La crise à Gaza

 

Le 19 juin 2017

Des enfant palestiniens font leurs devoirs à la lueur d’une bougie à cause de la pénurie d’électricité à Gaza. PHOTO : Ahsraf Amra/Anadolu Agency/Getty Images

La cause immédiate de la crise actuelle à Gaza, ce sont les efforts de l’Autorité Palestinienne basée en Cisjordanie pour faire pression sur son rival le Hamas et pour chercher à plaire à l’administration Trump. Pourtant, les conditions effroyables que sont forcés d’endurer les près de 2 millions de Palestiniens de Gaza sont finalement le résultat de 50 ans de régime militaire sur la minuscule enclave côtière et un siège et un blocus naval cruels et illégaux qu’Israël impose depuis 2007, punition collective qui s’apparente à un crime de guerre. (Bien qu’Israël ait retiré quelque 8.000 colons illégaux en 2005, il continue à occuper militairement Gaza selon le droit international puisqu’il maintient de fait son contrôle sur toute entrée ou sortie de Gaza, ainsi que sur son littoral et son espace aérien.)

Les Palestiniens de Gaza ne reçoivent actuellement d’Israël que 2 à 3 heures d’électricité par jour, en baisse par rapport aux quelque 8 heures par jour d’avant la crise en cours. Comme Amnesty International l’a annoncé dans un récent communiqué, les coupures de courant « pourraient avoir des conséquences humanitaires catastrophiques pour les résidents qui ont déjà enduré une décennie de souffrances sous le blocus brutal d’Israël ».

La pénurie d’électricité combinée aux réductions de financement des soins de santé à Gaza de la part de l’Autorité Palestinienne basée en Cisjordanie a provoqué une crise majeure des soins de santé à Gaza. Selon le ministère de la Santé de Gaza, il y a une pénurie de diesel pour les 87 générateurs nécessaires au maintien de l’approvisionnement des hôpitaux pendant les pannes de courant et un équipement estimé à 10 millions $ de fin dépistage radiologique risque de tomber en ruines à cause du manque d’électricité. D’après Médecins pour les Droits de l’Homme Israël (PHRI), il y a une grave pénurie de médicaments à Gaza, ce qui fait qu’un tiers des stocks de médicaments essentiels est complètement épuisé ainsi que plus de 270 articles d’équipement médical pour les salles d’opération et les unités de soins intensifs. Plus de 300 malades de fibrose kystique sont en grand danger à cause du manque de médicaments et 90 % des malades du cancer ne reçoivent pas la totalité de leur traitement.

Même avant la dernière crise, l’économie de Gaza était en piteux état à cause des dix ans de siège et de blocus illégaux et des bombardements répétés par Israël. Le taux de chômage total est de 42 %, tandis que le taux de chômage des jeunes est à plus de 60 %, le taux le plus élevé au monde.

80 % des Gazaouis sont obligés de compter sur l’aide humanitaire pour survivre, tandis que 47 % souffrent d’insécurité alimentaire. Le nombre de réfugiés palestiniens à Gaza qui dépendent de la distribution de nourriture par l’ONU a grimpé d’environ 80.000 en 2000 à presque un million aujourd’hui.

La majeure partie de l’alimentation en eau est contaminée et non potable largement à cause des effets du siège et du blocus et des bombardements répétés des infrastructures de Gaza par Israël.

En 2015, la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement a émis un lugubre avertissement disant que Gaza deviendrait inhabitable vers 2020 à cause du siège et du blocus et de la destruction des infrastructures civiles.

Pour plus amples renseignements, voyez nos fiches d’information précédentes, Mettre les Palestiniens ‘Au Régime’ : Siège et Blocus Israélien de Gaza et Israël et Droit International : le Siège et le Blocus de Gaza.

L’Institut pour la Compréhension du Moyen Orient (IMEU) est une organisation à but non lucratif qui offre aux journalistes des faits, des analyses, des expertises et des ressources numériques sur la Palestine et les Palestiniens.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : IMEU




En photos : Gaza abandonné à ses souffrances dans l’obscurité

 

Par Mousa Tawfiq et Mohammed Asad, le 12 juin 2017

 La rue de la Plage dans Gaza ville, artère animée qui relie les zones sud et nord de la Bande, est souvent dans l’obscurité totale. Pendant les coupures de courant, les lumières s’éteignent le long des rues les plus animées de Gaza, plongeant les routes dans l’obscurité et provoquant des accidents.

Les Palestiniens de la Bande de Gaza occupée subissent une crise chronique de l’alimentation électrique depuis qu’Israël a imposé il y a dix ans un blocus économique sur le territoire.

L’infrastructure électrique du territoire a été ciblée et endommagée au cours des offensives militaires successives, et les restrictions israéliennes sur l’importation ont entravé les réparations.

Les mesures de répression de l’Egypte sur les tunnels, par lesquels du fuel moins cher pénétrait en fraude à Gaza, ont aggravé la situation en 2013.

Les coupures de courant continues durent maintenant 20 heures par jour après que la seule centrale électrique de Gaza se soit arrêtée quand elle a épuisé ses réserves de fuel à la mi-avril. La réalimentation a été repoussée à cause d’un litige qui dure entre l’Autorité Palestinienne en Cisjordanie et le Hamas à Gaza sur les taxes élevées sur le diesel et le recouvrement des factures d’électricité des consommateurs.

Actuellement, il n’y a que quatre heures d’électricité par jour à Gaza, durée qui s’apprête à décroître puisque Israël se prépare à diminuer de 40 % sa fourniture d’électricité à ce territoire.

Les hôpitaux sont maintenant dépendants de générateurs et de sources d’électricité solaire qui permettent de faire fonctionner pendant quelques heures les équipements vitaux quand il n’y a pas d’électricité.

Les coupures de courant interrompent le travail des pompes à eau et des puits, l’alimentation en eau des ménages ne fonctionnant actuellement que quatre à huit heures tous les quatre ou cinq jours.

Les usines de traitement des eaux usées ont été obligées de réduire les cycles de traitement, provoquant le déversement quotidien dans l’eau de la Méditerranée de 120 millions de litres d’eau polluée non traitée.

La crise a amené le Comité International de la Croix Rouge à avertir que Gaza est au bord d’un « effondrement systémique ».

Reportage de Mousa Tawfiq, journaliste basé à Gaza, et photos de Mohammed Asad, photojournaliste basé à Gaza.

Mahmoud Banat, 47 ans, dirigeait un des plus grands magasins d’appareils dans le camp de réfugiés de la Plage à Gaza ville. « Je suis entré dans cette profession après mon père. J’ai fait de mon mieux pour m’équiper avec les nouvelles technologies et les améliorations quotidiennes dans ce domaine. »

Banat a dit que les coupures chroniques de courant à Gaza ont provoqué des dégâts sur son matériel, et certains résidents ont acheté des appareils pour protéger leur matériel de possibles dommages causés par les coupures.

« Comme vous pouvez le voir, ma boutique est pleine de télévisions cassées et hors d’usage et de matériel électrique. Les gens souffrent et perdent beaucoup d’argent pour réparer leur matériel. Les gens préfèrent des télévisions à faible consommation qu’on peut alimenter avec des générateurs et des batteries. Certains types de télévisions consomment beaucoup d’énergie et ne sont pas souvent utilisés ces temps-ci. »

L’affaire de Banat n’a pas profité de la situation.

« Quand la crise électrique a démarré en 2006, j’ai commencé à faire face à des difficultés dans mon magasin puisque je ne pouvais pas travailler pendant les coupures de courant », a-t-il dit. Il a vendu son magasin et a déménagé dans un plus petit, où il ne fait actuellement que des réparations, mais ne vend plus d’appareils.

En plus de faire du tort à l’affaire de Mahmoud, la situation électrique a mis sa femme Najwa Banat, 42 ans, sous pression.

« Nous souffrons d’une crise de l’eau car il n’y a pas d’électricité pour faire fonctionner les pompes à eau dans les maisons », a-t-elle dit en préparant une tasse de thé.

« Je ne peux pas entretenir ma maison. Je dois me lever après minuit pour laver les vêtements et nettoyer la maison. Je m’assure que les bougies ne sont pas à la portée des enfants. Je suis tout le temps stressée et je ne me sens pas bien. Nous vivons une situation très difficile, de privations et de défis quotidiens. »

En 2010, Ahmad Rajab, 26 ans, a ouvert son salon de coiffure pour hommes à Gaza ville.

« Il y a huit ans, lorsque j’ai terminé ma scolarité, ma famille n’avait pas assez d’argent pour payer les frais pour l’université. Certains de mes proches m’ont conseillé d’apprendre un métier simple dont les gens ont toujours besoin. J’ai décidé d’apprendre le métier de barbier et j’ai obtenu un diplôme d’un centre d’apprentissage certifié. »

Dès les premier jour, Rajab a dû se battre avec la crise de l’électricité.

« Au début, j’ai acheté un petit générateur pour l’utiliser pendant les coupures de courant. Quand nous utilisions le fuel égyptien, j’avais besoin simplement de 6 $ par jour pour le fuel. Maintenant, avec le fuel israélien qui est trois fois plus cher, j’ai besoin de 18 $. Je ne crois pas avoir gagné plus de 20 $ par jour. »

« J’ai acheté ces réservoirs à piles pour 100 $. Ils ne sont pas donnés, mais c’était mon seul choix pour continuer à travailler. »

« J’espère que demain sera meilleur et que cette crise sera résolue. Nous avons commencé à croire que c’est notre destin de ne pas avoir de vie meilleure. C’est comme un cauchemar sans fin. »

Hussam al-Sousi, 24 ans, a emmené sa mère et ses deux sœurs à la corniche de Gaza ville pour échapper à l’obscurité et à l’ennui. Ils ont découvert que la corniche était plus sombre que leur maison.

« Nous sommes venus ici pour un peu de répit, mais c’est la même chose. Nous avons beaucoup de chance d’avoir les phares de la voiture », a-t-il dit.

Hussam, diplômé d’une école de droit, travaille dans l’usine de confection de son père.

« Même notre activité est touchée. Nous avions l’habitude de travailler le matin. Maintenant, nous organisons notre travail selon l’électricité. Parfois, nous devons travailler après minuit en utilisant les générateurs avec du fuel très cher. »

Pour la mère de Hussam, Sanaa al-Sousi, 45 ans, les coupures de courant provoquent d’autres malheurs : « Les examens semestriels de mes filles avaient lieu la semaine dernière. Elles devaient se lever très tôt pour étudier [quand l’électricité fonctionnait]. Etudier à la lueur des bougies donnait des maux de tête à ma plus jeune fille Leila. Je ne sais pas ce que nous allons faire si cette crise dure jusqu’à la fin des examens. »

Pour Leila, 8 ans, il y a encore d’autres conséquences : « Il n’y a plus de glaces dans les boutiques. Je ne sais pas ce que je vais manger cet été. »

« Je vends du maïs grillé et du maïs bouilli sur la plage. Je travaille là pendant l’été parce que la plage est couverte de monde, tandis qu’en hiver, je vends des légumes dans une petite baraque sur le marché, a dit Mahmoud Ghanim, 26 ans. « J’ai deux fils et ma femme est enceinte d’une fille. Je n’ai pas d’autre choix que de travailler dur. »

Ghanim, qui vit dans le camp de réfugiés de la Plage, a dit qu’il avait dû quitter l’école à 15 ans pour travailler avec son père comme pêcheur. Le métier familial a été gravement affecté par le blocus naval israélien et la violence continuelle des forces israéliennes contre les pêcheurs de Gaza.

« Ce ne fut pas un choix facile, mais je ne pouvais pas risquer ma vie pour un travail qui pouvait à peine nourrir mes enfants », a-t-il dit.

Ghanim a trouvé sa propre solution pour pouvoir travailler pendant les nuits noires – solution qui lui coûte l’équivalent d’une semaine de gains.

« Avant la crise actuelle, je n’affrontais aucun problème la nuit parce que la rue de la Plage était toujours éclairée, mais maintenant, nous sommes dans l’obscurité. J’ai payé 40 $ pour acheter une batterie, un chargeur et des lampes économiques que j’utilise quand il n’y a pas d’électricité. »

Suha Ashour, 68 ans, va à l’hôpital al-Shifa de Gaza ville pour un traitement par dialyse depuis dix ans.

« En 2007, j’ai eu une crise cardiaque. Le traitement médical et les conséquences de l’attaque ont touché mes reins. J’ai dû aller à l’hôpital trois fois par semaine pour des séances de dialyse. »

Ashour, mère de six enfants, a dit que les séances de quatre heures étaient épuisantes, surtout en été.

« Après les séances lorsque je reviens chez moi, je suffoque et je ne peux pas me tenir dans la chaleur. Mes fils m’ont apporté un climatiseur, mais la plupart du temps, il n’y a pas d’électricité et il m’est très difficile à cet âge de résister à de telles conditions. »

Ashour a dit que l’équipe de l’hôpital l’avait avertie ainsi que d’autres patients que leur traitement par dialyse pouvait être interrompu par les coupures de courant.

En 2012, l’unité néonatale de l’hôpital pour enfants al-Nasr a installé un système à d’énergie solaire pour assurer le fonctionnement de leur équipement. Cette unité reçoit 100 à 200 patients par mois et toute coupure de courant peut mettre la vie des nouveaux-nés en danger, selon sa coordinatrice le Dr. Shireen Abed.

« Nous avons affaire à des cas très délicats de bébés âgés de zéro à 28 jours. Notre unité reçoit trois à cinq patients par jour et tout l’équipement marche à l’électricité : incubateurs, appareils de contrôle et ventilateurs », a-t-elle dit.

Quand le système à énergie solaire nécessite une maintenance périodique, la situation devient catastrophique. Nous transférons les nouveaux-nés dans d’autres unités pour les brancher aux appareils nécessaires. Les coupures de courant sont un réel danger pour la vie de nos enfants dans l’unité, mais le système à énergie solaire nous fournit le courant nécessaire. »

« Je ne peux imaginer la situation sans ce système à énergie solaire », a-t-elle ajouté.

Les Palestiniens de Gaza ont utilisé des générateurs de secours pour pourvoir en électricité leurs maisons et leurs magasins. Mais le prix élevé du fuel israélien, 2 $ le litre, est hors de portée pour beaucoup de gens dans ce territoire où les taux de chômage sont les plus élevés au monde.

« Les gens n’utilisaient pas des batteries ou des cellules solaires chez eux avant 2014. Ils se servaient de générateurs », a dit Ziad al-Rayashi, 32 ans, propriétaire d’un magasin de batteries et de cellules solaires à Gaza ville. « Utiliser le générateur pendant huit heures tous les jours coûte plus de 480 $ par mois à une famille moyenne. Personne ne peut se le permettre. »

Al-Rayashi vend des alternatives qui ne nécessitent pas de fuel.

« Des ingénieurs ont inventé de nouvelles méthodes. Nous utilisons les batteries des voitures pour produire de l’électricité en chargeant la batterie et en l’utilisant pour s’éclairer et regarder la télévision. »

Un système de recharge de batterie de voiture coûtait 1.200 $ il y a un an, selon al-Rayashi. Ce prix était largement hors de portée du résident moyen de Gaza – surtout après les dernières restrictions sur les salaires des fonctionnaires par l’Autorité Palestinienne de Cisjordanie occupée – aussi les détaillants ont-ils cassé les prix pour accroître la demande. Il vend maintenant le système pour 650 $.

Malgré la baisse des prix, les gens préfèrent de plus petits systèmes de recharge de batterie dont ils ne se servent que pour l’éclairage et la Wi-Fi. « Ce système plus simple coûte 40 $ et il peut à peine éclairer une pièce, mais les gens ne peuvent pas s’offrir le lus grand », a dit al-Rayashi.

« Nous faisons de notre mieux pour procurer à notre population les appareils les moins chers, malgré toutes les difficultés auxquelles nous faisons face. Nous payons quantités de taxes aux Israéliens pour obtenir nos marchandises depuis leurs ports et leurs passages. »

Bien que Gaza bénéficie de sa bonne part de soleil, l’utilisation de l’énergie solaire est très limitée.

« C’est plus propre et meilleur, mais très cher. Le système à énergie solaire le plus simple coûte 1.700 $ juste pour l’éclairage et la télévision. La classe supérieure est la seule à pouvoir s’offrir ce système », a dit al-Rayashi.

L’étudiant Khalid Mahdi, 19 ans, et son ami Hussam al-Khatib, 20 ans, jouent au billard dans une petite boutique de Gaza ville.

« Nous avons fui le triste éclairage LED de chez nous pour trouver le même éclairage dans la salle de billard », a dit Mahdi.

« Jouer au billard est un passe-temps favori et nous faisons de notre mieux pour y jouer régulièrement, mais nous voyons à peine les boules avec ces lumières », a-t-il ajouté. « Tous les Gazaouis ont ces lumières chez eux et se plaignent de leur mauvaise qualité. Mais nous n’avons pas d’autre choix. »

« Nous sommes des étudiants. Nous ne pouvons pas étudier avec ce mauvais éclairage et nous ne pouvons pas pratiquer le billard pour la même raison », a dit al-Khatib.

La plupart des bâtiments et des ateliers ont de gros générateurs généralement entreposés dans la rue, provoquant une nuisance sonore. Néanmoins, même les tours ont cessé de les utiliser à cause des longues heures de coupures de courant et du prix du fuel nécessaire pour alimenter les générateurs.

L’officier de police Ahmad Musallim, 42 ans, vit au huitième étage de la tour de la Mer à Gaza ville.

« Le générateur fonctionne 10 minutes toutes les deux heures pour l’ascenseur et de 18 heures à 21 heures tous les jours. Si quelqu’un a besoin de l’ascenseur [en dehors de la période fixée], il doit payer 5 shekels [approximativement 1,50 $] pour allumer le générateur. »

« Mes enfants vont à l’école. Après 6 heures de cours, ils doivent monter huit étages. Je voudrais tellement faire quelque chose pour les aider. »

« Les coupures de courant font maintenant partie de notre vie. Nous nous sommes déjà adaptés à une vie avec de longues heures d’obscurité », a dit Fatima Qudaih, 42 ans, de Khan Younis au sud de Gaza.

« Les longues coupures de courant nous empêchent d’utiliser les pompes à eau. C’est le cauchemar de toutes les maîtresses de maison ici à Gaza. Nous ne pouvons pas laver les vêtements ni la vaisselle. »

« Mon fils prend quelques bidons et va les remplir à un poste voisin d’approvisionnement en eau. C’est plus cher et beaucoup plus compliqué à l’usage », a-t-elle ajouté.

Wafaa al-Najjar, 63 ans, et sa sœur Samiha, 60 ans, utilisent un four en argile pour faire cuire et cuisiner chez elles à Khan Younis.

« Nous avions l’habitude d’utiliser l’électricité pour faire la cuisine, mais maintenant nous utilisons ce four, surtout depuis que le gaz pour la cuisine est si cher », a dit Wafaa.

Les sœurs utilisent trois branches de leur ferme pour le feu. « Nous vivons dans une zone rurale. Les femmes de ces régions sont fortes et comptent sur elles mêmes. Nous savons que notre vie est difficile, mais nous faisons de notre mieux pour continuer à avancer. Nous n’avons tout simplement pas d’autre choix », a dit Wafaa.

D’après Samiha, le pain cuit sur l’électricité est meilleur, mais celui fait dans le four d’argile leur rappelle leur mère.

Ahmad al-Jahjouh, 52 ans, charpentier à Gaza ville, a dit que son travail est « paralysé » par seulement quatre heures d’électricité par jour.

« Parfois, les quatre heures d’électricité arrivent pendant la nuit. Au début, j’allais à ma boutique avec mes ouvriers et nous travaillions après minuit. Mais les voisins se sont plaints à cause du bruit, ce que je comprends parfaitement. »

« J’avais 20 ouvriers dans le magasin. Maintenant, il n’y a plus que moi et mes deux fils. Nous ne produisons rien. Et même quand nous utilisons le générateur, notre profit est négligeable. »

« Je n’ai rien à dire. Je ne dors pas et je suis très fatigué. Nous souffrons de puis des années et notre patience est épuisée. »

Traduction : J. Ch. Pour l’Agence Média Palestine

Source : Electronic Intifada




Deux heures d’électricité par jour pour Gaza : Inimaginable !

Par Ziad Medoukh, le 20 juin 2017

Depuis plus d’une semaine, la bande de Gaza vit une véritable crise d’électricité, avec de longues coupures de courant,  jusqu’à 22 heures par jour, ce qui signifie que chaque maison et chaque quartier a le droit à deux heures d’électricité par jour. Impensable !

Les forces de l’occupation israélienne ont décidé récemment  de réduire la fourniture d’électricité à cette région sous blocus.

Cette décision aggrave la crise humanitaire dans une région en souffrance permanente, et met en danger les infrastructures sanitaires et en particulier les hôpitaux .

Cette pénurie d’électricité a des conséquences grave sur tous les secteurs vitaux dans cette région qui a subi trois offensives militaires en cinq ans.

Vous imaginez? Plus de deux millions habitants privés d’électricité pendant des jours et des jours! Surtout durant ce mois de Ramadan  et ce début de cette saison d’été. Terrible !

La seule centrale électrique de Gaza  qui a été bombardée lors de la dernière agression israélienne en 2014 fonctionne avec seulement 10% de sa capacité.

Outre ces coupures, en plein été, à Gaza, c’est la pénurie d’eau. Tous les puits municipaux qui approvisionnent les habitants fonctionnent à partir du courant électrique.

Vous imaginez? Des foyers privés d’eau pendant des jours et des jours! Incroyable !

Cette situation est liée au manque de fioul et de carburant  qui entrent normalement  dans la bande Gaza par Israël. La quantité qui entre par jour ne suffit pas à faire face à cette vague de chaleur.

Cette pénurie a des conséquences dramatiques sur la vie quotidienne des habitants de cette région sous blocus, et  paralyse tous les secteurs économiques.

Imaginez-vous une terre sans électricité, sans eau et sans carburant ? Nous sommes en 2017 quand même ! Inimaginable !

Israël refuse l’entrée de matériel et de pièces de rechanges pour cette centrale endommagée par les multiples bombardements, notamment lors de sa dernière offensive  contre Gaza en 2014.

Beaucoup d’usines ont fermé leurs portes, des milliers de travailleurs se retrouvent au chômage, ce que aggrave la situation déjà délicate des habitants de cette prison à ciel ouvert.

Les hôpitaux et les centres médicaux sont les plus touchés, beaucoup d’opérations chirurgicales sont annulées,  beaucoup d’appareils médicaux sont en panne, la vie de centaines de patients est menacée.

L’état d’urgence a été décrété dans la bande de Gaza et même les quelques générateurs qui continuent de fonctionner vont être arrêtés, faute de fioul.

Les Palestiniens de Gaza même avec leur patience extraordinaire et leur adaptation avec ce contexte particulier, continuent leur souffrance à cause de cette crise.

Devant cette crise, les Palestiniens de Gaza s’interrogent :

Où sont les organisations de droits de l’homme ?

Où est le monde dit libre ?

Jusqu’à quand cette souffrance ?

Jusqu’à quand ce blocus israélien inhumain contre la population civile de la bande de Gaza ?

Et jusqu’à quand cette injustice ?

Honte à ce blocus israélien inhumain !

Honte à cette occupation illégale !

Honte à cette communauté internationale officielle complice !

Vive la solidarité.

Gaza la vie résiste, existe et persiste !

La justice triomphera !




Gaza confrontée à 2 à 3 heures d’électricité par jour après le début des coupures par Israël

 

19 Juin 2017

(Centrale électrique à Gaza. Photo: Hatem Omar/MaanImages)

BETHLEHEM (Ma’an) – Lundi, Israël a commencé à réduire la fourniture d’électricité de la bande de Gaza, bien que des organisations humanitaires l’aient exhorté à ne pas mettre en œuvre cette décision, qui est venue de l’Autorité Palestinienne (AP).

 La compagnie d’électricité de Gaza, la Corporation de Distribution d’Électricité de Gaza, a déclaré, lundi, que les réseaux israéliens fournissant la bande de Gaza, avaient réduit leur production de 120 à 112 mégawatts.

 La déclaration expliquait que la réduction affectait deux réseaux, l’un connu sous le nom de ligne de Bagdad, qui fournit le district de la ville de Gaza et le réseau 11, qui alimente Khan Younis dans le sud de Gaza  – qui produisaient auparavant 24 mégawatts à eux deux et n’en produisaient actuellement que 16.

 Le porte-parole de la compagnie d’électricité, Mouhammad Thabet, a précisé que la réduction signifiait que l’énergie électrique ne serait fournie que pour deux à trois heures par jour.

 Israël a annoncé la semaine dernière sa décision de couper la fourniture, après que le Président palestinien Mahmoud Abbas a déclaré que l’AP basée en Cisjordanie, ne paierait plus la totalité de la facture mensuelle d’électricité, Israël et l’AP ayant tous deux accusé le Hamas de collecter chaque mois des millions de shekels de taxes auprès des Gazaouis, sans transférer les fonds à l’AP.

 Le porte-parole du Hamas, Sami Abou Zouhri a déclaré plus tard dans la journée de lundi, que « l’occupation israélienne est prioritairement responsable des conséquences de la réduction de la fourniture d’électricité, parce qu’Israël collecte des taxes auprès des Palestiniens aux passages entre Gaza et Israël et que ces taxes sont plus que suffisantes pour couvrir les besoins énergétiques de Gaza.

 Un autre porte-parole du Hamas, Faouzi Barhoum, a également été cité dans une déclaration officielle du Hamas, disant qu’Israël et Abbas étaient tout aussi responsables « des répercussions désastreuses de ces réductions d’électricité et du blocage des fournitures de carburant destinées à la centrale électrique de la bande de Gaza ».

 La seule usine électrique de Gaza a fermé en avril, les représentants de l’électricité de Gaza ayant dit qu’ils n’avaient pas les moyens de payer une taxe sur le diesel imposée par l’AP, qui doublait le coût de production de l’usine.

 En conséquence, les Gazaouis sont passés de huit heures d’électricité par jour à trois ou quatre heures.

 Barhoum a ajouté que les mesures prises par les Israéliens et l’AP « accéléraient la détérioration de la situation dans la bande de Gaza, parce qu’elles affectent tous les aspects de la vie quotidienne ».

 Il a exhorté les factions palestiniennes à résister aux actions d’Israël et de l’AP et à se tenir prêts pour de futurs projets destinés à « liquider la cause palestinienne ».

 Gaza, dont la semaine dernière a marqué la dixième année du blocus israélien, lutte depuis des années contre des déficits d’alimentation électrique dus à la fourniture limitée de carburant et à l’état de dégradation des infrastructures.

 Mercredi, un groupe de 16 organisations de la société civile a pressé les autorités israéliennes de reconsidérer la limitation de la production d’électricité à Gaza, en attaquant cette décision comme « sans lien avec des besoins réels de sécurité » et « politique par nature », donc en violation du droit international.

 « Israël ne peut prétendre être simplement un fournisseur de service qui répondrait de façon neutre à la demande d ‘un client. Etant donnée l’ampleur de son contrôle sur la vie dans la bande de Gaza, Israël a la responsabilité de rendre possible une vie normale pour les habitants, en tant que puissance occupante de la bande de Gaza » a dit le groupe.

 Il est attendu de la réduction d’énergie, des effets immédiats et désastreux sur le secteur médical en particulier, qui est aussi impacté par les coupes budgétaires que pratique l’AP de son côté, mettant en danger des centaines de patients.

 Alors que Robert Piper, le coordinateur de l’action humanitaire de l’ONU dans le territoire palestinien, a caractérisé mercredi, la crise à Gaza d’encore plus aggravée par un« conflit interne palestinien », des groupes de défense des droits ont fait porter le poids de la responsabilité sur le siège israélien.

 L’ONG israélienne B’Tselem a critiqué le blocus qui « pousse Gaza vers un désastre humanitaire », ajoutant qu’Israël « assigne la vie des habitants (de Gaza) à une abjecte pauvreté, dans des conditions pratiquement inhumaines et sans équivalent dans le monde moderne ».

 «Il ne s’agit pas d’une sorte de désastre naturel » a ajouté B’Tselem. « Si cela avait été le cas, Israël aurait probablement dépêché une mission d’aide humanitaire. Au lieu de quoi, la réalité de Gaza est le résultat du bricolage qu’Israël exécute depuis dix années de politique brutale ».

Traduction: SF pour l’Agence Media Palestine

Source : Ma’anNews 




La cuisine palestinienne, c’est plus que ce qu’on a dans l’assiette

 

Par Laila El-Haddad, le 15 Juin 2017

Joudie Kalla, auteure de Palestine On A Plate (Palestine dans une assiette)

De nombreux Palestiniens sont déjà familiers du livre de cuisine superbe dont on se délecte, de Joudie Kalla, La Palestine sur une assiette : souvenirs de la cuisine de ma mère, la suite éditée de l’application populaire et de ce qu’on trouve sur Instagram sous le même nom.

Mais peu d’entre eux sont susceptibles de connaître ce qu’il y a derrière.

Comme pour beaucoup de Palestiniens, Kalla a été élevée en diaspora, ce qui l’a amenée de Syrie au Qatar et en Allemagne avant qu’elle ne finisse par s’établir à Londres. La Palestine a toujours été chère à son cœur ou, comme elle préfèrerait le dire, à son estomac.

« Nous ne mangions pas pour nous nourrir, nous mangions pour le plaisir et chaque chose est liée à un souvenir, à un ressenti et à une pensée » a-t-elle expliqué. Pour Kalla, qui se voit en promotrice de la cuisine palestinienne, ce livre a été une histoire d’amour personnelle : de la Palestine, de sa famille, de l’alimentation avec laquelle elle a grandi et des souvenirs que la nourriture a crées.

Laïla El-Haddad, qui collabore à Electronic Intifada et qui est co-auteure de The Gaza Kitchen (La cuisine de Gaza), a réalisé une interview de Kalla en tête-à-tête, sur la cuisine, l’identité et ce qu’elle veut cuisiner pour le monde. (indice : c’est vert et gluant !)

Le gâteau de frik aux figues de Joudie Kalla’s

Laila El-Haddad: Comment tout cela a-t-il commencé ?

Joudie Kalla: J’ai perdu mon emploi dans une agence immobilière. Je ne savais pas quoi faire. Un ami m’a suggéré d’écrire des posts sur ce que je cuisinais. Quelques semaines après, il a ouvert un compte Instagram et j’ai eu 7 000 followers. Je ne savais même pas ce que c’était ! Il y a eu une espèce d’escalade à partir de là. J’ai été agréablement surprise que des gens aient l’air réellement intéressés.

LH: il faut que je vous questionne sur le gâteau de frik (du blé dur grillé) qui m’intrigue complètement.

JK: au départ, je voulais créer un gâteau doté de petits ingrédients dont je pense qu’ils sont très palestiniens, comme les figues, les pistaches et le frik, bien sûr, le citron et tous les autres agrumes, les épices… Je pense que ça a un goût savoureux de noisette, mais après avec les figues douces et les pistaches, tout se mélange parfaitement.

LH: j’ai été vraiment étonnée par la salade de fenouil, pomme et grenade et aussi par la salade de crevettes au pamplemousse. Je n’avais jamais entendu parler de tels mélanges en lien avec Gaza, auparavant.

JK: ma grand-mère nous faisait ces plats. Le rouman (nom arabe de la grenade), le fenouil et l’aneth font largement partie de cette culture et de cette région. Ses salades et ses plats ont été une source d’inspiration. Et elle était très inventive. Pour être honnête, je dois dire que tous les plats sont venus d’elle et de ma tata et ensuite transmis à ma mère et ainsi de suite.

LH: est-ce que vous pouvez me parler un peu de votre famille?

JK: la mère de ma mère est née à Jaffa et a déménagé à Lydd quand elle a épousé mon grand-père. La mère de mon père était de Safad et le père de mon père était policier à Nazareth. Ils y sont restés jusqu’à ce qu’ils soient forcés de partir (chassés pendant la Nakba de 1948 quand plus de 750 000 Palestiniens ont été dépossédés lors de la création de l’État d’Israël), ils sont allés, chacun de leur côté, en Syrie où ils se rencontrèrent et eurent 20 enfants. Mes parents ont vécu en Syrie jusqu’à ce qu’ils déménagent au Qatar.

LH: une sorte de quintessence de l’expérience palestinienne.

JK: Absolument.

LH: c’est intéressant de voir que la nourriture a toujours été présente dans votre vie. À propos de vos grands parents et de votre parentèle, j’ai l’impression de les connaître grâce à votre livre. Ma grand-mère croyait fermement que la place d’une femme était au travail et non à la cuisine, bien qu’elle fut une excellente cuisinière. Elle détestait l’idée que les gens pensent que tout ce à quoi elle était bonne était la cuisine et elle redoutait d’être questionnée à ce sujet.

JK: Oui, je pense, comme vous l’avez dit, que nous étions à l’opposé. Nous avions la chance que ma mère soit très généreuse avec sa cuisine. Ma sœur Maya ne mange pas de poulet. Lara ne mange pas d’agneau. Je mange de tout et Tania aime tout ce qui est au citron. Et le chili. Il y avait toujours quelque chose pour quelqu’un.

Après l’école, nous nous mettions à table ensemble et si nous n’étions pas tous là, nous ne mangions pas. Et ce n’était pas que nous étions stricts, c’était plutôt notre moment en famille. L’heure du diner, c’était toujours être ensemble et parler de tout et de rien. Tout peut arriver.

LH: vous notez, à un moment de votre livre, comment vous avez développé une curiosité pour votre histoire palestinienne et vous parlez de la cuisine palestinienne comme d’une identité.

JK: je ne connaissais pas vraiment grand chose de la Palestine ni de mon identité. Je savais que nous étions palestiniens et que mes parents en étaient très fiers et ils nous racontaient des histoires et des histoires de leurs parents. Moi, ce que je voulais, c’était les vivre par la nourriture. Je ressentais beaucoup de choses en mangeant. Nous ne mangions pas pour nous remplir mais pour le plaisir et chaque chose est liée à un souvenir, à un ressenti et à une pensée.

Honnêtement, le livre n’a pas été écrit pour être publié, mais pour moi. Je ressens vraiment que nous avons besoin de voix comme la vôtre et comme celle de Rawia Bishara (chef et propriétaire du restaurant Tanoreen à Brooklyn, New York) de la mienne et de celle de Dima Sharrif (auteure de Plated Heirlooms – Des Patrimoines familiaux sur une assiette). Les voix de gens qui font quelque chose de positif dans le monde de la nourriture et qui donnent une identité à l’alimentation.

LH: c’est très gentil. Vous avez dit que vous vouliez « promouvoir notre cuisine et vous la réapproprier, la reconquérir». Vous parlez comme une femme en mission. Considérez-vous que ce livre soit politique ?

JK: ce n’est certes pas un livre politique et pourtant il l’est, par défaut, du fait du titre. Et je voulais vraiment qu’il ait une identité. Comme La cuisine de Gaza. Je ne voulais pas que ce soit « du citron et des roses ». Le but du livre aurait été perdu. Il fallait en saisir l’identité. 

Fatet djaj — un plat mijoté de poulet, pain pita et yaourt

LH : vous mentionnez beaucoup l’identité à propos de la cuisine. Considéreriez-vous la cuisine comme une localisation, une clef permettant de connecter quelqu’un avec sa patrie en l’absence de cette patrie ou bien face au déplacement lorsqu’il n’y a pas d’espace physique que nous habitons à un moment donné.

JK: oui, je pense. Tout cela a commencé par défaut. Je n’ai pas écrit les recettes pour dire « toutes ces recettes sont juste palestiniennes ». C’est simplement ce que ma grand-mère cuisinait, qui lui appartenait et qu’elle nous a transmis.

LH: avez-vous l’impression que ce sentiment est plus urgent dans le cas de la cuisine palestinienne. Notre cuisine court-elle le risque de devenir plus un symbole que de simples recettes. Est-ce que ça peut être les deux ?

JK: oui, les deux. Ce devrait être un symbole. La nourriture rassemble les gens. C’est délicieux. Ce devrait aussi être symbolique pour nous d’une manière agréable mais sans fanatisme. Je pense que l’identité c’est important, absolument.

LH: comment avez-vous fait avec la question de l’appropriation culturelle de la cuisine palestinienne ?

JK: j’ai donné le manuscrit à mon agent et elle l’a envoyé à la plupart des éditeurs. Ils l’ont tous rejeté à cause du titre. Nombre d’entre eux sont revenus et ont dit : si elle change le titre nous pourrions envisager de le publier. J’ai dit à mon agent : je ne vis pas pour écrire un livre de cuisine. J’ai ma vie, j’ai un travail, je gagne de l’argent, je survivrai. Si vous changez le titre, vous détruisez le livre.

Ce fut la première dispute… essayer de détruire le mot le plus important qui fait du livre ce qu’il est.

LH: ce n’est même pas vaguement discutable !

JK: J’ai demandé à mon agent de demander pourquoi ils avaient rejeté le livre. Elle a dit que certains avaient répondu que les gens ne savent pas où se trouve la Palestine, que ce n’est pas reconnu comme pays et comment publier un livre sur un pays qui n’existe pas ? J’ai dit : écoutez, vous marchez sur des œufs. Ce que vous venez de dire c’est que tout un groupe de gens – des millions d’entre nous, n’existent pas parce que le pays n’est pas reconnu sur une carte.

Ces derniers temps, tout restaurant moyen-oriental était israélien. On sert dans les restaurants israéliens du mousakhan (oignions caramélisés et poulet au sumac servis sur une galette épaisse de pain), du msabaneh (une mixture semblable au houmous, souvent préparée en mélangeant des fèves et du houmous), de la maqlouba (un plat de riz épicé avec des légumes et de la viande, qui tient son nom du fait qu’au dernier moment de la préparation on renverse le tout sur un plateau).

LH: C’est une gifle.

JK: en vérité, un coup bas. Et cela m’a énervée. J’ai voulu montrer qu’il y a une histoire derrière toute cette nourriture. Et, oui c’est très sympa d’avoir du zaatar (mot arabe pour le thym sauvage) parsemé sur tout, mais il vient de quelque part. Je pense simplement que les gens devraient savoir qu’il y avait quelque chose et un peuple avant Israël et que cette alimentation n’a pas été créée par des chefs israéliens qui surgissent dans des restaurants dans tout Londres et dans le monde et que cette cuisine palestinienne était, en fait, vivante bien avant que cela ne se produise.

LH: il y a urgence à protéger nos identités et notre culture.

JK: j’ai le sentiment que des gens veulent m’enlever des choses à moi et à nous. Je ne suis pas ici pour convertir les gens. Je suis ici pour être moi et pour écrire ce que je sais, ce que j’ai vécu et ce que je retiens des choses et des histoires de ma mère. Je ne me la rappelle pas disant quoi que ce soit de négatif concernant mes grands-parents qui vivaient en Palestine, sauf quand ils ont été jetés dehors, ont quitté leur maison et n’avaient plus que leur clé comme tous les autres. Ils parlaient de leurs souvenirs mais ne voulaient pas vive ou revivre le traumatisme. Leur vie était de la poésie sur leur chez eux.

LH: pouvez-vous partager avec nous quelques souvenirs liés à la nourriture ?

JK: la plupart concernent ma mère. C’est une très belle femme, à l’intérieur comme au dehors. La maison n’était que quatre murs et on la sentait vide quand elle était en ville. Et tout d’un coup elle était là et rien n’avait changé dans la maison sauf qu’elle était là et soudain les odeurs montaient et la nourriture était là. Quand ma mère me manque ou que j’ai faim, je ne fais pas une omelette, je fais un fasouliya bil lahma (des haricots verts avec de l’agneau)… mon frigo en est plein. 

Hindbeh — feuilles de pissenlits avec des oignons caramélisés, des grenades et du sumac — un autre plat de Palestine On A Plate.

J’associe les bonnes choses qui m’arrivent dans la vie (avec ce temps-là) et je les reproduis parce que je ne me rappelle que des bonnes choses lorsque nous vivions ces moments. Il ne s’agit pas que de nourriture mais aussi des gens.

Quand je me sens déprimée, je fais cuire de la mouloukhia (une soupe de feuilles de jute bouillies) ! Cela me fait me sentir en sécurité, je ne sais même pas ce que cela veut dire mais je ressens comme si toute ma famille était dans mon estomac et que nous étions tous assis ensemble et tout le monde est là, et je pourrais manger seule avec mon chien, devant la télé, en sentant tout le monde autour de moi.

LH: alors vous voudriez préparer une mouloukhia… pour le monde entier ?

JK: Oui c’est à peu près ça ! Cuisiner me sort de tout !

LH: c’est cathartique?

JK: Totalement ! Quand j’ai commencé à cuisiner, entre vingt et trente ans, j’étais en profonde dépression. Il m’a fallu beaucoup de temps pour en sortir, mais je me suis rendu compte que le seul moment où je ne me sentais pas paniquée et dans un trou noir c’était quand j’étais à la cuisine en train de préparer quelque chose. Je me retrouvais tout le temps dans la cuisine. Cela me rend heureuse et j’avais le sentiment qu’en cuisinant je pouvais changer le monde et c’est ce que je recommande à tout un chacun.

Ma maman a beaucoup de sœurs : Dounia, Shahla et Lamya. Elles voyageaient toutes les trois et ma maman était la quatrième. Tantine Shahla avait une recette de sfiha (tourte de viande hachée) dans le livre.

Tout ce dont je me rappelle d’elle, c’est son rire. Elles papotaient sur des choses insignifiantes. Quelqu’un qui avait un collant déchiré et ainsi de suite. Le temps passait, et 300 sfihas plus loin, on ouvre le frigo et on voit cette préparation et on les voit rire, glousser et se tortiller. Ce n’est pas le repas que je vois. Ça a l’air fou, mais je pense que c’est un lien avec les gens et la vie, les souvenirs et le rire.

LH: c’est aussi en lien avec un lieu qui leur est maintenant interdit. Et 50 ou 60 ans plus tard, ils continuent à faire les plats de la même façon qu’ils les préparaient dans leurs villages et dans leurs villes.

JK: c’est très important et cela devrait inciter à tenir. C’est quelque chose que nous devons maintenir. Si j’ai un enfant, j’aimerais qu’il connaisse cette histoire.

LH: je n’ai pu m’empêcher de remarquer que le livre évite toute position ouvertement politique, à l’exception d’un hommage rendu aux familles nées en Palestine avant que les frontières n’en soient « changées » et « déplacées ». Est-ce comme cela que vous souhaitez relater l’expérience ?

JK: mon éditeur m’a dit que nous avions à traiter de beaucoup de choses et que parler d’Israël, de la Palestine, des territoires et des frontières était hors sujet. Je ne voulais pas entrer dans la tristesse de la Palestine. Je suis fière que « Palestine » soit resté dans le titre. Il a fallu négocier.

Et le livre est vraiment une histoire d’amour. Pour ma maman. Pour mes grands-mères. Pour mes tantes, ma sœur, mes frères et pour une Palestine que je ne connais pas. Je connais la Palestine par ma famille et je m’estime satisfaite de la connaître ainsi parce que c’est une image magnifique d’elle que j’ai en tête. C’est l’objectif du livre. Que les gens l’aiment, en aient du plaisir et voient ce qu’ils veulent y voir. Et j’espère que ce sera le cas.

Toutes les photos sont de Ria Osbourne.

Laila El-Haddad est une journaliste palestinienne indépendante, documentariste et co-auteure de La Cuisine de Gaza : un voyage culinaire palestinien (Just World Books éditeur). Elle écrit souvent sur le croisement nourriture/politique. Twitter: @Gazamom. Website: www.LailaHaddad.com

Traduction SF pour l’Agence Media Palestine

Electronic Intifada

 




Si l’on en croit nos principaux médias, il ne se passe rien en Palestine occupée.

Du 5 au 10 juin, Israël a assassiné 5 civils palestinien-nes en Cisjordanie occupée et à Gaza. Les morts se succédant sans que les principaux médias français les relèvent, vous trouverez ci-dessous le recensement de ces meurtres commis par l’armée israélienne, uniquement pour cette période.

 

 

Ils – Elles s’appellaient :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Muhammad Taha : Dans la nuit du 5 Juin 2017, ce jeune palestinien de 27 ans est mort après avoir été touché au visage et à la poitrine par les balles d’un agent de sécurité privé israélien, lors d’un rassemblement pacifique, devant le commissariat de Kafr Qassem, pour la protection des habitants de cette ville.

 

Fadi Ibrahim Najjar : Egalement dans la nuit du 5 Juin, dans la ville de Khuza’a à Gaza, ce jeune palestinien de 25 ans, sergent-chef palestinien de la police de la circulation, s’est fait tirer dessus par un soldat israélien. Touché à l’abdomen, il succombe à ses blessures. L’assassinat a eu lieu après que les soldats ont ouvert le feu sur des Palestiniens protestant sur leurs terres, près de la frontière, dans la ville Khuza’a, à l’est de Khan Younis, dans la partie du sud de la région côtière.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mohammed Majed Bakr : Ce pêcheur palestinien de 25 ans, a été tué près de la rive de Gaza après qu’un bateau de la marine israélienne a ouvert le feu sur son bateau de pêche.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Raed Ahmad Radayda : Habitant d’ al-‘Obeydiyya, ce jeune garcon de 15 ans a été assassiné par un soldat de l’armée israélienne qui a prétendu, mensongèrement, qu’il courait vers les soldats avec un couteau. L’armée israélienne n’a pas rapporté de blessures parmi les soldats.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aaid Jomaa : Originaire de la ville de Jabalya au nord de la bande de Gaza, âgé de 34 ans, tué le vendredi 9 Juin par l’armée israélienne. Il manifestait avec 300 autres personnes, les soldats israéliens qui se trouvaient dans cette zone ont ouvert le feu, tuant l’homme et en blessant six autres.

 

Source : IMEMC ; IMEMC ; IMEMC ; Freehaifa

 

Fiche d’information réalisée par l’Agence Média Palestine

 




Comment mettre fin à l’occupation israélienne de 1967

 

Par Alaa Tartir, juin 2017

À l’heure des anniversaires de la Déclaration Balfour, de la Nakba palestinienne, de l’occupation israélienne, des accords d’Oslo et de la division intra-palestinienne, la réalité sur le terrain empire, les ramifications entre ces événements tragiques s’enracinent davantage, tandis que la justice et la paix s’éloignent de plus en plus. Dans le cadre de ces trajectoires politiques et de l’ordre mondial, régional et local, un débat sur comment mettre fin à l’occupation israélienne commencée en 1967 peut paraître bizarre à certains.

Pourtant, de tels scrupules doivent être catégoriquement rejetés, parce que la fin de l’occupation post-1967 est la façon la plus appropriée de « célébrer » son cinquantième anniversaire. Mettre fin à l’occupation n’est ni un fantasme idéologique ni une aspiration nationaliste. C’est un devoir de la part de la communauté internationale et un engagement dont les nations du monde sont obligées de s’acquitter dans le cadre du droit international.

Pour répondre à la question de comment faire cesser l’occupation, il est crucial tout d’abord de répondre à la question de pourquoi cette occupation illégale s’est perpétuée pendant des décennies. Il y a sept raisons principales. Ce n’est qu’en inversant ces conditions que la justice et les droits se rapprocheront.

Premièrement et fondamentalement, l’occupation a duré jusqu’à aujourd’hui parce que ses causes profondes n’ont pas été (et ne sont toujours pas) abordées, à savoir le nettoyage ethnique de 1948 de la Palestine historique et la dépossession et l’expulsion des Palestiniens. Sauf si ces causes sont abordées, l’occupation continuera.

Deuxièmement, par définition, la paix et la colonisation sont des voies incompatibles, même si elles peuvent se dérouler en parallèle. Imposer la paix sous occupation coloniale – au lieu d’engager la décolonisation, ne fait que distordre le sens premier et la valeur de la paix. C’est faire de la paix un simple arrangement sécuritaire au nom de l’occupant.

Troisièmement, lorsque l’occupant est protégé par un « processus de paix » unilatéral et aussi épargné de l’examen des causes premières, la rapacité et la brutalité de l’occupation et du système d’apartheid augmenteront tout simplement, en particulier si elles sont nourries par des gouvernements israéliens de plus en plus racistes et violents.

Pourtant Israël n’est pas seul à blâmer dans la poursuite de l’occupation. Depuis son établissement en 1994, l’Autorité Palestinienne (AP) ou du moins sa direction, a accepté le rôle de sous-traitant de l’occupation. Sous-traiter la répression a diminué le coût de l’occupation pour Israël et l’a fait durer.

Cinquièmement, l’occupation s’est enracinée encore davantage du fait du profond schisme horizontal et vertical au sein du mouvement national palestinien. L’absence de cohésion stratégique palestinienne a agi au détriment de l’efficacité et de la durabilité de la résistance palestinienne contre l’occupation israélienne.

Le sixième élément de l’équation est la complicité de la communauté internationale. Pour atténuer sa culpabilité, la communauté internationale a « investi » plus de 30 milliards de dollars d’aide dans les territoires occupés pour la paix et le développement. En l’absence de paix et de développement, l’aide a essentiellement fonctionné comme une bonification de l’occupation israélienne, rendant son coût encore plus supportable.

Et, pour finir, l’échec de ces outils financiers et économiques s’est accompagné d’un énorme échec politique dès lors que la diplomatie internationale est restée sous le contrôle des États Unis, et que les systèmes de gouvernance internationaux et les institutions internationales, à commencer par les Nations Unies, sont allés de carence en carence.

L’inversion de ces sept conditions ouvrirait la voie à la fin de l’occupation israélienne. Plus concrètement, pour répondre à la question de comment mettre fin à l’occupation israélienne, il y a un besoin urgent de réinventer les systèmes de gouvernance et les institutions dans le monde pour parvenir à plus d’efficacité et de responsabilité. Israël-Palestine offre le meilleur cas d’école pour évaluer l’efficacité, la pertinence et la réactivité des cadres et structures de la gouvernance mondiale. Cette réinvention doit apporter de nouveaux mécanismes de responsabilité pour la communauté des bailleurs de fonds dans les territoires occupés. Continuer, comme si de rien n’était, ne peut plus être le mantra.

Quant aux Israéliens, ils doivent reconnaître l’illégalité de l’occupation et faire éclater la bulle bien close dans laquelle ils vivent ; questionner la notion du peuple élu par Dieu et ses implications sur la suprématie ; et s’attaquer à leur phobie exagérée de la sécurité dans laquelle ils s’emprisonnent eux-mêmes. La prise en charge de ces tâches peut rapprocher la justice et l’égalité pour tous – et conséquemment une paix significative.

Concernant les Palestiniens, il faut qu’ils arrêtent leurs divisions verticales et horizontales ; qu’ils réinventent leur système politique, leurs institutions, leurs corps représentatifs et leur leadership ; et qu’ils construisent les bases d’une culture de débat qui leur permette d’élaborer une stratégie du futur. De plus, les Palestiniens doivent dépasser le système binaire Fatah-Hamas et reconfigurer les devoirs et les responsabilités de l’AP, en particulier en ce qui concerne les forces de sécurité. Ces actions doivent s’accompagner d’un changement, aujourd’hui plus urgent que jamais, dans le récit et le discours, mais qui ne peut advenir qu’avec un nouveau leadership intellectuel palestinien. Sans un engagement sérieux de ce type, les Palestiniens s’enfermeront eux-mêmes dans des cycles d’oppression et d’injustice résultant de la poursuite de l’occupation coloniale israélienne.

En bref, les Palestiniens, les Israéliens et la communauté internationale devraient arrêter de parler de paix et d’une solution à un ou deux États. Ces concepts ne sont pas pertinents. Mettre fin à l’occupation est la seule chose qui importe, c’est un prérequis à toute solution d’avenir.

Ceci n’est pas une carte postale écrite du futur, ni une lettre d’un astrologue d’une autre galaxie. C’est simplement un appel à l’abandon de fausses réjouissances – le « processus de paix », le maintien d’un État ou d’une quasi-souveraineté sous occupation, la solution à un ou deux États, la quête du Grand Israël, rejoignez plutôt la vraie réjouissance. Celle-ci, lorsqu’elle aura lieu, apportera la paix et la justice à des millions de gens de par le monde. Et le temps de cette fête est venu.

Alaa Tartir est le directeur des programmes d’Al-Shabaka, le réseau palestinien de politique, post-doctorant au Centre pour les politiques de sécurité de Genève, et chercheur invité au centre sur le conflit, le développement et la construction de la paix de l’institut d’études supérieures internationales et de développement de Genève.

Traduction: SF pour l’Agence Media Palestine

Source : Merip




Une catastrophe se profile à Gaza

 

Par Charlotte Silver le 12 juin 2017

La crise de l’électricité déjà désastreuse à Gaza s’apprête à devenir bien pire. (Ashraf Amra / APA images)

 

Israël va réduire de 40 % sa fourniture d’électricité dans la Bande de Gaza occupée, transformant une situation déjà désastreuse en catastrophe.

Israël dit que la prochaine réduction, approuvée dimanche par le ministère israélien, se fonde sur une requête de l’Autorité Palestinienne.

Avant la réduction, la population de deux millions de Gazaouis n’a reçu que quatre heures d’électricité par jour, les hôpitaux, la désalinisation et les usines de traitement des eaux usées étant gravement mis en péril ou rendus inopérants.

Déjà, les services médicaux, y compris les graves interventions chirurgicales, ont été sévèrement réduits à cause de la constante crise énergétique.

Les groupes électrogènes de l’hôpital sont au bord de la panne, a déclaré lundi Gisha, association israélienne de droits de l’Homme qui surveille le blocus de Gaza.

Gisha a écrit dimanche une lettre urgente au ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman, l’avertissant qu’une réduction supplémentaire d’électricité « est la ligne rouge à ne pas dépasser ».

On dit maintenant aux Palestiniens de Gaza de se préparer au pire. On dit que la coupure réduira la moyenne quotidienne d’électricité de 45 minutes supplémentaires.

Le Hamas a dit de la décision qu’elle était « catastrophique » et « dangereuse », avertissant qu’elle « hâterait la détérioration et l’explosion de la situation dans la Bande ».

« Les parties qui portent la responsabilité des conséquences de cette décision sont l’ennemi israélien qui assiège et le chef de l’Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas pour son rôle immoral et irresponsable dans l’occupation », a ajouté le groupe qui gouverne l’intérieur de ce territoire.

L’obligation d’Israël

Un responsable israélien a dit au journal de Tel Aviv Haaretz que le ministère acceptait la « recommandation » de l’armée israélienne « de n’avoir aucune indulgence avec le Hamas et d’agir en accord avec » la requête d’Abbas.

L’expression « indulgence avec le Hamas » signifie que les fonctionnaires israéliens ne font aucune différence entre la totalité de la population civile de Gaza, d’une part, et un groupe politique auquel Israël s’oppose, de l’autre. Il veut dire qu’Israël impose une punition collective à la population civile pour parvenir à ses fins politiques.

Gilad Erdan, ministre israélien de la Sécurité publique, a dit sur une radio militaire que la coupure était une « décision » d’Abbas. « Que les Israéliens paient la note d’électricité de Gaza est une situation impossible », a ajouté Erdan.

Les fonctionnaires de l’armée, de la sécurité et du renseignement soutiennent la démarche, même s’ils en comprennent les conséquences humanitaires catastrophiques et l’escalade militaire qui pourrait en résulter.

Mais se cacher derrière Abbas n’exonère pas Israël, puissance occupante de Gaza, de ses responsabilités. La Quatrième Convention de Genève, qui régit l’occupation militaire, requiert de l’occupant qu’il utilise tous les moyens à sa disposition pour assurer des services médicaux suffisants, la santé publique et les autres nécessités vitales.

« Israël n’est pas qu’un fournisseur de service, qui répond indifféremment à la demande d’un client », a déclaré Gisha. « Etant donné son vaste contrôle sur la vie dans la Bande, Israël est responsable de la possibilité d’une vie normale pour ses résidents. »

Le Centre Palestinien des Droits de l’Homme a dit que la décision de nouvelles coupures d’électricité menace la vie de la population de Gaza. Il exhorte Israël « dans son rôle de puissance occupante selon le droit humanitaire international, à remplir [ses] obligations envers la population de la Bande de Gaza et à garantir aux civils l’accès aux services basiques nécessaires ».

Cruel jeu de pouvoir

Fin mai, l’Autorité Palestinienne a demandé à Israël de réduire la quantité d’électricité qu’il fournit à Gaza, disant qu’elle n’allait payer que 60 pour cent de la facture mensuelle d’électricité à Israël.

Le porte-parole de l’Autorité Palestinienne Tareq Rashmawi a défendu la démarche, disant que le Hamas n’avait pas remboursé la note d’électricité à l’AP. Rashmawi a également exigé que le Hamas tienne des élections législatives et présidentielle – avançant à nouveau une raison politique en infligeant des souffrances à la population.

Le mois dernier, l’autorité au pouvoir à Gaza a dit qu’elle s’était conformée à toutes les conditions de l’AP pour mettre fin à la crise de l’électricité, y compris en conduisant plus rigoureusement le recouvrement des factures électriques dans la population appauvrie de la Bande de Gaza.

Le mois dernier, l’Autorité Palestinienne a cessé de transférer des fonds pour soutenir le système de santé de Gaza, refoulant au moins 240 bébés et des centaines de malades du cancer ou traités pour d’autres maladies graves, d’après Médecins pour les Droits de l’Homme-Israël.

L’AP a également cessé de fournir des médicaments et des fournitures pour bébé aux hôpitaux de Gaza, coup que les fonctionnaires de santé de Gaza ont dénoncé comme obéissant à un motif politique.

La pression croissante de l’Autorité Palestinienne est perçue comme une tentative pour arracher le contrôle de Gaza des mains du Hamas.

Cette semaine, une universitaire de Harvard Sara Roy a dit dans la London Review of Books que « si Abbas voulait gagner le soutien de la population gazaouie, tout ce qu’il aurait à faire serait de payer leur salaire aux fonctionnaires ».

Roy, qui a écrit pendant des années sur Gaza, décrit les niveaux poignants et en accélération de la détresse sociale et de l’épuisement dans ce territoire, conséquence des dix ans de blocus imposés par Israël avec le soutien de l‘Egypte et de l’AP.

En plus de la réduction des fournitures électriques et médicales, Abbas a également arrêté de payer les fonctionnaires qui, à Gaza, travaillaient pour l’AP avant que le Hamas ne prenne le contrôle en 2007 après avoir remporté les élections législatives l’année précédente.

Même alors que ces employés avaient cessé de travailler, Abbas avait payé leurs salaires. En avril, l’AP a baissé leur paiement de 30 à 70 pour cent.

Ces dernières semaines, le Comité International de la Croix Rouge, l’Organisation Mondiale de la Santé et OCHA, l’agence de coordination humanitaire de l’ONU, ont tous mis en garde contre les conséquences désastreuses d’une réduction de la fourniture déjà désespérément insuffisante d’électricité.

Mais comme Gaza est abandonnée à sa souffrance dans l’ignorance générale, aucune attention internationale ne s’est en fait portée sur la crise qui empire.

Les autorités du Hamas ont compté sur l’aide du Qatar, qui a financé la fourniture de fuel de secours pour la seule centrale électrique de Gaza, afin d’atténuer les pires effets de la crise. Cet approvisionnement a pris fin en avril.

Le Qatar fait maintenant face aux pressions venues d’Israël, des Etats Unis, de l’Arabie Saoudite et des Emirats Arabes Unis pour arrêter toute assistance au Hamas.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada

 




700.000 colons juifs vivent maintenant dans les territoires palestiniens occupés

10 juin 2017

La colonie illégale de Psagot près de Ramallah en Cisjordanie

Haaretz écrivait vendredi, qu’il y a maintenant 590.000 colons juifs qui vivent dans les colonies officielles de Cisjordanie occupée et de Jérusalem occupée.

 Le journal fait remarquer que 380.000 colons vivent en Cisjordanie, tandis que leur nombre dans Jérusalem occupée s’élève maintenant à 210.000. Presque la moitié des colons de Cisjordanie vivent en dehors des principaux blocs de colonies. Les statistiques, fait remarquer Haaretz, n’incluent pas les milliers de colons qui vivent sur des terrains privés de la Palestine occupée.

Selon l’ONG israélienne La Paix Maintenant, 97 quartiers abusifs de ce type sont construits sur des terres privées palestiniennes.

 Les statistiques du gouvernement israélien montrent que, lorsqu’on inclut ces colons, le nombre total de colons juifs s’élève à environ 700.000 vivant dans 150 colonies sur les territoires occupés. Ce chiffre représente 5 % de la population totale d’Israël.

 Israël occupe la Cisjordanie et Jérusalem-Est depuis 1967. Les colonies sont considérées comme l’obstacle principal à la paix.

En décembre l’année dernière, le Conseil de Sécurité de l’ONU a émis une résolution qui redisait que les colonies israéliennes dans les territoires occupés sont illégales.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source: Middle East Monitor

 




50 ans d’occupation du Golan syrien

Le 8 juin 2017

Par « Al-Marsad » (Centre arabe des droits de l’Homme dans les Hauteurs du Golan )

 

 

 

Cette semaine marque le 50ème anniversaire de l’occupation du Golan syrien – période qui a eu un impact catastrophique sur la vie de la population syrienne autochtone.

 

A la suite de l’occupation israélienne de 1967, plus de 130.000 habitants syriens indigènes – environ 95 % de la population – ont été transférés ou déplacés de force de chez eux. L’armée israélienne a entamé une vaste campagne de démolition de leurs maisons, détruisant 340 villages et fermes. Ils ont été remplacés par des colonies agricoles israéliennes – la première établie moins d’un mois après la guerre de 1967 – utilisant souvent les pierres mêmes des villages et fermes détruits. En 1981, Israël a décrété la Loi des Hauteurs du Golan qui impliquait l’annexion du territoire dans l’État d’Israël, action illégale condamnée par le Conseil de Sécurité de l’ONU comme « nul et non avenu et sans effet juridique sur le plan international ».

 

Aujourd’hui, il y a au moins 23.000 colons israéliens dans le Golan syrien occupé, qui vivent dans 34 colonies illégales. Avec l’armée et les autorités israéliennes, ils contrôlent 95 % de la terre. La population syrienne autochtone restante est d’environ 25.000 personnes qui vivent dans cinq villages situés à l’extrême nord du Golan syrien occupé et qui ne contrôlent que 5 % de la terre. Cependant, ceux qui ont été déplacés ou transférés de force du Golan syrien occupé et leurs descendants s’élèvent à environ 500.000 qui vivent principalement dans la périphérie de Damas et dans la ville méridionale de Daraa. Etant donné le conflit en cours en Syrie, beaucoup de ces gens sont devenus des personnes déplacées en interne (IDPs) pour la deuxième fois de leur vie, ou des réfugiés.

 

A cause de l’occupation israélienne, la population syrienne qui est restée dans le Golan syrien occupé souffre de violations quotidiennes de ses droits fondamentaux. La politique discriminatoire sur la terre et le logement signifie que les cinq villages syriens restants sont gravement surpeuplés, puisque l’expansion sur la terre environnante est rarement autorisée. Construire sans autorisation peut entraîner de lourdes amendes ou la démolition totale ou partielle du bâtiment. Cette politique a non seulement un effet négatif sur les possibilités de logement, mais il interdit sévèrement l’amélioration des réseaux de voirie et de tout-à-l’égout, la construction d’institutions éducatives, de santé et culturelles, et l’établissement d’infrastructures pour des zones industrielles.

 

Les conditions de santé et de vie de la population syrienne sont encore plus menacées par la présence de mines antipersonnel et de bases militaires syriennes dans les zones résidentielles syriennes – souvent à quelques mètres seulement des maisons des gens et de là où jouent leurs enfants. Depuis 1967, on estime qu’au moins 66 Syriens ont été victimes de mines antipersonnel dans le Golan syrien occupé. Dans le nombre, 16 sont morts, dont la moitié étaient des enfants.

 

Malgré les efforts pour imposer la nationalité israélienne à la population syrienne autochtone qui est restée après l’annexion prétendue du Golan syrien occupé, aujourd’hui, l’écrasante majorité des Syriens continue à refuser la citoyenneté israélienne. Au lieu de cela, ils détiennent une carte avec le statut de résident permanent,  tandis que leur nationalité entre dans la catégorie ‘indéfinie’. Ce statut provoque une incertitude et des difficultés significatives. Il peut être révoqué si le ‘centre de vie’ d’un individu change ou s’il obtient la citoyenneté d’un autre pays. Depuis 1982, environ 100 Syriens ont vu leur statut de résident permanent révoqué après un voyage ou une résidence à l’étranger. Ce statut signifie que les Syriens n’ont droit qu’à un ‘Laissez-Passer’ israélien, ce qui crée des restrictions et des coûts élevés pour tout voyage à l’étranger.

 

Cependant, les autorités israéliennes, les colons israéliens et les sociétés privées – israéliennes et étrangères – profitent illégalement des ressources naturelles du Golan syrien occupé. Son sol fertile et ses ressources en eau ont permis le développement d’une industrie coloniale israélienne conséquente qui comprend la production de bovins, de légumes, de fruits, de vin et d’eau minérale. Au moins 14 caves viticoles fonctionnent dans les colonies illégales israéliennes du Golan syrien occupé et beaucoup de vignobles fournissent en raisin des caves d’Israël.

 

De plus, depuis 2013, une société israélienne Afek Oil & Gas a conduit une exploration pétrolière dans le Golan syrien occupé, déclarant fièrement que la région possède ‘des milliards de barils de pétrole israélien’. Afek est détenue par Genie Energy, société américaine qui a dans son conseil consultatif Rupert Murdoch, Dick Cheney et James Wolsey.

 

Cependant, le gouvernement israélien se sert du conflit en cours en Syrie pour consolider encore plus son emprise sur le Golan syrien occupé – avec une inflation du discours associé à l’expansion coloniale et à l’exploitation des ressources naturelles. Mardi, le premier ministre Netanyahu, prenant la parole lors d’une conférence dans une colonie illégale du Golan syrien occupé, a déclaré que « Les Hauteurs du Golan resteront à jamais sous souveraineté israélienne. Nous ne quitterons jamais les Hauteurs du Golan. Elles sont à nous. » Le chef d’un des principaux partis d’opposition, Issac Herzog, également présent à cette conférence, a tenu des propos similaires.

 

Après 50 ans d’occupation militaire, il est impératif que la communauté internationale, non seulement rejette ce genre de discours, mais qu’elle prenne des mesures concrètes pour protéger les droits de la population syrienne sous occupation. Le droit international dit clairement que le Golan syrien occupé fait partie de la Syrie. Israël doit respecter toutes les résolutions internationales concernant le Golan syrien occupé et se conformer à ses obligations sacralisées dans les conventions internationales des droits de l’Homme et du droit humanitaire. Essentiellement, le droit à l’autodétermination de tous les Syriens originaires du Golan – à la fois ceux sous occupation et ceux qui ont été forcés à partir ainsi que leurs descendants – doit être respecté afin que eux seuls puissent décider de leur avenir.

 

 

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

 

Source : Al-Marsad




« La clef du Sol » مفتاح الارض a besoin de notre soutien

 

Le reportage La clé du sol  est un voyage dans le temps passé et actuel sur la transmission de la mémoire collective autour de la clé du droit au retour qui veille dans le coeur de chacun-e des palestiniens.

En octobre 2016 la camerawoman et réalisatrice Muriel Jacoub et la journaliste Annie Fiore ont parcouru la Jordanie, la Palestine de 1948, la Cisjordanie et Jérusalem pour y tourner les images d’un futur documentaire sur les villages palestiniens détruits à travers le symbole de la Clef des maisons détruites.

Réfugiés et déplacés internes palestiniens ont été interwievés. Ils et elles appartiennent aux 3 premières générations nées après 1948. Certain.es sont réfugié.es deux fois au moins.

Pour que le film puisse sortir en octobre 2017 et soit diffusable pour la commémoration du 100ème anniversaire de la Déclaration Balfour, du 70ème du vote du plan de partage de la Palestine et de continuer en 2018 pour le 70ème anniversaire de la Naqba votre contribution financière est nécessaire.

Vous pouvez contribuer à atteindre et même dépasser les 5.500€ ce qui permettrait de faire une version anglaise et arabe du film!

Vous pouvez contribuer
1- en envoyant des chèques libellés au nom de l’association Séquence 13, à l’adresse : Séquence 13 – Muriel Jacoub
8 chemin de la croix verte
13090-Aix-en-Provence

2- ou en ligne à travers ULULE en cliquant sur le lien ci dessous qui vous permet aussi de voir le teaser, https://fr.ulule.com/documentaire-la-clef-du-sol/.
et ensuite, en fonction des possibilités de chacun, verser une somme plus ou moins importante…. ou bien simplement partager l’information.

  




Communiqué de presse de Raed Andoni (réalisateur) et Frédéric Corvez (distributeur, Urban distribution)

Communiqué de presse de Raed Andoni (réalisateur) et Frédéric Corvez (distributeur, Urban distribution)

 

Paris, le 2 juin 2017

À l’occasion de la projection de son film ce soir au Luminor Hôtel de Ville pour l’ouverture du Festival Ciné Palestine 2017, Raed Antoni (réalisateur) et Frédéric Corvez (distributeur, Urban distribution) souhaitent attirer l’attention sur le problème de délai d’exploitation aujourd’hui imposé par Arte (2 ans après sa diffusion télé) allant à l’encontre de l’urgence du film :

« GHOST HUNTING est un film qui a vu le jour grâce à ses producteurs Les Films de Zayna, Dar Films et Akka Films, mais aussi grâce à ARTE et la RTS qui ont largement contribué à son financement.

GHOST HUNTING s’est distingué dès sa première mondiale à la BERLINALE en février 2017 en recevant le Prix du Meilleur documentaire,  et en se voyant décerner deux prix par le public allemand.

Dans tout le monde arabe, cette distinction est à l’origine d’un succès d’estime sans commune mesure pour un film documentaire. Le représentant de l’Autorité Palestinienne auprès des Nations Unis a notamment organisé en avril une projection au siège de l’ONU réunissant de nombreux ambassadeurs, et le film sera vraisemblablement présenté par la Palestine aux Oscars.

De plus Ghost Hunting est invité dans les festivals les plus prestigieux du monde entier. Il sortira sur de nombreux écrans, notamment en Suisse où il a le statut de long métrage cinématographique.

Film documentaire hybride, mêlant re-enactment et animation, GHOST HUNTING interpelle par sa forme autant que par son propos qui explore, dans le contexte des centres interrogatoires israéliens, la complexité des relations dominant-dominé.

Les débats qui accompagnent la programmation du film en festival sont riches de profondes remises en question du système carcéral auquel est soumis ¼ de la population palestinienne, mais aussi de la capacité individuelle à absorber ces traumatismes et de leurs répercussions socio-politiques.

Au delà de son seul sujet, GHOST HUNTING interroge profondément la place du cinéaste et explore de nouvelles possibilités d’écritures cinématographiques en utilisant de manière organique plusieurs types de matériaux filmiques. En cela, il est aussi un film sur le cinéma.

Nous souhaitons sortir le film sur les écrans français car nous pensons que c’est un endroit privilégié pour débattre, enrichir, confronter les opinions. Dans un contexte politique compliqué, tendu, GHOST HUNTING pose sur le conflit et l’agression des mots simples et des images brutes. Le film n’est pas un manifeste politique, il permet la résilience, la reconstruction après des traumatismes indiscutables.

Nous demandons à ARTE de bien vouloir autoriser cette exploitation dans les salles dans le respect de la chronologie des médias. Il ne s’agit pas de faire d’une exception une règle. Il s’agit de permettre à un objet cinématographique reconnu d’accéder à son lieu de diffusion naturel.

Nous demandons de pouvoir sortir le film sur les écrans de cinéma après sa diffusion sur la chaine, laquelle gardera la primauté de l’exposition. De cette manière, personne ne sera lésé et la France ne sera pas le seul pays au monde où l’exploitation au cinéma lui aura été refusée.