Un rapport secret israélien révèle qu’un drone armé a tué quatre garçons qui jouaient sur une plage de Gaza en 2014

Robert Mackey – 11 août 2018

Un rapport confidentiel d’enquêteurs de la police militaire israélienne vu par The Intercept explique comment une tragique série d’erreurs commises par les responsables les forces aériennes, navales et du renseignement ont abouti à une frappe aérienne dans laquelle quatre garçons palestiniens qui jouaient en 2014 sur une plage de Gaza ont été tués par des missiles largués depuis un drone armé.

Le témoignage des officiers impliqués dans l’attaque, qui jusqu’ici a été caché au public, confirme pour la première fois que les enfants – quatre cousins de 10 et 11 ans – ont été pourchassés et tués par les opérateurs d’un drone qui, en quelque sorte, en plein jour, les ont pris pour des activistes du Hamas.

Ce témoignage soulève de nouvelles questions, pour savoir si l’attaque, qui se déroulait face à des dizaines de journalistes et qui a déclenché une indignation mondiale, a été conduite avec un mépris flagrant pour la vie des civils et sans autorisation appropriée. Après avoir tué le premier garçon, ont dit les opérateurs du drone aux enquêteurs, ils ont cherché des éclaircissements auprès de leurs supérieurs pour savoir jusqu’où, sur cette plage utilisée par des civils, ils pouvaient poursuivre les survivants en fuite. Moins d’une minute plus tard, alors que les garçons couraient pour sauver leur vie, les opérateurs du drone ont décidé de lancer un deuxième missile, tuant trois autres enfants, bien qu’ils n’aient reçu aucune réponse à leur question.

Suhad Bishara, avocate représentant les familles des victimes, a dit à The Intercept que l’utilisation de drones armés pour tuer des Palestiniens pose « de nombreuses questions concernant le discernement humain, la morale et la soumission au droit humanitaire international ».

Les bombardiers pilotés à distance « altèrent le processus de prise de décision par des humains », a dit Bishara, et l’utilisation de la technologie dans l’attaque de 2014 sur la plage « élargit le cercle de personnes responsables du véritable assassinat des enfants Bakr ».

Quelques heures seulement avant l’attaque, le matin du 16 juillet 2014, l’unité de relations publiques (RP) des Forces de Défense Israéliennes avaient mis en avant l’idée que les images de vidéo en direct fournies par les drones permettaient à sa force aérienne d’éviter de tuer des civils palestiniens.

L’unité (RP) a publié des images opérationnelles, apparemment prises sur les écrans des opérateurs du drone israélien, qui expliquaient comment trois frappes aériennes israéliennes avaient été annulées cette semaine-là parce que des silhouettes, identifiées comme des civils, étaient apparues près des cibles dans la Bande Gaza densément peuplée.

Ces images ont été diffusées une semaine après le début de l’Opération israélienne Bordure Protectrice, offensive de 50 jours contre les combattants du Hamas à Gaza dans laquelle Israël allait finalement tuer 1.391 civils, dont 526 enfants.

Plus tard le même jour, vers 15 H.30, un drone de surveillance israélien Hermès 450, qui planait au-dessus d’une plage de Gaza ville, a transmis les images de 8 personnes grimpant du rivage sur une jetée.

Un petit conteneur maritime qui se trouvait sur la jetée avait été détruit la veille par une missile israélien, en se fondant sur le renseignement qui indiquait qu’il avait pu servir aux commandos navals du Hamas pour y stocker des armes. Certains analystes s’étaient cependant posé des questions sur ce renseignement puisqu’il n’y avait pas eu d’explosion consécutive aux tirs sur cette structure et que des journalistes stationnés dans les hôtels voisins disaient qu’on n’avait vu aucun militant cette semaine autour de la jetée.

Le rapport de la police militaire israélienne, revue par The Intercept, raconte ce qui s’est passé ensuite. Après qu’une des personnes sur la jetée soit entrée dans le conteneur qui avait été détruit la veille, un commandant des forces aériennes israéliennes sur la base aérienne de Palmachim, au sud de Tel Aviv, a ordonné aux opérateurs d’un deuxième drone, qui lui était armé, de tirer un missile sur le conteneur.

Comme mes collègues Cora Currier et Henrik Moltke l’ont raconté en 2016, bien que le gouvernement israélien maintienne une posture officielle de discrétion concernant son usage de drones pour mener des attaques aériennes, des images de la surveillance israélienne piratées, fournies à The Intercept par le pourvoyeur de l’Agence de Sécurité Nationale Edward Snowden, montraient en 2010 un drone israélien chargé de missiles .

En conversation privée avec un diplomate américain en visite après l’offensive israélienne de 2009 sur Gaza, Avichai Mandelblit, qui était à l’époque le procureur général militaire du pays et est maintenant son procureur général, a reconnu que les deux missiles qui avaient blessé des civils dans une mosquée avaient été tirés par un aéronef télécommandé, selon un dépêche sortie du Département d’État.

Une raison pour laquelle Israël pourrait refuser de reconnaître que ses drones ont servi à tuer des enfants palestiniens, c’est que ce genre d’information pourrait compliquer la vente des ses drones à des gouvernements étrangers. En juin, la société détenue par l’État, Israel Aerospace Industries, a signé un marché de 600 millions $ pour louer des drones Heron au ministère allemand de la Défense. Cet accord avait d’abord été retardé par l’inquiétude des politiques allemands que les drones, destinés à la surveillance, puissent également être armés. La même société propriété de l’Etat avait également vendu des drones à la Turquie, nation fortement pro-palestinienne, qui a néanmoins utilisé la technologie israélienne pour bombarder les Kurdes en Irak.

Le rapport de la police militaire israélienne, vu par The Intercept, sur la frappe de 2014 offre la preuve la plus directe à ce jour qu’Israël a utilisé des drones armés pour lancer des attaques sur Gaza. Le témoignage des opérateurs du drone, des commandants, des officiers de renseignement qui ont pris part à cette attaque confirme qu’ils ont utilisé un drone armé pour tirer le missile qui a frappé la jetée, tuant la personne qui était entrée dans le conteneur, et aussi pour lancer une deuxième attaque qui a tué trois des survivants alors qu’ils fuyaient sur la plage.

D’après le témoignage d’un officier naval impliqué dans les frappes, la mission a d’abord été considérée comme « un grand succès » parce que l’équipe de frappe a d’abord cru, à tort, qu’ils avaient tué quatre militants du Hamas qui se préparaient à lancer une attaque sur les forces israéliennes.

Quelques minutes seulement après les deux frappes, cependant, un groupe de journalistes internationaux qui avaient été témoins de l’attaque depuis les hôtels voisins ont rapporté que les victimes déchiquetées par les missiles n’étaient pas des combattants adultes mais quatre petits garçons, des cousins âgés de 10 et 11 ans. Quatre autres garçons de la même famille ont survécu à l’attaque, mais avec des blessures dues aux shrapnels et de profondes cicatrices émotionnelles.

Des images poignantes des enfants courant désespérément sur la plage après que le premier missile ait tué leur cousin ont vite été partagées par un photographe palestinien, un reporter d’Al Jazeera et une équipe cinématographique de la télévision française.

Une image brutale des suites immédiates captée par Tyler Hicks du New York Times, l’un des journalistes témoins de l’attaque, a fait de l’assassinat des quatre garçons, tous enfants de pêcheurs de Gaza de la famille Bakr, un événement au retentissement mondial.

La correspondante de la Télé française, Liseron Boudoul, dont le rapport ce jour-là comprenait une vidéo affligeante des garçons courant sur la plage avant la deuxième frappe, a fait remarquer que et elle et d’autres témoins de l’attaque n’étaient pas tout à fait sûrs d’où les missiles arrivaient – quoique la première supposition se concentrait sur des vaisseaux de la marine israélienne aperçus juste au large.

Le témoignage secret du personnel de l’armée israélienne impliqué dans l’attaque établit pour la première fois que les opérateurs du drone ont traité la jetée comme une zone de combat en supposant à tort qu’elle était hors d’accès pour quiconque sauf des combattants.

Après que des images de l’attaque aient largement fait connaître le scandale, l’armée d’Israël a mené un examen de la mission et recommandé qu’une enquête de la police militaire sur une possible négligence criminelle soit conduite. Les témoignages recueillis par la police militaire auprès de l’équipe de frappe ont été inclus dans un rapport présenté à l’avocat général militaire d’Israël, le général de division Danny Efroni, 11 mois après que les garçons aient été tués.

Efroni n’a pas diffusé les témoignages, mais a rendu public le 11 juin 2015 un résumé des découvertes du rapport, lorsqu’il a clos l’enquête sans enregistrer aucune accusation. Le procureur général militaire d’Israël a décidé qu’aucune mesure criminelle ou disciplinaire ne serait prise, puisque les enquêteurs avaient conclu qu’il « n’aurait pas été possible pour les entités opérationnelles impliquées d’avoir pu, grâce à la surveillance aérienne, identifier ces personnes comme étant des enfants ».

Efroni n’a pas expliqué pourquoi c’était impossible. Deux jours avant la frappe en question, l’unité militaire RP d’Israël avait diffusé un autre clip vidéo dans lequel on pouvait entendre les opérateurs du drone décider d’arrêter les frappes parce qu’ils avaient identifié les silhouettes dans leur chargement en direct comme étant des enfants.

Adalah, également connu comme le Centre Juridique pour les Droits de la Minorité Arabe en Israël basé à Haïfa, a passé ces trois dernières années à se battre au nom des familles des garçons – Ismail Bakr, 10 ans ; Ahed Bakr, 10 ans ; Zakaria Bakr, 10 ans ; et Mohammed Bakr, 11 ans – pour que la décision de ne pas poursuivre les soldats soit renversée par un tribunal israélien.

La majeure partie de ce temps s’est passée à attendre que le procureur général d’Israël, Mandelblit, veuille bien répondre aux recours enregistrés par Adalah et deux associations gazaouies de défense des droits, le Centre Palestinien pour les Droits de l’Homme et le Centre Al Mezan pour les Droits de l’Homme.

En février, Adalah a dit dans une déclaration que la propre enquête d‘Israël « a révélé que l’armée israélienne n’avait pris aucune mesure pour certifier si les cibles au sol étaient des civils, qui plus est des enfants, avant de diriger intentionnellement les attaques contre elles ».

Bishara, l’un des avocats d’Adalah représentant les familles des garçons, a dit, dans une interview téléphonique à The Intercept, que l’enquête israélienne sur les meurtres, dans laquelle l’armée israélienne s’est dédouanée de toute faute, a été défectueuse de plusieurs façons. Tout d’abord, les témoignages n’ont été recueillis que quatre mois après l’incident et n’ont considéré que ce qui pouvait être vu de la plage par les caméras du drone. Aucun témoignage n’a été pris auprès des journalistes internationaux qui ont été témoins de l’attaque, et les récits des témoins palestiniens, y compris les affidavits rédigés de la part des garçons blessés dans les attaques, n’ont pas été pris en compte.

Un rapport vidéo du Wall Street Journal enregistré le jour de l’attaque par Nick Casey, correspondant qui se trouvait dans un hôtel près de la jetée, jette le doute sur le renseignement israélien qui a désigné le site comme un complexe du Hamas. Le rapport de Casey, qui a présenté les photos prises de la jetée du corps massacré de la première petite victime, a expliqué que « personne ne savait pourquoi cet endroit avait été bombardé ; il n’y a eu aucune attaque du Hamas depuis cet endroit et aucune roquette que nous ayons vue ».

Quand les autorités israéliennes ont clos l’affaire en 2015, Alexander Marquardt, ancien correspondant d’ABC à Jérusalem qui avait lui aussi été témoin de l’attaque, contesta la conclusion qui décrétait que la jetée était inaccessible depuis la plage, argumentant qu’elle était ouverte aux civils.

Selon le témoignage vu par The Intercept, l’un des officiers impliqué dans les frappes de missiles a dit aux enquêteurs que, lorsqu’il a vu l’une des personnes entrer dans le conteneur détruit, il a vérifié avec un officier de renseignement pour être sûr que seuls des militants pouvaient entrer dans l’enceinte avant d’ouvrir le feu.

Cependant, l’officier de marine chef du renseignement, une femme seulement identifiée dans le rapport comme « Colonel N. », a affirmé que, puisque l’entrée dans la zone n’était pas gardée le jour de l’attaque, elle n’était pas fermée aux civils.

Bien que la copie du rapport examiné par The Intercept comporte des rédactions, il n’y a aucune indication sur la raison pour laquelle cette apparente divergence entre les deux témoignages a été ignorée quand on a pris la décision de clore l’enquête.

L’un des officiers a également déclaré que, bien que le site ait été entouré d’une barrière quand les renseignements ont évalué la situation avant le début de l’Opération Bordure Protectrice, la barrière avait pu être détruite dans l’attaque des jours précédents, laissant la jetée ouverte au public.

Un soldat a dit aux enquêteurs que, selon des « dizaines » de déclarations de pêcheurs de Gaza, la population locale était au courant que la jetée était un complexe du Hamas. La source de cette déclaration n’est cependant pas connue et un avocat qui a travaillé à la demande d’Adalah a dit à The Intercept qu’il n’y avait aucune preuve pour l’appuyer dans les parties du rapport que l’armée a été obligée de partager avec les familles des victimes.

Tous ceux qui ont été impliqués dans la frappe, y compris l’officier des forces aériennes qui a coordonné l’attaque depuis la base aérienne de Palmachim, ont dit aux enquêteurs que bien qu’ils aient vu une vidéo prise en direct de la zone durant l’attaque, « nous ne pouvions dire qu’il s’agissait d’enfants ».

Les témoignages révèlent aussi un moment crucial où l’attaque aurait pu être arrêtée, mais ne l’a pas été. Après que le premier missile ait été tiré sur le baraquement, tuant l’un des garçons, et que les autres enfants se soient enfuis vers la plage, l’équipe d’attaque a réclamé des éclaircissements sur la distance à laquelle ils étaient autorisés à tirer sur la plage.

L’équipe d’attaque a appelé à la radio un officier supérieur, lui demandant où exactement la zone désignée zone militaire fermée se terminait. Ils voulaient savoir s’il y avait un endroit où ils ne pouvaient plus tirer sur les personnes en fuite, alors qu’ils approchaient d’une zone avec des parasols et des tentes de plage utilisées par les civils.

Ne recevant aucune réponse à cette question, l’équipe d’attaque a tiré, environ trente secondes après la première frappe, un deuxième missile sur les enfants en fuite, qui a tué trois des garçons et blessé au moins un autre de leurs cousins.

Un officier de marine, qui a pris part aux décisions de vie ou de mort, a affirmé que, du mieux qu’il s’en souvienne, ils avaient lâché le deuxième missile alors que les personnes en fuite étaient encore à l’intérieur de ce qu’ils prenaient pour un complexe militaire fermé, mais le missile avait atterri, après que les personnes en fuite en soient sorties, sur la plage.

L’officier de l’air qui coordonnait les frappes a dit aux enquêteurs qu’il avait auparavant été en charge de « centaines d’attaques », mais que cet incident était resté « gravé » dans sa mémoire parce que le renseignement reçu par l’équipe de frappe différait de 180 degrés avec les faits au sol.

Adalah, qui a enregistré un appel mis à jour en mai dans l’affaire et qui attend toujours une réponse, a par ailleurs remarqué que les autorités israéliennes ont refusé de laisser les avocats des familles voir aucune des vidéos des deux drones filmées pendant l’attaque.

Sans voir cette vidéo, il est impossible de dire si oui ou non les opérateurs du drone auraient dû être capable de dire que leurs cibles étaient des enfants, mais Eyal Weizman, architecte israélien qui a enquêté sur les frappes de drones, a avancé dans le passé que la résolution optique des cameras de drones pouvait ne pas être aussi élevée que les commandants de l’armée le prétendaient.

Après avoir auparavant analysé la vidéosurveillance par drone des suspectés militants de l’État Islamique en Irak (ISIS), Weizman a dit qu’il n’était pas possible de dire que les personnes portaient des armes, et que l’un d’eux était un enfant, en étudiant leurs ombres. Cette identification n’était pas possible, a-t-il dit, parce que la vidéo avait été « prise ou très tôt ou très tard dans la journée ».

Puisqu’il n’y aurait eu aucune ombre allongée dans des photos aériennes enregistrées plus tôt dans l’après-midi – comme celles des garçons jouant sur la plage à Gaza en cette journée de juillet vers 15 H.30 – Weizman a observé que les images haute résolution sélectivement publiées par les commandants de l’armée pour justifier les frappes aériennes « pouvaient biaiser notre possibilité de savoir à quel point on pouvait voir avec les drones et avec quelle clarté ». La majeure partie de l’enregistrement « qui est continuellement récolté par les drones », a dit Weizman, est « de loin plus ambiguë ».

Interrogé cette semaine sur la politique israélienne de refus de reconnaître l’utilisation de drones dans es frappes létales, Weizman a suggéré qu’une raison pouvait âtre connectée au droit international. « Un aspect important de la confiance d’Israël dans les drones a à voir, je pense, avec un problème juridique non résolu », a écrit Weizman dans un e-mail. « La combinaison de l’action répartie – plusieurs participants ». impliqués à distance dans l’action – et de la gravité de l’acte d’assassinat ciblé. »

Hagai El-Ad, directeur de l’association israélienne de défense des droits de l’Homme B’Tselem, a dit à The Intercept que l’utilisation par Israël de drones armés ressemblait à un secret de Polichinelle, mais puisque la technologie ne coupait pas encore les humains du processus de prise de décision, les commandants de l’armée qui ordonnaient les frappes et les pilotes du drone qui les exécutaient n’étaient pas moins responsables de l’assassinat des garçons que s’ils avaient volé à ce moment là dans un jet ou un hélicoptère au-dessus de la plage.

El-Ad a également rappelé un rapport de 2016 que son association avait sorti sur le fait que l’armée israélienne n’avait pas su mener d’enquêtes sérieuses sur le meurtre des civils à Gaza : « Protocole de Blanchiment : La Soi-disant Enquête sur l’Opération Bordure Protectrice ».

« Les divers retards, manques, échecs spécifiques dans cette soi-disant enquête font tous partie de cette large façon systématique de finalement fermer les dossiers, tout en produisant toute cette série de papiers qui, de l’extérieur, peut ressembler à un effort sincère », a dit Al-Ad. « Tout ça, c’est la routine habituelle. »

Un porte-parole de l’armée israélienne n’a pas répondu aux demandes répétées de commentaires sur le rapport secret avant publication. Après que The Intercept ait publié cette information, un porte-parole a envoyé un communiqué qui ignorait la question sur l’utilisation d’un drone armé pour cette attaque et réitérait la position de l’armée qui est que l’attaque ratée « a été entièrement et minutieusement examinée » et qu’on n’y a découvert aucune faute. Le communiqué a fait remarquer que les Israéliens « avaient visé des personnes qu’ils ont cru être des artisans du Hamas » et ont présenté comme un fait le renseignement contesté comme quoi les enfants étaient entrés dans « un complexe militaire appartenant aux forces navales de l’organisation terroriste ».

« L’enquête révéla plus tard que la frappe avait été conduite selon les procédures standard, puisque les forces avaient pris diverses mesures de précaution pour éviter de faire du mal aux civils, bien qu’il y ait eu une erreur d’identification sur les personnes dans l’enceinte », a dit le communiqué de l’armée. « L’erreur a été jugée raisonnable si l’on considère les circonstances de l’opération, le chaos et les dangers inhérents à une guerre continue. Par conséquent, en 2015, l’enquête a été arrêtée et l’affaire close sans autre action juridique supplémentaire. »

Mise à jour : Dimanche 12 août, 13 H.52

Cet article a été mis à jour pour y ajouter une déclaration émise par l’armée d’Israël après publication et pour y ajouter une citation d’Eyal Weizman de Forensic Architecture et une référence à un rapport de 2016 sur les droits de l’Homme qui accusait les enquêtes internes de l’armée israélienne de possibles crimes de guerre commis par ses soldats à Gaza en 2014.

Photo de titre : De la fumée s’élève d’une cabane de bord de mer le 16 jullet à Gaza ville, après que deux missiles tirés par les opérateurs d’un drone israélien aient tué quatre jeunes garçons pris pour des militants.

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Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : The Intercept




Pourquoi je n’ai pas écrit à Emmanuel Macron

13 août 2018 

Tribune de Claude Léostic, coordinatrice pour la France de la Flottille de la Liberté pour Gaza

Quand le Freedom, le grand voilier de la Flottille de la Liberté pour Gaza, a été victime d’un acte de piraterie israélien en haute mer, à l’approche des eaux palestiniennes, le soir du 3 août, je n’ai pas fait appel à E. Macron. Pourtant un Français, marin et syndicaliste, était à bord du navire battant pavillon suédois.

En tant que coordinatrice pour la France de la Coalition internationale de la Flottille de la Liberté, j’ai néanmoins plusieurs fois écrit à l’exécutif français.

Tout d’abord lors de l’épisode lamentable du 17 juin à Paris, où « quelqu’un » a pris la décision d’interdire l’escale de nos deux petits voiliers, annoncée sous l’Institut du Monde arabe au bord de la Seine. La seule réponse aux demandes préalables d’accord pour l’escale fut l’intervention agressive de la brigade fluviale et la présence en nombre de forces de police à terre, nous empêchant violemment d’accoster là où nous attendaient des militant.e.s, des citoyen.ne.s, des élu.e.s et des personnalités. Personne au niveau des décideurs n’a endossé cet acte de censure brutale d’une expression non violente de solidarité avec Gaza. Demandes d’explications et courriers à l’Elysée et au ministère de l’Intérieur pour obtenir des rendez-vous n’ont même pas reçu d’accusés de réception. SILENCE

Ensuite en juillet quand, nos bateaux Al-Awda, Freedom et Falestine * ayant quitté la Sicile pour le dernier tronçon de cette mission solidaire avec Gaza, il est devenu évident que les autorités israéliennes allaient s’en prendre à la Flottille, en violation du droit de la mer et du droit international. J’ai alors demandé l’intervention de la France pour assurer la protection du bateau et particulièrement de notre compatriote Sarah Katz, qui représentait à bord la « coalition Flottille-France » (la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine et le Collectif national pour une Paix juste et durable entre Palestiniens et Israaéliens dont son organisation, l’UJFP, est membre). SILENCE

Dès l’acte de piraterie commis par Israël (attaque du al-Awda le 29 juillet, kidnapping des personnes à bord, violences à leur encontre, emprisonnement en Israël, vol du bateau et du matériel médical qu’il transportait à Gaza), je me suis à nouveau tournée vers M. Macron. Pour qu’il condamne cet acte illégal et qu’il fasse libérer Sarah au plus vite, à défaut des autres militant.e.s de la solidarité, illégalement détenu.e.s. SILENCE

Aussi quand le Freedom a à son tour été attaqué le soir du 3 août avec le même scénario hormis la violence à l’encontre des personnes, n’ai-je pas contacté l’Elysée, ni le Quai d’Orsay ni l’ambassade à Tel-Aviv. J’ai seulement appelé le consulat français en Israël pour m’assurer de la sécurité de Pascal Maurieras, le marin français à bord, et de la protection consulaire. Nos avocats ont pris la suite.

Pourquoi ?

Parce que le silence systématique de M. Macron et son équipe est une insulte réitérée. Insulte aux personnes kidnnappées et à tous ceux et celles qui ont accompagné cette mission. Insulte à l’esprit même de cette mission solidaire non violente, arc-boutée sur la défense du droit et l’exigence de justice pour le peuple palestinien, à Gaza et ailleurs. Insulte à leur engagement sans faille,de quelque nationalité qu’ils et elles soient, pour les valeurs de la France : Liberté, Egalité, Fraternité.

Parce que ce silence revèle une nouvelle fois un positionnement politique d’alignement sur la politique coloniale israélienne. Oh, certes, le président de la République a condamné verbalement la colonisation de la Cisjordanie et demandé la levée du blocus de la bande de Gaza. Mais pas un seul acte et pas une pression n’ont suivi. La colonisation s’intensifie et le blocus se durcit encore.

Parce que ce silence s’accompagne de déclarations officielles indignes de soutien à Israël alors même que la population sans armes de Gaza tombe sous les balles des snipers israéliens et que les bombardements pilonnent les civils et les lieux de culture. Alors que faute de carburant les hôpitaux palestiniens ferment des services vitaux. Parce que le blocus israélien de Gaza est mortel autant qu’illégal.

Parce que l’exécutif français s’est déconsidéré, que par ce silence il a fait alliance de fait avec une puissance coloniale qui s’en prend violemment à des civils pacifiques, palestiniens et internationaux dont des Français. Il n’a pas assumé son devoir envers ses ressortissants, maintenant heureusement sortis des prisons israéliennes, et plus largement en tant que représentant de la France, signataire et garante des conventions internationales et du droit international.

Alors, non, je n’ai pas écrit à M. Macron pour lui rappeler ses obligations. J’imagine qu’il les connaît…A quoi bon ? Il me semble avéré que pour lui d’autres intérêts ou accointances priment, au détriment de son devoir de protection du droit.

La République qu’il préside mérite autre chose, LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE, peut-être !?

Madame Claude Léostic
coordinatrice pour la France de la Flottille de la Liberté pour Gaza

Paris, 12 août 2018

*Falestine a subi de sérieuses avaries lors d’une tempête en quittant la Sicile et n’a pu poursuivre longtemps sa route. Elle a dû regagner la terre.

Source : Plateforme des ONG françaises pour la Palestine




Le soldat israélien qui a tué un jeune Palestinien de 17 ans en 2015 a été promu par l’armée israélienne

7 Août 2018

Le colonel Yisrael Shomer va prendre le commandement de la Brigade Nahal, révèle l’armée.

Shomer a été filmé le 3 juillet 2015 en train de tirer sur Mumammad Ali-Kosba, l’adolescent ayant jeté une pierre sur un véhicule militaire en Cisjordanie occupée.

Une enquête révèle que Shomer a agi « selon la procédure pour l’arrestation d’un suspect – qui, selon la Police militaire, prévoyait de tirer un coup de semonce en l’air, puis deux balles dans les jambes de l’adolescent » rapporte Haaretz.

« Cependant, comme Shomer était lui-même en mouvement, sa cible a été imprécise et il a touché Kosba dans le torse, d’après l’enquête ».

Mais un membre de B’Tselem a pu constater que le corps de Kosba portait trois blessures par balles, l’une au visage et deux dans le dos.

Pourtant, l’armée israélienne a clos le dossier sur le tir, jugeant qu’il avait été justifié.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source : Middle East Monitor

 




La Flottille de la Liberté exige que soit rendue immédiatement la cargaison humanitaire

Jeudi 9 août 2018

La Coalition de la Flottille de la Liberté exige que soient rendues immédiatement les 116 boites de matériel médical destinées aux services médicaux de Gaza qui se trouvaient à bord des bateaux Al Awda et Freedom de la Flottille de la Liberté pour Gaza 2018, récemment capturés par les forces israéliennes. Comme l’a indiqué Margot Wallström, ministre suédoise des Affaires étrangères, la cargaison des bateaux doit être rendue, en application du droit international.

Le droit international requiert aussi que le matériel médical soit remis à ses destinataires. L’article 23 de la Convention de Genève Relative à la Protection des Civil en Temps de Guerre (Geneva Convention IV, 1949) pose que “Chaque Haute Partie Contractante autorisera le libre passage de tous les envois de matériel médical et sanitaire … destinés exclusivement aux civils d’une autre Haute partie Contractante, même si cette dernière est un adversaire.”

De plus, le Manuel de San Remo sur le droit international applicable aux conflits armés en mer (juin 1994) stipule dans le paragraphe 104: “ Le belligérant imposant le blocus doit permettre le passage de fournitures médicales pour la population civile et pour les militaires blessés ou malades, sous réserve de son droit de prescrire les conditions techniques de l’autorisation de passage, y compris la perquisition.” En outre le Manuel sur le Droit applicable aux conflits armés non-internationaux de 2006 affirme dans le point 2 du commentaire sur la Règle 2.3.10: “Par extension, tous les objets indispensables à la survie des civils doivent être protégés, tout particulièrement les médicaments. Cette protection signifie que l’ennemi n’est pas autorisé à attaquer, détruire, enlever ou rendre inopérants les objets sus-mentionnés.”

Notre avocate israélienne Gaby Lasky est en contact avec les autorités d’occupation afin d’arranger la remise de l’aide médicale humanitaire mais rien n’est arrivé à Gaza, Les boites sont destinées à:

MyCARE, Gaza City, Gaza
Office Director Ahmed i. Thabet
1st Jaber Building, Opposite Haji Building
Near Fishermen’s Port
Gaza City, Palestine

Boites 1-87 sur Al Awda
Boites 88-114 sur Freedom
Boites 115-116 surAl Awda

Un inventaire détaillé du matériel médical de chaque boite a déjà été présenté et est disponible à la demande,

Source : jfp.freedomflotilla.org




‘L’art est une forme de résistance’ : Des frappes aériennes israéliennes détruisent le centre culturel de Gaza

Maha Hussaini – 10 août 2018

La Fondation al-Meshal était l’une des quelques sorties culturelles possibles pour les Gazaouis. Jeudi, elle a été écrasée sous les bombes.

Al-Anqaa, groupe musical palestinien, joue sur les ruines du centre culturel (MEE/Mohammed Asad)

GAZA – Jeudi, une série de frappes aériennes israéliennes ont complètement détruit la Fondation al-Meshal dans la Bande de Gaza. Alors que c’était l’un des très rares lieux culturels encore disponibles pour les Palestiniens de l’enclave assiégée, cette destruction est accablante.

Ce bâtiment de cinq étages contenait un théâtre, une bibliothèque, les bureaux d’associations culturelles et hébergeait un bureau pour la communauté égyptienne de Gaza.

« Vous savez ce que cela veut dire d’avoir travaillé pendant plus de huit ans dans un endroit, si bien que vous en connaissez chaque carrelage comme le fond de votre poche, et soudain, en un clin d’oeil, il n’y a plus rien ? », a demandé Edrees Taleb, 27 ans, l’un des directeurs de théâtre bien connu du centre.

« Ces deux derniers mois, nous nous étions préparés à jouer une nouvelle pièce ‘Seringue Anesthésique’ pour les fêtes de l’Aïd al-Adha et nous avions installé les décors quelques heures avant que le bâtiment ne soit attaqué », a-t-il dit.

Taleb ne pouvait pas croire que le bâtiment avait été rasé jusqu’à ce qu’il soit allé voir par lui-même.

« Nous avions passé toute la journée de jeudi à préparer la représentation de samedi. Le décor nous a coûté cher, mais nous espérions être payés en retour », a-t-il dit.

« Nous avons fini les préparatifs vers 15 H.30 et je suis renté chez moi pour prendre un peu de repos. Quand je suis revenu vers 18 heures, le bâtiment avait disparu. Je suis choqué et suffoqué. »

Taleb, qui travaillait au centre depuis l’âge de 18 ans, a dit qu’il ne pouvait comprendre ce qui avait poussé les forces israéliennes à cibler un bâtiment qui n’a « rien à voir avec les factions politiques palestiniennes ».

« Israël a dit que ses forces avaient visé ce bâtiment parce que le Hamas en utilisait une partie. Mais j’y ai travaillé pendant plus de huit ans et il n’y a jamais rien eu en lien avec aucun parti politique. Ni dans le passé, ni récemment. »

Alaa Qudain, 18 ans, connue pour être la plus jeune photographe de Gaza, a dit qu’elle attendait avec beaucoup d’impatience la fête de l’Aïd pour voir la pièce, sombre comédie qui traite de la situation politique et économique à Gaza.

« J’avais l’habitude d’aller régulièrement au centre al-Meshal parce que je m’intéresse à l’art et au théâtre, d’autant plus qu’il n’y a pas de vrai cinéma à Gaza », a-t-elle expliqué.

« Au lieu de regarder des films sur internet, j’ai toujours aimé y aller et voir des gens de mon âge jouer et représenter notre réalité de Gaza. »

« Ce n’est pas le seul lieu culturel qu’Israël ait visé. Plusieurs autres lieux ont précédemment été détruits et ceci ne fait que démontrer l’intention qu’a Israël de cibler la culture palestinienne », a dit Qudain.

Marah Bselssa, 15 ans, chanteuse palestinienne (MEE / Mohamed Asad)

Avichay Adraee, porte-parole des média arabes de l’armée israélienne, a écrit, peu après l’attaque sur le bâtiment, dans un post sur Tiwtter : « Des avions de guerre ont ciblé un bâtiment de cinq étages qui abrite des forces de sécurité intérieure […]. Cette unité est la branche opérationnelle de la direction politique du Hamas, responsable de toutes les activités de sécurité intérieure dans la Bande de Gaza. »

Hanin al-Holy, 23 ans, a dit que ce bâtiment avait été ciblé parce qu’il fournissait aux résidents de Gaza, qui ont souffert plus de dix ans de blocus israélien, une possibilité de leur remonter le moral.

« Ils [les forces israéliennes] n’ont visé le bâtiment que parce qu’ils s’obstinent à détruire tout ce qui procure de la vie à la population de Gaza », a dit Holy, 23 ans, à Middle East Eye.

« Le centre al-Meshal était symbole de culture, quelque chose qui renforçait notre identité palestinienne. Ils l’ont ciblé parce que l’art est, lui aussi, une forme de résistance. »

Holy a écrit et récité un jour sur la scène d’Al-Meshal un poème dédié aux prisonniers palestiniens, intitulé « Mon Dernier Message ». Elle pense que ce poème reflète la réalité à laquelle font face actuellement les jeunes Palestiniens. « Chaque fois que je veux écrire à propos de notre bonheur, ma plume s’y refuse. Je perds espoir », écrit-elle dans ce poème.

Holy a dit que les forces israéliennes avaient détruit un lieu qui lui avait offert « l’un des plus précieux moments »de sa vie.

« j’adore me tenir sur la scène. Je ne pourrai jamais oublier ce que j‘ai ressenti la première fois que j’ai récité mon poème en présence d’un public », s’est-elle souvenu. « Leurs yeux, la façon dont ils se remplissaient d’émotion en écoutant sans bruit mon poème, et le moment où ils se sont tous levés pour applaudir quand j’ai eu fini. Ce sont des moments qui vous marquent pour la vie. »

L’identité palestinienne

Le ministre palestinien de la Culture à Gaza a tenu vendredi matin une conférence de presse sur les ruines du bâtiment pour condamner Israël pour avoir ciblé le centre culturel. Des dizaines de jeunes hommes, de jeunes femmes et d’enfants se sont également rassemblés pour protester contre l’attaque israélienne.

Parmi les manifestants se trouvaient certains des 110 membres du groupe musical al-Anqaa qui a perdu son quartier général, son équipement et ses tenues de scène dans l’attaque sur le bâtiment.

« Le message d’Israël est clair. Détruire un bâtiment culturel d’une telle importance à Gaza n’a qu’une signification : c’est que sa guerre ne vise pas que les factions armées et les Palestiniens, mais aussi quelque chose qui a à voir avec l’identité palestinienne », a dit Eid Musabbeh, 28 ans, directeur de l’orchestre.

Mussabeh a dit que, malgré le désespoir et le choc ressentis à voir envolé tout ce qu’ils avaient construit ces 13 dernières années, ils « n’arrêteront pas ».

« Le nom de notre orchestre vient de l’oiseau imaginaire qui s’élève au-dessus des ruines. Eh bien, nous aussi », a-t- il poursuivi. « Nous ne pouvons pas renoncer alors que notre art est devenu un outil de résistance. »

Pour des dizaines d’associations et de centres qui ont pour but de renforcer la culture palestinienne, le bâtiment d’al-Meshal était le seul incubateur qu’ils avaient dans l’enclave côtière.

Voix volées

Alaa al-Gherbawi, 26 ans, dont le travail est de coordonner l’activité du Palais de la Culture Palestinienne et dont les bureaux se situaient au quatrième étage du bâtiment al-Meshal, a dit que le centre n’était pas qu’un bâtiment, mais un « monument culturel ».

« Notre association travaille à soutenir les enfants palestiniens grâce à l’art et la culture. Toutes les autres équipes et bureaux qui travaillaient à l’intérieur du bâtiment ne procuraient que ce genre de services », a-t-elle dit à MEE.

« En détruisant ce bâtiment, tout a disparu, y compris nos bureaux et les costumes des enfants pour le Dabke (danse folklorique palestinienne) », a-t-elle ajouté. « Mais ce n’est pas la fin. Nous trouverons un autre espace pour continuer à former les enfants et réaliser des spectacles, même sur les ruines du bâtiment détruit. »

Marah Bseisso, chanteuse de 15 ans et membre du Palais de la Culture Palestinienne, a dit qu’avoir ciblé son endroit favori à Gaza « m’a brisé le coeur ».

« Je chantais des chansons pour la Palestine, pour la paix et l’enfance, et cet endroit me fournissait une scène pour faire entendre ma voix », a-t-elle dit.

« C’est comme s’ils avaient volé nos voix. »

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : Middle East Eye




Le tour de passe-passe de Jared Kushner

Omar Karmi – 11 août 2018

Et hop ! Juste comme ça, la question des réfugiés disparaît. Ou non. (Hashir Milhan, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons)

Blossom1 ne renonce pas à ce bobard de processus de paix à la va-vite.

Jared Kushner, le gendre du président américain, est peut-être un novice en diplomatie (quelqu’un l’aurait-il remarqué ?) mais il n’a pas peur d’innover. Comme l’a montré sa recherche de l’Ultime Accord, son agilité d’esprit et sa capacité à s’adapter sont véritablement ahurissantes.

Il a rapidement identifié les obstacles à la paix.

D’abord il a critiqué Mahmoud Abbas. Le leader de l’Autorité Palestinienne de plus en plus malchanceux – dont le soutien inébranlable au processus de paix l’a vu s’isoler de ses alliés traditionnels, de ses rivaux en politique, de son propre peuple et maintenant, finalement de son sponsor américain, n’était pas disposé à « opter » pour un accord final.

L’insistance de Abbas pour un quelconque semblant de respect pour les principes du droit international comme le caractère inadmissible de l’acquisition de territoires par la force ou du déplacement de populations civiles dans des territoires occupés – « points de discussion » comme Kushner préfère les appeler – l’a disqualifié comme partenaire pour la paix.

Pivoter et s’adapter

Le conseiller en chef de la Maison Blanche et ses acolytes, Vapor Man2 et Louie, ont alors pivoté vers le plan B, Reconstruction de Gaza, S.A.

Mais, étant donné que ce plan reprend les points principaux d’un plan antérieur concocté par les USA, l’Accord de 2005 sur la mobilité et l’accès – développement de l’infrastructure, construction d’un port et ouverture de l’aéroport de Gaza – , et qu’il passe pratiquement tout à l’Égypte, cela n’a pas non plus été très attractif.

Le « conseiller supérieur » de la Maison Blanche a critiqué le Hamas, qui, comme chacun sait n’est qu’un anagramme de « quelque chose, quelque chose, quelque chose, terroristes ». Et qui pourrait le contredire sur ce point ?

Il reste néanmoins un problème. Les dirigeants palestiniens de toutes convictions n’étant clairement pas faits pour le but de l’Accord Ultime, comment procéder ?

C’est magique en quelque sorte

Par chance, il y a Ludwig Wittgenstein et sa déclaration (dont on se souvient peu) selon laquelle les problèmes philosophiques sont toujours une confusion langagière.

Certes Immanuel Kushner a fait mieux que le vieux buveur de bière autrichien et ramené le problème à une confusion sur un seul mot : réfugié.

C’est vraiment simple : 750 000 personnes et leurs millions de descendants sont en fait l’objet d’un malentendu les faisant passer pour des réfugiés et leur donnant par conséquent des droits à prendre en considération: Redéfinir leur statut, se débarrasser de l’agence de l’ONU qui s’occupe de leurs besoins, payer des pays hôtes pour qu’ils s’y établissent et les convaincre qu’ils ne sont vraiment pas du tout palestiniens (une autre confusion langagière) et, hop !

Ils peuvent toujours être pauvres, sans pouvoir, dépossédés et non désirés, mais ils ne constituent plus une question dont il faut s’emparer dans l’Ultime Accord. Avec le plus habile des tours de passe-passe diplomatiques, un problème épineux disparaît.

C’est comme la question de Jérusalem.

Israël étant assiégé par une belliqueuse ONU et son discours de guerre sur le « droit international », quel meilleur moyen pour Kushner, Jason Greenblatt (ancien garde d’une colonie) et David « ne sont-ils pas tous égyptiens après tout » Friedman pour venir en aide à son allié quasiment sans défense ?

Est-ce que ça va marcher ?

Ce qu’il y a avec la magie, c’est que du showbiz. On peut penser que la statue de la liberté a disparu, mais elle est toujours là.

Sortez Jérusalem de la table et vous verrez que les autres ne joueront pas.

Plissez vos yeux fermés, collez vous les doigts dans les oreilles, chantez pour vous-même aussi fort que vous voulez. Les réfugiés – et leurs revendications légitimes – ne s’en iront pas.

Rechercher un accord en essayant de définir la source des problèmes au point de les faire disparaître, peut passer pour une diplomatie révolutionnaire. Non. C’est juste une perte de temps.

Source : The Electronic Intifada
Traduction : SF pour l’Agence Media Palestine

1 Blossom (fleur) est le chef tacticien d’un trio de dessin animé avec trois personnages féminins appelés Blossom, Bubbles et Buttercup

2 Personnage de BD membre du Trio galactique, capable de transformer son corps en vapeur




Israël bombarde Gaza alors que les hôpitaux manquent de fuel

Par Maureen Clare Murphy – 8 août 2018 

Une boule de feu explose sur la ville de Gaza pendant le bombardement israélien du 8 août.
(Mahmoud Ajour / APA images)

Israël a bombardé la Bande de Gaza de plus d’une douzaine de frappes dans la nuit de mercredi  ignorant les avertissements d’un responsable des Nations Unies disant que les hôpitaux étaient sur le point de manquer de carburant de secours.

Le ministère de la Santé de Gaza a déclaré que Inas Muhammad Khamash, femme enceinte de 23 ans, a été tuée dans un bombardement au centre de Gaza avec sa fille Bayan d’un an et demi. Le mari de cette femme, Muhammad Khamash, n’a pas été trop grièvement blessé.

Le ministère de la Santé de Gaza a également annoncé la mort d’Ali al-Ghandour, 30 ans, au nord de Gaza. Les circonstances de sa mort n’ont pas été immédiatement clarifiées.

L’attaque a fait suite à une série d’escalades qui ont commencé avec l’assassinat de deux combattants gazaouis mardi matin.

L’agence de presse Ma’an affirme que les deux hommes s’appelaient Ahmad Murjan et Abd al-Hafiz al-Silawi, membres des Brigades Qassam, branche armée du Hamas.

Pour cet incident, Israël a déclaré qu’il a frappé une infrastructure du Hamas pour répondre à des tirs venus de Gaza.

Le Hamas a démenti les déclarations d’Israël et plus tard, la nouvelle que les soldats avaient confondu des tirs au cours d’un exercice sur la base d’un commando naval du Hamas avec une attaque de snipers s’est propagée.

« Les troupes israéliennes ont estimé à tort que le tir les visaient et ont répondu avec un tir de char », a rapporté le quotidien israélien Haaretz.

Le tir a eu lieu à deux kilomètres de là où les soldats, membres du Génie, opéraient.

Les groupes palestiniens ont tiré des dizaines de roquettes vers Israël – quatre d’entre elles frappant la ville de Sderot au sud d’Israël – plus tôt dans la soirée de mercredi après qu’Israël ait attaqué une « cible appartenant au Hamas » au nord de Gaza.

On rapporte que c’était une réponse aux tirs qui ont frappé un véhicule civil engagé dans la construction d’une barrière le long du périmètre oriental du territoire, comme il est dit qu’on peut apparemment le voir sur ces photos :

Neuf Israéliens ont été blessés à la suite d’un tir de roquette mercredi, selon Haaretz. Le ministère de la Santé de Gaza a fait état de six blessures nécessitant une hospitalisation.

Les photos et les vidéos chargées sur les médias sociaux montrent des frappes israéliennes sur des zones densément peuplées de Gaza :

On précise que cette vidéo montre une frappe aérienne à l’ouest de Jabaliya au nord de Gaza où des civils s’étaient rassemblés sur la plage pour jouir de cette soirée d’été :

L’armée israélienne a publié une vidéo de ce qu’elle a déclaré être une frappe sur un « véhicule utilisé par une escouade lance-roquettes de Gaza » : 

Les médias d’Israël montrent des voitures endommagées et des personnes blessées :

Une autre vidéo montre des familles courant pour s’abriter dans un parc alors qu’une roquette venant de Gaza est interceptée :

Cette escalade arrive alors que le Hamas et Israël semblaient s’approcher d’un accord après des semaines de tractations par l’intermédiaire des Nations Unies et de l’Egypte.

Cet accord à plusieurs niveaux verrait apparemment l’adoucissement du blocus d’Israël et l’installation de projets humanitaires financés internationalement après la déclaration d’un cessez-le-feu immédiat, y compris l’arrêt des cerfs volants et des ballons incendiaires envoyés depuis Gaza.

 Nickolay Madlenov, envoyé de l’ONU pour la paix au Moyen Orient, a dénoncé l’escalade de mercredi dernier, déclarant : « Nos efforts collectifs ont empêché la situation d’exploser jusqu’à maintenant. » 

Il a averti que, si « on ne la maîtrise pas immédiatement, la situation peut rapidement se détériorer avec des conséquences dévastatrices pour tout le monde ». 

 Déclaration du Coordinateur spécial des Nations Unies pour le Processus de Paix au Moyen Orient,

Nickolay Mladenov, sur la situation à Gaza 

Jérusalem, le 9 août 2018

« Je suis extrêmement inquiet de la récente escalade de violence entre Gaza et Israël et particulièrement des multiples roquettes lancées aujourd’hui sur les communautés du sud d’Israël.

Depuis des mois, j’ai averti que la crise humanitaire, sécuritaire et politique à Gaza fait risquer un conflit dévastateur dont personne ne veut. L’Onu a engagé avec l’Egypte et toutes les parties concernées un effort sans précédent pour éviter une telle évolution.

Nos efforts collectifs ont empêché la situation d’exploser jusqu’à maintenant. Cependant, si l’escalade actuelle n’est pas contenue immédiatement, la situation peut rapidement se détériorer avec des conséquences dévastatrices pour tout le monde.

Nous continuerons à travailler ardemment pour que Gaza s’éloigne du précipice, que toutes les questions humanitaires soient prises en compte et que les efforts conduits par l’Egypte pour aboutir à une réconciliation entre Palestiniens aboutissent. »

Traduction du tweet en dessous de la déclaration :

Le ministère de la Santé de Gaza a averti plus tôt mercredi que ses réserves de fuel seraient bientôt épuisées et a appelé « toutes les parties concernées à agir vite pour éviter le désastre ».

La coordinatrice humanitaire de l’ONU, Jamie McGoldrick, a réclamé à Israël d’autoriser immédiatement l’entrée de fuel de secours dans Gaza.

« Le bien-être de deux millions de personnes, dont la moitié sont des enfants, est en jeu », a déclaré McGoldrick. « Il est inacceptable que les Palestiniens de Gaza soient répétitivement privés des éléments basiques d’une vie digne. »

On a besoin d’urgence de fuel de secours pour éviter la fermeture des hôpitaux de Gaza et le déversement des égouts dans les rues d’une des zones les plus densément peuplées au monde.

« Les hôpitaux et autres services de santé essentiels réduisent leurs activités, cinq hôpitaux envisageant leur fermeture possible dans les trois prochains jours si le fuel de secours n’est pas autorisé à entrer », a déclaré le bureau de McGoldrick.

Deux mille patients qui dépendent d’installations électriques dans les hôpitaux de Gaza sont soumis à un risque majeur.

Le financement de fuel de secours pour toutes les installations critiques arrive à expiration dans environ une semaine, d’après le Bureau de l’ONU pour la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA).

L’OCHA a ajouté que « 4.5 millions de dollars sont nécessaires pour être sûrs que les services essentiels puissent continuer à fonctionner à un niveau minimum jusqu’à la fin de l’année ». 

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : The Electronic Intifada




En Direct de Gaza : Quatre morts et dix blessés dans la bande de Gaza : Ce jeudi 9 août 2018 Silence, on tue les femmes enceintes à Gaza

Par Ziad Medoukh, 9 août 2018

En Direct de Gaza :

Quatre morts et dix blessés dans la bande de Gaza :

En Direct de Gaza :

Quatre morts et dix blessés dans la bande de Gaza :

Ce jeudi 9 août 2018

Silence, on tue les femmes enceintes à Gaza !

 

L’armée israélienne a tué tôt ce jeudi 9 août 2018 quatre palestiniens dont une femme enceinte et sa petite fille d’un an, et en a blessé dix, lors des bombardements qui ont visé plusieurs villes de la bande de Gaza. 

Les avions militaires israéliens ont mené plus de 70 raids dans la nuit de mercredi et tôt ce jeudi, sur différents lieux partout dans la bande de Gaza.

Et ça continue !

Silence, on tue les femmes enceintes à Gaza !

Honte, on tu les enfants à Gaza !

Silence, on tue les innocents à Gaza !

Les agressions israéliennes contre les civils palestiniens se poursuivent dans tous les territoires palestiniens.

Ce bombardement s’ajoute aux différentes mesures atroces de l’occupation israélienne contre la population civile partout dans tous les territoires palestiniens.

Devant le silence complice de cette communauté internationale officielle.

Et devant l’absence des médias qui occultent cette réalité.

Honte à cette occupation illégale !

Honte à ces crimes israéliens contre les civils palestiniens !

Honte à ce blocus israélien inhumain et illégal !

Honte à cette communauté internationale officielle complice !

Vive la résistance !

Vive la solidarité !

Gaza sous blocus résiste

Gaza la dignité persiste

Et Gaza l’espoir existe !

Gaza la courageuse défie l’occupation !

Gaza l’abandonnée vit !

Gaza la digne est plus que jamais déterminée !

Gaza sous blocus patiente !

Gaza la dignité garde toujours espoir !

Gaza la déterminée continue de s’accrocher à la vie !

Gaza l’agressée résiste, persiste et existe !

Ici, notre terre et ici, notre Palestine !

La lutte continue !

La Palestine vivra !

La justice triomphera !




Les premières images de la barrière maritime israélienne bloquant Gaza

6 août 2018

Une barrière sous-marine israélienne destinée à aggraver le blocus de la Bande de Gaza assiégée

Le ministère de la Défense d’Israël a diffusé hier les premières images de sa barrière maritime destinée à aggraver le blocus de la Bande de Gaza assiégée. La barrière se situe sur la plage de Zikim, approximativement à trois kilomètres de la frontière nord de Gaza. Le projet devrait être achevé pour la fin 2018 et coûter environ 25 millions de shekels (6.7 millions $).

Quand elle sera achevée, la structure s’étendra sur 200 mètres dans la mer Méditerranée, coupant encore plus la Bande de Gaza d’Israël. La barrière sera constituée de trois couches, une base sous-marine, une plate-forme de 50 mètres de large en pierres blindées au niveau de la mer et une barrière de 6 mètres de haut en barbelés. Une clôture supplémentaire entourera ensuite la barrière elle-même en tant que « mesure de sécurité additionnelle ».

La barrière a reçu les félicitations du ministre de la Défense Avigdor Liebermann. « La construction de cette barrière autour de la Bande de Gaza, à la fois sur terre et en mer, progresse à une allure impressionnante », a dit l’homme d’extrême droite. « Chaque jour qui passe voit nos capacités antiterroristes autour de la Bande de Gaza se renforcer. » D’après Ma’an, Liebermann a ajouté que « Le Hamas perd un peu plus tous les jours de sa capacité à attaquer Israël ».

Cette initiative sera probablement perçue comme une tentative supplémentaire d’Israël pour resserrer le siège de la Bande de Gaza, qui dure depuis 2007. Israël a fermé tout passage de piétons ou de marchandises dans ou hors de l’enclave et a construit une « barrière de sécurité » le long de la Ligne Verte (Armistice de 1949) qui sert de frontière.  De tous les Etats membres de l’ONU, seul Israël n’a jamais déclaré officiellement où se trouvent réellement ses frontières. Une zone interdite d’approximativement 300 mètres est par ailleurs imposée du côté gazaoui de la barrière, restreignant ainsi l’accès de beaucoup de familles et de paysans à leur terre.

Israël a également imposé à la Bande de Gaza un blocus naval, qui limite actuellement les pêcheurs de gaza à une distance de trois milles nautiques, environ 17 de moins que proposé par les Accords d’Oslo au début des années 1990. La semaine dernière, deux bateaux appartenant à la Flottille de la Liberté ont essayé de briser le blocus naval, mais ils ont été interceptés dans les eaux internationales par les forces navales israéliennes. Les membres de l’équipage du Al-Awda, le premier bateau à être intercepté, ont accusé les forces israéliennes de violence, et d’autres gouvernements ont dit que les actions d’Israël enfreignaient le droit international.

L’impact du siège a été sévère. Les secteurs industriel et commerciaux de Gaza ont été très atteints, l’interdiction par Israël d’importer du pétrole et du gaz provoquant pénuries et fort taux de chômage. La semaine dernière, de hauts fonctionnaires de l’ONU ont exprimé leur inquiétude face à la situation humanitaire que subissent les enfants de Gaza et de la violation continue de leurs droits. Le porte-parole adjoint du Secrétaire Général de l’ONU, Farhan Haq, a dit que les responsables « appelaient de tous côtés pour que les droits des enfants soient prioritaires sur toutes autres considérations et pour que des mesures immédiates soient prises pour alléger leurs souffrances ».

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : Middle East Monitor




« Je m’appelle Hilel Garmi, j’ai 19 ans et je refuse de servir dans l’armée israélienne »

Dans un post Facebook le 5 août dernier, Hilel Garmi a fait la déclaration suivante, traduite en français:

« Je m’appelle Hilel Garmi​. J’ai 19 ans, et je devais être incorporé dans l’armée israélienne au début août 2018.

Récemment, dans le contexte des manifestations gazaouies près de la barrière construite à Gaza, j’ai pris le temps de lire les déclarations d’Ahmed Abu Ratima, l’un des organisateurs de ce mouvement et j’ai été très impressionné de découvrir ces gens qui ont opté pour des alternatives non armées, pour aborder la question de la situation entre la Méditerranée et le fleuve Jourdain.

Comme eux, je crois en la désobéissance civile pour souligner le caractère illégitime de notre régime. Mon frère aîné et mes deux sœurs ont fait leur armée. Et quand j’étais petit, le passage par l’armée était pour moi non seulement une obligation inévitable, mais aussi un des objectifs qui me fascinaient ; et je voulais servir dans une unité d’élite.

Mais en grandissant, et en étant convaincu que tous les êtres humains sont égaux, j’ai changé d’avis. Je ne crois pas à l’existence d’un dénominateur commun entre Juifs qui feraient d’eux des êtres différents des Arabes. Je ne vois pas pourquoi je devrais être traité différemment d’un enfant né à Gaza ou à Jénine. Et je ne pense pas que les souffrances ou les joies soient plus importantes pour les uns que pour les autres.

Alors, je me suis demandé pourquoi 3 millions d’habitants de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est vivent sous occupation militaire depuis plus d’un siècle, et pourquoi 2 millions de Gazaouis subissent un siège militaire, imposé depuis plus de 10 ans par Israel sur terre, mer et dans le ciel.

Qu’est-ce qui donne à Israël le droit de gérer la vie de ces 5 millions d’êtres humains ? De décider de leur droit de circuler, d’importer, d’exporter, de pêcher ou d’avoir de l’électricité ? De pouvoir les arrêter à tout moment ?

Pas question pour moi de participer à un régime aussi anti-démocratique, et à tous les maux qu’il impose aux Palestiniens dans leur vie quotidienne, afin de permettre à une autre population de prendre leur place.

Il y a des lignes rouges qu’on ne peut franchir, et pour moi celles-ci sont infranchissables.

Ma décision de rendre ceci public est liée au fait que je suis convaincu que la désobéissance civile peut amener des changements sociétaux, en faisant appel au sens de la justice des plus privilégiés qui vivent dans cette région.

Si les manifestants de Gaza ont le courage de recourir à cette option, je me sens l’obligation et le pouvoir, en tant que personne née du côté de ceux qui détiennent le pouvoir, de m’engager également dans cette voie.

Hilel Garmi, Août 2018″




La loi État-nation d’Israël : la résurrection de l’apartheid

Haidar Eid – 24 juillet 2018 – Middle East Eye

Après l’approbation de la « nouvelle » loi État-nation, il semble que nous nous dirigeons vers l’inévitable : une confrontation avec la suprématie juive dans sa forme la plus hideuse.

Je suis un Sud-Africain naturalisé, un Palestinien d’origine. J’ai passé six ans en république d’Afrique du Sud à partir de 1997, trois ans après les premières élections multiraciales qui finalement ont abouti à la nomination de Nelson Mandela comme le premier Président noir du pays.

Ce furent des années agitées avec le spectre d’un apartheid qui menaçait toujours après avoir régné pendant 46 ans, laissant des cicatrices auxquelles le peuple d’Afrique du Sud, dans ses différentes races, a toujours à faire face.

Un système d’apartheid inhumain

Ce qui me préoccupe ici, c’est le fait que pas un seul pays dans le monde, à la fin des années 1980, ne voulait avoir quelque chose à voir avec le système d’apartheid inhumain, même pas reconnaître les soi-disant « terres d’origine indépendantes » accordées comme peau-de-vin à quelques Africains autochtones par le régime d’apartheid. 

Ce qu’il faut noter là, c’est que la communauté internationale considère le crime d’apartheid comme le deuxième crime contre l’humanité le plus grave, après le génocide.

C’est pourquoi moi-même, en tant que descendant palestinien de réfugiés chassés de leur village de Zarnouqa, nettoyé ethniquement, j’ai le droit d’user de mon droit au retour, reconnu internationalement. Je me dois également d’exprimer mon désaccord avec la promotion de la solution à deux États comme étant LA solution « répondant aux aspirations nationales des Israéliens et des Palestiniens ».

Résidant à Gaza, je suis choqué constamment de voir des politiciens qui croient encore qu’il existe deux côtés égaux dans ce qu’ils appellent le « conflit israélo-palestinien ». Est-ce que ces mêmes politiciens ont cru dans les années 1970 et 1980 qu’il existait deux parties égales en Afrique du Sud, les Blancs et les Noirs, avec des revendications territoriales égales ?

Contrairement à la nouvelle Afrique du Sud, post-apartheid, au sein de l’État d’Israël tous les êtres humains ne sont pas égaux. Israël se définit maintenant comme un « État juif ». Et comme 22 % des citoyens d’Israël sont des Palestiniens, ceux-ci se trouvent exclus du statut de citoyen de cet État. (Il y a plus de quatre millions de Palestiniens qui vivent sous l’occupation militaire directe dans la bande de Gaza et en Cisjordanie).

Israël n’est pas un État pour tous ses citoyens. C’est un État pour le « peuple » juif, un État auquel la plupart d’entre eux n’ont aucun droit de par leur naissance. Donc, alors que quelqu’un peut être citoyen de n’importe quel pays du monde, s’il est juif, il profite des pleins droits en Israël, droits que l’Israël d’apartheid nous refuse, à nous les Palestiniens, qui sommes le peuple originaire de cette terre. Quand ils parlent de nous, ils disent les « Arabes israéliens », les « résidents de Jérusalem », les « Arabes des territoires ».

Une infériorité institutionnalisée

Pour ajouter l’insulte à la blessure, il n’existe pas de nationalité israélienne. À la place, il y a une « nationalité juive », tout  comme il y avait une « nationalité blanche » dans l’Afrique du Sud de l’apartheid. De sorte que si l’on naît de parents palestiniens vivant en Israël, on se voit aussi refuser les droits à « la nationalité juive », et on est tenu de se soumettre à une infériorité institutionnalisée, ou de faire le choix d’y résister, ce qui est la réaction naturelle de tout être humain qui se respecte, et choix qui fut celui de Nelson Mandela et de Martin Luther King.

Les mêmes lois racistes qui servaient à interdire aux Noirs toute acquisition foncière dans les zones blanches dans l’Afrique du Sud de l’apartheid sont une force dans l’Israël de l’apartheid. Les citoyens palestiniens indigènes en Israël n’ont pas seulement l’interdiction de vivre sur des terres acquises par « les institutions juives », mais ils ne sont pas davantage autorisés à résider dans toute zone classée comme étant « juive ».

Moi-même, je possède un titre juridique sur la terre de mes parents en Israël, mais je n’y ai aucun droit « légal » car la propriété de mes parents, comme celle de millions d’autres Palestiniens, nous a été enlevée, et donnée à des juifs qui en sont devenus propriétaires.

Et maintenant, après l’approbation de la « nouvelle » loi État-nation, il semble que nous nous dirigeons vers l’inévitable : une confrontation avec la suprématie juive dans sa(ses) forme(s) la plus hideuse. À Oslo, en 1993, la direction palestinienne a eu l’illusion qu’elle serait en mesure d’établir un bantoustan que le monde reconnaîtrait comme l’État de Palestine.

À l’époque, la proposition revenait à accepter le programme de la « gauche » sioniste, approuvé par les États-Unis. Aujourd’hui, on nous demande d’accepter le programme d’un gouvernement de l’extrême droite sioniste, approuvé par le gouvernement de droite des États-Unis et qui a reçu une nouvelle dénomination, « l’accord du siècle ».

C’est dans ce contexte que la nouvelle vieille loi État-nation juif peut être comprise : c’est la renaissance de l’apartheid.

 

Le Dr Haidar Eid est professeur associé au Département de la littérature anglaise à l’Université Al-Aqsa dans la bande de Gaza.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source: MEE




Des tasers en plein visage : Comment la Marine israélienne s’est emparée de la dernière flottille pour Gaza

Les militants décrivent la violence et les menaces des commandos navals israéliens dans les eaux internationales. Une organisation de droite essaie de prendre possession du bateau.

Photo non datée du ‘Al Awda’, un des bateaux qui transportait de l’aide pour essayer de briser le siège de Gaza et qui a été intercepté dimanche par la Marine israélienne. (Coalition de la Flottille pour la Liberté)

Dimanche, la Marine israélienne s’est emparée d’un chalutier qui essayait de briser le siège de Gaza. D’après les militants à bord, les commandos navals ont tiré au taser sur le visage du capitaine du bateau, frappé à coups de poing sur le visage d’un autre membre de l’équipage et menacé la vie du capitaine.

Il y avait 22 participants et membres d’équipage à  bord du ‘Al Awda’, ‘Le Retour’ en arabe. Ce bateau norvégien était l’un des navires qui, cet été, ont essayé de briser le siège et d’apporter de l’aide à Gaza, effort qui se renouvelle tous les ans depuis presque dix ans.

« Nous avons commencé à recevoir des messages radio dimanche », a rappelé Zohar Regev, l’une des deux participants israéliens à bord du bateau. « Nous avons répondu que nous étions un bateau norvégien qui exerçait son droit de naviguer dans les eaux internationales. »

Quelques heures plus tard, des Zodiacs de la Marine israélienne se sont approchés du bateau et les commandos israéliens, dans leurs uniformes tout blancs complétés de masques de ski, sont montés à bord, tasers en avant. Selon les militants, la plupart des participants ont essayé de constituer une chaîne humaine et de bloquer pacifiquement avec leurs corps l’accès des commandos navals au pont du bateau.

Les commandos navals ont tiré au taser sur le visage du Capitaine Charlie Andreasson, a dit Yonathan Shapira, le deuxième militant israélien à bord du bateau, ajoutant que les militants n’ont pas résisté violemment. Les marins israéliens ont frappé à coups de poing au visage le mécanicien du bateau et tiré au taser sur deux autres personnes à bord, dont une de 60 ans originaire de Nouvelle Zélande, d’après Shapira.

« Ils ont frappé la tête d’Herman, le capitaine, encore et encore contre le mur, tout en le menaçant de l’emmener dans le ventre du navire et de l’achever quand personne ne pourrait les voir », a rappelé Shapira.

« Nous savions que nous n’allions pas briser le siège, et ce n’était pas le but », a expliqué Shapira. « L’objet, c’était la pression internationale. Le but, c’était d’éveiller et d’encourager d’autres militants – qui soudain voient tous ces gens sur un simple bateau de pêche faire voile vers Gaza – à se mobiliser et apporter de l’ aide.

Les forces navales israéliennes ont remorqué le bateau, saisi dans les eaux internationales, jusqu’à Ashdod et ont remis tous les militants à la police israélienne. Les deux Israéliens ont été menacés de l’accusation de complicité avec l’ennemi, de tentative d’entrer à Gaza et de conspiration dans l’intention de commettre un crime, a dit Shapira, bien que la première accusation ait été abandonnée lors de leur libération.

Les militants étrangers, de nationalité norvégienne, suédoise, espagnole, française, britannique, malaisienne, australienne et néo-zélandaise, ont été retenus pour plusieurs jours de plus. Vendredi, ils étaient tous expulsés.

Un porte-parole de l’armée israélienne a dit, qu’après enquête, le bateau avait été pris « avec une force raisonnable pour affronter la résistance » de ceux qui étaient sur le bateau. « Il n’y a pas eu d’incident que l’on puisse qualifier d’irrégulier en comparaison avec les incidents des années précédentes », a ajouté le porte-parole.

Le mois dernier, Shurat HaDin, organisation juridique de droite, qui travaille étroitement avec le gouvernement et les services de renseignement israéliens, a obtenu un ordre du tribunal de saisir le « Al Awda » et un autre bateau, « Freedom », du nom de l’association des victimes du terrorisme.

L’argument présenté au tribunal était que ces bateaux allaient sûrement tomber dans les mains du Hamas, augmentant ainsi la taille de la force navale du groupe militant palestinien.

« Nous avons des documents prouvant que le bateau était destiné à l’UAWC – Syndicat des Comités de Travailleurs Agricoles – au profit des pêcheurs de Gaza », a dit Zohar Regev après sa libération de prison.

« C’est une très étrange décision », a dit Gaby Lasky, l’avocate qui représentait les militants, de l’injonction de saisir le bateau qui a été émise avant qu’il ne soit réellement impliqué dans quelque chose d’illégal.

« La décision de saisir le bien a été faite ex parte », a dit Lasky, ajoutant qu’elle ne pensait pas que cet ordre tiendrait devant la cour.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : +972