Etude : L’eau polluée principale cause de mort à Gaza

17 octobre 2018 

Femme palestinienne prenant de l’eau [File photo]

Plus d’un quart des maladies à Gaza sont causées par la pollution de l’eau, a révélé une nouvelle étude, faisant remarquer que c’était la principale cause de mortalité dans l’enclave côtière qui subit un siège israélien depuis 2007.

Cette étude, dont le journal israélien Haaretz a publié une copie, a été menée par RAND Corporation, ONG américaine. Elle a dit qu’elle était arrivée à ces découvertes il y a quatre ans et que « depuis, ces chiffres ont continué à grimper ».

En se fondant sur ce rapport, Haaretz a dit que l’effondrement des infrastructures hydrauliques a provoqué une forte hausse des germes et des virus, tels le rotavirus, le choléra et les salmonelles.

Le rapport a dit que la situation empire à cause des opérations israéliennes répétées sur Gaza depuis 2008.

LISEZ : Lever le siège signifie faire venir le Hezbollah à Gaza, dit Lieberman

« Aujourd’hui, 97 % de l’eau à boire à Gaza n’est admise comme potable selon aucune norme internationale reconnue », a rapporté Haaretz.

« Quelque 90 % des résidents boivent l’eau passée par des purificateurs privés, parce que les grandes installations ont été endommagées par les combats ou sont tombés en désuétude parce qu’on n’a pas pu les entretenir », a poursuivi le journal israélien.

Pas assez de fourniture d’eau

L’étude a conclu que la situation actuelle est que « Gaza est incapable de fournir assez d’eau pour ses 2 millions d’habitants ».

« Les écoles de Gaza ont un seul WC pour 75 élèves et un seul lavabo pour le lavage des mains de 80. La majeure partie de cette eau est soit recyclée, soit issue d’un réservoir. Résultat, la présence même d’enfants dans ces écoles les met en danger de contracter des maladies gastro-intestinales. »

Elle dit aussi : « Les écoles, les bâtiments publics et les hôpitaux ne sont nettoyés que lorsque nécessaire pour préserver l’eau. Le personnel de l’hôpital ne se lave les mains que quand c’est essentiel et non sur une base régulière pour passer d’un patient à un autre, afin de conserver l’eau pour les traitements d’importance vitale. »

LISEZ : Un médecin palestinien de Gaza kidnappé en Cisjordanie

Haaretz a également rapporté que « les chercheurs estiment que, en l’espace de deux ans, même les sources d’eau isolées utilisées aujourd’hui cesseront de fonctionner à défaut d’une maintenance convenable ».

L’étude a dit que le coût moyen de l’eau utilisée par personne en Cisjordanie est de 0,7 % des revenus mensuels, mais à Gaza, un tiers des revenus mensuels part dans l’achat de l’eau, faisant ressortir que le taux très élevé de chômage fait que beaucoup de gens sont incapables d’acheter de l’eau potable.

« Les rares personnes plus riches à Gaza peuvent acheter de l’eau minérale en bouteille, mais la plupart des résidents de Gaza doivent se contenter d’un jour par semaine où les autorités ouvrent les robinets pour quelques heures. »

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : Middle East Monitor




La procureure générale de la Cour pénale internationale lance un avertissement : Démolir Khan al-Ahmar est un «  crime de guerre ».

Par Edo Konrad – 17 octobre 2018

Fatou Bensouda dit qu’elle n’hésitera pas à « prendre des mesures appropriées », si le village de Cisjordanie était démoli. La Première Ministre britannique Theresa May dit que la démolition sera un «  rude coup porté à la solution à deux états ».

Des militants palestiniens, israéliens et étrangers essaient de bloquer un bulldozer israélien préparant la démolition de Khan al-Ahmar, le 4 juillet 2018. (Oren Ziv/activestills.org)

La procureure de la Cour pénale internationale Fatou Bensouda a lancé un sévère avertissement aux responsables israéliens mercredi, disant qu’elle « n’hésitera pas à prendre toute mesure appropriée » s’ils démolissent le village bédouin de Khan al-Ahmar et transfèrent de force ses habitants.

La mise en garde de Bensouda arrive alors que les autorités israéliennes accroissent leurs préparatifs pour détruire le village et expusler ses habitants qui ont vécu à Khan al-Ahmar pendant plus de 40 ans.

La procureure de la Cour pénale a aussi exprimé ses inquiétudes à propos de la violence continuelle à la frontière entre Gaza et Israël, quelques heures après qu’un missile tiré de la Bande de Gaza a frappé une maison dans la ville de Be’er Sheva, au sud d’Israël. En réponse, les forces aériennes israéliennes ont frappé 20 cibles qu’elles ont dit appartenir à Hamas.

Voici la déclaration intégrale de Bensouda :

«  J’ai suivi avec inquiétude l’expulsion planifiée de la communauté bédouine de Khan al-Ahmar, en CisjordanieL’expusion par la force apparaît maintenant imminente et avec elle la prospective d’une escalade croissante de la violence. Il convient de rappeler, de manière générale, que la destruction extensive de propriété sans nécessité militaire et les transferts de population dans un territoire occupé constituent des crimes de guerre selon le Statut de Rome. Je suis alarmée de même par la violence perpétuelle, perpétrée par les acteurs des deux côtés, à la frontière de Gaza avec Israël. En tant que procureure saisie de la situation en Palestine, je me sens par conséquent forcée de rappeler à toutes les parties que la situation demeure sous examen préliminaire à mon Bureau. Je continue à suivre de très près les développements sur le terrain et je n’hésiterai pas à prendre toute mesure appropriée, dans les limites de l’exercice indépendant et impartial de mon mandat sous le Statut de Rome, en plein respect du principe de complémentarité.  »

En attendant, la Première Ministre britannique Theresa May a déclaré au Parlement mercredi que la démolition de Khan al-Ahmar constituerait un « rude coup porté à la solution à deux états », pressant le gouvernement israélien de ne pas poursuivre ses plans pour déplacer les habitants du village. Les commentaires de May étaient une réponse à une question d’Alistair Carmichael, membre du Parlement, dans laquelle il implorait la Première Ministre de montrer clairement à Benjamin Netanyahu que « ceci est un territoire occupé, que ce sont des réfugiés, des personnes protégées dont l’expulsion par force constituerait un crime de guerre ».

Les remarques tant de Bensouda que de May arrivent alors que les autorités israéliennes font des préparatifs pour démolir Khan al-Ahmar, suivant une décision de la Haute Cour le mois dernier qui a scellé le destin du village. Plus tôt dans la semaine, les forces de sécurité israéliennes accompagnées par des bulldozers ont pénétré aux abords du village pour commencer à niveler le sol en préparation pour la démolition. Au moins sept personnes ont été blessées et quatre autres détenues lundi, après avoir essayé d’empêcher les bulldozers de mener à bien leur travail.

Israël projette d’expulser les résidents et de les transférer dans une zone désignée adjacente à un dépôt à ordures près de la ville de Abu Dis dans le gouvernorat de Jérusalem Est.

Traduction : CG pour l’Agence Média Palestine
Source : 972 mag




Palestine : droits à la carte – État civil : contrôle, domination, séparation

Samedi 8 septembre 2018 – Par Olivier Schulz, BDS France

Des policiers israéliens procèdent à un contrôle d’identité d’identité d’une femme palestinienne devant la Porte de Damas, l’un des points d’entrée de la Vieille Ville de Jérusalem. © 2016 Ammar Awad / Reuters‬

Choisir de s’intéresser à l’état civil pour aborder la question palestinienne peut paraître surprenant. L’étude des procédures définies pour l’établissement des registres de populations ainsi que la nature des différentes administrations impliquées est certes un exercice aride, il est aussi passionnant. Les critères utilisés pour décider de la nationalité et de la citoyenneté des personnes, ainsi que les procédures régissant l’établissement des registres d’état civil mettent à jour un aspect important du fonctionnement du régime d’apartheid construit par l’État israélien. Les accords d’Oslo ont, depuis 1995, joué un rôle déterminant dans la situation actuelle.

L’état civil : un enjeu stratégique dans une administration complexe

Peut-on réduire la définition d’un État à son territoire et à sa population ? Peut-être pas, mais rappelons l’importance des frontières pour définir un territoire, et de l’état civil pour définir une population. L’état civil est l’outil stratégique indispensable à tout État pour connaître sa population afin de définir ses politiques économiques et sociales, pour faire régner l’état de droit ou encore pour délivrer des documents d’identité… Israël, le seul État admis à l’ONU qui n’a pas défini ses frontières, a-t-il défini sa population, et si oui comment ? On ne peut pas consulter les registres des différentes populations de la région, pas même pour savoir comment ils sont constitués : ils sont très bien gardés, aujourd’hui informatisés et hautement confidentiels ! Par contre il s’est avéré possible de décortiquer les processus essentiels mis en œuvre pour les constituer, et analyser les enjeux politiques qu’ils renferment.

Constatons tout d’abord que, à l’exception des Palestiniens vivant en Israël et des Palestiniens réfugiés en Jordanie qui en ont pour la plupart acquis la citoyenneté, les Palestiniens ne sont citoyens d’aucun État. Ils sont pourtant tous munis de papiers d’identité, et doivent donc bien figurer quelque part dans un registre d’état civil ! En s’intéressant à la question, on se rend vite compte que quatre administrations au moins sont impliquées dans la tenue des registres de population : l’Autorité Palestinienne (AP) en Cisjordanie, le Hamas à Gaza, l’UNRWA (1) dans toute la région, et bien sûr Israël, mais aussi la Syrie, le Liban, et la Jordanie pour ce qui est des réfugiés « de l’extérieur ». Pour tenter de démêler cette affaire, regardons successivement les populations palestiniennes (2) connues d’Israël seule, puis celles figurant dans les registres de l’AP et d’Israël, et enfin les réfugiés, population qui recoupe en partie les précédentes.

Pour les habitants d’un État-nation comme la France, la distinction entre citoyenneté et nationalité n’est pas évidente, elle l’est pourtant pour les personnes vivant par exemple dans les Balkans, en ex-Union Soviétique ou encore dans les pays coloniaux européens avant l’indépendance de leurs colonies.

Tentons une définition du concept de nationalité : la nationalité est liée à la notion de peuple, c’est à dire à la culture et à l’histoire, et donc à la langue maternelle, à l’ascendance… On ne peut pas en changer en claquant des doigts, rares sont les vrais transfuges qui ont réellement acquis une autre.

La citoyenneté est une qualité attribuée à une personne par un État. On peut en avoir 2 sur simple décision administrative (même si en français on utilise le terme de “double nationalité”), et dans de nombreux pays beaucoup de personnes dont la naissance n’est déclarée à aucune administration, n’ont pas de citoyenneté.

Une difficulté supplémentaire vient de ce que les mots utilisés pour parler de ces deux choses pourtant bien différentes ne sont pas bien fixés. Exemple : quand sur les cartes d’identités israéliennes figure la mention « Nationalité : juive », on trouvera « Nationalité : israélienne » sur le passeport israélien de la même personne !

 

Israël garde une prérogative exclusive sur l’état civil des Palestiniens vivant en Israël et à Jérusalem.

Dès 1948, en application de la loi sur « la propriété des absents » (3) Israël attribue la citoyenneté israélienne aux Palestiniens qui sont restés sur le territoire israélien lors de la Nakba en 1948, et qui y habitent encore. Le ministère de l’intérieur israélien tient classiquement l’état civil de toute sa population, mais en intégrant un critère qui ne figure pas en clair sur les documents d’identité : la nationalité (voir encadré). Israël reconnaît deux types de nationalités : la nationalité Juive qui donne accès à l’ensemble des droits, et, selon la période de l’histoire et selon l’inspiration du fonctionnaire chargé de définir la nationalité lors de l’enregistrement de la personne sur les registres d’état civil, la nationalité “arabe”, “Druze” et bien d’autres, mais en aucun cas la nationalité “Palestinienne”. Dans de nombreux cas aucune nationalité n’est attribuée, et l’emplacement qui lui est attribué sur la carte d’identité reste vierge.

Les Israéliens parlent de droits “civils” (ou citoyens) attachés à la citoyenneté israélienne, et de droits “nationaux” attachés à la nationalité. Nous retiendrons ici l’idée que les droits des personnes de nationalité juive sont supérieurs aux droits des personnes des autres nationalités. Ainsi les droits civils des « Arabes » de confession musulmane ou chrétienne sont réduits pour les carrières politiques, pour l’armée, pour le lieu de résidence ou pour les droits de propriété. Autre exemple : un citoyen israélien de nationalité arabe peut être élu au Parlement, il vote normalement sur les questions à caractère civiles, mais n’a pas le droit de voter pour les questions touchant à la sécurité ou à la défense du territoire.

Notons que la nationalité est très généralement héréditaire : les enfants d’Arabes israéliens sont Arabes, et ne peuvent pas se marier avec des personnes juives, rendant toute assimilation ou intégration problématique. En effet, les mariages inter religieux sont extrêmement rares, si ce n’est inexistants. Le droit israélien ne prévoyant pas de mariage civil, les rares mariages entre Israéliens de religions différentes se font à l‘étranger.

Toujours en raison de la loi sur « les propriétés des absents » de 1950, les Palestiniens vivant à Jérusalem se sont vu proposer la citoyenneté israélienne en 1967 suite à l’annexion de Jérusalem par Israël, annexion unilatérale non reconnue par la communauté internationale. La très grande majorité d’entre eux l’a bien sûr refusée, considérant que cela signifierait qu’ils entérinaient l’annexion de la ville. Israël leur a donc accordé le statut de « résident permanent », et leur délivre un document d’identité bleu aux couleurs d’Israël. Le statut de résident “permanent” n’en a que le nom pour deux raisons : il est conditionné à une clause de loyauté à l’État qui limite dans les faits tout activisme politique, et il suppose un « centre de vie » à Jérusalem que les Palestiniens craignent de perdre lorsqu’ils voyagent pour différents motifs (travail, études, famille…), ce qui limite beaucoup la liberté de circulation formelle dont ils jouissent officiellement. Ils craignent d’autant plus de perdre leur statut qu’une disposition stipule que leurs enfants à qui le statut de résident est attribué à la naissance le perdent si eux-mêmes le perdent ! Les résidents de Jérusalem ne sont ainsi citoyens d’aucun État, « étrangers » dans un territoire qu’Israël seul considère comme le sien. Les Palestiniens de Jérusalem ainsi que les citoyens « arabes » d’Israël ne sont pas connus de l’AP qui ne peut tenir aucun registre de ces populations qui se définissent pourtant comme palestiniennes.

Israël dispose des registres d’état civil des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza : les accords d’Oslo II

En 1948 – création de l’État d’Israël pour les uns, et Nakba ou « catastrophe » pour les autres – la Cisjordanie est placée sous administration jordanienne et la bande de Gaza sous administration égyptienne. L’état civil est alors tenu par leurs administrations respectives. Cette situation prend fin en 1967 avec l’invasion et l’occupation militaire de ces 2 territoires pas Israël. Dès lors l’état civil est tenu par l’armée de la puissance occupante qui délivre aux Palestiniens des documents d’identité leur permettant essentiellement de passer les check points.

Les accords d’Oslo vont changer cette situation de manière radicale, et créer le système encore en place aujourd’hui. Les Palestiniens ont désormais une carte d’identité délivrée par l’AP, rédigée à la fois en arabe et en hébreu et portant les symboles de l’AP. Fabriquées à Nablus, ces cartes sont portées dans une pochette de couleur verte en Cisjordanie et de couleur orange à Gaza. L’histoire de ces cartons plastiqués se mêle à celle de la Palestine d’Oslo.

En 1995 les Accords d’Oslo II précisent comment s’opérera le transfert des compétences et des données de la puissance occupante à l’AP nouvellement créée (Annexe III, article 28) :

  1. Les pouvoirs et responsabilités en matière de registre de population et d’identification en Cisjordanie et dans la bande de Gaza seront transférés du gouvernement militaire et son administration civile à la partie palestinienne.

  1. La partie palestinienne maintiendra et administrera un registre de population et produira des certificats et documents de tous types […]. À ces fins, la partie palestinienne recevra d’Israël le registre de population des résidents (4) de Cisjordanie et de la bande de Gaza en plus des fichiers et registres les concernant parmi lesquels : – certificats de naissances. – registres manuscrits des naissances et des décès et leurs annexes de 1918 à 1981. – dossiers photographiques équipés. – tout le matériel et les équipements informatiques. (…)

Les Accords d’Oslo II prévoient aussi dans ce même article 28 comment les registres d’état civil mis à jour par l’AP sont en retour communiqués à Israël :

  1. Les cartes d’identités existantes des résidents présents, ainsi que celles des nouveaux résidents, seront remplacées par de nouvelles cartes d’identité avec de nouveaux numéros d’identité. De telles cartes d’identité de remplacement seront produites par la partie palestinienne et elles porteront ses symboles. De nouveaux numéros d’identité pourront être produits par la partie palestinienne un an après la signature de ce traité. Les nouveaux numéros d’identité ainsi que le système de numérotation seront transférés à la partie israélienne. Toutes les informations présentes sur ces cartes seront en hébreu et en arabe et les numéros de telles cartes seront en chiffres arabes (i.e. 0-9).

Pour ce qui est du lieu de résidence, l’alinéa 10 de l’article 28 précise :

10. (…) La partie palestinienne devra tenir Israël informé de tout changement dans son registre de population dont, notamment, tout changement dans le lieu de résidence de n’importe quel résident.

Depuis la prise de pouvoir par le Hamas à Gaza, il n’existe aucun lien diplomatique direct entre le Hamas et Israël qui le considère comme une organisation terroriste. C’est donc l’administration du Hamas qui tient l’état civil des Gazaouis, et qui transfère ces données à l’AP, qui elle même les transfère à Israël.

Ainsi – et les entretiens réalisés avec des personnes de l’administration de l’AP en juin 2017 le confirment – tout document produit par l’Autorité Palestinienne sans information préalable de la partie israélienne est nul. Dans le cas d’un contrôle d’identité par l’armée israélienne, une carte d’identité palestinienne d’un individu non enregistré dans le registre de population transmis à Israël ne serait pas reconnue.

Les registres d’état civil transmis par l’AP à Israël servent à un vaste fichage des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza.

L’AP, même si elle exerce sur la question de l’état civil la prérogative d’un véritable État en tenant ses registres à jour, reste une administration sous tutelle de la puissance occupante puisque les documents d’identité qu’elle délivre ne sont valables que si Israël a préalablement connaissance des informations d’état civil qui permettent de les établir.

Mais le processus ne s’arrête pas là. Israël, puissance occupante soucieuse de sa sécurité, utilise ces registres comme base pour un fichage systématique des Palestiniens. Les numéros portés sur les cartes d’identité des Palestiniens sont codés et renvoient aux registres israéliens, renvoi que seul le matériel informatique israélien permet de lire. Pour cet aspect de la question, nous nous référons à l’analyse de Nadia Abu-Zahra (5), qui recoupe de nombreuses autres sources. Ainsi :

« Alors que les informations qu’elle [la carte d’identité] contient sont tenues au secret des Palestiniens qu’elles décrivent, la plupart voire l’intégralité d’entre elles peuvent « être vues sur un écran par le soldat le moins gradé du check point le plus reculé de Cisjordanie ou sur les ordinateurs du carrefour d’Erez [Gaza] » (Hass, 2005).

Impossible bien sûr de connaître ni l’étendue ni le détail de ces données codées, mais Nadia Abu-Zahra nous indique qu’une foule d’informations habituellement non contenues dans les dossiers d’état civil sont contenues dans le registre. Ces informations peuvent concerner l’activité politique, syndicale ou associative, les passages aux check points, les périodes d’incarcération dans les prisons israéliennes…

Ce n’est donc pas l’échec du processus d’Oslo qui a mené l’AP à participer à la politique de coopération sécuritaire en vigueur aujourd’hui : dès 1995 les accords d’Oslo prévoient un système administratif dans lequel l’AP exerce un pouvoir de police civile au service de la puissance occupante.

Poursuivons maintenant le passage en revue des différentes populations palestiniennes de la région.

Les réfugiés palestiniens dispersés dans toute la région, l’UNRWA

Le 8 décembre 1948, suite à la Nakba, l’ONU crée un nouvel organisme, l’UNRWA (6pour prendre en charge les Palestiniens réfugiés dans toute la région. La particularité de l’UNRWA est d’accorder le statut de réfugié aux descendants de réfugiés, ce que ne fait pas le HCR. Les réfugiés ont théoriquement tous une carte délivrée par l’UNRWA qui leur donne accès à ses services en matière de santé et d’éducation par exemple.

L’UNRWA ne tient pas l’état civil des réfugiés, ce sont les pays d’accueil qui le font : Liban, Syrie, Jordanie pour les réfugiés “de l’extérieur”, l’AP et le Hamas pour les réfugiés “de l’intérieur”, et exceptionnellement Israël puisqu’il n’existe pas de camp de réfugié en Israël (7).

Les réfugiés de l’extérieur – sauf en Jordanie où ils ont été majoritairement naturalisés – ne sont citoyens d’aucun État, et leurs droits civiques, dont le droit de vote par exemple, sont très restreints.

Israël connaît les Palestiniens réfugiés en Cisjordanie et à Gaza puisqu’ils figurent dans les registres d’état civil relevés par l’AP, mais pas les autres dits de l’extérieur. Cette distinction, cohérente avec son opposition absolue au retour des réfugiés, confirme la politique israélienne de contrôle des Palestiniens sur les territoires qu’elle considère comme les siens, et de négation de l’existence des autres en tant que réfugiés ou que Palestiniens.

L’état civil participe à la construction de l’unité israélienne et à la destruction de l’identité palestinienne.

L’organisation de l’état civil dans la région montre un double mouvement. Alors que les personnes se disant palestiniennes sont séparées à la fois physiquement et dans les registres d’état civil, Israël accorde sa citoyenneté à toutes les personnes de confession juive la demandant. On observe ainsi le paradoxe que des personnes d’origines ou de nationalités différentes – séfarades ou ashkénazes, et aussi marocaine, russe, polonaise, étasunienne, éthiopienne, française, argentine… – forment un seul bloc du point de vue de l’état civil et des droits qui y sont rattachés, alors que des personnes le plus souvent nées en Palestine, y vivant, et se définissant comme Palestiniennes et rien d’autre, ont des statuts fort divers attribués par des administrations toutes aussi diverses et leur conférant des droits civiques forcément très divers. L’unité formelle du peuple palestinien semble ainsi mise à mal, alors que l’unité des Israéliens serait pleinement réalisée ?

Identité symbolique. Les coups durs et répétés portés aux populations palestiniennes de la région, coups portés à la fois aux personnes, aux institutions et à la culture palestinienne posent la question d’un sociocide palestinien. Cette question aujourd’hui d’actualité dépasse le cadre de ce propos, mais constatant que le statut inférieur en droit dont ils héritent à la naissance ne changera que si la situation évoluait dans la région, les Palestiniens, qu’ils soient citoyens, résidents, réfugiés ou apatrides, n’ont d’autre choix que de se définir essentiellement et avant tout comme Palestiniens, et de lutter pour leurs droits, réduisant à néant l’ambition israélienne de destruction de l’unité et de la réalité palestiniennes.

1 United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East : Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient

2Le terme “populations palestiniennes” tente le compromis entre l’éclatement des Palestiniens en différents groupes maintenus séparés, et l’évidence d’une identité palestinienne unique.

3La loi sur la propriété des Absents a été publiée en 1950 et a été votée par la Knesset suite à la guerre de 1948 durant laquelle Israël a occupé une partie de la Palestine et a permis à Israël d’exproprier des terres appartenant aux Palestiniens qui ont fui pendant la guerre.

4Notons l’utilisation scrupuleuse du terme de « résidents », et non pas de « citoyens », en relation avec l’idée « d’Autorité » palestinienne et non pas d’État palestinien.

5 Abu-Zahra, Nadia. « IDs and Territory : Population Control for Resource Expropriation ». In War, Citizenship, Territory, par Cowen Deborah et Emily Gilbert, Routledge., 2008.

6 Le HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés) ne sera créé qu’en décembre 1950.

7 Notons le cas particulier des 10 000 réfugiés du camp de Shu’Fat à Jérusalem Est, qui ont une carte israélienne de résident de Jérusalem, et dont l’état civil serait ainsi directement tenu par Israël. Cette situation, particulière du point de vue du droit international qui ne reconnaît pas l’annexion par Israël de Jérusalem Est, résulte du transfert en 1965 des réfugiés de la vieille ville de Jérusalem vers ce camp créé à leur intention par l’UNRWA, puis de l’annexion de Jérusalem Est par Israël en 1967. 

Source: UJFP




Un crime contre la culture

(L’Institut Tamer pour la Communauté Educative)

Je me rappelle très bien la première fois que j’ai entendu parler du Centre Culturel Said al-Mishal.

« Tu ne l’as pas encore vu ? » m’a demandé Muhammad, garçon plus âgé que moi. « C’est la plus belle scène de Gaza. Il a un plancher brillant et de luxueux fauteuils rouges. Quand le rideau s’ouvre, le public devient parfaitement silencieux. »

Cette conversation avait lieu en 2008. Muhammad et moi jouions tous deux du oud. Nous suivions des cours dans un camp d’été géré par l’UNRWA, agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens.

J’avais un objectif cet été là : jouer à la cérémonie de remise des diplômes du camp. Il était prévu qu’elle se tienne au centre culturel.

Malheureusement, mon objectif ne s’est pas réalisé. Les coordinateurs du camp de l’UNRWA ont choisi quelques musiciens qui avaient plus d’expérience que moi pour jouer à la cérémonie à Gaza ville.

Malgré ma déception, j’attendais avec impatience d’assister à la cérémonie parce que cela voulait dire que je pourrais aller au centre culturel. Alors que le rideau se levait à l’ouverture du concert, j’ai pu sentir mon coeur s’emballer.

Six ans plus tard, avec quelques amis, je formais l’orchestre Nessan. Et j’ai insisté pour que nous jouions notre premier concert au Centre Culturel Said al-Mishal.

Cette fois là, j’ai vu le rideau s’ouvrir de l’intérieur. Mon coeur s’est mis à nouveau à battre très vite.

Liberté et espoir

Je sais que beaucoup d’autres ressentent la même chose que moi à propos du centre culturel. Il n’est pas exagéré de le décrire comme une deuxième maison pour les danseurs, musiciens, poètes et peintres.

On nous a tous donné là une vraie liberté pour nous exprimer et être créatifs. Nous n’avons eu cette même liberté nulle part ailleurs à Gaza.

Je ne pense pas non plus qu’il soit exagéré de dire que ce centre a procuré à notre population un espoir cruellement nécessaire.

Etre capables de voir une pièce ou un concert était une coupure nécessaire dans la routine de la vie à Gaza, prison à ciel ouvert. Il offrait au public une possibilité d’imaginer une vie meilleure.

Le centre procurait de nombreux bénéfices aux habitants de Gaza. La plupart des gens que je connais y avaient assisté à un événement.

Ahmed al-Najjar, étudiant universitaire à Gaza, a résumé la sensation de perte dont nous avons tous souffert en apprenant que le centre culturel avait été détruit par Israël le 9 août.

« Nous y avons tous des souvenirs », a-t-il dit. « Tous les concerts, les pièces et les expositions que j’ai vus dans ma vie, c’était à al-Mishal. C’est ce qui est dur dans cette perte. C’est une punition collective. Tous ces rares moments de joie de nos vies nous ont été retirés. Tous se sont envolés à cause d’une attaque aérienne. »

Une tentative d’effacement de la mémoire

En 2002, feu l’intellectuel Edward Said soutenait qu’Israël détruisait « l’existence civile du peuple palestinien en toute impunité ».

Said faisait référence aux attaques ordonnées par Ariel Sharon, alors premier ministre d’Israël, sur le Bureau Central palestinien des Statistiques et la façon dont des enregistrements avaient été volés dans d’autres organismes publics. Sharon, écrivait-il, a essayé « d’éliminer les Palestiniens en tant que « peuple avec des institutions nationales ».

Le Centre Said al-Mishal était une institution vitale pour la population de Gaza.

Mon ami Mohamed Jabaly a commencé à enseigner le dabke – danse traditionnelle palestinienne – au centre en 2008.

Pour lui, l’attaque d’Israël a été « une tentative directe pour effacer nos souvenirs heureux ».

Mohamed est le réalisateur d’Ambulance, film sur ce qu’ont subi les travailleurs médicaux pendant l’agression de 2014 d’Israël sur Gaza.

L’année dernière, Ce film a été présenté dans un festival qui s’est tenu au Centre Culturel Said al-Mishal. Mohamed vit maintenant en Norvège. Etre incapable d’assister à la projection à Gaza « fut un des moments les plus difficiles de ma vie », a-t-il dit.

« Maintenant nous parlons au passé d’al-Mishal et de tous les souvenirs que nous y avions », a-t-il ajouté. « L’occupation ne consiste pas qu’à contrôler nos vies et notre avenir. Elle essaie aussi d’effacer notre héritage culturel. A mon avis, c’est plus dangereux. »

« Une vie qui vaut la peine d’être vécue »

Les Palestiniens de Gaza qui vivent en exil – comme moi- suivent de très près les nouvelles de chez nous. Nous ne le faisons pas uniquement parce que nous avons encore de la famille et des amis à Gaza, mais parce que cet endroit nous a façonnés. Ce que nous avons vécu étant jeunes a fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui.

J’ai été très choqué quad j’ai appris que le centre Said al-Mishal avait été bombardé. Je ne pouvais pas comprendre pourquoi un endroit qui était si important pour moi avait été détruit.

Alors un ami m’a montré quelques vers d’un poème de Mahmoud Darwish :

Nous avons sur cette terre ce qui rend la vie digne d’être vécue

Nous avons sur cette terre tout ce qui rend la vie digne d’être vécue

L’hésitation d’avril

L’odeur du pain à l’aube

L’appel aux hommes d’une femme

Les écrits d’Eschyle

La naissance de l’amour

La mousse sur une pierre

Des mères debout sur un filet de flûte

Et la peur des souvenirs qu’ont les envahisseurs

Nous avons sur cette terre ce qui rend la vie digne d’être vécue

Ces vers m’ont fait réaliser qu’Israël a peur de nos souvenirs. Nos souvenirs sont une source d’inspiration et de motivation pour nous.

Ils nous aident à résister. Ils rendent la vie digne d’être vécue.

Mousa Tawfiq est un journaliste autrefois basé à Gaza, qui vit maintenant à Paris.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : The Electronic Intifada




Une entreprise israélienne d’espionnage qui a pris contact avec Trump a commencé par proposer de sales tours contre BDS

Josh Nathan-Kazis – 11 octobre 2018

La société privée israélienne de renseignement qui a proposé de manipuler les médias sociaux pour la campagne de Trump avait offert un an plus tôt des services similaires à une association de donateurs juifs américains qui cherchaient à cibler ceux qui critiquent Israël, c’est ce que révèle un document obtenu par Forward.

Fin 2015, l’entreprise privée israélienne de renseignement Psy-Group a pris contact avec une association ad hoc de donateurs juifs en lui proposant de saper en secret le mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions. Selon le résumé de cette proposition examinée par le Forward, Psy-Group disait qu’ils chercheraient à porter des coups aux individus et organisations spécifiques associés au mouvement BDS en démantelant leurs activités, ou en faisant en sorte qu’ils subissent des enquêtes des autorités. Ils ont dit par ailleurs qu’ils mèneraient une campagne pour influencer les médias.

Psy-Group, dont les employés étaient des vétérans de l’appareil du renseignement israélien, a souligné le fait qu’ils travailleraient dans le plus grand secret, dissimulant tout lien financier ou technologique avec ses activités. Il a dit qu’aucune de ses actions ne pourrait être rattachée aux Juifs ou aux Israéliens.

Le résumé ne comporte aucun détail mais, dans ses grandes lignes, il ressemble à une proposition beaucoup plus détaillée obtenue par le New York Times que Psy-Group a faite un an plus tard aux responsables de la campagne de Trump.

Dans son lancement de la campagne de Trump, Psy-Group a dit qu’ils se serviraient de faux comptes des réseaux sociaux pour approcher des milliers de délégués à la Convention Nationale des Républicains et les convaincre de soutenir Trump. Il a dit également qu’ils enquêteraient sur Hilary Clinton et qu’ils cibleraient certains groupes d’électeurs en utilisant d’autres faux comptes des réseaux sociaux.

D’après le Times, des enquêteurs conseillers spéciaux qui enquêtaient sur les efforts de la Russie pour influencer la campagne électorale de 2016 avaient interviewé les employés de Psy-Group.

Comme pour la proposition faite à Trump, il n’existe aucune preuve que Psy-Group ait jamais mené les actions incluses dans son boniment aux donateurs juifs. Pourtant, les discussions entre les donateurs juifs américains et les espions étrangers indépendants, qui ont été facilitées par un personnage important de l’organisation juive, montrent comment le combat pour la culture du renseignement et l’information clandestine croise les efforts pour s’opposer au mouvement BDS au Etats Unis.

Les donateurs juifs ont reçu la proposition de Psy-Group à l’automne 2015, au moment où l’administration Obama venait d’approuver un accord nucléaire avec l’Iran, que le gouvernement israélien et de nombreux responsables juifs américains voyaient comme une erreur dangereuse. Au même moment, le mouvement BDS, que les dirigeants israéliens classifient comme une menace majeure, avançait doucement dans le grand public, étayé par l’indignation internationale devant la mort des civils palestiniens dans la guerre de Gaza l’été précédent.

Dans cette atmosphère, les gardiens de l’image d’Israël à l’étranger ont commencé à adopter une série de tactiques plus agressives. Au début de 2015, un militant israélien anonyme a lancé la Mission Canary, liste noire des étudiants pro-palestiniens. Cette même année, la Coalition Israélienne sur les Campus, association dominante pro-israélienne aux Etats Unis, a commencé à adopter une nouvelle série de mesures agressives secrètes pour s’opposer à BDS sur les campus américains.

Psy-Group s’est rapproché en 2015 de son groupe de donateurs juif américains potentiels grâce à Misha Galperin, éminent responsable communautaire juif qui avait récemment quitté un poste de haute responsabilité à l’Agence Juive pour Israël, important organisme israélien sans but lucratif en lien étroit avec le gouvernement d’Israël. Galperin avait travaillé auparavant dans la direction de deux grandes fédérations juives. Il n’a pas répondu à une demande de commentaires sur son travail avec Psy-Group.

Le document, vu par le Forward, décrivant la proposition de Psy-Group est écrit dans un langage qui semble destiné à être lu comme un jargon du monde de l’espionnage. « Une partie de leur attrait vient du fait qu’ils apparaissent très professionnels et comme sortis d’un film de cape et d’épée », a dit un militant juif qui ne participaient pas aux discussions de 2015 avec Psy-Group et qui a demandé qu’on ne cite pas son nom à cause de la sensibilité de cette question.

Le résumé du lancement de Psy-Group ne précise pas les méthodes ou mesures que Psy-Group a proposé d’utiliser au nom des donateurs juifs américains. La nature secrète du travail de Psy-Group, dit-il, augmentera son impact parce qu’on ne pourra pas le lier aux Juifs ou aux Israéliens. Il met en avant le fait que son travail contre BDS sera plus profitable que le travail au grand jour d’autres groupes pro-israéliens, parce qu’un plaidoyer lié à des sources israéliennes ou juives est perçu comme non fiable.

Psy-Group a finalement réalisé un certain travail contre le mouvement BDS. Qui a financé ce travail, on ne le sait pas et il n’y a aucune preuve que Psy-Goup ait accompli un travail au nom de l’association des donateurs juifs américains qu’il a lancée en 2015. En 2017, Psy-Group a créé un site internet appelé OutLawBDS.com (BDS Hors la Loi) qui a posté des profils de supporters du mouvement de boycott et a envoyé des messages menaçants aux défenseurs de BDS, c’est ce qu’a rapporté en juillet le Times of Israel. Ce site n’est plus en ligne. Le Times of Israel a dit que le ministère des Affaires Stratégiques, l’agence israélienne destinée à combattre le mouvement BDS, était généralement au courant du travail des entreprises privées israéliennes de renseignement contre les militants BDS, bien qu’il ne les aient pas financées.

Le ministère des Affaires Stratégiques a dit au Forward qu’il n’avait pas de lien avec le lancement de Psy-Group en 2015. En 2017, Galperin est apparu comme un intermédiaire avec les dirigeants communautaires juifs dans les efforts du ministère des Affaires Stratégiques pour trouver des partenaires américains pour Kela Shlomo, organisation non gouvernementale qu’il a créée et financée pour s’opposer au BDS outremer. Un porte-parole du ministère a dit que le ministère n’avait aucun lien avec le travail de Galperin avec Psy-Group et que, bien que le ministère ait « parlé avec » Galperin pendant environ deux ans, aucun partenariat ne les unissait.

Psy-Group a licencié son équipe en février, selon Calcalist, site internet israélien d’informations. Il fait face actuellement à une liquidation par un tribunal israélien. Marc Mukasey, avocat qui représente Psy-Group aux USA, n’a pas répondu à une demande de commentaires.

Vous avez d’autres informations sur Psy-Group ? Contactez Josh Nathan-Kazis à nathankazis@forward.com ou sur Twitter, @joshnathankazis

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : Forward




Pensées fragmentées à la barrière de la prison à ciel ouvert de Gaza

Par Haidar Eid, 12 octobre 2018

Photo: Ashraf Amra/APA Images

J’écris cet article à mon retour de l’une des manifestations d’aujourd’hui, à la barrière du camp de concentration de Gaza où six jeunes hommes ont été brutalement abattus et plus de 112 blessés par des snipers israéliens. Des sources du ministère de la santé palestinien me disent qu’il faut s’attendre à ce que ce nombre augmente.

Le sionisme est né comme un mouvement colonial raciste, avec dans l’agenda le nettoyage ethnique de la terre de Palestine et de sa population indigène afin d’installer un état exclusivement juif aux dépens du peuple palestinien. L’histoire a prouvé que s’il n’est pas contrôlé, cet agenda permet aussi au sionisme de poser une menace dangereuse, au-delà des frontières de la Palestine, au reste du monde arabe. La terreur sioniste à notre égard inclut la poursuite du nettoyage ethnique et du racisme en terre de Palestine, condamnant les Palestiniens survivants à une vie d’exil dans différentes parties du monde.

Notre focalisation actuelle sur un programme constructif pour la libération palestinienne est fondée d’abord et avant tout sur notre insistance pour le droit au retour à notre patrie nationale, d’abord en tant que droit naturel, ensuite en tant que droit garanti par le droit international. Pour cette raison, il n’est pas surprenant que le nationalisme palestinien soit porté sur les épaules des fils des camps de réfugiés, de ceux qui ont appris seuls, à partir de leur expérience de la réalité d’être réfugiés, qu’ils doivent insister sur la reconnaissance et le rejet de cette réalité. Ils sont les fils et les filles de ceux qui veulent revenir, non de ceux qui sont réfugiés.

Il n’est donc pas surprenant que nos camarades palestiniens restés à l’intérieur des frontières de 1948 aient levé leurs bannières pour dire avec insistance qu’ils sont là pour rester, accrochés au droit du retour. Rien ne peut bloquer cette vision d’un peuple déterminé à vivre, malgré la courte vue des Etats-Unis et l’Union européenne complice.

La demande pour le droit au retour a été et sera toujours le point essentiel de l’auto-détermination palestinienne, avec les espoirs de l’ensemble du peuple palestinien, ayant la justice et la démocratie à ses côtés, confrontant le sionisme comme idéologie de pure exclusion. Nous devons poser d’inconfortables questions : comment les choses sont-elles devenues si distortionnées, dans cette confrontation historique à laquelle fait face le peuple palestinien ? Dans le contexte sud-africain, l’équation était claire. C’est ahurissant ! En réalité, c’est tellement absurde que nous continuons à faire porter le fardeau de ces questions sur nous-mêmes.

Nous voyons que la réponse se trouve dans les concessions palestiniennes qui ont atteint leur point culminant avec les Accords d’Oslo en 1993. La déclaration d’Oslo a montré la capitulation de l’essence de la liberté et de l’auto-détermination pour la libération palestinienne et a permis à la page du « terrorisme » d’y être attachée au stade de la fabrication. La négociation pour le droit au retour a été fondue dans une discussion des institutions d’auto-gouvernement, qui seraient appelées un « état ». Cette complicité inclut la duperie d’une « solution à deux états » comme couverture pour régler la question du nationalisme palestinien et des droits du peuple palestinien.

Tout ceci indique qu’il est nécessaire de refuser absolument le destin prévu pour nous par les gouvernements de droite israélien et américain. Il y a aussi une urgente nécessité à travailler politiquement pour offrir une alternative à cette réalité, au lieu de rechercher des alternatives qui non seulement se sont montrées délirantes, mais menacent notre existence même.

Le jugement final approche. Soit exister, soit être effacés de l’histoire. Par conséquent, c’est le moment de vérité, ou bien rester inébranlable pendant cet arrangement délirant, l’arrangement d’un état, d’un Bantustan, avec une autorité partielle sur le peuple palestinien ou le délire d’un arrangement sous citoyenneté israélienne, sans tenir compte du droit au retour. Nous, manifestants à la barrière du ghetto de Gaza, nous nous permettons de ne pas être d’accord ! Nous voulons le menu complet de nos droits, ou rien !

Sur Haidar Eid

Haidar Eid est maître de conférence en littérature postcoloniale et postmoderne à l’université al-Aqsa de Gaza. Il a beaucoup écrit sur le conflit arabo-israélien, dont des articles publiés dans Znet, Electronic Intifada, Palestine Chronicle, et Open Democracy. Il a publié des articles sur les études culturelles et la littérature dans divers journaux, comme Nebula, Journal of American Studies in Turkey, Cultural Logic, et le Journal of Comparative Literature.

Traduction: Catherine G. pour l’Agence Média Palestine

Source: Mondoweiss




Justine Sachs et Nadia Abu-Shanab réagissent à la décision du tribunal israélien concernant leur lettre ouverte à Lorde

Nadia Abu-Shanab et Justine Sachs – Écrivaines invitées – The Spinoff – 12 octobre 2018

                                                                 Nadia Abu-Shanab et Justine Sachs

 

Un tribunal israélien a condamné Justine Sachs, néo-zélandaise juive, et Nadia Abu-Shanab, palestinienne néo-zélandaise, à payer des milliers de dollars après que Lorde ait annulé un concert à Tel Aviv. Après de très nombreuses propositions de soutiens financiers, les deux femmes expliquent ici pourquoi elles tiennent à rassembler l’argent – non pas pour un tribunal étranger, mais à l’attention des gens ordinaires de Gaza.

 

Ce matin, nous nous sommes réveillées pour apprendre que des tribunaux israéliens nous avaient condamnées à payer plus de 12 000 dollars US de dommages-intérêts à trois adolescents israéliens. Ils auraient subi un choc émotionnel en raison de notre rôle dans l’annulation par Lorde de son concert prévu à Tel Aviv. En fait, celle-ci a plutôt fait le choix de respecter la campagne, dirigée par les Palestiniens, de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS).

En décembre dernier, The Spinoff a publié une lettre que nous avons écrite pour encourager Lorde à ne pas se produire en Israël. L’annulation de son concert ne peut être réduite à notre lettre. Nous ne sommes qu’une part infime d’un mouvement grandissant et dynamique, et même si nous sommes fières d’y jouer notre rôle, le mérite en revient à Lorde d’avoir eu la décence humaine de s’engager. Notre lettre s’adresse aussi à toute personne ordinaire à travers le monde qui répond à l’appel BDS, et au peuple de la Palestine qui persévère dans son combat pour l’égalité et la justice.

La recommandation de nos juristes néo-zélandais a été claire : Israël n’a aucun droit de contrôle sur les opinions des peuples dans le monde. Ils restent convaincus qu’il s’agit d’un coup monté dans le seul but d’intimider celles et ceux qui critiquent Israël. Nous en sommes bien d’accord mais nous sommes encouragées par leur conseil. Nous avons pris contact avec la personne compétente de notre gouvernement dans l’espoir qu’il puisse affirmer clairement que la Nouvelle-Zélande est prête à intervenir et ne permettra pas à Israël d’essayer de maltraiter ses citoyens.

Depuis que nous avons écrit la lettre, la situation des droits de l’homme en Israël et Palestine n’a fait que s’aggraver.

Par centaines, des manifestants sans armes ont été tués à Gaza, et Israël a adopté de nouvelles lois sur l’État-Nation qui retirent leurs droits à des milliers de leurs propres citoyens. En dépit de ces évènements atroces, c’est nous, et non Israël, qui faisons face à une condamnation par un tribunal pour avoir causé une souffrance. C’est inimaginable, mais malheureusement, c’est aussi un reflet de l’arrogance de l’État israélien. On ne peut le comprendre que comme une preuve supplémentaire du mépris de l’État israélien pour les droits de l’homme et la démocratie.

En quelques heures, nous avons été submergées de propositions de soutien financier, venant de Nouvelle-Zélande et du monde entier. Nous ne paierons pas ce à quoi le tribunal nous a condamnées. Au lieu de cela, nous souhaitons utiliser la publicité qui entoure ce coup monté par Israël pour ramener l’attention et le soutien sur la Palestine et ceux qui paient le prix fort pour les actions d’Israël. Nous lançons une campagne de financement afin de réunir les 12 000 dollars (ou plus encore) à l’attention de la Fondation de santé mentale de Gaza qui soutient financièrement le travail d’organisations populaires extraordinaires, telles que le Programme de santé mentale communautaire de Gaza, entre autres. La Fondation remettra les dons dans leur intégralité aux organisations qui apportent un soutien vital en psychiatrie aux familles traumatisées de la bande de Gaza. La souffrance psychologique est une réalité vécue par les Palestiniens de Gaza, où plus de la moitié des enfants souffrent de troubles de stress post-traumatiques suite aux attaques israéliennes.

Toujours, nous sommes motivées par les Palestiniens dans leur recherche de dignité humaine fondamentale.

S’il vous plaît, faites un don à : https://givealittle.co.nz/cause/help-justine-and-nadia-raise-money-for-mental

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source: Spinoff.co.nz




En Direct de Gaza : 7 morts et 250 blessés dans la bande de Gaza-bilan provisoire- : Ce vendredi 12 octobre 2018 : Gaza se révolte pour Jérusalem !

Via Ziad Medoukh

En Direct de Gaza :

7 morts et 250 blessés dans la bande de Gaza-bilan provisoire- :

Ce vendredi 12 octobre 2018 :

Gaza se révolte pour Jérusalem !

 

L’armée israélienne a assassiné ce vendredi 12 octobre 2018 sept palestiniens partout dans la bande de Gaza, et en a blessé 250 autres -bilan provisoire- par des balles réelles.

C’est terrible !

Jusqu’à quand ces massacres israéliens contre nos jeunes et notre peuple ?

Ces palestiniens manifestaient pacifiquement près des zones tampon de sécurités imposées par les forces de l’occupation israélienne sur les frontières de la bande de Gaza.

Plus de 18.000 palestiniens de Gaza se sont ressemblés en masse ce vendredi 12 octobre 2018 pour la vingt-neuvième semaine de la grande « Marche du retour » sur les frontières-le vendredi de « Le soulèvement d’Al-Aqsa  » – dans une initiative non-violente afin de montrer l’attachement des Palestiniens à leur terre, que le droit au retour est sacré pour tout le peuple palestinien, et pour exiger la levée du blocus israélien inhumain sur la bande de Gaza.

Les soldats israéliens qui se trouvaient sur les frontières ont ouvert le feu en tuant 7 personnes et en blessant deux cent cinquante.

Les dirigeants israéliens ne supportent pas ces manifestations pacifiques qui se développent dans la bande de Gaza semaine après semaine.

Les crimes israéliens contre le peuple palestinien se poursuivent !

Les manifestants et malgré la brutalité des forces de l’occupation israélienne, les balles réelles, les gaza lacrymogène de l’occupant, sont plus que jamais déterminés à poursuivre ce type d’actions. Ils développent des stratégies non-violentes face à cette occupation aveugle

Ils défient les soldats israéliens avec leurs drapeaux palestiniens dans les mains et leurs actions pacifiques.

La résistance populaire pacifique se développe dans la bande de Gaza.

Ces actions pacifiques montrent que la non -violence pourrait être efficace y compris dans la bande de Gaza pour lutter et résister contre les mesures atroces de l’occupation israélienne.

Honte à cette occupation illégale !

Honte à cet état d’apartheid !

Honte à ces crimes israéliens contre les civils palestiniens !

Honte à ce blocus israélien inhumain et mortel !

Honte à cette communauté internationale officielle complice !

Vive la solidarité !

Gaza sous blocus résiste

Gaza la dignité persiste

Et Gaza l’espoir existe !

Gaza la courageuse défie l’occupation !

Gaza l’abandonnée vit !

Gaza la digne est plus que jamais déterminée !

Ici , notre terre et ici, notre Palestine !

La lutte continue !

La Palestine vivra !

La justice triomphera !

 




Israël détient une étudiante américaine depuis une semaine. Mais ça n’intéresse personne, elle n’est pas juive.

Peter Beinart – 9 Octobre 2018

Quand j’ai été arrêté à l’aéroport Ben Gourion en Août, Benjamin Netanyahu s’est excusé. Alors pourquoi ne s’excuse-t-il pas auprès de Lara Alqasem? Après tout, je n’ai été détenu qu’une heure alors que cela fait une semaine qu’elle est en détention. J’ai eu le droit d’entrer sur le territoire, elle risque la déportation.

Une réponse possible à cette question est que lorsqu’elle était à l’Université de Floride, Lara Alqasem, 22 ans, faisait partie d’une association qui soutient le boycott d’Israël. Ce qui va à l’encontre d’une loi qu’Israël a voté l’année dernière, permettant aux autorités d’empêcher d’entrer sur le territoire les personnes actives dans des organisations pro-boycott.

Mais cette même loi permet également à Israël d’empêcher d’entrer les personnes qui appellent publiquement à boycotter les colonies israéliennes en Cisjordanie, ce que j’ai fait.

Je suis aussi coupable qu’elle. Peut-être même plus car Lara Alqasem nie maintenant totalement qu’elle soutient le boycott d’Israël alors que je continue fièrement de scruter les étiquettes chez mon caviste pour être sûr que je n’achète pas de vin de Cisjordanie.

La réponse la plus honnête est que Lara est palestino-américaine alors que je suis juif américain. Et le gouvernement israélien présuppose que, lorsqu’il s’agit d’Américains aux origines palestiniennes, arabes ou musulmanes, ce qu’il leur fait ne va pas vraiment attirer l’attention de la presse américaine ni l’indignation du gouvernement américain. Il peut faire à peu près ce qu’il veut.

Malheureusement il présuppose bien.

A cause de son caractère unique, les juifs américains n’étant généralement pas embêtés à Ben Gourion, ma détention a provoqué un article dans le The New York Times.

L’histoire de Lara Alqasem est jugée moins intéressante parce qu’elle est plus banale. L’Arab American Institute rapporte des centaines de cas d’Américains arabes se rendant en Israël “étant détenus pendant des heures pour être interrogés ; se voyant refuser l’entrée sur le territoire et forcés d’acheter un billet retour ; étant obligés de remettre leur passeport américain et de faire, contre leur volonté, un document d’identité palestinienne ; se voyant refuser la permission de sortir ; étant fouillés au corps ; ou se faisant voler ou délibérément détruire leurs biens par les agents israéliens de l’aéroport.”

A l’heure actuelle, le gouvernement des États-Unis dit aux Américains palestiniens et arabes de s’attendre à avoir des ennuis à leur entrée en Israël. En 2008, le Département d’État déclarait que “les citoyens américains que les autorités israéliennes jugent avoir des origines palestiniennes ont de fortes chances de subir des interrogatoires supplémentaires et souvent longs de la part des autorités de l’immigration et des frontières.” En 2015, il déclarait que “le gouvernement US demeure inquiet quant au traitement inégal que les Américains palestiniens et les autres Américains arabes reçoivent aux frontières et points de contrôle.”

Mais cette inquiétude ne se traduit pas en pression significative. James Zogby, de l’Arab American Institute, a fournit aux élus américains des “preuves écrites” au sujet des mauvais traitements reçus par les Américains arabes et palestiniens à leur entrée en Israël. La réponse : “mon gouvernement a haussé les épaules comme pour dire ‘nous avons essayé. On ne peut rien faire de plus.’”

Voilà le problème de Lara Alqasem : autant pour les médias que pour le gouvernement américain, les mauvais traitements infligés par Israël aux Américains palestiniens et arabes est tellement normalisé qu’il suscite à peine un haussement d’épaule.

Mais, après tout, pourquoi les personnes telles que Lara Alqasem ne devraient-elles pas être particulièrement surveillées ? Les Américains palestiniens ne sont-ils pas plus enclins à commettre des violences en Israël que des gentils garçons juifs américains comme moi ?

Cette logique pose plusieurs problèmes. Premièrement, même si cela était vrai, les démocraties libérales ne devraient pas se livrer à du profilage racial, religieux ou ethnique car cela constitue une forme de punition collective. Elles devraient plutôt surveiller les individus qui, en tant qu’individus, ont agit de telle sorte que l’on peut penser qu’ils constituent une plus grande menace.

Imaginez que les États-Unis rassemblent des preuves suggérant que les visiteurs israéliens aux États-Unis sont plus enclins à commettre des crimes que les visiteurs suédois, et décident alors de systématiquement interroger les touristes israéliens pendant des heures, allant même jusqu’à fouiller leurs téléphones et ordinateurs portables, alors que les Suédois passeraient sans problème. La Ligue Anti-Diffamation crierait au scandal.

D’autre part, cela est loin d’être prouvé que les Américains palestiniens ou arabes représentent une plus grande menace en Israël que les Américains juifs. Entre Janvier et Avril de cette année, le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies a enregistré 84 actes de violence ou de dégâts matériels causés par des colons contre des Palestiniens en Cisjordanie. Le nombre est probablement bien plus élevé. Israël réprimande si rarement les violences des colons (d’après l’association israélienne des droits humains, Yesh Din, entre 2005 et 2017, seuls trois pourcents des enquêtes de la police israélienne pour des crimes idéologiques commis par des Israéliens juifs contre des Palestiniens de Cisjordanie ont mené à une condamnation), nombres de Palestiniens ne s’embêtent pas à rapporter les attaques des colons. Même lorsque c’est Yesh Din qui documente une attaque, seuls quatre Palestiniens sur dix en 2016 l’ont rapporté à la police israélienne.

D’après la maître de conférence à l’université d’Oxford, Sarah Hirschhorn, auteure de City on a Hilltop: American Jews and the Settler Movement, les Juifs américains constituent une part démesurée de la population des colons. Donc si Israël cible des Américains palestiniens comme Lara Alqasem pour des contrôles car ils sont censés représenter une menace terroriste, pourquoi ne cible-t-il pas également les Américains juifs qui vont dans les colonies en Cisjordanie ? Ou au moins ceux se rendant dans des colonies comme Yitzhar, réputées pour être particulièrement violentes.

La réponse est évidente : parce que les colons crieraient à la discriminations. Et puisque les colons, à l’inverse des Palestiniens de Cisjordanie, sont des citoyens israéliens, leur voix a plus de poids auprès du gouvernement israélien. Elle a également plus de poids auprès du gouvernement américain. L’actuel ambassadeur américain en Israël, David Friedman, a longtemps été à la tête de l’organisation qui lève des fonds pour la colonie Bet El.

La maltraitance des plus vulnérables se cache souvent en plein jour. De nombreuses femmes, et quelques hommes, savent à quel point les agressions et le harcèlement sexuels étaient fréquents aux États-Unis. Et jusqu’à ce qu’un mouvement de masse change la culture politique américaine, de nombreux agresseurs jouirent d’impunité (c’est toujours le cas pour certains).

Il faudra là aussi un mouvement de masse pour la justice afin que cesse l’impunité qui permet à Israël de détenir Lara Alqasem, et de perdurer le double standard qui fait de ma détention un plus gros évènement que la sienne.

J’espère que cela arrivera vite, de notre vivant.

Traduction : LG pour l’Agence Média Palestine
Source : Forward




Mon grand père Nelson Mandela a combattu l’apartheid. Je vois un parallèle avec Israël

Nkosi Zwelivelile

Il a fallu des efforts internationaux pour mettre fin au racisme institutionnalisé dans mon pays – maintenant c’est ce qu’il faut faire de nouveau pour le peuple palestinien.

La famille de Faris Hafez al-Sarasawi, âgé de 12 ans, à son enterrement. Il a été tué dans une intervention de soldats israéliens lors des manifestations de la « Grande Marche du Retour » à Gaza. Octobre 2018. Photo: Anadolu Agency/Getty Images

Mon grand père, Nelson Rolihlahla Mandela, aurait eu 100 ans cette année. Le monde marque le centenaire de sa naissance et célèbre sa conduite de la lutte pour la fin de l’apartheid en Afrique du Sud. Mais, tandis que mon pays est depuis longtemps libéré du régime d’une minorité raciste, le monde n’est pas encore libéré du crime d’apartheid.

Comme Madiba et Desmond Tutu avant moi, je vois une inquiétante ressemblance entre les lois racistes d’Israël et la politique envers les Palestiniens, et l’architecture de l’apartheid en Afrique du Sud. Nous, Sud-Africains, savons ce qu’est l’apartheid quand nous le voyons. En fait, beaucoup de gens reconnaissent que, à certains égards, le régime israélien est même pire.

L’apartheid est défini en droit international comme « régime institutionnalisé d’oppression systématique et de domination d’un groupe racial sur tout autre ». Il s’agit de relations de pouvoir marquées par l’inégalité raciale, maintenues par des lois injustes faites pour dénier leurs doits aux groupes opprimés.

Même avant le vote par Israël de sa « loi de l’État-nation » (qui stipule que seuls les Juifs ont droit à l’autodétermination dans le pays), on voyait facilement, pour qui voulait bien regarder, que le gouvernement du pays commettait le crime d’apartheid. Son mur de ségrégation, ses comités d’admission discriminatoires, son système de cartes d’identité, son réseau de routes réservées aux colons et la fragmentation de type bantoustan de la Cisjordanie, ont vendu la mèche.

La loi de l’État-nation a rendu cette réalité indéniable. L’apartheid est le contexte d’une litanie de crimes d’État. Prenez par exemple, plus récemment, la décision d’Israël de démolir le village palestinien bédouin de Khan al-Ahmar et d’en chasser les habitants. Le but de ce nettoyage ethnique est de faire place à des colonies illégales sur la terre palestinienne occupée.

Pourtant, en dépit de décennies d’apartheid, de poursuite du vol des terres palestiniennes, d’occupation militaire et de massacre de manifestants non armés à Gaza – appelé à juste titre le « Sharpeville palestinien », d’après le meurtre de masse dans le Transvaal en 1960 – chaque nouvelle génération de Palestiniens continue la lutte de libération.

La jeune Ahed Tamimi a eu 17 ans en prison cette année, incarcérée pour s’être confrontée à des soldats de l’occupation dans sa cour. Mais, tout comme mon grand père a passé 27 ans en prison juste pour devenir une icône mondiale de la liberté, Ahed est devenue un puissant symbole de la détermination résolue des Palestiniens à résister. Elle et sa famille représentent l’esprit de courage des Palestiniens qui défient partout une énorme brutalité. Je salue leur bravoure.

Parce que nous, Sud Africains, savons aussi que la résistance effective à l’apartheid a besoin de la solidarité internationale. Comme les alliés dans le monde entier ont été vitaux dans notre lutte pour la liberté, l’esprit de l’internationalisme vit dans le mouvement non violent de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) qui soutient la lutte de libération palestinienne.

Un soldat israélien avec un paysan palestinien qui attend de pouvoir se rendre dans le domaine où il récolte des olives, à Yetma, Cisjordanie. Photo: Alaa Badarneh/EPA

Voir le parti travailliste appeler à cesser les ventes d’armes du Royaume Uni à Israël il y a deux semaines m’a donné de l’espoir. Nous espérons que l’Afrique du Sud utilisera sa position au sein des BRICS pour appeler aussi à un embargo sur les armes. Cette sanction importante est une exigence minimale pour mettre fin à la complicité dans le maintien de l’apartheid israélien. Mettre fin à la complicité avec un crime n’est pas de la charité mais une profonde obligation morale.

Ces avancées positives et concrètes prennent la suite de la lutte qui fut l’oeuvre de la vie de Mandela. Elles sont en contraste flagrant avec les tentatives honteuses d’effacer l’histoire palestinienne (y compris la Nakba) – une histoire dont le Royaume Uni comme l’Afrique du Sud de l’apartheid ont été profondément complices. Ce sont aussi des ripostes puissantes aux efforts de diabolisation, voire de criminalisation, du mouvement BDS.

Tous les gens de conscience ont non seulement le droit mais aussi la responsabilité d’exprimer leur désaccord avec tout État qui viole les droits humains et le droit international. Ils ont droit à la liberté de parole, droit de dire la vérité au pouvoir et d’être solidaire des opprimés.

L’Histoire jugera les gouvernements qui font défaut au respect des droits humains et du droit international ou, pire, qui sont complices de l’ancrage du déni de ces droits. Lors de son récent voyage en Afrique du Sud, Theresa May a tenté d’effacer l’histoire du soutien du Royaume Uni à l’apartheid. Elle loue mon grand père maintenant qu’il est mort, mais elle n’a pas rendu compte du fait que les membres de son propre parti politique ont appelé à sa pendaison et l’ont appelé terroriste de son vivant.

La pression internationale a été une composante vitale de la lutte pour mettre fin à l’apartheid en Afrique du Sud. Nous savons que c’est efficace dans le cas d’Israël aussi, ne fût-ce que pour les sommes importantes que son gouvernement dépense pour mener une campagne de sape de BDS.

Les tactiques de résistance non violente comme le boycott et le désinvestissement éthique, la pression sur les grosses entreprises et les gouvernements, dont les autorités locales, pour qu’ils cessent d’être impliqués dans les graves violations des droits humains, sont des méthodes honorées de tout temps pour soutenir les mouvements qui défendent la justice.

Madiba a qualifié un jour la question de la Palestine de « question morale la plus importante de notre époque » et pourtant le monde reste silencieux. Il nous incombe à tous de faire tout ce que nous pouvons pour contribuer à la liberté, à la justice et à l’égalité pour les Palestiniens, et de combattre l’apartheid partout.

Nkosi Zwelivelile Mandela est un député de l’ANC et le petit fils de Nelson Mandela

Source : The Guardian
Traduction : SF pour l’Agence Media Palestine




L’apartheid israélien invité au Camp des Milles : une insulte à la mémoire des 10.000 détenus et déportés

Le Collectif13 « Palestine en Résistances » qui regroupe une vingtaine d’associations, syndicats et partis des Bouches du Rhône dénonce cette honteuse opération qui n’est rien de plus qu’une prise en otage des 10.000 victimes de la barbarie nazie et de la honteuse collaboration des autorités françaises, enfermées au Camp des Milles. En effet :

  • l’occasion de l’inauguration de l’exposition « DES DIPLOMATES RECONNUS JUSTES PARMI LES NATIONS », et d’une conférence « MÉMOIRE ET ANTISÉMITISME : DÉFIS DU XXIÈME SIÈCLE », la Fondation du Camp des Milles [1] – Mémoire et Éducation reçoit la représentante du gouvernement d’apartheid israélien, Mme Bin Noun.

    Le Collectif 13 « Palestine en Résistances » qui regroupe une vingtaine d’associations, syndicats et partis des Bouches du Rhône dénonce cette honteuse opération qui n’est rien de plus qu’une prise en otage des 10.000 victimes de la barbarie nazie et de la honteuse collaboration des autorités françaises, enfermées au Camp des Milles. En effet :

    Lorsque le 1er ministre de l’Etat israélien minimise le rôle d’Hitler dans le massacre des juifs en tentant d’imputer le crime au Mufti de Jérusalem, il insulte la mémoire des 10.000 détenus du Camp des Milles et se comporte comme tout négationniste qui serait en France condamné à la prison pour ses déclarations

  • Lorsque Benyamin Netanyahou reçoit l’extrême droite européenne dont le Néerlandais Geert Wilders, le Belge Philip Dewinter et le successeur de Jorg Haider, l’Autrichien Heinz-Christian Strache, il insulte la mémoire des 10 000 détenus du Camp des Milles et se comporte comme ceux qui ont signé à Munich le début de la collaboration avec les nazis

  • Lorsque les snipers de l’armée israélienne tirent sur une foule désarmée, assassinant à plus de 200 m des enfants, du personnel médical, des journalistes et des handicapés, ils insultent la mémoire des 10 000 détenus du Camp des Milles et se comportent comme ceux qui tiraient sur les Ukrainiens juifs à Babi Yar

  • Lorsque les colons israéliens brûlent vif une famille palestinienne, ou un enfant de 14 ans en l’obligeant d’abord à boire de l’essence pour qu’il brûle de l’intérieur et de l’extérieur, où lorsqu’ils dansent en chantant « Ali sur le grill » pour célébrer la mort du bébé de quelques mois mort brulé avec ses parents, ils insultent la mémoire des 10 000 détenus du Camp des Milles et se comportent comme ceux qui jetaient des humains dans les chambres à gaz

  • Lorsque le gouvernement israélien enferme 2 millions de Palestiniens dans la Bande de Gaza dans un blocus illégal et impuni tout en contrôlant la quantité de nourriture minimale pour éviter la famine mais en interdisant la reconstruction des milliers de maisons détruites lors des massacres de masse de 2008-2009 et 2014, il insulte la mémoire des 10 000 détenus du Camp des Milles et se rapproche du comportement de ceux qui contrôlaient le ghetto de Varsovie

  • Lorsque le 1er ministre israélien s’autorise à signifier à nos compatriotes juifs qu’ils ne sont pas chez eux ici, mais que leur pays est Israël, il tient le discours des antisémites et insulte la mémoire des 10 000 détenus du Camp des Milles et les millions de combattants contre le nazisme, le racisme et donc l’antisémitisme

Pour notre part, nous ne les autorisons pas à confisquer ainsi notre mémoire collective en mettant à l’honneur la représentante d’un Etat qui viole le droit international, commet des crimes de guerre ainsi que le crime d’apartheid comme l’ont démontré Richard Falk et Virginia Tilley dans un rapport de 2017 réalisé pour le compte de la CESAO [2].

Communiqué Palestine 13

[1] Le camp des Milles, situé dans une tuilerie à quelques kilomètres d’Aix en Provence, fonctionna de 1939 à 1942. Y furent détenus 10000 personnes : des opposants au nazisme venus trouver refuge en France, des artistes et intellectuels, des légionnaires (au total plus de 38 nationalités) et plus de 2.000 hommes femmes, enfants juifs raflés qui furent déportés en 1942 vers Auschwitz via les camps de Drancy et de Rivesaltes.

[2] Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (CESAO) des Nations-Unies




“Razan, une trace du papillon”. La tournée française a commencé le 9 octobre !

Nous sommes heureux de vous annoncer que grâce à vos soutiens nombreux à l’appel de fonds que nous avons lancé le 1er juillet dernier pour soutenir son film documentaire, notre ami Iyad Alasttal, cinéaste de Gaza a pu terminer son film sur Razan Al-Najjar, jeune infirmière palestinienne de 21 ans, tuée par Tsahal le 1er juin 2018, lors de la Grande marche du retour, sur la bordure orientale de Khan Younès, dans le sud de la Bande de Gaza.

La collecte pour le film et la tournée a permis de réunir 16 500 euros, entièrement investis dans le projet. Bravo à vous tou-te-s !

Notre ami Iyad Alasttal et Sabreen et Ashraf Al-Najjar, les parents de Razan, ont réussi à passer la frontière de Rafah avec l’Égypte. Ils sont arrivés à Paris ce vendredi matin. Superbe nouvelle !

Le film sera présenté à Paris, en avant-première, en présence du réalisateur et des parents de Razan, le mardi 9 octobre à 20 h à l’Espace Jean Dame 17, rue Léopold Bellan 75002 Paris (Métro Sentier ou Les Halles).

Puis il sera présenté dans plus de 20 villes dans toute la France à l’invitation des associations de solidarité avec la Palestine, AFPS, UJFP, BDS, Coordination des Palestiniens en France…

Octobre
Mercredi 10 
Lille – Jeudi 11 Villeneuve d’Ascq – Samedi 13 Strasbourg – Lundi 15 Thionville – Mardi 16 Nancy– Mercredi 17 Valence– Jeudi 18 Grenoble – Vendredi 19 Lyon – Samedi 20 Colmar – Dimanche 21 Saint-Etienne– Lundi 22 Martigues – Mercredi 24 Nice – Jeudi 25 Ajaccio – Vendredi 26 Sète – Samedi 27 Toulouse – Dimanche 28 Bordeaux – Mardi 30 Angoulême – Mercredi 31 Nantes

Novembre
Vendredi 2 
Rennes – Samedi 3 Lorient– Dimanche 4 Saint Malo – Lundi 5 Morlaix – Mardi 6 Saint-Nazaire – Vendredi 9 Argenteuil

Après la France, ils seront en Allemagne, en Suisse et dans les pays scandinaves.

Suivez l’actualité de la tournée sur notre page et s’il vous plaît, faites le savoir.

Qu’on se le dise : 2018 sera bien le Temps de la Palestine en France !

Toutes les dates de la tournée à venir sont sur notre agenda en ligne ainsi que tous les événements de la saison 2018 sur Le Temps de la Palestine, le site officiel

Page facebook de l’évènement

 

Razan, une trace du papillon”, un film documentaire de 30 mn, tourné cet été à Gaza par Iyad Alasttal, cinéaste palestinien .

Razan El-Najjar, jeune infirmière palestinienne de 21 ans, a été tuée le 1er juin 2018, lors de la Grande marche du retour, sur la bordure orientale de Khan Younès, dans le sud de la Bande de Gaza. Alors qu’elle travaillait comme secouriste et portait une veste avec le logo des services sanitaires, Razan a été mortellement touchée d’une balle explosive tirée par un sniper de Tsahal.

Débats avec les parents de Razan et du réalisateur de Gaza
Dans ce film documentaire, réalisé par Iyad Alasttal, jeune cinéaste de Gaza, nous allons suivre la maman de Razan et sa famille, dans sa maison, dans le quartier et rencontrer les voisins, pour apprendre de la vie de cette jeune femme, et découvrir des images des grandes marches du retour qui se tiennent tous les vendredis à Gaza, depuis le 30 mars 2018…​

Voir la bande annonce

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