisémites ».

Toutefois, dans les onze exemples d’antisémitisme que déploie le document, le point 6 pose qu’est considéré comme antisémite le fait de « refuser au peuple juif son droit à l’autodétermination », ajoutant « par exemple, en affirmant que l’existence d’un État d’Israël est un projet raciste ».

Toute la question repose sur ce « droit à l’autodétermination ». Est-il clos depuis la création d’Israël en 1948 ou s’accomplit-il à travers la colonisation continue des territoires palestiniens pratiquée depuis par l’État d’Israël ? Autrement dit, ce « refus » portera-t-il sur l’existence effective de l’État d’Israël ou sur cette politique d’expansion entendue comme un « droit à l’autodétermination » non encore abouti ?

Dans ce dernier cas, c’est alors le propre droit à l’autodétermination du peuple palestinien, tout autant reconnu par la résolution 181 de l’ONU du 21 novembre 1947, qui serait nié.

Toute critique de la politique coloniale israélienne, et de ses corollaires violents, sera-t-elle ramenée à « refuser au peuple juif son droit à l’autodétermination », donc à de l’antisémitisme ?

De glissement en glissement, la définition de l’IHRA pourrait aboutir à la délégitimation puis la pénalisation de toute critique de la politique israélienne envers les Palestiniens. Politique pourtant contraire au droit international.

Le discours d’Emmanuel Macron intervient dans un contexte français très particulier, entre tensions sociales sur fond de manifestations des Gilets jaunes et d’actes antisémites.

Rony Brauman, médecin, président de Médecins sans frontières (MSF) de 1982 à 1994, aujourd’hui directeur de recherche à la Fondation MSF et professeur à l’Université de Manchester (HCRI), alerte sur l’extrême dangerosité de la décision du président français.

Middle East Eye : Emmanuel Macron a déclaré au dîner du CRIF : « L’antisionisme est une des formes modernes de l’antisémitisme » et annoncé que la France le reconnaîtra comme tel ». Mais deux jours avant, il disait : « Je ne pense pas que pénaliser l’antisionisme soit une bonne solution ». Quelle est la portée politique de ces hésitations et pourquoi cette décision ?

Rony Brauman : Je constate mais ne peux expliquer les volte-face et hésitations successives d’Emmanuel Macron sur cette question de l’antisionisme désormais assimilé à l’antisémitisme. C’est là un sujet délicat qui se frotte à plusieurs possibilités. Ce sont probablement les hésitations du pouvoir qui se retrouvent dans ces atermoiements.

Emmanuel Macron n’a pas annoncé vouloir introduire l’antisionisme dans le code pénal. Mais sa décision de lier antisémitisme et antisionisme va fournir, de façon détournée, un cadre d’interprétation juridique et judiciaire applicable contre la campagne BDS [Boycott, Désinvestissement, Sanctions]. Cela pourrait servir aussi contre des gens qui soutiennent ce boycott, qui pourraient être alors inquiétés.

Par ce biais, il s’agit de criminaliser des positions critiques sans toutefois faire de l’antisionisme un délit d’opinion de façon claire. Mais in fine, cela reviendra au même, car ce délit d’opinion sera de toute façon mis en place de façon détournée, et il ne vaut que pour certains propos, ceux qui concernent les juifs. Ce faisant, on jette de l’huile sur le feu qu’on prétendait éteindre.

Car comment mieux suggérer implicitement que les juifs doivent bénéficier d’un statut particulier, que les sionistes seraient mis par le pouvoir à l’abri de la critique et qu’Israël serait ainsi sanctuarisé contre les critiques sévères ? Comment mieux nourrir les théories complotistes qu’en se livrant à ce genre de manœuvres ? Il y a là un cheminement intellectuel qui m’échappe. C’est désastreux.

MEE : Existe-t-il un seul antisionisme ? Le Bund polonais, certains juifs orthodoxes, certains mouvements du judaïsme libéral américain ont pu se qualifier ou se qualifient comme antisionistes par exemple…

RB : Il y a effectivement plusieurs formes d’antisionisme. À l’origine, l’antisionisme était l’opposition, d’ailleurs majoritairement juive, au mouvement national juif. Ce dernier était très minoritaire parmi les juifs européens. Ceux qui se vivaient comme assimilés y voyaient le risque d’être soupçonnés de double allégeance ; quant aux orthodoxes, ils y voyaient un détournement impie de la Bible, seul le messie étant habilité selon eux à rassembler le peuple d’Israël. Rappelons-nous au passage que les juifs établis depuis toujours en Palestine, eux, n’étaient pas en faveur d’un État juif.

Après la création d’Israël, l’antisionisme a pu être compris de deux façons. D’abord, comme la continuation d’un refus de l’existence même de l’État d’Israël en tant qu’État juif. Mais c’est là une opinion abstraite car après tout, cet État existe et se déclarer contre cet État n’a qu’une portée symbolique mais aucune portée pratique.

Cette opinion peut cependant exister et les gens qui étaient antisionistes jusqu’en 1948, de même que leurs héritiers intellectuels, ont le droit de persister dans cette conviction sans être taxés d’antisémites.

La seconde acception de cette notion d’antisionisme relève de l’opposition à la colonisation de la Cisjordanie, au blocus de Gaza, à la politique de l’État israélien, sans pour cela contester la réalité et l’existence de l’État d’Israël.

C’est ce que montrent des enquêtes, où l’on constate fréquemment que des gens se disent antisionistes tout en étant, ou plutôt, parce qu’ils sont en faveur de la solution à deux Etats : une partie de la Palestine mandataire revenant aux Palestiniens et l’autre, au demeurant la plus importante, aux Israéliens. Antisioniste veut alors dire favorable à l’évacuation des territoires occupés.

J’observe un mélange, voire une confusion de ces deux acceptions. À titre personnel, je ne me définis pas comme antisioniste mais comme post-sioniste, a-sioniste ou non-sioniste. Je veux dire par là que c’est dans une construction politique post-nationaliste que se trouve à mon sens la solution du conflit.

Les deux populations vivent de facto dans un seul État, sous une même autorité, mais l’une a tous les droits, l’autre n’en a aucun. Je pense que c’est le démantèlement de ce système d’apartheid qui est à l’ordre du jour.

MEE : Emmanuel Macron s’est référé à la définition de l’IHRA. C’est cette même définition en onze exemples qu’a fini par adopter le parti travailliste britannique en septembre dernier. Qu’est-ce que cet organisme ?

RB : À l’origine, l’International Holocaust Remembrance Alliance n’avait aucun rapport avec Israël. Son but était, notamment en Europe, d’entretenir la mémoire du génocide juif.

À l’instar d’autres ONG pro-israéliennes, l’IHRA a entrepris aussi de lutter contre l’antisémitisme. Cette lutte, dont je ne discute évidemment pas le bien-fondé, ne se fait cependant pas du point de vue de la négation du génocide juif mais du point de vue de la critique d’Israël.

Ce glissement et cette façon de faire, voulus par le lobby israélien en Europe, sont extrêmement pervers et cela ne peut que nourrir le complotisme et nuire à toute forme de critique politique d’Israël.

L’État d’Israël est cité à neuf reprises dans les exemples qui accompagnent la définition afin d’illustrer sa mise en application. C’est dans cet esprit qu’à l’occasion de la tenue à Paris, en 2017, d’une conférence sur l’étiquetage des produits en provenance des territoires occupés, que le CRIF a déclaré que cette réunion internationale était « pire que l’affaire Dreyfus ». Netanyahou, de son côté, l’a qualifiée d’antisémite !

MEE : Dans le contexte social français actuel, cette décision prise par Emmanuel Macron de lier sionisme et antisémitisme n’est-elle pas dangereuse d’abord pour les Français de confession juive ?

RB : Il y a là une instrumentalisation perverse de l’antisémitisme qui sert en l’occurrence à disqualifier un mouvement social, celui des Gilets jaunes. Cette instrumentalisation a pour effet pervers de placer les juifs dans le cercle fantasmé des puissants, des dominants, de ceux qui maîtrisent les discours et les médias. Ils seraient ceux qui imposent leur vérité et leur description des situations au détriment de tout le reste. C’est là un jeu extrêmement dangereux.

À titre personnel, en tant que juif comme en tant que citoyen français, je suis extrêmement choqué par les déclarations d’Emmanuel Macron.

MEE : En Israël, les élections d’avril se préparent à coup d’alliances entre, par exemple, Benjamin Netanyahou et le mouvement raciste kahaniste. Une autre alliance, contre lui cette fois, s’est faite entre ses principaux rivaux, dont Benny Gantz et Yaïr Lapid. Selon la presse israélienne, Emmanuel Macron a confirmé personnellement à Benyamin Netanyahou sa décision de lier antisémitisme et antisionisme, juste avant de faire son discours devant le CRIF. Est-ce là une ingérence dans la politique israélienne, et vice versa ?

RB : Ces circonstances aggravent encore plus l’indécence de cette situation. Benyamin Netanyahou avait déjà été invité à la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv l’an passé. Il l’avait auparavant été par Manuel Valls alors Premier ministre.

Or, il n’y avait pourtant aucune raison à cette invitation. Sinon à créer un amalgame dangereux entre juif, sioniste et politique israélienne. C’est là une confusion qui ne peut être que renforcée par ce genre de pratiques et de déclarations.

J’y vois même une sorte de « double blind » ou d’injonctions contradictoires constantes : il ne faut pas confondre les juifs et Israël, donc ne pas utiliser la politique israélienne contre les juifs. Mais d’un autre côté, les juifs et Israël sont constamment confondus puisque quand sont commémorées des atrocités commises contre les juifs, on le fait aux côtés du Premier ministre israélien.

MEE : Plutôt qu’antisionisme = antisémitisme, n’observe-t-on pas une autre équation qui poserait que désormais, de nombreux partis politiques ou dirigeants d’extrême droite ouvertement sionistes le sont sur la base d’une vision antisémite des juifs ?

RB : Benjamin Netanyahou s’est effectivement acoquiné avec la pire racaille d’extrême droite, du Brésilien Jair Bolsonaro à l’Autrichien Heinz-Christian Strache, du président philippin à d’autres dirigeants ouvertement racistes. Quand on observe les alliances internes que le Premier ministre noue avec des mouvements explicitement racistes et violents, cela ajoute à ce sentiment de dépit et d’outrage qu’on ne peut que ressentir après la déclaration d’Emmanuel Macron.

L’antisémitisme n’a attendu ni le sionisme ni la création d’Israël pour s’alimenter. Mais on ne peut que constater que de tels comportements et déclarations le nourrissent, l’amplifient, en élargissent la portée. Tout cela est très dangereux.

Source: MEE