L’ONU traite l’armée israélienne en partenaire pour consolider la paix

Maureen Claire Murphy – 7 octobre 2019

Une vue du processus de paix en direction d’une solution à deux Etats sur le sol de Palestine : des bulldozers israéliens détruisent une maison palestinienne dans le camp de réfugiés de Shufat à Jérusalem Est, et une colonie israélienne construite en violation du droit international se profile au-dessus de la vallée. (Afif Amira / WAFA)

L’étroitesse
de vue des responsables des Nations Unies engagés dans la solution à
deux Etats aux dépens des principes des droits de l’Homme est tout
à fait dangereuse.

Une
responsable « constructrice de paix » de l’ONU a
déclaré dimanche qu’elle avait eu « aujourd’hui de bonnes
rencontres avec des interlocuteurs israéliens », dont l’armée
et le ministère des Affaires étrangères.

La
responsable de l’ONU, Rosemary DiCarlo, a dit que « des
problèmes urgents sur la paix et la sécurité » ont été
discutés dans ces rencontres. « Reprendre le processus de paix
est essentiel pour résoudre le conflit israélo-palestinien »,
a-t-elle ajouté.

Il
semblerait que, pour le Département des Affaires Politiques et de
Consolidation de la Paix de DiCarlo, on devrait arriver à la paix au
prix de la justice.

L’armée
israélienne a tué plus de 200 manifestants qui réclamaient leurs
droits à Gaza depuis début 2018. Traiter cet organe brutalement
répressif en partenaire pour la paix sape l’urgent besoin de
reconnaissance des crimes d’Israël à Gaza et au-delà.

Plus tôt cette année, une
commission d’enquête indépendante de l’ONU a conclu que les
forces israéliennes ont peut-être commis des crimes de guerre et
des crimes contre l’humanité en utilisant une force militaire
létale contre des manifestants non armés à Gaza.

Les
enquêteurs des droits de l’Homme ont demandé aux Etats tiers de
tenir les tireurs d’élite et les commandants israéliens, ainsi
que ceux qui ont approuvé les règles d’engagement, pour
responsables.

Dans
ce but, la commission a transmis au Haut Commissaire aux Droits de
l’Homme de l’ONU un dossier identifiant les responsables des
violations du droit international afin qu’il soit transféré à la
Cour Pénale Internationale.

En
se réunissant avec les responsables de l’armée et le ministère
concerné par la protection d’Israël contre sa responsabilité,
tout en les traitant de partenaires pour la paix, DiCarlo sape
directement les découvertes et les recommandations de la commission
d’enquête de l’ONU.

La
solution à deux Etats éclipse les droits de l’Homme

Pour quelques responsables de
haut rang de l’ONU, le « processus de paix » moribond
en direction d’une solution à deux Etats est plus important que de
progresser vers l’obtention et la protection des droits
fondamentaux des Palestiniens.

Lundi,
l’envoyé de l’ONU pour la paix au Moyen Orient a transmis par
tweet une photo de lui et de DiCarlo avec un groupe d’élèves à
Ramallah, siège de l’Autorité Palestinienne en Cisjordanie
occupée :

Les élèves sont dans une
école gérée par l’UNRWA, agence de l’ONU pour les réfugiés
palestiniens.

« J’espère
que ces petites jeunes filles grandiront pour participer à des
#élections démocratiques où #la Palestine et #Israël vivront côte
à côte dans #la paix et #la sécurité », a déclaré
Nickolay Mladenov, l’envoyé de l’ONU.

Son tweet implique que les
filles sur sa photo resteront des réfugiées en tant qu’adultes.
Il ne leur souhaite pas de pouvoir exercer leur droit au retour, qui
est leur droit selon le droit international, ni leur droit à
l’autodétermination.

Au contraire, il souhaite un
cadre politique qui soit susceptible de les empêcher d’exercer ces
droits.

Tandis que DiCarlo, et
vraisemblablement Mladenov, rencontraient dimanche l’armée
israélienne et le ministère des Affaires étrangères, le ministre
israélien de l’Intérieur a annoncé qu’il s’apprêtait à
révoquer le statut de résident du militant palestinien Omar
Barghouti et à l’expulser.

Depuis des années, Israël a
cherché à criminaliser et à réduire au silence Barghouti,
fondateur du mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions
(BDS).

Copiée
sur la campagne réussie pour mettre fin à l’apartheid en Afrique
du Sud, le mouvement de boycott dirigé par les Palestiniens cherche
à organiser une pression internationale sur Israël afin de mettre
fin à ses violations des droits de l’Homme.

Le ministre israélien des
Affaires étrangères Yisrael Katz a tout d’abord demandé des
« éliminations ciblées de civils » des dirigeants de
BDS avec l’aide des renseignements israéliens. Le mot hébreu
utilisé par Katz est semblable au mot israélien pour « assassinats
ciblés ».

Des responsables de l’ONU
comme DiCarlo et Mladenov traitent les ministères mêmes qui
persécutent les défenseurs des droits fondamentaux des Palestiniens
en partenaires pour la paix.

Sauvegarder
l’impunité d’Israël

Cependant, le Haut Commissaire
aux Droits de l’Homme de l’ONU continue à retenir la publication
d’une base de données des sociétés complices des colonies
israéliennes illégales en Cisjordanie.

En 2016, le Conseil des Droits
de l’Homme de l’ONU a adopté une résolution demandant que le
haut commissaire « fournisse une base de données de toutes les
entreprises engagées dans une activité certaine avec les colonies
israéliennes ».

Le haut commissaire a failli à
remplir ce mandat.

La
semaine dernière, des organisations palestiniennes et
internationales de défense des droits de l’Homme ont déclaré que
« les retards répétés » du haut commissaire « pour
livrer la base de données et transmettre ces données favorise
l’impunité et permet la prolongation de l’installation et
l’expansion des colonies illégales ».

Les responsables de l’ONU se
comportent comme si leur rôle consistait à sauvegarder l’impunité
d’Israël, plutôt que de soutenir les droits des Palestiniens, si
longtemps niés.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : The Electronic Intifada




LE CHAR ET L’OLIVIER, UNE AUTRE HISTOIRE DE LA PALESTINE

LE CHAR ET L’OLIVIER, UNE AUTRE HISTOIRE DE LA PALESTINE de Roland NURIER est un documentaire essentiel qui permet d’avoir un éclairage primordial sur l’histoire de la Palestine. Le film est traité d’un point de vue rarement abordé.

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SYNOPSIS : L’histoire de la Palestine, de son origine à aujourd’hui, loin de ce que les médias appellent le conflit israélo-palestinien. Experts internationaux, historiens, diplomates des Nations unies, juristes en Droit International mais aussi, témoignages de simples citoyens… Un éclairage primordial basé sur des éléments factuels incontestables, pour se débarrasser des clichés et idées reçues !

Programmateur : Christian Fraigneux
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DESTINY FILMS
Hervé MILLET
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L’UNRWA en temps de crise: Distinguer les fausses pistes des insuffisances avérées

Ardi Imseis – 8 octobre 2019

Un garçon palestinien assis près du siège de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) dans la ville de Gaza le 6 janvier 2018. L’envoyé américain auprès de l’ONU Haley a averti que le soutien américain à l’UNRWA prendrait fin si l’AP refusait d’entamer des négociations avec Israël. Malgré le message de M. Trumps Twitter, Chris Gunness, un porte-parole de l’Unrwa, a déclaré que l’agence n’avait reçu aucune notification formelle que l’administration Trump avait l’intention de réduire son financement. Les États-Unis sont le principal bailleur de fonds de l’Unrwa et, selon les chiffres publiés en 2016, ils ont versé près de 369 millions de dollars. Photo par Ashraf Amra

L’Office
de Travaux et de Secours des Nations Unies pour les réfugiés de
Palestine a été confronté à de fortes turbulences ces dernières
années. En août 2018, les États Unis ont annoncé qu’ils ne
financeraient plus l’UNWRA, retirant les plus de 300 millions de
dollars (273 millions €) qu’ils avaient fourni chaque année,
auparavant. Bien que d’autres, comme l’UE, le Qatar et le Japon
aient apporté de nouveaux subsides ou aient augmenté leur
participation pour combler le fossé, l’Agence souffre toujours
d’un manque. Des services vitaux pour les réfugiés palestiniens
des territoires palestiniens occupés (TPO), de Syrie, du Liban et de
Jordanie, tels que l’éducation de base et les soins de santé, ont
connu, de ce fait, des coupes dévastatrices.

Pire
encore, en juillet 2019, on a appris l’existence d’un rapport
d’éthique interne de l’UNWRA, donnant des détails sur des
allégations d’abus d’autorité par la direction centrale de
l’Agence. En réponse, la Belgique, les Pays Bas, et la Suisse ont
suspendu leurs contributions financières et l’administration Trump
et ses alliés ont utilisé le rapport comme une occasion de dénigrer
encore plus l’organisation dans son ensemble, sur la base de
réclamations fallacieuses et de manœuvres de diversion conçues
pour brouiller les pistes sur ce qu’ils exècrent réellement :
l’UNWRA comme un rappel gênant des droits historiques légitimes,
légaux et politiques des réfugiés palestiniens et, plus largement,
la responsabilité permanente de l’ONU sur la question de la
Palestine. L’ancien ambassadeur des États Unis à l’ONU, Nikki
Haley, par exemple, a clamé sur Twitter : « C’est
exactement pour cela que nous avons cessé de financer l’UNWRA »

Alors
que ces faits et le cycle d’informations qui les couvre sont
importants pour comprendre les dilemmes actuels de l’UNWRA, ils
n’apportent pas une compréhension correcte des défis plus
fondamentaux et des problèmes auxquels l’Agence fait face. Le
présent commentaire éclaire les éléments nouveaux du rapport
d’éthique, les défis véritables de l’UNWRA et les raisons pour
lesquelles le mandat de l’Agence devrait être étendu dans la
perspective d’arriver à des solutions durables pour les réfugiés
palestiniens dans la ligne du droit international et de ses
pratiques.

Comprendre
le rapport d’éthique

Le
rapport d’éthique est certes déconcertant. Mais, loin d’être
une preuve d’un niveau de corruption prétendu requérant la
réponse la plus draconienne consistant à priver l’UNWRA et les
réfugiés palestiniens qu’elle dessert, de l’assistance
humanitaire dont elle a un besoin criant, il démontre en vérité le
professionnalisme d’entreprise de l’UNWRA. Le fait même que la
rédaction du rapport ait été engagée et publiée montre à
l’évidence que le cadre de régulation qui préside au
comportement de l’équipe de direction est bien vivant, qui exige
des comptes de tout le personnel, dont les plus hauts responsables.

Si l’on
part du principe que les États membres de l’ONU ont un intérêt
légitime à assurer l’intégrité et la responsabilité des
opérations de l’ONU qu’ils soutiennent, la décision d’un
petit nombre d’États qui ont suspendu leur financement de l’UNWRA
semble au mieux hâtive et au pire cynique. Nous ferions bien de nous
rappeler que ce qu’avance le rapport est encore en cours d’examen
de la part du bureau des services de contrôle interne de l’ONU, ce
qui veut dire qu’il faut encore que ce soit finalement validé par
le système de justice interne à l’ONU. Jusqu’à ce que ce
processus soit achevé, il serait imprudent et irresponsable de
sauter sur des conclusions sur la gouvernance actuelle de l’Agence,
voire d’appeler à sa suppression totale.

Même
s’il se trouvait que ce qui est avancé dans le rapport était
vrai, il semble qu’un petit nombre d’individus seraient impliqués
au maximum, dont au moins deux ont déjà quitté l’Agence. Pour
mettre les choses en perspective, en termes de personnel, l’UNWRA
est la plus grosse opération de l’ONU au monde : elle fournit
protection et assistance à plus de 5,5 millions de réfugiés
palestiniens enregistrés. Environ 33 000 personnes travaillent pour
l’Agence, dont des milliers d’enseignants, de médecins, de
personnels de santé, de travailleurs sociaux et d’autres. Suggérer
que les services humanitaires qui sont source de vie, rendus par
l’UNWRA, devraient se voir massivement refuser des fonds, et donc
être interrompus à cause d’actes supposément commis par quelques
personnes, est inconcevable. Cela ne résiste tout simplement pas à
un examen sérieux.

Des
défaillances avérées

Aucune
organisation, dont l’UNWRA, n’est au-dessus de la critique. Mais
pour que la critique soit légitime, elle doit être précise et
remise en contexte. Le contexte actuel doit compter avec le travail
humanitaire vital et tourné vers le développement humain que
l’UNWRA et son personnel ont accompli depuis 1950. Il n’est
certes pas exagéré de dire que sans ce travail, le peuple
palestinien dans son ensemble serait en bien pire condition qu’il
ne l’est aujourd’hui, si cela peut seulement être imaginé. Cela
dit, au-delà du focus biaisé sur le rapport d’éthique et autres
fausses pistes, deux défaillances de l’Agence sont claires.

La
première est la discrimination de genre qui se poursuit de la part
de l’UNWRA dans les règles qui président à l’éligibilité au
titre de réfugié palestinien. Conformément au droit international
sur les réfugiés et à sa mise en œuvre universellement appliqués,
les règles internes d’enregistrement de l’Agence prévoient
correctement qu’en l’absence d’une solution à leur détresse,
l’éligibilité au statut de réfugié de Palestine peut être
transmise aux descendants de réfugiés enregistrés. Le problème se
situe dans le fait que selon les règles de l’UNWRA ce droit ne
s’applique qu’aux descendants de réfugiés masculins
enregistrés. Il résulte de cette discrimination de genre que des
centaines de milliers de personnes – quatre générations d’hommes,
de femmes et d’enfants ont été privés à la fois du droit d’être
enregistrés et donc d’être comptés comme réfugiés, et du droit
de recevoir les services dispensés par l’Agence. Aucune semblable
discrimination de genre ne s’applique dans le droit international
et dans sa mise en œuvre dans d’autres situations de crise
prolongée concernant des réfugiés.

Etant
données les difficiles conditions dans lesquelles vivent les
réfugiés de Palestine dans les zones d’opération de l’UNWRA,
l’impact de cette donnée a été immense. L’Agence n’a
cependant pas pu fermer les yeux sur le besoin de corriger cela.
Depuis le début des années 2000, des efforts pour recueillir le
soutien de partenaires-clef, dont les principaux donateurs et pays
hôtes, a donné lieu à un amendement aux règles de l’Agence, qui
a rendu éligibles aux services de l’Agence des personnes
concernées. Pour autant, cette éligibilité reste soumise à la
disponibilité des fonds qui ne s’est pratiquement pas matérialisée
ou a été limitée, notamment pour les raisons évoquées ci-dessus.
Ainsi, des personnes concernées n’ont toujours pas le droit d’être
enregistrées comme réfugiés de Palestine et bien d’autres
restent dépourvues des services de l’Agence dont elles ont
désespérément besoin.

Les
détracteurs de l’UNWRA ridiculisent souvent à tort l’Agence en
l’accusant de gonfler le nombre de réfugiés de Palestine. Ce que
démontre le paragraphe précédent est qu’en fait, c’est
l’inverse qui est vrai. Mais à cause de la discrimination de genre
systématique et légalisée pratiquée par l’UNWRA depuis soixante
dix ans, le nombre de réfugiés de Palestine enregistrés devrait
être bien plus élevé que le chiffre actuel de 5,5 millions.

La
deuxième faiblesse de l’UNWRA a à voir avec le fait qu’elle
n’est pas mandatée pour trouver ce que des juristes internationaux
appellent « des solutions durables » pour les réfugiés
de Palestine. Les solutions durables concernent le besoin de chercher
activement une solution à la crise des réfugiés, cohérente avec
le droit international et les bonnes pratiques. Ce droit et ces
pratiques sont personnifiés par le travail du Haut Commissariat des
Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) pour lequel les solutions
durables résident dans les trois options suivantes, par ordre de
priorités : 1) rapatriement volontaire ; 2) intégration
sur place ; 3) réinstallation. Au lieu de cela, le mandat de
l’UNWRA ne recouvre que l’aide humanitaire et l’assistance via
ses programmes centraux : l’éducation primaire, les soins de
santé primaires et les secours et services sociaux.

À la
différence de mandats combinant les solutions humanitaires et
durables conférées au HCR, en 1949, l’Assemblée Générale de
l’ONU a séparé ces fonctions en ce qui concernait les réfugiés
de Palestine. La fourniture d’aide humanitaire fut confiée à
l’UNWRA, tandis que la recherche d’une solution durable fut
implicitement laissée à la Commission de Conciliation des Nations
Unies pour la Palestine (CCP) qui fut chargée de faciliter la
négociation d’une solution politique au conflit israélo-arabe.
Les raisons en sont claires mais, à la base, le dossier des Nations
Unies démontre qu’il était fortement ancré dans la conscience de
l’Assemblée Générale des Nations Unies, que la commission jouait
un rôle pivot dans le démantèlement de la Palestine et dans la
création du problème des réfugiés de Palestine par la mauvaise
gestion de la fin du mandat sur la Palestine et sa tentative de
partition du pays à l’encontre les vœux expressément exprimés
de sa population majoritairement indigène en 1947. A l’époque,
personne ne pouvait certes prévoir raisonnablement qu’une paix
négociée demeurerait inaccessible et que les réfugiés de
Palestine resteraient en exil forcé pendant des générations. Ce
vide de solutions durables deviendrait particulièrement évident
lorsque les efforts politiques de la CCP se sont de fait asséchés
au début des années 1960. Dans ce cadre, le mandat humanitaire
temporaire de l’UNWRA a été continuellement renouvelé par
l’Assemblée Générale sans aucun renouvellement comparable d’un
mandat de solutions durables pour le peuple concerné.

Les
défaillances citées plus haut ne sont pas directement attribuables
à l’UNWRA d’aujourd’hui ni à son personnel. Parce que
l’Agence est un organe subsidiaire de l’Assemblée Générale,
cette responsabilité est pleinement celle des États membres de
l’ONU et en particulier des principaux donateurs de l’UNWRA et de
sa Commission Consultative. Ce que cela veut dire est que jusqu’à
ce qu’il y ait suffisamment de pression pour peser sur ces États
pour accroître la base financière de l’UNWRA et élargir de façon
constructive le mandat de l’Agence, il y a peu d’espoir qu’il
soit remédié à ces défaillances. Au final, le problème dépend
de la volonté de l’Assemblée Générale d’apporter davantage de
soutien à l’UNWRA en accord avec sa propre déclaration de
« responsabilité permanente sur la question de la Palestine
jusqu’à sa résolution à tous points de vue en conformité avec
le droit international ».

L’ONU
et la question de la Palestine : l’état de droit

Loin
d’être des questions ponctuelles posées en toute discrétion, les
insuffisances établies plus haut font partie d’un problème plus
large tenant à la gestion de la question de la Palestine par l’ONU.
Ceci étant un des débats les plus longs du programme des Nations
Unies, la sagesse conventionnelle veut que la position de l’ONU sur
la Palestine présente la seule base règlementaire d’une paix
juste et durable entre Israéliens et Palestiniens, fondée sur le
droit international. Contrairement à cette position, ma recherche –
qui sera traitée en détails dans un livre à venir – montre qu’il
y a eu un gouffre continu bien que vacillant entre les exigences du
droit international et la position de l’ONU, qui a aidé à
frustrer plutôt qu’à faciliter la recherche d’une paix juste et
durable1.

Dans ce
but, le livre examine un certain nombre de secteurs dans lesquels
l’ONU a joué un rôle dirigeant sur la question de la Palestine
depuis 1947, au nombre desquels, outre le problème des réfugiés de
Palestine, on peut citer l’impact de l’ordre juridique
international d’entre deux guerres sur la Palestine hérité de
l’ONU, le plan de partition de l’Assemblée Générale de 1947,
le traitement par l’ONU des TPO depuis 1967, et la qualité de
membre de l’État de Palestine dans l’organisation. Explorer de
façon critique les tensions existant entre d’un côté les
positions adoptées par l’ONU sur ces questions et, d’un autre
côté, les diverses exigences du droit international, révèle que
les idées reçues quant à l’engagement de l’ONU vis-à-vis de
l’état de droit international peuvent être plus exactement
décrites comme une autorité internationale de
droit. De par les actions de
l’organisation, la Palestine et son peuple ont été plongés dans
un état que j’appelle une Subalternité Légale Internationale,
selon lequel la promesse de justice par le droit international a été
constamment proférée sous le couvert d’une légitimité politique
fournie par la communauté internationale, tandis que sa réalisation
a été interminablement différée.

En ce
qui concerne l’UNWRA et les réfugiés de Palestine, cet examen
critique a son importance. Notamment parce qu’il est nécessaire,
si nous voulons mieux comprendre à la fois les perspectives et les
limites de l’ONU et du droit international en appuyant leurs doits
collectifs et individuels légitimes. C’est aussi important en ce
temps où il est devenu banal pour des raisons de convenance
politique, pour certains acteurs politiques occidentaux, de mettre en
question l’existence même de ces droits parce qu’ils se
rapportent aux réfugiés de Palestine, allant jusqu’à attaquer
l’intégrité de ceux qui, au sein de la communauté humanitaire de
l’ONU ont mandat de les défendre.

Le
Dr Ardi Imseis est professeur assistant de droit à la Queen
University, où il s’est spécialisé en droit public
international. Entre 2002 et 2014, il a occupé des postes de
direction en droit et politique à l’UNWRA dans le territoire
palestinien occupé. Il a fourni des rapports d’expertise au
Conseil de sécurité de l’ONU, aux membres de la Chambre des Lords
du Royaume Uni et au Sénat français. Son érudition apparaît dans
un large éventail de publications internationales, dont l’American
Journal of International Law
,
le Harvard International Law
Journal
, et le Oxford
Journal of Legal Studies
. Il est le
rédacteur en chef sortant du
Palestine Yearbook of International Law 
(2008-2019),
et ancien chercheur du département Harlan Fiske Stone et chargé des
droits humains de la faculté de droit de Columbia.

Traduction : SF pour l’Agence Media Palestine
Source : Al Shabaka

1
Ceux qui sont intéressés à en savoir plus sur la recherche
sous-jacente au prochain livre peuvent consulter Les
Nations Unies et la Question de la Palestine : Étude sur la
subalternité juridique internationale, 2019, thèse de doctorat de
Ardi Imseis.




“L’armée la plus végane au monde”: Comment Israël s’approprie le véganisme pour justifier l’oppression des Palestiniens

Sarah Doyel – 9 septembre 2019

Photo postée sur Twitter par l’armée de l’air israélienne le 1er novembre 2016, avec le tweet : « Une info pour le #Worldveganday : dans les FDI, les soldats #végans reçoivent des chaussures et des bérets végans. Photo : cette soldate végane a le #sourire, avec son béret végan ! »

Des
légumes resplendissants remplissent les corbeilles. Une main tendue
propose des herbes fraîches, une ferme bio apparaît à
l’arrière-plan. Après une table où sont disposés des plats
multicolores, on voit un morceau de pain chaud s’enfoncer dans un
bol de tahini et d’huile d’olive. Des visages juvéniles et
charmants sourient face caméra pendant que de jeunes animaux
gambadent à l’arrière-plan. Si vous êtes végan, Israël a tout
l’air d’un paradis. C’est du moins ce que Vibe Israel et ses
partenaires de l’Israel Brand Alliance veulent que vous pensiez.
Leur Vibe
Vegan tour

destiné aux blogueurs et blogueuses spécialistes de la nourriture
n’est qu’un élément d’une vaste campagne de “veganwashing”
(blanchiment végan) parrainée par le gouvernement israélien ;
Israël souhaite en effet substituer aux informations sur ses graves
atteintes aux droits humains l’image de bienveillance pacifique
fréquemment associée au véganisme et améliorer ainsi sa propre
image sur la scène mondiale. Ne vous y trompez pas : Israël a
décidé d’utiliser la façade du véganisme afin de justifier le
programme de terreur de son armée, de masquer son occupation de la
Palestine et de s’approprier la culture et les traditions
régionales qui se sont développées plusieurs siècles, sinon
plusieurs millénaires, avant Israël.

Loin
d’être un “style de vie” politiquement neutre, le véritable
véganisme est une philosophie d’opposition radicale à
l’oppression, et pourtant l’un des gouvernements les plus
oppressifs du monde s’est approprié le véganisme à ses propres
fins.

Le
véganisme, fondamentalement, est une position politique, même si un
grand nombre des personnes qui se considèrent comme véganes y
voient un ensemble de choix de consommation. Ma définition
préférée du véganisme est celle-ci : “un cadre idéologique
qui cherche à abolir le statut de marchandise des animaux et prône
la libération animale”. Indépendamment des motivations
individuelles qui nous poussent à adopter le véganisme, ce choix
est inséparable d’une volonté de réduire les souffrances
infligées à des êtres vivants. Il paraît donc naturel de supposer
que celles et ceux qui se réclament du véganisme défendent
ardemment les droits humains. Une personne qui s’engage en faveur
de la libération animale devrait soutenir également la libération
humaine. N’est-ce pas évident ?

Eh
bien, non.

En
résumé, le blanchiment végan consiste à utiliser le véganisme
pour susciter des associations avec des images positives ou pour
paraître plus bienveillant qu’on ne l’est réellement. Il existe
un exemple classique : les glaces Ben & Jerry’s sans
produits laitiers, que cette marque utilise pour se montrer proche
des végans sans jamais réduire réellement sa contribution à
l’exploitation animale. Le blanchiment végan peut séduire les
tenants d’une éthique de la non-violence et constitue donc une
stratégie utile pour des acteurs que leurs intérêts propres
incitent à camoufler des actes persistants de violence, ce qui est
le cas d’un gouvernement colonial.

Ce
n’est un secret pour personne : l’État d’Israël met en
œuvre continûment, depuis des décennies et encore aujourd’hui,
une occupation brutale de la Palestine, en menant un programme de
meurtres, de déplacements et de destructions sur
lequel

on
dispose

de
nombreuses informations
.
Déployant tous ses efforts pour dissimuler ces atteintes aux droits
humains et se faire passer pour “la seule démocratie du
Moyen-Orient”, Israël a eu recours à toute une gamme de tactiques
afin de se parer de valeurs progressistes, du greenwashing au
pinkwashing.

Cependant,
le blanchiment végan d’Israël est particulièrement insidieux. Ce
procédé promeut l’idée qu’Israel, pays affirmant avoir une
population végane qui atteindrait jusqu’à 5% de sa population
totale, est une société nécessairement moins violente et plus
bienveillante que d’autres du fait de sa forte proportion de
végans. Pour éviter d’être accusée de m’en prendre
sélectivement à Israël, permettez-moi de souligner que je n’ai
vu aucun autre État s’investir à ce point, à l’échelle
mondiale, dans l’affichage de sympathies véganes. Les Israéliens
appellent fièrement Tel Aviv la
capitale mondiale du véganisme
.

La
campagne d’Israël pour améliorer son image grâce au véganisme
comporte de nombreux éléments, que j’aborderai en détail plus
loin. Aucun d’entre eux n’est plus choquant que les tentatives de
présenter l’armée israélienne, connue sous le nom de Forces de
défense d’Israël ou FDI, comme une institution bienveillante.

Le
véganisme dans les #IDF
— C’est plus facile que vous ne le pensiez ! #vegan
pic.twitter.com/ALajwnf0


Forces de défense d’Israël
(@IDF) 1er
novembre 2012

“L’armée
la plus végane du monde”

Ahmad
Safi, directeur de la Ligue des animaux de Palestine, a peut-être
donné la meilleure description de l’hypocrisie ahurissante des FDI
à propos du véganisme dans son article “On
the ‘IDF’s vegan warriors’: A vegan Palestinian’s
perspective”

(Les “guerriers végans des FDI”: le point de vue d’un
Palestinien végan). Retraçant une émission de la BBC sur les
“guerriers végans” des FDI, Safi remarque : “J’ai été
quelque peu éberlué par un extrait d’une interview radio qui
évoquait en ces termes une soldate végane : ‘Son régime a
pour elle une telle importance que, si l’armée n’avait pas mis
en place des conditions garantissant qu’aucune souffrance n’avait
été infligée à un être vivant, elle ne se serait peut-être pas
enrôlée dans une unité de combat’. La seule interprétation que
je peux donner de cette phrase, c’est que cette soldate ne
considère pas les Palestiniens comme des ‘êtres vivants’.”
Non seulement les FDI déshumanisent les Palestiniens, mais elles
franchissent encore une étape en les transformant en objets, en les
plaçant hors de la sphère des êtres vivants, humains et animaux
non-humains, qui méritent une considération morale. Cette attitude
est détestable, mais n’a rien de surprenant de la part d’une
institution dont le chef
d’état-major
,
étudiant en philosophie spécialisé dans le véganisme, s’est
fait connaître plus largement en détruisant à coups de marteau les
maisons des camps de réfugiés.

Safi
en vient au cœur du problème, s’agissant d’une armée qui se
décrit comme bienveillante, morale, ou, dans le cas précis des FDI,
l’armée
la plus végane du monde
”.
Non seulement l’armée israélienne fait souffrir et tue les
Palestiniens en recourant à des méthodes précises et ciblées
mais, de plus, l’idée d’une “armée végane” est en
elle-même absurde et révèle une incompréhension foncière (ou une
déformation délibérée) de ce que signifie le véganisme.
Rappelez-vous la définition du véganisme donnée au début de ce
billet, et gardez-la à l’esprit en lisant le texte de Safi :
“Si le véganisme consiste réellement à ne pas faire souffrir,
dans la mesure de nos moyens, un autre être vivant et si nous
pouvons admettre que les gens sont des animaux, il en découle
logiquement qu’il est absurde de parler d’un soldat ‘végan’
menant un combat armé contre une population civile, et que ce n’est
tout simplement pas du véganisme.” Soit le gouvernement et l’armée
d’Israël ne comprennent pas la philosophie qui sous-tend le
véganisme, soit ils ont internalisé leur blanchiment végan à tel
point qu’ils croient ne pas infliger de souffrance en donnant des
coups de pied dans le visage de quelqu’un dès lors que leurs
bottes ne sont pas en cuir, et ne perçoivent pas le caractère
pervers de cette idée.

Les
FDI ne sont pas les seules en cause ; d’importantes
organisations du mouvement végan en dehors d’Israël ont mordu à
l’appât. L’organisation PETA (Pour une éthique dans le
traitement des animaux) a adressé aux armées d’autres pays la
recommandation
effrayante

d’essayer de ressembler davantage aux FDI, et le site végan bien
connu VegNews a publié récemment un article
faisant l’éloge d’une membre de la Knesset qui a demandé que le
cuir de son siège dans l’hémicycle soit remplacé par un matériau
végan, le cuir symbolisant des souffrances inutiles. Cet article
cite par ailleurs Benjamin Nétanyahou, Premier Ministre israélien
et criminel de guerre, qui proclame que la question des droits des
animaux “lui tient de plus en plus à cœur”. Si seulement les
politiciens israéliens étaient tout aussi touchés par les
souffrances inutiles de leurs voisins palestiniens !

Avec nos 10 000 soldats végans, nous sommes fiers d’être l’armée la plus végane du monde ! 🥑🍎🍆🥦🍍#WorldVeganDay pic.twitter.com/oQ9N6pp3cX

—Forces
de Défense d’Israël (@IDF) 1er
novembre 2018

Rendre
l’occupation cool

À
mesure que le véganisme se banalisait, la perception générale du
style de vie végan s’écartait des stéréotypes à base de
céréales bio associés au véganisme dans l’imagination
populaire. Aujourd’hui, le véganisme est cool. D’Ariana Grande à
Zac Efron, tout le monde le pratique et, grâce aux influenceurs des
réseaux sociaux suivis par une foule de gens, le choix du véganisme
semble aussi chic et élégant que n’importe quelle autre tendance
sur Instagram. YouTube est une plate-forme privilégiée par les
influenceurs végans. Quand je suis devenue végane, en 2016, une des
vidéastes les plus suivies était une Israélienne qui filmait tous
ses repas de la journée dans les nombreux restaurants végans de Tel
Aviv.

Résolu
à ne jamais être démodé, Israël, dans le cadre de sa campagne de
blanchiment végan, a cherché activement à attirer les milléniaux
qui font défiler les pages et les sites des influenceurs.
L’organisation sans but lucratif Vibe Israel a offert à des
personnalités véganes, blogueurs ou vidéastes sur YouTube, un
séjour équivalant à des vacances
de blanchiment végan

tous frais payés pour s’initier à la culture végane en Israël.
La mission déclarée de Vibe Israel est de renforcer la réputation
mondiale d’Israël, et l’organisation proclame d’ailleurs sur
la page d’accueil de son site web qu’elle “met à profit le
pouvoir des médias sociaux et des stratégies de promotion de
l’image de marque nationale” pour convaincre le monde qu’Israël
est l’endroit branché où il faut être. Birthright Israel,
programme gouvernemental qui offre des voyages gratuits en Israël à
des Juifs du monde entier âgés de 18 à 26 ans en fermant les yeux
sur le fait que la plupart des Palestiniens ne peuvent pas rentrer
chez eux, propose maintenant une option végane pour les adolescents
et les jeunes de vingt ans et quelques qui souhaitent vivre un séjour
“sans cruauté” en territoire occupé.

Si
vous regardez la vidéo du Vibe Vegan tour, rien ne peut vous faire
imaginer que de brutales violations des droits humains sont commises
à quelques kilomètres des séquences joyeuses de cours de cuisine
et de légumes frais. Et, bien sûr, là est la question. Certains
influenceurs sur les médias sociaux qui ont participé au voyage ont
fait l’objet de commentaires critiques pour avoir promu l’image
de marque végane d’Israël mais, pour autant, aucun d’entre eux
n’a fait le moindre effort pour sortir de la bulle Brand Israel. La
Ligue des animaux de Palestine a même fait une proposition à l’un
au moins des YouTubeurs mal informés, invitant
The Buddhist Chef à se rendre dans les territoires palestiniens à
l’occasion de son voyage, mais il a refusé cette invitation en
raison d’un “emploi du temps chargé”. Quoi qu’il en soit,
dans la mesure où il était un invité d’Israël, sans doute
n’aurait-il pas été autorisé à franchir le checkpoint pour
entrer en Palestine.

Les
FDI ont tué 214 Palestiniens à Gaza depuis mars, mais allons-y,
applaudissons leur beau travail sur les bérets végans 😐
pic.twitter.com/KbcvYJrOaE


Laura Murray 🌹🤝
(@LauraCatriona) 19
novembre 2018

Appropriation
culturelle et islamophobie

Le
volet ultime de la campagne de blanchiment végan d’Israël
concerne l’appropriation de la cuisine palestinienne et
l’effacement simultané de la tradition végétale dans l’histoire
culinaire palestinienne. Tant le gouvernement israélien que les
végans israéliens eux-mêmes revendiquent fréquemment des mets
palestiniens présents dans la région depuis des siècles et leur
mettent l’étiquette “cuisine israélienne” en oubliant que le
pays appelé Israël n’existait pas avant 1948. Les chefs
israéliens vantent volontiers des plats à base de plantes comme le
falafel, le houmous, le taboulé ou le baba ghanoush en y voyant une
preuve de l’affinité entre alimentation israélienne et véganisme.
Ce qu’ils ne précisent pas, c’est que tous ces plats sont en
fait palestiniens ou levantins, et sont apparus des siècles avant la
présence d’Israël dans la région.

Dans
la ville où je vis actuellement, Washington (District of Columbia,
DC), les restaurants pratiquent à longueur de temps cette forme
d’appropriation culturelle, ce qui me dérangerait un peu moins si
cela ne leur valait pas un énorme succès. Quand d’autres
habitants du District apprennent que je suis végane, les gens
mentionnent régulièrement cinq restaurants, parmi lesquels Shouk et
Little Sesame qui appartiennent à des Israéliens. Ces lieux ont été
rapidement appréciés par les végans – et aussi les non-végans –
qui ne se rendent pas compte qu’il est problématique de manger
dans un établissement qui qualifie sa cuisine de “street food
israélienne moderne” (Shouk). De plus, on a récemment appris que
la chaîne de falafel Taïm, basée à New York et définie comme “de
style Tel Aviv”, va ouvrir cet automne sa première enseigne dans
le DC. Au cas où d’éventuels clients seraient gênés par le vol
de traditions culinaires, le site
web

de Taïm comporte une page intitulée “Leçon d’histoire” qui
souligne à leur intention : “Souvenez-vous que nous parlons
de nourriture, et non de religion ni de politique.”

Mais
il y a un problème : ce n’est pas si facile de séparer la
nourriture de la politique, surtout quand il s’agit d’Israël et
de la Palestine. Ces restaurants ont profité de leur appropriation
de plats palestiniens pour devenir des piliers renommés de la scène
végane locale, fréquentés par des végans d’une indifférence
exaspérante (et blancs, pour la plupart), qui ne mesurent pas le
problème profond posé par un tel vol de patrimoine culturel, à
moins que cela ne leur soit égal. Nous critiquons à juste titre de
nombreux restaurateurs qui se livrent à l’appropriation culturelle
de façon flagrante mais, pour une raison ou une autre, ces
restaurants israéliens échappent à tout jugement. La vérité
oblige à dire que la plupart des délicieux plats à base végétale
qui attirent les végans dans ces établissements étaient
initialement palestiniens.

Un
autre aspect de la négation des éléments végétaux de la cuisine
palestinienne repose sur l’idée que, dans l’ensemble, les
cultures à forte composante musulmane n’ont pas d’affinité avec
le véganisme, notion qui est au mieux incorrecte et au pire
totalement raciste et islamophobe. Certains blogueurs et journalistes
israéliens ont prétendu que la fête musulmane de l’Aïd al-Adha,
qui entraîne traditionnellement le sacrifice d’un agneau, prouve
que les cultures musulmanes manifestent moins de compassion pour les
animaux. Les Israéliens propagent de plus des stéréotypes
terriblement destructeurs sur les Palestiniens en particulier,
affirmant que la culture palestinienne inclut la violence, et ils
utilisent ces idées toutes faites pour justifier leur propre
violence envers les civils palestiniens. Ces affirmations, à la fois
infondées et racistes, font appel au rejet islamophobe des cultures
musulmanes dans l’altérité pour tenter de convaincre.

En
réalité, malheureusement, la plupart des cultures humaines, sinon
toutes, comportent des traditions qui impliquent de manger des
animaux. Certes, je préfèrerais que ce ne soit pas le cas mais, à
mon avis, cette réalité en dit moins sur telle ou telle culture que
sur les relations des humains avec les animaux non-humains en
général. De surcroît, Israël fait partie des trois
premiers pays

consommateurs de viande dans le monde, bien que ses partisans végans
omettent commodément de mentionner ce fait.

Le
véganisme intersectionnel

Nous
ne pouvons pas prétendre que nos choix, qu’il s’agisse de faire
en Israël un séjour subventionné ou de fréquenter tel ou tel
restaurant, sont dépourvus de conséquences. Soyons clairs : en
tant que végane, je me réjouis de voir que les gens sont de plus
en plus préoccupés par la manière dont nous traitons les animaux.
Par ailleurs, je suis sûre que de nombreux Israéliens végans ont
la volonté de mettre fin à l’occupation de la Palestine, et c’est
pour cette raison que j’ai délibérément mis l’accent sur le
blanchiment végan pratiqué par le gouvernement et les grandes
entreprises israéliennes ainsi que les personnes publiques comme les
blogueurs et les commerçants, et non sur les simples citoyens
d’Israël. Cela dit, je n’approuve pas la promotion du véganisme
à n’importe quel prix, parce qu’un véganisme qui ne se
préoccupe pas des questions intersectionnelles de l’oppression
humaine est incohérent sur le plan logique et ne m’intéresse pas.

On
trouve dans un de mes épisodes
préférés du podcast du Vegan Vanguard une remarque critique sur la
complicité de la communauté végane avec la campagne israélienne
de blanchiment végan : si les végans ne s’étaient pas hâtés
de présenter le véganisme comme un simple choix de style de vie
pour les consommateurs, il serait moins facile de récupérer le
véganisme au service d’objectifs trompeurs. Un mouvement végan
explicitement intersectionnel et anticapitaliste ne pourrait pas
fournir de justification cohérente à des atteintes aux droits
humains, même à un niveau superficiel. Dans notre désir de rendre
le véganisme plus attirant pour le grand public, nous, les végans,
avons bradé nos convictions politiques. Et ce sont les mauvaises
personnes qui les ont achetées, en même temps que le houmous
préféré des FDI.

Bien que nous affrontions des systèmes industriels et militaires puissants, nous pouvons encore lutter pour la justice. Rejeter une vision consumériste du véganisme, en savoir plus sur la cuisine et la culture palestinienne, et rejoindre le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) de la société civile palestinienne : ce sont là quelques actions à notre portée. Non seulement nous pouvons nous engager simultanément pour la libération humaine et animale, mais nous devons le faire, parce que ces deux aspects se renforceront mutuellement. Les parlementaires qui exigent des sièges en faux cuir pour y adopter des lois favorables à l’apartheid ou les soldates qui demandent des bérets sans laine à porter tout en semant la terreur n’ont rien à voir avec le véganisme. Le véganisme, ce sont les libertés, l’abondance, la libération pour toutes et tous. Cela pourrait l’être. Mais uniquement si la justice l’emporte en Palestine.

Source : Mondoweiss
Traduction : SM pour l’Agence Média Palestine




Expliquer le terme “état critique” à un enfant de huit ans : y a-t-il un moyen ?

Samer avec sa femme et ses enfants: Rita, 8 ans, Mina, 5 ans et Julan, 3 ans

Rita, une
enfant magnifique de 8 ans demande à sa mère de lui expliquer ce
que signifie « état critique ». Rita voulait en savoir
plus que ce que Wikipédia donne comme définition du mot, alors
qu’elle essayait de s’en faire une idée par elle-même. Cette
petite fille avait été informée auparavant de la raison pour
laquelle son père n’était jamais venu la chercher à l’école
le 25 septembre et qu’il avait été emmené à l’hôpital ;
et maintenant « état critique » est ce qu’elle entend
le concernant. Tout ce qu’elle sait est qu’il était bien
lorsqu’il l’a déposée à l’école ce matin-là.

Noura fixe
sa fille, sans voix, incapable de lui expliquer le sens du mot. « Je
ne savais pas quoi lui dire » ; les mots ne sortaient pas.

En prières
sincères, plusieurs églises palestiniennes ont fait des messes afin
de prier pour Samer Arbeed, ce Palestinien de 44 ans de Ramallah qui
a été kidnappé dans sa voiture le 25 septembre 2019 par quatre
Israéliens armés, devant sa femme.

Depuis, sa
famille n’a pas vu Samer et il est actuellement hospitalisé à
cause de graves tortures subies alors qu’il était détenu par
Israël. D’après les media israéliens, il est dans un « état
critique » et n’a pas repris conscience, selon les termes
d’une déclaration. Toujours selon la presse israélienne, Samer
est maintenu en vie par un respirateur artificiel et souffre de côtes
cassées et de défaillance rénale.

Noura, la femme de Samer, tenant son portrait à l’église

“Samer
est un bon père et un mari dévoué ». Il s’occupe aussi de
sa mère qui est âgée et d’un frère malade » ; elle
parlait les yeux pleins de larmes. Il est aussi un membre actif d’ONG
palestiniennes, dont l’une est l’Équipe de la Société Civile
pour l’Amélioration de la Transparence du Budget Public.

Il
faut noter que Samer a été arrêté le 26 août 2019, lorsque des
soldats israéliens lourdement armés ont attaqué sa maison tard le
soir et l’ont enlevé face à sa femme et à ses enfants. Il a été
détenu près d’une semaine sans accusation, après quoi il a été
relâché sur ordre du tribunal.

Son
enlèvement le 25 septembre a été tout aussi soudain et
traumatisant pour toute la famille, avec des conséquences bien plus
graves et pas d’issue en vue. Samer et Noura avaient déposé leurs
enfants à l’école et étaient en chemin lorsqu’ils ont remarqué
qu’ils étaient suivis. Tandis que leur voiture s’arrêtait,
quatre hommes armés ont attaqué Samer en le frappant sévèrement
au cou et sur d’autres parties du corps avant de l’emmener. Deux
heures plus tard, Noura aussi a été emmenée et détenue à un
checkpoint proche de la ville de Qalandia. De plus, des soldats
israéliens ont attaqué la maison de Samer et de Noura et ont
détruit ce qui leur appartient (vor les photos ci-dessous)

Pendant ce temps, Samer était transféré à la Mascobya à Jérusalem où il était torturé.

“Seul
Dieu et les responsables israéliens savent ce qu’il s’est passé
entre le 25 et le 27 septembre, date à laquelle Samer a été
transféré à l’hôpital de la Hadassa et placé sous contrôle
strict de sécurité, y compris avec interdiction d’avoir accès à
son avocat » a déclaré Noura.

Selon son
avocat, Samer a commencé à souffrir de graves douleurs à la
poitrine et à vomir constamment le lendemain de son arrestation. Il
s’est plaint auprès du juge à plusieurs reprises, mais a été
totalement ignoré de la justice israélienne.

Concernant
les visites : au moment où ce texte est écrit, la femme de
Samer, Noura, est toujours privée du droit de visite, même tant que
son mari est à l’hôpital. De plus, elle dit que son état de
santé est tenu secret. « L’occupation ne nous permet pas de
prendre connaissance de son état de santé et refuse de faire un
rapport médical sur l’état dans lequel il est ». Noura
craint pour la vie de son mari et en tient les autorités
israéliennes responsables. Son autre crainte concerne ses enfants
qui ont été témoins de l’attaque brutale de leur père par les
autorités de l’occupation israélienne. En dépit de tout ce qui
précède, elle garde espoir que la justice l’emporte et que sa
famille soit réunie : « De tout mon cœur, je prie pour
qu’il se rétablisse rapidement, qu’il revienne à la maison et
soit avec ses enfants ».

À cet
égard, nous voudrions attirer l’attention sur la politique
israélienne concernant les prisonniers palestiniens, en particulier
sur l’ordre de la justice israélienne garantissant à l’Agence
de Sécurité Israélienne, plus connue sous le nom de Shabak, une
permission spéciale pour utiliser des « moyens spéciaux »
(en d’autres termes la torture) pour les interrogatoires de « cas
spéciaux » de prisonniers palestiniens. Nous faisons aussi
appel à la communauté internationale pour que pression soit faite
sur Israël pour qu’il soit mis fin à ces pratiques qui brisent
l’esprit du détenu. Cette politique a été appliquée non
seulement à Samer Arbeed mais à un grand nombre de Palestiniens qui
ont été arrêtés sans explication sur leur statut et dont la mort
a parfois été l’issue. Selon l’ONG « le Club de la
Société des Prisonniers Palestiniens », 73 prisonniers ont
été tués suite à des tortures dans les prisons israéliennes
depuis 1967.

« Depuis
des années l’establishment israélien essaie de cacher ce qu’il
se passe dans les salles d’interrogatoire. Lorsque la torture est
utilisée dans les interrogatoires – ou des moyens spéciaux pour
employer le langage des dominants – ils redoublent d’efforts pour
le cacher. Même lorsque des témoignages sur la torture arrivent
jusqu’au public, le système fait tout ce qu’il peut pour garder
le rôle des interrogateurs dans l’ombre, allant jusqu’à signer
des plaider-coupable indulgents avec des suspects qui ont été
torturés, afin de s’assurer que la conspiration du silence se
maintienne intacte » comme l’a rapporté Haaretz.

Les images ci-dessous montrent quelques méthodes de torture auxquelles a recours l’occupation israélienne sur les prisonniers palestiniens ; mais elles ne se limitent pas à cela.

En 1999, la
Cour Suprême a interdit la torture, qui était autorisée
jusqu’alors. Mais des règlements suivants émis par le Procureur
Général Elyakim Rubinstein, en ont légitimé l’usage avec
l’approbation de représentants haut placés. « Un rapport
d’enquête d’Haaretz de 2015 a observé que l’usage de la
torture tendait à augmenter.

La torture
légalisée de Samer durant l’interrogatoire montre davantage la
complicité des autorités israéliennes, notamment l’autorité
judiciaire, dans un système de violation du droit de ne pas être
soumis à la torture. « Il est absolument scandaleux que
l’usage de la torture en interrogatoire continue à être approuvé
par les autorités israéliennes » ainsi que l’a déclaré
Amnesty International.

Et selon
les traités internationaux, qui contraignent juridiquement Israël,
« l’usage de la torture ne saurait être justifiée en
quelque circonstance que ce soit ». Le cas de Samer est un
exemple qui met honteusement en évidence la prétention du système
judiciaire d’Israël à respecter les traités sur les droits
humains ».

La société
civile palestinienne et les organisations de défense des droits
humains ont lancé un appel aux organisations de la société civile
dans le monde et aux institutions internationales, comme au
secrétaire général de l’ONU et à d’autres comités et agences
des Nations Unies, pour qu’ils fassent davantage d’efforts pour
mettre fin à la torture exercée sur les Palestiniens par
l’occupation israélienne. ces organisations ont aussi appelé à
la libération immédiate de Samer Arbeed, en sus de tenir les
autorités d’occupation israéliennes pour responsables de tous
leurs crimes contre les Palestiniens, comme stipulé dans les
articles 146 et 147 de la Quatrième Convention de Genève.

#Release_Samer_Arbeed #Stop_torture #Samer_is_resisting
#Standupforhumanrights 

Traduction : SF pour l’Agence Media Palestine




Pourquoi Wujood ?

Message
d’Amany Khalifa

9 octobre 2019

Pourquoi
Wujood ?

Wujood
révèle le Jérusalem dont la plupart des touristes n’ont pas
entendu parler. Tout d’abord, Wujood raconte aux visiteurs où ils
peuvent aller et ce qu’ils peuvent voir dans la partie orientale de
Jérusalem, leur fournissant des informations pratiques sur où
séjourner, manger, faire des courses dans la ville. D’autre part,
il présente le contexte politique et historique dans Jérusalem et
raconte son histoire d’un point de vue palestinien.

Plus
de 2.6 millions de touristes ont visité Jérusalem en 2016.
Pourtant, seulement 20 % d’entre eux ont séjourné dans des
hôtels de la partie orientale de la ville. Ce fait a deux
principales conséquences : politique et économique.
Politiquement, le récit palestinien demeure absent dans ce que
vivent ces touristes en Palestine. Ils ne voient pas, n’entendent
pas parler de l’occupation. Ils ne sont pas exposés à la
politique israélienne de déplacement que subissent les Palestiniens
à Jérusalem. Economiquement, ces touristes ne dépensent pas leur
argent dans les commerces palestiniens de la ville, soutenant – sans
le savoir – les projets israéliens d’asphyxie de l’économie
palestinienne dans la ville en tant qu’outil pour le déplacement.

Wujood
fournit la part de l’histoire dont les autorités de l’occupation
ne veulent pas que les visiteurs soient informés. Ce n’est pas
uniquement l’histoire d’un nettoyage ethnique agressif et
systématique à l’encontre des Palestiniens ; c’est aussi
l’histoire de toute une partie de la ville qui a tant à offrir aux
visiteurs : une vieille histoire de culture et de patrimoine, de
nature magnifique, de mets délicieux, de familles accueillantes,
d’initiatives et d’organisations populaires vivifiantes, et plus
encore.

Les
frontières de Jérusalem ont été redessinées encore et encore
depuis l’occupation de 1948. Aujourd’hui, ses différentes
parties sont fragmentées par diverses lignes, et Wujood réunit ces
parties pour restaurer le Jérusalem que nous connaissons
historiquement.

Wujood
raconte aussi où vous devriez circuler en Palestine, d’Akka (Acre)
au nord, jusqu’au désert a-Naqab (du Negev) au sud, et de Jéricho
à l’Est, jusqu’à Jaffa à l’ouest, puisque c’est la même
histoire de l’absence forcée de l’histoire, de la culture et de
l’économie palestiniennes.

Nous
avons créé ici une courte vidéo qui décrit les chapitres du
livre. Voici le lien
https://www.facebook.com/grassroots/jerusalem/videos/35O864882529976/
C’est en anglais bien sur mais vous pouvez l’avoir.

Facebook :
www.facebook.com/grassrootsjerusalem

Twitter : @GrassrootsJlem

Une
fois que vous aurez publié l’info, faites le moi savoir afin que
nous puissions, nous aussi, la partager.

Sincères
remerciements,

Amany

Traduction :
J. Ch. pour l’Agence Média Palestine




Comment les médecins israéliens permettent l’industrie de la torture du Shin Bet

Ruchama Marton – 7 octobre 2019

De
l’approbation de techniques brutales d’interrogatoire à la
rédaction de faux rapports médicaux, en Israël les médecins ont
joué un rôle actif dans la torture des prisonniers palestiniens.

Photo qui donne l’exemple d’un soldat bandant les yeux d’un prisonnier palestinien. (/Flash90)

Si le Shin Bet dirige une
école pour ses agents et responsables d’interrogatoires, il y a
certainement dans le programme des cours une classe pour apprendre
comment mentir. Il semble que les textes enseignés ne changent pas
au cours des années. En 1993, répondant aux accusations comme quoi
le Shin Bet avait brutalement torturé le détenu palestinien Hassan
Zubeidi, le commandant d’alors du Commandement de la zone Nord des
FDI, Yossi Peled, avait dit au journaliste israélien Gabi Nitzan :
« Il n’y a pas de torture en Israël. J’ai servi pendant 30
dans les FDI et je sais de quoi je parle. »

Vingt-six
ans plus tard, le directeur adjoint du Shin Bet et ancien
interrogateur du Shin Bet, Yitzhak Ilan, a répondu dans les mêmes
termes au présentateur du journal de la télévision nationale,
Ya’akov Eilon, alors qu’il parlait de Samer Abeed, Palestinien de
44 ans qui a été hospitalisé dans un état critique après avoir
été apparemment torturé par le Shin Bet. Arbeed est soupçonné
d’avoir organisé un attentat meurtrier à la bombe qui a tué une
adolescente israélienne et blessé son père et son frère près
d’une source en Cisjordanie. Ilan s’est rebiffé contre l’idée
que le Shin Bet puisse être de quelque façon que ce soit
responsable de l’état d’Arbeed.

Laissant
de côté ces formes absurdes de déni, en tant que médecin et
fondatrice de Médecins pour les Droits de l’Homme (PHR) –
Israël, j’ai toujours été préoccupée par la façon dont les
médecins israéliens permettent l’industrie israélienne de la
torture et y coopèrent.

En
juin 1993, j’ai organisé à Tel Aviv, au nom du PHR, une
conférence internationale contre la torture en Israël. A cette
conférence, j’ai présenté un document médical du Shin Bet que
le journaliste israélien Michal Sela avait découvert par hasard.
Dans ce document, on demandait au médecin du Shin Bet si les
prisonniers en question avaient quelque restriction médicale avant
de les enfermer à l’isolement, si on pouvait les attacher,
recouvrir leur tête, ou les maintenir debout pendant de longues
périodes.

Le
Shin Bet a nié qu’un document de ce genre ait jamais existé. « Il
n’y a pas de document. Ce n’était qu’un simple papier
expérimental qui n’est pas utilisé », a déclaré l’agence.
Quatre ans plus tard, un deuxième document, qui semblait ressembler
au premier, est apparu. Ce document demandait aux médecins
d’autoriser la torture en accord avec plusieurs clauses
précédemment approuvées.

Le premier document, ainsi que
d’autres découvertes, ont été publiés dans le livre intitulé
« Torture : Droits de l’Homme, Ethique Médicale et le
Cas d’Israël » ; Steimatzky, la plus ancienne et la plus
grande chaîne de librairies d’Israël, a interdit sa vente.
Peut-être est-ce une preuve supplémentaire de l’absence de
torture en Israël.

Après la découverte de ce
document, le PHR s’est adressé à l’Association Médicale
d’Israël (IMA) et lui a demandé de se joindre à la lutte contre
la torture. L’IMA a demandé que le PHR lui remette les noms des
médecins du Shin Bet qui avaient signé l’autorisation sur ce
document afin qu’elle puisse s’en occuper en interne.

J’ai
refusé de remettre les noms et j’ai dit au défenseur de l’IMA
que je ne souhaitais pas poursuivre des médecins lambda – Je
voulais changer le système tout entier. Cela signifiait abolir la
légitimité accordée aux confessions arrachées sous la torture,
former les membres de l’IMA à l’absence de coopération avec les
tortionnaires, et surtout fournir une aide active à ces médecins
qui font part de leurs soupçons de torture et d’interrogatoires
brutaux.

En
retour, l’IMA s’est contentée d’enregistrer nos déclarations
tout en ne faisant rien pour empêcher les médecins du Shin Bet de
coopérer à la torture. Par ailleurs, l’organisation a failli à
son obligation d’organiser un forum pour que les médecins puissent
faire état de leurs soupçons de torture.

Un
échec éthique, moral et pratique

Mais ce ne sont pas que les
médecins du Shin Bet et du Service Pénitentiaire d’Israël qui
collaborent à la torture. Des médecins des services d’urgence
d’Israël rédigent des rapports médicaux mensongers pour obéir
aux exigences du Shin Bet. Prenez, par exemple, le cas de Nader
Qumsiyeh de la ville de Beit Sahour en Cisjordanie. Il a été arrêté
chez lui le 4 mai 1993 et a été emmené au Centre Médical Soroka
de Be’er Sheva cinq jours plus tard. Là, un urologue lui a
diagnostiqué une hémorragie et une torsion du scrotum.

Qumsieh a affirmé qu’on
l’avait battu pendant son interrogatoire et frappé sur les
testicules.

Dix jours plus tard, Qumsieh a
été présenté devant le même urologue pour un examen médical,
après que celui-ci ait reçu un coup de téléphone de la part de
l’armée israélienne. L’urologue a écrit une lettre rétroactive
(comme s’il l’avait écrite deux jours plus tôt), et en réalité
sans accomplir un examen supplémentaire du patient, dans laquelle il
disait que « selon les dires du patient, il est tombé dans les
escaliers deux jours avant dans la salle des urgences ». Cette
fois-ci, le diagnostic a été « hématome superficiel dans la
région du scrotum, correspondant à des contusions locales subies
entre deux et cinq jours avant l’examen ». La lettre
originale de l’urologue, écrite après le premier examen, a
disparu du dossier médical de Qumsieh.

L’histoire nous apprend que
partout des médecins assimilent facilement et efficacement les
valeurs du régime, et beaucoup d’entre eux deviennent de loyaux
serviteurs du régime. Ce fut le cas dans l’Allemagne nazie, aux
Etats Unis, et dans divers pays d’Amérique Latine. C’est la même
chose en Israël. Le cas de Qumsieh, à côté d’innombrables
autres, reflète l’échec éthique, moral et pratique du corps
médical en Israël vis-à-vis de la torture.

De jeunes Palestiniens déguisés en prisonniers manifestent pour la libération des prisonniers palestiniens détenus dans les prisons israéliennes, Gaza ville, le 21 avril 2007. (Ahmad Khateib/Flash90)

Déjà au 18ème siècle, des
juristes – plutôt que des médecins – avaient publié des avis
juridiques assortis de la preuve qu’il n’y avait pas de lien
entre faire mal et obtenir la vérité. Ainsi, et la torture et les
confessions arrachées sous la douleur étaient juridiquement
disqualifiées. On peut seulement supposer que les dirigeants du Shin
Bet, de l’armée et de la police connaissent ce petit morceau
d’histoire.

Et pourtant, la torture –
qui comprend à la fois de la cruauté mentale et physique –
continue à être pratiquée à grande échelle. Pourquoi ?
Parce que le véritable but de la torture et de l’humiliation,
c’est de briser le moral et le corps du prisonnier. De détruire sa
personnalité.

La compréhension juridique
pour interdire la torture est fondée sur une idée utilitaire qui
veut qu’on ne peut parvenir à la vérité en infligeant de la
souffrance. Mais les médecins sont engagés – avant tout – dans
l’idée que tout ce qui peut provoquer un tort physique ou mental à
un patient est interdit.

Le document médical
d’admissibilité du Shin Bet autorise la privation de sommeil, il
permet aux interrogateurs d’exposer les prisonniers à des
températures extrêmes, de les battre, de les entraver pendant de
longues heures dans des positions pénibles, de les obliger à rester
debout pendant des heures jusqu’à ce que les vaisseaux de leurs
pieds éclatent, de recouvrir leur tête pendant de très longues
périodes, de les humilier sexuellement, de leur briser le moral en
rompant les liens avec leurs familles et leurs avocats, de les
maintenir à l’isolement jusqu’à ce qu’ils perdent la raison.

Le formulaire médical
d’admissibilité du Shin Bet n’est pas le même que celui utilisé
pour vérifier l’admissibilité à l’armée de l’air ou à la
conduite de voitures. Cette sorte d’ « admissibilité »
conduit directement le prisonnier dans la salle de torture – et le
médecin le sait. Le médecin sait à quelle sorte de processus de
souffrance et d’humiliation systématiques il ou elle donne son
consentement et son approbation. Ce sont des médecins qui controlent
la torture, examinent le prisonnier torturé et rédigent l’avis
médical ou le rapport pathologique.

Des militants israéliens participent en 2011 à une action de protestation contre l’utilisation de la torture. (photo : Oren Ziv/Activestills.org)

La
blouse blanche traverse la salle de torture comme une ombre
silencieuse pendant les interrogatoires. Un médecin qui coopère
avec l’industrie israélienne de la torture est complice de cette
même industrie. Si un prisonnier ou une prisonnière meurt pendant
un interrogatoire, le médecin est complice de sa mort. Médecins,
infirmières, assistants médicaux et juges qui savent ce qui se
passe et préfèrent garder le silence sont tous complices.

Nous
devons inconditionnellement nous opposer à toutes les formes de
torture – sans exception. Nous, citoyens d’un Etat démocratique,
devons refuser de coopérer avec le crime qu’est la torture, et
d’autant plus lorsqu’il s’agit de médecins.

Nos
devons aussi ne pas nous cacher derrière l’idée que la torture
est un symptôme de l’occupation tout en nous racontant que cette
pratique disparaîtra lorsque l’occupation prendra fin. La torture
est une vision du monde selon laquelle les droits de l’homme n’ont
ni place ni valeur. Elle existait bien avant l’occupation et elle
continuera à exister si nous ne changeons pas cette vision.

Les pratiques d’investigation
violentes et cruelles ne bénéficient pas à la sécurité
nationale, même si elles sont commises en son nom. La torture
provoque une destruction croissante de notre tissu social lui même.
Ce sont non seulement ceux qui effectuent cette terrible sorte de
« travail » qui perdent les valeurs de moralité, de
dignité humaine et de démocratie, mais aussi ceux qui gardent le
silence, ne voulant pas savoir. En fait, nous tous.

Dr.
Ruchama Marton est la fondatrice de Médecins pour les Droits de
l’Homme – Israël. Cet article a d’abord été publié en
hébreu sur Local Call. Lisez le ici.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : +972 Magazine




Plus de 100 universitaires juifs condamnent l’administration Trump pour son exploitation de l’antisémitisme


Joshua Leifer –– 6 octobre 2019

Plus
de 100 universitaires juifs signent une lettre ouverte exigeant que
l’administration Trump cesse d’exploiter l’antisémitisme en
vue de briser la critique d’Israël sur les campus.

Le Président Donald Trump et la Première Dame Melania Trump visitent un mémorial à côté de la synagogue Arbre de Vie de Pittsburgh le mardi 30 octobre 2018, à la suite du massacre de masse qui a tué 11 fidèles. (Andrea Hanks/White House)

Des
universitaires juifs ripostent aux tentatives de l’administration
Trump de faire taire la critique d’Israël sur les campus. Plus de
100 universitaires juifs ont signé une lettre ouverte adressée au
Département Américain de l’Éducation en réponse à sa demande
que le Consortium d’études du Moyen Orient de l’Université Duke
de Caroline du Nord modifie son programme, sous peine de voir ses
financements supprimés.

La
lettre ouverte à la Secrétaire de l’Éducation Betsy DeVos, parmi
les signataires de laquelle  on copte des intellectuels
connus tels que Judith Butler, Noam Chomsky, et l’artiste Molly
Crabapple, condamne l’enquête récente du Département de
l’Éducation menée dans le consortium et l’ultimatum auquel elle
a donné lieu, comme « une campagne sans fondement et anti
démocratique  d’intimidation ; la lettre accuse le
Département de l’Éducation « d’exploiter  la
peur de l’antisémitisme » et « d’utiliser les juifs
et notre inquiétude quant à l’antisémitisme, pour essayer de
justifier une politique répressive ».

La
lettre dénonce aussi « l’islamophobie choquante présente »
de la lettre du Département de l’Éducation dans sa présentation
de ce que l’enquête a révélé.

DeVos a
ordonné une enquête dans le consortium de l’Université Duke
suite à une plainte selon laquelle une conférence accueillie en
mars dernier sur la politique dans la bande de Gaza – où sont
intervenus plusieurs experts américains, israéliens et palestiniens
très respectés – a fait montre « de graves biais anti
israéliens et d’une rhétorique antisémite ».

Le
Département de l’Éducation a, sous Trump, adopté une posture
agressive vis-à-vis de la critique d’Israël, plus
particulièrement vis-à-vis du mouvement Boycott, Désinvestissement
et Sanctions (BDS) – un changement peut-être le mieux incarné par
la nomination du chef du département des droits civiques, Ken
Marcus. Opérateur professionnel pro-Israël de longue date, Marcus a
poussé le gouvernement à définir le mouvement BDS comme antisémite
et à désigner le militantisme anti occupation et de solidarité
avec la Palestine comme des violations des droits civiques des
étudiants juifs.

Mais
alors que la plainte initiale concernant un biais anti-Israël et de
l’antisémitisme fut ostensiblement le catalyseur de l’enquête
du Département de l’Éducation, le texte faisant part de ses
observations n’a fait mention ni d’antisémitisme ni d’Israël.
En revanche, le Département de l’Education a prétendu que le
consortium de Duke ne répondait pas aux critères requis pour
obtenir des financements fédéraux, en se centrant trop sur des
cours en études culturelles et sur des thèmes comme « l’amour
et le désir dans l’Iran moderne » et pas assez sur « le
développement de la sécurité et de la stabilité des États
Unis ». Ainsi, ce qui a commencé avec le prétexte d’enquêter
sur la base d’une accusation déjà fallacieuse d’antisémitisme
finit par une intervention fédérale rare dans le programme des
cours d’une institution universitaire.

« Voilà
que le Département de l’Éducation s’attaque à une conférence
traitant de Gaza pour avoir un effet dissuasif sur la liberté de
parole sur les campus » a dit Lara Friedman, présidente de la
Fondation pour la Paix au Moyen Orient et qui était une des
intervenantes de la conférence sur Gaza en mars dernier. L’action
du Département de l’Éducation, a-t-elle dit dans une interview, a
effectivement été une attaque en règle au niveau national contre
les programmes d’études sur le Moyen Orient qui acceptent des
fonds fédéraux ».

« L’attaque
conte la conférence sur Gaza était bidon dès le départ » a
ajouté Friedman. « Quiconque s’est réellement penché sur
ce qu’il s’est passé lors de la conférence dirait « ce
n’est pas de l’antisémitisme ». Et il semble que le
Département de l’Éducation ait été incapable – à supposer
qu’il fût motivé pour essayer de trouver de l’antisémitisme –
d’en trouver.

Discours de Betsy DeVos,  Secrétaire Fédérale de l’Éducation au Congrès 2017 de l’Action Politique Conservatrice, à National Harbor, dans le Maryland, 23 février 2017 (Gage Skidmore/CC BY-SA 2.0)

Charlotte
Rosen, une doctorante de l’Université Northwestern qui a participé
à la rédaction de la lettre ouverte des universitaires juifs, a
qualifié l’enquête du Département de l’Éducation « d’usage
cynique » du traumatisme juif historique et une tentative de
contrôler ce qui se disait sur la politique israélienne et de faire
taire des voix déjà marginalisées.

La
lettre des universitaires juifs, dit-elle, était destinée à
signaler à l’administration Trump « un rejet venant de la
communauté même pour laquelle il prétend agir et parler en son
nom ». Rosen a jouté que l’objectif suivant serait de
« continuer à s faire entendre que la critique d’Israël et
de la politique israélienne n’est pas antisémite.

L’enquête
du Département de l’Éducation sur le consortium de Duke fait
partie de l’offensive anti BDS en cours de la part des pro-Israël.
Avec l’aide de l’administration Trump, cette offensive intègre
les efforts du Secrétaire adjoint Marcus pour changer la définition
de l’antisémitisme du gouvernement, les tentatives d’étouffer
sur les campus la critique d’Israël et le militantisme solidaire
des Palestiniens, et des projets de lois anti boycott – que l’ACLU
considère anticonstitutionnels –adoptés dans au moins 27 États.
Des organisations de la bourgeoisie juive américaine, depuis la
Ligue anti diffamation jusqu’au Comité juif américain, ont
fortement appuyé ces mesures.

« Nous
sommes préparés, apparemment, en tant que groupe, à l’étouffement
de la liberté de parole sur les campus, dans l’espace public, si
c’est ce qui est exigé pour qu’exception soit faite sur Israël »
a dit Friedman à propos de la position des organisations
communautaires juives à l’égard de l’enquête du Département
de l’Éducation et de l’éruption de projets de lois anti
boycott. Le fait que cela se produise dans un moment de croissance de
l’intolérance anti progressiste, de montée d’un antisémitisme
mortel et que notre communauté participe activement et contribue à
la fermeture de l’espace pour une parole libre, pour la
contestation politique, est inadmissible ».

Joshua
Leifer is rédacteur du magazine Dissent. Il a été précédemment
rédacteur du magazine +972. Il a aussi écrit dans The Guardian, The
Nation, n+1,et ailleurs

Source : +972
Traduction : SF pour l’Agence Media Palestine




Israël se prépare à expulser le cofondateur de BDS Omar Barghouti

Jonathan Ofir 7 Octobre 2019 – Mondoweiss

Le ministre de l’intérieur d’Israël dit qu’il prend des mesures pour forcer Omar Barghouti, le cofondateur du mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions, à quitter le pays. 

J’entends agir rapidement pour priver Omar Barghouti de son statut de résident en Israël… Voici un homme qui fait tout pour nuire au pays et qui ne doit donc pas jouir du droit d’être un résident d’Israël. 

Aryeh Deri a dit qu’il avait donné des ordres à l’Autorité de la Population et de l’Immigration pour préparer l’opinion publique à la déportation de Barghouti.

L’annonce a été faite après que Dina Zilber, Procureure générale adjointe, a informé le bureau de Deri qu’il avait l’autorité pour révoquer le statut de résident de Barghouti. La base juridique : un amendement de 2018 au droit de résidence, qui classe « l’abus de confiance » comme délit pouvant justifier la suppression du statut de résident. Barghouti a épousé une résidente palestinienne d’Israël et vit à Acre sous le statut de résident. 

Imaginez – l’État vous « fait confiance » pour ne pas le blâmer de ses abus, il vous « fait confiance » pour ne pas vous plaindre et pour accepter ces abus, et si vous protestez, même d’une manière non violente et civile, vous avec brisé cette «confiance ».

Barghouti est depuis longtemps la cible de suggestions fascisantes. Lors d’une conférence anti BDS en 2016, sponsorisée par le quotidien israélien Yediot Aharonot, Israël Katz, alors ministre israélien des transports et du renseignement, a suggéré « des éliminations civiles ciblées » de la direction de BDS. « Élimination ciblée » est un terme israélien bien connu pour assassinat. Il a simplement ajouté « civiles » pour que ça sonne plus « civil ». Barghouti a été nommément désigné et le czar anti BDS, Gilad Erdan a dit que les militants BDS « paieraient le prix ». « Nous en saurons bientôt davantage sur notre ami Barghouti », insinua Erdan insidieusement. 

Peu après, le bureau local du ministère de l’intérieur notifia à Barghouti que son passeport (qu’il doit renouveler tous les deux ans) ne serait pas renouvelé. Il a alors été renouvelé temporairement, sur pression juridique. Barghouti dit alors à Glenn Greewald : 

Donc nous sommes réellement décontenancés, je suis personnellement assez décontenancé par ces menaces. Nous vivons dans un pays où le racisme et les provocations raciales contre les Palestiniens indigènes se sont énormément développés dans l’opinion dominante en Israël. Être très ouvertement raciste vis-à-vis des Palestiniens est vraiment devenu la norme aujourd’hui. De nombreux colons et Israéliens de la droite dure prennent les choses en mains – avec le soutien total de l’État – et attaquent les Palestiniens. Donc, dans ce contexte je suis décontenancé, mais je ne suis aucunement découragé. Je vais poursuivre mon combat non violent pour les droits des Palestiniens sous l’égide du droit international et rien de ce qu’ils peuvent faire ne m’arrêtera.

Barghouti a certes été « ciblé », mais jusqu’à présent uniquement par les moyens « civils » consistant à empêcher ses voyages par des mesures bureaucratiques. Ce fut le cas récemment pour les États Unis et le Royaume Uni, par des retards et refus vagues que le gouvernement n’a pas cherché à justifier.

Dans le cas des États Unis en avril dernier, Barghouti a été stoppé à l’aéroport israélien Ben Gourion et on lui a interdit de se rendre aux USA, bien qu’il possédât un visa en cours de validité. James Zogby, de l’Institut arabo-américain, qui avait coordonné le voyage, a fait le commentaire suivant : 

Omar Barghouti est une voix palestinienne majeure sur la question des droits humains. Le refus d’entrée aux USA opposé à Omar est le dernier exemple en date du mépris de l’administration Trump envers ces droits. 

Dans le cas du Royaume Uni, le mois dernier, Barghouti était censé s’exprimer à un événement périphérique du Congrès du Parti du Labour, organisé par PSC, la Campagne de Solidarité avec la Palestine. Finalement il a parlé par skype, à cause d’un « retard anormal inexpliqué » dans la délivrance de son visa. PSC a fait la déclaration suivante :

Le retard sans précédent mis à l’examen de la demande de visa de Barghouti par le gouvernement britannique fait partie intégrante des efforts croissants de la part d’Israël et de ses alliés pour faire taire les voix palestiniennes et le mouvement pour les droit des Palestiniens.

La mesure récente visant à révoquer le statut de résident de Barghouti semble venir d’une campagne de provocation de droite du groupe  Betzalmo (un jeu de mots sur le groupe de veille sur les droits humains B’Tselem). Ils ont écrit au procureur général Avichaï Mandelblit et à Deri, il y a à peine une semaine, en les incitant à expulser Barghouti. Dans leur lettre, ils ont fait mention du refus d’entrer de la part des États Unis et ont demandé pourquoi le gouvernement israélien n’avait pas agi en vue de priver Barghouti de ses droits de résidence. Ils ont fabriqué l’argument selon lequel Barghouti nuit à l’État, rompt l’allégeance et constitue une menace pour la sécurité :

Une loi récente autorise le Ministre de l’intérieur, avec l’approbation du procureur général, à révoquer le statut de résidence de quiconque porte atteinte à la sécurité de l’État ou viole l’allégeance à l’État, ou met en danger l’ordre public… Il ne fait aucun doute que la direction du mouvement de boycott contre tous les citoyens de l’État d’Israël par Barghouti nuit gravement à l’État d’Israël et constitue une rupture flagrante d’allégeance, ainsi qu’une menace pour la sécurité et la défense d’Israël, en faisant pression pour un embargo sur les armes envers Israël.

Donc : le feu vert du bureau du procureur général, un feu vert de plus du bureau de Deri, et la machine paraît prête pour déporter le « traitre ». 

Pour Israël, Barghouti prouve qu’on ne peut pas faire confiance aux Palestiniens pour qu’ils se taisent et qu’il faut qu’ils l’apprennent par la manière forte. Mais chaque pas que fait Israël dans sa tentative de répression pour faire taire la contestation, constitue une nouvelle raison de le boycotter. Comme Erdan l’a promis, nous avons bien sûr entendu beaucoup de choses de la part de et au sujet d’Omar Barghouti. Et nous en entendrons encore bien plus à son sujet et sur BDS.

Jonathan Ofir, musicien israélien, chef d’orchestre et blogueur/écrivain basé au Danemark

Traduction SF pour l’Agence Media Palestine

Source: Mondoweiss




En Direct de Gaza – Un jeune assassiné et 54 blessés dans la bande de Gaza-bilan provisoire- vendredi 4 octobre 2019

Par Ziad Medoukh

En Direct de Gaza :

Un jeune assassiné et 54 blessés dans la bande de Gaza-bilan provisoire- :

Ce vendredi 4 octobre 2019 :

Et ça continue !

L’armée israélienne a assassiné ce vendredi 4 octobre 2019 un jeune palestinien de 28 ans à Jabalya au nord de la bande de Gaza, et en a blessé 54 autres -bilan provisoire- par des balles réelles.

Ces palestiniens manifestaient pacifiquement près des zones tampon de sécurités imposées par les forces de l’occupation israélienne sur les frontières de la bande de Gaza.

Et ça continue !

Silence, on tue les jeunes de Gaza!

Les crimes israéliens contre notre peuple se poursuivent

C’est terrible !

Jusqu’à quand ces massacres israéliens contre notre peuple ?

Plus de 11.000 palestiniens de toute la bande de Gaza se sont ressemblés en masse ce vendredi 4 octobre 2019 pour la 77ème semaine de la grande « Marche du retour » sur les frontières-le vendredi de « La réconciliation est le choix de notre peuple  » – dans une initiative non-violente afin de montrer l’attachement des Palestiniens à leur terre, que le droit au retour est sacré pour tout le peuple palestinien, et pour exiger la levée du blocus israélien inhumain sur la bande de Gaza.

Les soldats israéliens qui se trouvaient sur les frontières ont ouvert le feu en tuant une personne et en blessant cinquante-quatre.

Les manifestants et malgré la brutalité des forces de l’occupation israélienne, les balles réelles, les gaz lacrymogène de l’occupant, sont plus que jamais déterminés à poursuivre ce type d’actions. Ils développent des stratégies non-violentes face à cette occupation aveugle

Ils défient les soldats israéliens avec leurs drapeaux palestiniens dans les mains et leurs actions pacifiques.

Honte à cette occupation illégale !

Vive la solidarité !

Gaza sous blocus résiste

La Palestine vivra !

La justice triomphera !




Un rapport des Nations Unies donne à Israël carte blanche pour diffamer le mouvement BDS

Ali Abunimah – 1 octobre 2019

Ahmed Shaheed, le rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté de religion, pense qu’Israël devrait avoir carte blanche pour diffamer comme antisémites les militants des droits humains. (UK Foreign and Commonwealth Office)

Un
nouveau rapport de l’expert des Nations Unies donne à Israël et à
son lobby carte blanche pour diffamer comme antisémite les
mouvements pour les droits palestiniens.

Ahmed
Shaheed
,
le rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté de religion
ou de croyance, a
publié le rapport
,
officiellement consacré à l’antisémitisme, fin septembre.

Il
adopte une définition controversée de l’antisémitisme dont
Israël et ses groupes de pression font la
promotion.

Les
défenseurs des droits humains ont alerté depuis longtemps sur le
fait que la prétendue définition
de l’IHRA

assimile la critique d’Israël et de son idéologie d’état, le
sionisme, d’un côté,
avec
le sectarisme anti-juif de l’autre.

Le
rapport de Shaheed reconnait que les critiques de la définition sont
inquiets de ce « qu’elle puisse être appliquée de manière à
pouvoir effectivement restreindre l’expression politique
légitime », en particulier la critique des violations des
droits palestiniens par Israël.

Il
conseille donc d’utiliser la définition « en tant qu’outil
éducatif non-juridique » afin de minimiser de tels « perturbants
effets ».

Shaheed
avertit aussi les organismes gouvernementaux qui utilisent la
définition « dans un contexte régulatoire » d’exercer la «
diligence requise » pour s’assurer que la liberté d’expression
soit protégée.

Il
repousse en douceur les tentatives pour mettre hors-la-loi BDS — le
mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions en faveur des
droits palestiniens.

Sans
nécessairement les approuver, Shaheed offre une place aux
affirmations du lobby israélien selon lesquelles les objectifs du
mouvement BDS — liberté, égalité et justice pour les
Palestiniens — sont « fondamentalement antisémites ».

Il
admet finalement que « le droit international reconnait les boycotts
comme des formes légitimes d’expression politique, et que les
expressions non violentes de soutien à des boycotts sont, de manière
générale, des discours légitimes qui devraient être protégés ».

Violant
ses propres avertissements

Mais
dans son rapport, Shaheed ignore ses propres avertissements, en
offrant une large crédibilité aux tentatives d’Israël pour
redéfinir comme de l’antisémitisme la défense de l’égalité
palestinienne.

Par
exemple, en discutant le mouvement BDS, il affirme que l’expression
qui « rejette le droit d’Israël à exister ou promeut la
discrimination contre des individus juifs à cause de leur religion
devrait être condamnée ».

Le
mouvement BDS condamne
déjà explicitement

la discrimination contre les Juifs en tant qu’ils seraient juifs,
comme il rejette toutes les formes de racisme.

Mais
regrouper le sectarisme antijuif avec la remise en question de
l’affirmation politique d’Israël selon laquelle il a « le droit
d’exister », fait partie de l’objectif plus large du rapport de
Shaheed, brouiller les cartes.

C’est
clair là où il attaque ce qu’il labelle « antisémitisme de
gauche ».

Shaheed
affirme que dans certains cas les prétendus antisémites de gauche «
ont assimilé le sionisme, le mouvement d’auto-détermination du
peuple juif, avec du racisme ; ont affirmé qu’Israël n’a pas le
droit d’exister ; et ont accusé de mauvaise foi ceux qui
exprimaient leur inquiétude vis-à-vis de l’antisémitisme
».

Shaheed
lance ces affirmations comme si elles n’étaient pas controversées,
mais chacune d’elles contient une déclaration politique
fréquemment faite par Israël et son lobby, et hautement contestée.

Etouffer
le débat

D’abord,
comme l’a expliqué
l’universitaire Joseph
Massad,
de l’université Columbia,
l’affirmation selon laquelle le sionisme serait le mouvement
d’auto-détermination du peuple juif est une invention récente
remontant aux années 1960 et 1970.

Massad
note qu’historiquement, le sionisme se définissait toujours comme
un mouvement de colonisation. Ce n’est que dans la période
post-coloniale qu’il s’est donné une nouvelle image comme
mouvement pour la « libération nationale » et
l’auto-détermination.

Ensuite,
la notion qu’Israël en tant qu’état a
un « droit à l’existence » abstrait va à l’encontre des
préceptes de base de la démocratie et du droit international.
Israël n’a pas plus « le droit d’exister » que, disons,
l’Allemagne de l’Est ou le Royaume-Uni.

L’Allemagne
de l’Est a cessé d’exister en 1990, avec la réunification
allemande. Personne n’argue que l’Allemagne de l’Est a un
certain droit abstrait de ressusciter, que le peuple allemand le
veuille ou non.

De
même, le Royaume-Uni a existé pendant des siècles, mais même les
dirigeants de l’état britannique n’argumentent pas qu’il a un
droit abstrait à continuer d’exister pour toujours, contre les
souhaits des personnes qui le constituent.

C’est
pourquoi l’Ecosse a pu avoir un référendum
sur son indépendence en 2014 et en aura probablement
un
autre

dans l’avenir.

C’est
aussi pourquoi l’état britannique reconnait que les habitants
d’Irlande du Nord, qui fait actuellement partie du Royaume-Uni, ont
le droit
de voter dans un référendum

pour rejoindre une Irlande unifiée.

Ceci
parce que l’auto-détermination
appartient aux résidents légitimes

d’un territoire : les états n’ont pas « un droit d’exister ».

Ce
qui est vrai, plutôt, c’est qu’un peuple vivant légitimement
dans un territoire a le droit de constituer l’entité qui le
gouverne.

Les
colons qui envahissent et occupent ce territoire, expulsant ou
soumettant ses résidents légitimes, ne peuvent légitimer leur
propre présence simplement en renommant leur invasion
« autodétermination » des colons, comme Israël essaie de le
faire.

Une
affirmation israélienne plus spécifique est qu’Israël a « le
droit d’exister comme
état juif

» — de fait, qu’il a le droit de maintenir une majorité
démographique juive.

Cette
majorité a été violemment fabriquée par des moyens
intrinsèquement illégitimes : le nettoyage ethnique de 800 000
Palestiniens par les milices sionistes en 1948.

Comme
j’ai expliqué
en 2014 dans mon livre
,
The
Battle for Justice in Palestine

(La
lutte pour la justice en Palestine
),
l’affirmation d’Israël selon laquelle il a le « droit » de
maintenir une majorité juive veut dire qu’il a un droit perpétuel
à promulguer des politiques intrinsèquement racistes contre le
peuple palestinien autochtone, de manière à contrôler
sa taille
.

Il
va aussi de soi qu’une politique sioniste basique, niant le droit
au retour des réfugiés palestiniens,
est
de fait raciste
:
Israël ne permet pas aux Palestiniens et à leurs
descendants
expulsés de leur pays natal par les sionistes de revenir dans leurs
foyers, uniquement parce qu’ils ne sont pas juifs.

Présumé
coupable

Troisièmement,
l’affirmation de Shaheed selon laquelle mettre en question
n’importe
quelle

accusation d’antisémitisme est en soi une preuve d’antisémitisme
rend impossible aux militants de se défendre.

En
fait
les
allégations fabriquées

d’antisémitisme ont été au coeur des tentatives d’Israël pour
stopper le mouvement de solidarité avec la Palestine sur les campus
américains.

Des
accusations
fausses
sont aussi utilisées pour diffamer le Parti travailliste
britannique, dirigé par
Jeremy
Corbyn, comme institutionallement antisémite.

Il
est compréhensible que les propagandistes d’Israël ne veuillent
pas
que
leurs mensonges et leurs calomnies soient exposés
.

Mais
il semblerait que Shaheed croit lui aussi que ceux faussement accusés
d’antisémitisme doivent être automatiquement considérés comme
coupables et n’aient jamais l’occasion de se défendre.

Il
donne donc à Israël et à son lobby carte blanche pour diffamer et
calomnier qui ils veulent.

Avec
des affirmations vagues, de mauvaise foi et malhonnêtes, le rapport
de Shaheed tente de mettre hors limite les questions basiques de
libre expression et de droits palestiniens en affirmant que le simple
fait de les discuter est antisémite.

La
raison pour cela est claire : les affirmations sionistes ne résistent
pas à un examen argumenté et fondé sur les faits. La meilleure
stratégie d’Israël est donc d’étouffer toute discussion.

En
août, Shaheed a
été sévèrement critiqué

par les défenseurs des droits humains pour sa relation étroite aux
groupes de pression en faveur d’Israël et parce qu’il ne se
soucie pas des violations par Israël des droits palestiniens et de
la liberté religieuse.

Après
la publication de son rapport, il est clair
que ces critiques étaient bien justifiées.

ALI
ABUNIMAH

Co-fondateur
de The
Electronic Intifada

et auteur de The
Battle for Justice in Palestine
,
publié chez Haymarket Books. A
aussi écritOne
Country: A Bold-Proposal to End the Israeli-Palestinian Impasse
.
Les opinions exprimées sont les siennes seules.

Traduction : CG pour l’Agence Media Palestine
Source : The Electronic Intifada




Un accord secret sur le gaz entre Israël et Jordanie révélé

Tamara Nassar – 2 octobre 2019

Des Jordaniens manifestent contre l’accord sur le gaz avec Israël, Amman, septembre 2016. (Muhammad Hamed / Reuters)

Le texte
complet du marché Israël-Jordanie sur le gaz a été révélé pour
la première fois depuis sa signature en septembre 2016.

Le
gouvernement jordanien a classifié le document, mais le député
jordanien Saleh al-Armouti l’a fait fuiter dans les médias au
cours de l’été.

Al-Armouti
avait précédemment dévoilé une partie de son contenu au cours
d’une conférence de presse.

Le
document fourni par al-Armouti semble être une traduction en arabe
d’un original en anglais qui n’a pas été publié.

Le
contenu confirme les soupçons sur le fait que le gouvernement
jordanien a trompé le public sur son implication dans cet accord,
ainsi que sur les conditions de son annulation et ses implications
sur l’économie jordanienne.

De
gouvernement à gouvernement

Pris
dans une critique intense, les responsables jordaniens ont essayé de
mettre le gouvernement à distance du marché, occultant l’étendue
de l’implication de l’État d’un côté comme de l’autre.

Mohammad
Momani, alors porte-parole du gouvernement, a affirmé peu après la
signature du marché qu’elle s’était faite entre deux sociétés,
américaine et jordanienne, et pas entre deux gouvernements.

L’ancien
premier ministre Abdullah Ensour a fait une déclaration semblable,
affirmant que le vendeur était une société privée.

Il a
déclaré que La Chambre des Représentants n’a donc aucun rôle
dans la ratification du marché.

La
Campagne Jordanienne pour Mettre Fin à l’Accord Sioniste sur le
Gaz a publié une liste de responsables du gouvernement dont elle dit
qu’ils ont été responsables de l’accord et de la tromperie du
public à son sujet.

Le
marché sur le gaz a été signé entre NBL Jordan Marketing Limited
et la société nationale d’électricité, propriété du
gouvernement jordanien, NEPCO.

NBL
Jordan Marketing est une filiale de la société américaine Noble
Energy.

Elle est
enregistrée aux Iles Caïman, paradis fiscal offshore notoire, et
son siège est à Herzliya, près de Tel Aviv.

NBL est
elle-même une société détenue par Noble Energy Mediterranean
Limited – autre filiale de Noble Energy – et trois sociétés
israéliennes : Delek Drilling, Avner Oil Exploration et Ratio
Oil Exploration.

Delek
Drilling et Avner Oil Exploration ont depuis fusionné.

Ces
partenaires assemblés exploitent le gisement de gaz dénommé
Leviathan en Méditerranée orientale dans le cadre d’une
concession du gouvernement israélien.

Les
sociétés qui extraient le gaz paient des royalties et des taxes au
gouvernement israélien dont Derek Drilling estime qu’elles
atteindront des dizaines ou des centaines de milliards de dollars.

Ceci
signifie que le gouvernement israélien profite directement de la
transaction et que, comme les critiques le dénoncent, les
contribuables et les consommateurs d’électricité jordaniens vont
directement subventionner le trésor israélien, ainsi que son armée
et l’occupation de la terre palestinienne.

La
Jordanie va payer au moins 10 milliards $ sur 15 ans pour un total de
45 milliards de mètres cubes de gaz naturel. Le prix du gaz est
sujet à changements selon la valeur du marché. La Jordanie va aussi
supporter des frais supplémentaires pour la construction d’un
pipeline et autres infrastructures.

La
société jordano-égyptienne Fajr pour le Transport et la Fourniture
de Gaz Naturel sera responsable du transfert du gaz.

L’accord
confirme, par ailleurs, qu’une partie dans ce marché est
effectivement le gouvernement jordanien.

NEPCO ne
peut se retirer du marché que si une autre organisation
gouvernementale, ou une autre société entièrement détenue par le
gouvernement, prend la relève, stipule le marché.

Le
ministère de l’Energie et des Ressources Minérales de Jordanie
figure officiellement dans le marché en tant qu’intermédiaire
entre l’acheteur et le vendeur.

En plus,
ce marché dépend des accords signés par les gouvernements
jordanien et israélien qui traitent de plusieurs questions liées au
flux de gaz entre les deux pays.

Annulation

Les
conditions d’annulation diffèrent selon qu’il s’agit des côtés
jordanien ou israélien.

Si le
côté américano-israélien souhaite annuler le marché à cause de
manquements provenant du côté jordanien pendant les cinq premières
années, NEPCO devra payer 1.5 milliards $ à NBL Jordan Marketing.

Les
pénalités décroissent graduellement après cinq ans.

Cependant,
si NEPCO décide d’abandonner le marché à cause de manquements de
NBL Jordan Marketing, le côté américano-israélien aura moins à
payer en compensation – 1.2 milliards $ pendant les cinq premières
années.

Hala
Zawati, ministre jordanien de l’Energie, a dit l’année dernière
à Roya TV de Jordanie que les citoyens jordaniens seraient ceux qui
paieraient l’énorme coût de l’annulation du marché.

L’accord
exige des deux côtés le maintien d’une stricte discrétion sur
ses conditions jusqu’à cinq ans après l’expiration du marché.

Aucune
des parties ne peut même faire de déclarations publiques en
relation avec le marché sans en informer l’autre une semaine
avant.

Litige
constitutionnel

Les
législateurs jordaniens disent que la signature du marché sans
l’approbation du parlement est inconstitutionnelle.

Ils ont
porté l’affaire en mars devant la cour constitutionnelle.

La cour
a jugé le mois dernier que ce marché ne requiert pas l’approbation
du parlement.

La cour
a déclaré que c’est parce que l’accord est signé entre deux
sociétés plutôt que deux gouvernements.

La cour
a affirmé que NEPCO ne devrait pas être considérée comme une
institution publique officielle, même alors qu’elle est
entièrement propriété de l’État et que ses dirigeants sont
directement nommés par le cabinet jordanien.

Les
législateurs ont fait remarquer que la constitution jordanienne
établit que « Les traités et accords qui entraînent quelque
dépense que ce soit pour le Trésor Public ou qui affecte le public
ou les droits privés des Jordaniens ne seront valides que s’ils
sont approuvés par le parlement ».

Elle
stipule aussi que « en aucun cas les conditions secrètes d’un
traité ou d’un accord ne seront contraires aux conditions
connues ».

Les
conditions du marché, ainsi que les déclarations des ministres,
rendent évident le fait que l’accord oblige en fin de compte
l’État jordanien – et par conséquent les contribuables – à
payer la note.

Mais le
public jordanien et ses représentants n’ont pas eu droit à la
parole et n’ont bénéficié que de très peu de transparence.

Implications
négatives

Les
responsables du gouvernement ont souvent prétendu que ce marché
bénéficierait à l’économie de la Jordanie.

En 2014,
Mohammad Jamed, alors ministre jordanien de l’Energie, affirmait
qu’acheter du gaz naturel à Noble Energy ne faisait de l’économie
jordanienne l’otage d’aucun Etat, en référence à Israël.

Mais
l’importation de gaz fourni par Israël peut affecter le droit de
la Jordanie à produire son propre gaz naturel.

Le
marché stipule que, même si on découvre du gaz naturel en
Jordanie, le montant de gaz que la Jordanie doit importer depuis
Israël ne peut être réduit de manière significative.

La
Jordanie ne peut entamer des négociations avec les partenaires
Leviathan pour réduire la quantité de gaz fourni par Israël
qu’elle doit acheter qu’après avoir acquis 50 % du montant
total du contrat.

Et même
alors, la réduction ne peut dépasser 20 % du montant quotidien
décidé dans le contrat.

Noble
Energy est assurée par La Société d’Investissements Privés à
l’Etranger du gouvernement américain, qui affirme que ce marché
fera progresser l’emploi aux Etats Unis grâce à « d’importants
débouchés américains ».

Ceci
indique que les sociétés américaines, ainsi qu’Israël, seront
vraisemblablement les plus gros bénéficiaires.

La
Jordanie possède des sources d’énergie alternatives.
L’importation de gaz fourni par Israël, qui a été promue par
l’administration Obama, est largement perçue comme un accord
diplomatique qui profite à Israël plutôt que comme un accord fondé
sur une nécessité jordanienne.

Les
critiques ont fait remarquer que les milliards de dollars qui seront
transmis à Israël, l’aidant à renforcer son oppression sur les
Palestiniens, auraient pu à la place être investis dans le
développement du vaste potentiel de la Jordanie en faveur des
énergies renouvelables, éolienne et solaire.

Tamara
Nassar est rédactrice adjointe de The Electronic Intifada.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : The Electronic Intifada