Avec le retrait de l’UNESCO Trump fait passer Israël au premier rang

Par Ali Abunimah, le 12 octobre 2017

Israël a essayé de légitimer la colonisation de sites du patrimoine palestinien en Cisjordanie occupée, dont la mosquée d’Ibrahim à Hebron (APA images)

La politique étrangère « L’Amérique d’abord » de Donald Trump était manifeste jeudi, lorsque le Département d’État a annoncé que les États Unis se retiraient de l’UNESCO sur le supposé « biais anti-israélien » de cette instance des Nations Unies.

Du temps du Président Barack Obama, les USA avaient déjà coupé leur financement à l’agence à cause d’une loi américaine qui restreint le soutien à des instances de l’ONU qui reconnaissent la Palestine comme État.

La directrice de l’UNESCO, Irina Bokova, a exprimé ses regrets face à la décision américaine.

Bokova s’était mise en quatre pour apaiser Israël en se faisant l’écho des revendications de ce dernier sur un biais anti-Israël à l’UNESCO.

On peut voir jusqu’à quel point les dirigeants américains sont prêts à servir Israël, par une simple expérience mentale : il est impossible d’imaginer les USA se retirant  de quelque instance mondiale en mentionnant un biais « anti canadien », « anti britannique » ou « anti français ». Même s’ils sont parmi les alliés les plus proches des USA, un tel geste mettrait immédiatement le président sous le feu d’accusations de sa base nationaliste virulente, l’accusant de faire passer les intérêts étrangers avant ceux de l’Amérique.

Le Président Trump est au contraire susceptible d’être largement loué et pas seulement par les segments les plus à droite de l’establishment américain.

En avril, l’ensemble des 100 sénateurs américains a signé une lettre qui appuie le mythe selon lequel l’ONU a un « programme anti-Israël ».

C’est dire s’il y a peu de chances que dans ces cercles, soit fait un examen très critique de la fausse allégation d’un biais anti Israël.

Quand israël dénigre

Au cours des derniers mois, Israël et ses soutiens ont prétendu, à tort, que les résolutions de l’UNESCO ont ébranlé les liens des juifs avec les sites patrimoniaux en Cisjordanie occupée et à Jérusalem Est.

Il y a un an, Israël a tenté de faire retirer la Vieille Ville de Jérusalem et le site de la mosquée d’al-Aqsa de la liste de l’Unesco des sites du patrimoine mondial en danger.

Cette tentative s’est faite au moment où des groupes appelant à la destruction de la mosquée d’al-Aqsa et à son remplacement par un temple juif ont intensifié leurs actions, souvent avec le financement et le soutien du gouvernement israélien.

La tentative d’Israël est intervenue deux semaines après le vote de l’UNESCO condamnant la multitude de moyens, bien connus, par lesquels Israël viole les droits des Palestiniens et des croyants musulmans à la mosquée d’al-Aqsa et menace l’intégrité architecturale du domaine.

Israël a prétendu, à tort, que ce vote niait un lien juif à la mosquée d’al-Aqsa  que les Juifs appellent le Mont du Temple.

Suite à ce vote, Israël a lancé une campagne mondiale de dénigrement contre l’UNESCO, allant jusqu’à l’assimiler au groupe État Islamique Daech.

Faire respecter le droit international

Certains responsables de l’ONU ont cédé au harcèlement israélien et ont pris des distances avec la résolution.

Mais, en mai, l’UNESCO a voté une résolution qui, en ligne avec le droit international, déclare « nulle et non avenue » l’annexion par Israël de Jérusalem Est, et exige qu’Israël cesse ses fouilles et autres travaux dans la ville.

Israël a de nouveau lancé une campagne de diffamation, le Premier ministre Benjamin Netanyahou appelant la résolution « décevante » et « bizarre ».

L’UNESCO n’avait que réaffirmé la déclaration de l’ONU quelques mois plus tôt, stipulant : qu’Israël est la puissance occupante et doit se conformer au droit international.

Des mois plus tard, la colère d’Israël s’est encore accrue lorsque l’UNESCO a voté deux résolutions mettant de nouveau en avant le droit international.

Les résolutions reconnaissaient la Vieille Ville de Hebron et la mosquée d’Ibrahim comme sites du patrimoine palestinien en danger.

Distorsion historique

Israël s’est encore livré à un déchaînement verbal, prétendant que l’UNESCO diffuse des « mensonges » et « une histoire fallacieuse ».

« Cette fois, ils ont décidé que la tombe des patriarches à Hebron est un site palestinien, donc non juif, et qu’il est en danger » s’est exclamé Netanyahou.

La tombe des patriarches est le nom donné par Israël à la mosquée d’Ibrahim, où un colon juif américain a massacré 29 Palestiniens en 1994. Le site est vénéré par les Musulmans, les Chrétiens et les Juifs comme lieu des sépultures d’Abraham et d’autres prophètes.

Ce qu’a fait Netanyahou  – comme le font souvent des responsables israéliens – c’est un amalgame entre la croyance juive et le contrôle israélien, comme si un site ne pouvait pas être à la fois révéré par des Juifs et situé sur un territoire palestinien. Il n’y a cependant pas de contradiction entre le fait qu’un site soit palestinien et sacré pour les Musulmans, les Chrétiens et les Juifs.

Donc concrètement, le « biais anti israélien » revient à ne pas soutenir avec enthousiasme les distorsions et les mensonges d’Israël destinés à légitimer sa colonisation illégale et ses tentatives d’effacement de l’histoire en Palestine qui n’étayent pas le récit colonial sioniste.

Le retrait américain intervient alors que l’UNESCO s’apprête cette semaine à élire le successeur de Bokova, une compétition que les medias israéliens ont dépeint comme une bataille sectaire entre un favori musulman du Qatar et une candidate juive de France.

Il y a peu de raisons de déplorer le départ des USA de l’UNESCO. Ce qui serait encore mieux serait qu’Israël suive.

Traduction : SF pour l’Agence Media Palestine

Source: Electronic Intifada




Israël va dépenser 2 millions $ pour promouvoir les produits des colonies frappés par le boycott

9 octobre 2017 / Middle East Monitor

Photo des forces israéliennes le 19 janvier 2015 à la frontière jordanienne (Flickr)

Le gouvernement israélien a affecté un financement de 7 millions NIS (environ 2 millions $) pour aider à promouvoir les produits des colonies visés par un boycott international.

Au cours d’une visite des colonies dans la Vallée du Jourdain, partie de la Cisjordanie occupée, le ministre israélien Gilad Erdan a déclaré que son ministère des Affaires Stratégiques aiderait les fermiers à atteindre de nouveaux marchés en présentant leurs produits dans les foires et conventions commerciales mondiales.

« La Vallée du Jourdain fait partie de l’État d’Israël et le restera à jamais », a dit Erdan.

« Les fermiers y maintiennent un formidable modèle de coexistence, emploient des Palestiniens très bien payés, l’activité commune contribue au renforcement des relations et, s’il existe une chance pour la paix, c’est grâce aux colonies qui s’y trouvent et aux projets agricoles et économiques qui y sont maintenus en partenariat. »

Il a ajouté : « Malheureusement, les associations de boycott dans le monde visent justement ces endroits, ce qui fait du tort aux fermiers et aux perspectives de coexistence. »

Des rapports disent que le ministère a accordé cet argent comme faisant partie d’un projet commun avec le conseil régional colonial de la Vallée du Jourdain pour les deux prochaines années.

En plus de présenter des produits dans les foires commerciales, le gouvernement « financera des délégations de personnalités influentes dans cette zone afin qu’elles soient impressionnées par les produits et par la coopération locale entre Israéliens et Palestiniens dans le développement de la production agricole. »

Erdan a décrit les colonies de la Vallée du Jourdain comme étant la cible de campagnes de boycott, ainsi que d’initiatives telles que l’étiquetage correct des produits.

David Elhiani, à la tête du Conseil Régional de la Vallée du Jourdain et président du Forum Colonial de Lutte Contre le Boycott, a réagi positivement à l’initiative gouvernementale.

« Nos produits sont boycottés dans quelques pays d’Europe et d’Amérique et le tort fait aux fermiers est grand. Nous sommes heureux de ce changement de cap du gouvernement et de l’aide accordée par le ministre Erdan. »

Il a poursuivi : « Ensemble, nous avons élaboré un plan d’action général avec le ministère du Budget et nous voyons enfin arriver des mesures actives en faveur des fermiers et de ceux qui souffrent de l’étiquetage des produits, ce qui va enfin porter aide au combat et faire progresser l’agriculture en Judée et Samarie [la Cisjordanie]. »

Traduction J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : Middle East Monitor




« Retours sur une saison à Gaza »: Interview avec Vivian Petit

Interview de Vivian Petit à l’occasion de la sortie de son livre  » Retours sur une saison à Gaza« , par l’Agence Média Palestine, le 9 octobre 2017

 Bonjour Vivian. Ton livre est en partie un témoignage des deux mois et demi que tu as passés à Gaza en 2013. Qu’est ce qui t’a motivé à aller séjourner à Gaza?

VP: Bonjour. J’écris dans cet ouvrage qu’il est assez difficile de réduire une motivation, un choix, une attirance, à une seule cause, et cela ne me paraît pas souhaitable. Je peux par contre tenter d’expliquer mon lien à la cause palestinienne. Mes premières réflexions politiques datent de l’adolescence, et concernaient l’antiracisme et l’anticolonialisme. C’est notamment le rap français qui a participé à cet éveil. Aussi, 2006 est l’année de mes premières manifestations, contre le CPE, et c’est aussi l’année où Israël a attaqué le Liban. Ça m’avait alors semblé logique de manifester contre cette agression, en compagnie d’une partie des personnes rencontrées les mois précédents dans les manifestations lycéennes et étudiantes. Mon premier voyage en Palestine date de 2009, j’étais allé en Cisjordanie et à Jérusalem avec des militants de SUD-Etudiant, dont j’étais membre. J’ai eu envie de retourner en Palestine quelques années plus tard, après avoir travaillé à Londres auprès du Boycott National Commitee. En 2013, j’ai donc profité du fait que la frontière entre l’Egypte et Gaza était ouverte suite à la chute de Moubarak pour aller y passer quelques mois.

Tu affirmes qu’à Gaza en 2014, les soldats israéliens ont parfois eu pour ordre de tuer toute personne non membre de l’armée d’occupation israélienne, peux-tu détailler ?

VP: Ce n’est pas moi qui l’affirme, mais des soldats qui ont participé à l’opération eux-mêmes. J’invite tous les lecteurs à lire la brochure publiée en 2015 par l’ONG israélienne Breaking the silence, intitulée This is how we fought in Gaza. Le récit des évènements est clair : après l’invasion terrestre de la Bande de Gaza à l’été 2014, la plus grande partie fut déclarée « zone de combat » par Israël, et la totalité des habitants de cette « zone de combat » s’est vu ordonner de quitter les lieux pour se réfugier dans des écoles ou des centres de l’ONU, eux aussi parfois pris pour cibles. Dans des camps de réfugiés, comme celui d’Al-Bureij, les soldats ciblaient des maisons au hasard, et attendaient l’éventuelle riposte de combattants. Faute de riposte, ils détruisaient les habitations avant de partir, tuant les habitants qui n’avaient pas fui. Les seules restrictions au fait de tirer étaient les distances liées à la présence de soldats israéliens, et étaient fixées dans le seul but d’éviter les « tirs amis ».  On peut aussi parler du massacre commis dans la nuit du 19 au 20 juillet à Shuja’iyya, à l’est de la ville de Gaza, où plus de cent palestiniens ont été tués en représailles à la mort de sept soldats israéliens tombés dans une embuscade. Ou du massacre commis les 22 et 23 juillet à Kuza’a, une ville agricole qu’Israël veut transformer en no man’s land depuis bien avant 2014 …

Dans les médias dominants, le dernier massacre israélien à Gaza a été présenté comme un ensemble de  « représailles » à des tirs de roquettes du Hamas …

VP: A chaque opération à Gaza, les médias occidentaux reprennent quasi systématiquement la chronologie des évènements telle qu’elle est présentée par l’armée israélienne. Chaque bombardement ferait suite à tel ou tel jet de roquettes par le Hamas, comme s’il s’agissait d’un instant 0, du début de l’histoire. Sous couvert de neutralité, on crée en outre une fausse symétrie, entre les bombardements du colonisateur et les jets de roquettes du colonisé et en oubliant les faits mêmes de l’occupation ou du blocus. L’un des objectifs de mon ouvrage est de démontrer  qu’il n’y a pas la guerre d’un côté et la paix de l’autre, qu’il n’y a pas des périodes de trêve qui seraient rompues par un « cycle de la violence ». Les bombardements israéliens sur Gaza sont au contraire le prolongement direct du blocus et de la politique menée par Israël à longueur d‘année. Par exemple, si le village de Kuza’a a été victime d’un massacre à l’été 2014, ce même village était déjà en 2013 la cible des incursions de jeeps et de chars autant que des menaces des snipers israéliens. Cela rappelait aux habitants de Kuza’a qu’Israël rêvait de faire de cet endroit situé près des bordures israéliennes un véritable no man’s land, autant pour des raisons sécuritaires que pour endiguer toute autosuffisance des palestiniens. Un an après le massacre, en 2015, les champs de Kuza’a ont été la cible de jets de pesticides par l’aviation israélienne. Si Kuza’a venait à être de nouveau bombardé, seuls ceux qui ne se seraient jamais intéressés à l’histoire du lieu pourraient faire remonter l’origine de ces bombardements à un jet de roquette intervenu quelques jours ou quelques heures auparavant … Pour comprendre cela, il suffirait de ne pas s’intéresser à la Palestine uniquement lorsque des Israéliens meurent … En Occident, cette conception de l’information n’est cependant pas propre à ce qu’il se passe en Palestine. On peut par exemple remarquer que c’est uniquement lorsque des soldats français tombent dans une embuscade qu’on se rappelle de la présence de notre armée aux quatre coins du monde pour protéger des dictateurs proches des grandes entreprises françaises.

 

 Pendant ton séjour, tu as donné des cours de français à l’université de Gaza, peux-tu nous faire un état des lieux de la situation des étudiants à Gaza et nous parler de ton expérience ?

VP: Il y a cinq universités à Gaza, dont trois principales : l’université islamique, fondée par les Frères musulmans, l’université Al-Azhar, fondée par le Fatah, et l’université Al-Aqsa, dépendant de l’Autorité Palestinienne de Ramallah. Elle compte 25 000 étudiants, dont 22 000 étudiantes, soit 80%. C’est celle où j’ai travaillé. J’étais employé au département de français. J’étais en charge du cours d’expression orale et écrite en première année, et d’ateliers de lecture et de conversation pour les années suivantes. Evidemment, l’enseignement est soumis aux mêmes aléas que partout ailleurs à Gaza, coupures d’électricité qui gênent les cours ou empêchent de travailler chez soi, blocus qui empêche des étudiants ou des professeurs de répondre aux invitations d’autres universités, retard ou annulation dans l’arrivée d’un conférencier (ou dans le retour d‘un professeur s’il a réussi à sortir de la bande de Gaza), etc. En outre, l’absence de perspectives entraîne souvent une démotivation chez les étudiants après quelques années d’études. La baisse de motivation en quatrième année au département de français de l’université Al-Aqsa était le sujet du mémoire de Riad Raschwan, un étudiant du département de français. Il a effectué un sondage dans sa promo, et 100% des étudiants lui ont dit qu’ils étaient sûrs de ne pas trouver d’emploi une fois leur diplôme obtenu.

 

Tu affirmes que pendant trop longtemps, les mouvements de gauche en France, dans leurs rapports à l’Autorité Palestinienne et au parti travailliste israélien ont été prisonniers de leur soutien à feu le « processus de paix » ? Peux-tu développer?


VP: Une partie de la  gauche française est historiquement proche du parti travailliste israélien et du Fatah, et a applaudi à la signature des accords d’Oslo. C’est pourtant le parti travailliste qui a été au pouvoir pendant la plus grande partie de l’histoire d’Israël, a mené les guerres de conquête et mis en place la colonisation. Aussi, plus de vingt ans après la signature des accords d’Oslo, il est évident que l’Autorité Palestinienne n’est pas l’embryon d’une indépendance, mais un ensemble d’institutions auxquelles Israël a délégué la gestion de certains territoires. La « coopération sécuritaire » entre l’Autorité Palestinienne et Israël est la principale raison d’être du discours tentant de nous faire croire qu’il y aurait un « processus de paix » pendant que la colonisation s’accélère, et que l’armée israélienne et la police palestinienne répriment conjointement les Palestiniens qui se révoltent. Il est en outre intéressant d’observer que les montants des subventions versées à l’Autorité Palestinienne ont augmenté à partir de 2001, c’est-à-dire lors de la seconde intifada et de sa répression, au moment où il apparaissait clairement qu’il n’y aurait pas d’Etat palestinien à côté d’Israël. Soutenir l’Autorité Palestinienne lorsqu’on se dit contre l’occupation et solidaire des Palestiniens me paraît profondément problématique, car plutôt que de considérer qu’il y aurait une occupation à combattre ou une résistance à aider (par exemple en ciblant, comme le propose la campagne BDS, les entreprises israéliennes et toutes les entreprises complices de la colonisation de la Palestine), on en vient à penser qu’il y aurait seulement des besoins à combler, une économie à soutenir, un État à créer, et in fine, seulement des institutions avec lesquelles travailler. Quand bien même ces institutions travaillent contre le peuple palestinien, comme c’est le cas de l’Autorité Palestinienne.

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Le maintien des femmes palestiniennes d’Israël en marge de l’économie

Par Suheir Abu Oksa Daoud, le 28 Septembre 2017

Synthèse

La part des Palestiniennes d’Israël dans le marché du travail est une des plus basses du monde, alors que celle de leurs homologues juives est l’une des plus fortes. Bien que les représentants du gouvernement israélien aient publiquement déclaré que le pays doit promouvoir le travail des femmes palestiniennes, leurs déclarations n’ont pas été suivies d’actes. Au contraire, les Palestiniennes souffrent de pauvreté…

Présentation

La part des Palestiniennes d’Israël dans le marché du travail est une des plus basses du monde, alors que celle de leurs homologues juives est l’une des plus fortes. Bien que les représentants du gouvernement israélien aient publiquement déclaré que le pays doit stimuler l’économie des Palestiniens en Israël, particulièrement en promouvant l’emploi des femmes palestiniennes, leurs déclarations n’ont pas été suivies d’actes.

Il n’est pas surprenant que le développement palestinien soit relégué au second plan dans la politique israélienne. La population minoritaire, qui représente environ 21% des 8,7 millions de la population d’Israël, souffre de la pauvreté, de la marginalisation et de la discrimination de la part du gouvernement israélien depuis la Nakba. En outre, pendant cette dernière décennie, les actes d’Israël ont conduit à une détérioration plus profonde de la relation entre les Palestiniens et les institutions de l’état et la communauté juive. La guerre au Liban en 2006 et les guerres à Gaza en 2008 et 2014, par exemple, ont d’autant plus isolé les citoyens palestiniens d’Israël.

La lutte des femmes palestiniennes pour l’emploi est emblématique de l’oppression systématique par Israël de cette population minoritaire. Le faible nombre de femmes sur le marché du travail n’est pas, comme on le croit généralement, simplement dû à la culture “traditionnelle” palestinienne ou musulmane. Bien que par le passé des obstacles sociaux empêchaient les femmes palestiniennes de travailler à l’extérieur de la maison, de profonds changements politiques et économiques dans la société palestinienne ont contribué à une plus grande acceptation et promotion de tels emplois. Ce sont plutôt les politiques de l’état israélien envers les travailleuses palestiniennes qui sont au cœur de leur marginalisation dans la production et l’emploi.

Dans cet article, Suheir Daoud aborde la marginalisation des femmes palestiniennes sur le marché du travail israélien. Elle étudie le manque de soutien apporté aux femmes palestiniennes travaillant dans la sphère publique, comme problème faisant partie intégrante à la fois de la politique passée et de la politique actuelle d’Israël. Politiques qui ont pour objectif d’isoler et de contrôler le potentiel de la minorité palestinienne afin de servir les intérêts de la majorité juive. Elle conclut avec des recommandations sur ce que les Palestiniens peuvent faire pour promouvoir l’émancipation et l’emploi des femmes palestiniennes en Israël.

Une marginalisation économique depuis la Nakba

La marginalisation des femmes palestiniennes sur le marché du travail israélien et, plus généralement, l’obstruction au développement économique palestinien en Israël, sont des objectifs fondamentaux d’Israël depuis la Nakba.

Après 1948, Israël adopta une politique économique capitaliste afin de s’intégrer à l’économie mondiale. L’un de ses principaux objectifs était d’absorber et d’employer les immigrés juifs. Cet objectif fut réalisé en expropriant les Palestiniens. Des milliers d’entre eux perdirent leurs terres et leurs maisons.

En conséquence, en deux décennies de régime militaire à la suite de l’établissement de l’Etat d’Israël, les femmes palestiniennes travaillèrent principalement en tant que femmes de ménage ou couturières dans les villages arabes, particulièrement dans le Nord. Les autres facteurs contribuant à leur marginalisation professionnelle furent le peu d’opportunités d’emploi dans les villages et villes arabes et un faible taux d’alphabétisation.

La guerre de 1967 engendra des changements fondamentaux dans l’économie israélienne, avec un afflux de capitaux, d’investissements et d’aides qui créèrent de nombreux emplois. Ceci contribua à une augmentation du niveau de vie, et contraint les femmes palestiniennes en Israël à entrer sur le marché du travail rémunéré afin d’assurer des ressources supplémentaires pour soutenir leur famille et prendre part à l’amélioration des conditions.

Il était toutefois encore difficile pour les femmes palestiniennes de trouver un emploi au fil des années. Dans les années 90, près d’un million de Russes juifs immigrèrent en Israël après la chute de l’Union Soviétique. La majorité de ces immigrés possédaient des diplômes d’études supérieures et obtinrent des emplois tels que médecins ou infirmiers. Les Arabes instruits avec des compétences similaires furent remplacés. En parallèle, les Russes non qualifiés, particulièrement les femmes, furent employés pour faire le ménage ou pour travailler dans les hôtels et les usines, conduisant au licenciement généralisé des femmes palestiniennes qui occupaient ses postes depuis des décennies.

Le traité de paix de 1994 entre Israël et la Jordanie contribua également à la marginalisation économique des femmes palestiniennes. L’accord ouvrit la porte aux investissements israéliens en Jordanie, incitant Israël à y ouvrir de nombreuses usines, ainsi qu’en Egypte. De nombreuses Palestiniennes perdirent leurs emplois en Israël, notamment dans le vêtement et le textile, et les opportunités d’emploi dans ce secteur diminuèrent. Au milieu des années 90, le nombre de Palestiniennes travaillant dans les usines de textile israéliennes baissa de 10 700 à 1 700. En outre, Israël fit venir des milliers d’ouvriers étrangers pour travailler dans les secteurs de l’agriculture et de la construction, provoquant une diminution de la part de travailleurs palestiniens parmi eux, particulièrement les femmes, qui accomplissaient les travaux agricoles saisonniers.

Plus instruits mais toujours sans emploi

L’émigration de milliers de villageois palestiniens vers les villes israéliennes pour trouver du travail après la guerre de 1967 eut un impact significatif sur la structure du village et de la famille arabe. L’expropriation des terres par Israël et la transformation des Palestiniens en une main d’œuvre bon marché se traduisit par la perte de leur revenu agricole. Les grandes familles palestiniennes s’urbanisèrent et s’éclatèrent, et les familles nucléaires devinrent plus répandues.

Ces changements affectèrent les relations économiques et sociales des Palestiniens, notamment leurs comportements concernant l’instruction des filles. L’instruction des filles et des femmes devint plus répandue quand la nouvelle génération s’ouvrit aux concepts de liberté, d’égalité sociale et de droits des femmes. Et parce que les Palestiniens en Israël réalisèrent que l’instruction était la plus importante stratégie pour réussir dans la société, l’inscription des jeunes Arabes, dont les femmes, dans les universités israéliennes augmenta après la fin du régime militaire.

Les Palestiniennes instruites construisirent alors leurs carrières, particulièrement dans les secteurs de l’éducation et de la santé, et apportèrent une contribution supplémentaire et souvent la principale source de revenus de leur foyer. Elles occupaient souvent des postes d’enseignantes dans les écoles arabes et finirent par monopoliser la profession. Et au cours des deux dernières décennies, les palestiniennes en Israël s’investirent dans de nombreux secteurs professionnels non traditionnels, notamment le droit, la justice, la médecine, les arts, la production de films, et l’ingénierie. L’indépendance économique des femmes qui travaillent sensibilisa les autres femmes sur la multiplication des opportunités.

Cependant, les femmes palestiniennes qui travaillent sont restées une exception plutôt que la règle. Bien que l’employabilité augmente pour les femmes instruites, la participation des Palestiniennes sur le marché du travail israélien n’est pas proportionnelle à leur niveau d’instruction. Leur taux de participation est l’un des plus bas au monde, 21%. Ces chiffres sont restés à peu près constants pendant plus de deux décennies, alors que le taux de participation des femmes juives a augmenté pendant la même période — de 47% en 1990 à 59% en 2016. Le taux actuel pour les femmes juives est l’un des plus élevés au monde, dépassant même celui des Etats-Unis à 56%. Alors que les chiffres de l’ONU montrent une augmentation constante de la participation des femmes aux emplois rémunérés au niveau mondial au cours des dernières décennies, le faible taux d’emploi des femmes palestiniennes en Israël nous dit autre chose.

Des obstacles étatiques au travail des Palestiniennes

L’augmentation des inscriptions à tous les niveaux d’instruction des femmes palestiniennes en Israël démontre que ce ne sont pas seulement la “ culture palestinienne ” ou “l’Islam” qui dissuadent les femmes d’obtenir un emploi, mais l’état d’Israël.

Israël soumet sa minorité palestinienne à des pratiques discriminatoires qui l’empêchent d’avoir accès, même en tant que citoyens israéliens, à de nombreux postes élevés, essentiellement pour des raisons de “sécurité”. Par exemple, les institutions gouvernementales comme la Banque Centrale d’Israël, les aéroports, et les médias officiels emploient rarement des Palestiniens. En outre, bien que la loi israélienne pour l’égalité des chances interdise aux employeurs de défavoriser des candidats en fonction de leur sexe, leur race ou leur religion, les candidates palestiniennes subissent des discriminations. Le voile ou un accent en hébreu sont souvent invoqués pour justifier une non-embauche.

Israël continue également de déposséder les Palestiniens de leur rôle traditionnel en agriculture en les expropriant de leurs terres et en bloquant les subventions gouvernementales des fermiers. De plus, les gouvernements israéliens successifs refusent le développement des villes et villages arabes et continuent de mener des politiques discriminatoires en termes de budget, d’urbanisation, de projets de construction, de transports publics et de zones industrielles qui créeraient des opportunités d’emplois.

Par conséquent, les petites villes et les villages arabes, dont les dirigeants sont aussi connus pour leur incompétence et leur corruption, souffrent de faibles développement et aménagement, ainsi que de réseaux de transports publics limités, surtout dans les nouveaux quartiers, où il n’est pas rare que les rues ne soient pas pavées et où les équipements font défaut. Ce manque de transports empêche les Palestiniennes de trouver un emploi. Une étude de l’organisation féministe Kayan a montré que bien que le nombre de Palestiniennes en Israël obtenant le permis de conduire soit en augmentation, 37% des sondées disent qu’elles ne peuvent pas s’acheter de voiture faute de moyens financiers, et 23% disent qu’elles ne possèdent pas de véhicule à cause des barrières sociales ou des traditions. Par exemple, les femmes druzes n’ont pas le droit de conduire pour des raisons religieuses, bien que certaines d’entre elles aient défié cette interdiction en conduisant.

Le sérieux manque de garde d’enfants dans les zones palestiniennes empêche également les femmes de rentrer sur le marché du travail. En effet, seuls 25 centres de garde financés par le gouvernement fonctionnent dans les zones arabes en Israël, pour 16 000 dans les zones juives.

Même lorsque les Palestiniennes travaillent, elles subissent des écarts de salaires et une double discrimination, puisqu’elles vivent dans une société dominée par les hommes qui discrimine les Arabes en faveur des Juifs. Bien que le droit israélien exige des payes égales au travail, toutes les femmes en Israël gagnent 15% moins que les hommes, et les citoyens masculins palestiniens gagnent moitié moins que leurs homologues israéliens pour le même travail.

Ces différents obstacles contraignent de nombreuses femmes palestiniennes à rester à la maison et à s’occuper de leurs enfants plutôt qu’à chercher du travail dans la sphère publique.

Le rôle du patriarcat

Comme d’autres sociétés industrialisées, Israël est patriarcale, fondée sur des idées de supériorité masculine. On peut le voir dans la séparation entre le public et le privé, et dans les écarts de salaires entre les hommes et les femmes.

Dans les sociétés juives et palestiniennes, les comportements patriarcaux sur le rôle des femmes et leur travail en dehors de la maison évoluent. En revanche, le changement officiel n’est évident que pour les Israéliennes juives. Le patriarcat israélien n’a pas empêché les femmes juives d’atteindre l’un des taux de participation au marché du travail les plus élevés au monde, alors que participation des femmes palestiniennes demeure bas.

La grande majorité de la société arabe soutient l’éducation supérieure des femmes ainsi que leur droit fondamental à travailler ; ce soutien diminue toutefois, dans une certaine mesure, parmi ceux présentés comme religieux, quelle que soit la religion. Cependant, même le Mouvement Islamique en Israël, traditionnellement accusé de conservatisme à l’égard des femmes, a insisté sur l’importance de l’instruction des filles. La branche nord du Mouvement, interdit par Israël, soutient l’instruction des femmes tout en continuant de séparer les garçons et les filles et en construisant des écoles séparées pour les filles.

Les changements dans la culture patriarcale palestinienne ont été plus rapides et plus complets parmi les populations de Galilée, les Chrétiens et les femmes se considérant comme laïques. Les Chrétiennes participent au marché du travail à hauteur de 45% contre 23,9% pour les Musulmanes. Cette différence peut être attribuée au fait que la majorité des Chrétiens vivent en ville, où les femmes trouvent plus d’opportunités d’emploi que celles vivant dans les banlieues ou les villages. Les membres de la communauté chrétienne inscrivent davantage leurs enfants dans l’enseignement supérieur, comparé à leurs homologues musulmans ou juifs, ils ont tendance à se marier tard et ont le taux de natalité le plus bas de l’état. Ces facteurs, et le fait que les femmes chrétiennes ne soient pas sujettes aux mêmes restrictions sociales que les femmes des autres religions ou que les femmes vivant dans certaines zones, comme le Néguev, ont aidé à augmenter leur taux d’emploi.

Les Bédouines dans le Sud du Néguev ont le taux d’emploi le plus bas parmi les femmes palestiniennes, avec seulement 6% de la main d’œuvre. La répression israélienne des Bédouins du Néguev, qui sont environ au nombre de 130 000, ou 11% de la population palestinienne à l’intérieur de l’état, contribue à ce que ce taux soit faible.

La communauté bédouine est sous la menace constante de déportation et de destruction de leurs maisons. Plusieurs lois, qui pourraient améliorer le statut des femmes bédouines, comme le Code Pénal de 1977 qui punit de 5 ans de prison la polygamie, ne sont toujours pas appliquées, et la polygamie chez les hommes bédouins a augmenté de 20-30%. Néanmoins, l’instruction des femmes s’améliore dans le Néguev et de plus en plus de Bédouines étudiantes à l’université et de militantes travaillent à apporter un soutien social et à faire face aux politiques racistes de l’état.

Initiatives palestiniennes face au système israélien

La société civile palestinienne en Israël joue un rôle important dans le soutien à l’émancipation des femmes, notamment en organisant des campagnes de sensibilisation, des ateliers et des formations pour promouvoir le leadership des femmes, ainsi qu’en publiant des rapports et des articles de recherches sur les femmes. La plupart des organisations locales de femmes, dont Kayan-Feminist Organization à Haifa et Women Against Violence à Nazareth, se concentrent principalement sur les violences faites aux femmes. Quelques organisations israéliennes opèrent à l’intérieur de la communauté palestinienne sous administration palestinienne, comme Shatil, qui soutient les organisations palestiniennes travaillant sur l’émancipation des femmes, et des organisations des droits humains comme Mossawa Center et Adalah.

Toutefois les organisations et les politiciens palestiniens en Israël concentrent principalement leurs actions autour de séminaires, de rencontres et de déclarations. Rarement sont proposés une stratégie pragmatique, un plan d’action précis, ou une structure globale pour coordonner les partis. Et même lorsqu’une stratégie est présentée, de telles initiatives manquent de suivi. Cela a été le cas en 2006 avec la “Vision pour l’avenir des Arabes palestiniens en Israël,” écrit par des ONG et des universitaires palestiniens en Israël. Ce document vise à confirmer les droits historiques de la minorité palestinienne et demande un état inclusif à la place d’un “état démocratique juif.”

Cependant, des parlementaires palestiniens à la Knesset travaillent plus activement à améliorer le statut des femmes palestiniennes sur le marché du travail et à s’assurer de l’applicabilité du droit du travail pour elles. Parmi eux figure Aida Toma-Suleiman du Front Démocratique pour la Paix et l’Egalité, qui œuvre pour l’application des lois qui garantissent l’intégration des femmes. Le Lobby des Femmes en Israël travaille aussi sur une assistance téléphonique pour recevoir les plaintes des femmes sujettes à des pratiques professionnelles illégales et pour les assister dans le processus judiciaire.

Des parlementaires hommes à la Knesset, dont Massoud Ghanayem de la branche Sud du Mouvement Islamique, condamne fermement l’exploitation des femmes dans le milieu professionnel. Ils demandent la protection, le soutien aux travailleuses et une surveillance accrue des milieux professionnels. Ils réclament aussi des droits, comme le salaire minimum. L’ancien parlementaire à la Knesset, Issam Makhoul, souligne comme un indicateur positif et important du soutien aux droits des femmes palestiniennes, le fait que Toma Suleiman dirige le Comité des Femmes à la Knesset.

Les obstacles que rencontrent les femmes palestiniennes en Israël nécessitent qu’on agisse, notamment les intellectuels, les partis et les leaders religieux palestiniens, afin de changer les préjugés et d’améliorer le rôle et la participation des femmes. Ils doivent se concentrer sur le soutien à l’émancipation des femmes des structures patriarcales qui définissent leur participation à l’intérieur de la famille, tout en luttant principalement contre les politiques répressives et discriminatoire d’Israël.

Ce que les Palestiniens peuvent faire

Puisque l’idéologie et les pratiques d’Israël sont principalement destinées à exclure les Palestiniens, particulièrement les femmes, de l’emploi et du développement, les Palestiniens en Israël doivent prendre l’initiative de dessiner et mettre en œuvre des stratégies qui fassent avancer la participation des femmes dans la sphère publique. Voici quelques recommandations d’actions :

Les citoyens palestiniens doivent organiser des campagnes internationales de lobbying pour faire pression sur le gouvernement israélien pour qu’il remplisse ses obligations devant l’OCDE et autres organisations internationales qui préconisent l’égalité, sans discrimination basée sur le sexe, la race, et autres facteurs.

Le Haut Comité de Suivi pour les Citoyens Arabes d’Israël (The High Follow-Up Committee for Arab Citizens of Israel) doit jouer un rôle clé comme organe politique national représentant tous les Palestiniens en Israël, et développer des mécanismes clairs et intégrés pour aborder le problème de la marginalisation des femmes palestiniennes sur le marché du travail. Le Haut Comité doit également mener une étude annuelle sur l’initiative “Vision pour l’avenir des Arabes palestiniens en Israël” de 2006 afin d’examiner l’impact de sa mise en œuvre et soumettre, si besoin, des recommandations supplémentaires ou complémentaires.

Les autorités palestiniennes doivent se coordonner afin de créer un réseau alternatif de transports et ouvrir des gardes d’enfants dans les villes et villages palestiniens.

La société civile et les organisations de droits humains doivent éduquer les femmes sur leurs droits et sur la manière de lutter contre les difficultés et l’exploitation au travail. Ces organisations doivent fournir un soutien juridique aux femmes portant réclamation ou plainte dans des cas de discrimination et d’exploitation.

D’autres initiatives peuvent être prises par les médias, les communautés et les dirigeants palestiniens. Seules des actions concertées et intégrées peuvent permettre aux femmes palestiniennes d’Israël de commencer à réaliser leur potentiel et à exercer les droits.   

1. Cet article découle de la thèse de M.A. de l’auteure, « Palestinian Working Women in Israel, » Clark University, 2003, et “Palestinian Working Women in Israel: National Oppression and Social Restraints, » Journal of Middle East Women’s Studies 8, 2 (Printemps 2012): 78- 101.

2. La loi israélienne sur l’enseignement obligatoire de 1949, qui rend l’instruction obligatoire pour les enfants âgés de 5 à 13 ans, incita également ce changement.

3. Les femmes chrétiennes en Israël ont un taux de natalité de 2,2 comparé à 3,5 pour les femmes musulmanes, et 3 pour les femmes juives.

Traduction: Lauriane G. pour l’Agence Média Palestine

Source: Al-Shabaka

 




Israël a arrêté 33 enfants palestiniens en septembre

 

Photo des forces israéliennes arrêtant un enfant palestinien le 22 novembre 2012 (Manfuz Abu Turk/Apaimages)

le 5 octobre 2017

Les forces d’occupation israéliennes ont arrêté 253 Palestiniens en septembre, dont 33 enfants et quatre femmes, a rapporté mercredi Quds Net. La plupart de ces détenus ont subi des interrogatoires éprouvants et n’ont pas eu le droit de rencontrer un avocat.

Une association de défense des droits qui travaille avec les prisonniers et les prisonniers libérés a dit que l’occupation israélienne « a arraché » ces 33 enfants à leur famille et les a mis en prison où ils ont été confrontés à de mauvaises conditions de santé et de vie.

Dans son rapport statistique de septembre, Anin Al-Qayd a dit que les Israéliens ont délivré 50 ordres de détention administrative, dont 15 pour la première fois et 35 à l’encontre de prisonniers qui avaient été détenus dans le passé sans charges ni procès.

L’association affirme aussi que Mohamed Nashabbat a achevé le mois dernier 28 ans d’emprisonnement par Israël.

En plus de l’emprisonnement, les tribunaux israéliens ont imposé aux Palestiniens des amendes dont la somme totale s’élève à 768.000 nouveaux shekels israéliens (166.260 £) pour le seul mois de septembre.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : Middle East Monitor

 




Les néo-nazis allemands voient Israël comme un modèle

Par Ali Abunimah, le 25 Septembre 2017

Israël et ses soutiens nouent des alliances avec des racistes, des antisémites et des islamophobes dans toute l’Europe. (via Flickr)

Malheureusement, nos plus grandes craintes sont devenues réelles,” a déclaré Josef Schuster, président du Conseil Central des Juifs en Allemagne, à propos du succès électoral d’Alternative pour l’Allemagne aux élections générales de dimanche.

Connu par ses initiales en allemand, AfD, le parti ultranationaliste a remporté presque 100 sièges à la Chambre Basse allemande.

Un parti qui tolère des vues d’extrême droite dans ses rangs et incite la haine contre les minorités dans notre pays est aujourd’hui non seulement dans tous les parlements de l’Etat mais aussi représenté au Bundestag,” explique Schuster.

Le parti est connu pour accueillir toutes sortes de racistes et d’extrémistes, dont des apologistes des faits de guerre de l’Allemagne et des révisionnistes de l’Holocauste.

C’est un désastre que la plupart des politiciens allemands voyaient venir.

Sigmar Gabriel, le Ministre des Affaires Etrangères allemand, a prévenu plus tôt ce mois-ci que si l’AfD faisait un bon score dans les urnes, “alors nous aurons de vrais Nazis dans le  Reichstag allemand pour la première fois depuis la Deuxième Guerre Mondiale.”

Un bailleur de fonds pro-israélien soutient les néo-nazis

Bien que l’Allemagne n’ait pas besoin qu’on lui fasse la leçon sur comment être raciste, cette catastrophe peut en partie être attribuée aux dirigeants d’Israël et à leurs supporters fanatiques : pendant des années ils ont fait cause commune avec l’extrême droite européenne, diabolisant les Musulmans comme étant des envahisseurs étrangers à rejeter et même à expulser afin de maintenir une mythique pureté européenne.

Cette catastrophe peut aussi être attribuée aux dirigeants allemands qui, pendant des décennies, ont renforcé cet Israël raciste en finançant son occupation militaire et son oppression des Palestiniens.

Ce qu’il s’est passé en Allemagne est une autre facette de l’alliance suprémacistes blancs-sionistes qui a trouvé un allié à la Maison Blanche de Donald Trump.

Les semaines passées, les porte-drapeaux des libéraux que sont The New York Times et The Washington Post ont fait la chasse à l’ombre inexistante d’interférences russes dans les élections allemandes.

Pendant ce temps, comme Lee Fang le rapportait dans The Intercept, le Gatestone Institute, le think tank du principal bailleur de l’industrie de l’islamophobie, Nina Rosenwald, inondait les réseaux sociaux allemands d’un “flot continu de contenus incendiaires sur les élections allemandes, focalisés sur le renforcement de la peur des immigrés et des Musulmans.”

L’Institut Gatestone est présidé par John Bolton, un ancien diplomate néoconservateur étatsunien connu pour son soutien belliciste à l’invasion de l’Iraq.

Les articles du Gatestone prétendant l’“extinction” de la chrétienté et alertant quant à la  construction de mosquées en Allemagne, étaient régulièrement traduits en allemand et postés par les politiciens et sympathisants de l’AfD.

Une histoire après l’autre raconte que les migrants et les réfugiés violent les femmes allemandes et amènent des maladies dangereuses dans le pays, les thèmes classiques de la propagande nazie, autrefois utilisés pour inciter à la haine génocidaire des Juifs.

Tragiquement ironique, le père de Rosenwald, un héritier de la fortune des magasins Sears, utilisa sa fortune pour aider les réfugiés juifs à fuir les persécutions en Europe.

Sa fille a pris un autre chemin. Le journaliste Max Blumenthal surnomma Nina Rosenwald “la maman poule de la haine antimusulmans.”

Blumenthal rapporta en 2012 que Rosenwald “utilisait ses millions pour cimenter l’alliance entre le lobby pro-Israël et la frange islamophobe.”

En plus de financer nombre des plus célèbres démagogues antimusulmans, Blumenthal rapporte que Rosenwald “a siégé au Conseil d’Administration de l’AIPAC, l’organe central du lobby israélien en Amérique, et joue un rôle prédominant dans de nombreuses grandes organisations pro-Israël.”

Le parti d’Anders Breivik

Dans un article sorti le lendemain de l’élection, The Jerusalem Report, publié par le journal d’extrême droite Jerusalem Post, offrit à la vice-présidente de l’AfD, Beatrix von Storch, une plateforme pour exposer l’idéologie antimusulmane du parti.

The Jerusalem Report cite également le politologue allemand Marcel Lewandowsky qui explique que “les membres de l’AfD perçoivent l’Union Européenne comme une trahison au patrimoine chrétien de l’Europe parce qu’elle laisse entrer les Musulmans. L’idée est que l’islamisation de l’Europe a été causée par l’UE.”

Le remplacement” par les Musulmans, explique Lewandowsky, “est la peur centrale des électeurs de l’AfD.”

Ceci signifie que l’idéologie centrale du parti est indissociable de celle d’Anders Breivik, le Norvégien qui assassina 77 de ses concitoyens, pour la plupart adolescents, dans un camp de jeunes du Parti Travailliste, en Juillet 2011, au nom de l’arrêt de l’“Islamisation” de l’Europe.

L’un des principaux bénéficiaires de la générosité de Rosenwald, selon Blumenthal, était Daniel Pipes, pro-israélien influent, démagogue antimusulman que Breivik cita 18 fois dans son célèbre manifeste.

L’admiration pour Israël

La vice-présidente de l’AfD, von Storch, qui siège au Parlement Européen, a également profité de l’interview du Jerusalem Report pour présenter la position pro-Israël de son parti, comparant son nationalisme allemand à l’idéologie sioniste d’Israël.

Selon The Jerusalem Report, von Storch est l’une des fondatrices des “Amis de Judée et Samarie,” un groupement d’extrême droite au Parlement Européen qui soutient la colonisation illégale par Israël de la terre palestinienne occupée.

Bizarrement, ce groupe donne comme un de ses contacts, le chef du “ Conseil Régional de Shomron,” une organisation de colons en Cisjordanie occupée.

Israël pourrait être un modèle pour l’Allemagne,” a déclaré Von Storch à The Jerusalem Report. “Israël est une démocratie à la société libre et pluraliste. Israël fait aussi des efforts pour préserver sa culture particulière et ses traditions. Il devrait être possible d’en faire autant pour l’Allemagne et toute autre nation.”

L’identification de Von Storch à Israël rejoint celle du démagogue nazi étatsunien  Richard Spencer, qui décrit sa vision d’un “ethno-état” aryen comme un “sionisme blanc.”

La présidente de l’AfD, Frauke Petry, a également exprimé son soutien aux colonies israéliennes en Cisjordanie occupée.  En Février, elle déclara au journal juif d’extrême droite Tablet que sa seule visite d’Israël lui avait donné une image positive du pays.

Tout à coup l’image que vous avez est quelque peu différente de celle que vous aviez quand vous vivez loin,” a-t-elle dit.

Ces opinions, encore une fois, rejoignent celles d’Anders Breivik. Il était un grand admirateur du sionisme, et prônait une alliance avec Israël pour lutter contre les Musulmans et leurs soutiens “marxistes culturel/multi culturalistes”.

Les leaders colons en Israël ont bien pris note du soutien de l’AfD. Alors que le monde  encaisse le succès électoral de l’AfD, Yehuda Glick, un législateur du parti du Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu, le Likoud, a tweeté que tous ceux qui étaient “en panique” à propos de l’AfD devraient être certains que Petry travaille “intensivement” à expulser tout élément antisémite.

https://twitter.com/YehudahGlick/status/912020925977124864

Glick, leader du mouvement apocalyptique qui cherche à détruire la mosquée d’Al Aqsa à Jérusalem et à la remplacer par un temple juif, a aussi recommandé un article exposant les grandes lignes de la position pro-israélienne de l’AfD.

Selon Tablet, la visite de Petry l’a aussi amenée à croire “que l’Europe devrait apprendre plus d’Israël sur sa lutte contre le terrorisme.”

Selon une enquête récente, ce fort soutien à Israël se ressent dans les rangs des dirigeants de l’AfD.

Alliance avec le sionisme

Les dirigeants de l’AfD sont clairement engagés dans une logique visant à rejoindre l’alliance, récemment revigorée, entre d’un côté des forces d’extrême droite, traditionnellement antisémites, et Israël et les sionistes de l’autre.

La présidente du parti Petry soutient que les Juifs devraient être disposés à parler à l’AfD d’intérêts prétendument communs, expliquant, selon Tablet, que “c’est la gauche en Allemagne et les nouveaux immigrés musulmans qui mènent le mouvement anti-Israël dans son pays.”

L’antisémitisme ainsi que l’antisionisme sont plus forts dans la communauté islamique, comme dans la gauche,” explique von Storch. “Ils rejettent le fait que les fondations judéo-chrétiennes de la civilisation européenne  soient primordiales pour son succès. Nous reconnaissons la menace qu’ils représentent à la fois pour Israël et pour la communauté juive en Allemagne et leur sécurité est une priorité majeure pour nous.”

Ceci relève bien sûr du plus éhonté des révisionnismes : pendant des siècles les autorités chrétiennes d’Europe n’ont pas seulement nié les Juifs comme partie fondatrice de leur “civilisation,” mais les ont persécutés sans merci, pour finalement tenter un génocide.

Mais ce genre de faits passe après les intérêts d’une alliance antimusulmans qui aujourd’hui est prête à mettre le feu au tissu de plus en plus fragile des sociétés pluralistes dans l’intérêt d’Israël et de la purification nationale de l’Allemagne.

Le soutien d’Israël aux fascistes

Ce qui est grave, comme l’indique le tweet de Glick, c’est que la relation n’est pas à sens unique. Cela a été encouragé par Israël et ses groupes de lobby.

La notion posant Israël comme fer de lance du front civilisationnel occidental contre l’Islam est une revendication-clé de Netanyahu.

Lui, ainsi que d’autres dirigeants israéliens, exploitent chaque attaque terroriste en Europe afin de promouvoir le message empoisonné qu’Israël “mène le même combat.”

Et de puissants groupes de lobby israéliens, comme l’Anti-Defamation League, qui s’inquiètent maintenant du succès électoral de l’AfD, sont loin d’être innocents.

Pendant des années, l’Anti-Defamation League – qui se présente comme un groupe “anti-haine”– a courtisé et blanchi des prêcheurs de haine antimusulmans influents parce qu’ils soutenaient les vues pro-israéliennes de l’ADL.

Cette collusion entre sionistes et leurs prétendus opposants continue de prospérer avec l’accueil que les anciens conseillers de Trump Steve Bannon et Sebastian Gorka ont reçu par Israël et ses groupes de lobbying.

Bannon prendra la parole au prochain gala de l’Organisation Sioniste d’Amérique, alors que Gorka, qui a des liens avec des Nazis et des milices violentes antisémites, fut récemment reçu en Israël.

On peut voir aussi cette collusion dans le long et remarquable silence du gouvernement israélien alors que le reste du monde condamna le carnage néo-Nazi du mois d’Août à Charlottesville, en Virginie.

On peut également le voir dans la collusion de Netanyahu avec les dirigeants de l’extrême droite européenne, dont le Premier Ministre hongrois Viktor Orban, qui tente de réhabiliter, dans son pays, un dirigeant allié d’Hitler pendant la guerre.

L’impudence de cette alliance peut sembler choquante, elle remonte pourtant aux toutes premières années du sionisme et des mouvements nazis. Comme l’a souligné le professeur Joseph Massad, de l’Université de Columbia, les sionistes et les antisémites européens partagent, historiquement, la même analyse : les Juifs étaient étrangers à l’Europe et devaient être déplacés ailleurs.

Et cela continue : les observateurs israéliens remarquent qu’Israël ne s’est pas empressé de condamner l’AfD.

Netanyahu – toujours prêt à se jeter sur un prétendu antisémitisme des critiques d’Israël – a publié sur Twitter ses félicitations à  la Chancelière Angela Merkel pour sa victoire, mais est jusqu’à présent resté silencieux à propos du sujet dont tout le monde parle.

Peut-être n’est-ce pas une coïncidence si l’AfD a embauché le cabinet-conseil politique étatsunien, Harris Media, auparavant utilisé par Trump et le Likoud de Netanyahu pour propager son message antimusulman.

Intégration 

Malgré son succès électoral, l’AfD est frappée par les divisions : sa présidente Frauke Petry a fait l’annonce surprise lundi qu’elle ne se joindrait pas au caucus parlementaire de son parti.

Une stratégie qu’emploient les dirigeants du parti pour rendre l’AfD plus acceptable, est d’essayer d’apaiser les peurs de la communauté juive.

Sans aucun doute, le parti continuera de le faire en exprimant son admiration et son soutien à Israël – la même approche que le Front National français historiquement antisémite.

Nous pouvons nous attendre à voir l’AfD renforcer son soutien à Israël, notamment à ses colonies de peuplement en “Judée et Samarie.”

Ce serait en effet une marque de son intégration. Historiquement, l’establishment de l’Allemagne d’après-guerre, notamment les gouvernements dirigés par Merkel, se “rachète” pour le génocide des Juifs par le pays en soutenant Israël à commettre des crimes contre les Palestiniens.

Des milliards de dollars de “réparations” allemandes n’ont pas servi à aider les survivants de l’Holocauste mais à armer Israël afin de mettre en œuvre l’occupation militaire et la colonisation. 

En cela, le centrisme “modéré” de Merkel et l’intolérance déclarée et le racisme de l’AfD ne font que peu de différences, dans les faits, pour les Palestiniens.

Tout comme Donald Trump présente le visage brut du militarisme et de l’impérialisme américain qui persécutent des populations à travers le monde depuis des décennies, l’AfD est, d’une certaine manière, la voix plus honnête d’une Allemagne qui parle de “droits humains” alors qu’elle soutient de manière inconditionnelle un Israël dont la marque de fabrique est l’extrémisme et l’islamophobie.

Le racisme nationaliste de l’Europe ajouté au vent mauvais d’Israël produit un mélange toxique.

Traduction : Lauriane G. pour l’Agence Média Palestine

 

Source: Electronic Intifada




Malgré les obstacles, les verriers d’Hébron gardent leurs fours en marche

Par Katie Miranda, le 18 septembre 2017

En Palestine, les artisans font face à d’énormes défis à cause de l’occupation israélienne, mais une entreprise familiale de céramique maintient une tradition vieille de 500 ans.

Un artisan peint une coupe en céramique à la Fabrique de Verrerie et Céramiques d’Hébron, à Hébron occupée, Palestine (MEE/Katie Miranda)

HEBRON, Territoires Occupés – La première chose que vous remarquez quand vous entrez dans la Fabrique de Verrerie et Céramiques d’Hébron, c’est la température infernale. On se sent comme si on entrait dans un four. Il fait déjà environ 40 degrés dehors, mais derrière les portes de la fabrique, les ouvriers trempés de sueur sortent du four le verre fondu.

Emad Natsheh au travail dans la Fabrique de Verrerie et Céramique d’Hébron (MEE/Katie Miranda)

Emad Natsheh, copropriétaire de l’atelier, finit de pelleter des boules de verre liquide hors du four dans une poubelle. Elles ne peuvent plus être utilisées dans le processus de production.

Un artisan peint en noir les contours d’un motif floral sur une pièce en céramique (MEE/Katie Miranda)

Dans une autre pièce, des artisans peignent des motifs sur des bols de céramique avant leur cuisson au four. La fabrique emploie 60 artisans, responsables de la production de toute une variété de verres soufflés manuellement et de céramiques agréablement peintes à la main.

Dessous de plats, bols et verres givrés (MEE/Katie Miranda)

Dans une interview avec le Middle East Eye, Hamzeh Natsheh, l’un des propriétaires de l’atelier familial, dit :

« Notre atelier de la vieille ville [d’Hébron] a été ouvert en 1890 par mon arrière-grand-père. Hébron a une histoire de céramique et de verrerie vieille de plus de 500 ans. Les céramiques font partie de l’héritage palestinien. On les utilisait pour rafraîchir l’eau avant l’arrivée de la réfrigération. »

Emad Nafsheh montre un plat en céramique qui a été refroidi dans le four (MEE/Katie Miranda)

« L’une des choses qui donne de la force à cet atelier familial, ce sont les relations entre les membres de la famille. Tous ceux qui travaillent ici sont vraiment passionnés par ce qu’ils font et veulent le voir se poursuivre parce que c’est une tradition pour les Palestiniens », ajoute-t-il.

Du verre sale refroidit dans une poubelle (MEE/Katie Miranda)

Le processus de fabrication pour une seule pièce prend presque une semaine. On met d’abord l’argile sur un tour de potier et on la met en forme à la main. Le lendemain, lorsqu’elle est sèche, on lisse les bords avec de l’eau et une éponge. Puis la pièce est mise dans un four à 800 degrés pendant deux jours.

Après sa sortie, les artisans peignent les contours en noir et remplissent les dessins en couleur. On vaporise deux fois un enduit protecteur brillant, puis on la plonge une fois de plus dans l’enduit avant de la mettre au four pour 24 heures.

Modèle floral de carreau peint à la main de la Fabrique de Verrerie et Céramiques d’Hébron dans Hébron occupée, Palestine (MEE/Katie Miranda)

« Vous pouvez également retrouver les dessins utilisés sur les céramiques dans l’architecture et les broderies locales. Des fleurs comme les tulipes, qu’on utilise dans les dessins, sont originaires de la région », dit Hamzeh.

Dans le point vente de la fabrique, les touristes entrent doucement pour butiner et acheter les produits faits à la main.

« Depuis les années 1970, vingt bus chargés de touristes venaient tous les jours dans l’atelier, mais après l’Intifada, nous n’avons plus que des touristes individuels ou des tournées politiques d’organisations telles que l’Association de Tourisme Alternatif basée à Bethléem et l’UNRWA [Office de Secours et de Travaux pour les Réfugiés de Palestine) », dit-il.

D’après Hamzeh, à cause des préoccupations sécuritaires des Israéliens, les routes touristiques ont été modifiées pour conduire directement à la mosquée d’Abraham, ce qui fait que les touristes peuvent éviter de parcourir la ville.

Gros plan sur un motif champêtre d’un carreau de céramique peint à la main (MEE/Katie Miranda)

« Avoir des touristes est plus utile pour faire connaître le travail et pour parler de culture. C’est très important de voir des touristes. C’est important pour les Palestiniens de ne pas se sentir isolés », dit-il.

Hamzeh dit qu’il avait l’habitude d’envoyer sa production jusqu’au port de Haïfa avant la seconde Intifada palestinienne en 2000. Depuis lors, sa marchandise doit passer par plusieurs checkpoints et les Palestiniens de Cisjordanie subissent des restrictions pour aller au port de Haïfa. Cela provoque des retards, une augmentation des frais et rend les livraisons difficiles.

Echantillon de l’enduit vernis utilisé pour créer l’effet pierres précieuses sur les couleurs des céramiques palestiniennes (MEE/Katie Miranda)

« C’est de plus en plus dur. Depuis 2001 et le début de la deuxième Intifada, les choses ont rapidement changé et il y a eu des restrictions sur les affaires dans toute la Palestine », dit-il. « Le transport d’un camion entièrement chargé d’Hébron au port [coûte] environ 1.200 $. Avant les checkpoints, cela représentait environ 500 $. »

Des exemples de dessous-de-plat aux couleurs de pierres précieuses (MEE/Katie Miranda)

Hamzeh dit que, pour réaliser des bénéfices, ils dépendent maintenant des boutiques locales et des exportations à l’étranger qui représentent 50 à 60 pour cent de leur production, mais le défi est de trouver de nouveaux marchés.

« Nous dépendons de nos partenaires aux Etats Unis, au Canada et en Europe, qui font un travail formidable en racontant notre histoire. Heureusement, nous nous sommes tournés vers l’exportation si bien que notre revenu n’a pas baissé », dit-il.

Les Palestiniens représentent une part importante du marché, comme l’explique Hamzeh : « C’est une façon pour eux d’être fiers de la culture palestinienne. Ils l’utilisent pour servir la nourriture et les boissons chez eux. »

La boutique de la Société Coopérative d’Artisanat de Terre Sainte contient toute une variété de bibelots et de produits d’artisanat, tous fabriqués par des artisans de Cisjordanie (MEE/Katie Miranda) 

La Société Coopérative d’Artisanat de Terre Sainte est une coopérative de commerce équitable d’artisans de Cisjordanie, à Beit Sahour,qui vend des figurines en bois d’olivier, des céramiques, des bijoux de nacre et des broderies. Cette coopérative a été créée en 1981 pour répondre à la détérioration du tourisme causée par l’occupation israélienne dans la région de Bethléem. 

Basma Barham, directrice de la coopérative, fait écho aux propos de Hamzeh au sujet des problèmes auxquels font face les artisans de Cisjordanie.

« Parfois, lorsque nous devons recevoir des marchandises de l’étranger, les Israéliens peuvent mettre six mois à livrer le chargement. Et parfois, ils ne font pas attention aux produits qui nécessitent une réfrigération », dit Basma à MEE.

Selon Marham, ils utilisent du bois d’olivier de Naplouse pour créer ces produits. Les gros camions qui transportent le bois doivent passer par plusieurs checkpoints israéliens.

« Ils (les soldats israéliens) peuvent dire : ‘Désolés, la route est fermée et vous devez repartir’. Nous devons alors recommencer le lendemain. Et nous devons payer à nouveau le chauffeur », dit-elle.

« Ce sont des choses que nous vivons au quotidien sans que personne ne le sache. Pour nous, c’est la routine. Nous avons souvent une date limite pour envoyer les cargaisons à l’étranger et nous découvrons que les routes sont fermées, et nous devons expliquer cela aux clients qui ne peuvent pas comprendre parce qu’ils ne vivent pas ici. »

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : Middle East Eye




L’ONU prend une première mesure en vue de mettre fin à l’impunité d’Israël

Par Ali Abunimah – The Electronic Intifada – 28 septembre 2017

Une liste fournie par l’ONU des sociétés qui ont des relations économiques avec les colonies illégales d’Israël donnerait une impulsion au mouvement mondial pour les droits des Palestiniens. Ryan Rodrick Beiler ActiveStills

Les représentants de l’ONU évoluent finalement vers l’affirmation de la responsabilité d’Israël dans le non-respect du droit international, en dépit d’une résistance farouche de la part d’Israël et de ses alliés.

« Après des décennies de dépossession palestinienne et  d’occupation militaire et d’apartheid par Israël, les Nations Unies ont pris leur première mesure concrète en vue d’établir la responsabilité d’Israël dans ses violations continues des droits humains des Palestiniens » a dit Omar Barghouti, un des fondateurs du mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS). « Les Palestiniens accueillent chaleureusement cette mesure ».

Mercredi, le journal israélien Haaretz a rapporté le fait que le Bureau des droits humains de l’ONU  a commencé des envois de lettres destinées à 150 sociétés dans le monde, les avertissant qu’elles pourraient figurer sur une base de données des entreprises ayant des relations économiques avec les colonies israéliennes des territoires occupés de Cisjordanie, Jérusalem comprise.

Nickolay Mladenov, le chef de la représentation politique de l’ONU à Jérusalem, a dit cette semaine  au Conseil de Sécurité de l’ONU que « les activités de colonisation illégale d’Israël ont continué à un rythme élevé » en grave violation des résolutions de l’ONU.

Le consensus juridique se développe selon lequel le droit international exige des gouvernements qu’ils interdisent les échanges économiques avec les colonies.

« Cela pourrait faire boule de neige »

Les représentants d’Israël ont admis que de nombreuses sociétés  – sans pour autant en fournir les noms – ont déjà répondu à ces lettres en assurant le bureau des droits humains de l’ONU qu’elles ne renouvelleraient pas leurs contrats en Israël, ni n’en chercheraient de nouveaux.

« Ces entreprises n’arrivent pas à faire la différence entre Israël et les colonies et mettent fin à leurs opérations sur l’ensemble » a dit à Haaretz un représentant israélien de haut niveau. « Les sociétés étrangères ne vont pas investir dans quelque chose qui relève de problèmes politiques, cela pourrait faire boule de neige ».

Ce représentant israélien de haut niveau a confirmé ce qu’un chef de la diplomatie européenne avait confié à des collègues à Bruxelles.

Dans un mémo de juin écrit alors qu’il était ambassadeur de l’UE à Tel Aviv, Lars Faaborg-Andersen a admis que l’UE n’avait pas de moyen fiable de distinguer les exportations des colonies d’autres produits israéliens.

Les commentaires des représentants israéliens font aussi écho à la découverte d’un rapport secret de deux groupes de lobby israéliens influents qui a fuité plus tôt dans l’année dans « Electronic Intifada ».

Le rapport, assumé par le gouvernement israélien, concluait que la plupart des « dommages collatéraux » infligés à Israël par le mouvement BDS sont le résultant d’un « boycott silencieux » – de groupes, d’individus et de sociétés qui décident, sans l’afficher, de s’abstenir de s’engager avec Israël, soit qu’ils soutiennent les droits des Palestiniens, soit simplement qu’ils veuillent « éviter des problèmes et critiques superflus ».

Des noms bien connus

Le mois dernier, le Washington Post a précisé les noms de certaines des sociétés américaines averties par l’ONU qu’elles pourraient être inclues dans la base de données.

On y trouve les noms de sociétés comme Caterpillar, TripAdvisor, Priceline.com et Airbnb.

Selon Haaretz, environ 30 des 150 sociétés sont américaines, d’autres sont allemandes, sud-coréennes et norvégiennes.

Le Washington Post  a aussi souligné la forte opposition américaine à cette base de données dont la création a été commandée par un vote de l’an dernier du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU. Nikki Haley, l’ambassadeur des États Unis à l’ONU, a qualifié de « honteuse » cette base de données et a dit que son pays envisage de sortir du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU.

Israël a mis sur pied un groupe de travail gouvernemental pour tenter de faire échouer la liste, mais selon Haaretz, la plupart des représentants qui y sont impliqués croient que la publication en décembre de la base de données est « inévitable ».

L’imminence de cette liste a fait proposer par des juristes américains une législation, la Loi Anti-Boycott d’Israël, qui pourrait imposer des amendes importantes et des peines de prison à des sociétés et à leur personnel pour participation à un boycott d’Israël et de ses colonies, supposément encouragé par une organisation internationale.

La désespérance d’Israël

L’intensité de la pression américaine, et la longue histoire de la complaisance de la soi-disant communauté internationale envers Israël, font qu’il ne peut pas être garanti que les représentants de l’ONU ne vont pas capituler de nouveau.

Il y a deux ans, le Secrétaire Général de l’ONU d’alors, Ban Ki-moon avait cédé à la pression israélienne et américaine et avait retiré Israël d’une liste de graves violeurs des droits des enfants.

En mars, Antonio Guterres, le successeur de Ban, s’était plié devant la pression des États Unis  et avait étouffé un rapport qui avait établi qu’Israël pratique l’apartheid contre les Palestiniens.

Une des conclusions de ce rapport est que les recherches et analyses juridiques de services de l’ONU, comme le Centre des Nations Unies Contre l’Apartheid, ont été des ressources essentielles pour les militants de la société civile dans leurs efforts visant à « légitimer le boycott, le désinvestissement et les sanctions et à contribuer à la formation d’ensemble d’un mouvement transnational contre l’apartheid en Afrique du Sud ».

Le rapport a encouragé une approche semblable en vue de mettre fin à l’apartheid israélien. La militante historique Adri Nieuwhof a récemment écrit pour Electronic Intifada que l’enregistrement par l’ONU des sociétés, athlètes et professionnels du spectacle complices de l’apartheid sud-africain avait donné un élan important à la campagne internationale de solidarité.

« Le fait qu’Israël veuille tuer dans l’œuf la base de données prévue est le signe d’une désespérance » a écrit Nieuwhof. « Israël est déjà un État paria dans l’esprit des gens ordinaires dans le monde. Si les crimes d’Israël ne cessent pas, son isolement ira croissant ».

« Nous espérons que le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU restera ferme et publiera la liste complète des entreprises opérant illégalement dans ou avec les colonies israéliennes sur de la terre palestinienne volée et qu’il développera cette liste suite à l’appel du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU de mars 2016 » a déclaré Omar Barghouti cofondateur de BDS.

« Si elle est mise en œuvre correctement, cette base de données de l’ONU des entreprises complices de certaines des violations par Israël des droits humains, peut augurer d’un début de la fin de l’impunité criminelle d’Israël ».

Traduction SF pour l’Agence Media Palestine

Source : Electronic Intifada




L’ambassadeur de Trump devient un trublion

Maureen Clare Murphy – The Electronic Intifada – 29 septembre 2017

David Friedman, lors d’un entretien avec Walla! News, affirme que l’entreprise coloniale d’Israël est autorisée par le droit international. 

Quelle est la politique de Donald Trump envers Israël et les Palestiniens ? Personne, au sein de l’Administration du Président, ne semble être capable de le dire.

Lors d’un entretien avec un site d’informations israélien, David Friedman, l’ambassadeur de Trump à Tel Aviv, a mis en avant des opinions qui vont à l’encontre de décennies de politique US et de positions professées par l’Administration.

La réponse du Département d’État à ses propos laisse penser que la politique étrangère est en pleine confusion.

Interrogé sur les colonies d’Israël en Cisjordanie occupée, Friedman répond à Wall! News : « Je pense que les colonies font partie d’Israël. Je pense que c’est toujours ce que l’on a attendu de la Résolution 242 quand elle a été adoptée en 1967 ».

Friedman, avocat de longue date de Trump, un spécialiste des faillites, se réfère alors à la résolution du Conseil de sécurité qui, en fait, insiste sur « l’inadmissibilité de l’acquisition de territoires par la guerre », et qui demande le retrait d’Israël des territoires occupés au cours de la guerre de 1967.

L’interprétation qu’en fait Friedman contredit totalement les nombreuses résolutions qui en ont suivi et qui, formellement, réaffirment l’illégalité des colonies d’Israël en Cisjordanie.

Le transfert par Israël de sa population civile vers le territoire qu’il occupe est une violation de la Quatrième Convention de Genève et constitue, par conséquent, un crime de guerre.

Friedman, soit dit en passant, est un financier important de l’une de ces colonies.

Un bouleversement

L’ambassadeur minimise l’importance des colonies de peuplements, déclarant : « Ce que je veux dire, c’est qu’elles n’occupent que 2 % de la Cisjordanie ».

Il est alors, et de façon insensée, complètement à côté de la question.

La réalité est qu’Israël dispose d’une infrastructure massive de colonies de peuplement dans toute la Cisjordanie, y compris dans Jérusalem-Est. Plus de la moitié de la Cisjordanie a été confisquée pour les colonies, ou interdite d’une manière ou d’une autre aux Palestiniens.

Depuis des décennies, la politique US consiste à considérer les colonies de peuplement comme un obstacle pour un État palestinien indépendant en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. En décembre dernier, les U.S.A. ont autorisé le Conseil de sécurité à adopter une résolution réaffirmant que toutes les colonies sont illégales.

Mais l’opposition verbale des U.S.A. aux colonies n’a jamais été associée à des actes : les Administrations successives continuent de faire des chèques en blanc à Israël pendant que les colonies continuent de s’étendre.

Les propos de Friedman représentent un bouleversement complet de cette politique, aussi inefficace qu’elle puisse être.

Quand Walla! lui demande s’il va se décider à prononcer à voix haute les mots « solution à deux États », Friedman répond que cette expression a perdu tout son sens, car « elle signifie des choses différentes pour des gens différents ».

Quant à ce qu’elle signifie pour lui, Friedman dit l’ignorer. « Il ne s’agit pas… je ne suis pas sûr. Pour moi, je ne me concentre pas sur les étiquettes, je me concentre sur les solutions », dit-il.

« Est-il devenu un trublion ? »

(vidéo : https://www.youtube.com/watch?time_continue=1325&v=02l0YQm1o3s)

Au cours de la conférence de presse de jeudi, la porte-parole du Département d’État, Heather Nauert, a eu du mal à concilier les propos de Friedman avec la politique de l’Administration qu’elle représente.

L’échange de Nauert avec les journalistes peut être visionné dans la vidéo ci-dessus.

« Ses propos – et je veux être très claire à ce sujet – ne doivent pas être interprétés comme un moyen pour préjuger de l’issue de négociations que les U.S.A. pourraient avoir avec les Israéliens et les Palestiniens. Ils ne doivent pas davantage indiquer un changement dans la politique américaine » déclare Nauert.

« Est-il devenu un trublion ? » demande un journaliste.

« C’est au moins la deuxième fois que, de ce podium, vous avez à intervenir pour remettre les choses en ordre après des propos de l’ambassadeur Friedman sur l’ ‘occupation présumée’ », intervient un autre journaliste, se référant à un récent commentaire de Friedman publié dans le Jerusalem Post, journal de droite, suggérant que les U.S.A. ne considèrent pas la Cisjordanie et Gaza comme étant occupées par Israël.

« Même s’il ne s’agit pas d’un changement de position, faut-il comprendre que l’ambassadeur en Israël en rajoute à propos de ce conflit, créant ainsi des problèmes pour les U.S.A. ? » insiste le journaliste.

« Nous avons des dirigeants et de représentants très efficaces pour le gouvernement US, notamment Jason Greenblatt (et) Mr Kushner, qui passent énormément de temps dans la région », répond Nauert, se référant à ces deux conseillers de Trump.

Le journaliste d’Associated Press souligne que « le problème survient parce que (Friedman) est l’ambassadeur entériné par le Sénat. Et que ni Greenblatt ni Kushner ne le sont. …Les ambassadeurs vers chaque pays sont censés s’exprimer au nom et avec l’autorité du Président des États-Unis. Ne voyez-vous pas que cela crée la confusion ? ».

Un autre journaliste insiste sur ce point : « Ne craignez-vous pas un peu que les propos de l’ambassadeur ne portent atteinte ou ne s’apprêtent à nuire aux efforts des envoyés désignés par le Président sur cette question ? ».

« De qui est-il l’ambassadeur ? »

C’étaient les bonnes questions à poser. Pendant l’entretien, Friedman s’est comporté comme s’il était l’ambassadeur d’Israël aux U.S.A., et non l’ambassadeur des U.S.A. en Israël.

Friedman y insiste sur le fait que l’Administration Trump va déplacer l’ambassade US de Tel Aviv à Jérusalem – une autre rupture avec des décennies de politique US et de consensus international.

C’est une promesse qui avait été faite pendant la campagne de Trump, mais sur laquelle, par la suite, il est revenu une fois entré en fonction.

Quand il lui est demandé si l’ambassade sera déplacée du temps de la présidence de Trump ou non, Friedman répond : « J’espère bien que oui. Cela a été l’un des engagements du Président et c’est un homme qui tient parole… La question n’est pas de savoir si elle le sera, mais quand ».

Friedman déclare qu’un accord de paix pourrait être conclu en quelques mois, mais il ne veut donner aucun détail sur les paramètres de ces prétendues négociations de paix.

Interrogé sur la méfiance des Palestiniens à propos de son propre financement des colonies, l’ambassadeur se vante d’avoir rencontré Majid Faraj, chef des forces de la police secrète du dirigeant de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et Saeb Erekat, le négociateur en chef palestinien.

« Je pense qu’ils comprennent mes points de vue » dit Friedman, ajoutant, « Je ne pense pas que le problème soit qu’ils sont méfiants, je crois qu’ils ont déjà eu affaire à des gens qui avaient ces mêmes points de vue auparavant ».

Bien qu’il affirme que Trump est quelqu’un qui prend ses décisions dans son plus proche entourage, la référence de Friedman à ces « mes points de vue » suggère encore que l’ambassadeur opère avec une bonne marge de manœuvre.

Mais il se comporte toujours comme l’avocat de Trump.

Quand Walla! l’interroge sur la défense tant décriée de Trump d’un rassemblement de nationalistes blancs à Charlottesville, le mois dernier, où un contre-manifestant a trouvé la mort, Friedman répond :

« Je n’ai aucun doute, il n’a pas, d’une manière ou d’une autre, la moindre forme ou conception raciste, misogyne, antisémite, homophobe, ou toute autre épouvantable adjectif que vous pouvez imaginer ».

Maureen Clare Murphy est rédactrice en chef de The Electronic Intifada et vit à Chicago.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source: Electronic Intifada




Israël cache son rôle dans les crimes du Myanmar contre les Rohingyas

Par Ali Abunimah – The Electronic Intifada – 27 septembre 2017

Le général Min Aung Hlaing et d’autres dirigeants du Myanmar visitent le fabricant d’armes Israel Aerospace Industries, en septembre 2015. (via Facebook)

Israël tente d’enterrer l’information concernant ses ventes d’armes au régime militaire du Myanmar, que les Nations-Unies accusent d’une campagne « brutale » contre la population musulmane Rohingya du pays qui est un « cas typique de nettoyage ethnique ».

Des centaines de milliers de Rohingyas fuient leurs foyers alors que des foules bouddhistes brûlent leurs villages.

Amnesty International et Human Rights Watch affirment que les militaires du Myanmar, ou Birmanie, commettent en ce moment des crimes contre l’humanité.

« L’armée se rend coupable de déportations par la force, d’assassinats, de viols et de persécutions contre les musulmans Rohingyas dans le nord de l’État Rakhine, provoquant des morts en grand nombre et des déplacements massifs » déclare Human Rights Watch.

La dirigeante du Myanmar, prix Nobel et ancienne prisonnière politique, Aung San Suu Kyi, est de plus en plus critiquée dans le monde pour ses faux-fuyants et justifications des atrocités.

« Un régime dictatorial »

L’avocat et militant israélien pour les droits de l’homme, Eitay Mack, fait campagne depuis longtemps pour obliger Israël à révéler et à mettre un terme à ses ventes d’armes à divers régimes violents.

Cette semaine, le procureur de l’État d’Israël a demandé à la Haute Cour de classer rétroactivement comme confidentiels, tous les documents et procédures relatifs au dernier procès de Mack, qui essaie d’obliger le gouvernement à cesser ses ventes d’armes au Myanmar.

Dans une déclaration adressée par courriel, Mack assimile la demande du procureur aux méthodes d’un « régime dictatorial ».

Les juges ont rejeté cette demande de censure totale, mais ils ont accepté d’ordonner le silence sur une décision concernant cette question qu’ils comptent rendre mercredi.

Mark affirme que les juges ont décidé de classer confidentielle leur décision sans donner, à lui-même et aux autres parties, l’occasion de répondre à la requête de l’État.

Lors d’une audience lundi, les juges ont entendu à huis clos un témoignage sur les relations d’Israël avec le Myanmar. Le journal israélien Haaretz rapporte que dans la partie publique de la séance, un représentant du gouvernement « a refusé de commenter la question ou de déclarer si Israël allait ou non arrêter d’armer les militaires du Myanmar ».

« La tentative des ministères de la Défense et des Affaires étrangères, et du procureur de l’État, de réduire l’opinion au silence et de dissimuler l’implication d’Israël dans les crimes contre l’humanité ne réussira pas » promet Mack.

Comme il le souligne, la preuve des liens qui se renforcent entre Tel Aviv et les militaires du Myanmar ne peut pas facilement se dissimuler.

Une frénésie d’achats

En 2015, Min Aung Hlaing, un général de l’armée Myanmar, est venu en Israël en faisant escale dans certaines des plus importantes fabriques d’armes, dont Elbit Systems et Israel Aerospace Industries.

Le général a posté sur Facebook des photos de ses visites chez les fabricants d’armes et dans des bases militaires israéliennes, qui ont conduit Haaretz à conclure que le Myanmar avait en projet d’acheter des bateaux patrouilleurs militaires de fabrication israélienne.

Dans les années 1990, bien avant que la junte militaire du Myanmar se voie accorder un visage « démocratique » grâce à Aung San Suu Kyi, les « consultants israéliens » ont aidé à la construction d’une usine d’armement pour le Myanmar, selon un rapport de 2007 d’Amnesty International.

Ce rapport appelait à un embargo international complet sur le Myanmar.

Armer des régimes parias

Dans son édito de mercredi, Haaretz exhorte les législateurs israéliens à s’unir pour mettre fin à la « honte » d’Israël qui vend des armes à des régimes aussi brutaux.

Haaretz fait remarquer qu’Israël a une longue histoire en matière d’armements – et de mensonges à propos de son armement – des forces qui perpétuaient des massacres en Bosnie, des dictatures militaires du Chili et de l’Argentine, des Contras soutenus par les États-Unis au Nicaragua.

Et d’ajouter qu’Israël continue d’armer « les forces du mal » au Soudan du sud.

Les armes israéliennes ont été utilisées pour le génocide au Rwanda en 1994, une affaire pour laquelle les juges israéliens ont, là aussi, accepté de dissimuler les détails à l’opinion.

Israël a toujours été disposé à armer des régimes parias. Il a fourni des centaines de millions de dollars d’armes à l’Afrique du Sud de l’apartheid, alors que ce régime qui soutenait la suprématie de la race blanche était soumis à un embargo international.

« Une fois de plus, nous découvrons que l’État d’Israël n’est pas une démocratie, comme il aime à se présenter » affirme Mack, après la décision de la Haute Cour de classer confidentielle sa décision. « Jour après jour, l’État d’Israël devient semblable à ces États auxquels il vend des armes ».

Testés sur les Palestiniens

Certains le verront comme un sentiment digne de la part de Mack et de Haaretz qu’Israël peut être contraint d’agir selon une norme morale qui ne représente pas une « honte ».

Les efforts de Mack pour découvrir la vérité sont de fait utiles et admirables.

Mais comme lui-même et Haaretz le savent assurément, Israël a été créé sur le nettoyage ethnique de la population autochtone de la Palestine.

Israël continue d’exister en tant qu’État juif d’apartheid uniquement en mettant en œuvre sans relâche une politique raciste.

Il maintient un régime politique et juridique ouvertement raciste et une occupation militaire brutale qui privent des millions de Palestiniens de leurs droits les plus fondamentaux.

Il perpétue des massacres répétés de Palestiniens pour « tondre la pelouse » des autochtones qui résistent, et ses généraux et ministres menacent constamment de « détruire » le Liban.

Israël va continuer de vendre ses armes aux régimes parias, il va continuer parce qu’il est, et qu’il a toujours été, comme ses clients.

Les Palestiniens, après tout, sont des sujets d’expérience dont la souffrance permet à Israël de vendre ses technologies de mort dans le monde entier comme « ayant fait leurs preuves sur le terrain ».

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source : Electronic Intifada

 




DERNIERES NOUVELLES : L’ONU a envoyé des avertissements à 150 sociétés qui font des affaires dans les colonies israéliennes

28 septembre- Barak Ravid – Haaretz

Des responsables israéliens ont dit que certaines sociétés ont répondu au commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU qu’elles ne renouvelleraient pas leurs contrats avec Israël.

Le Commissaire aux Droits de l’Homme de l’ONU a commencé à envoyer des lettres il y a quinze jours à 150 sociétés, en Israël et dans le monde entier, les avertissant qu’elles allaient être ajoutées à la base de données des sociétés qui font des affaires dans les colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem Est, c’est ce qu’ont dit à Haaretz de hauts responsables israéliens et des diplomates occidentaux investis dans cette question.

Un responsable israélien, qui a demandé de rester anonyme étant donné la sensibilité du sujet, a fait remarquer que les lettres, envoyées par Zeid Ra’ad Al Hussein, disaient que ces entreprises faisaient des affaires dans les « territoires palestiniens occupés » et risquaient donc de se retrouver sur la liste noire de l’ONU des sociétés qui agissent en violation « du droit international et des décisions de l’ONU ». Les lettres, dont le gouvernement israélien a également reçu des copies, demandent aussi que ces entreprises envoient au haut commissariat des éclaircissements sur leurs activités commerciales dans les colonies.

Un diplomate occidental, qui a également demandé à rester anonyme, a noté que parmi les 150 sociétés, environ 30 étaient des entreprises américaines et un certain nombre venaient de nations dont l’Allemagne, la Corée du Sud et la Norvège. L’autre moitié représente des sociétés israéliennes.

Le Washington Post a écrit en août que, parmi les sociétés américaines qui ont reçu la lettre, il y avait Caterpillar, Priceline.com, TripAdvisor et Airbnb. Selon le même reportage, l’administration Trump essaie de discuter avec la Commission aux Droits de l’Homme de l’ONU pour empêcher la publication de la liste. En Israël, Channel 2 a dit il y a deux semaines que la liste comprend certaines des plus grandes sociétés israéliennes, dont : Teva, la banque Hapoalim, la banque Leumi, Bezeq, Elbit, Coca-Cola, Africa-Israel, IDB, Egged, Mekorot et Netafim.

De hauts responsables israéliens ont dit que la peur qu’ont les Israéliens du désinvestissement ou de la baisse des affaires à cause de la liste noire est déjà une réalité. Ils disent que le Bureau des Affaires Stratégiques au ministère de l’Economie a déjà reçu des informations disant qu’un certain nombre de sociétés qui avaient reçu la lettre ont répondu au commissaire aux droits de l’Homme qu’elles n’avaient pas l’intention de renouveler leur contrat ou d’en signer de nouveaux en Israël.

« Ces sociétés ne peuvent simplement pas faire la différence entre Israël et les colonies et mettent fin à leurs activités toutes ensemble », a dit le haut responsable israélien. « Les sociétés étrangères n’investiront pas dans quelque chose qui sent mauvais politiquement – cela pourrait se transformer en boule de neige. »

Un comité interministériel comprenant le ministère des Affaires étrangères, le ministère des Affaires stratégiques, le ministère de la Justice et le ministère de l’Economie est encore à l’oeuvre pour essayer d’empêcher la publication de la liste. Toutefois, la plupart de ceux qui sont investis dans les efforts du gouvernement estiment que c’est inévitable et que la liste sera vraisemblablement rendue publique vers la fin décembre.

Dans une tentative pour minimiser ses dommages potentiels, Israël essaie d’arriver à entamer des discussions avec les sociétés étrangères citées dans la liste, soulignant que c’est non contraignant et négligeable. Il leur a dit aussi qu’il contacte les gouvernements étrangers pour les informer que se servir de la liste équivaut à coopérer à un boycott d’Israël.

En mars 2017, la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU à Genève a voté une résolution encouragée par l’Autorité Palestinienne et les pays arabes, selon laquelle la commission élaborera une base de données des entreprises israéliennes et internationales qui font, directement ou indirectement, des affaires en Cisjordanie, à Jérusalem Est ou dans les Hauteurs du Golan. La décision a été votée malgré les lourdes pressions exercées par les Etats Unis pour adoucir le libellé de la résolution. Même une tentative de l’UE pour obtenir un accord des Palestiniens d’abandonner la clause qui prévoit dans la résolution l’élaboration de la liste noire, a échoué.

Traduction: J.Ch pour l’Agence Média Palestine

Source: Haaretz




Rawabi, prophétie architecturale d’un Etat palestinien inégalitaire

Par Léopold Lambert – Paris, le 4 août 2017 – The Funambulist 

Cet article est le quatrième volet d’une série de cinq qui fonctionne comme un rapport sur mon plus récent séjour en Palestine au mois de juillet. Alors que les trois premières parties se situaient à Jérusalem-Al Quds, cette quatrième partie est consacrée à une ville qui n’existait pas il y a quelques années. Située en Cisjordanie entre Naplouse et Ramallah (voir la carte à la fin du texte), la nouvelle ville de Rawabi concrétise une somme de questions cruciales sur le présent et le futur de la Palestine. Elaborée par la Bayti Real Investment Company, détenue en partenariat par la Diar Real Estate Investment Company quatarie et la société palestinienne Massar International, propriété du charismatique Bashar Masri, la construction de Rawabi a commencé en 2010 à l’apogée de la politique de développement engagée par le Premier ministre d’alors Salam Fayyad, ancien économiste à la Banque Mondiale et au Fond Monétaire International (FMI).

Ce type de développement a particulièrement changé l’aspect de Ramallah, capitale de facto de l’Autorité Palestinienne, dans une indifférence délibérée de l’occupation israélienne et une consécration des Accords d’Oslo de 1993. Par ailleurs, lorsqu’il s’agit de ces nouveaux quartiers construits au nord de Ramallah (voir l’article « Construire la Bulle de Ramallah ») ou de Rawabi, il est devenu banal de comparer leur esthétique architecturale et leur typologie urbaine au sommet des collines (« rawabi » lui-même signifie « collines ») aux colonies israéliennes voisines – ce que j’ai appelé dans le passé un « syndrome architectural de Stockholm ».

Comme Tina Grandinetti l’a décrit dans un article rédigé pour la deuxième édition du Funambulist Magazine, Géographies Suburbaines (Nov-Déc 2015), la façon dont l’architecture renforce la ségrégation sociale que produit une ville comme Rawabi est évidente, et les nombreuses marques de luxe (Ferrari, Armani, Lacoste, Tommy Hilfinger, Mango, etc.) qui étalent ostensiblement des enseignes « ouverture prochaine » sur la devanture de leurs futurs magasins à Rawabi, y contribuent certainement. Néanmoins, les questions que déclenche Rawabi sont trop importantes pour être congédiées sous une critique superficielle.

Indifférence complice versus Indifférence politique

La première concerne la relation à l’Apartheid israélien qui conditionne obligatoirement l’existence de tout projet en Palestine. Dans la bouche de Fayyad ou de Masri (voir par exemple le documentaire hollandais de 2012 « Rawabi : La Ville Promise Palestinienne »), l’expression « l’occupation » revient comme un mantra, force apparemment inévitable sans entité responsable apparente : l’occupation comme une condition climatique. Cela ne signifie pas cependant que tout projet palestinien (fût-il architectural ou quoi que ce soit d’autre) devrait être, explicitement et entièrement, voué à la constitution d’une résistance à l’Apartheid israélien (travers dont j’ai été et continue d’être responsable, dans une certaine mesure), puisque ce genre d’attente constituerait une forme d’essentialisation de la Palestinienneté, qui n’existerait qu’à travers sa formation résistive mobilisée contre Israël, ce qui finirait par renforcer l’idéologie sioniste qui ne reconnaît la présence palestinienne que comme une création antagoniste contemporaine de la création de l’État d’Israël. Cette attente (souvent extérieure) a été illustrée avec humour par Sabrien Amrov lorsqu’elle a écrit, trois jours plus tôt, dans un message sur Facebook : « Chaque fois que je dis à des universitaires que je veux écrire sur la façon dont les Palestiniens aiment, cela n’intéresse personne. Mais si je dis la façon dont les Palestiniens aiment comme forme de résistance, alors ouah, là c’est chaud. » Les formes efficaces d’indifférence à l’Apartheid israélien sont celles qui (délibérément ou non) existent et prennent forme sans lui, et non malgré lui. A cet effet, nous pourrions (peut-être de façon provocante) prétendre que l’une des formes les plus littérales de l’indifférence palestinienne pourrait se trouver dans les stratégies élaborées par la plate-forme Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS), puisqu’elle vise à se séparer fondamentalement de tout lien économique ou culturel avec les sociétés et les programmes gouvernementaux israéliens. A cet égard, Rawabi représente la forme exactement opposée de l’indifférence palestinienne en adoptant la logique selon laquelle « les affaires ce n’est pas la politique » et en travaillant par conséquent avec une quantité significative de sociétés et de matériaux palestiniens « à condition de [leur] offrir un bon prix », dit Masri.

Politique pour un État

La deuxième des questions soulevées par Rawabi peut se trouver dans sa politique explicite comme symbole et prélude à l’établissement d’un Etat palestinien. A cet égard, le premier et principal problème posé par Rawabi est la politique du droit de préemption à laquelle l’Autorité Palestinienne a eu recours quand elle s’est saisie de 6 kilomètres carrés de terre des villages voisins, Atara et Ajul, pour permettre la construction de la nouvelle ville. Sur une terre perpétuellement marquée (et quotidiennement traversée) par l’histoire de la dépossession territoriale que la Nakba et l’occupation israélienne ont créée, et à seulement quelques centaines de mètres de la colonie israélienne d’Ateret, cette autre forme de processus de dépossession autoritaire incarne une violence lourde, (manifestement) enfermée dans le récit officiel sur Rawabi – la destruction de l’écosystème d’une colline entière afin d’y construire une auto-proclamée « ville verte » pourrait en être une autre. Depuis 1994 et la création de l’Autorité Palestinienne qui a suivi les Accords d’Oslo, les Palestiniens de Cisjordanie ont fait l’expérience de nouvelles formes de violence d’État (violence de la police, arrestations arbitraires, dépossession de la terre, etc.) qui, pendant les 27 dernières années, n’étaient exclusivement causées que par l’armée israélienne d’occupation – et, à un moindre degré, par les Etats jordanien et britannique pendant les 47 années précédentes.

Les 23 dernières années (et en particulier, les années qui ont suivi la deuxième Intifada) ont par conséquent offert une avant-première de ce à quoi pourrait ressembler l’État palestinien s’il était créé dans le cadre imaginé par l’Autorité Palestinienne, la soi-disant « Communauté Internationale » et, malgré les affirmations contraires, le gouvernement israélien lui-même (qui espère acquérir, par l’établissement d’un Etat palestinien, la légitimité de son ethnocratie).

Ce projet étatique se caractérise par un cadre spatial qui fait de la Cisjordanie (et de Jérusalem Est) son principal et, peut-être, exclusif territoire. Le sujet de la Bande de Gaza, de ses 1.800.000 habitants qui vivent dans leur grande majorité dans des conditions extrêmement désastreuses (dont l’Autorité Palestinienne est partiellement responsable), et la complexité due à la séparation territoriale entre les deux régions ne sont jamais sérieusement débattus. Ensuite, on peut soudain découvrir des projets d’établissement d’un mini-Etat palestinien dans la péninsule du Sinaï pour les Palestiniens de Gaza (Al Jazeera, juillet 2017).

Le projet d’État palestinien n’exprime pas non plus quelque perspective que ce soit pour les 5 millions de réfugiés palestiniens qui vivent dans des camps au Liban, en Syrie, en Jordanie, à Gaza et en Cisjordanie. Et pendant ce temps, le gouvernement israélien réfléchit aux moyens de priver les Israéliens palestiniens de leur citoyenneté à travers un projet de transfert de population (The Electronic Intifada, juillet 2017) – il est intéressant de noter qu’un certain nombre de futurs résidents de Rawabi font partie de cette population – qui pourrait être lié aux menaces émises par le ministre d’État Tzachi Hanegbi qui a récemment menacé les Israéliens palestiniens d’une troisième Nakba (+972, juillet 2017).

Rawabi représente une prophétie architecturale d’un Etat de ce genre : celle d’une urbanité sacrificielle qui symbolise et renforce l’acceptation du prix à payer par un grand nombre pour qu’un petit nombre accède à la liberté d’une existence complice capitalisée et devienne ce que Eva Schreiner appelle « des citoyens consommateurs » dans un article consacré à la nouvelle ville (non publié, 2013). Mais là encore, nous ne devrions pas évacuer trop rapidement les nuances de la réalité par un jugement péremptoire (surtout s’il arrive d’une position extérieure comme celle que j’occupe). Il est difficile de ne pas être sensible aux mots pleins d’émotion de futurs résidents (ou, parfois, de Masri lui-même) interviewés dans le documentaire hollandais mentionné ci-dessus, et on peut entendre, à travers ces témoignages, la joie devant une rare possibilité d’agir dans des conditions impossibles jusqu’alors. Par ailleurs, plus qu’un complice de l’Apartheid israélien, on peut percevoir Rawabi et ses nombreuses dimensions problématiques comme son résultat. Le colonialisme en général et l’Apartheid en particulier ne fonctionnent pas avec la stricte qualification binaire des ensembles (« colonisateurs » versus « colonisés », « blancs » versus « noirs ») par laquelle nous les définissons généralement – un schéma aussi absolutiste conduirait inévitablement à son rejet par une population qui n’aurait fondamentalement rien à en perdre.

Les sociétés coloniales fonctionnent par contre avec un gradient de classification des ensembles qui correspond à un degré proportionnel de violence administrative à laquelle elles sont soumises. L’Apartheid israélien renforce violemment cette hiérarchie coloniale et la réalité est différemment expérimentée par les membres de la diaspora, les Israéliens palestiniens, les résidents de Jérusalem Est, les résidents de Cisjordanie dotés d’un permis de travail à l’ouest du Mur d’Apartheid, les résidents de Cisjordanie qui n’ont pas ce permis, les réfugiés en Cisjordanie, les résidents de Gaza, les réfugiés à Gaza, les réfugiés à l’étranger, etc. – cette classification n’est pas exhaustive (loin de là) et finit par comprendre autant de ramifications que de Palestiniens. On ne peut donc attribuer les divergences sociales créées par ce système (comme celles créées par le système capitaliste) à des responsabilités individuelles mais, plutôt, aux structures mêmes du système lui-même. En tant que telle, Rawabi serait plutôt la cristallisation ostentatoire de ce genre de divergences que leur cause.

CARTES GENERALES ET EN GROS PLAN

Carte dessinée spécialement pour cet article. Les zones en bleu sont les colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem Est.

Toutes les photographies ci-dessous et ci-dessus sont de Léopold Lambert (juillet 2017). Creative Commons Attribution-Non Commercial 4.0 International

Rawabi depuis le village d’Ajul.

Des marques associées sont affichées à différents endroits dans la ville.

Le drapeau du Qatar à côté du drapeau palestinien.

La mosquée de Rawabi en construction.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : The Funambulist Magazine