Mon grand père Nelson Mandela a combattu l’apartheid. Je vois un parallèle avec Israël

Nkosi Zwelivelile

Il a fallu des efforts internationaux pour mettre fin au racisme institutionnalisé dans mon pays – maintenant c’est ce qu’il faut faire de nouveau pour le peuple palestinien.

La famille de Faris Hafez al-Sarasawi, âgé de 12 ans, à son enterrement. Il a été tué dans une intervention de soldats israéliens lors des manifestations de la « Grande Marche du Retour » à Gaza. Octobre 2018. Photo: Anadolu Agency/Getty Images

Mon grand père, Nelson Rolihlahla Mandela, aurait eu 100 ans cette année. Le monde marque le centenaire de sa naissance et célèbre sa conduite de la lutte pour la fin de l’apartheid en Afrique du Sud. Mais, tandis que mon pays est depuis longtemps libéré du régime d’une minorité raciste, le monde n’est pas encore libéré du crime d’apartheid.

Comme Madiba et Desmond Tutu avant moi, je vois une inquiétante ressemblance entre les lois racistes d’Israël et la politique envers les Palestiniens, et l’architecture de l’apartheid en Afrique du Sud. Nous, Sud-Africains, savons ce qu’est l’apartheid quand nous le voyons. En fait, beaucoup de gens reconnaissent que, à certains égards, le régime israélien est même pire.

L’apartheid est défini en droit international comme « régime institutionnalisé d’oppression systématique et de domination d’un groupe racial sur tout autre ». Il s’agit de relations de pouvoir marquées par l’inégalité raciale, maintenues par des lois injustes faites pour dénier leurs doits aux groupes opprimés.

Même avant le vote par Israël de sa « loi de l’État-nation » (qui stipule que seuls les Juifs ont droit à l’autodétermination dans le pays), on voyait facilement, pour qui voulait bien regarder, que le gouvernement du pays commettait le crime d’apartheid. Son mur de ségrégation, ses comités d’admission discriminatoires, son système de cartes d’identité, son réseau de routes réservées aux colons et la fragmentation de type bantoustan de la Cisjordanie, ont vendu la mèche.

La loi de l’État-nation a rendu cette réalité indéniable. L’apartheid est le contexte d’une litanie de crimes d’État. Prenez par exemple, plus récemment, la décision d’Israël de démolir le village palestinien bédouin de Khan al-Ahmar et d’en chasser les habitants. Le but de ce nettoyage ethnique est de faire place à des colonies illégales sur la terre palestinienne occupée.

Pourtant, en dépit de décennies d’apartheid, de poursuite du vol des terres palestiniennes, d’occupation militaire et de massacre de manifestants non armés à Gaza – appelé à juste titre le « Sharpeville palestinien », d’après le meurtre de masse dans le Transvaal en 1960 – chaque nouvelle génération de Palestiniens continue la lutte de libération.

La jeune Ahed Tamimi a eu 17 ans en prison cette année, incarcérée pour s’être confrontée à des soldats de l’occupation dans sa cour. Mais, tout comme mon grand père a passé 27 ans en prison juste pour devenir une icône mondiale de la liberté, Ahed est devenue un puissant symbole de la détermination résolue des Palestiniens à résister. Elle et sa famille représentent l’esprit de courage des Palestiniens qui défient partout une énorme brutalité. Je salue leur bravoure.

Parce que nous, Sud Africains, savons aussi que la résistance effective à l’apartheid a besoin de la solidarité internationale. Comme les alliés dans le monde entier ont été vitaux dans notre lutte pour la liberté, l’esprit de l’internationalisme vit dans le mouvement non violent de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) qui soutient la lutte de libération palestinienne.

Un soldat israélien avec un paysan palestinien qui attend de pouvoir se rendre dans le domaine où il récolte des olives, à Yetma, Cisjordanie. Photo: Alaa Badarneh/EPA

Voir le parti travailliste appeler à cesser les ventes d’armes du Royaume Uni à Israël il y a deux semaines m’a donné de l’espoir. Nous espérons que l’Afrique du Sud utilisera sa position au sein des BRICS pour appeler aussi à un embargo sur les armes. Cette sanction importante est une exigence minimale pour mettre fin à la complicité dans le maintien de l’apartheid israélien. Mettre fin à la complicité avec un crime n’est pas de la charité mais une profonde obligation morale.

Ces avancées positives et concrètes prennent la suite de la lutte qui fut l’oeuvre de la vie de Mandela. Elles sont en contraste flagrant avec les tentatives honteuses d’effacer l’histoire palestinienne (y compris la Nakba) – une histoire dont le Royaume Uni comme l’Afrique du Sud de l’apartheid ont été profondément complices. Ce sont aussi des ripostes puissantes aux efforts de diabolisation, voire de criminalisation, du mouvement BDS.

Tous les gens de conscience ont non seulement le droit mais aussi la responsabilité d’exprimer leur désaccord avec tout État qui viole les droits humains et le droit international. Ils ont droit à la liberté de parole, droit de dire la vérité au pouvoir et d’être solidaire des opprimés.

L’Histoire jugera les gouvernements qui font défaut au respect des droits humains et du droit international ou, pire, qui sont complices de l’ancrage du déni de ces droits. Lors de son récent voyage en Afrique du Sud, Theresa May a tenté d’effacer l’histoire du soutien du Royaume Uni à l’apartheid. Elle loue mon grand père maintenant qu’il est mort, mais elle n’a pas rendu compte du fait que les membres de son propre parti politique ont appelé à sa pendaison et l’ont appelé terroriste de son vivant.

La pression internationale a été une composante vitale de la lutte pour mettre fin à l’apartheid en Afrique du Sud. Nous savons que c’est efficace dans le cas d’Israël aussi, ne fût-ce que pour les sommes importantes que son gouvernement dépense pour mener une campagne de sape de BDS.

Les tactiques de résistance non violente comme le boycott et le désinvestissement éthique, la pression sur les grosses entreprises et les gouvernements, dont les autorités locales, pour qu’ils cessent d’être impliqués dans les graves violations des droits humains, sont des méthodes honorées de tout temps pour soutenir les mouvements qui défendent la justice.

Madiba a qualifié un jour la question de la Palestine de « question morale la plus importante de notre époque » et pourtant le monde reste silencieux. Il nous incombe à tous de faire tout ce que nous pouvons pour contribuer à la liberté, à la justice et à l’égalité pour les Palestiniens, et de combattre l’apartheid partout.

Nkosi Zwelivelile Mandela est un député de l’ANC et le petit fils de Nelson Mandela

Source : The Guardian
Traduction : SF pour l’Agence Media Palestine




L’apartheid israélien invité au Camp des Milles : une insulte à la mémoire des 10.000 détenus et déportés

Le Collectif13 « Palestine en Résistances » qui regroupe une vingtaine d’associations, syndicats et partis des Bouches du Rhône dénonce cette honteuse opération qui n’est rien de plus qu’une prise en otage des 10.000 victimes de la barbarie nazie et de la honteuse collaboration des autorités françaises, enfermées au Camp des Milles. En effet :

  • l’occasion de l’inauguration de l’exposition « DES DIPLOMATES RECONNUS JUSTES PARMI LES NATIONS », et d’une conférence « MÉMOIRE ET ANTISÉMITISME : DÉFIS DU XXIÈME SIÈCLE », la Fondation du Camp des Milles [1] – Mémoire et Éducation reçoit la représentante du gouvernement d’apartheid israélien, Mme Bin Noun.

    Le Collectif 13 « Palestine en Résistances » qui regroupe une vingtaine d’associations, syndicats et partis des Bouches du Rhône dénonce cette honteuse opération qui n’est rien de plus qu’une prise en otage des 10.000 victimes de la barbarie nazie et de la honteuse collaboration des autorités françaises, enfermées au Camp des Milles. En effet :

    Lorsque le 1er ministre de l’Etat israélien minimise le rôle d’Hitler dans le massacre des juifs en tentant d’imputer le crime au Mufti de Jérusalem, il insulte la mémoire des 10.000 détenus du Camp des Milles et se comporte comme tout négationniste qui serait en France condamné à la prison pour ses déclarations

  • Lorsque Benyamin Netanyahou reçoit l’extrême droite européenne dont le Néerlandais Geert Wilders, le Belge Philip Dewinter et le successeur de Jorg Haider, l’Autrichien Heinz-Christian Strache, il insulte la mémoire des 10 000 détenus du Camp des Milles et se comporte comme ceux qui ont signé à Munich le début de la collaboration avec les nazis

  • Lorsque les snipers de l’armée israélienne tirent sur une foule désarmée, assassinant à plus de 200 m des enfants, du personnel médical, des journalistes et des handicapés, ils insultent la mémoire des 10 000 détenus du Camp des Milles et se comportent comme ceux qui tiraient sur les Ukrainiens juifs à Babi Yar

  • Lorsque les colons israéliens brûlent vif une famille palestinienne, ou un enfant de 14 ans en l’obligeant d’abord à boire de l’essence pour qu’il brûle de l’intérieur et de l’extérieur, où lorsqu’ils dansent en chantant « Ali sur le grill » pour célébrer la mort du bébé de quelques mois mort brulé avec ses parents, ils insultent la mémoire des 10 000 détenus du Camp des Milles et se comportent comme ceux qui jetaient des humains dans les chambres à gaz

  • Lorsque le gouvernement israélien enferme 2 millions de Palestiniens dans la Bande de Gaza dans un blocus illégal et impuni tout en contrôlant la quantité de nourriture minimale pour éviter la famine mais en interdisant la reconstruction des milliers de maisons détruites lors des massacres de masse de 2008-2009 et 2014, il insulte la mémoire des 10 000 détenus du Camp des Milles et se rapproche du comportement de ceux qui contrôlaient le ghetto de Varsovie

  • Lorsque le 1er ministre israélien s’autorise à signifier à nos compatriotes juifs qu’ils ne sont pas chez eux ici, mais que leur pays est Israël, il tient le discours des antisémites et insulte la mémoire des 10 000 détenus du Camp des Milles et les millions de combattants contre le nazisme, le racisme et donc l’antisémitisme

Pour notre part, nous ne les autorisons pas à confisquer ainsi notre mémoire collective en mettant à l’honneur la représentante d’un Etat qui viole le droit international, commet des crimes de guerre ainsi que le crime d’apartheid comme l’ont démontré Richard Falk et Virginia Tilley dans un rapport de 2017 réalisé pour le compte de la CESAO [2].

Communiqué Palestine 13

[1] Le camp des Milles, situé dans une tuilerie à quelques kilomètres d’Aix en Provence, fonctionna de 1939 à 1942. Y furent détenus 10000 personnes : des opposants au nazisme venus trouver refuge en France, des artistes et intellectuels, des légionnaires (au total plus de 38 nationalités) et plus de 2.000 hommes femmes, enfants juifs raflés qui furent déportés en 1942 vers Auschwitz via les camps de Drancy et de Rivesaltes.

[2] Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (CESAO) des Nations-Unies




“Razan, une trace du papillon”. La tournée française a commencé le 9 octobre !

Nous sommes heureux de vous annoncer que grâce à vos soutiens nombreux à l’appel de fonds que nous avons lancé le 1er juillet dernier pour soutenir son film documentaire, notre ami Iyad Alasttal, cinéaste de Gaza a pu terminer son film sur Razan Al-Najjar, jeune infirmière palestinienne de 21 ans, tuée par Tsahal le 1er juin 2018, lors de la Grande marche du retour, sur la bordure orientale de Khan Younès, dans le sud de la Bande de Gaza.

La collecte pour le film et la tournée a permis de réunir 16 500 euros, entièrement investis dans le projet. Bravo à vous tou-te-s !

Notre ami Iyad Alasttal et Sabreen et Ashraf Al-Najjar, les parents de Razan, ont réussi à passer la frontière de Rafah avec l’Égypte. Ils sont arrivés à Paris ce vendredi matin. Superbe nouvelle !

Le film sera présenté à Paris, en avant-première, en présence du réalisateur et des parents de Razan, le mardi 9 octobre à 20 h à l’Espace Jean Dame 17, rue Léopold Bellan 75002 Paris (Métro Sentier ou Les Halles).

Puis il sera présenté dans plus de 20 villes dans toute la France à l’invitation des associations de solidarité avec la Palestine, AFPS, UJFP, BDS, Coordination des Palestiniens en France…

Octobre
Mercredi 10 
Lille – Jeudi 11 Villeneuve d’Ascq – Samedi 13 Strasbourg – Lundi 15 Thionville – Mardi 16 Nancy– Mercredi 17 Valence– Jeudi 18 Grenoble – Vendredi 19 Lyon – Samedi 20 Colmar – Dimanche 21 Saint-Etienne– Lundi 22 Martigues – Mercredi 24 Nice – Jeudi 25 Ajaccio – Vendredi 26 Sète – Samedi 27 Toulouse – Dimanche 28 Bordeaux – Mardi 30 Angoulême – Mercredi 31 Nantes

Novembre
Vendredi 2 
Rennes – Samedi 3 Lorient– Dimanche 4 Saint Malo – Lundi 5 Morlaix – Mardi 6 Saint-Nazaire – Vendredi 9 Argenteuil

Après la France, ils seront en Allemagne, en Suisse et dans les pays scandinaves.

Suivez l’actualité de la tournée sur notre page et s’il vous plaît, faites le savoir.

Qu’on se le dise : 2018 sera bien le Temps de la Palestine en France !

Toutes les dates de la tournée à venir sont sur notre agenda en ligne ainsi que tous les événements de la saison 2018 sur Le Temps de la Palestine, le site officiel

Page facebook de l’évènement

 

Razan, une trace du papillon”, un film documentaire de 30 mn, tourné cet été à Gaza par Iyad Alasttal, cinéaste palestinien .

Razan El-Najjar, jeune infirmière palestinienne de 21 ans, a été tuée le 1er juin 2018, lors de la Grande marche du retour, sur la bordure orientale de Khan Younès, dans le sud de la Bande de Gaza. Alors qu’elle travaillait comme secouriste et portait une veste avec le logo des services sanitaires, Razan a été mortellement touchée d’une balle explosive tirée par un sniper de Tsahal.

Débats avec les parents de Razan et du réalisateur de Gaza
Dans ce film documentaire, réalisé par Iyad Alasttal, jeune cinéaste de Gaza, nous allons suivre la maman de Razan et sa famille, dans sa maison, dans le quartier et rencontrer les voisins, pour apprendre de la vie de cette jeune femme, et découvrir des images des grandes marches du retour qui se tiennent tous les vendredis à Gaza, depuis le 30 mars 2018…​

Voir la bande annonce

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Semaine d’actions pour la libération de Georges Abdallah du 17 au 24 octobre 2018

Le 24 octobre 2018, nous marquerons le 34e anniversaire de l’arrestation de Georges Ibrahim Abdallah, révolutionnaire arabe, communiste libanais, militant de la cause palestinienne, par la police française. Depuis 1984, il est resté derrière les barreaux, l’un des prisonniers politiques les plus anciens du monde. Du 17 au 24 octobre 2018, rejoignez le réseau de solidarité des prisonniers palestiniens Samidoun, la campagne unitaire pour la libération de Georges Abdallah et les organisations en France et dans le monde. Organisez des manifestations, faites campagne sur les réseaux sociaux et distribuez des informations cette semaine dans votre communauté pour réclamer la liberté pour Georges Ibrahim Abdallah et de tous les prisonniers palestiniens !

«Nous sommes enchaînés par les injustices communes commises aux États-Unis d’Amérique, qui sont les mêmes que celles utilisées en Palestine, et je ne doute pas qu’il existe de nombreux exemples dans tous les fiefs de l’impérialisme. le monde de la liberté, vous restez un symbole et un modèle à suivre pour nous. »- Ahmad Sa’adat (secrétaire général du FPLP emprisonné) à Georges Ibrahim Abdallah

Georges Abdallah s’est engagé tout au long de sa vie dans la lutte révolutionnaire au Liban et dans la libération de la Palestine – et dans une vision révolutionnaire de la libération humaine. Il a travaillé avec l’organisation de gauche palestinienne, le Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP), en résistant aux attaques israéliennes sur le Liban. Plus tard, il a rejoint d’autres militants révolutionnaires libanais dans les Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises, soulignant une voie non confessionnelles, socialiste et révolutionnaire vers la libération du peuple libanais, confronté aux milices de la guerre civile et aux attaques israéliennes contre le Liban.

Georges Abdallah a été arrêté pour avoir soi-disant porté de faux papiers; sa détention a été prolongée à plusieurs reprises alors que les services de renseignement français cherchaient des informations pour l’accuser d’avoir participé à des actions armées qui ont tué un diplomate américain et un représentant israélien à Paris. Même l’un de ses avocats aurait été impliqué dans l’espionnage d’Abdallah pour l’agence de renseignement française. Alors qu’il était censé être échangé avec des prisonniers détenus par des révolutionnaires arabes, l’État français a renié ses engagements après avoir obtenu ses propres prisonniers, gardant Abdallah comme prisonnier.

En 1987, lorsque Georges Abdallah a été condamné, il devait recevoir une longue peine de dix ans ou moins, comme le recommandait le procureur dans son cas. Au lieu de cela, il a été condamné à perpétuité, comme l’a soutenu un avocat privé représentant le gouvernement américain.

Aujourd’hui, Georges Abdallah reste derrière les barreaux. En dépit d’être éligible pour la libération depuis 1999, ses demandes de libération conditionnelle ont été refusées à plusieurs reprises. Même lorsqu’il a remporté une victoire au tribunal, des responsables français, comme l’ancien Premier ministre Manuel Valls, sont intervenus au plus haut niveau pour bloquer sa libération. Des responsables américains, comme l’ancienne secrétaire d’État Hillary Clinton, sont également intervenus pour tenter de maintenir Georges Abdallah en prison. En substance, Georges Abdallah est un prisonnier non seulement de l’État colonial français mais aussi de l’impérialisme américain et de l’occupation israélienne. Pendant ce temps, le gouvernement libanais n’a pas été à la hauteur de ses responsabilités en recherchant la liberté de son compatriote emprisonné.

Malgré sa détention à la prison de Lannemezan pendant 34 ans, Georges Abdallah participe activement à la lutte. Il a écrit des lettres et a publié des déclarations en réponse aux luttes révolutionnaires à travers le monde et garde toujours un œil spécial sur les prisonniers palestiniens, qui l’ont déclaré l’un des leurs.

Ses paroles continuent d’inspirer des générations de révolutionnaires, de militants et de combattants de la liberté. Et sa participation ne se limite pas aux mots – en effet, il a refusé les repas et a organisé ses compagnons de détention basques et arabes à Lannemezan pour le faire également, en solidarité avec la grève de la faim des prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes.

Cette année, nous vous invitons à vous joindre à nous, dans vos villes, communautés, quartiers, camps, villes et campus, pour organiser des manifestations, manifestations, défilés et activités pour demander la libération de Georges Ibrahim Abdallah et de tous les prisonniers palestiniens du 17 au 24 octobre 2018. L’événement central de la semaine sera la marche du 20 octobre à Lannemezan pour la libération de Georges Abdallah. Des événements sont également organisés dans des pays du monde entier et des actions ont été menées au cours des dernières semaines aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, en Irlande, en France, en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas, en Italie et en Espagne.

Georges Abdallah n’est pas seul; sa détention fait partie intégrante de celle de près de 6 000 prisonniers politiques palestiniens dans les prisons israéliennes et des prisonniers de Palestine aux États-Unis et dans d’autres prisons internationales – ainsi que des prisonniers des luttes contre le capitalisme, le racisme et l’impérialisme dans le monde.

Georges Abdallah et ses camarades prisonniers palestiniens sont emprisonnés dans une tentative de faire taire et de réprimer la lutte anticoloniale du peuple palestinien pour la justice, la libération et le retour. Cependant, malgré toute la répression, leur leadership demeure un symbole d’espoir et d’inspiration pour tous ceux qui luttent pour la liberté. Rejoignez le mouvement pour libérer Georges Abdallah, libérer tous les prisonniers politiques palestiniens et libérer la Palestine, de la mer au Jourdain !

Source : Samidoun
Traduction : Collectif Coup pour Coup 31

A Toulouse, notre collectif anti-impérialiste Coup pour Coup 31 organise un bus à prix libre pour se rendre à la manifestation nationale de Lannemezan le 20 octobre. Rendez-vous à 11h30 au métro Basso cambo (Ligne A) pour un retour sur Toulouse dans la soirée. Inscription au bus sur couppourcoup31@gmail.com

 




Israël a tué au moins 44 enfants en 40 semaines

4 octobre 2018

Ahmad Abu Habil avait 15 ans quand il a été blessé mortellement par les forces israéliennes dans le nord de la bande de Gaza. (Photo : avec l’autorisation de la famille d’Abu Habil).

Ramallah, le 4 octobre 2018 – Depuis vendredi dernier, les forces israéliennes ont tué trois garçons palestiniens, âgés de 11 à 15 ans. Ces morts surviennent au cours d’une année où les forces israéliennes ont tué, en moyenne, chaque semaine, au moins un enfant palestinien, la majorité de ces morts intervenant dans le contexte des manifestations de la bande de Gaza.

Ahmad Samir Harb Abu Habil, 15 ans, est mort le 3 octobre, touché à la tête par une grenade lacrymogène. Deux autres enfants, Mohammed Nayef Yousef al-Houm, 14 ans, et Nasser Azmi Khalil Musbeh, 11 ans, ont été tués par des balles réelles, le 28 septembre.

« La communauté internationale doit agir pour qu’il soit mis fin à toutes les formes de châtiment collectif générées par le blocus de Gaza qui se poursuit depuis 2007 » a déclaré Ayed Abu Eqtaish, directeur du programme d’information et de sensibilisation de l’organisation Defense for Children International – Palestine (DCIP), « et elle doit prendre les mesures permettant d’assurer la sécurité des enfants palestiniens ».

Le 3 octobre, vers 18 h, Ahmad participait à une marche de protestation contre le blocus de longue date d’Israël sur la bande de Gaza, selon les premiers rapports. Il se trouvait à Beit Hanoun, dans le nord de la bande de Gaza, près du « passage d’Erez » qui est sous contrôle israélien, au moment où il a été touché à la tête par une grenade lacrymogène, tirée par des Israéliens, selon des sources assistant à l’incident.

Un témoin oculaire a indiqué à DCIP que les forces d’occupation avaient lancé des « dizaines » de grenades lacrymogènes sur une foule importante de manifestants. Plusieurs témoins estiment qu’Ahmad se trouvait à environ 300 mètres de la clôture quand la grenade lacrymogène l’a touché à la tête, se logeant dans son crâne et causant de gros dommages.

Des auxiliaires médicaux se sont précipités et l’ont transporté à l’hôpital indonésien, mais ils n’ont pu empêcher la mort de l’enfant en raison de la gravité de sa blessure.

Les forces israéliennes ont tué Nasser Musbeh par balles réelles, des munitions de guerre, le 28 septembre 2018. (Photo : avec l’autorisation de la famille de Musheh)

Les forces israéliennes ont tué Nasser, 11 ans, peu après 18 heures, vendredi dernier, près de la clôture qui limite la bande de Gaza à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, selon des témoins. Un membre d’une équipe médicale palestinienne qui soignait les blessés dans le secteur a déclaré à DCIP que Nasser était en train d’aider sa sœur, qui elle aussi faisait partie de l’équipe médicale, en portant une bouteille de sérum prise dans une tente médicale.

Il se trouvait apparemment à 150-200 mètres de la clôture au moment où il a été abattu. La balle est entrée dans sa tête, le tuant sur le coup. Les auxiliaires médicaux sur place lui ont immédiatement prodigué les premiers soins et l’enfant a été transféré à l’hôpital européen de Khan Younis, où sa mort a été constatée.

Mohammed al-Houm a été frappé mortellement par une balle à la poitrine le 28 septembre 2018. (Photo : avec l’autorisation de la famille d’Al-Houm)

Environ une heure plus tôt, le même jour, les forces israéliennes ont tiré sur Mohammed avec des balles réelles, près du camp de réfugiés d’Al-Bureij, dans le centre de Gaza. La balle l’a touché à la poitrine sur le côté gauche. Il a été transféré à l’hôpital des Martyrs d’Al-Aqsa, mais il est décédé au cours d’une opération d’urgence, vers 17 h 30.

En vertu du droit international, la force létale ne peut être utilisée qu’en dernier recours dans le cas où une personne constitue une menace immédiate à la vie ou une menace de blessures graves.

Jusqu’à présent, les forces armées ou les colons israéliens ont tué au moins 45 enfants palestiniens cette année. Les parents d’un autre enfant touché par les forces israéliennes le 29 avril, Yousef Abu Jazar, attendent toujours une confirmation officielle de la mort de leur enfant. La grande majorité de ces victimes, 39, sont des enfants de la bande de Gaza.

Le rythme de ces morts d’enfants palestiniens en 2018 représente une augmentation importante par rapport aux années précédentes. En 2017, 15 enfants palestiniens ont été tués suite à des actions des forces israéliennes. Ce nombre comprend un enfant blessé lors d’une attaque de drone israélien en 2014 ayant succombé à ses blessures en 2017. L’année précédente, les forces et les gardes de sécurité israéliens ont tué 32 enfants palestiniens en Cisjordanie occupée, y compris Jérusalem-Est, en 2016.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine
Source : Defense for Children International/Palestine




Le « laboratoire » Gaza booste les profits de l’industrie de guerre d’Israël

Gabriel Schivone – 5 octobre 2018

Gaza fonctionne comme une zone de tests en conditions réelles pour les fabricants d’armes israéliens
(Mohammed Zaanoun – ActiveStills)

Ayant exploré le vaste régime de surveillance le long de la frontière Etats-Unis—Mexique et trouvé des systèmes israéliens installés à chaque tournant, l’écrivain Todd Miller et moi-même étions poussés à investiguer Israël en tant que plus grande industrie de sécurité intérieure du monde. L’industrie d’armement d’Israël est de deux fois la taille de son homologue américaine en exportations par habitant et emploie un pourcentage de la force de travail nationale qui est le double de celui des Etats-Unis ou de la France, deux des plus importants exportateurs globaux d’armes.

Pendant notre voyage en 2016, il ne nous a pas fallu longtemps pour cibler quelques-uns des industriels les plus entreprenants d’Israël, qui nous ont dit comment ils faisaient en contrôlant une zone à peu près de la taille de New Jersey.

Notre premier jour sur place, tout en assistant à une conférence annuelle sur les drones, nous avons rencontré Guy Keren, un homme charismatique d’âge moyen, PDG d’une firme de sécurité intérieure israélienne appelée iHLS. L’iHLS de Keren avait organisé la conférence sur les drones.

Quelques jours plus tard, nous étions assis avec Keren dans les quartiers généraux alors flambant neufs d’iHLS dans la ville de Raanana, sur la côté méditerranéenne, une ville connue pour sa zone industriel high-tech. Nous lui parlions dans la salle de conférence aux allures de bocal à poisson au-dessus du laboratoire informatique de la compagnie.

Au-dessous de nous, des bandes de techniciens juniors tapaient avidement sur leurs claviers. Ce Complexe du phare, nous dit Keren, pouvait héberger jusqu’à 150 start-ups.

Keren a expliqué comment la bande de Gaza offre à Israël —et iHLS – un avantage compétitif sur d’autres pays à cause des opportunités en temps réel de tester de nouveaux produits tout au long de l’année. Israël a gagné le surnom de « nation start-up » parmi les élites d’affaires du monde entier.

Une boîte de Petri humaine

Nous avons demandé à Keren pourquoi l’industrie technologique d’Israël fonctionne à un étonnant niveau de productivité, particulièrement dans le secteur militaire.

« Parce que nous testons nos systèmes en conditions réelles », a-t-il dit. «  Nous sommes dans une situation de guerre tout le temps. Si cela n’arrive pas juste maintenant, cela arrivera dans un mois ».

« Il ne s’agit pas seulement de construire la technologie » et d’avoir à attendre des années pour tester les systèmes, nous a dit Keren. Le secret du succès du secteur tech israélien, a-t-il expliqué, est dans le fait de pouvoir « faire opérer la technologie plus vite que n’importe quel pays en conditions réelles ».

Keren n’est pas le premier à faire cette connexion. Gaza est perçu largement comme une boîte de Petri humaine —pour améliorer la capacité de tuer et cultiver des méthodes de pacification — chez les influenceurs et décideurs des secteurs high-tech et militaires israéliens.

Quand Roei Elkabetz, un brigadier général de l’armée israélienne, a pris la parole à une convention de spécialistes en technologie des contrôles de frontière en 2012 à El Paso, Texas, il a projeté sur l’écran une photo du mur, construit par Magal Systems, qui isole Gaza du monde extérieur.

« Nous avons appris énormément de Gaza », a-t-il dit. « C’est un laboratoire génial ».

Leila Stockmarr, une universitaire danoise, a assisté aux mêmes sortes de salons de sécurité israéliens que Todd Miller et moi. « Comme la plupart des représentants de compagnies que j’ai interviewé l’ont dit, il est central pour les capacités militaires et policières de pointe d’Israël que les nouvelles pièces de technologie soient développées et testées dans une situation concrète pour contrôler une population, comme dans la bande de Gaza », écrit-elle dans son essai de 2016, « Au-delà de la thèse du laboratoire : Gaza comme courroie de transmission pour la technologie de guerre et de sécurité ».

Ajustement fin en temps réel

Comme un représentant d’une entreprise de sécurité majeure l’a dit à Stockmarr : «  Dès qu’une commande est faite par l’armée israélienne, et après un déploiement initial sur le terrain, les départements techniques de l’entreprise sont souvent contactés avec des demandes pour des corrections ou des réglages basés sur l’expérience. Donc chaque fois que l’armée utilise une technologie de sécurité intérieure israélienne, elle le teste automatiquement. Les entreprises bénéficient beaucoup de cela et chaque fois qu’une nouvelle commande est passée, ce feedback du champ de bataille est injecté pour améliorer la procédure d’appel d’offres et garantir la qualité et l’efficacité ».

De manière inhabituelle pour l’industrie d’armement d’un pays, Israël a un laboratoire dans un territoire qu’il occupe —Gaza— tout près des établissements de production de ses armes et de sa technologie de surveillance. L’engagement dans la Bande de Gaza, comme Stockmarr l’a remarqué en 2016, aide les entreprises à engendrer et à raffiner de nouvelles idées et à peaufiner les lignes de production.

En avril 2018, Saar Koursh, alors PDG de Magal Systems un candidat pour les additions proposées par le président Donald Trump à l’infrastructure de surveillance sur la frontière Etats-Unis-Mexiquea même été signalé comme ayant décrit Gaza comme un « showroom » pour les « barrières intelligentes » de l’entreprise, dont les clients « apprécient que les produits soient testés sur le champ de bataille ».

Stockmarr note que les Palestiniens de Gaza eux-mêmes ont leur place dans la phase de tests, jouant « un rôle crucial » dans ce cycle de l’industrie de sécurité intérieure : « Pour évaluer un produit donné, l’inclusion systématique des réponses des populations ciblées aux nouvelles technologies de sécurité sont cruciales pour les acheteurs étrangers ».

De nombreux clients globaux sont conquis par l’idée, du moins si l’on en croit la marge de profit. « Les actions cotées aux Etats-Unis de Magal ont fait un bond fin 2016 lorsque Trump a parlé d’un mur-frontière avec le Mexique », selon Bloomberg.

Et pendant le premier mois de l’attaque israélienne de 2014 sur Gaza, le prix de l’action de la plus grande entreprise d’armes d’Israël, Elbit Systems, a augmenté de 6.1 %. Plus de 2 200 Palestiniens ont été tués dans l’attaque.

Une expérience sans fin

Cette année, depuis que les manifestations de la Grande Marche du retour ont commencé, le 30 mars, la dernière ligne israélienne de drones de contrôle de foules à faire ses débuts à Gaza inclut le drone dénommé de manière appropriée « la mer de larmes »un drone-caméra chinois produit commercialement et modifié par la police israélienne pour émettre des gaz lacrymogènes sur les foules en-dessous – et le Drone Shocko qui déverse de l’«  eau de moufette » sur les manifestants.

Le ministre de la santé de Gaza a observé au cours de six derniers mois les effets humains des balles papillonsqui explosent à l’impact. Elles font partie des balles les plus létales qu’Israël ait jamais utilisées.

Le personnel de Médecins sans frontières a traité des blessures de balles de type papillon dans 50 % de plus de 500 patients qu’ils ont traités pendant les manifestations.

La plupart des manifestants qui n’ont pas été tués immédiatement ont été sévèrement blessés, faisant gagner aux balles papillons un nouvelle place dans la longue histoire de l’armée israélienne des pratiques de tirer-pour-mutiler, que Jasbir K. Puar détaille dans son livre, The Right to Maim: Debility, Capacity, Disability [Le droit de mutiler : souffrance, capacité, invalidité.

Au premier octobre, plus de 150 Palestiniens ont été tués dans la Grande Marche du retour, y compris 30 enfants. Plus de 10 000 ont été blessés, la moitié par des balles réelles.

Pendant ce temps, de retour à la zone industrielle de Raanana, Keren et son équipe dans les bureaux climatisés d’iHLS s’activent à développer les prochains acteurs de l’industrie d’armement d’Israël, mettant à jour leurs systèmes et étendant leurs marges de profit.

Gabriel M. Schivone est chercheur invité à l’université d’ Arizona et l’auteur du livre à paraître Making the New Illegal: How Decades of US Involvement in Central America Triggered the Modern Wave of Immigration (Prometheus Books).

Traduction : CG pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada




En Direct de Gaza : 3 morts et 370 blessés dans la bande de Gaza-bilan provisoire- : Ce vendredi 5 octobre 2018 : Vive la résistance !

Via Ziad Medoukh

L’armée israélienne a assassiné ce vendredi 5 octobre 2018 trois palestiniens dont un enfant de 12 ans partout dans la bande de Gaza, et en a blessé 370 autres -bilan provisoire- par des balles réelles.

Silence, on tue les enfants à Gaza !

Ces palestiniens manifestaient pacifiquement près des zones tampon de sécurités imposées par les forces de l’occupation israélienne sur les frontières de la bande de Gaza.

Les soldats israéliens qui se trouvaient sur les frontières ont ouvert le feu en tuant 3 personnes et en blessant trois cent soixante -dix.

Les dirigeants israéliens ne supportent pas ces manifestations pacifiques qui se développent dans la bande de Gaza semaine après semaine.

Les crimes israéliens contre le peuple palestinien se poursuivent !

Les manifestants et malgré la brutalité des forces de l’occupation israélienne, les balles réelles, les gaza lacrymogène de l’occupant, sont plus que jamais déterminés à poursuivre ce type d’actions. Ils développent des stratégies non-violentes face à cette occupation aveugle

Ils défient les soldats israéliens avec leurs drapeaux palestiniens dans les mains et leurs actions pacifiques.

La résistance populaire pacifique se développe dans la bande de Gaza.

Honte à cette occupation illégale !

Honte à ces crimes israéliens contre les civils palestiniens !

Honte à ce blocus israélien inhumain et mortel !

Honte à cette communauté internationale officielle complice !

Vive la solidarité !

Gaza sous blocus résiste

Gaza la dignité persiste

Et Gaza l’espoir existe !

Gaza la courageuse défie l’occupation !

Gaza l’abandonnée vit !

Gaza la digne est plus que jamais déterminée !

Ici , notre terre et ici, notre Palestine !

La lutte continue !

La Palestine vivra !

La justice triomphera !




Pour la Justice, Non à l’Apartheid, en Palestine

Un quart de siècle après Oslo, Israël consolide sa domination, mais le mouvement mondial de résistance grandit.

Un garçon brandit un drapeau palestinien à la frontière Israël-Gaza, au cours des affrontements avec les troupes israéliennes lors d’une manifestation où les Palestiniens réclament le droit au retour dans leur patrie – 1er avril 2018, à l’est de la ville de Gaza (Reuters/ Mohammed Salem)

Ce mois de septembre marque le 25ème anniversaire des Accords d’Oslo, qui ont été loués, par beaucoup de gens à l’époque de leur signature, comme l’aube d’une ère nouvelle au Moyen Orient, dans laquelle Israël et l’Organisation de Libération de la Palestine remplaceraient le conflit par des négociations menant à la paix et à un État palestinien.

Certains observateurs, à l’époque, dont Edouard Saïd dans ce magazine, ont pointé les failles dans cette déclaration de 1993, parmi lesquelles tandis que l’OLP reconnaissait l’État d’Israël et renonçait à la violence, les accords n’ont jamais mentionné l’occupation israélienne, n’ont jamais noté l’illégalité des colonies israéliennes et ne contenaient pas de promesse, ou même la moindre mention d’un État palestinien comme résultat final des conversations.

Quels qu’aient été ses qualités ou ses défauts, le « processus de paix » d’Oslo, qui a fait l’objet d’un soutien actif pendant 25 ans, est mort désormais. Il n’y a pas eu de négociations depuis l’effondrement de la dernière série de conversations pilotée par le Secrétaire d’État de Barack Obama, John Kerry, et il n’y a pas de signe de discussions sérieuses dans un avenir prévisible. Ce que nous avons vu, au contraire, est une détérioration choquante des conditions de vie des Palestiniens sous le gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël.

Les États Unis n’ont jamais été un intermédiaire honnête au Moyen Orient. Mais depuis l’arrivé au pouvoir de Donald Trump, Washington s’est même débarrassé d’un semblant d’équilibre. Trump a laissé tomber l’engagement américain de longue date pour une solution à deux États et il s’est servi, comme son envoyé au Moyen Orient et comme ambassadeur des États Unis, de deux hommes, Jason Greenblatt et David Friedman, qui sont personnellement des soutiens des colonies israéliennes. Trump a reconnu la souveraineté d’Israël sur Jérusalem illégalement annexée en 1967 et y a déplacé l’ambassade américaine – à un moment où des soldats israéliens tiraient sur des centaines de Palestiniens de Gaza qui manifestaient pacifiquement en revendiquant leur droit au retour. Dans un acte exceptionnellement cruel et malveillant, l’administration Trump a aussi coupé tout financement à l’Office de Secours et de Travaux de l’ONU (l’UNRWA) qui fournit une aide terriblement nécessaire aux millions de réfugiés palestiniens, ainsi que les 200 millions de dollars (174 millions €) d’aide économique aux Palestiniens et aux hôpitaux de Jérusalem. Et l’administration a fermé le bureau de l’OLP de Washington. Etant donnée une telle attaque multiforme, il est difficile de prendre au sérieux la promesse de l’administration de l’imminence d’un nouveau plan de paix.

Face à l’expansion sans répit des colonies israéliennes et à l’impossibilité de la communauté internationale de faire advenir une solution pacifique au conflit, des groupes de la société civile palestinienne ont appelé à une campagne de boycott, de désinvestissement et de sanctions contre Israël, qui a inspiré un mouvement croissant de solidarité à la base. Reconnaissant son pouvoir potentiel, le gouvernement de Netanyahou a déclaré, il y a plusieurs années, que BDS était une « menace stratégique » et a dédié un ministère du gouvernement au combat contre ce mouvement.

Les groupes de lobbying américains qui sont des substituts d’Israël se sont joints à ce combat et un élément clef de leur stratégie est de qualifier BDS et des campagnes similaires d’antisémites (ironique, vu le récent copinage de Netanyahou avec le premier ministre antisémite Viktor Orbán). L’administration Trump, qui a elle-même flirté avec des antisémites, participe pleinement : le Bureau pour les droits civils du département de l’Éducation a récemment annoncé la réouverture d’une enquête sur l’antisémitisme supposé à l’Université Rutgers – des accusations que l’administration Obama avait considérées dénuées de fondement – fondées sur une définition hautement contestée de l’antisémitisme pouvant être utilisée pour censurer toute critique d’Israël.

Ces jours-ci peuvent paraître sombres pour la cause palestinienne, mais le mouvement de solidarité grandit, de plus en plus de gens prennent leurs distances vis-à-vis du gouvernement israélien qui se débarrasse avec constance de ses éléments démocratiques et libéraux. Avec l’évanouissement de la solution à deux États, un État d’apartheid de fait est né, dans lequel la moitié de la population n’a que peu ou pas de droits. Un tel système ne peut survivre à long terme. Ceux pour qui la justice compte et qui croient, comme nous, que les Juifs et les Palestiniens en Israël-Palestine peuvent et doivent trouver un moyen de partager la terre de façon harmonieuse, avec des droits égaux pour tous, auront à redoubler d’efforts pour mettre fin à l’oppression israélienne et trouver une juste solution au conflit.

Source : The Nation
Traduction : SF pour l’Agence Media Palestine




Pourquoi les médias sont pro-Israël

Par Greg Shupak

Une évocation correcte du conflit Israël-Palestine parlerait de la colonisation violente de la Palestine par Israël avec le soutien des Etats Unis. En lieu et place, les media présentent des fables dans lesquelles les deux côtés sont à blâmer à égalité.

Pour comprendre pourquoi les agences de presse occidentales offrent des récits sur Palestine-Israël qui favorisent Israël, il convient de considérer la fonction politique de ces agences. Joseph Uscinski explique que : « Il ne fait aucun doute que les forces économiques systémiques telles que le besoin de vendre des espaces publicitaires et de gérer les dépenses déterminent les activités des sociétés d’information. »

De multiples études démontrent que l’orientation commerciale des média d’information détermine leur contenu. Une enquête universitaire du début des années 1990 sur les quotidiens révèle qu’à peine moins de 90 % ont dit que les annonceurs avaient essayé d’influencer le contenu de ce qu’ils racontaient dans leurs journaux et que 90 % d’entre eux subissaient des pressions économiques de la part des annonceurs à cause de leurs reportages : 37 % admettent capituler sous la pression des annonceurs.

Une autre enquête universitaire sur les quotidiens, celle-ci publiée en 2007, révèle qu’il existe de « fréquents conflits entre le volet affaires et le volet journalisme des activités journalistiques » et que « les directeurs publicitaires souhaitent apaiser leurs annonceurs et souhaitent également répondre positivement aux requêtes de leurs annonceurs ». L’enquête suggère que ce problème est particulièrement aigu avec les journaux membres d’une chaîne qui sont particulièrement enclins à compromettre l’intégrité éditoriale, soit pour plaire à leurs annonceurs, soit pour s’empêcher de les offenser. Un problème similaire existe à la télévision où des sondages de correspondants de nouvelles en réseau disent que près d’un tiers se sentent directement poussés à raconter certaines histoires et pas d’autres pour les besoins financiers des propriétaires ou des annonceurs.

Quand la couverture de la question Palestine-Israël est vue dans le contexte des média commerciaux, il n’est pas surprenant que les textes favorables à Israël sur cette question soient aussi prédominants qu’ils le sont.

Les média qui couvrent Palestine-Israël sont embarqués dans un système de capitalisme impérialiste mondial construit autour de l’hégémonie états-unienne, dont Israël est un trait important. Le fonctionnement global du système capitaliste international, dont les média commerciaux font partie, est garanti par l’armée américaine, comme je le montre dans le chapitre deux de mon livre, le parrainage américain du capitalisme colonial de peuplement israélien est une partie essentielle de la stratégie pour dominer le Moyen Orient. Les propriétaires de média millionnaires et milliardaires et les publicistes qui les financent font sans aucune ambiguïté partie de la classe dirigeante.

La même chose est vraie, tout au moins dans le cas des principaux organes de presse nationaux ou internationaux, des rédacteurs en chef et souvent, comme le fait remarquer Faiza Hirji, des journalistes eux-mêmes, qui « appartiennent à une élite de la société » et « contribuent cependant inconsciemment au renforcement des notions existantes sur le fonctionnement du monde ». On pourrait ajouter que ce genre d’administration idéologique implique aussi le façonnement de croyances sur ce que le monde devrait être et ce qu’il est capable d’être. Les histoires sur Palestine-Israël étudiées dans mon livre suggèrent que les élites impliquées dans le processus de fabrication des nouvelles croient que l’oppression violente des Palestiniens et leur consignation permanente dans le statut de réfugiés et d’apatrides n’est pas une grande injustice et que la gestion américaine du Moyen Orient est nécessaire et désirable.

Les récits sur Palestine-Israël débattus tout au long de mon livre sont des études de cas sur les effets dommageables du caractère capitaliste des média. Uscinski décrit l’orientation des média comme une « défaillance du marché » avec une « externalité négative » significative. « La médiocre qualité des média », écrit-il, « provoque un environnement informatif de médiocre qualité pour les prises de décision démocratiques ».

Les trois longs récits à propos de Palestine-Israël abordés au cours de mon livre sont, comme je l’ai montré, grandement trompeurs. Une interprétation fidèle de l’histoire raconterait la colonisation violente de la Palestine par Israël, avec le soutien essentiel des Etats Unis, et fonctionnant comme une garnison pour le capitalisme impérialiste piloté par les Etats Unis. Au lieu de cela, les média présentent des fables dans lesquelles et les Israéliens et les Palestiniens se sont réciproquement fait subir des torts comparables et sont condamnables au même degré pour le statut non résolu de la Palestine. Les lecteurs se voient ainsi offrir des récits déroutants qui disent que le problème, c’est que ce sont les extrémistes qui conduisent les événements en Palestine-Israël plutôt que les modérés. Tout aussi inutiles sont les fables racontées par les média sur le prétendu « droit à se défendre » d’Israël.

Fournir au public des « informations d’aussi médiocre qualité » sur cette question fausse « la prise de décision démocratique » en faisant baisser la probabilité de portions de population d’Amérique et des pays occidentaux suffisamment importantes pour obliger à la venue de changements politiques pour reconnaître que le soutien de leurs gouvernements au capitalisme colonial de peuplement israélien a des conséquences dévastatrices pour les Palestiniens et propage la guerre au Moyen Orient.

Le rôle social des média à caractère essentiellement commercial, par lesquels j’entends les organisations médiatiques qui existent pour faire du profit et même celles qui n’en font pas mais recherchent un revenu publicitaire, c’est de faire progresser les intérêts de la classe dirigeante. Les média occidentaux sont dirigés par la classe dirigeante occidentale et racontent des histoires qui entraînent le public vers des attitudes favorables à la classe dirigeante. Comme l’explique Hirji, « S’il existe un récit dominant sur une histoire ou un groupe particulier, ce récit est vraisemblablement informé par ce qu’en dit le pouvoir : qui l’a, qui ne l’a pas, qui veut conserver le statu quo. » Des récits aussi dominants comportent des perspectives sur une Palestine-Israël qui pourrait se trouver dans une situation où les Etats Unis assureraient qu’Israël reste la puissance militaire dominante de la région parce que cela satisfait les objectifs économiques et politiques américains.

Les histoires qui accueillent volontiers la classe dirigeante prolifèrent dans un climat médiatique caractérisé par un « système commercial… [qui] favorise un contenu qui sert les intérêts commerciaux. Les marchés favorisent le discours qui favorise les marchés ». Par ailleurs, comme l’explique Entman, la conception « joue un rôle majeur dans l’exercice du pouvoir politique et, dans un texte journalistique, la forme est réellement l’empreinte du pouvoir – elle enregistre l’identité des acteurs ou les intérêts en compétition pour dominer le texte ». La manière dont une question est conçue et les histoires qui émergent de cette conception doivent être considérées dans le contexte de la propriété par l’élite des média occidentaux. Que la classe dirigeante occidentale contrôle les média et qu’elle soit profondément investie dans le capitalisme colonial de peuplement israélien, mais qu’elle n’ait pas d’intérêt comparable pour la libération de la Palestine est crucial pour comprendre que les média occidentaux fassent circuler des récits favorables à Israël.

Les gens en charge de ces média ne préparent pas forcément consciemment des intrigues pour amener la population à croire des fables trompeuses sur Palestine-Israël. L’orientation institutionnelle des organisations médiatiques les entraîne à concevoir logiquement les questions de façon profitable à la classe à laquelle ils appartiennent, que le sujet soit Palestine-Israël ou tout autre sujet.

Pour arriver à résoudre la question de la Palestine, on devra empêcher la classe dirigeante occidentale de soutenir Israël comme un moyen de dominer le Moyen Orient. A cause du soutien occidental militaire, financier et politique à Israël, l’opinion publique a un rôle à jouer dans les sociétés occidentales en fournissant une paix juste de décolonisation dans l’ensemble de la Palestine historique. Les Etats occidentaux n’entreprendront pas les énormes changements politiques nécessaires pour y arriver à moins qu’une pression massive ne les oblige à le faire. Pourtant, la structure des média occidentaux suggère qu’il est peu probable qu’ils commencent à raconter des histoires sur Palestine-Israël qui soient moins lestées en faveur d’Israël, ce qui veut dire que cette formidable barrière devant la construction des sentiments populaires nécessaires à l’arrêt de l’impérialisme occidental restera en place dans l’avenir proche.

La tâche qui consiste à faire naître les changements nécessaires dans les consciences échoue donc aux médias indépendants ainsi qu’aux militants qui y travaillent ou ailleurs sur les campus, les lieux de travail, dans les communautés religieuses et dans la rue. Ce travail se répand et les victoires que le mouvement a gagnées dans chacun de ces domaines l’attestent. De telles réussites démontrent qu’amener le public des pays occidentaux à comprendre que la classe dirigeante qui nous domine a été un acteur clé dans la grave injustice faite aux Palestiniens, et que c’est une composante clé du système d’inégalités mondiales que cette classe surveille, est un défi énorme – mais pas insurmontable.

A PROPOS DE L’AUTEUR

Greg Shupak enseigne l’étude des média à l’université de Guelph au Canada. Il est l’auteur d’un livre à paraître, The Wrong Story : Palestine, Israel, and the Media (OR Books) [L’Histoire Inexacte : Palestine, Israël et les Média]

Source : Jacobin Mag
Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine




Cuisine, art et littérature : comment Israël vole la culture arabe

Israël a étendu la portée de son vol culturel au-delà des frontières historiques de la Palestine

Par Nada Elia, 3 octobre 2018

En tant que pays colonialiste, Israël s’est activement efforcé d’effacer l’existence des peuples autochtones sur les terres qu’il occupe, de manière à mieux s’approprier ces aspects de leur culture qui le font paraître « local » plutôt qu’implanté.

La cuisine étant historiquement une production culturelle locale, Israël ne s’enorgueillit pas de bagels, de saumon fumé ou de carpe farcie – tous d’origine européenne – mais plutôt de fallafels, de houmous, d’huile d’olive et de la salade de tomates et de concombres simple mais délicieuse qui accompagne la plupart des repas palestiniens.

Plus récemment, Israël a étendu la portée de son vol culturel au-delà des frontières historiques de la Palestine, pour atteindre divers pays arabes voisins. Ce vol, reconnu comme tel avec insolence, a été présenté en juillet à Tel Aviv, où une nouvelle galerie a inauguré sa première exposition, effrontément intitulée « Stolen Arab Art » (« Art arabe volé »).

« Nous exposons les œuvres en Israël sans que les artistes le sachent ou y consentent, et nous sommes parfaitement conscients de cet acte de dépossession. En délimitant ces frontières politiques et géographiques, nous souhaitons attirer l’attention sur l’exclusion d’Israël de la famille du Moyen-Orient », ont déclaré les organisateurs dans un communiqué.

Prendre l’art en otage

Ceux-ci affirment que cette « exclusion » est en partie due au succès du mouvement de Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), qui appelle à un boycott universitaire et culturel d’Israël jusqu’à ce que cet État cesse de violer le droit international et les droits humains des Palestiniens. « Nous souhaitons promouvoir une réalité commune marquée par un dialogue ouvert et des échanges à travers le Moyen-Orient, sans guerre, sans occupation, sans frontière », clament les organisateurs.

Dans une interview pour Hyperallergic, un site web consacré à l’art et la culture basé à New York, le commissaire de l’exposition « Stolen Arab Art », Omer Krieger, a déclaré que l’objectif était de prendre l’art en « otage » afin d’obliger les artistes à « négocier ». « Nous voulons briser le boycott […] J’espère que les artistes apprécieront la sophistication de cette action, qu’ils comprendront son objectif et établiront un contact avec nous. »

Krieger est surtout connu pour son travail en tant que directeur artistique du festival artistique Under the Mountain à Jérusalem, de 2011 à 2015. Selon Hyperallergic, ce projet, financé par des mécènes de droite et le gouvernement israélien, a été critiqué pour avoir « artwashé », c’est-à-dire dissimulé sous le vernis de l’art, la réalité violente de la ville, notamment le nettoyage ethnique de sa population palestinienne.

Les organisateurs de l’exposition ne comprennent clairement pas qu’Israël ne saurait se faire accepter par « la famille du Moyen-Orient » en violant les droits des artistes à leur propre travail intellectuel. En fait, c’est précisément l’histoire israélienne de vol, de dépossession et d’appropriation qui a conduit à l’exclusion du pays. Répéter les mêmes crimes n’est pas la solution.

Pourtant, la même chose se répète actuellement dans un autre domaine artistique : une maison d’édition israélienne a récemment publié une anthologie de nouvelles écrites par 45 femmes de divers pays arabes et de la diaspora arabe mondiale sans leur consentement. L’anthologie, intitulée Hurriya (liberté), n’a pas été annoncée comme un livre « d’histoires volées », alors même que l’éditeur aurait par la suite reconnu ne jamais avoir demandé à nombre des auteures la permission d’inclure leur travail.

« Nous le voyons comme leur salut »

L’écrivaine palestinienne Khulud Khamis, qui vit à Haïfa, dit avoir été informée de ce vol lorsqu’elle a été invitée à participer à une table ronde sur le livre. En parcourant la table des matières, elle a soupçonné que les autre auteures n’avaient pas non plus été informées du fait que leur travail serait traduit et les a contactées.

Parmi elles figurent des écrivaines de renom telles que la Tunisienne Farah El-Tunisi, l’Algérienne Ahlam Mosteghanemi et la Koweïtienne Buthaina al-Issa. La couverture du livre serait en outre illustrée par le travail volé de l’artiste libanais Hussein Bleibel.

Khulud Khamis s’est servie de sa page Facebook pour dénoncer cette appropriation, tandis que nombre des auteures incluses dans l’anthologie ont exprimé un mécontentement extrême face au vol de leur propriété intellectuelle. La maison d’édition a depuis retiré le titre de son catalogue en ligne.

Alors que Khulud Khamis s’est activée en ligne et a contacté les auteures concernées, la militante Roni Felsen a pour sa part sollicité la maison d’édition – pour se faire dire au final que celle-ci pensait leur rendre service, et même les sauver !

Felsen a publié les détails de sa conversation avec les éditeurs, qui lui ont apparemment dit : « Ces femmes lancent un appel au monde […] Qui entendra les pleurs de ces femmes ? Par le passé, ces femmes pouvaient pleurer dans leur cuisine… ou dans les champs, entendues seulement par Dieu peut-être ? À présent, quelqu’un recueille ces pleurs, les traduit et les exprime ici, en Israël… Il est important pour nous que la voix de ces femmes soit entendue… Nous le voyons comme leur salut. »

Comment le fait de voler les récits de ces femmes et les traduire – mal, selon Khamis, qui parle couramment l’hébreu – sans les consulter peut-il « sauver » la vie de ces femmes ?

Comme l’a indiqué Khamis à Hyperallergic : « Ces écrivaines ne crient pas dans leurs cuisines ni dans les champs, et elles n’attendent certainement pas que les sauveurs blancs les ‘‘sauvent’’. Ce sont toutes des femmes fortes – des militantes, des défenseures des droits de l’homme, dont beaucoup sont titulaires de diplômes universitaires dans divers domaines et dont les œuvres créatives ont été reconnues à l’échelle nationale et internationale.

« Prendre les mots et les créations de ces écrivaines, les traduire et les publier en hébreu – à leur insu ou sans leur consentement – est le contraire même de les ‘’sauver’’. Ils [la maison d’édition] ont volé ces femmes de leur pouvoir d’action, les ont réduites au silence et ont ignoré leur droit de faire leur propre choix concernant leurs œuvres. »

Le cœur du colonialisme

Le vol est au cœur de toute entreprise coloniale. Les musées des anciennes puissances impériales sont remplis d’art volés aux anciennes colonies, de l’Afrique à l’Asie et au-delà.

En volant des œuvres dans divers pays arabes, Israël confirme ce qu’il est – un étranger sans respect des frontières culturelles et une jeune nation coloniale mue par des aspirations de grandeur impériale – plutôt que ce qu’il voudrait si désespérément être aux yeux du monde, à savoir un des « pays du coin ».

La publication d’une anthologie de textes de femmes arabes, édités et traduits sans leur permission, montre un aspect particulièrement offensant de l’hubris impérial. Gayatri Chakravorty Spivak a très bien décrit cette attitude dans son ouvrage Can the Subaltern Speak?, un classique des études postcoloniales qui évoque ces « hommes blancs qui sauvent les femmes brunes des hommes bruns ».

Les auteures inclues – le terme habituel, « contributrices », serait erroné dans ce contexte – ne « pleurent » pas dans leurs cuisines mais agissent de manière efficace. La seule chose dont elles peuvent se plaindre est le vol de leur propriété intellectuelle.

 

– Nada Elia est une écrivaine et commentatrice politique issue de la diaspora palestinienne. Elle travaille actuellement sur son deuxième livre, Who You Callin’ “Demographic Threat” ? Notes from the Global Intifada. Professeure (retraitée) d’études sur le genre et la mondialisation, elle est membre du collectif de pilotage de la Campagne américaine pour le boycott universitaire et culturel d’Israël (USACBI).

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye

Photo : la traditionnelle salade arabe à base de tomates et de concombres hachés a été rebaptisée salade israélienne en Israël (Flickr).

Traduit de l’anglais par MiddleEastEye (source originale).

 


Commentaire envoyé par l’ AFPS 63, 06 octobre 2018, suite à la publication de cet article:

La chaine ARTE a diffusé le 17 septembre de 17h35 à 18h05 un reportage « Du Néguev aux collines d’Israël », volet 2 sur 5 de la série « Goûts et saveurs d’Israël ».

Ce reportage présentait des interviews d’Allemands venus dans un Kibboutz (malgré « la mauvaise image d’Israël liée aux bombardements de Gaza« ). Ici, disaient-ils, la vie est cool et solidaire…

Puis reportage en « Judée », où « On fait de l’agriculture depuis 6.000 ans. Maintenant elle est bio et créative, pour avoir des pensées neuves… Dieu nous a fait un beau cadeau en nous donnant la vie... » Visite du « plus vieux restau gastronomique » d’Israël (qui a 20 ans !) : tout est en rapport avec la terre et la nature, yoga, équilibre et harmonie, nourriture simple et sophistiquée pour consolider ses racines, poisson de Jaffa avec des épices arabes. « Peu importe que le poisson vienne des frontières de 67 ou du Liban, on n’a pas de frontières. On fait des plats traditionnels palestiniens, nos voisins avec qui on se retrouve pour cueillir et presser les olives : on est tous pareils, c’est pourquoi on travaille à effacer les frontières… »

Bref, un discours hédoniste et humaniste d’un pays normal … Comme si les acteurs locaux ni surtout les auteurs de ce (pubi)reportage trompeur ne savaient pas ce qui s’est passé depuis 6.000 ans ou un siècle, l’épuration ethnique qu’ont subit les Palestiniens, ce qu’est aujourd’hui la vie des Palestiniens, et des pecheurs de Gaza, les arrachages et incendies des oliviers palestiniens, etc …

De quoi protester auprès de la direction d’Arte …

Il est à remarquer que ce reportage est une illustration vivante de ce qu’explique Nada Elia sur le vol par la colonisation israélienne de la culture arabe, dans le domaine culinaire.




Samar Haddad King : fondatrice et directrice artistique de Yaa Samar ! Dance Theatre

IMEU – 17 août 2018

(Photo par Isabel Asha Penzlien)

Dès l’âge de trois ans, Samar Haddad King utilise la danse et le mouvement comme un outil pour l’expression de soi. Grandissant comme américano-palestinienne dans la diaspora, King découvre que le mouvement aide à surmonter les obstacles à la communication : « Quand nous étions plus jeunes et que n’avions pas tous encore un langage commun, j’ai trouvé intéressante la façon dont la danse ou le mouvement pouvaient transcender le langage ». Devant son attirance évidente pour la danse depuis l’enfance, sa mère lui fait suivre des cours de danse, ce qui amène King finalement à rejoindre un conservatoire de ballet classique au lycée.  

Pour poursuivre ses études, King va à New York et elle y apprend la chorégraphie au prestigieux programme Ailey/Fordham Bachelor of Fine Arts, où elle obtient son diplôme avec mention. A la suite de ce diplôme, elle reçoit la bourse du LMCC Swing Space en partenariat avec le Centre des arts scéniques Tribeca et commence ses répétitions dans un vieil entrepôt transformé en studio de danse. La représentation de sa première œuvre, en 2005, marque le début de sa compagnie de danse à but non lucratif, Yaa Samar ! Dance Theatre (YSDT), maintenant basée entre New York et la Palestine.

Un voyage en Jordanie permet à King de rencontrer les danseurs de dabke locaux qui lui font connaître tout un réseau de festivals de danse contemporaine en Jordanie, au Liban et en Palestine. En 2010, King s’installe en Palestine après que son mari, originaire du plateau du Golan, se soit vu refuser un visa pour les États-Unis. Comme beaucoup de Palestiniens, King doit s’adapter à sa nouvelle situation et commence à relier et accorder son travail entre ses danseurs de New York et ceux de Palestine.

Étant donné la difficulté pour les Palestiniens de sortir de leur pays, il s’avère qu’il est plus facile pour les danseurs de venir à King depuis l’étranger. « La faculté de s’adapter fait vraiment partie de moi. Le caractère explosif de l’occupation vous rend adaptable car c’est le seul moyen de survivre ». YSDT a des danseurs des deux côtés de la Ligne verte ; certains sont basés à Jérusalem, d’autres à travers la Cisjordanie, et d’autres encore sont des Palestiniens ayant la nationalité israélienne. Tous dépendent entièrement de l’autorisation du gouvernement israélien, qui n’est pas souvent accordée. Pour un projet, YSDT doit se diviser en six groupes différents afin de répéter – en des lieux différents – à cause des restrictions aux déplacements des Palestiniens ayant des statuts de résidence différents.

Les check-points perturbent constamment les déplacements de la compagnie de danse et King doit souvent se battre pour obtenir des lieux pour les répétitions en Palestine, c’est pourquoi elle décrit YSDT comme une « compagnie nomade ». Elle explique, « S‘agissant de ma vision artistique, elle ne peut dépendre d’une formule unique parce que les facteurs ne sont pas stables ici. Ce qui marche pour un projet ne marchera pas pour le suivant. Certains danseurs sont avec moi par vidéo-conférences, mais quand Internet ne fonctionne pas, c’est par des appels téléphoniques et des SMS. La façon de faire les choses change tout le temps, mais ça va, car ça fait partie de notre identité ».

King travaille en ce moment à une nouvelle pièce intitulée Last Ward – écrite et mise en scène par un collaborateur qui lui est coutumier, Amir Nizar Zuabi –, pièce qui incorpore une tonne de terre brute et dépeint le parcours d’un homme qui est admis dans un hôpital pour maladie chronique. Avec, dans le rôle principal, la célèbre actrice palestinienne Khalia Natour, la pièce devrait être présentée en première fin août en Palestine. Avec de telles œuvres, YSDT continue de dépasser les limites de l’occupation en racontant ses histoires à travers l’art.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source : Imeu.org




La construction de colonies illégales par Israël a plus que doublé en 2018

26 septembre 2018

Augmentation des colonies israéliennes en Palestine – Dessin [Sabaaneh/MiddleEastMonitor]

Le taux de construction dans les colonies illégales d’Israël en Cisjordanie occupée a plus que doublé au deuxième trimestre de 2018.

Selon les données publiées par le Bureau Central des Statistiques (CBS) d’Israël, Israël a commencé à construire 794 habitations en Cisjordanie occupée au deuxième trimestre de 2018. Ce chiffre a presque doublé par rapport à celui du premier trimestre où avait commencé la construction de 279 logements. Le chiffre de cette année est aussi plus élevé que celui de la même période en 2017, démontrant une augmentation de la vitesse de la colonisation illégale par Israël sur la terre palestinienne.

Cette augmentation chaque année de la colonisation illégale israélienne est par ailleurs significative au vu de la baisse de construction dans beaucoup de zones d’Israël à l’intérieur de la Ligne Verte. Les taux de construction ont diminués en Israël, au nord comme au sud, ainsi qu’à Haïfa si on les compare avec la même période en 2017. Jérusalem a vu d’autre part une augmentation des constructions, en dépit du fait que les Palestiniens de Jérusalem se voient régulièrement refuser des permis de construire de maisons dans les zones palestiniennes de la ville.

Bien que les colonies aient été qualifiées de « question de statut définitif » d’après les Accord d’Oslo en 1992, Israël a poursuivi avec constance, dans les 25 ans qui ont suivi, une politique de colonisation de la Cisjordanie occupée. En 1992, il y avait approximativement 105.000 colons israéliens illégaux, selon les données de l’ONG La Paix Maintenant. En 2017, La Paix Maintenant a estimé qu’il y avait plus de 413.000 colons israéliens illégaux, chiffre presque quadruplé.

En septembre, les Nations Unies ont tancé Israël pour n’avoir rien fait pour arrêter la construction de colonies. S’exprimant à une réunion du Conseil de Sécurité, le Coordinateur Spécial pour le Moyen Orient Nickolay Mladenov a expliqué que 2.800 unités de logement de Cisjordanie avaient récemment été approuvées par le gouvernement israélien et a souligné le fait que « toutes les activités de colonisation se font en violation du droit international ».

En septembre, il est apparu qu’Israël avait approuvé les projets de construction de 220 unités coloniales dans le voisinage de Jabal Al-Mukabbir, à Jérusalem Est occupée. Il est prévu que la construction de ces unités démarre dans les quelques mois à venir et fasse partie du projet d’expansion de la colonie de Nof Tzion, située à côté de Jabal Al-Mukabbir. L’organisation israélienne de défense des droits de l’Homme B’Tselem estime qu’en 2017, il y avait 208.000 colons israéliens dans la municipalité de Jérusalem, ce chiffre ayant vraisemblablement augmenté depuis.

En août, les projets d’Israël pour étendre la colonie d’Amichai, située au nord de Ramallah, ont été révélés. Cette expansion prévoyait d’incorporer l’avant-poste voisin d’Adei Ad, préalablement logement d’Amiram Ben-Uriel – colon extrémiste israélien responsable de l’attentat incendiaire de 2015 contre la famille Dawabsheh. Cet attentat a tué trois membres de la famille chez eux à Duma, dont un bébé de 18 mois Ali, et a laissé son frère Ahmed orphelin. Les Palestiniens qui vivent près d’Armichai soulignent que toute nouvelle expansion de la colonie illégale leur interdira l’accès à leurs terres agricoles. Leur représentant juridique Shlomi Zecharia de l’ONG Yesh Din a accusé la politique israélienne de colonisation, déclarant :

Les habitants des villages proches de l’avant-poste sont devenus les otages de la politique qui accorde d’abondantes récompenses et de riches cadeaux à des criminels idéologiques.

Bien qu’Israël fasse une différence entre colonies et avant-postes, qui eux ne bénéficient pas de la reconnaissance officielle du gouvernement, les deux sont jugés illégaux selon le droit international qui interdit le transfert de populations civiles dans un territoire occupé.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : Middle East Monitor