Soixante-dix ans de chansons pour la Palestine

Par Emmanuel Dror –  Le 31 mai 2018

Pochette du disque Palestine Lives (1974)

Si la chanson est reconnue depuis longtemps comme un écho des opinions populaires, voire comme un instrument de ralliement derrière une cause, dans le cas de la Palestine elle joue un rôle supplémentaire. Ce n’est pas un mystère : l’entreprise de colonisation du territoire palestinien s’est très tôt accompagnée d’une colonisation culturelle qui a entravé, menacé de disparition, voire totalement nié la culture palestinienne. Dans un tel contexte, les chansons palestiniennes, ou même celles qui « parlent de Palestine », en plus de participer à la lutte proprement dite, constituent en elles-mêmes des actes de résistance, des « preuves de vie », des preuves de créativité d’une population qui ne se laisse pas détruire. C’est cette histoire que nous allons explorer ici.

L’article qui fait autorité sur l’histoire récente de la Palestine à travers la musique est celui de Joseph Massad, publié en anglais en 2003 [1]. C’est à partir de cet article que je propose ici une approche similaire, en français, complétée par une mise à jour rendue nécessaire notamment par l’arrivée massive du rap dans les années 2000. Cette approche sera également étendue aux musiciens occidentaux qui, depuis les années 1980, contribuent à la mise en musique d’une histoire palestinienne, y compris depuis 2005, à travers leur participation à la composante culturelle de la campagne internationale de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) lancée contre l’État israélien. Néanmoins, comme Massad, je ne rechercherai pas l’exhaustivité, mais à souligner comment la musique d’une époque réagit à l’actualité, comment elle exprime les sentiments populaires, parfois en contradiction avec les discours officiels, mais aussi comment elle mobilise les populations selon des registres « de leur temps ».

Les débuts (1948-1967)

Comme le signale Massad, dès la Nakba (la catastrophe) de 1948, des chansons populaires expriment les sentiments des artistes vis-à-vis de la Palestine, faisant écho à ceux des populations arabes. C’est particulièrement le cas des voisins libanais et égyptiens, comme en témoignent ces deux premières chansons : Ya Zayer Mahda Issa (Oh visiteur du berceau de Jésus), dont on dit qu’elle a été chantée par la toute jeune Najah Salam (Liban, 1948), et Filastin (Palestine), composée et chantée entre autres par Mohammed Abdel Wahab (Égypte, 1949). Abdel Wahab est un compositeur et interprète égyptien qui a révolutionné la musique arabe dans les années 1930 et qui, après la guerre de Suez en 1956, a mis en musique de nombreux textes politisés de poètes égyptiens. Le président égyptien Gamal Abdel Nasser étant alors devenu le héros du monde arabe, mais aussi l’espoir du peuple palestinien, il est chanté par un Abdel Wahab qui joue sur le sens du mot Nasser (le victorieux). Paradoxalement, et comme le signale Joseph Massad, l’engouement d’Abdel Wahab pour le mouvement nationaliste arabe contraste avec celui qu’il exprime en faveur d’instruments et d’arrangements musicaux très occidentaux, souvent symphoniques, parfois militaires, qui vont durablement influencer tout le Moyen Orient. Pendant ce temps là, à Birzeit, dans la partie de la Palestine qui n’est pas encore occupée, Kamal Nasser écrit de nombreux poèmes, dont certains seront mis en musique par les frères Ahmad et Mohammad Fleifel. En 1956, Ya Akhi al-Laje’ (Oh, mon frère le réfugié) est donc l’un des premiers appels palestiniens au soulèvement contre l’injustice et l’humiliation : « Ils nous offrent du poison dans notre nourriture, pour nous rendre dociles comme des moutons silencieux ». Devenu porte-parole de l’OLP, il sera assassiné en 1973 par les services secrets israéliens.

Pochette du disque Rajioun de Fairuz (1957)

Au Liban, c’est aussi dans les années 1950 que les frères Assy et Mansour Rahbani rencontrent la jeune chanteuse Fairuz. Assy l’épouse et les deux frères composent pour elle des chansons qui vont faire connaître la musique libanaise dans le monde entier et faire de Fairuz la plus grande star arabe depuis Oum Kalthoum. Bien que différents de ceux de la musique d’Abdel Wahab, les arrangements musicaux des frères Rahbani sont également très influencés par la musique classique occidentale et dominés par les violons. Leur premier album qui porte sur le sujet de la Palestine est Rajioun (Nous reviendrons), dont la première édition date de 1957 (et non pas de 1967 comme l’écrit Massad dans son article). À cette époque, le retour espéré est pour bientôt, à travers des ponts faciles à traverser, comme en témoignent les titres Ya Jisran Khachabiyan (Oh ponts de bois) ou Jisr al-Awda (Les ponts du retour), et des paroles où le Palestinien est appelé à rester indéracinable « comme un olivier »… Au début des années 1960, en Égypte, Abdel Wahab continue de composer des chansons nationalistes qui incluent des appels à la libération de la Palestine, que ce soit pour lui même, avec Sawt al-Jamahir (La voix des masses), ou pour Abdel Halim Hafez, le chanteur à la voix de velours, avec Al-Watan al-Akbar (La patrie la plus grande) [2].

L’occupation s’installe (1967-1992)

La défaite des armées arabes en 1967 et l’occupation de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie et de Gaza par l’armée israélienne, vécues comme de véritables tragédies, vont être une nouvelle source d’inspiration. En Égypte, Abdel Halim Hafez chante Al-Massih, c’est-à-dire le Messie, dont la trahison est mise sur le compte des Juifs, métaphore de l’occupation de Jérusalem qui, selon Massad, lui sera souvent reprochée par la suite. Au Liban, les frères Rahbani continuent leur riche production de chansons consacrées à la Palestine, principalement chantées par Fairuz. On retrouve dans leur célèbre album Al-Quds Fil Bal (Jérusalem dans mon cœur), le thème du retour, mais cette fois-ci conjugué au futur (Sanarjiou Yawman : Nous retournerons un jour), et qui semble maintenant moins proche : « des nuées d’oiseaux reviendront alors que nous restons ici ». Les villes perdues sont nommées, comme Bissane, Yaffa (chantée aussi par Joseph Azar) ou Jérusalem, à travers des chansons comme Al-Quds al-Atiqah (La vieille ville de Jérusalem) ou Zahrat al-Madain (La fleur des villes). Enfin, on trouve également quelques chansons plus combatives, comme Sayfun fal-Yuchhar (Une épée doit être brandie). Le poète palestinien Mahmoud Darwich dira plus tard des frères Rahbani qu’à cette époque, ils étaient les véritables auteurs des hymnes nationaux palestiniens, des chansons de référence et des motivations pour aller de l’avant. Joseph Massad fait écho à Darwich en soulignant qu’en l’absence d’un État palestinien, ce sont les chansons qui servent souvent à enregistrer et à diffuser les sentiments et les aspirations d’un peuple dépossédé.

Pochette du disque Jibal al-Siwan de Fairuz (1971)

À la défaite succède la militarisation de la résistance palestinienne, symbolisée par la bataille de Karameh en 1968, et les chansons s’en ressentent. Ainsi, les Rahbani écrivent une comédie musicale, Jibal al-Sawan (Les montagnes de silex), qui appelle à la révolte. Ce sont également les débuts des enfants terribles de la chanson égyptienne, le chanteur Cheikh Imam et l’auteur Ahmed Fouad Najm, avec par exemple Ya Falastiniyya (Oh Palestiniens) : « Oh Palestiniens, je veux venir et être avec vous, les armes à la main ». Au-delà des textes de Najm qui appellent à la lutte armée, qui osent même s’attaquer à la figure de Nasser, et qui leur vaudront de nombreux séjours en prison, la musique de Cheikh Imam est également révolutionnaire par son utilisation d’un instrument arabe, le oud (luth), mais aussi de gammes et de rythmes arabes classiques. Quant à Abdel Wahab, il compose sa fameuse Asbaha indi al-Ana Bunduqiyyah (Maintenant je me suis procuré un fusil), sur un poème du Syrien Nizar Kabbani qui résonne avec Ya Falastiniyya : « Maintenant je me suis procuré un fusil, emmenez-moi avec vous en Palestine ». Aussi connue sous le nom de Tarik Wahed (La seule direction), elle sera chantée par l’Égyptienne Oum Kalthoum, la plus grande chanteuse que le monde arabe ait jamais connu, alors au sommet de sa gloire.

Paradoxalement, il faut attendre la guerre des six jours et le renouveau de l’OLP pour voir se diffuser des chansons révolutionnaires interprétées par les Palestiniens eux-mêmes. À la chanson traditionnelle palestinienne qui tenait lieu d’hymne national depuis les années 1930, Mawtini (Ma Patrie), succède Biladi (Mon Pays), beaucoup plus combative et à la gloire des Fedayin, les résistants palestiniens. On dit d’ailleurs qu’à cette époque, une chanson est composée après chaque opération militaire palestinienne [3] ! Émanant de groupes d’anonymes exilés ou réfugiés, tel que Al-Firqah al-Markaziyyah, affilié à l’OLP, leurs titres sont on ne peut plus explicites : Ana Samid (Je résiste) ; Fidaiyyeh (Fedayin) ; Al-Assifa (La tempête, nom donné à la branche armée du Fatah) ou, tout simplement, Kalachnikov. Leurs paroles sont en dialecte palestinien et leurs musiques sont militaires, comme on peut s’y attendre, mais on y retrouve également des instruments traditionnels tels que le oud ou le kanoun. En Syrie, un groupe de Palestiniens en exil fonde en 1977 le groupe Al Ashikin qui simplifie aussi les rythmes complexes de la musique classique pour composer des ritournelles populaires sur des poèmes palestiniens de Tawfiq Ziad, Mahmoud Darwich ou Samih al-Qasim, mais aussi des chansons historiques comme cette Men Sejen Akka (De la prison de Saint Jean d’Acre) qui décrit la pendaison de trois héros palestiniens des émeutes contre les sionistes en 1929 en Palestine. On a aussi dit que leur chanson Habat al-Nar (Le feu souffle) annonçait la première Intifada.

Pochette du disque Ahmad al-Arabi de Marcel Khalife (1984)

Avec les exploits de l’OLP, et le demi-succès de la guerre de Kippour en 1973, la popularité de la Palestine s’étend dans le monde arabe, comme en témoignent deux chansons simplement appelées Filastin (Palestine), écrites par deux groupes marocains, Jil Jilala et Nass El Ghiwane, ou Falastini (Palestinien), par l’Irakien Jaafar Hassan. Au Liban, où s’est réfugiée l’OLP, et en pleine guerre civile, une nouvelle génération de chanteurs libanais fait son apparition, qui met en musique des poèmes palestiniens. En 1976, Ahmad Kaabour transforme Ounadikom (Je vous appelle), du poète et homme politique palestinien Tawfiq Ziad, en un hymne militant. Il est également, avec George Qurmuz, le premier à chanter le poème de Mahmoud Darwich Bitaqat Hawiyyah (Carte d’identité), aussi connu sous le nom de Sajjil Ana Arabi (Inscris, je suis Arabe). L’autre chanteur libanais qui fait alors ses débuts sur le devant de la scène est Marcel Khalife, qui mettra en musique de nombreux poèmes de Darwich tels que Jawaz al-Safar (Le Passeport), Rita wa al-Bunduqiyyah (Rita et le fusil), Ila Ummi (À ma mère), voire l’opéra Ahmed al-Arabi (Ahmed l’Arabe). En 1985 il transformera à son tour le poème Ana Amchi (Je marche debout), de Samih al-Qasim, en un hymne politique : « je marche debout avec une branche d’olivier dans la main et mon propre cercueil sur l’épaule ». Sans se démarquer complètement de l’occidentalisation de la musique, Marcel Khalife et cette nouvelle génération de musiciens tentent de nouvelles formes de métissage entre musiques arabes classiques et modernes, en particulier en remettant au premier plan le oud arabe, dont Khalife est un virtuose, tout en gardant l’accompagnement par un orchestre classique. Le succès de Khalife, en termes de ventes d’albums et de places de concerts, contribuera à diffuser massivement le thème de la Palestine dans la culture populaire du monde arabe, mais aussi du reste du monde. En concert, il dédiera systématiquement aux prisonniers palestiniens sa ritournelle populaire Asfour (Un oiseau), chantée en général par Oumayma Al-Khalil, et qui évoque un oiseau blessé qui s’est enfui de sa cage, allégorie de la liberté. De la même façon, au-delà de ses textes pas toujours militants, Khalife aura contribué à rendre Darwich, et à travers lui une poésie palestinienne vivante et créative, extrêmement célèbre et populaire dans le monde entier.

Après 25 ans d’occupation, la cause palestinienne a fait le tour du monde et commence à influencer des artistes des quatre coins de la planète. On commence ainsi à trouver des allusions à la Palestine, souvent assez brèves, dans des chansons du Jamaïcain Peter Tosh, de l’Américain Ray Charles, de l’Anglais Elvis Costello ou des Français Renaud, Francis Cabrel, Niagara ou Zebda. L’actualité tragique, en particulier la guerre d’Israël sur le Liban et le massacre de Sabra et Chatila (1982), ou l’Intifada de 1987-1992, galvanisera certains artistes qui y consacreront des chansons entières, comme par exemple les Anglais du groupe ska Special AKA (War Crimes), les Marocains de Nass El Ghiwane (Sabra wa Chatila) ou les Français du groupe punk Bérurier Noir qui, avec Ibrahim, raconteront : « l’histoire cruelle et véridique d’Ibrahim avec ses frères, élevé dans la misère, dans les bombes et dans la guerre. Palestine, quel est ton crime ? ».

En Palestine, on commence à rencontrer des textes plus complexes, souvent écrits par des poètes palestiniens, qui ne sont pas exempts d’une actualité politique mais qui s’enrichissent de la vie au quotidien sous une occupation qui dure. C’est le cas du groupe Sabreen de Jérusalem qui, dans les années 1980, mettra en musique Hubb ala al-Tariqah al-Filastiniyyah (L’amour à la palestinienne) de Abed al-Latif Akel, mais aussi Dukhan al-Barakin (La fumée des volcans) de Samih al-Qasim, ou An Ensan (À propos d’un homme) de Mahmoud Darwich. Les paroles alternent entre arabe classique et dialecte palestinien, et la musique combine parfois des chants folkloriques palestiniens et du jazz, mélangeant des instruments traditionnels et modernes. Pendant la première Intifada, plusieurs compositeurs palestiniens produiront des cassettes de chants révolutionnaires qu’ils diffuseront clandestinement, comme Mustafa al Kurd, Suhail Khoury ou Thaer Barghouti, et certains feront même de la prison pour cela.

La désillusion post-Oslo (1993-2003)

Après la première guerre du Golfe et les accords d’Oslo de 1993, le « processus de paix » annonce une ère nouvelle, certains croient la paix proche et le groupe Sabreen sort un album intitulé Jay al-Hamam (Les colombes arrivent). Par un phénomène peu abordé dans l’historiographie récente, la normalisation d’Israël conduit également à l’ouverture de ses frontières aux artistes du monde entier. Pour la première fois, Tel Aviv est incluse dans les villes des tournées des grands artistes européens ou nord-américains, trop contents de trouver là un nouveau public et un nouveau marché. L’illusion d’un « nouvel ordre mondial » et ses conséquences au Moyen-Orient se manifeste également par l’enregistrement de plusieurs morceaux interprétés par des collectifs de chanteurs arabes, un peu à l’image de We Are The World. C’est le cas en 1998 de Al-Hulm al-Arabi (Le rêve arabe), chanté par une vingtaine d’artistes de tous les pays arabes sauf l’Irak (exclu du « nouvel ordre régional » par les participants du Koweït), chacun dans son dialecte, pour un texte et un clip qui évoquent la Palestine, un peu simplistes mais au succès retentissant.

Deuxième Intifada dans la bande de Gaza en 2000: Mohammed al-Durah (12 ans), tombé sous les balles de l’armée israélienne dans les bras de son père Jamal le 30 septembre

Fares Odeh (14 ans) qui lance des pierres le 29 octobre, et qui sera assassiné le 8 novembre par l’armée israélienne

Mais le rêve se transforme vite en cauchemar : en 1996 avec le bombardement israélien de la ville de Qana au Liban qui fait plus de 100 morts ; en 2000 avec la deuxième Intifada, symbolisée par les assassinats commis par l’armée israélienne et retransmis à la télévision du jeune Fares Odeh, connu pour sa photographie lançant des pierres à un char, et de l’encore plus jeune Mohammed al-Durah, dans les bras de son père ; avec les événements du 11 septembre 2001 ; avec les nouvelles guerres en Afghanistan et en Irak. Au Liban, ce sont des chanteuses qui sont sur le devant de la scène et qui dénoncent les promesses non tenues. D’abord Majida El Roumi qui chante Qana, ou qui reprend du Darwich avec Sakata al-Kinaa (Les masques sont tombés). Ensuite la jeune star montante Julia Boutros qui chante Wein al-Malayeen? (Où sont les millions : « Où sont les millions d’arabes? Où est la colère arabe ? ») ou Hajar al-Mensiyen (Les pierres des oubliés). En Égypte, l’heure n’est plus à la poésie et aux métaphores, mais à la dénonciation pure et simple, et des chansons telles que Israel, de Hicham Abbas, l’encore plus explicite Ana Bakrah Israel (Je hais Israël) de Shaaban Abdel Rahim, ou le morceau collectif (mais entièrement égyptien) Al-Quds Haterga Lina (Jérusalem nous reviendra) font également référence au massacre de Qana et au calvaire du jeune al-Durah.

Dans le reste du monde aussi, de nombreux artistes se méfient des discours officiels, comme en témoignent les paroles de raps français de J’Aurais Pu Croire de IAM et Jeteur de Pierre de Sniper, ou de chansons américaines comme Gun Music de Talib Kweli ou Self Evident de Ani di Franco et espagnoles comme Intifada du groupe ska punk Ska-P. Dans Charlatown, Amazigh Kateb, le chanteur du groupe français Gnawa Diffusion, ironise : «J’attends la Palestine depuis cinquante ans. L’Intifada appelle le monde, mais ça sonne occupé…».

Le boycott culturel (2004-2011)

Alors que l’article de Joseph Massad s’arrête ici, les tragédies continuent : les guerres contre Gaza en 2004, 2006 et 2009 ; la guerre contre le Liban en 2006 ; le massacre de neuf passagers turcs de la Flottille de la Liberté qui tentaient de briser le blocus de Gaza en 2010… Mais dans le monde musulman, certains continuent d’espérer, avec des chansons classiques comme Al-Quds (Jérusalem) de l’Irakien Kadhem Saher, ou des chansons « pop » comme Kollena Wahed (Nous sommes tous unis) de l’Égyptien Tamer Hosni. D’autres continuent de dénoncer, comme le groupe électronique tuniso-palestinien Checkpoint 303 avec Gaza Calling, le chanteur pop turc Murat Solmaz avec Gazze, ou le rappeur libanais Rayess Bek avec L’Homme de Gauche. De la même façon, des artistes palestiniens continuent de publier des chansons engagées, par exemple Kamilya Jubran, l’ancienne chanteuse de groupe Sabreen, avec Ghareeba (L’étrangère), Rim Banna avec Fares Odeh ou Sarkhat Min al-Quds (Un cri de Jérusalem), Reem Kelani avec Yaffa (Jaffa, un poème de Mahmoud Salim al-Hout, différent de la chanson des Rahbani), Basel Zayed avec Jenin, Amal Murkus avec Al-Saber Ya Mubtali (Patience oh malheureux), ou le Trio Joubran avec Ala Hadhihi al-Ard (Sur cette terre, un poème de Mahmoud Darwich).

Pochette du disque Ihda de DAM (2006)

Mais à partir des années 2000, c’est surtout le rap palestinien qui fait parler de lui, avec des groupes de Palestine comme DAM, G-Town ou Ramallah Underground, ou des rappeur.se.s en exil comme Ragtop ou Rafeef Ziadah. Le rap est un genre adapté à la dénonciation, mais il est également, avec l’avènement d’internet, un moyen d’atteindre facilement des millions d’auditeurs sans nécessairement recourir à une maison de disques multinationale. Ainsi le titre Meen Irhabi ? (Qui est le terroriste ?), du groupe DAM, est un succès international en 2001 avant même que ne sorte leur premier album en 2006, Ihda (Dédicace). Il leur ouvre les portes des festivals du monde entier, devenant des stars aux États-Unis en 2008 après la sortie du premier documentaire consacré à la scène rap en Palestine, Slingshot Hip-Hop de l’Américano-Palestinienne Jackie Salloum. En 2009, c’est aussi sur internet que les poèmes déclamés de Rafeef Ziadah deviennent « viraux », comme son Shades of Anger.

Logo de la Campagne BDS France

En 2005, des associations de la société civile palestinienne lancent la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) contre l’État israélien, appelant la communauté internationale à faire pression sur cet État pour qu’il respecte le droit international, les droits humains et les droits fondamentaux du peuple palestinien. Le volet culturel de cette campagne, à l’image du boycott de l’Afrique du Sud dans les années 1980, incite principalement les musiciens à refuser de participer à des concerts se déroulant en Israël, ou subventionnés par des agences gouvernementales israéliennes. Complémentaires de cette campagne de boycott, d’autres formes d’engagement pour les artistes consistent à promouvoir la culture palestinienne et à exprimer leur solidarité dans des chansons, individuelles, collectives ou en collaboration directe avec des artistes palestiniens [4]. C’est de cet autre engagement que sont nés de nombreux duos entre le groupe palestinien DAM et des rappeurs du monde entier comme les Algériens de MBS, les Français de La Caution ou la rappeuse américaine Invincible.

À ce stade, et avant d’explorer plus avant l’engagement des artistes occidentaux en faveur de la Palestine, il convient de signaler qu’elle émane souvent, mais pas toujours, d’artistes qui se sentent concernés par cette situation parce que leur propre histoire est liée au Moyen-Orient ou à d’autres expériences coloniales, racistes ou impérialistes qu’ils identifient à la Palestine. On remarque alors que la plupart des chanteurs de Zebda, Gnawa Diffusion, Sniper et La Caution sont originaires du Maghreb ou d’Afrique, qu’Invincible est une israélo-américaine anti-sioniste, que Narcicyst est un canadien d’origine irakienne, que Sikh Knowledge est un canadien d’origine indienne, ou que Maher Zain est un suédois d’origine libanaise. Aux chansons collectives des années 1990 ont fait place des raps collectifs regroupant des artistes belges, anglais, américains et sud-africains avec des artistes maghrébins, iraniens ou palestiniens, mais également avec de nombreux chanteurs occidentaux d’origine maghrébine, irakienne, libanaise, iranienne ou palestinienne (voir en particulier Long Live Palestine, qui rassemble une dizaine de rappeur.se.s du monde entier en 2009).

Selon les pays, le niveau de prise de conscience et d’engagement de chaque population peut se mesurer à l’aune de son expression culturelle et musicale. Ainsi, de nombreux artistes britanniques, qui ne sont pas majoritairement originaires du monde arabe, rejoignent très vite la campagne de boycott culturel, tel que Roger Waters, membre fondateur du groupe Pink Floyd, le chanteur Elvis Costello, les rappeurs Mic Righteous ou Lowkey, ou le groupe punk Oi Polloi. Si ce dernier groupe dénonce explicitement les crimes israéliens dans une nouvelle version de leur They Shoot Children, Don’t They?, d’autres le font plus indirectement en interprétant d’anciennes chansons qui prennent un nouveau sens dans le contexte palestinien. C’est le cas de Yusuf Islam (plus connu sous son ancien pseudonyme de Cat Stevens) qui reprend la chanson de George Harrison The Day the World Gets ‘Round, ou de l’infatigable Roger Waters qui reprend l’hymne des droits civiques américains We Shall Overcome, dans le cadre de l’un de ses nombreux engagements dans le mouvement de solidarité, y compris au sein du Tribunal Russell pour la Palestine. Suite à la tragédie de la Flottille de la Liberté en 2010, la campagne BDS rencontre un succès grandissant qui permet une prise de conscience aiguë du rôle des artistes dans les relations internationales dont ils sont devenus des acteurs à part entière. À titre d’exemple, on peut citer le chanteur irlandais Tommy Sands qui compose le morceau Peace on the Shores of Gaza et, dans la foulée, annule son concert prévu en Israël.

En Suisse ou en France, des artistes de plus en plus connus tels que Michel Bühler, Médine, Manu Chao, Yann Tiersen, Kery James, Youssoupha, Amazigh Kateb, Mister You ou les groupe Tryo, la Compagnie Jolie Môme, Kalash, les Brixton Cats, les 400 Hyènes, MAP ou ZEP, osent aborder ce sujet tabou qu’est la Palestine, en particulier après les attaques contre Gaza en 2009 et contre la Flottille de la Liberté en 2010. Si un nombre important de membres de ces groupes sont d’origine maghrébine, ce n’est pas le cas de l’artiste français Kwal qui, au retour d’un voyage en Palestine, compose un album entier en arabe, Al-Amal Rahina (L’espoir en otage), dédié à ses amis « rencontrés en Palestine, subissant au quotidien occupation militaire, enfermement et privations ». Aux États-Unis aussi, la Palestine devient le sujet principal de chansons d’artistes connus. C’est le cas de Road to Peace, la seule chanson explicitement politique de Tom Waits, de Qana, présentée en 2006 par la chanteuse américaine Patti Smith à son public londonien, du nom du village libanais à nouveau frappé par des bombardements israéliens, ou de toutes les chansons de l’album Madness, écrit par Harrison « Professor » Stafford, chanteur du groupe de reggae Groundation, à son retour d’un voyage en Palestine. Après l’attaque contre Gaza en 2009, la rappeuse Invincible compose The Emperor’s Clothes, qui est la première chanson dont les paroles soutiennent explicitement la campagne BDS. Michael Heart avec Song for Gaza, et Omar Offendum avec On this Land, texte de Darwich, rappellent à cette occasion leurs origines syriennes. Au Canada, les artistes engagés se trouvent plutôt sur la scène alternative, tels que les groupes punk Propagandhi ou The Brat Attack. Enfin, en Jamaïque, le célèbre chanteur de reggae Jimmy Cliff adapte à l’actualité la chanson Vietnam, qu’il avait écrite à l’origine en 1969, en la renommant Afghanistan, mais sans oublier la Palestine dans ses paroles.

Après le Printemps Arabe (2011-aujourd’hui)

À partir de fin 2010, une vague de protestations populaires dans le monde arabe va conduire à la destitution des présidents en Tunisie et en Égypte en 2011, ainsi qu’au Yémen en 2012. Connue sous l’appellation « Printemps Arabe » [5], cette période remplit d’espoir le Maghreb et le Moyen-Orient, et les collaborations internationales autour de la Palestine se poursuivent, telle Freedom for Palestine, un rap collectif rassemblant une quinzaine d’artistes britanniques autour des membres du groupe électronique Faithless. On retrouve également des duos entre l’Australo-Libanais Phil Monsour et la Canado-Palestinienne Rafeef Ziadah, entre le groupe sud-africain The Mavrix et le Palestinien Mohammed Omar, entre l’Anglo-Palestinienne Shadia Mansour et l’Américano-Syrien Omar Offendum, entre les Portoricains de Calle 13 et la Palestinienne Kamilya Jubran, ou entre la Chilienne Ana Tijoux et Shadia Mansour.

Par l’implication personnelle de certains artistes dans la campagne BDS, on peut observer un effet « boule de neige », comme en témoigne le parcours du rappeur sud-africain Iain Ewok : en 2011, il annule sa participation à un festival partiellement financé par l’ambassade d’Israël à Pretoria ; en 2012, il compose un rap pour la Palestine, Freedom For Us All ; et en 2014 il convainc son compatriote, le rappeur Raheem Kemet, de le rejoindre sur un nouveau titre consacré à la dénonciation de la situation en Palestine, Intifada Intellect. De même, si en 2012 le groupe libanais Mashrou’ Leila refuse de faire la première partie du groupe américain The Red Hot Chili Peppers à Beyrouth, pour protester contre leur concert prévu en Israël, il faudra attendre 2018 pour qu’ils s’engagent dans un projet explicitement pro-palestinien (voir ci-dessous). Enfin, la campagne BDS comporte également un versant économique et, là encore, les artistes peuvent s’avérer de précieux alliés. En effet, l’une des cibles emblématiques de BDS est l’entreprise israélienne de gazéificateurs Sodastream et son égérie Scarlett Johansson. En 2014, le groupe DAM compose pour l’occasion une chanson humoristique et en anglais, Scarlett Johansson Has Gas et, dans le même esprit, participe au rap « éducatif » australien de Juice Rap News dont les vidéos permettent de rallier de nombreux jeunes à cette campagne politique.

Bien que l’actualité soit toujours aussi tragique en Palestine, elle passe de plus en plus souvent au second plan. Plusieurs revirements de situation (par exemple à Bahreïn, en Syrie, en Égypte ou au Yémen) vont installer la région dans une guerre sans fin et un pessimisme revenu à son plus haut niveau, comme en témoigne la chanson de la Libanaise Carole Samaha, Wahchani Bladi (Mon pays me manque), illustrée par un clip pro-palestinien. Sur la scène palestinienne, DAM compose une chanson en hommage aux prisonniers palestiniens en grève de la faim, Rissala min Zinzana (Lettre de prison), avec les frères Joubran au Oud et le Libanais Bachar Khalife au piano. Qassem al-Najar commente l’actualité avec Dabber Halak ya Fayyad (Débrouille-toi Fayyad, du nom du premier ministre de l’Autorité Palestinienne), tandis que Moneim Adwan continue d’adapter Darwich (Yasmin). De nouveaux rappeur.se.s apparaissent également, comme Sabreena Da Witch, The Revolution Makers ou, en exil, Remi Kanazi, et Shadia Mansour qui connaît un beau succès en solo sur internet avec son rap revendicatif, Al-Kofeyye Arabeyye (Le Keffieh est arabe).

La guerre en Syrie en particulier, a détourné l’attention de la Palestine pour deux raisons principales : d’abord à cause de l’importance de ce conflit dans la géopolitique régionale et mondiale, mais aussi parce que les Palestiniens eux-mêmes, et le mouvement de solidarité internationale avec la Palestine, sont divisés et affaiblis par cette question [6]. En 2012 en France, Une Vie de Moins, un morceau du groupe Zebda dont les paroles sont pourtant écrites par l’historien Jean Pierre Filiu, qui n’est pas inclus dans le CD du groupe et qu’ils n’ont jamais joué en concert, entraînera quand même la réprobation du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) et une petite controverse médiatique [7]. Mais la situation est complexe puisque la France accueille aussi des réfugiés palestiniens, tels ceux qui ont formé le groupe Gazateam, ou The Refugees of Rap, du camp de réfugiés de Yarmouk en Syrie, qui ont fui la guerre et publient la chanson Ehkee (Parle) en duo avec Tamer Nafar, l’un des rappeurs de DAM. Comme d’habitude, c’est aussi une chanson qui résumera le mieux la situation, en février 2014 : Allah al-Thawra (Dieu de la Révolution), interprétée par un trio de Palestiniens, la chanteuse Terez Sliman, le rappeur Tamer Nafar, et le poète Marwan Makhoul. Ils y commentent le rôle néfaste joué par toutes les puissances étrangères, en Irak, Palestine, Égypte ou Syrie, et les divisions qui en résultent entre Arabes.

Ce n’est que lors des sursauts d’horreur provoqués par l’armée israélienne que les éditorialistes et les chanteu.se.r.s se rappellent de la Palestine, comme à l’été 2014, avec de nouveaux massacres à Gaza, l’armée israélienne tuant plus de 2.000 Palestiniens et en blessant 10.000, en sept semaines. Le premier morceau en hommage aux Gazaouis bombardés est celui de Mohamed Assaf, le jeune chanteur de Gaza devenu superstar internationale après avoir gagné Arab Idol en 2013, puis être devenu ambassadeur de bonne volonté de l’UNRWA, et qui en appelle ses concitoyens à « lever la tête haute » (Erfaa Rassak). Quelques jours plus tard c’est au tour d’un combo de rappeurs de Norvège, du Pérou, de Cuba, d’Afrique du Sud et de France, avec un message clair : Boycott Israël, suivi du rappeur autochtone ojibwé de Détroit, Sacramento Knoxx, avec The Trees Will Grow Again (Les arbres grandiront à nouveau), dont le clip appelle encore une fois à rejoindre la campagne BDS. La chanteuse de Brooklyn Sonia Montez leur succède avec Climbing Fences (En escaladant les barrières), suivie par le rappeur français Médine avec Gaza Soccer Beach.

Alors que le reste du monde tergiverse, les Palestiniens n’ont pas le choix de continuer la lutte… et de composer des chansons. C’est le cas pour des musiciens déjà connus comme DAM, The Revolution Makers, le Trio Joubran, Rafeef Ziadah ou Terez Sliman, mais aussi pour de nouveaux venus. Parmi ceux là, le chanteur de rock Jowan Safadi brise un double tabou en s’adressant aux juifs arabes et en hébreu dans Liot Aravi (Être un arabe) [8] : « Hey toi, l’Arabe importé, écoute ce que l’Arabe local te dit. Vous avez été traînés ici pour prendre ma place… ». On découvre aussi le chanteur et multi-instrumentiste Tamer Abu Ghazaleh, le groupe électro 47 Soul, ou le groupe Maimas dont le chanteur, Haidar Eid, est aussi un militant à Gaza et dédie l’une de ses chansons au militant assassiné Basel al-Araj (Ila Bassel). En janvier 2017 Tamer Nafar, rappeur de DAM, sort l’un de ses textes les plus forts, Bafaker Erhal (Je pense à partir), où il exprime son ras-le-bol et son envie de quitter la Palestine.

Une image du clip non censuré
de Vic Mensa We Could Be Free (2017)

Hors de Palestine, les morceaux consacrés exclusivement à la Palestine se font plus rares, mais on compte quand même une chanson offerte par Dominique Grange à la Campagne BDS France, Détruisons le Mur, un discours de Yasser Arafat mis en musique par HK et les Saltimbanks, The Olive Branch, une chanson offerte par le chanteur sud-africain Velaphi à la Campagne BDS d’Afrique du Sud, Free Palestino, ou même une chanson collective argentine, Palestina. Aux États-Unis, on peut compter sur des fidèles comme David Rovics, avec un disque entier de chansons consacrée à la Palestine, ou Roger Waters qui chante le poème Wait For Her (Attends-la) de Mahmoud Darwich. Mais le plus beau succès de la campagne BDS est sans doute d’avoir rencontré le mouvement Black Lives Matter en 2015, et de s’être assuré un soutien mutuel [9]. Cela a permis à de nouveaux artistes Noirs américains de renouer avec la Palestine et son combat, de Lauryn Hill à Gary Clark Jr., en passant par Jasiri X, Vic Mensa, ou des membres des groupes The Coup ou Digable Planets. Récemment, et c’est dire s’il est encore difficile aujourd’hui de soutenir ouvertement la Palestine, c’est très discrètement que certains artistes ont du exprimer leur soutien, en insérant dans leurs clips des images de Gaza aux côtés de celles de Ferguson. C’est le cas du clip de We Gotta Pray, de Alicia Keys, de Season of Change, de Bettye Lavette avec Stone Foundation ou de We Could Be Free de Vic Mensa. Dans ce dernier cas, c’était déjà trop puisque le clip a été censuré par Apple et Google [10].

Dans cette période particulièrement difficile pour les Palestiniens, les autorités israéliennes se font encore plus agressives et leurs soutiens vont toujours plus loin. En décembre 2017, la reconnaissance par le président Donald Trump, au nom des États-Unis, de Jérusalem comme capitale d’Israël est l’occasion d’une réponse immédiate de Rafeef Ziadah, sous la forme d’une chanson adressée directement à celui qu’elle appelle « L’Homme Orange ». Après une manifestation de protestation à Nabi Saleh en Cisjordanie, la jeune palestinienne Ahed Tamimi, 15 ans, est arrêtée avec d’autres membres de sa famille. Elle sera condamnée à 8 mois de prison pour avoir giflé un soldat israélien, non sans avoir déclenché une vague de soutien international. Syrienne réfugiée en Jordanie, Tania Maria Sakkal interprète une chanson dont le titre joue sur la signification du prénom Ahed (la promesse), Enti al-Ahed (Toi la promesse), tandis qu’en Grèce, Andreas Manolidis et Sylvia Kapernarou interprètent une « Chanson pour Ahed Tamimi ».

Pochette du disque Sawt al-Moukawama
de Rim Banna (2018)

En se rapprochant du 70e anniversaire de la Nakba en mai 2018, on sent un regain de colère et d’inspiration chez les artistes palestiniens et internationaux, désireux de travailler ensemble, comme le Trio Joubran avec Roger Waters, sur un poème de Darwich. L’une des collaborations les plus ambitieuses de ces dernières années se met également en place entre les Britanniques de Block9, Banksy et Brian Eno, l’Irlandaise Róisín Murphy, les Libanais de Mashrou’ Leila, les Palestiniens du Trio Joubran, Akram Abdulfattah et Wassim Qassis, et d’autres. Réunis dans l’hôtel de Banksy à Bethlehem, ou par vidéoconférence pour ceux qui n’ont pas pu obtenir de visa, ils y concoctent un disque entier, intitulé Block9 Creative Retreat Palestine (La retraite créative du Block9 en Palestine). Enfin, le dernier album de Rim Banna est réalisé en collaboration avec le duo tuniso-palestinien Checkpoint 303 et le pianiste norvégien Bugge Wesseltoft. Sorti un mois après sa mort, en mars 2018, il s’intitule Sawt al-Moukawama (La voix de la résistance) et symbolise encore une fois la résistance d’un peuple qui survit à ses pertes.

A partir de la fin mars, de grandes manifestations pacifiques sont organisées à Gaza, et sont brutalement réprimées par les autorités israéliennes. Parallèlement, et en solidarité avec les manifestants et le journaliste abattu Yasser Murtaja, quatre chanteurs de Gaza (Bashir Besaiso, Mohammed Al-Baz, Minim Awad et Ehab Khrais) composent Al-Rabye al-Ahmar (Le Printemps Rouge). Alors que l’anniversaire de la Nakba coïncide avec le déménagement de l’ambassade américaine à Jérusalem le 14 mai 2018, l’armée israélienne assassine plus de 60 civils palestiniens et en blesse près de 3000. En hommage à ces victimes, la grande Fairuz, à 83 ans, sort de sa retraite et chante le Psaume 13 de la Bible: Ila Mata Ya Rabbou (Jusqu’à quand, Seigneur?). La boucle est bouclée, et Fairouz aura ainsi participé à plus de 60 des 70 premières années de chansons engagées pour la Palestine, en attendant la victoire, ou du moins la prochaine bataille…

Conclusion

Si, dans les grands médias officiels, l’histoire récente de la Palestine est plutôt racontée à travers le narratif israélien, la chanson permet à sa manière de diffuser une version alternative et populaire. Si, par ailleurs, c’est surtout d’Égypte et du Liban que ces messages sont partis pendant les trente premières années d’occupation de la Palestine, ils ont maintenant été rejoints par des chansons du monde entier. Le soutien par la musique à la cause palestinienne s’est répandu dans tout le monde arabe, atteignant les musiciens arabes en diaspora ainsi que de nombreux musiciens occidentaux. On peut même parler d’allers-retours, tant les influences réciproques sont évidentes du point de vue des styles musicaux. La parole s’est également libérée grâce à la technologie et à internet qui permettent maintenant aux artistes de transmettre directement à leur public des messages subversifs, autrefois soumis à la censure ou à l’autocensure.

Comme l’avait remarqué Joseph Massad dans son essai de 2003, il est passionnant de voir que si ces dizaines de chansons expriment plus ou moins la même colère devant l’oppression, et le même espoir de libération, elles diffèrent toutes par leurs styles et la corde sensible sur laquelle elles veulent appuyer. Il est tout aussi intéressant de voir que ces changements de styles suivent de près les victoires, les défaites et les changements de stratégie de la résistance arabe et palestinienne, le contexte politique du pays d’où elles émanent, et que cette tendance se poursuit encore, après 70 ans d’occupation de la Palestine.

Si la multiplication des chansons pro-palestiniennes, de tous styles et de toutes origines, n’est pas nécessairement une preuve que la victoire se rapproche, elle démontre en tout cas, si besoin était, que la propagande pro-israélienne véhiculée par les gouvernements occidentaux ne prend pas. On voit à quel point l’art, et même l’une de ses formes les plus populaires comme la chanson, est un enjeu politique, utilisé d’ailleurs aussi bien par l’État israélien dans sa tentative de normalisation que par les militants de la solidarité internationale avec la Palestine dans leur campagne de boycott culturel. Les chansons ne se contentent plus de décrire l’Histoire et de raconter l’espérance, elles participent effectivement au combat politique, ne serait-ce qu’en affirmant la vigueur d’une création culturelle palestinienne. Aujourd’hui, au delà des chansons qu’ils écrivent, les artistes sont invités à prendre parti dans ce conflit. Ils le font d’ailleurs, d’un côté comme de l’autre, et l’histoire jugera.

Liste de chansons, leur interprète, le pays et l’année

(à écouter ici : https://tinyurl.com/ChansonsPalestine ) :

En ce qui concerne la retranscription phonétique de l’arabe en lettres latines, la prononciation d’une même lettre (les voyelles surtout) peut varier selon l’auteur, et selon s’il s’agit d’arabe littéral ou dialectal.

Ya Zayer Mahda Issa (Oh visiteur du berceau de Jésus), Najah Salam, Liban, 1948

Filastin (Palestine), Mohammed Abdel Wahab, Égypte, 1949

Nasser (Le Victorieux), Mohammed Abdel Wahab, Egypte, 1956

Ya Akhi al-Laje’ (Oh, mon frère le réfugié), Kamal Nasser, Palestine, 1956

Rajioun (Nous reviendrons), Fairuz, Liban, 1957

Ahtarifou al-Houzna (Est-ce que tu connais la tristesse), Fairuz, Liban, 1957

Ya Jisran Khachabiyan (Oh ponts de bois), Fairuz, Liban, 1957

Jisr al-Awda (Les ponts du retour), Fairuz, Liban, 1957

Al-Watan al-Akbar (La patrie la plus grande), Abdel Halim Hafez, Égypte, 1960

Sawt al-Jamahir (La voix des masses), Mohammed Abdel Wahab, Égypte, 1963

Al-Massih (Le Messie), Abdel Halim Hafez, Égypte, 1967

Sanarjiou Yawman (Nous retournerons un jour), Fairuz, Liban, 1967

Bissane, Fairuz, Liban, 1967

Yaffa, Fairuz et Joseph Azar, Liban, 1967

Al-Quds al-Atiqah (La vieille ville de Jérusalem), Fairuz, Liban, 1967

Zahrat al-Madain (La fleur des villes), Fairuz, Liban, 1967

Sayfun fal-Yuchhar (Une épée doit être brandie), Fairuz, Liban, 1967

Jibal al-Sawan (Les montagnes de silex), Fairuz, Liban, 1969

Ya Falastiniyya (Oh Palestiniens), Cheikh Imam, Égypte, 1968

Asbaha indi al-Ana Bunduqiyyah (Maintenant je me suis procuré un fusil), aussi appelée Tarik Wahed (La seule direction), Oum Kalthoum, Égypte, 1969

Mawtini (Ma Patrie), Palestine, 1934

Biladi (Mon Pays), Palestine, années 1970

Ana Samid (Je résiste), Al-Firqah al-Markaziyyah, Palestine/Liban, années 1970

Fidaiyyeh (Fedayin), Al-Firqah al-Markaziyyah, Palestine/Liban, années 1970

Kalachnikov, Al-Firqah al-Markaziyyah, Palestine/Liban, années 1970

Al-Assifa (La tempête), membres du Fatah, Palestine/Liban, 1974

Men Sejen Akka (De la prison de Saint Jean d’Acre), Al Ashikin, Palestine/Syrie, années 1980

Habat al-Nar (Le feu souffle), Al Ashikin, Palestine/Syrie, années 1980

Filastin (Palestine), Jil Jilala, Maroc, 1973

Filastin (Palestine), Nass El Ghiwane, Maroc, années 1970

Falastini (Palestinien), Jaafar Hassan, Irak, 1978

Ounadikom (Je vous appelle), Ahmad Kaabour, Liban, 1976

Bitaqat Hawiyyah (Carte d’identité), aussi connue sous le nom de Sajjil Ana Arabi (Inscris, je suis Arabe), Ahmad Kaabour et George Qurmuz, Liban, 1976

Jawaz al-Safar (Le Passeport), Marcel Khalife, Liban, 1976

Rita wa al-Bunduqiyyah (Rita et le fusil), Marcel Khalife, Liban, 1976

Ila Ummi (À ma mère), Marcel Khalife, Liban, 1976

Ahmed al-Arabi (Ahmed l’Arabe), Marcel Khalife, Liban, 1984

Ana Amchi (Je marche debout), Marcel Khalife, Liban, 1985

Asfour (Un oiseau), Marcel Khalife, Liban, 2003

Equal Rights (Droits égaux), Peter Tosh, Jamaïque, 1977

A Peace That We Never Before Could Enjoy (Une Paix dont nous n’avions jamais pu profiter), Ray Charles, USA, 1978

Oliver’s Army (L’armée d’Olivier), Elvis Costello, UK, 1979

Miss Maggie, Renaud, France, 1985

Triviale Poursuite, Renaud, France, 1988

Tout le Monde y Pense, Francis Cabrel, France, 1989

J’Ai Vu, Niagara, France, 1990

Baïonnettes, Zebda, France, 1992

War Crimes (Crimes de guerre), Special AKA, UK, 1982

Sabra wa Chatila (Sabra et Chatila), Nass El Ghiwane, Maroc, 1983

Ibrahim, Bérurier Noir, France, 1987

Hubb ala al-Tariqah al-Filastiniyyah (L’amour à la palestinienne), Sabreen, Palestine, 1984

Dukhan al-Barakin (La fumée des volcans), Sabreen, Palestine, 1984

An Ensan (À propos d’un homme), Sabreen, Palestine, 1984

Atfal al-Intifada (Les enfants de l’Intifada), Mustafa al Kurd, Palestine, 1987

Sharrar (L’étincelle), Suhail Khoury, Palestine, 1988

Dawla (L’État), Thaer Barghouti, Palestine, 1988

Jay al-Hamam (Les colombes arrivent), Sabreen, Palestine, 1994

Al-Hulm al-Arabi (Le rêve arabe), collectif, monde arabe, 1998

Qana, Majida El Roumi, Liban, 1996

Sakata al-Kinaa (Les masques sont tombés), Majida El Roumi, Liban, 1994

Wein al-Malayeen? (Où sont les millions), Julia Boutros, Liban, années 1990

Hajar al-Mensiyen (Les pierres des oubliés), Julia Boutros, Liban, 1995

Israel, Hicham Abbas, Egypte, années 2000

Ana Bakrah Israel (Je hais Israël), Shaaban Abdel Rahim, Égypte, 2000

Al-Quds Haterga Lina (Jérusalem nous reviendra), collectif, Égypte, 2002

J’Aurais Pu Croire, IAM, France, 1993

Jeteur de Pierre, Sniper, France, 2003

Gun Music (La musique des fusils), Talib Kweli, USA, 2002

Self Evident (Évident), Ani di Franco, USA, 2002

Intifada, Ska-P, Espagne, 2002

Charlatown, Gnawa Diffusion, France, 2003

Al-Quds (Jérusalem), Kadhem Saher, Irak, années 2000

Kollena Wahed (Nous sommes tous unis), Tamer Hosni, Égypte, 2009

Gaza Calling (Gaza appelle), Checkpoint 303, Tunisie/Palestine, 2007

Gazze (Gaza), Murat Solmaz, Turquie, 2009

L’Homme de Gauche, Rayess Bek, Liban, 2010

Ghareeba (L’étrangère), Kamilya Jubran, Palestine, 2005

Fares Odeh, Rim Banna, Palestine, 2005

Sarkhat Min al-Quds (Un cri de Jérusalem), Rim Banna, Palestine, 2010

Yaffa (Jaffa) Reem Kelani, Palestine, 2006

Jenin, Basel Zayed, Palestine, 2006

Al-Saber Ya Mubtali (Patience oh malheureux), Amal Murkus, Palestine, 2007

Ala Hadhihi al-Ard (Sur cette terre), Trio Joubran, Palestine, 2009

Meen Irhabi ? (Qui est le terroriste ?), DAM, Palestine, 2001

Ihda (Dédicace), DAM, Palestine, 2006

Men al-Kaheff (Dans la cave), Ramallah Underground, Palestine, 2007

1948, Ragtop, Palestine/USA, 2009

Shades of Anger (Nuances de colère), Rafeef Ziadah, Palestine/Canada, 2009

Boomerang, MBS et DAM, Algérie et Palestine, 2004

Mes Endroits, La Caution et DAM, France et Palestine, 2006

People Not Places (Les gens, pas les lieux), Invincible et DAM, USA et Palestine, 2008

Palestine ChChing, Sikh Knowledge, Inde/Canada, 2009

Palestine Will Be Free (La Palestine sera libre), Maher Zain, Suède/Liban, 2009

Baddi Salam (Je veux la Paix), Mahmoud Jrere (de DAM) et Shadia Mansour, Palestine et Palestine/UK, 2007

Hamdulilah Gaza (Bénie soit Gaza), Narcicyst et Shadia Mansour, Irak/Canada et Palestine/UK, 2009

L’Expression Contre l’Oppression, rap collectif, Belgique, 2009

Long Live Palestine (Longe vie à la Palestine), Shadia Mansour (Palestine/UK), DAM (Palestine), Lowkey (Irak/UK), Narcicyst (Irak/Canada), Eslam Jawaad (Liban/UK), Hichkas (Iran), Reveal (Iran/UK), Mongrel (UK) et Hasan Salaam (USA), 2009

Horizon, Code Rouge et Amel Mathlouthi, Belgique et Tunisie, 2010

They Shoot Children, Don’t They? (Ils tirent sur des enfants, n’est-ce pas ?), Oi Polloi, UK, 2006,

The Day the World Gets ‘Round (Le jour où le monde réussit), Yusuf Islam (Cat Stevens), UK, 2009

We Shall Overcome (Nous triompherons), Roger Waters, UK, 2010

Peace on the Shores of Gaza (La Paix sur les rives de Gaza), Tommy Sands, Irlande, 2010

Don’t it make you wonder? (Est-ce que ça ne te fait pas réfléchir ?), Mic Righteous, UK, 2010

En Palestine, Michel Bühler, Suisse, 2004

Enfant du Destin (David), Médine, France, 2004

Rainin’ In Paradize, Manu Chao, France, 2007

Palestine, Yann Tiersen, France, 2010

Avec le Coeur et la Raison, Kery James, France, 2009

A Force de le Dire, Youssoupha, France, 2009

Sans Histoire, Amazigh Kateb, France, 2009

J’Commence Tout Doux, Mister You, France, 2010

Si la Vie m’a Mis Là, Tryo, France, 2004

Si Loin, Si Proche, La Compagnie Jolie Môme, France, 2005

Guerriers Sans Armes, Kalash, France, 2008

Palestine, les Brixton Cats, France, 2005

Palestine, les 400 Hyènes, France, 2006

Palestine, MAP, France, 2009

Palestine, ZEP, France, 2009

Inscris, Je Suis Arabe, ZEP, France, 2009

Al-Amal Rahina (L’espoir en otage), Kwal, France, 2010

Road to Peace (La route vers la Paix), Tom Waits, USA, 2006

Qana, Patti Smith, USA, 2006

The Emperor’s Clothes (Les habits de l’Empereur), Invincible, USA, 2009

We Will Not Go Down (Song for Gaza) (Nous ne nous rendrons pas, Chanson pour Gaza), Michael Heart, Syrie/USA, 2009

On this Land (Sur cette Terre), Omar Offendum, Syrie/USA, 2011

Madness (La Folie), Harrison « Professor » Stafford, USA, 2011

Fixed Frequencies (Fréquences fixes), Propagandhi, Canada, 2005

End the Occupation (Non à l’occupation), The Brat Attack, Canada, 2008

Dear Ocean (Cher Océan), Narcicyst et Stefan Christoff, Canada, 2010

Afghanistan, Jimmy Cliff, Jamaïque, 2011

Freedom for Palestine (Liberté pour la Palestine), Lowkey, Attab Haddad (Irak/UK), Faithless, One Giant Leap, Kubb, Specimen A, Mark Thomas, Michael Rosen, LSK, Andrea Britton, Joelle Barker, des membres du London Community Gospel Choir (UK), et le Durban Gospel Choir (Afrique du Sud), 2011

Ghosts of Deir Yassin (Les fantômes de Deir Yassine), Phil Monsour et Rafeef Ziadah, Liban/Australie et Palestine/Canada, 2012

The New Black (Le nouveau Noir), The Mavrix et Mohammed Omar, Afrique du Sud et Palestine, 2012

Lazem Netghayyar (Nous devons changer), Shadia Mansour et Omar Offendum, Palestine/UK et Syria/US, 2013

Multi Viral, Calle 13 et Kamilya Jubran, Porto-Rico et Palestine, 2013

Somos Sur (Nous sommes le sud), Ana Tijoux et Shadia Mansour, Chili et Palestine/UK, 2014

Freedom For Us All (La liberté pour nous tous), Iain Ewok, Afrique du Sud, 2012

Intifada Intellect, Iain Ewok et Raheem Kemet, Afrique du Sud, 2014

Scarlett Johansson Has Gas (Scarlett Johansson a des gaz), DAM, Palestine, 2014

Israel vs. Palestine, Juice Rap News, Norman Finkelstein et DAM, Australie, USA et Palestine, 2014

Wahchani Bladi (Mon pays me manque), Carole Samaha, Liban, 2013

Rissala min Zinzana (Lettre de prison), DAM, Palestine, 2011

Dabber Halak ya Fayyad, (Débrouille-toi Fayyad), Qassem al-Najar, Palestine, 2012

Yasmin (Jasmin), Moneim Adwan, Palestine, 2013

Wein Ma Fi Hada (Quand il n’y a personne), Sabreena Da Witch, Palestine, 2011

Sout (Du bruit), The Revolution Makers, Palestine, 2013

Normalize This! (Normalisez-moi ça !), Remi Kanazi, Palestine/USA, 2012

Al-Kofeyye Arabeyye (Le Keffieh est arabe), Shadia Mansour, Palestine/UK, 2011

Une Vie de Moins, Zebda, France, 2012

Impossible, Gazateam, Palestine/France, 2012

Ehkee (Parle), The Refugees of Rap et Tamer Nafar, Syrie/France et Palestine, 2013

Allah al-Thawra (Dieu de la Révolution), Terez Sliman, Tamer Nafar, Marwan Makhoul, Palestine, 2014

Erfaa Rassak (Lève la tête haute), Mohamed Assaf, Palestine, 2014

Boycott Israël, Don Martin (Norvège), Immortal Technique (Pérou/USA), Eltipo Este (Cuba), Tumi (Afrique du Sud), Tonto Noiza (France), 2014

The Trees Will Grow Again (Les arbres grandiront à nouveau), Sacramento Knoxx, USA, 2014

Climbing Fences (En escaladant les barrières), Sonia Montez, USA, 2014

Gaza Soccer Beach, Médine, France, 2014

Min enta ? (Qui es-tu ?), DAM, Palestine, 2015

Shaddena al-Heil (Renforcer notre Résistance), The Revolution Makers, Palestine, 2015

Pause, Rafeef Ziadah, Palestine/UK, 2015

Ashtata (La pluie), Terez Sliman et Sophia Adriana, Palestine et Portugal, 2016

Liot Aravi (Être un arabe), Jowan Safadi, Palestine, 2015

Alameh (Signe), Tamer Abu Ghazaleh, Palestine, 2017

Everyland (Toute Terre), 47 Soul, Palestine, 2015

Ila Bassel (Pour Basel), Maimas, Palestine, 2017

Bafaker Erhal (Je pense à partir), Tamer Nafar, Palestine, 2017

Détruisons le Mur !, Dominique Grange, France, 2015

The Olive Branch, HK et les Saltimbanks, France, 2015

Free Palestino, Velaphi, Afrique du Sud, 2017

Palestina (Palestine),Puel Kona, Karamelo Santo et Las Manos de Filippi, Argentine, 2016

Wait For Her (Attends-la), Roger Waters, UK, 2017

Falasteen Habibti (Palestine mon amour), David Rovics, USA, 2014

Checkpoint, Jasiri X, USA, 2014

We Gotta Pray (Nous devons prier), Alicia Keys, USA, 2014

Season of Change (La saison du changement), Bettye Lavette et Stone Foundation, USA/UK, 2017

We Could Be Free (Nous pourrions être libres), Vic Mensa, USA, 2017

In Jerusalem (À Jérusalem), Rafeef Ziadah, Palestine/UK, 2017

Enti al-Ahed (Toi la Promesse), Tania Maria Sakkal, Syrie/Jordanie, 2017

Ena Tragoudi gia tin Ahed Tamimi (Une chanson pour Ahed Tamimi), Andreas Manolidis et Sylvia Kapernarou, Grèce, 2018

Supremacy (Suprématie), le Trio Joubran et Roger Waters, Palestine et UK, 2018

Block9 Creative Retreat Palestine (La retraite créative du Block9 en Palestine), Le Trio Joubran, Akram Abdulfattah, Wassim Qassis (Palestine), Mashrou’ Leila (Liban), Block9, Brian Eno, Fred, EBS (UK), Róisín Murphy (Irlande), The Black Madonna (USA), 2018

Sawt al-Moukawama (La voix de la résistance), Rim Banna (Palestine), Checkpoint 303 (Tunisie/Palestine), Bugge Wesseltoft (Norvège), 2018

Al-Rabye al-Ahmar (Le Printemps Rouge), Bashir Besaiso, Mohammed Al-Baz, Minim Awad et Ehab Khrais, Palestine, 2018

Ila Mata Ya Rabbou (Jusqu’à quand, Seigneur?), Fairuz, Liban, 2018

Notes

[1] Joseph Massad « Liberating Songs: Palestine Put to Music », Journal of Palestine Studies 32:21-38 (2003), version mise à jour dans Palestine, Israel, and the Politics of Popular Culture, Duke University Press, 175-201 (2005)

http://www.palestine-studies.org/jps/fulltext/41338

[2] Voir une liste plus complète de quelques 180 chansons d’une trentaine de pays à la fin du texte, et la plupart d’entre elles sur Youtube ici

https://tinyurl.com/ChansonsPalestine

[3] Kamal Boullata « Palestine Lives ! », notes de pochette du disque Paredon Records P-1022 (1974)

https://folkways.si.edu/palestine-lives-songs-from-the-struggle-of-the-people-of-palestine/historical-song-islamica-protest-world/music/album/smithsonian

[4] Emmanuel Dror « Boycott? Oui! Culturel? Aussi! », Contretemps, 14 janvier 2011

http://www.contretemps.eu/interventions/boycott-oui-culturel-aussi

[5] Yves Gonzalez-Quijano « Le nouvel orientalisme et les jeunes rebelles : les rappeurs de la scène arabe », Contretemps, 25 août 2013

https://www.contretemps.eu/le-nouvel-orientalisme-et-les-jeunes-rebelles-les-rappeurs-de-la-scene-arabe/

[6] Nicolas Dot-Pouillard « Les Palestiniens déchirés par la crise syrienne », Orient XXI, 18 octobre 2013

https://orientxxi.info/magazine/les-palestiniens-dechires-par-la-crise-syrienne,0389

[7] Alain Gresh « Une chanson pour Gaza : le Crif pour la censure ? », Les blogs du Diplo, 2 novembre 2012

http://blog.mondediplo.net/2012-11-02-Une-chanson-pour-Gaza-le-Crif-pour-la-censure

[8] Annie Robbins « Radical talent Jowan Safadi’s new song – ‘To be an Arab’ », Mondoweiss, 13 août 2015

http://mondoweiss.net/2015/08/radical-talent-safadis/

[9] Black-Palestinian Solidarity

http://www.blackpalestiniansolidarity.com/

[10] Ali Abunimah « Apple censors Vic Mensa’s views on Palestine », Electronic Intifada, 16 janvier 2018

https://electronicintifada.net/blogs/ali-abunimah/apple-censors-vic-mensas-views-palestine

Source : Contretemps




La direction palestinienne: à quoi pourrait ressembler un nouveau modèle

Par Inès Abdel Razek, Ali Abdel-Wahab, Tareq Baconi, Marwa Fatafta, Dana El Kurd  – 7 juin 2018

 

Deux décennies après les accords d’Oslo, la direction palestinienne a échoué à instaurer la paix, la justice et l’autodétermination pour le peuple palestinien. Il est vrai que l’échec de la direction a marqué la lutte des Palestiniens pendant le siècle passé et a été marqué aussi pendant le mandat britannique et pendant le soulèvement de 1936-39. Face à la crise de légitimité de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) et de l’Autorité Palestinienne (AP), Al-Shabaka  a rassemblé ce Cercle sur le Leadership et la Responsabilité pour se concentrer sur ce qui pourrait et devrait se faire pour s’assurer d’une direction palestinienne qui représente pleinement les Palestiniens, restaure leur unité et respecte leurs droits dans leur lutte pour la liberté.[1]

Marwa Fatafta et Alaa Tartir ont conjointement animé ce cercle politique ; ils ont identifié les participants, facilité le cadrage et le développement de son contenu, élaboré les questions clef et maintenu les débats sur la bonne voie. Au démarrage du cercle de politique sont posées ces questions clef : quel modèle de gouvernance pourrait assurer la pleine représentation démocratique et la participation populaire du peuple palestinien à l’intérieur et à l’extérieur des Territoires Palestiniens Occupés (TPO) ? Comment pouvons-nous assurer qu’un nouveau leadership et de nouvelles institutions soient responsables face aux besoins du peuple palestinien et satisfassent à ces besoins ? Comment pouvons-nous dépasser la dispersion géographique et politique des Palestiniens ?

Tandis que les points de vue des analystes varient, tout part du principe que la direction palestinienne – que nombre de Palestiniens considèrent corrompue, dépassée et servant uniquement à supprimer la quête du peuple palestinien pour ses droits – doit à tout du moins être restructurée.

Dana El Kurd plaide pour un retour à la structure originelle de l’OLP par lequel la diaspora palestinienne jouerait un rôle clef dans le recentrement de la direction du peuple palestinien. Marwa Fatatwa et Inès Abdel Razek proposent des changements plus généraux, appelant à la décentralisation de l’OLP et de l’AP pour donner plus d’autorité au niveau local et briser le monopole du pouvoir de la direction actuelle. Tandis que Fatatwa souligne les défis qui freineraient un tel processus, Abdel Razek envisage ses travaux futurs. Tarek Baconi et Abdel-Wahab  recommandent la formation d’un comité ou d’un organe en dehors de la direction actuelle pour instaurer un nouveau modèle de représentation. Pour Abdel Wahab, cela paverait le chemin d’une démocratie populiste conduite par des institutions de la société civile. Dans une analyse plus longue produite dans le cadre de ce cercle politique mais publié séparément, Fadi Quran retrace les différents styles, ères, mécanismes et transitions de la direction palestinienne au cours du siècle passé et en retire des enseignements pour l’avenir. Sa contribution est sur https://al-shabaka.org/circles/upending-the-palestinian-leadership-the-role-of-youth/

Dana El Kurd

Jusqu’en 1994, l’OLP a servi un double objectif : un gouvernement en exil liant les Palestiniens en diaspora et une force militaire dédiée à la résistance contre le projet sioniste. Au fil du temps, l’agression israélienne a poussé l’OLP et sa direction à consolider et centraliser le pouvoir et à porter plus d’attention à son objectif militaire qu’à la gouvernance. Dans la foulée des Accords d’Oslo et, plus tard, de la rupture entre l’AP et le Hamas, chaque côté a développé sa propre forme de « gouvernance » et de structures armées, ceux qui se réfèrent à l’AP étant essentiellement engagés dans le maintien de la domination israélienne sur les territoires palestiniens. Il n’empêche que la structure originelle de l’OLP fournit l’opportunité d’une représentation et d’une participation démocratiques.

L’OLP sert d’organisation faîtière qui comprend le Conseil Central, le Comité exécutif et le Conseil national palestinien (CNP). Le CNP est le corps législatif censé représenter les Palestiniens de la Palestine historique et de l’étranger. Le CNP détient la plus grande autorité et responsabilité et ses membres sont en grande partie élus en plus d’être membres du Conseil législatif palestinien (CLP) en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. En théorie, le CNP agit en contrôle du pouvoir de l’exécutif. Le Conseil central intègre des membres de toutes les branches de la structure de l’OLP et il est entendu qu’il fonctionne comme intermédiaire entre le CNP et le Comité exécutif en dehors de sessions du CNP.

Ainsi, les institutions et les mécanismes par lesquels les Palestiniens peuvent tenir leur direction pour responsable et être impliqués dans la prise de décisions existent déjà. Au lieu de réinventer la roue, la société palestinienne  au sein du pays et à l’étranger devrait exiger le retour à la structure originelle de l’OLP. Cela inclurait la réactivation du CNP par un appel à de nouvelles élections dans la diaspora et au pays via le CLP.

La fragmentation géographique et politique des Palestiniens offre certes un sérieux défi à tout projet de ce genre. Pour assurer une représentation politique, tous les groupes concernés de la société palestinienne doivent être incorporés sous l’égide de l’OLP, y compris les groupes islamistes.

Les institutions et les mécanismes par lesquels les Palestiniens peuvent tenir leur leadership pour responsable et participer au processus de décision existent déjà

Théoriquement, les membres du CNP devraient être responsables des circonscriptions qu’ils représentent. Par exemple des membres du CNP aux États Unis répondraient à la communauté palestinienne qui les a élus. Pour garantir un degré supérieur de responsabilité, de nouvelles élections pourraient aussi introduire la possibilité pour les électeurs d’une circonscription de rappeler tout membre du CNP.

De plus, tandis que l’OLP a fonctionné avec un CNP élu à une époque où internet n’existait pas, ni les réseaux sociaux ni une connectivité à grande échelle, les  avancées technologiques peuvent aujourd’hui aider à alléger le poids de la dispersion géographique. De nombreux pays ont expérimenté la démocratie « numérique » ou « l’i-démocratie » ou ‘l’i-gouvernement » dans les années récentes ; c’est le cas de l’Islande qui a amendé sa constitution par une participation en ligne et du Brésil qui a mis en œuvre le système de « l’i-democracia » par lequel les Brésiliens prennent part au débat parlementaire et interagissent régulièrement avec leurs représentants. Les talents de militants palestiniens engagés pourraient être mis à profit pour initier une campagne d’enregistrement dans la diaspora palestinienne puis organiser des élections  – tout cela étant facilité par ces nouvelles avancées technologiques et renseigné par des expériences antérieures de i-démocratie.

Il est important d’aborder le grief légitime contre les élections dans un environnement marqué par l’occupation et le nettoyage ethnique continu. Nombreux sont ceux qui argumentent que des élections dans un tel contexte  ne servent qu’à distraire la société palestinienne en l’incitant à se chamailler pour des sièges plutôt que de faire face à la menace commune de l’agression israélienne. Ce grief n’est pertinent qu’en ce qui concerne les élections du CNP dont la direction se déchire sur qui contrôlera les quelques lambeaux qui restent du territoire. De telles divisions internes ne devraient pas entrer en ligne de compte s’agissant du CNP et, plus largement, de l’OLP. Réactiver les institutions du l’OLP et élire un organe législatif pour représenter les Palestiniens dans le monde est une étape nécessaire à la pleine incorporation des revendications des Palestiniens dans toute future négociation.

Créer de nouvelles institutions à partir de la base dans un environnement fragmenté et de plus en plus polarisé pourrait bien s’avérer impossible. Il est donc important d’utiliser les institutions dont disposent déjà les Palestiniens et de tenter de les réformer plutôt que de s’en débarrasser complètement.

Marwa Fatafta

Le modèle traditionnel de leadership palestinien est une forme de pouvoir patrimonial centralisé. La structure de pouvoir de la politique intra palestinienne a toujours tourné autour d’un personnage ou d’une faction, comme Yasser Arafat ou le Fatah, aidés et soutenus par un réseau de clients et de bienfaiteurs. La consolidation du pouvoir aux mains d’un acteur politique central a non seulement conduit les institutions palestiniennes existantes à échouer à agir démocratiquement au nom du peuple palestinien, mais a aussi conduit à la marginalisation et à l’exclusion délibérée d’autres acteurs et factions politiques palestiniens perçus comme des rivaux. Elle a aussi créé un large fossé entre, d’un côté, la direction palestinienne actuelle et les élites qui la soutiennent et, d’un autre côté le reste de la population palestinienne.

La domination du Fatah sur l’OLP et, par la suite, sur l’AP, par exemple, a conduit à l’aliénation et à la réduction systématiques d’autres voix palestiniennes ; elle a réduit la fonction des institutions au service des intérêts du Fatah plutôt qu’aux intérêts du peuple palestinien au sens large.

Pour remédier à la consolidation du pouvoir, la décentralisation de la gouvernance est nécessaire et centrée sur les localités et communautés de base palestiniennes au sein des TPO et en diaspora. De plus, le système actuel de gouvernance palestinien est truffé de corruption et d’abus de pouvoir, sans redevabilité envers le peuple palestinien. Être capable de demander des comptes à un gouvernement est un prérequis pour tout système fonctionnel de gouvernance démocratique. Donc une ligne verticale de reddition de comptes doit passer de ces localités à l’OLP par des mécanismes tels qu’un organe législatif en fonctionnement et des élections régulières, libres et justes. Ces lignes de responsabilité ne peuvent toutefois pas exister seules. Des systèmes horizontaux internes de reddition de comptes sont aussi nécessaires pour garantir un fonctionnement pleinement transparent, sans corruption ni abus de pouvoir des institutions palestiniennes. Dans l’état actuel des choses, le manque de séparation des pouvoirs au sein du modèle actuel de leadership palestinien nécessite une rectification urgente.

Le manque de séparation des pouvoirs au sein du modèle actuel de leadership palestinien nécessite une rectification urgente

Le Président palestinien Mahmoud Abbas agit à la tête de l’OLP, à la tête de l’AP et à la tête de son parti politique, le Fatah. Il a aussi un pouvoir législatif en l’absence d’un CLP en état de fonctionner. Le président prend à lui seul des décisions politiques sur le présent et l’avenir de tous les Palestiniens ; cela a des effets catastrophiques sur la cause palestinienne et sur la direction qu’il préside. L’OLP doit dépasser toutes les factions palestiniennes et mettre fin au monopole du Fatah.

Ensuite, la mainmise factionnelle de l’AP sur l’OLP pourrait être supprimée en séparant la présidence des deux institutions. Une proposition est que le président palestinien préside l’OLP et que l’AP, sous la conduite d’un premier ministre, soit responsable vis-à-vis d’un organe législatif de l’OLP. Le rôle de l’AP doit aussi être transformé d’un pouvoir législatif et exécutif de facto en un organe technocratique qui fournirait des services et administrerait au quotidien les affaires du peuple palestinien de Cisjordanie et de la bande de Gaza.

Le changement va être difficile dans le contexte actuel d’occupation militaire, de division politique entre le Fatah et le Hamas et de confiscation du pouvoir par les élites palestiniennes corrompues. Quatre principaux défis entravent l’établissement d’un nouveau modèle de leadership palestinien démocratique et responsable. Le premier est la résistance de la direction palestinienne et de son réseau de clientèle à une réforme qui priverait de leurs privilèges politiques et économiques ceux qui sont au pouvoir. Le changement politique institutionnel requiert une volonté et un engagement politiques sérieux ; autrement, les Palestiniens sont effectivement dans la répétition des expériences de pays arabes voisins, dont les organes corrompus de gouvernance réussissent à mettre en avant de nouvelles têtes plus brutales que les précédentes. En d’autres termes, ce qu’il faut c’est un changement institutionnel réel plutôt que de se concentrer sur le remplacement d’Abbas – une question souvent discutée dans la communauté internationale.

Un deuxième défi réside dans l’opposition externe à tout changement dans la direction. La communauté internationale, par exemple, a rejeté l’élection du Hamas au CLP en 2006 en dépit de l’évidence que les élections étaient libres, justes et qu’elles représentaient la volonté du peuple palestinien. Cela montre clairement que la direction palestinienne n’est pas une affaire palestinienne uniquement mais qu’elle est susceptible d’interventions extérieures. Troisièmement, l’apathie des Palestiniens et leur désenchantement du processus politique doivent être pris en compte. Comment les Palestiniens peuvent-ils restaurer la confiance et, plus important, encourager les Palestiniens à engager un nouvel organe ou un organe réformé malgré la déception vis-à-vis du leadership palestinien passé ? Le quatrième défi pourrait émerger de difficultés techniques dues à la fragmentation géographique du peuple palestinien. L’utilisation d’outils numériques technologiques et innovants est un moyen possible de dépasser la dispersion territoriale, en particulier dans le contexte d’élections, mais il apporte son lot de défis tels que l’accès des Palestiniens à internet et à la technologie mondiale et le risque de manipulation de résultats de votes numériques.

Inès Abdel Razek

L’état actuel de la communauté internationale et de la direction israélienne, comme de la politique intérieure palestinienne ont freiné tout leader ou force politique palestiniens pouvant suggérer une vision à moyen-long terme et une stratégie de libération nationale.

Les leaders palestiniens actuels étaient actifs dans le mouvement de libération des années 1960 aux années 1990 et leur façon de penser la libération et la forme de leur lutte stagne. Quelques uns sont opposés à tout changement. Cette direction obsolète doit laisser la place à la jeune génération pour fissurer une concentration du pouvoir qui a trop duré, occupée actuellement par des personnalités de l’AP et de l’OLP. Il y a parmi nous des Palestiniens compétents, qui ont des idées et des visions politiques sensées et orientées vers l’action, mais ils sont atomisés et ne peuvent trouver place dans l’OLP telle qu’elle est aujourd’hui.

Il faut assurer une représentation vraiment démocratique des Palestiniens pour écarter cette structure de pouvoir consolidée et cela peut être réalisé par la décentralisation et le renforcement du pouvoir au niveau local, ainsi que par une réforme de la structure de l’OLP. La décentralisation est nécessaire étant donné l’éclatement territorial des  Palestiniens, tandis qu’une délégation de pouvoir et de financement à des niveaux locaux diminuerait le monopole du pouvoir. Dans le cas hypothétique de la solution d’un État unique, il faudrait avoir un modèle fédéral fortement décentralisé de gouvernorats ou districts autonomes.

Il est important de se centrer sur le niveau local sachant que c’est le niveau auquel se sont faites les élections des 12 dernières années. Et les Palestiniens s’identifient culturellement et socialement à leur ville ou région géographique, ce qui prédispose les communautés au localisme. Au-delà des élections, il y a un besoin de forums où tous les représentants locaux se rencontrent de façon régulière pour aborder les intérêts souvent concurrents entre localités et pour garantir la cohésion territoriale.

Les Palestiniens ont besoin d’un système de leadership politique national fort qui prenne en charge la décentralisation.

Les services publics de base pour les Palestiniens tels que l’eau et l’éducation élémentaire devraient aussi être gérés localement avec une orientation stratégique centrale. Des années de méfiance dans l’AP et la faiblesse de ses services publics du fait de la privatisation ont érodé l’engagement civique. Confier directement la gestion des ressources vitales aux collectivités locales pourrait nourrir un sens de la propriété et du devoir civique et favoriser plus de redevabilité de la part des gestionnaires. L’implication citoyenne directe sur la question des ressources peut aussi développer la volonté de payer des impôts, actuellement affaiblie par la corruption et la privatisation.

La direction centrale reste cependant importante. Les Palestiniens ont toujours souhaité avoir des figures enthousiasmantes qui défendent leurs droits et leurs aspirations en toute intégrité. Ainsi, le besoin est celui d’un système politique et institutionnel hybride de leadership politique national fort, doté d’une direction stratégique claire qui mette en œuvre la décentralisation.

Les Palestiniens devraient aussi avoir un organe législatif en état de fonctionner et habilité, qui représente tous les partis et factions politiques. Cet organe devrait être renouvelé tous les quatre à cinq ans au suffrage universel. Dans le cas de la solution d’un État unique, tout le monde devrait avoir droit à une juste représentation basée sur une organisation sérieuse de districts ou collectivités locales. Les réfugiés palestiniens et les Palestiniens de la diaspora devraient aussi être représentés. Un tel système ne peut advenir qu’avec une restructuration de l’OLP et une transformation de l’AP, qui n’est qu’un demi-gouvernement créé par les accords d’Oslo et qui a freiné la construction d’une souveraineté palestinienne future.

Le nouveau modèle devrait aussi prendre en considération la diversité démographique, en particulier en ce qui concerne les femmes et les jeunes. La sous-représentation de ces groupes est tombée à un niveau dramatiquement bas en dépit de leur accès à de hauts niveaux d’éducation. Quand l’âge moyen au Conseil central de l’OLP n’est pas inférieur à 65 ans, comment cette assemblée peut-elle apporter une vision innovante et entraînante pour l’avenir ? L’introduction de quotas de femmes et de jeunes dans les structures décisionnelles, les partis politiques et les directions dans le secteur privé concrétiserait cette étape.

Les contre-pouvoirs sont aussi un élément-clef d’un système démocratique qui fonctionne effectivement, en Palestine comme ailleurs dans le monde. Des lois et des espaces publics devraient garantir le plein respect des droits humains et des libertés publiques et politiques des citoyens, sans exclure les journalistes et les militants. Par exemple, les media et les informations en ligne doivent être diversifiés et professionnalisés de façon à positionner et ancrer la Palestine dans la région et dans le monde avec sa narration propre tout en donnant la parole aux gens au-delà des habitués des sphères économiques, politiques et sociales. Professionnaliser et renforcer les capacités de canaux indépendants de télévision et de la presse écrite serait un point de départ. Les enfants et les jeunes devraient aussi être encouragés à lire, à développer leur curiosité intellectuelle, à douter et à avoir l’esprit critique, et le système scolaire doit leur apprendre comment filtrer l’information en ligne. Développer les capacités plutôt que gaver et imposer ces dispositifs de compétences préparera la prochaine génération de Palestiniens à participer à une démocratie dynamique.

Tareq Baconi

Qu’elles soient réformées ou nouvelles, les institutions palestiniennes représentatives devraient être fondées sur un modèle qui tienne compte de l’éclatement géographique du peuple palestinien et de la diversité de ses luttes locales. La société palestinienne pourrait accéder à cette forme de représentation par une sorte de recensement ou d’élections au niveau local, que l’on rencontre dans des circonscriptions palestiniennes. Une direction de l’OLP cherchant à redonner vie au Conseil National Palestinien sous forme d’un organe véritablement représentatif pourrait lancer une initiative pour mettre en œuvre ce processus. Un moyen innovant alternatif tel un vote numérique est aussi une option possible ; cette approche devrait être couplée avec une assistance apportée aux Palestiniens qui n’ont pas accès aux plateformes virtuelles des organisations de base de la société civile.

Les institutions palestiniennes devraient tenir compte de l’éclatement géographique des Palestiniens et de la diversité de leurs luttes au niveau local

Avant que cette étape puisse être accomplie, les Palestiniens doivent déterminer si la direction représentative devrait se construire sur la base d’institutions existantes ou créer une alternative pour supplanter le leadership existant. Selon la voie qui sera choisie, les défis varieront. Mais, dans les deux options, la responsabilité et la légitimité seront une des questions les plus critiques que les leaders de l’initiative auront à aborder. Comment assurons-nous une large acceptation de ce processus si un organe « national » ne fait pas progresser la démarche ?

Un moyen de relever ces défis serait de créer un comité crédible, coupé des institutions dirigeantes corrompues et illégitimes, pour piloter cette initiative. Le comité devrait être représentatif et composé de membres clairement validés par leurs communautés locales. Une fois établi ce comité, le processus de promotion d’une représentation légitime dans l’appareil politique palestinien pourrait commencer. Ce n’est que par un tel processus, conduit depuis la base vers le haut qu’une vraie direction palestinienne représentative peut être formée.

Ali Abdel-Wahab 

En 2015, le groupe Economist Intelligence Unit a conclu que la Palestine a un système « hybride », plus spécifiquement un régime à la fois autoritaire et semi-démocratique.  Le meilleur modèle pour les Palestiniens serait cependant la démocratie populaire ou populiste représentée par les organisations de la société civile. La création de réseaux importants dans la société civile préparerait correctement l’accès, l’association et la mobilisation politique des Palestiniens. Ce modèle fournirait l’opportunité d’une pensée vraiment démocratique et d’un véritable processus décisionnel.

Une démocratie populiste fournirait aux Palestiniens l’opportunité d’une pensée vraiment démocratique et d’un véritable processus décisionnel

Les modèles de démocratie passés et présents fondés sur les partis politiques palestiniens et sur l’approche de l’AP sont tous contaminés par l’occupation israélienne, les divisions internes palestiniennes, la personnalisation et la corruption politique.  Pour la réussite d’un modèle démocratique populiste, les Palestiniens auraient besoin, en plus de réseaux de la société civile, d’un organe d’audit qui contrôle l’autorité et garantisse la redevabilité. Cet organe introduirait progressivement des intérêts et valeurs représentatifs dans la conception des politiques.

Le modèle populiste pour les Palestiniens est face à plusieurs défis, dont l’éclatement géographique et le manque d’une conscience politique collective au sein du peuple palestinien du fait de la diffusion d’une culture de la peur et de la soumission. Les institutions de la société civile palestinienne doivent donc mettre en place une feuille de route concentrée, basée sur une démocratisation réelle et sur la consolidation de valeurs culturelles, politiques et démocratiques. Les titulaires du régime, les partis politiques et les intellectuels devraient rester en arrière dans le développement de ces plans, qui doivent faire avancer la participation politique comme culture et comme système.

Notes:

Un cercle de politique Al-Shabaka est un outil spécifique utilisé pour engager un groupe d’analystes dans une étude et une réflexion de long terme sur un problème d’importance cruciale pour le peuple palestinien. Dans la méthodologie de notre cercle de politique, les participants sont originaires de différentes parties du monde et peuvent introduire d’autres expertises de réseaux internes à Al-Shabka ou extérieurs, selon les besoins. Les membres du cercle de politique produiront aussi, ensemble ou séparément, des billets et commentaires politiques pour le cercle de politique lui-même et prendront part à d’autres débats en ligne de Al-Shabaka tel notre Policy Lab.

Inès Abdel Razek : membre d’Al-Shabaka, elle est conseillère en coopération pour le développement durable, principalement sur les politiques publiques et la coopération intergouvernementale. Elle a un Master’s de Sciences PO Paris en relations publiques. Elle a travaillé avec l’ONU et d’autres institutions multilatérales ; elle vit actuellement à Ramallah et agit en conseil auprès du gouvernement palestinien. Twitter: @InesAbdelrazek.

Ali Abdel-Wahab, membre du domaine politique de Al-Shabaka, vit dans la bande de Gaza et travaille au Pal-Think en études stratégiques. Il a travaillé à la Commission Internationale de Soutien aux Droits des Palestiniens (CISDP). Abdel-Wahab est aussi chroniqueur sur le blog d’Al-Jazeera, sasa post, et dans d’autres magazines. Il est de même formateur en droits humains, plaidoyer et création littéraire.

Tareq Baconi, analyste de Al-Shabaka, a été membre du programme de Al-Shabaka sur la politique américaine en 2016-2017. Le livre qu’il va prochainement publier «  Hamas Contained : Te Rise and Pacification of Palestinian Resistance » (Le confinement du Hamas ; développement et pacification de la résistance palestinienne) est publié par Stanford University Press. Tareq a un doctorat en relations internationales du Kings College de Londres, qu’il a effectué parallèlement à une carrière de consultant en questions énergétiques. Il est aussi diplômé de l’Université de Cambridge (en relations internationales) et de l’Imperial College de Londres (en ingénierie chimique). Tareq est adjoint invité sur le Middle East Project (Projet Moyen Orient). Ses écrits ont été publiés dans la revue Foreign Affairs, Sada : dotation Carnegie pour la Paix internationale, le Guardian, le Huffington post, le Daily Star, Al Ghad et Open Democracy.

Marwa Fatafta est une écrivaine palestinienne, chercheure et analyste politique vivant à Berlin. Elle est actuellement la conseillère régionale pour le Moyen Orient et l’Afrique du Nord, du secrétariat de Transparency International. Son travail est centré sur les questions de gouvernance, de corruption, de responsabilité et de l’espace de la société civile dans le monde arabe. Marwa a été boursière Fullbright aux États Unis et détient un MA en relations internationales de l’École Maxwell de citoyenneté et d’affaires publiques de l’Université de Syracuse. Elle a un deuxième MA en développement et gouvernance de l’Université de Duisbourg-Essen.

Dana El Kurd, membre d’Al-Shabaka, a obtenu un doctorat en science politique de lUniversité d’Austin, Texas. Elle est spécialisée en politiques comparées et en relations internationales. Sa thèse explore comment les bailleurs internationaux influencent la consolidation autoritaire dans les territoires palestiniens. Dana écrit régulièrement pour des publications telles que Al-Araby al Jadded, le blog Monkey Cage du Washington Post, et Foreign Affairs. Elle travaille actuellement comme chercheure au Centre Arabe pour la recherche et les études en politique, et pour son institution sœur, l’Institut de Doha pour les études supérieures de second cycle.

Source : Al Shabaka
Traduction : SF pour l’Agence Media Palestine




Retour sur la marche du retour, vue de Haïfa – Conversation avec Majd Kayyal

Haïfa – 24 mai 2018 

Retour sur la marche du retour, vue de Haïfa
Conversation avec Majd Kayyal, propos recueillis par Michèle Sibony (Les italiques dans le texte sont d’elle)

Photo : Majd Kayyal

La marche du retour a pris une importance particulière cette année, en raison de l’anniversaire des 70 ans de la Nakba, avec la répression des manifestations de Gaza, mais aussi avec les manifestations organisées à Haïfa dont celle très violemment réprimée du 18 mai dernier. Comment analyser la portée de ces événements, à la lumière des célébrations précédentes ?

La marche du retour est organisée chaque année en Palestine depuis plus de 20 ans.  Sur le territoire de 1948, on peut faire deux remarques, la date de la marche est calquée sur le calendrier hébraïque religieux de la « fête d’indépendance », et non sur le calendrier chrétien. Cette date varie donc chaque année selon le calendrier hébraïque : Cette année c’était le 29 avril par exemple, l’an dernier le 19 avril je crois … Il n’y a quasiment jamais donc de marche ou d’événement commémoratif organisé le 15 mai, jour choisi pour la Nakba palestinienne.  C’est le jour férié de l’indépendance israélienne qui est celui des commémorations.  La marche ne dérange donc pas et s’insère dans la normalité de la vie israélienne. Presque toutes les dernières années, il n’y a pas eu sur le territoire de 48 d’activité ou d’événement commémoratifs de la Nakba organisés par les partis ou officiellement réunissant le peuple palestinien le 15 mai.  Du coup   cette célébration prend ici en quelque sorte un caractère folklorique, c’est une activité   essentiellement familiale de visite des lieux, de chants, ce qui est bien, et fondamental même d’un point de vue éducationnel, mais manque de contenu politique du point de vue de la lutte politique . Cela dit que la Nakba et le retour font partie de notre identité politique et culturelle au sens large mais ne font pas partie de l’action politique au sens de la lutte de libération. Alors par exemple, on ne s’autorise pas à faire ces événements dans les villes faute d’obtenir une autorisation de la police, on fait cela le jour férié israélien. Cela risque de transformer la question des réfugiés et de la Nakba sur le modèle du traitement de celle des indigènes aux Etats Unis. Alors oui nous revêtons les uniformes des réfugiés et nous arborons l’identité folklorique de la Nakba mais nous n’intégrons pas cette marche du retour dans le cadre de la lutte politique

N’y a -t-il pas ici aussi (comme aux Etats unis dans la situation que tu décris) un élément d’échec ou de défaite qu’il faut prendre en compte ou à tout le moins de rapport de force. A Gaza et même ici à Haïfa une volonté de protéger les gens de la violence ?

Je ne parlais pas de Gaza. Mais je crois aussi qu’une partie importante de la direction politique fonctionne avec cette idée de défaite. Il y a une différence entre l’échec ou la défaite et le rapport de force. La défaite tend vers l’idée qu’on ne peut réparer la perte historique. Qu’il n’y aura pas de justice et qu’on ne recouvrera pas nos droits. Je suis convaincu qu’une partie importante de la direction traditionnelle s’intéresse à la Nakba et au droit du retour comme un concept culturel et n’est pas convaincue qu’il puisse se concrétiser politiquement, ni que la justice historique puisse être restaurée. Que dit par exemple la direction de la « liste arabe unie » (au parlement israélien) : quand nous sortons célébrer le jour de la Nakba dans la marche du retour, ce n’est pas contre l’Etat mais contre le malheur que l’Etat a causé pendant les premières années de son existence. C’est une position qui existe et qui dit que l’on peut réaliser le concept du retour et marquer la Nakba à l’intérieur du cadre de la citoyenneté ( israélienne).  Certes, c’est très important pour des milliers d’enfants palestiniens de revenir sur les traces des villages détruits et d’apprendre l’histoire…

Mais, cette fois, parce que Gaza a choisi d’aller vers un grand événement pour le jour de la Naqkba le 15 mai, il s’est passé là quelque chose de très politique, de non routinier, de très intelligent, et qui a une dimension historique.

On connait cette fameuse dichotomie dès que l’on parle de Gaza, entre Hamas et les gens, Mais c’est ne pas comprendre que l’espace non partidaire à Gaza est proche de zéro. La société gazaouie est traditionnellement tellement organisée par l’appartenance à un parti, que cela   structure même les familles, telle famille est Fatah ou FP etc… C’est d’ailleurs un composant sociologique fondamental de la société palestinienne dans les territoires occupés et parmi les réfugiés. C’est comme l’affirmation qui a été faite que la plupart des tués étaient proches d’activistes terroristes … (il rit…)  Mais c’est Gaza !

Ce qui est nouveau cette année, c’est que le Hamas a accepté de donner un espace d’organisation et d’action populaire à Gaza, qu’il n’accorde pas habituellement. En général il est très rétif à cela, peut-être à cause de son obsession sécuritaire, et peut être aussi par bêtise politique. Il y a donc eu une véritable organisation des gens en dehors des partis, même si certains habituellement sont membres du Hamas, ils ne l’ont pas fait par obéissance à des ordres du parti. Hamas a lâché les rênes mais Il a aussi essayé de tirer profit de la situation en tentant de récupérer l’action, en proclamant par exemple que la plupart des tués étaient membres du Hamas, ce qui était bête et faux en même temps. Bien sûr qu’il faut utiliser à son profit une situation pour en tirer des avantages politiques, pour alléger le siège par exemple, et donner une légitimité à la résistance. Mais il faut le faire intelligemment.

Cette organisation populaire a produit deux situations de portée historique : C’est la première fois que la situation contemporaine, en l’occurrence le siège de Gaza actuel et ses effets, se trouve connectée avec force avec des événements historiques et des valeurs, la Nakba, et le droit au retour. C’est un phénomène rare. Impossible de dissocier le siège, l‘occupation, du droit au retour. On ne peut plus dire : arrêtons l’occupation, arrêtons le siège, on ne peut plus parler de rien en dehors du cadre du droit historique du retour. C’est la première fois que cela se produit, même pendant la première Intifada on n’avait pas fait ce lien, ou sous forme de slogans, mais pas de façon systématique et liée à l’action. C’est la première fois que quelqu’un dit : la solution à mon problème d’aujourd’hui, le problème de l’eau, et de la nourriture et des médicaments et de l’électricité, ne peut être résolu en dehors de la pensée du droit au retour et de la Nakba, cela n’est pas arrivé souvent dans l’histoire du peuple palestinien, en particulier entre les années 80 et aujourd’hui. En effet ce qui est évident à comprendre pour les réfugiés de l’extérieur, l’importance du droit au retour, l’est beaucoup moins pour ceux qui ont été déplacés à l’intérieur de la Palestine, à Gaza, en Cisjordanie ou sur le territoire de 48. Pour eux cette question est souvent diluée dans d’autres problématiques comme l’inégalité l’apartheid, la colonisation. La marche de Gaza, dont une majorité de la population est réfugiée, révèle l’essence profonde et première du conflit.

Dans la situation de Gaza, après Oslo, après le débat sur un ou deux Etats, revenir et dire clairement : non! la solution au problème de l’eau à Gaza c’est le droit au retour, cela a fait atteindre au droit du retour des niveaux dont nous n’avions pas rêvé, les gens, soudain se mettent à parler du droit au retour comme de quelque chose de pertinent, de possible.

Cela c’est du ressort des principes. Sur le plan concret, il y a quelque chose auquel le peuple palestinien était peu habitué qui est que l’action populaire, les manifestations, la résistance populaire pouvait se conduire sans contradiction avec la résistance armée. La résistance populaire s’exprime comme pendant la première intifada, mais en même temps qu’est présente une organisation militaire qui dit : on ne lâche pas les armes et nous conservons le droit d’agir militairement contre l’occupation. Le Hamas détient les armes et revendique le droit à la résistance armée. Alors que si l’on regarde les grandes étapes de la lutte, la première intifada    a été perçue essentiellement comme résistance populaire, la seconde principalement à   dominante armée. Avant cela, au Liban comme   en Jordanie dans les années 70 la perception dominante était celle de la résistance armée. 

Je suis surprise, car sur le terrain, ce soutien militaire dont tu parles n’est pas visible, de plus en France on associe systématiquement droit au retour et opposition au transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, comme les deux revendications de la marche.

Je n’ai pas voulu dire que c’est un renfort ou un soutien actif, mais on sait que Hamas a la capacité d’agir militairement, rappelle-toi ce qui s’est passé en Cisjordanie par exemple : à la fin des années 80 Arafat avait choisi le rejet des armes et le soutien à la résistance populaire. Mahmoud Abbas avec l’Autorité palestinienne refuse aussi les armes, mais ne soutient pas pour autant, et même réprime la résistance populaire. De fait il réprime les deux modes de résistance. Hamas, lui, avait refusé de rendre les armes.

C’est bien la première fois qu’on a cette synthèse impressionnante : simultanément une résistance civile qui ne s’oppose pas au principe du droit à la résistance armée, et une résistance armée qui   n’annule pas l’importance de l’implication des masses populaires dans le processus de libération.

Tu veux dire alors qu’il y a une coupure entre Cisjordanie et Gaza, notamment sur cette question ?  

Bien sûr que la coupure est profonde ! Et à bien d’autres niveaux encore. A présent pour répondre sur l’ambassade et Jérusalem, on n’a pas vraiment vu de révolte massive, ou un soulèvement d’ampleur. L’intérêt populaire n’est pas manifeste pour ce qui est considéré comme des enjeux diplomatiques, politiques ou juridiques, autant de cadres dans lesquels les Palestiniens n’ont pas confiance. Ils ne voient pas en quoi le droit international les a jamais aidés, ils ont le sentiment qu’il ne leur apporte rien. Si l’ambassade n’est plus à Tel Aviv et qu’elle est à Jérusalem, qu’est-ce que cela change pour eux ?  Ils sont bien plus intéressés par ce qui influe directement sur leur vie quotidienne : Essaye de bloquer une des portes de la vieille ville et tu verras le soulèvement immédiat.

Mais si on touche à la Mosquée ?

Oui bien sûr, la Mosquée sa symbolique religieuse est une composante essentielle   dans la société palestinienne et son identité culturelle. De plus c’est une grande partie du territoire de la vieille ville. En réalité la mosquée constitue aussi l’axe majeur de l’organisation urbaine et de la circulation de toute la vieille ville.

 Il y a quand même la colère du monde musulman et une inquiétude sur le sens de ce transfert, son impact sur la vieille ville et les lieux saints musulmans.

Il faut juste écouter les slogans de Gaza, ce que disent les gens de Gaza. Les gens de Gaza ont fait la marche à cause du siège et parce qu’ils sont en majorité des réfugiés qui ont gardé une forte conscience politique de réfugiés. Et cela malgré les tentatives d’affaiblir cette conscience de réfugié depuis Oslo. Par exemple l’autorité palestinienne avait essayé de transformer les camps de réfugiés en autant de municipalités, de villes, pour essayer d’annuler ce statut social  de réfugié,  ils ont échoué.

Et en Cisjordanie que s’est-il passé autour de la marche du retour ?

De fait, relativement à toute la Cisjordanie, à l ‘espace de la première intifada, cette fois, à part une manifestation importante à Ramallah, il ne s’est quasiment rien passé, d’où l’intérêt des manifestations de Haïfa, la « ville de la coexistence » (grand sourire).

La jeune génération de Gaza a assumé la lutte avec humour : organisée en brigades, les jeunes se sont répartis entre les brigade des pneus. Les très jeunes se baladent toute la semaine dans Gaza à la recherche des pneus à collecter pour l’utilisation le jour de la manifestation. Ils ont un porte-parole officiel, c’est très drôle. Il y a la brigade de l’armée de l’air qui s’occupe des cerfs volants, et celle des coupeurs de barrière, il y a même une brigade « divertissement », et celle géniale du « refus de comprendre », qui prend le contre-pied satirique des unités de négociations palestiniennes, c’est leur unité diplomatique en quelque sorte !

Mais comment sais-tu tout cela ?

Tout est visible sur facebook, il y a des dizaines de vidéos, ils ont un porte-parole par brigade. Regarde, (il me montre sur son portable), ils ont filmé la parade de l’unité des pneus. Tout cela circule sur facebook avec forces blagues et traits d’humour, prenant totalement à rebours les accusations de morbidité suicidaire… la jeunesse de Gaza se bat et dans la joie. Ils sont drôles et ils rient, il faut dire qu’ils s’ennuient ferme à Gaza où il n’y a rien à faire, jour après jour.

https://www.facebook.com/Hay.Tuofaah.1/videos/1788471624542898/ 

 https://www.facebook.com/anwar.bas/videos/10216361802222144/ 

Alors, raconte un peu : comment, pourquoi les manifestations à Haïfa ?

Pourquoi Haïfa, c’est la bonne question.  D’abord cela se passe à Haïfa parce que c’est plus difficile à organiser dans toute autre ville à population arabe d’Israël. Nazareth, Sakhnin, Um el fahem, Ara, ou même Akko et Jaffa, etc … sont des villes où les municipalités, en plus des violences policières ont été soumises à de telles pressions du gouvernement après les manifestations de ces dernières années, qu’elles ne peuvent accueillir sans problèmes des manifestations, surtout celles composées de jeunes qui risqueraient d’être moins sages que dans les manifestations traditionnelles. Alors que Haïfa c’est une vraie ville, la seule où personne ne viendra nous dire « ne manifestez pas » ou « tenez-vous bien ». Cette nouvelle forme d’organisation commencé avec les manifestations contre le plan Prawer (qui prévoyait la judaïsation du Néguev et le déplacement de plus de 40 000 bédouins, en cours de réalisation d’ailleurs – lire http://ujfp.org/spip.php?article2967 ), elle  regroupe des jeunes palestiniens encartés ou non à Balad ou Hadash, mais indépendants, qui se retrouvent via les réseaux sociaux et s’organisent plutôt loin des partis politiques. Tout fonctionne par réseaux sociaux et étonnamment bien.  Il y a eu des manifs lundi, mardi, vendredi, et dimanche dernier.  Les mots d’ordre de ces manifestations ne sont pas des mots d’ordre de solidarité ou de soutien à la marche du retour de Gaza. Nous sommes une partie, une branche de la marche du retour, c’est pourquoi nous n’avons pas d’autres mots d’ordre que ceux de Gaza : Briser le siège, Droit au retour . La direction traditionnelle de 48 (celle des Palestiniens citoyens d’Israël )  n’arrive pas à se percevoir comme une partie de cette marche, elle s’est exprimée après la  manifestation du  vendredi 18 mai, contre les « violences policières » et contre la « restriction de l’espace démocratique ».

Depuis les manifestations contre le Plan  Prawer, la décision stratégique a été prise  de ne plus demander d’autorisation de manifester. La loi ne dit pas que toutes les manifs nécessitent une demande d’autorisation. Par exemple un rassemblement, même de mille personne, sur le trottoir, et sans mégaphone, ne requiert pas d’autorisation. S’il y a un élément de discorde fondamental entre les organisateurs de ces rassemblements et les   dirigeants des partis traditionnels, c’est bien cette question des autorisations pour les manifestations. Hadash les a beaucoup attaqués sur ce choix et sur le blocage d’une artère principale de la ville.

Mais les organisateurs de ces événements ne veulent pas discuter avec la police, ni avant ni pendant les manifestations. C’est une forme d’escalade assumée, car il n’est pas possible qu’après toutes ces années un seul pas en avant ne soit effectué. Ces organisateurs ne sont pas pour autant des têtes brûlées, ils connaissent la loi, et leurs droits. Par exemple, rien n’oblige à disperser une manifestation non autorisée. Lors de la première manifestation du 14 mai ils ont bloqué   l’avenue Haatzmaout (avenue de l’indépendance artère centrale en bas de la ville au port) pendant 20mn, la manif a duré une heure et demi en tout et s’est dispersée calmement. Après tout ils savent bien que les handicapés qui protestent bloquent Ayalon, (le boulevard périphérique de Tel Aviv), que les Ethiopiens en manifestation ont bloqué la route 6 (autoroute centrale).

Il a aussi été décidé de manifester dans la ville basse, encore peuplée de Palestiniens jusqu’en 2000 et qui subit   en ce moment même un processus de gentrification accéléré, conduit par la société « Homeland ». C’est un quartier redessiné pour le tourisme et rebaptisé « le souk turc ». C’est un quartier aussi très proche de Wadi Salib, (quartier palestinien évacué en 48 puis partiellement repeuplé de réfugiés revenus, et aussi d’immigrés juifs marocains dans les années 50) qui est totalement détruit aujourd’hui, ces lieux concernent aussi le droit du retour.

 Parle-moi des violences policières de la manif du vendredi 18 mai :

Ce n’était pas la manifestation la plus violente qui se soit produite à Haifa, il y a eu des manifestations bien plus violentes, pendant les mobilisations contre le Plan Prawer en 2013 des gens sont arrivés à l’hôpital en danger de mort, quelqu’un a failli perdre un œil. Il y a deux choses à noter sur cette violence et qui sont liées à la situation autour de Gaza. Cette fois la violence a été « manuelle » si l’on peut dire, pas de tirs de gaz lacrymogènes ou autres, mais les têtes cognées contre les murs, un genou cassé à coup de pied, une oreille éclatée, tout cela non pas dans une dispersion musclée, mais plus tard, à froid, à l’intérieur du poste de police. Quand c’est une violence de proximité, avec les mains, tu regardes l’agresseur dans les yeux et le « sentiment » de violence est encore plus grand. C’est la même chose à Gaza, toute proportion gardée, des morts il y en a eu des centaines pendant l’opération militaire israélienne de 2014, mais soixante tués par les tirs de snipers à gaza, d’une façon tellement frontale et brutale, c’est encore autre chose, un autre niveau.

Cette violence qui s’est produite contre les gens arrêtés, à Haïfa et dans le poste de police, porte en elle-même un message :  Organiser une manifestation en unité, et non en solidarité, avec Gaza, avec les slogans de Gaza, c’est briser le cadre légal de la citoyenneté, et la réponse est à la hauteur, hors du cadre légal de l’utilisation de la force.  C’est la raison pour laquelle les organisateurs se sont dit qu’il fallait appeler rapidement à au moins une autre manifestation quelque-soit le contexte, parce que sinon il ne pourrait plus rien se passer dans cette ville pendant plusieurs années.

Le 1er juin   une autre manifestation a donc été organisée à Haïfa par ce réseau et a rassemblé quelques centaines de participants, le double environ de celle du 18 mai ; elle s’est déroulée sans répression policière.

*Majd Kayyal jeune journaliste et écrivain vit à Haïfa, sa famille est réfugiée du village de Barwa. Militant, il a coorganisé plusieurs campagnes et projets politiques. Son premier roman, « The tragedy of Sayyed Matar » (2016)  a reçu le prix du jeune écrivain de la Fondation Qattan . En 2017 il a publié une étude politique: « How does the Zionist regim transform itself? The case of Netanyahu and the Israëli Media ». Il écrit pour le journal libanais Assafir Al Arabi, et d’autres organes de presse, ainsi que pour le blog  qu’il a ouvert en 2010.

 




4 morts et 600 blessés dans la bande de Gaza -bilan provisoire- ce vendredi 8 juin 2018

Par Ziad Medoukh

En Direct de Gaza :

4 morts et 600 blessés dans la bande de Gaza -bilan provisoire-

Ce vendredi 8 juin 2018 :

Gaza se révolte pour Jérusalem !

L’armée israélienne a tué ce vendredi 8 juin 2018 quatre  palestiniens dont un enfant de 14 ans, partout dans la bande de Gaza. -bilan provisoire-

Ces palestiniens manifestaient pacifiquement près des zones tampons de sécurité imposées par les forces de l’occupation israélienne sur les frontières de la bande de Gaza.

Silence, on tue en toute impunité à Gaza !

Plus de 40.000 palestiniens de Gaza se sont ressemblés en masse ce vendredi 8 juin  2018 pour  commémorer les 51ème anniversaire de l’occupation israélienne de Gaza, de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est , dans une initiative non-violente afin de montrer l’attachement des Palestiniens à leur terre, que le droit au retour est sacré pour tout le peuple palestinien, et pour exiger la levée du blocus israélien inhumain et mortel sur la bande de Gaza.

51 ans après, l’injustice se poursuit pour les Palestiniens !

Les soldats israéliens qui se trouvaient sur les frontières ont ouvert le feu en tuant quatre personnes et en blessant six cents .

Les snipers israéliens turent toujours sur les manifestants sans armes.

Les dirigeants israéliens ne supportent pas ces manifestations pacifiques qui se développent dans la bande de Gaza semaine après semaine.

Les crimes israéliens contre le peuple palestinien se poursuivent !

Les manifestants et malgré la brutalité des forces de l’occupation israélienne, et malgré les balles réelles et  le gaz lacrymogène de l’occupant , sont plus que jamais déterminés à poursuivre ce type d’actions. Ils développent des stratégies non-violentes face à cette occupation aveugle.

Ils défient les soldats israéliens par leurs drapeaux palestiniens dans les mains et leurs actions pacifiques.

La résistance populaire pacifique se développe dans la bande de Gaza.

Ces actions pacifiques montrent que la non -violence pourrait être efficace y compris dans la bande de Gaza pour lutter et résister contre les mesures atroces de l’occupation israélienne.

Honte à cette occupation illégale !

Honte à ces crimes israéliens contre les civils palestiniens !

Honte à ce blocus israélien inhumain et mortel !

Honte à cette communauté internationale officielle complice !

Vive la solidarité !

Gaza sous blocus résiste

Gaza la dignité persiste

Et Gaza l’espoir existe !

Gaza la courageuse défie l’occupation !

Gaza l’abandonnée vit !

Gaza la digne est plus que jamais déterminée !

Ici , notre terre et ici, notre Palestine !

Ici , nos racines !

La lutte continue !

La Palestine vivra !

La justice triomphera !




Maï Masri : « Les films font partie de la sauvegarde de la mémoire »

5 juin 2018

Maï Masri a été l’une des premiers cinéastes palestiniens à documenter la vie en Palestine sous l’occupation israélienne et la guerre civile au Liban.

Vidéo et montage de Jehan Alfarra, interview par Amelia Smith.

Maï Masri a été l’une des premiers cinéastes palestiniens à documenter la vie en Palestine sous l’occupation israélienne et la guerre civile au Liban. Masri a grandi à Beyrouth, et elle n’avait que 17 ans quand le conflit a éclaté.

Une rétrospective de sa carrière a récemment été présentée dans le cadre du Festival Ciné-Palestine en France à Paris, l’un des toujours plus nombreux festivals de films palestiniens organisés à travers le monde. (http://festivalpalestine.paris/fr/programme2018)

« De tout le cinéma arabe, celui de la Palestine est le seul pays, le seul cinéma, à avoir des festivals cohérents partout dans le monde » dit Masri, dont l’œuvre a été diffusée en avant première aux  festivals de Toronto, Londres et Busan.

Lire aussi : « Les journées de l’industrie du Festival Ciné-Palestine font partie de la résistance culturelle de la Palestine ».

Sa trilogie très acclamée « Les Enfants du feu », « Les enfants de Shatila », et « Les frontières entre les rêves et les peurs » se concentre sur la vie de jeunes réfugiés palestiniens.

Le premier film documente la vie à Naplouse durant la Première Intifada et le deuxième emmène le spectateur à l’intérieur du camp de réfugiés de Shatila au Liban. Le troisième suit l’amitié entre deux jeunes réfugiés, l’un au Liban et l’autre en Palestine, qui se rencontrent à la frontière après  la libération du Sud Liban, suite à  22 années d’occupation.

« Cela renvoie à ce qui se passe à Gaza aujourd’hui, car il y a aussi une immense Marche du Retour, de sorte que le concept des enfants, des réfugiés et de la jeune génération, et de ne pas oublier la Palestine est très puissant » dit Masri.

« Ils font toujours partie de la mémoire, sauvegardant la mémoire, et écrivant une histoire qui était non écrite ».

Source : Middle East Monitor
Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

 




Le caricaturiste palestinien Mohammad Sabaaneh interrogé sous la menace par des israéliens au Pont Allenby

 De retour du festival de caricatures de Belgique pour rentrer à Ramallah, le caricaturiste palestinien Mohammad Sabaaneh a été retenu cinq heures sous la menace au Pont Allenby. 

Mohammad Sabaaneh devant quelques unes des œuvres qu’il a exposées
au Festival de Bastogne du 25 au 27 mai.

Contact : Helena Cobban, présidente de Just World Educational

 Washington, DC – Le 31 mai, alors que le très reconnu caricaturiste politique palestinien Mohammad Sabaaneh essayait de rentrer chez lui à Ramallah après avoir participé au festival international de caricaturistes à Bastogne en Belgique, les forces israéliennes de contrôle aux frontières l’ont retenu cinq heures au pont Allenby, l’ont menacé et lui ont confisqué et/ou volé l’une des ses principales œuvres.

Alors que l’occupation militaire israélienne de la Cisjordanie et de Gaza entre dans sa 52ème année, les restrictions de circulation des 4,8 millions de résidents palestiniens autochtones de ces deux zones sont plus étroites que jamais. Les 2 millions de résidents de Gaza sont dans l’incapacité presque totale de voyager, tandis que les résidents de Cisjordanie sont pour ainsi dire interdits  de transiter par l’aéroport israélien Ben Gurion : pour voyager à l’international, ils doivent traverser la frontière d’Israël avec la Jordanie, puis prendre l’avion à l’aéroport d’Amman. Ceci rallonge considérablement leur durée de voyages, leur dépenses et soumet tous les voyageurs à la possibilité d’être harcelés à la frontière d’Israël. 

En 2013, alors que Sabaeneh traversait la frontière après un voyage professionnel en Cisjordanie, il a été arrêté et emprisonné pendant cinq mois. Cette expérience (commune à des milliers de Palestiniens tous les ans) a profondément nourri ses dessins suivants. Un chapitre essentiel de son livre récemment publié, « Noir et Blanc : Dessins Politiques de Palestine », explore de façon poignante le sort des Palestiniens arrachés à leurs familles – et des familles palestiniennes séparées ainsi de leurs êtres chers.

Cette année, tandis que les Palestiniens commémorent le 70ème anniversaire de la Nakba « Catastrophe ») causée par le vaste nettoyage ethnique que les unités pré-israéliennes et israéliennes ont pratiqué en 1948 contre leurs communautés, Sabaaneh a continué à se servir de son art et de ses multiples contacts internationaux pour mieux attirer l’attention internationale sur la question des droits des Palestiniens. Vous pouvez trouver des détails sur quelques uns de ces travaux ici.

Sabaaneh est le Représentant Régional au Moyen Orient pour le Réseau International des Droits des Caricaturistes (CRNI) basé à Wahington, DC, et a mené de nombreuses actions en liaison avec le CRNI.

 Le membre du bureau du CRNI, Matt Wuerker de Politico, et « KAL », dessinateur éditorial pour The Baltimore Sun et The Economist, faisaient tous les deux partie des nombreuses vedettes du monde des dessinateurs de presse qui ont apporté leur soutien au livre de Sabaaneh Noir et Blanc. 

A l’automne dernier, les Nations Unies ont honoré Sabaaneh en tant qu’invité spécial au festival qui s’est tenu à New York pour célébrer la culture palestinienne et, auparavant en 2017, Just World Educational a contacté des associations communautaires, des associations cultuelles et des départements universitaires à travers les Etats Unis afin qu’il soit accueilli dans 15 villes pour y tenir des conférences. 

Cette année, Just World Ed organise une tournée aux Etats Unis pour ce talentueux artiste et communiquant, en octobre et début novembre. Nous invitons tous les défenseurs des droits de l’Homme, dont la liberté d’expression, à nous rejoindre pour protester contre le harcèlement répété des forces israéliennes à la frontière envers Mohammad Sabaaneh, pour demander que l’oeuvre artistique qui lui a été confisquée le 31 mai lui soit rendue et pour s’assurer qu’à l’avenir, on n’impose aucune restriction à sa liberté de faire connaître son art à travers le monde.

Pour plus de détails ou pour demander une interview de Mr. Sabaaneh, contactez SVP :

Helena Cobban, présidente de Just World Educational

helena@justworldeducational.org

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : Mailchi




Lettre de Sonia Fayman à l’attention de Guillaume Erner (France Culture)

Monsieur Guillaume Erner,

J’écoute vos matins tous les jours entre 6h30 et 7h30 et j’en apprécie généralement le niveau d’information et d’analyse. Mais ce matin, je ne peux m’empêcher de vous dire ma déception profonde à l’écoute du billet sur le boycott à la fin du bulletin sur les échanges Netanyahou/Macron. Il serait risible s’il n’était scandaleux de mésinformation et de parti pris.

Vous annoncez la « Saison France Israël » et ses nombreuses manifestations prévues, sans dire que se déroule également en France « Le Temps de la Palestine » précisément en réponse à cette entreprise de blanchiment de la colonisation et de la guerre permanente menée par Israël contre les Palestiniens.

Vous mentionnez, comme si c’était une nouveauté, des actions de dénonciation de la vente de produits israéliens par des supermarchés à Drancy et ailleurs, alors que cette pratique dure depuis des années, comme cela a été pratiqué contre l’Afrique du Sud de l’apartheid. Et vous osez qualifier ces actions d’antisémites à l’appui de communiqués du CRIF voulant faire interdire le boycott contre Israël.

Cette faiblesse politico-théorique n’est pas pour vous honorer. En effet, critiquer la politique d’un État (voyou) n’a rien à voir avec du racisme et l’antisémitisme est un racisme, rien d’autre. Je vous invite à vous documenter à ce sujet en lisant notamment l’ouvrage de l’Union Juive Française pour la Paix « Une parole juive contre le racisme ».

Le mouvement BDS, Boycott, Désinvestissement, Sanctions, a été lancé en 2005 par de nombreuses organisations de la société civile palestinienne et repris depuis, partout dans le monde, avec un certain nombre de succès en matière d’annulation de vente de produits israéliens dans certaines enseignes, d’annulation de tournées d’artistes en Israël dont l’une des dernières et plus retentissantes est celle de Natalie Portman, et de désinvestissement de banques, de fonds de pension, de fonds universitaires, d’entreprises et de laboratoires de recherche. Ne manquent que les sanctions, tant attendues de la part d’États qui, au contraire, se plient devant Israël et, comme la France, poursuivent leurs accords de coopération et leur commerce des armes. Pas plus tard qu’hier les deux présidents ont réaffirmé la poursuite de leur coopération sécuritaire.

Le boycott est un droit, c’est une pratique citoyenne de la société civile  et il est pour le moins désolant qu’une radio intelligente comme France Culture traite la question de manière aussi superficielle et tendancieuse.

Vous invitez de nombreux intellectuels et militants politiques et syndicaux.
Prenez la peine d’inviter un-e des responsables de BDS France afin que vos auditeurs puissent comprendre le sens de ce combat autrement que par des propos tristement inféodés au CRIF qui ne fait que répercuter en France la peur du gouvernement israélien devant le succès croissant de l’indignation contre sa politique.

Sincèrement
Sonia Fayman, sociologue




Rejoignez-nous pour dire: Halte au Mur d’Israël

Nous relayons ci-dessous cet appel de l’ONG palestinienne « Stop The Wall » dont nous saluons le travail.

 

Vous pouvez changer les choses !

Soutenez-nous pour construire la justice, la liberté et l’égalité en Palestine!

Depuis 70 ans, nous, les Palestiniens, avons été chassés de nos demeures, nous avons subi la destruction de nos terres et de nos vies. Des réfugiés, des citoyens de second ordre subissant la ségrégation ou enfermés derrière les Murs illégaux d’Israël qui nous assiègent, nous et nos villes – nous ne voulons pas de cet avenir !

Toutes les injustices finissent par prendre fin lorsque les peuples s’unissent pour s’y opposer.

Nous, comités locaux de Stop the Wall au sein des communautés palestiniennes, nous nous levons chaque matin pour organiser des manifestations et nous prêter main-forte mutuellement en reconstruisant nos maisons et en replantant les arbres partout où Israël les détruit.

Notre résistance collective et non violente devient le point faible de l’occupation.

Rejoignez ce mouvement et transmettez un message affirmant que le monde se soucie de la Palestine.

Votre don peut aider une famille à retrouver des moyens de subsistance anéantis, un village à résister au déplacement forcé, des jeunes à mettre en œuvre des activités créatives.

[Vidéo sur YouTube]

Vous pouvez changer les choses !

Faites un don aujourd’hui sur : http://donate.stopthewall.org

[le texte qui suit reprend le texte ci-dessus]

Source : Stop the wall
Traduction : SM pour l’Agence Média Palestine




Une nouvelle Flottille de la Liberté pour Gaza – En France en juin 2018

Quatre bateaux de la Flottille de la Liberté venus d’Europe du Nord vont tenter à nouveau de briser le blocus de Gaza, par mer et voies fluviales.

Le 12 juin deux bateaux accosteront à Paris où ils seront reçus au port de l’Arsenal. A cette occasion, vous êtes chaleureusement conviés à une conférence de presse le mercredi 13 juin à 10h devant le port de l’Arsenal.

Rencontres avec le public et des éluEs ainsi que des concerts suivront avant le départ des bateaux pour Lyon le 14 juin.

Vous trouverez ci-dessous tous les détails concernant la Flottille et le contexte à Gaza.

1 er juin 2018

Depuis plus de 10 ans, le territoire de Gaza est une prison à ciel ouvert. Le blocus mis en place par Israël et appuyé par l’Egypte depuis 2013 coupe les voies maritimes, aériennes et terrestres de ce territoire. Les 2 millions de Palestiniens qui vivent à Gaza sont enfermés dans des conditions de vie extrêmement difficiles. Presque la moitié des Gazaouis est en insécurité alimentaire et 80% sont dépendants de l’aide humanitaire. 70 % au moins d’entre eux sont des réfugiés.

Dans le but de briser ce blocus illégal et de rendre visibles l’injustice et la violence coloniales que subissent les Gazaouis, plusieurs Flottilles de la Liberté ont initié depuis 2008 des actions de solidarité à destination de Gaza.

2018 marque les 70 ans de la Nakba, l’expulsion et la dépossession des Palestiniens, et souligne l’importance de leur demande constamment réitérée d’abolir le blocus de Gaza et d’appliquer enfin le droit international qui garantit le droit au retour des réfugiés.

Aussi, cette année, quatre bateaux de la Flottille de la Liberté venus d’Europe du Nord vont tenter à nouveau de briser le blocus, par mer et voies fluviales. Regroupés à Amsterdam, ils vont se séparer: deux prendront la mer et deux les fleuves et canaux, pour se retrouver en Méditerranée à la mi-juillet.

L’un des bateaux, le Al-Awda, au nom symbolique, le Retour, fera escale en France, à la Rochelle, du 7 au 11 juin. Amarré au quai des chalutiers, il sera accueilli par les militant-e-s de la solidarité et la population rochelaise avant de reprendre la mer vers le Nord de l’Espagne où il retrouvera le Freedom qui aura fait escale dans le sud de l’Angleterre.

Arrivée à Paris des bateaux Mairead et Falestine

Le 12 juin la Mairead (en référence à Mairead Corrigan, prix Nobel de la Paix 1976 et membre du Bateau des Femmes en 2016) et la Falestine accosteront à Paris où ils seront reçus au port de l’Arsenal.

Conférence de presse, rencontres avec le public et des éluEs et aussi musique suivront le 13 juin avant le départ pour Lyon le 14. Ensuite, ce sera la côte méditerranéenne, Marseille, Martigues, puis le départ vers Gaza. Grâce au soutien d’organisations de la société civile, à l’initiative de plusieurs pays, les embarcations sont maintenant en route.

Cette Flottille de la Liberté 2018 répond à un impératif de solidarité et de justice. Elle porte toujours le message d’espoir que Gaza, la Palestine, n’est pas seule. Elle navigue pour le droit des Palestiniens à un avenir juste. Elle est soutenue en France par le Collectif national pour une Paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens et la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine.

Objectif : la levée du blocus de Gaza

Abolition du blocus sévissant sur Gaza. Cette flottille pour la justice en Palestine revêt un caractère solidaire, politique et non humanitaire. Le but est d’abolir le blocus qui étrangle la bande de Gaza, pas de le rendre simplement plus humain. D’autre part, la mission espère, au-delà du fait de rejoindre Gaza, ouvrir la voie à d’autres et surtout permettre aux pêcheurs locaux de se réapproprier leurs eaux afin de pouvoir à nouveau vivre de leur métier.

Contre les attaques récurrentes envers les pêcheurs. Cette action est exercée en solidarité avec les pêcheurs de Gaza sur qui la marine israélienne ouvre régulièrement le feu.

Au cours des trois premiers mois de 2017, 52 pêcheurs ont été pris pour cible lors de leur activité selon le Centre palestinien des Droits de l’Homme (PCHR). Les bateaux et la pêche sont confisqués, les pêcheurs arrêtés.

Voir : Six miles out, a day in the life of Gaza Fishermen

Dénonciation des violations du droit international. Selon le droit international, un Etat côtier peut bénéficier de zone de pêche jusqu’à 200 miles nautiques de la rive. Cela signifie que cet espace est réservé exclusivement à l’Etat bénéficiaire. Concernant Gaza, les accords d’Oslo de 1993 ont prévu une zone de pêche de 20 miles.
Pourtant, Israël a imposé une restriction à Gaza en lui accordant un peu moins de 6 miles de zone de pêche et 3 miles en saison de pêche.

La persévérance des Flottilles de la Liberté

Une initiative renouvelée depuis 10 ans. Malgré les risques encourus, les flottilles continuent de défier les forces d’occupation israéliennes. La première, Free Gaza, s’est constituée en 2008 et a réussi à atteindre Gaza.

Elle a été suivie en 2010 d’une seconde initiative, autour du navire turc, le Mavi Marmara, victime d’un acte de piraterie criminel. Les commandos israéliens aéroportés ont abattu 10 civils à bord du bateau avant de l’arraisonner et d’enlever les militants solidaires survivants. L’objectif israélien était clair: dissuader toute nouvelle flottille.

Pourtant en 2011, une énorme campagne internationale a permis de former la Flottille II avec la participation française active d’Un bateau pour Gaza qui a témoigné d’une très forte mobilisation de l’opinion française. Le Dignité a été attaqué en eaux internationales par les commandos de la marine de guerre israélienne, arraisonné et volé tandis que l’équipage a été enlevé, détenu en Israël puis expulsé.

L’Estelle prit le relais en 2012, suivie de la Marianne en 2015, puis de la Zaytouna, un bateau de femmes, en 2016. Toutes ces embarcations, civiles, ont été interceptées par les forces armées israéliennes. En 2014, la Coalition internationale de la Flottille de la Liberté a tenté de biser le blocus à partir de Gaza. Le navire a brûlé dans le port, touché de plein fouet par un missile israélien pendant l’attaque de 2014 contre Gaza.

Les flottilles cibles d’abordages en eaux internationales. Toutes les flottilles sans exception ont été visées par l’armée israélienne lors de leur voyage vers Gaza et les bateaux ont tous été attaqués dans les eaux internationales. Pourtant, les flottilles se sont accordées sur une politique stricte de non-violence. Cela contrevient donc au droit humanitaire qui préconise le principe de proportionnalité (article 51 du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève). L’objectif de la Coalition est de mettre en évidence que le droit international est gravement bafoué par la mise en place du blocus de Gaza et les attaques récurrentes contre la population civile. Son exigence est que la justice pour les Palestiniens devienne une réalité, en application du droit international. La solidarité des peuples accompagne ainsi les revendications légitimes des Palestiniens.

Pour plus d’information sur la flottille de la Liberté:
Website: jfp.freedomflotilla.org
Twitter:@gazaFFotilla
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CONTACT EN FRANCE: Claude Léostic 06 72 51 64 90

Gaza : un blocus criminel
1 er juin 2018
Gaza, blocus, droit international

Depuis juin 2007, Israël impose un blocus quasi hermétique à Gaza en contrôlant les voies terrestres, aériennes et maritimes. Les Gazaouis étouffent, la communauté internationale observe.

La bande de Gaza est une étroite bande de terre palestinienne entre la mer Méditerranée, Israël et l’Egypte. Avec ses 2 millions d’habitants, c’est un des territoires les plus denses au monde. Sa population est jeune (43% de moins de 15 ans) mais désœuvrée (60% de chômage pour les 15-29 ans). Le blocus israélien, appuyé par l’Egypte du maréchal Sissi, cause des dégâts injustifiés et injustifiables dans la vie économique et sociale des Gazaouis.

A Gaza, 70% des habitants sont des réfugiés. Depuis le 30 mars 2018 d’immenses manifestations populaires pacifiques, la Grande Marche du Retour, expriment la protestation des Palestiniens de Gaza contre le blocus et pour le droit de retourner chez eux dont ils ont été violemment chassés en 1948. Malgré la répression violente par l’armée israélienne qui a fait au moins 120 morts et 13 300 blessés, les Gazaouis continuent d’exiger que ce blocus, punition collective illégale, soit aboli. Une flottille qui voulait briser le blocus depuis Gaza et qui transportait des blessés et des malades a été interceptée par la marine israélienne le mardi 28 mai.

La sanglante journée d’inauguration de l’ambassade étasunienne à Jérusalem le 14 mai dernier qui a vu l’assassinat d’une soixantaine de civils palestiniens et 2000 blessés, a mis en lumière l’asphyxie générale que subit la population de la bande de Gaza.

©Infographie de la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine


Les conséquences désastreuses du blocus illégal

Selon un rapport de 2015 du CNUCED (un organe de l’ONU), Gaza sera invivable d’ici à 2020. Dans les faits c’est déjà le cas actuellement.

Le blocus rend 80% des habitants de Gaza dépendants à l’aide humanitaire apportée par l’UNWRA, l’office des Nations unies pour les réfugiés palestiniens, ainsi que par la communauté internationale.

L’eau est une ressource extrêmement rare puisque plus de 96% de l’eau provenant de l’aquifère gazaoui n’est pas potable. La situation sanitaire est catastrophique. La circulation des personnes et des marchandises vers et hors de Gaza est quasi impossible, avec de graves répercussions sur la santé et l’éducation. L’industrie est en ruine, la pêche et l’agriculture lourdement entravées, sans compter les risques constants d’attaques et autres violences sur les fermiers et les pêcheurs.

Les attaques meurtrières régulièrement perpétrées sur le sol palestinien à Gaza, au prétexte de sécurité intérieure israélienne, causent des pertes humaines dramatiques. En 11 ans, 4 guerres d’une extrême violence ont été menées par Israël contre la population de Gaza, faisant des milliers de morts.

L’illégalité du blocus de la bande de Gaza

Selon le CICR (Comité international de la Croix-Rouge), « l’ensemble de la population civile de Gaza se retrouve pénalisée pour des actes dont elle ne porte aucune responsabilité. Le blocus représente donc une sanction collective imposée en violation flagrante des obligations qui incombent à Israël en vertu du droit international humanitaire. » L’ONU a elle aussi à plusieurs reprises exhorté Israël à lever les restrictions, qu’elle considère injustifiées, et a réclamé par le passé le retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés (résolution 242). Récemment, suite à la répression des manifestations pacifiques à Gaza, l’organisation a voté l’envoi d’une mission d’enquête internationale spécialisée dans les crimes de guerre. A ce jour Israël refuse toute enquête et justifie les actes de ses soldats.

La position de l’Union européenne est univoque. Elle appelle à un retrait immédiat et sans condition du blocus pour permettre la libre circulation de l’aide humanitaire, des biens et des personnes dans et hors Gaza. Cela fait suite à l’insuffisance des effets sur le terrain de la décision israélienne de 2010 d’assouplir le contrôle absolu d’Israël sur la bande de Gaza. Le Parlement européen avait adopté la même année une résolution qui somme Israël de « cesser immédiatement le blocus opéré sur Gaza ». Mais la condamnation de la violence israélienne de ces dernières semaines est bien faible.

Le président français Emmanuel Macron a réaffirmé le 14 mai 2018 le droit des Palestiniens à la paix et à la sécurité et a condamné les « tirs indiscriminés » d’Israël mais a néanmoins maintenu l’invitation à Paris de M. Netanyahou.

En réalité, ces appels au respect du droit international et humanitaire restent vains. Gaza est toujours sous le joug du blocus, qualifié d’« inacceptable, insoutenable et contreproductif » par l’ONU, que lui impose Israël. En l’absence d’actes forts pour appuyer les déclarations, l’impunité d’Israël reste totale.

Le blocus israélien : un crime de guerre

L’armée israélienne a créé à Gaza une prison dont le ciel même n’est pas ouvert, dans laquelle 2 millions de Palestiniens sont enfermés. Il s’agit d’une entrave inadmissible au droit à la liberté de circulation énoncé par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et garanti par l’ONU.

De plus, la population est piégée dans un espace dont elle ne peut sortir, sans repli ni abri possible contre les tirs et les bombes. Lors des manifestations pacifiques des Palestiniens, les soldats israéliens reçoivent l’ordre de tirer, à balles réelles, sur les manifestants qui seraient considérés comme « menaçants », bien que ces derniers ne posent pas de danger imminent ou mortel. Ce type de commandement est condamné par le droit international humanitaire (principe de proportionnalité, article 51 du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève), d’autant plus dans un contexte où les soldats, protégés derrières des remblais, tiraient d’une longue distance et de l’autre côté de la clôture séparant Gaza et Israël.

L’Etat d’Israël fait un usage « indiscriminé de la force » envers les civils comme le prouvent les événements survenus lors de la Marche du Retour (du 30 mars au 15 mai) le long de la frontière avec Israël. Cela est pourtant interdit par le droit international humanitaire (principe de distinction, article 51 du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève et principe de précaution, article 57). Les tirs frappent les civils non armés mais aussi les journalistes ou le personnel médical, pourtant bien identifiés. Selon un haut responsable militaire israélien, l’Etat-major sait parfaitement « où chaque balle est allée ». Pas de hasard donc.

Ces actes constituent de véritables crimes de guerre, pour lesquels les dirigeants peuvent être poursuivis par la Cour pénale internationale (article 8 du Statut de Rome) dont la Palestine fait partie et vers laquelle elle a décidé de se tourner.

Chiffres-clés

– Parmi les 2 millions de Gazaouis, 70% sont des réfugiés.

80% de la population est dépendante de l’aide humanitaire apportée par l’UNWRA et presque la moitié (46,7%) est en insécurité alimentaire.

– Plus de 96% de l’eau provenant de l’aquifère est impropre à la consommation.

– Les Palestiniens de Gaza ne reçoivent que 2 à 3h d’électricité toutes les 27 à 28h, souvent au milieu de la nuit. –

Les pêcheurs sont privés de 85% des eaux poissonneuses à cause de la limitation de la zone de pêche imposée par Israël à 6, parfois 9, miles nautiques, au lieu des 20 accordés par les accords d’Oslo.

– La zone d’accès interdit à la frontière entre la bande de Gaza et Israël est large de 300m.

35% des terres cultivables se trouve dans la zone d’accès interdit.

Voir site : https://plateforme-palestine.org/Gaza-les-chiffres-cles
PDF: https://plateforme-palestine.org/IMG/pdf/chiffres-cles_gaza_2017.pdf

Source : Plateforme Palestine




Communiqué de journalistes : B. Netanyahou à Paris : une visite choquante

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

[SNJ – SNJ-CGT – CFDT-JOURNALISTES]

Benyamin Netanyahou à Paris : une visite choquante

La réception par Emmanuel Macron le 5 juin du chef du gouvernement israélien est insupportable à plus d’un titre. Ne survient-elle pas alors que ces dernières semaines la répression à Gaza contre la population civile -qui manifeste pour le droit au retour des réfugiés- a fait plus de 100 morts et quelques 8000 blessés par des tirs à balles réelles. Parmi les victimes figurent des enfants, des jeunes, des secouristes.

Ne survient-elle pas au moment où lors de ces manifestations les tireurs d’élite de l’armée visent délibérément les journalistes palestiniens pourtant reconnaissables à leur gilet PRESSE ?

N’est-il pas inconcevable que cette visite du Premier ministre israélien se déroule comme si rien n’avait eu lieu, alors que nombre d’associations, de juristes, parlent de crimes de guerre ? La Cour pénale internationale (CPI) a été saisie par les Gazaouites.

Les syndicats français de journalistes SNJ, SNJ-CGT et CFDT Journalistes (membres de la Fédération internationale des journalistes FIJ, 600.000 membres) ont saisi l’ambassade d’Israël en France après l’assassinat de deux journalistes à Gaza et où 13 d’entre eux ont été blessés dans une seconde opération des snippers. En vain.

Aujourd’hui, nous appelons la France à exiger d’Israël que les responsables des tirs à balle explosive contre nos confrères palestiniens et l’ensemble des civils gazaouis soient recherchés et poursuivis. Puisque M. Macron n’a pas jugé bon d’annuler la réception de Benyamin Netanyahou, nous attendons de lui qu’il demande des comptes au Premier ministre israélien. Il faut que cesse la répression contre les civils désarmés, contre nos confrères palestiniens et que tous les journalistes arrêtés et incarcérés soient libérés.

Nous apportons notre solidarité au syndicat des journalistes palestiniens.

Source : SNJ




VIDEO: Action contre la venue de Netanyahou devant le grand palais le 4 juin 2018

Le 4 juin 2018, des militant-e-s de différentes associations se sont rassemblés devant le grand palais  à Paris  ou le criminel de guerre Netanyahou doit inaugurer avec le président Macron l’ouverture de la saison très contestée « France-Israël ».

VIDEO:

COMMUNIQUE:

 

APPEL À RASSEMBLEMENT AU PLUS PRÈS DU GRAND PALAIS À PARIS MARDI 5 JUIN 2018 dès 18h30

Communiqué des associations qui appellent à se retrouver au plus près du Grand Palais à Paris, Metro Champs Elysées Clemenceau :

PAS DE COLLABORATION  FRANCAISE AVEC LE CRIMINEL DE GUERRE NETANYAHU

« Les associations soussignées appellent à manifester contre la venue du criminel de guerre Benyamin Natanyahu  et sa réception au Grand Palais  par le président Macron pour inaugurer la « saison croisée France israel : deux événements inadmissibles. La réception est au grand palais, nous irons donc au grand palais, ou au plus près CE MARDI 5 JUIN dès 18h30 . Il s’agit de dénoncer l’illégitimité de cette présence et de cette invitation, au moment où sont perpétrés les massacres de la marche du retour ,  et  dans le continuum des agressions contre le peuple palestinien.

La préfecture de police a informé  oralement à la delegation venue informer de cet appel que tout le secteur serait bouclé et interdit de manifestation, nous irons donc au plus près  du Grand Palais, ET APPELONS TOU-TE-S LES MANIFESTANT-E-S À SE RENDRE D’ABORD AU METRO CHAMPS ELYSÉES-CLEMENCEAU ET S’IL EST FERMÉ AU POINT LE PLUS PROCHE PAR TOUS MOYENS pour dire PACIFIQUEMENT ET DIGNEMENT notre refus de cette normalisation avec l’inacceptable  que le gouvernement français veut  nous imposer. SUIVEZ LES PAGES QUI RELAIENT CET APPEL DÉS 18h30 CE MARDI 5 JUIN POUR VOUS TENIR INFORMÉS DES POINTS DE RASSEMBLEMENTS EFFECTIFS ET RELAYEZ DÈS QUE POSSIBLE À VOS CONTACTS.

Nous  irons pacifiquement,  nous irons calmement,   nous  irons sans haine et sans passion,  car la cause Palestinienne ne souffre ni l’une ni l’autre, mais nous irons déterminés et disciplinés, au service de cette cause  uniquement :

NO PASARAN !

Les crimes de guerre, la complicité du gouvernement français, la saison culturelle France Israël,  tout cela   ne passera pas. A nous de le dire ensemble, de le dire nombreux, de le dire  fermement  et clairement. Et de le dire où il se doit : Netanyahu et Macron doivent nous entendre, c’est notre droit de citoyens de clamer haut et fort halte au massacre, halte à la complicité,  justice pour la Palestine..     Il est plus que temps   d’affronter  la réalité  de la destruction de la Palestine, de la complicité  gouvernementale qui veut nous imposer de  soutenir l’indéfendable  au mépris de la justice la plus élémentaire.  Nous ne serons pas les gardes frontières du régime  israélien ni du gouvernement français.  

CE MARDI 5 JUIN 2018 dès 18h30, nous nous retrouverons au plus près du Grand palais  et nous porterons la voix de la Palestine. Une voix qui  doit déranger  la cérémonie scandaleuse, déranger les officiels français et  israéliens réunis pour fêter leur complicité et tenter de nous l’imposer.  Nous serons les troubles fêtes assumés  de ce qui n’est plus supportable.

NOS MOTS D’ORDRE SONT :

🔴 SOUTIEN AUX MARCHES DU RETOUR ET ÀU SOUMOUD PALESTINIEN !

🔴 ANNULATION DE LA SAISON FRANCE ISRAËL !

🔴 JUGEZ LE CRIMINEL DE GUERRE NETANYAHOU !

Appel aux manifestant-e-s :

Apporter des banderoles et confectionner des affichettes avec les mots d’ordres ci dessus.

Apporter des drapeaux palestiniens

Venir avec des bougies

Pour celles et ceux qui le peuvent venir avec des blouses d’infirmier-e-s et le portrait de la jeune infirmière bénévole Razan Achraf Al-Najjar, assassinée vendredi dernier à Gaza par l’armée israélienne

COORDINATION DES ASSOCIATIONS PALESTINIENNES DE FRANCE, BDS FRANCE PARIS, UJFP, ARGENTEUIL PALESTINE SOLIDARITE, MONTREUIL PALESTINE… Et TOUS CEUX QUI VOUDRONT REJOINDRE CET APPEL QU’ILS LE REPRENNENT À LEUR COMPTE EN LE DIFFUSANT SOUS LEUR LOGO




Il est temps de prendre des sanctions contre Israël

Haidar Eid – Middle East Eye – 4 juin 2018

 

Depuis le début de la Grande Marche du Retour, le 30 mars dernier, environ 120 Palestiniens ont été tués et plus de 13 000 ont été blessés, et parmi eux, de nombreux enfants. Environ un tiers de ces blessés ont été touchés par les tirs à balles réelles des tireurs d’élite israéliens.

Une récente victime de cette brutalité israélienne est une jeune Palestinienne de 21 ans, Razan al-Najjar, une auxiliaire médicale assassinée par un tireur embusqué israélien dissimulé dans un fossé de l’autre côté de la clôture. Razab a été abattue alors qu’elle essayait de sauver la vie d’un manifestant.

Tous les Palestiniens à Gaza savent que les soldats israéliens avaient l’intention de la tuer, étant donné ce tweet du 30 mars du porte-parole de l’armée israélienne, dans lequel il déclare très clairement que « tout était précis et mesuré et qu’(ils) savaient où chaque balle a atterri ».

Pour mieux comprendre la gravité, et l’horreur, de cela, rappelons que durant les 51 jours de la guerre d’Israël de 2014 à Gaza, environ 12 000 personnes ont été blessées.

L’État d’apartheid d’Israël semble décidé à résoudre son « problème » de population excédentaire des Palestiniens natifs de Gaza en mutilant la plupart d’entre eux, avec ses forces qui tirent des balles meurtrières qu’il est interdit d’utiliser contre des manifestants pacifiques en vertu du droit international.

Un blocus médiéval

L’excuse d’Israël – comme s’il en avait jamais eu besoin – est que les Palestiniens à Gaza tentent d’ « infiltrer la frontière », mais cette idée dénature la réalité.

Les Palestiniens à Gaza ne sont pas des infiltrés ; ce sont des gens qui vivent sous une occupation et un blocus médiéval, sans précédent. Gaza a été transformée en ce que le haut-commissaire des Nations-Unies aux droits de l’homme, Zeid Raad al-Hussein, a appelé un « bidonville toxique ».

Le slogan de la Grande Marche du Retour est « Je veux rentrer chez moi ». Soixante-dix pour cent des Palestiniens de Gaza sont des réfugiés de villes et villages d’Israël.

Toutes les tentatives visant à prouver que le Hamas est derrière les dernières manifestations sont entachées de racisme. Car il s’agit d’une initiative de la société civile – et, oui, les Palestiniens à Gaza ont une société civile, dynamique.

Entre la campagne qui monte pour le boycott, le désinvestissement et des sanctions (BDS) et la Grande Marche du Retour, nous voulons voir le jour où les violations israéliennes des droits de l’homme ne se produiront plus en toute impunité. Les discours creux sur l’amélioration des conditions de notre oppression ne signifient absolument rien, parce que nous continuerons notre marche aussi longtemps que la Résolution 194 des Nations-Unies ne sera pas appliquée, et aussi longtemps que nos corps seront enfermés dans cette minuscule prison appelée Gaza.

Une vision raciste du monde

Notre récit est enraciné dans les principes universels des droits de l’homme, de l’égalité, de la justice et du droit international. Nous comprenons, tout comme le peuple noir de l’Afrique du sud sous l’apartheid et la communauté afro-américaine aux États-Unis, que les doctrinaires racistes ont un problème avec cette logique, car elle ne répond pas à leur vision raciste du monde.

Le cauchemar d’Israël, c’est quand il doit faire face aux défenseurs palestiniens qui s’expriment avec force et crédibilité sur la Palestine et démystifient les fausses idées qui tentent de détourner la communauté internationale des violations flagrantes des droits de l’homme par Israël.

Najjar se concentrait sur l’aide aux femmes et aux enfants blessés lors des manifestations. (Screengrab)

Les massacres à Gaza sont devenus des actes normalisés de politique, et non des aberrations individuelles. Pour ajouter l’injure à la blessure, l’État d’apartheid d’Israël a annoncé qu’il ne coopérera pas à une enquête du Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies sur les morts de Gaza. C’est un état d’esprit qui nie l’humanité des Palestiniens à Gaza.

Gilad Erdan, le ministre des Affaires stratégiques d’Israël, a traité les Palestiniens innocents à Gaza de « nazis » – exactement comme les officiers blancs racistes du régime d’apartheid d’Afrique du Sud accusaient les Africains noirs de racisme. Et le 29 mai, le ministre de l’Énergie, Yuval Steinitz, menaçait de détruire Gaza, affirmant : « Je n’exclue pas la possibilité de conquérir Gaza et de la détruire une fois pour toute ».

Le gouvernement israélien, ses ambassadeurs et ses apologistes, prétendent que massacrer les Palestiniens est un moyen de défendre la souveraineté israélienne contre les « terroristes ». Toute puissance coloniale occupante se réfère à ceux qui s’opposent à son occupation comme à des terroristes. Nelson Mandela était l’un de ces « terroristes » que le régime d’apartheid – et même l’ancien président des USA Ronald Reagan et l’ancienne Premier ministre britannique, Margaret Thatcher – n’aimaient pas du tout.

BDS : une fenêtre d’espoir

Apparemment, les soldats israéliens ne nous pardonneront jamais de les avoir forcés à nous tuer – d’où la nécessité du BDS, notre unique fenêtre d’espoir.

Il est temps pour le monde de se lever et d’agir – d’imposer des sanctions sur les industries israéliennes jusqu’à ce que les Palestiniens aient accès à la liberté, à des droits civils égaux, et à la justice.

Dans les années 1980, le monde en a eu assez du régime d’apartheid d’Afrique du Sud et il a décidé de prendre des sanctions contre lui ; ces sanctions ont aidé à la libération des Africains autochtones de l’apartheid. Il est temps pour le monde de se rallier, de la même manière, à des sanctions contre Israël, jusqu’à ce que celui-ci se conforme au droit international.

Le monde doit à Gaza la mère de toutes les excuses, mais tout ce que nous demandons, c’est un embargo militaire sur Israël, comme celui qui fut imposé sur l’Afrique du Sud de l’apartheid, jusqu’à ce que cette folie raciste prenne fin.

 1

Le Dr Haidar Eid est maître de conférence au département de littérature anglaise à l’Université Al-Aqsa, dans la bande de Gaza.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source: Middleasteye.net