Vidéo : Les forces israéliennes sèment la terreur dans un hôpital de Jérusalem

Par Ali Abunimah, le 15 août 2017

Cette vidéo montre les forces d’occupation israéliennes semant terreur et violence dans l’hôpital Al-Makassed à Jérusalem Est.

A un moment, les forces d’occupation israéliennes ont essayé de se saisir d’un homme grièvement blessé que l’on conduisait en salle d’opération.

La vidéo montre des infirmiers et des civils qui essaient de protéger l’homme pour qu’il ne soit pas enlevé. Mais le jeune homme de 20 ans est mort 20 minutes après ce branle-bas.

La vidéo a été publiée dimanche par l’association de défense des droits de l’Homme B’Tselem, assortie d’un rapport poignant sur le raid israélien du 21 juillet.

Cette attaque faisait partie de la violente réaction d’Israël à la campagne de désobéissance civile et de manifestations des habitants de Jérusalem le mois dernier contre les démarches d’Israël pour renforcer le contrôle sur le site de la mosquée d’Al-Aqsa.

Abu Ghanam a été l’un des six Palestiniens tués par les forces israéliennes pendant les manifestations en lien avec Al-Aqsa.

Raid dans le service de maternité

« Les mots manquent pour rapporter la gravité de la conduite de la police à l’intérieur de l’hôpital » a dit B’Tselem.

« On ne peut minimiser la panique engendrée par des vingtaines de policiers armés se ruant dans un hôpital. Quand ces sentiments de terreur sont assortis d’une agression contre le personnel médical et d’une interférence dans les soins médicaux, la situation dégénère vers un risque réel pour la vie des nombreux patients de l’hôpital. »

Le rapport de B’Tselem comprend des témoignages de membres de l’équipe médicale qui décrivent des dizaines d’Israéliens lourdement armés faisant une descente dans l’hôpital. Ils sont entrés de force, attaquant les gardes de la sécurité et des civils qui tentaient de défendre les locaux, avec des grenades assourdissantes et des balles enrobées de caoutchouc en mousse.

Les Israéliens ont chassé les gens hors de la banque de dons du sang où des dizaines de volontaires essayaient de donner du sang faisant cruellement défaut. Ils ont fait une descente dans la maternité, y compris dans une chambre où se trouvait une mère, et ont répandu des jets de gaz poivré dans une autre chambre vide. Le personnel a réuni les mères dans une chambre et ont emmené les bébés dans la nursery pour les protéger.

Les forces israéliennes ont arrêté l’ambulance

Abu Ghanam avait été impliqué dans des affrontements entre des jeunes de Jérusalem et les forces d’occupation dans le quartier d’al-Tur quand il a été atteint d’une balle dans la poitrine.

Les forces israéliennes l’ont entouré pendant cinq à dix minutes sans lui fournir aucun soin médical, d’après B’Tselem. Puis, lorsque l’ambulance du Croissant Rouge est arrivée, les forces israéliennes ont essayé de la bloquer. Mais les ambulanciers sont arrivés à atteindre Abu Ghanam et à le mettre dans l’ambulance – dans laquelle l’un des soldats israéliens a également essayé d’entrer.

« Il y a eu une bousculade entre l’un de mes collègues et les deux officiers pendant environ une minute, puis nous sommes entrés dans l’ambulance », a dit l’un des infirmiers à B’Tselem. « J’ai fermé hermétiquement l’ambulance grâce au système de verrouillage centralisé. »

Les amblanciers sont alors arrivés à conduire jusqu’à l’hôpital, malgré les forces israéliennes qui essayaient de les en empêcher.

Mais malgré les efforts de l’équipe médicale, ils n’ont pas pu sauver la vie d’Abu Ghanam. Après sa mort, les Palestiniens sont arrivés à le faire sortir clandestinement de l’hôpital et à le faire enterrer immédiatement pour empêcher les forces israéliennes de confisquer son cadavre – forme fréquente de punition collective.

Vies « sans valeur »

Un rapport d’Amnesty International du mois dernier a qualifié l’attaque israélienne sur l’hôpital d’« impitoyable déploiement de force ».

« La conduite des forces israéliennes qui ont mené des raids violents sur l’hôpital Al-Makassed, harcelant et menaçant le personnel et les patients, est absolument déplorable », a dit le directeur adjoint d’Amnesty pour le Moyen Orient et l’Afrique du Nord. « Rien ne peut justifier d’empêcher des travailleurs médicaux d’apporter des soins à un patient sérieusement blessé. »

Les forces israéliennes ont l’habitude de faire des descentes dans les hôpitaux, y exerçant même des exécutions extrajudiciaires.

L’attaque du 21 juillet sur l’hôpital Al-Makassed, a dit B’Tselem, « fait partie d’un projet beaucoup plus large, celui dans lequel les autorités israéliennes montrent sans cesse aux centaines de milliers de Palestiniens résidents de Jérusalem à quel point ils sont indésirables dans leur propre ville et à quel point leurs vies ne valent pas cher. »

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada




PETITION: Arrêtez la punition collective des enfants de Gaza

Arrêtez la punition collective des enfants de Gaza

Photo: Anne Paq

C’est une crise humanitaire entièrement fabriquée par l’homme qu’affrontent les presque 2 millions de Palestiniens habitant à Gaza, dont 43 % ont moins de 15 ans. Les 10 ans de siège militaire par Israël de la minuscule enclave côtière et les offensives militaires israéliennes répétées ont piégé les Palestiniens dans des conditions de vie extrêmement dures.

Les 50 jours d’attaque militaire israélienne au cours de l’été de 2014 ont tué 547 enfants, dont 535 en tant que résultat direct des attaques israéliennes, et laissé inhabitable un nombre sans précédent de 22.000 foyers palestiniens. [1] Les restrictions, dues au blocus israélien, sur les matériaux de construction ont ralenti les efforts de reconstruction et environ 40.000 habitent toujours dans des abris provisoires et insalubres. [2] Les enfants déplacés de Gaza sont exposés à presque toutes les sortes de dangers pour les droits de l’homme, parmi lesquels la mauvaise qualité de l’eau et des services d’assainissement, les risques liés aux intempéries, la détresse psychologique et, dans certains cas, la mort.

Les bombardements israéliens répétés ont gravement endommagé la seule centrale électrique de Gaza, ce qui entraîne de fréquentes et durables coupures de courant. En juin 2017, à la demande de l’Autorité Palestinienne, Israël a considérablement réduit ses fournitures d’électricité de 40 %, en plongeant la population dans environ 20 heures par jour d’obscurité. Dix années de « déficit chronique d’électricité » ont laissé les hôpitaux restants de Gaza opérer avec peu d’électricité, entraînant une réduction de capacité et des retards de traitement. [3]

Les attaques militaires répétées et le blocus israélien pendant une décennie interdisent ou interrompent l’accès à la nourriture, aux soins médicaux, à l’instruction, et à des espaces protégés, ce qui équivaut à une punition collective à l’encontre des Palestiniens de Gaza, interdite selon la Quatrième Convention de Genève. [4]

Pour les enfants de Gaza, la survie elle-même est un défi. En attendant que nous tenions les autorités israéliennes pour responsables et que nous exigions qu’il soit mis fin à la punition collective des Palestiniens par Israël, ces enfants souffriront de graves violations de leurs droits fondamentaux à la vie, à la sûreté, à la santé, et à l’enfance.

A Mme Fatou Bensouda,
Procureur en chef 
Cour Pénale Internationale

Nous, soussignés, demandons une action urgente contre les autorités israéliennes pour que justice soit faite et que des comptes soient rendus pour toutes les formes de punition collective menées contre la population civile de Gaza, dont 43 % ont moins de 15 ans.

SIGNEZ LA PÉTITION

(en anglais, « first name » signifie prénom, et « last name » signifie nom de famille)

Traduit par Yves Jardin, membre du GT de l’AFPS sur les prisonniers

 

[1DCIP, Operation Protective Edge : A War Waged On Gaza’s Children (2015)
http://www.dci-palestine.org/operation_protective_edge_a_war_waged_on_gaza_s_children_resource

[2Office of the Special Coordinator for the Middle East Peace Process (UNSCO), Report to the Ad Hoc Liaison Committee (2017) http://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/UNSCO%20Report%20to%20AHLC%20-%201%20May%202017.pdf

[3United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs, « Gaza plunges into darkness : Severe deterioration in the energy situation » (2017) https://www.ochaopt.org/content/gaza-plunges-darkness-severe-deterioration-energy-situation

[4Report of the Special Rapporteur on the situation of human rights in the Palestinian territories occupied since 1967, U.N. Doc. A/HRC/34/70 (April 13, 2017) http://www.ohchr.org/EN/HRBodies/HRC/RegularSessions/Session34/Documents/A_HRC_34_70_E.docx




Les forces israéliennes démolissent des maisons financées par l’UE dans un village bédouin du sud de la Cisjordanie

 

Ma’an, le 14 août 2017

Hébron (Ma’an) – Les forces israéliennes ont démoli des maisons dont l’Union européenne avait fait don à un village bédouin dans le sud de la Cisjordanie occupée, lundi matin, ont fait savoir ses habitants à Ma’an.

Muhammad Shanan, un habitant de Khashem al-Daraj, a informé Ma’an que les bulldozers israéliens, sous haute protection militaire, avaient démoli deux maisons du village appartenant à Mustafa Salim Awwad et Moussa Ahmad Awwad.

Dans le même temps, Ratib al-Jabour, coordinateur des Comités nationaux et populaires pour le sud de la Cisjordanie, indiquait à Ma’an que les troupes israéliennes avaient également escorté des bulldozers dans le village bédouin voisin d’Umm al-Kheir, dont les habitants craignent que leurs maisons soient également démolies.

Un porte-parole du COGAT (Activités du gouvernement dans les territoires), l’agence israélienne chargée de mettre en œuvre la politique israélienne dans le territoire palestinien occupé, a dit qu’ils étaient en train d’examiner les rapports.

(La suite ci-dessous après les images)

Khashem al-Daraj et Umm al-Keir font partie des dizaines de petites communautés situées dans le secteur de Masafer Yatta – connu aussi comme les collines du sud d’Hébron – qui relève de la « zone de tir 918 » et se trouve dans l’une des Zones C de la Cisjordanie occupée, zones qui représentent 62 % de la Cisjordanie et sont soumises à un contrôle total, civil et sécuritaire, d’Israël.

Il est interdit aux Palestiniens d’entrer dans les zones de tir sans une autorisation, rarement accordée, des autorités israéliennes ; une situation « qui a un impact humanitaire grave sur les civils palestiniens et qui réduit considérablement la terre leur restant disponible pour construire et assurer leurs propres moyens de subsistance », selon le Bureau des Nations-Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA).

Les habitants de Masafer Yatta avaient été expulsés à l’époque de l’instauration de la zone de tir, dans les années 1970, et ils ont finalement été autorisés à y revenir après une longue bataille judiciaire, mais ils restent sous la menace constante d’une expulsion et de la démolition de leurs maisons.

En 2016, le coordinateur humanitaire des Nations-Unies en Palestine a mis en garde contre le risque accru d’un transfert forcé des Bédouins de la Cisjordanie occupée, notamment de la communauté d’Umm al-Kheir, alors que se produisait une escalade sans précédent, cette année-là, du nombre de démolitions et de confiscations de terres dans l’ensemble du territoire occupé.

En attendant, la présence d’environ 3000 colons israéliens vivant en toute illégalité dans ce secteur a restreint la croissance palestinienne au cours des dernières décennies, pendant que les autorités israéliennes réaffectent les ressources locales pour l’expansion des colonies de peuplement.

Plus tôt ce mois-ci, les autorités israéliennes auraient achevé la construction d’une section de 41,8 km du mur illégal de séparation d’Israël dans les collines du sud d’Hébron.

Le mur de séparation, qui devrait atteindre 708 km une fois achevé – et dont 88 % sont prévus à l’intérieur du territoire palestinien – est un spectacle courant en Cisjordanie occupée, où les murs de béton et les clôtures des Israéliens zigzaguent à travers tout le paysage.

Les dirigeants israéliens prétendent souvent que le mur répond à des objectifs de sécurité pour décourager les attaques palestiniennes contre les Israéliens. Cependant, de nombreux militants, universitaires et analystes soutiennent que le mur est plutôt une « appropriation massive » de grandes étendues du territoire palestinien, et une stratégie qui vise à consolider une souveraineté israélienne en Zone C où les colonies de peuplement illégales se construisent ou sont en cours de construction.

La construction du mur se poursuit sans relâche au mépris de la Cour internationale de justice qui a statué qu’il violait le droit international.

En s’avançant profondément à l’intérieur du territoire palestinien, le mur de séparation fait que des quartiers palestiniens entiers sont laissés à l’abandon des deux côtés de la barrière, et il isole des communautés de leurs terres agricoles.

Traducteur : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source: Ma’an




L’activité de colonisation de peuplement a triplé durant le premier semestre 2017

12 août 2017 – Imemc News

(Image : archives PNN)

Les autorités occupantes israéliennes ont intensifié le pillage illégal de la terre palestinienne pour construire des colonies de peuplement illégales en Cisjordanie, ne tenant aucun compte du consensus international.

Les activités de colonisation illégales en Palestine occupée ont monté en flèche ces derniers mois, triplant quasiment en 2017, comparées à celles de la même période de l’année dernière, selon un rapport récemment publié.

Ce rapport, publié par le Bureau national palestinien pour la défense de la Terre et la résistance à la colonisation, révèle des faits marquants concernant les colonies israéliennes illégales, selon Days of Palestine.

Ces colonies de peuplement sont considérées illégales en vertu de la législation internationale, et même de la législation israélienne.

Cependant, les gouvernements israéliens successifs, de droite comme de gauche, ont tous donné leur autorisation à l’expansion de ces colonies qui se montent sur des terres palestiniennes privées, et qui sont considérées comme inconstitutionnelles par les tribunaux de l’autorité occupante.

Dans un mépris manifeste de l’opinion publique internationale, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a donné son feu vert aux entreprises coloniales.

Il a posé la pierre angulaire pour 1000 nouvelles unités de logement dans la colonie de peuplement illégale de Beitar Illit, au sud de Bethléhem, où se sont installés 50 000 sionistes.

« Aucun autre gouvernement n’a fait autant pour la colonisation de la terre d’Israël (la Palestine occupée) que le gouvernement que je dirige » a déclaré Netanyahu. « Notre génération a réussi à réaliser ce à quoi les générations passées ont seulement rêvé ».

Avec le Président US, Donald Trump, comme soutien à la colonisation, Israël a approuvé la construction de 2500 nouvelles unités de logement colonial en Cisjordanie, en janvier.

Et cela après une précédente annonce de l’approbation de la construction de 565 autres unités de logement colonial à Jérusalem-Est.

Israël reçoit des États-Unis un soutien de plus de 3 milliards de dollars, chaque année.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source : IMEMC




Solidarité avec David Sheen (déclaration et pétition de soutien)

Ci-dessous, la traduction en français de la déclaration de la Fédération Internationale des Journalistes en soutien au journaliste David Sheen, ainsi qu’une pétition de soutien à l’attention de journalistes.

Bruxelles, 11 août 2017

La Fédération Internationale des Journalistes s’est engagée à être solidaire de David Sheen qui fait face à une procédure pour diffamation de la part du célèbre général israélien, Israël Ziv.

La FIJ et son correspondant palestinien, le PJS, ont condamné la tentative de menacer et faire taire Sheen.

David Sheen est poursuivi avec une demande de 750 000 shekels (177 000 €) pour avoir supposément diffamé le Major Général des Forces de Défense d’Israël (les réservistes), Israël Ziv, qui est aussi le propriétaire de Global CST, une compagnie de consultants en sécurité. Le procès lancé par le général Ziv et basé sur des tweets de Sheen appelant le général « archi raciste » et « blanchisseur de crimes de guerre » après la publication par Sheen d’un article pour Electronic Intifada, le media palestinien en ligne, intitulé « les meneurs de la guerre d’Israël contre les Africains ».

L’article a donné des détails sur l’exposé du général Ziv et de ses collègues de Global CST sur la radio israélienne Ch2, où ils conseillaient au président soudanais Salva Kiir de réhabiliter sa réputation endommagée par la révélation de l’ONU selon laquelle Kir permettait à ses soldats de violer des femmes et des enfants. Global CST a même proposé d’amener une victime de viol aux Nations Unies et que Kiir critique l’attaque comme émanant de pratiques tribales indigènes. Sheen assure que ses tweets manifestent son opinion et sont basés sur des faits rapportés par Ch2, que Ziv n’a pas essayé de nier.

David Sheen vit et travaille en Israël et en Palestine depuis 2010 ; il travaillait au départ comme reporter et rédacteur à Haaretz avant de devenir journaliste indépendant depuis six ans ; il écrit pour des publications locales, nationales et internationales. Sheen écrit régulièrement sur des questions raciales et religieuses de la société israélienne.

Les soutiens de Sheen  disent que Ziv a décidé de le poursuivre personnellement à cause de sa position vulnérable comme journaliste indépendant plutôt que de poursuivre  (https://presssolidarity.wordpress.com/) une grosse organisation comme Ch2 ou Electronic Intifada. Le général Ziv est connu pour avoir tenté de faire taire des journalistes, avec des menaces de contentieux contre le site internet en hébreu Local Call et pour avoir réussi à faire retirer des reportages d’Haaretz représentant deux ans de travail sur ses activités professionnelles en Guinée Équatoriale et dans la région d’Abkhazie dans le nord de la Géorgie.

Sheen a dit « ceci est un cas classique de procès visant à censurer, intimider et faire taire des critiques en les chargeant par le coût de la défense judiciaire, jusqu’à leur faire abandonner leur critique ou leur opposition ».

Les journalistes sont exhortés à signer une pétition ici (voir la traduction de cette pétition ci-dessous) en solidarité avec David Sheen.

Traduction: SF pour l’Agence Média Palestine

Source: IFJ

PETITION:

Solidarité avec David Sheen

Nous sommes des journalistes voulant exprimer notre préoccupation face au procès en diffamation intenté contre notre collège David Sheen. Il est poursuivi par un général israélien important, Israël Ziv.

Sheen est un reporter et un analyste respecté, doté d’une connaissance profonde de la société israélienne, qui  enquête régulièrement sur des thèmes relatifs au racisme et aux atteintes aux droits humains.

Depuis des années, bon nombre d’enquêtes des médias israéliens ont lié le nom de Ziv à certains des pires régimes de la planète.

Les commentaires de Sheen sur Ziv ont été provoqués par la dernière de ces enquêtes, menée à la fin de l’année dernière par la chaîne israélienne 2TV qui a publié des transcriptions entre Ziv et ses associés en affaires ; ils y évoquaient la possibilité de réhabiliter la réputation de Salva Kiir Mayardit, le président du Sud Soudan.

Cela se passait après la révélation par les Nations Unies de la permission donnée par Salva Kiir à des soldats sous son commandement de violer des femmes et des enfants en masse. Ziv et son équipe ont proposé d’utiliser une victime de viol en l’amenant à l’Assemblée Générale de l’ONU de manière à ce que Salva Kiir puisse imputer de tels crimes de guerre à la culture tribale des indigènes africains.

Bien qu’ayant eu la possibilité de nier la véracité des transcriptions, à la fois sur la chaîne 2 et sur la radio de l’armée, Ziv a refusé.

Dans un article ultérieur que Sheen a écrit à propos du traitement des Africains par des Israéliens, il a fait des commentaires critiques sur le comportement de Ziv. C’est pourquoi il est poursuivi, bien que ce type de critique soit clairement couvert par le droit important des journalistes à commenter impartialement ce qui est d’intérêt public.

Ce n’est pas la première fois que Ziv a tenté de faire taire des journalistes.

Le site en hébreu Local Call a reçu des menaces de contentieux de la part de Ziv à propos de reportages sur ses activités.

Et, dans un geste extrêmement rare, le journal Haaretz a retiré de son site cinq articles d’investigations publiés entre 2009 et 2011 sur les affaires de Ziv en Guinée Équatoriale et en Abkhazie. Haaretz s’est aussi séparé du reporter qui avait écrit ces articles, à la suite de plaintes de la part de Ziv et dans des circonstances dont aucun de ceux qui ont été impliqués n’est prêt à parler.

Il faut noter que l’enquête de la chaîne 2 a révélé des discussions entre Ziv et ses associés sur la façon dont sa compagnie, Global CST, pouvait manipuler et abuser les médias sur la politique brutale de Salva Kiir au Sud Soudan. Ziv semble croire que les journalistes sont là pour servir ses intérêts et non pour agir comme des sentinelles indépendantes sur le pouvoir et son mésusage.

Il faut aussi remarquer que Ziv ne poursuit pas une grosse organisation comme la chaîne 2 qui a publié les affirmations originales et est équipée pour se défendre en justice. Il vise un journaliste indépendant comme moyen d’intimidation vis-à-vis d’autres reporters. C’est là la véritable définition d’une procédure-bâillon (procédure stratégique contre la participation publique, SLAPP) « censée censurer, intimider et faire taire les critiques sous le poids du coût de la défense en justice jusqu’à l’abandon de critiques ou de l’opposition ».

Ce qui est important est que le principe de la liberté du journalisme soit soulevé et que Ziv n’ait pas la possibilité d’utiliser les tribunaux pour s’exempter lui et ses affaires de tout contrôle ni de critique. Pour cette raison, nous déclarons notre solidarité avec David Sheen et nous en appelons à la cour pour rejeter la poursuite contre lui.

Ali Abunimah • Ben Ehrenreich • Antony Loewenstein •

Journalistes canadiens pour la Liberté d’Expression

 • voir toute la liste

Les journalistes sont invités à ajouter leur nom à cette lettre de soutien

 Traduction : SF pour l’Agence Media Palestine

Source: https://presssolidarity.wordpress.com




Aucun non-juif autorisé : la nouvelle ville israélienne de Hiran, qui va se construire sur les ruines du village bédouin, est ouverte aux seuls résidents juifs, contrairement à l’engagement de l’État israélien devant la Cour suprême

Adalah – le 9 août 2017

La construction de Hiran est planifiée en lieu et place de la ville bédouine d’Umm al-Hiran ; l’État s’était précédemment engagé : « Hiran est planifiée en tant que communauté générale que tout Israélien, quelle que soit son origine ou sa religion, pourra intégrer ».

La nouvelle ville qu’Israël va construire dans le désert du Naqab (Néguev), sur les ruines d’un village bédouin voué à la démolition, ne sera ouverte qu’aux seuls Israéliens juifs.

La construction de cette nouvelle ville juive de Hiran se fera une fois que la communauté bédouine d’Umm al-Hiran aura été démolie et ses habitants déplacés de force.

Selon un document découvert par Adalah – Centre juridique pour les droits de la minorité arabe en Israël –, les statuts de l’association coopérative de Hiran stipulent : « une personne peut être acceptée par le comité des admissions et devenir membre de l’association coopérative de Hiran si elle répond aux critères suivants : être un citoyen israélien juif ou un résident permanent d’Israël qui observe la Torah et les commandements selon les valeurs juives orthodoxes… ».

L’extrait des statuts de l’association coopérative de Hiran stipulant que les candidats à la résidence doivent être des Israéliens juifs orthodoxes.

 Dans un courrier adressé hier, 7 août 2017, au Conseil national pour la planification et la construction, une avocate d’Adalah, Suhad Bishara, écrit que le règlement de Hiran n’autorisant que les juifs à postuler à la résidence est contraire à l’engagement pris antérieurement par l’État devant la Cour suprême israélienne, selon lequel tout citoyen israélien sera en mesure d’acheter une maison à Hiran.

L’État, répondant à un appel interjeté contre l’évacuation et la démolition envisagées d’Umm al-Hiran, a déclaré : « Hiran est planifiée en tant que commune que tout Israélien, quelle que soit son origine ou sa religion, pourra intégrer ».

Le Conseil national doit se réunir aujourd’hui pour débattre de la demande de l’État pour « organiser » le séjour des Bédouins dans la région du Naqab par le transfert des 500 habitants d’Umm al-Hiran dans des logements provisoires dans la ville voisine d’Hura.

Plan du gouvernement israélien illustrant la ville juive de Hiran prévue pour remplacer la ville bédouine existante d’Umm al-Hiran (Govmap).

L’avocate Bishara insiste sur le fait que le règlement de Hiran contredit celui du Conseil national lui-même qui stipule : « C’est une communauté destinée à une population générale… (les habitants d’Umm al-Hiran) et les membres de tout autre secteur de population ou public auront la possibilité d’y acquérir des parcelles et de vivre dans la nouvelle communauté ».

En parallèle, une autre avocate d’Adalah, Myssana Morany, adressait aussi une lettre hier, 7 août 2017, au procureur israélien (AG) Avichai Mandelblit, lui demandant de se déplacer pour empêcher l’allocation de parcelles dans Hiran au groupe radical de colons juifs religieux de Hiran et d’agir pour veiller à ce que les habitants d’Umm al-Hiran soient inclus dans la planification de la nouvelle ville qui doit se construire sur leurs terres.

L’avocate Morani écrit : « Cette terre est attribuée (par l’État) à un groupe qui pratique la discrimination, qui est motivé racialement et qui limite ses adhésions à un groupe spécifique, national et religieux, à l’exclusion de tout autre groupe. Il ne fait aucun doute que l’attribution de parcelles à ce groupe radical constitue une discrimination à l’encontre des citoyens arabes. L’établissement d’une ville réservée aux juifs est interdit par la loi, et viendrait contredire les déclarations des représentants de l’État devant la Cour suprême, ainsi que le jugement du tribunal concernant le déplacement des habitants d’Umm al-Hiran, qui se fonde sur la déclaration qu’il ne s’agira pas de l’établissement d’une ville à base ethnique ».

Des bulldozers israéliens démolissant les maisons à Atir-Umm al-Hiran (avec la permission d’All That’s Left Collective)

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source: Adalah




Un rapport commun estime à 880 le nombre de Palestiniens arrêtés en juillet 2017

 

Par Addameer, le 09 août 2017

Des organisations s’occupant de prisonniers palestiniens – la Société des prisonniers palestiniens (Palestinian Prisoners’ Club), l’Association Addameer pour la défense des prisonniers et les droits humains (Addameer Prisoner Support and Human Rights Association), le Comité pour les Affaires des Détenus (Committee of Prisoners’ Affairs ) et le Centre Al-Mezan pour les droits humains (Al-Mezan Center for Human Rights ) – ont publié un rapport le 8 juillet 2017 : il indique que, pendant le mois de juillet 2017, les autorités israéliennes ont arrêté 880 personnes des territoires palestiniens occupés, dont 144 enfants et 18 femmes.

Selon la veille organisée par les quatre organisations, et la documentation qu’elles ont recueillie, les forces d’occupation israélienne ont arrêté 425 Palestiniens de Jérusalem, 120 de Hébron et 85 de Naplouse. De plus, ont été arrêtés 49 Palestiniens du gouvernorat de Jénine, 47 de Qalqilya, 45 de Bethléem, 37 de Ramallah, 36 de Tulkarem, 10 de Tubas, 10 de Jéricho, et 2 de la bande de Gaza. 

Le rapport indique que le nombre de prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes atteint 6400, y compris 62 femmes, 10 mineures, environ 300 enfants, 450 détenus administratifs, un « combattant illégal » et 12 membres du conseil législatif palestinien (PLC).

Au cours du mois de juillet, les autorités d’occupation ont émis 97 décisions de détention administrative, dont 20 nouvelles et 77 émises contre certains prisonniers pour la deuxième ou troisième fois.

Le rapport complet est divisé en quatre sections. La première donne des statistiques sur le nombre d’arrestations effectuées en juillet ; la deuxième met l’accent sur l’arrestation et la détention des membres du PLC ; la troisième s’intéresse aux arrestations de Palestiniens suite au soulèvement d’Al-Aqsa. La quatrième section, enfin, traite de la condition des prisonniers qui souffrent de maladies psychologiques.

Le rapport donne aussi une analyse juridique des divers événements couverts par le rapport, selon les règles du droit humanitaire international et de la législation internationale sur les droits humains. Le rapport se termine par un ensemble de conclusions et de recommandations.

Les quatre organisations condamnent solennellement les violations flagrantes et systématiques commises par Israël au regard du droit international et son mépris des droits des détenus palestiniens. Nous condamnons aussi le persistant mépris de la part des autorités d’occupation vis-à-vis des garanties légales accordées par les règlements juridiques internationaux, en particulier les règles standards minimales pour le traitement des prisonniers de 1955 (Standard Minimum Rules for the Treatment of Prisoners) et d’autres déclarations et conventions internationales garantissant les droits des prisonniers et des détenus.

Les quatre institutions appellent aussi la communauté internationale à intervenir de manière urgente pour remplir ses obligations juridiques et morales envers la population des territoires palestiniens occupés et à prendre des mesures efficaces pour obliger l’état occupant à respecter ses droits humains fondamentaux. Nous appelons aussi les groupes et sympathisants locaux, régionaux et internationaux à mettre en oeuvre des campagnes de solidarité envers les prisonniers afin de faire pression sur l’état occupant.

Traduction: Catherine G. pour l’Agence Média Palestine

Source: Addameer




Une équipe de Gaza gagne la coupe de Palestine malgré les restrictions israéliennes

HEBRON – Shabaab de Rafah est la première équipe de Gaza à remporter la coupe de football de Palestine en plus de dix ans, malgré les restrictions israéliennes qui maintiennent 10 de ses joueurs hors du terrain.

Rafah et Ahly al-Khalil de Hebron, la ville du sud-ouest de Cisjordanie qui a accueilli le match ont fini la deuxième mi-temps à zéro partout mais le 2-0 de Rafah en première manche lui a fait remporter le titre.

Le club de Gaza a dû déployer une équipe affaiblie, seuls 15 des 25 joueurs de l’équipe ayant obtenu des permis délivrés par Israël. Khaled Kweik, le directeur de Rafah a dit à l’AFP que c’était la première fois que l’équipe gagnait la coupe, ce qu’il a appelé une victoire « historique ».

« Nous avons été harcelés dès que nous sommes entrés en Cisjordanie et les Israéliens ont empêché 10 joueurs d’entrer » a-t-il dit après le coup de sifflet final. « Mais le reste des joueurs a pu assurer le match nul et remporter le titre ».

La Cisjordanie et Gaza sont séparées par Israël et les Palestiniens désirant aller de l’une à l’autre doivent demander des permis à Israël. Ahly a gagné la coupe en 2015 et en 2016, mais l’avantage d’être à domicile dans la deuxième manche de cette année n’a pas suffi pour qu’il surmonte le déficit de deux buts.

La rencontre annuelle oppose les vainqueurs de coupes jouées séparément à Gaza et en Cisjordanie dans une finale aller-retour, avec une manche dans chacun des territoires palestiniens.

La coupe ne s’est pas déroulée pendant 15 ans, ce qui est dû en grande partie aux permis israéliens, mais elle a repris en 2015 après l’intervention de la FIFA, la fédération internationale de football. Mardi, Shabaab a annoncé que 10 de ses joueurs étaient interdits d’entrer en Israël par la frontière d’Erez.

COGAT, l’agence du Ministère israélien de la défense responsable des affaires civiles dans les territoires palestiniens, a dit que l’interdiction était liée à des « raisons de sécurité » aggravées par une demande tardive des formalités.

Traduction : SF pour l’Agence Media Palestine

Source : The Nation




Un développeur de logiciels syrien-palestinien, porté disparu, a été exécuté

Par Maureen Clare Murphy, 3 Août 2017

Bassel Khartabil (Joy Ito)

Bassel Khartabil, le développeur de logiciels et partisan d’internet libre syrien-palestinien, porté disparu, aussi connu sous le nom de Bassel Safadi, a été exécuté fin 2015, a annoncé mardi sa femme Noura Ghazi sur Facebook.

Khartabil avait été arrêté à Damas en Mars 2012, un an après le soulèvement dans le pays, et maintenu au secret.

Au départ, il a été arrêté, interrogé et torturé en secret, dans un bâtiment contrôlé par la Direction Générale des Renseignement du pays,” a déclaré mardi le directeur international de Electronic Frontier Foundation, Danny O’Brien.

Après une campagne internationale menée par des associations pour les droits humains, aux côtés de nombreux collègues de Bassel des communautés de l’internet et de la culture libres, il a été transféré à la prison civile de Adra, d’où il pouvait communiquer avec ses amis et sa famille,” a ajouté O’Brien.

Il resta dans cette prison jusqu’à Octobre 2015, quand il fut transféré vers un lieu inconnu. La famille de Khartabil perdit contact avec lui à ce moment là.

Plusieurs gouvernements condamnèrent la détention de Bassel par la Syrie et le Groupe de Travail de l’ONU sur la Détention Arbitraire déclara illégal l’emprisonnement de Bassel en Avril 2015, mais le gouvernement de Assad refusa de le libérer ou d’apporter des informations sur son cas,” déclare O’Brien.

On peut maintenant penser que Khartabil fut exécuté peu de temps après son transfert de la prison d’Adra.

Selon Amnesty International, la famille de Khartabil a reçu l’information qu’il a été tué en 2015 après qu’il aurait été ‘jugé’ et ‘condamné à mort’ par le tribunal militaire à al-Qaboun, Damas, lors d’une audience secrète.”

Amnesty ajoute : “Ces tribunaux sont réputés pour mener des procédures à huit-clos qui ne répondent pas au minimum des standards internationaux pour un procès équitable.”

Champion de l’Internet libre

Khartabil était le chef de projet pour la Syrie de Creative Commons, une association à but non-lucratif qui promeut un brevet qui permettrait un plus large partage du travail créatif.

Fin 2010 il mena des négociations à Doha qui aboutirent à un langage commun pour discuter d’un usage juste et des droits d’auteur en Arabe.

Le patrimoine créatif, et le patrimoine mondial de l’art, de l’histoire et du savoir, sont plus forts grâce au travail de Bassel, et notre communauté est meilleure grâce à son travail et à son amitié,” a déclaré l’association.

Sa mort nous est un terrible rappel de ce que risquent de nombreuses personnes et familles pour construire une société meilleure.”

Khartabil cofonda le premier hackerspace de Syrie en 2010 et rédigea le code qui permit au navigateur Mozilla Firefox de fonctionner en arabe. Il s’efforça de montrer avec Electronic Frontier Foundation comment le gouvernement syrien censure internet.

Khartabil continua son travail de programmation de logiciels libres à l’intérieur de la prison d’Adra et créa le New Palmyra Project. Cette initiative utilise des informations de source libre pour reproduire virtuellement le site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO saisi et gravement endommagé par l’Etat Islamique, qui a aussi exécuté ses meilleurs archéologues, en 2015.

Khartabil a été nommé par Foreign Policy l’un des 100 Penseurs du Monde de 2012 et a reçu, malgré son absence, le prix pour la Liberté Digitale de l’Index on Censorship pour 2013. Le prestigieux MIT Media Lab lui a également offert un poste de chercheur scientifique après sa disparition.

Au moment où simplement relayer la vérité sur la Syrie était un acte potentiellement dangereux, il ne s’est pas tu,” déclare O’Brien.

Il a prit le monde comme son public par défaut. Il semble que sa notoriété en tant que voix syrienne indépendante, une notoriété qui découlait de ses connections avec la communauté internet internationale, est ce qu’il l’a mené à sa détention.”

Khartabil est né à Damas en 1981 mais sa famille était originaire de Safed, un village de Galilée, en Palestine historique, qui subit un nettoyage ethnique par les forces sionistes 1948.

Des milliers de prisonniers morts

Le gouvernement détient illégalement des milliers de Syriens, dont de nombreux militants pacifiques comme Bassel, et des milliers sont morts dans les cachots de la Syrie,” a déclaré mercredi la chercheuse de Human Rights Watch, Sara Kayyali.

Human Rights Watch a des photos de près de 7 000 corps, morts en détention,” a ajouté Kayyali.

Plus de 1 600 Palestiniens ont été détenus par le gouvernement syrien, selon le Groupe d’Action pour les Palestiniens de Syrie. Des centaines sont morts durant leur emprisonnement.

Environ 65 000 personnes ont subi des disparitions forcées dans le pays depuis le soulèvement qui commença en Mai 2011, selon le Syrian Network for Human Rights.

Alors que la situation s’est détériorée en guerre permanente, des estimations disent que plus de 400 000 personnes ont perdu la vie et plus de la moitié de la population de Syrie a été forcée de quitter on lieu de vie.

A la suite de l’annonce de l’exécution de Khartabil, Human Rights Watch ainsi qu’Amnesty International demandent un suivi indépendant des sites de détention en Syrie. 

Des milliers de vies sont en jeu,” a déclaré Amnesty.

Traduction : Lauriane G. pour l’Agence Média Palestine

Source : Electronic Intifada




« Ils font chier, nettoyez Gaza » déclare un porte-parole pour la nouvelle campagne de l’UE

Par Ali Abunimah et Dena Shunra – The Electronic Intifada – 3 août 2017

Avishai Ivri, intervenant vedette dans une vidéo promotionnelle produite par l’ambassade de l’UE à Tel Aviv, recommande le génocide des Palestiniens.

L’Union européenne a engagé un Israélien qui prône la violence génocidaire à l’encontre des Palestiniens pour être le visage d’une nouvelle campagne promotionnelle.

Avishai Ivri apparaît dans une vidéo que l’ambassade de l’UE à Tel Aviv a postée sur sa page Facebook le mois dernier.

« L’Union européenne. Vous pensez qu’elle est anti-Israël, pas vrai ? » Commence Ivri. « Laissez-moi vous surprendre ».

Et Ivri débite ensuite à toute vitesse des statistiques sur le commerce et sur le tourisme pour convaincre les lecteurs israéliens d’à quel point c’est l’Union européenne qui profite à Israël. Et de se vanter aussi que l’UE est une cliente de l’industrie de l’armement d’Israël, particulièrement pour les drones.

L’UE « est le meilleur voisin que nous ayons » conclut Ivri.

 

Soutien au génocide

Ivri était auteur pour Latma, une ancienne série télévisée israélienne qui reflétait les opinions d’extrême droite et racistes, présentant par exemple les migrants et les réfugiés des États africains comme des grands singes.

Mais cela, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg.

Lors de l’agression en novembre 2012 d’Israël contre Gaza, qui tua 174 Palestiniens, Ivri préconise une violence encore plus extrême.

« Voici une stratégie qui n’a pas encore été tentée : 1000 Arabes tués pour chacun de nos morts » twitte-t-il. « Je crois qu’ils nous en doivent 5000 pour la semaine dernière ».

https://twitter.com/ivri99/status/271181716989820928

Ivry est un partisan acharné d’une solution à un État unique, mais pas un État où Palestiniens et Israéliens auraient des droits égaux. Non, il est pour l’élimination des Palestiniens en tant que peuple – un objectif qui répond à la définition juridique internationale du nettoyage ethnique et probablement du génocide pur et simple.

En janvier 2013, Ivri twitte que « la Judée et la Samarie » – les noms qu’Israël utilise pour la Cisjordanie qu’il occupe – « peuvent toujours être annexées, point final ». Si les Palestiniens résistent, prévient-il, « il faut les éjecter, sur un camion. La force est toujours une option, mais nous préférons une solution convenue (mais sinon, la force) ».

« Il n’existe rien qui puisse être une nation palestinienne, et qui soit intéressée bien sûr par un État » twitte-t-il en février.

https://twitter.com/ivri99/status/294347674356953089

« Dans l’État d’Israël, dans 500 ans, personne ne se souviendra qu’il y a eu quelque chose qui s’est appelé Palestiniens » twitte-t-il en mai.

https://twitter.com/ivri99/status/867087381295398913

« Est-ce que les Palestiniens sont une nation ? » demande-t-il en 2012, avant de répondre à sa propre question : « Ils sont de la merde ».

https://twitter.com/ivri99/status/274299726608887808

Ivri voit les agressions répétées d’Israël contre les Palestiniens comme des opportunités pour Israël de mettre en œuvre son programme violent visant à éliminer la Palestine.

Au cours de l’agression de l’été 2014 contre Gaza, qui tua plus de 2200 Palestiniens dont 550 enfants, Ivri pousse à une conquête totale du territoire côtier – et de la Cisjordanie.

« Dans dix ans, quand Israël aura la souveraineté sur Gaza et sur la Judée et la Samarie, nous nous demanderons nous-mêmes à quoi nous avons pensé pendant 30 (ou 60) ans, et pourquoi nous ne l’avons pas fait bien plus tôt » twitte Ivri.

« Personne ne gouvernera Gaza pour Israël. Israël est le seul à pouvoir le faire », twitte-t-il lors de la même agression israélienne, ajoutant que « les jours du dirigeant de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, au pouvoir sont comptés, et après son départ, Israël devra aussi gouverner la Judée et la Samarie ».

Ivri partage également un article paru durant l’agression, qui soutient qu’Israël serait justifié à couper l’eau et l’électricité pour Gaza – ce qui a été fait, en violation du droit international.

Déshumaniser les Palestiniens

Ivri justifie cette sorte de violence exterminatrice par une diabolisation et une déshumanisation totales des victimes du régime d’Israël d’occupation et d’apartheid. Ironiquement, il reconnaît en fait l’existence des Palestiniens, mais seulement pour les incarner comme des démons.

« Les Palestiniens sont les héritiers des nazis » twitte-t-il en mai 2016, ajoutant que le drapeau palestinien « ne signifie qu’une chose : un appel à assassiner les juifs, où qu’ils se trouvent ».

https://twitter.com/ivri99/status/736859669675802624

C’est là son thème constant. En octobre 2014, il propose un « bref rappel : les Palestiniens sont des nazis ».

« Ils n’ont pas encore construit de chambres à gaz » affirme-t-il, parce que « ce qu’ils ont réussi à faire de plus perfectionné, ce sont des dispositifs explosifs improvisés. Mais, sans aucun doute, ce sont des nazis ».

Lors de l’agression de 2014 contre Gaza, il twitte : « Le Hamas, ce sont des nazis. Ils ne sont pas comme eux, pas à peu près eux, pas près d’eux. Ils sont des nazis. »

https://twitter.com/ivri99/status/492273986433077248

En octobre 2015, quand le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu provoque l’indignation internationale en disculpant Hitler de l’organisation de l’extermination de millions d’Européens juifs et en en accusant à la place un Palestinien, Ivri lui apporte un soutien naturel.

« Les Palestiniens ont offert leur aide à Hitler » prétend Ivri. « C’est bien connu ».

https://twitter.com/ivri99/status/656598349005651968

Normalement, on s’attend à ce que l’UE y regarde à deux fois avant de faire des comparaisons gratuites de certains évènements avec le génocide nazi. Mais apparemment, cela ne la gêne pas tant que les cibles sont les Palestiniens.

L’incitation d’Ivri ne cible pas seulement les Palestiniens de la bande de Gaza et de la Cisjordanie occupée. Il hait aussi les citoyens palestiniens d’Israël, parlant des Bédouins comme d’une « bombe à retardement ».

Il fait aussi la promotion d’une discrimination raciale dans les embauches : « Un employeur ne peut pas découvrir si son personnel potentiel est impliqué dans le terrorisme. Que doit-il faire alors ? De toute évidence, il ne doit employer aucun Arabe. Mettez-vous à sa place un instant ».

Un soutien pour les crimes de guerre

Le soutien d’Ivri pour les crimes de guerre contre les Palestiniens est constant et désinvolte. Quand, en mars 2016, Elor Azarya exécute de sang-froid le Palestinien blessé, infirme, Abd al-Fattah Yusri al-Sharif – un meurtre pour lequel le médecin militaire ne reçoit finalement qu’une petite tape sur les doigts – Ivri applaudit.

« Une armée véritablement morale s’assure que les terroristes sont morts » twitte-t-il.

Depuis 2016, Israël intensifie sa campagne contre les défenseurs des droits des êtres humains. Même l’UE a réussi à émettre une timide protestation contre la législation d’Israël dite de transparence, qui durcit la surveillance des organisations des droits de l’homme qui reçoivent des fonds de gouvernements européens.

https://twitter.com/ivri99/status/812569479167311872

Ivri s’est joint aux attaques implacables du gouvernement israélien contre les organisations, y compris contre B’Tselem d’Israël, qui documentent les violations contre les Palestiniens.

En décembre dernier, il twitte : « B’Tselem et les organisations européennes opérant en Israël sont une arme de plus dans l’arsenal de ceux qui haïssent les juifs/Israël dans le monde ».

L’UE encourage la haine

Lars Faaborg – Andersen, ambassadeur de l’UE à Tel Aviv (via Facebook)

Une enquête par courriels conduite par The Electronic Intifada auprès de l’ambassade de l’UE à Tel Aviv comprenait une question pour savoir combien le contribuable européen avait payé Ivri pour son apparition dans la vidéo.

L’ambassade n’a pas répondu à cette question, ni aux autres sur l’incitation constante d’Ivri au racisme et à la violence, y compris aux crimes de guerre.

Mais l’ambassadeur de l’Union européenne à Tel Aviv n’avait pas antérieurement fait le secret sur ses opinions extrêmes en faveur d’Israël.

Dans une lettre ouverte reflétant la fin prochaine de son mandat de quatre ans, Lars Faaborg-Anderesen rappelle qu’alors qu’il était jeune, dans les années 1970, il a passé un moment dans un kibboutz – une sorte de colonie sioniste qui a joué un rôle clé dans le nettoyage ethnique des Palestiniens, mais qui jouissait d’une réputation de progressiste chez les Occidentaux naïfs, ou complices.

« À cette époque, de jeunes Européens et Américains affluèrent en Israël pour participer à l’expérience socialiste des kibboutz et montrer leur solidarité avec David dans sa lutte pour survivre contre les Goliath arabes qui l’entouraient », écrit Faaborg-Andersen, ressortant la mythologie sioniste qui fait fi de la Nakba, de l’expulsion par Israël de la grande majorité de la population palestinienne en 1948, de même que de l’occupation et de la colonisation qui en résultent de la terre palestinienne.

Pendant tout le temps qu’il fut ambassadeur, Faaborg-Andersen et ses collègues de l’UE ont fait tout leur possible pour faire progresser la guerre d’Israël contre la lutte des Palestiniens pour leur survie et leur liberté, notamment en finançant l’industrie de l’armement et les tortionnaires d’Israël, en participant aux agressions d’Israël contre le mouvement non violent en faveur du boycott, du désinvestissement et de sanctions, et ils sont restés les complices sans réserve du siège brutal d’Israël contre Gaza.

L’ambassade de l’UE à Tel Aviv a également servi de terrain d’entraînement pour les membres du lobby pro-Israël à Bruxelles.

Mais il est certain que la réalisation personnelle la plus infâme de Faaborg-Andersen sera l’emploi d’un partisan sans retenue d’une violence génocidaire pour être le visage de l’Union européenne et de ses « valeurs » si vantées.

Mise à jour, 4 août:

Après la publication de cet article, l’ambassade de l’UE à Tel Aviv a supprimé la vidéo et à envoyé une déclaration à The Electronic Intifada.

Ofer Neiman a contribué à la recherche.

Ali Abunimah est directeur exécutif de The Electronic Intifada. Dena Shunra est traductrice et auteure.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source : Electronic Intifada




Recrudescence des attaques israéliennes contre les journalistes

Par Charlotte Silver, le 2 août 2017

Les forces d’occupation ont empêché les journalistes d’entrer dans la Vieille Ville de Jérusalem pendant les deux semaines de désobéissance civile des Palestiniens et leurs manifestations contre le renforcement du contrôle israélien. (ActiveStills)

Pendant les deux semaines intenses de manifestations palestiniennes à Jérusalem Est occupée contre les tentatives israéliennes de renforcer le contrôle sur le site de la mosquée al-Aqsa, les groupes de presse ont observé une flambée de violations des droits des journalistes.

Le Centre Palestinien pour le Développement et les Libertés Médiatiques, basé à Ramallah, a relevé des dizaines de violations commises par les forces d’occupation israéliennes, dont il dit qu’elles ont attaqué, arrêté et menacé des journalistes qui couvraient les manifestations palestiniennes dans la ville.

La police israélienne a empêché les journalistes d’entrer dans la Vieille Ville de Jérusalem, alors que les colons israéliens et les touristes y entraient librement.

Au total, durant les manifestations en lien avec la mosquée Al-Aqsa, six Palestiniens ont été tués et plus de 1.000 ont été blessés par les forces israéliennes, dont on a dit qu’elles menaient des attaques injustifiées contre des rassemblements pacifiques.

Cette semaine, l’Association pour les Droits Civiques en Israël et un syndicat de presse israélien ont déposé des pétitions contre la police israélienne, exigeant qu’elle cesse de restreindre et d’empêcher la couverture médiatique dans la Vieille Ville.

« Le fait que les touristes et les Juifs israéliens aient pu entrer dans la Vieille Ville alors que les journalistes en étaient interdits d’accès laisse craindre que l’objectif de la police était d’empêcher la libre circulation de l’information à travers les médias sur les événements en cours et sur le traitement de ces événements par la police », est il déclaré dans un communiqué de presse de l’Association pour les Droits Civiques.

Oren Ziv, photographe du collectif ActiveStill affirme à The Electronic Intifada que les soldats et la police israéliens attaquaient régulièrement les journalistes, palestiniens et autres, qui couvrent de plus petites manifestations palestiniennes, mais que les événements de Jérusalem n’étaient pas habituels à cause de la grande attention dont ils ont fait l’objet.

Pendant les manifestations, la police israélienne a été filmée alors qu’elle attaquait violemment un collègue d’ActiveStill de Ziv, Faiz Abu Rmeleh.

« Les journalistes palestiniens sont toujours attaqués lors de manifestations locales, mais en l’occurence, cette stratégie affectait aussi les médias traditionnels israéliens et internationaux », a dit Ziv.

« Ils ne respectent aucune liberté de la presse au sens libéral du terme », a-t-il ajouté.

L’Association pour les Droits Civiques en Israël a remarqué que plusieurs journalistes avaient été blessés par des armes utilisées par les forces israéliennes, dont une balle enrobée de caoutchouc mousse et une grenade assourdissante. D’autres journalistes ont dit avoir été battus ou obligés de remettre leurs photos.

Des cameramans des circuits internationaux, dont Sky News, Reuters, Al Jazeera et RT, faisaient partie des journalistes qui ont été attaqués selon MADA.

Ziv salue la solidarité manifestée par des journalistes israéliens plus officiels et qu’il attend avec impatience de voir comment la police réagira aux pétitions devant la haute cour israélienne.

Les attaques continuent

Aujourd’hui encore, alors même que les manifestations à Jérusalem se sont apaisées après la décision d’Israël de tenir compte des réclamations des manifestants et de retirer les détecteurs de métaux et les équipements de surveillance aux grilles du site d’al-Aqsa, les attaques contre la presse ont continué.

Le 29 juillet, trois jours après qu’Israël ait enlevé les dernières installations, les soldats israéliens ont mené des descentes éclairs sur plusieurs organisations médiatiques domiciliées dans les bureaux de PalMedia à Ramallah.

Al Qods TV et les télé-diffuseurs libanais Al-Mayadeen et Al-Manar, ainsi que RT, ont tous subi des descentes de soldats sous le prétexte qu’ils participaient à de « l’incitation ».

Selon Ma’an News Agency, les soldats israéliens ont saisi des documents et des équipements.

Le Comité de Protection des Journalistes a condamné le raid.

« Les soldats israéliens ne peuvent pas simplement prétendre qu’il y a incitation et faire des descentes dans les bureaux de diffuseurs », a dit dans un communiqué de presse le coordinateur du groupe pour le Moyen Orient et l’Afrique du Nord, Sherif Mansour. « Nous appelons l’armée israélienne à rendre immédiatement tous les équipements qu’elle a saisis dans le bureau de PalMedia à Ramallah et à cesser de harceler la presse. »

Israël a une longue histoire d’emprisonnement des journalistes et de descentes dans les bureaux des médias sous prétexte d’ « incitation ».

Expulsion d’Al Jazeera

Cependant, le ministre israélien des Communications, Ayoub Kara, a annoncé lundi que son département débat sur un projet de loi destiné à fermer les bureaux d’Al Jazeera à Jérusalem.

La semaine dernière, le Premier ministre d’Israël Benjamin Netanyahu a menacé de fermer le bureau d’Al Jazeera, affirmant que ses journalistes « incitent à la violence ».

Ce réseau médiatique basé au Qatar a dénoncé la prétention de Netanyahu, jurant qu’ « il prendrait toutes les mesures juridiques nécessaires s’il mettait ses menaces à exécution ».

La déclaration de Netanyahu est arrivée alors qu’un groupe d’Etats du Golfe, conduit par l’Arabie Saoudite, faisait pression sur le Qatar pour qu’il ferme entièrement Al Jazeera.

Kara a reconnu que la démarche du gouvernement israélien avait un lien avec les désirs des Etats du Golfe – avec lesquels Israël est de plus en plus allié – de voir Al Jazeera fermé.

« Nous nous identifions avec les modérés du Monde Arabe qui combattent le terrorisme et l’extrémisme religieux », a dit Kara au Jerusalem Post. « Ici en Israël, il n’y a pas de place non plus pour une chaîne qui soutient le terrorisme. Nous ferons comme l’Arabie Saoudite, l’Egypte, la Jordanie, le Bahrain et d’autres, qui ont renvoyé de leur pays les chaînes coupables d’incitation. »

Reporters Sans Frontières classe l’Arabie Saoudite au 168ème rang sur 180 pays pour la liberté de la presse en 2017 ; le Bahrain est au 164ème rang, l’Egypte au 161ème et la Jordanie au 138ème.

Israël est au 91ème rang.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada




L’approche « apolitique » de la crise de l’eau en Palestine

 

Par Muna Dajani, le 30 juillet 2017

SYNTHESE

La Palestine subit une crise de l’eau d’origine humaine. Pourtant, les responsables gouvernementaux, la communauté internationale, les agences de donateurs et même la littérature universitaire décrivent le manque de ressources en eau de la Palestine comme un résultat des conditions climatiques de la région. Ce que ces récits négligent dans leur approche, c’est que le manque d’eau en Palestine est une construction sociale et politique qui camoufle la façon dont Israël pérennise…

Aperçu

Plus tôt ce mois-ci, Israël et l’Autorité Palestinienne (AP) ont annoncé un nouvel accord par lequel Israël vendra aux Palestiniens 33 millions de mètres cubes d’eau désalinisée de la Mer Rouge par an, avec 10 millions de mètres cubes transférés dans la Bande de Gaza et le reste en Cisjordanie.

Cet accord masque le fait que la Palestine subit une crise de l’eau d’origine humaine, plutôt que naturelle. Les responsables gouvernementaux, la communauté internationale, les agences de donateurs et même la littérature universitaire décrivent le manque de ressources en eau de la Palestine comme une conclusion prévue – résultat des conditions climatiques de la région. Ce que ces récits négligent dans leur approche, c’est que le manque d’eau en Palestine est une construction sociale et politique qui camoufle la façon dont Israël pérennise son hégémonie sur les ressources en eau, provoquant une grave inégalité d’approvisionnement en eau pour les Palestiniens.

Pendant des décennies, Israël a proposé des solutions technologiques pour combler ce manque, telles que des usines de désalinisation, le traitement et la réutilisation des eaux usées. Les donateurs internationaux ont joué un rôle majeur dans le renforcement de cette approche israélienne. Ces solutions sont liées à la croyance que la science, la technologie et les infrastructures seront l’assurance que l’eau ne sera plus une source de discorde, de conflit et même de guerre. Mais ces solutions fournies par la technologie négligent les éléments sociaux, politiques et culturels de l’eau.

Cela ne veut pas dire que les avancées technologiques dans le domaine de l’eau ne sont pas essentielles pour le développement des sociétés. En réalité, l’aménagement de sources d’eau supplémentaires est nécessaire pour s’adapter à l’accroissement des populations, particulièrement face aux effets du changement climatique. Mais dans le cas d’Israël et de la Palestine, ces technologies ont intégré des motivations et des utilisations politiques. En vérité, nous devons demander : Comment Israël bénéficie-t-il de ces avancées technologiques tout en maintenant son contrôle coercitif sur l’eau de la Cisjordanie, sans parler de sa responsabilité dans la crise de l’eau dans la Bande Gaza ? Les Palestiniens peuvent-ils se fier au potentiel de la technologie pour accroître leur accès à l’eau dans le contexte de l’occupation ?

Cette note politique examine en fait comment les innovations technologiques israéliennes fonctionnent dans un contexte de vol systématique des ressources en eau qui affaiblit les efforts des Palestiniens pour obtenir les droits à l’eau et la répartition équitable des sources d’eau. Elle souligne particulièrement le rôle des donateurs internationaux dans la consolidation de cette situation et elle propose des recommandations sur ce que les Palestiniens peuvent faire pour défier le statu quo et obtenir les droits à l’eau qui leur sont dus.

L’établissement de l’hégémonie d’Israël sur l’eau

Lorsque Israël a occupé la Cisjordanie, la Bande de Gaza et les Hauteurs du Golan en 1967, tous les cours supérieurs du Jourdain, en plus des eaux souterraines de Cisjordanie, sont passés sous son contrôle.1 En 1982, l’armée israélienne a transféré son contrôle sur les ressources en eau de Cisjordanie à Mekorot, compagnie israélienne des eaux fondée en 1937.

Les Accords d’Oslo de 1993 ont installé un Comité Mixte de l’Eau (CME) par lequel Israéliens et Palestiniens coordonnent la gestion des ressources en eau en Cisjordanie. Cependant, les Accords permettent à Israël de contrôler le développement des infrastructures de l’eau des Palestiniens en sanctionnant et en gelant les projets des Palestiniens sur l’eau, tout en les menaçant parallèlement afin de légitimer les projets concernant l’eau dans les colonies, qui sont illégales selon le droit international.

Israël utilise actuellement 85 % des ressources en eau partagées de Cisjordanie, laissant les Palestiniens à sec. Non seulement Israël exerce son hégémonie sur l’accès aux ressources en Cisjordanie, mais l’Autorité Palestinienne de l’Eau dépend complètement d’Israël en tant que principal fournisseur d’eau, achetant son approvisionnement à Israël depuis les Accords d’Oslo. Et, contrairement aux prétentions israéliennes, les Palestiniens ne reçoivent pas gratuitement l’eau ajoutée à ce qui leur a été alloué par Oslo, ne laissant à l’AP d’autre choix que d’acheter davantage d’eau à Mekorot pour faire face à la demande croissante de sa population.2

Par ailleurs, depuis les années 1990, Israël a fait d’énormes investissements dans la désalinisation et le traitement de l’eau de mer, lui permettant de devenir un exportateur d’eau pour ses voisins en manque d’eau. Mekorot gère 100 méga-projets à travers Israël, dont 60 usines de désalinisation qui fournissent 60 millions de mètres cubes d’eau par an. En plus, ses usines de récupération et de traitement des eaux usées permettent à Israël de réutiliser 60 % de ses eaux retraitées pour les besoins de l’agriculture. Israël externalise cette expertise technique dans le monde en voie de développement et sa collaboration avec les compagnies des eaux et les gouvernements d’Argentine, de Chypre, d’Ouganda, d’Azerbaïdjan et du Portugal génère des milliards de dollars.

Avec sa propension à aller vers des solutions techniques qui ignorent sa politique d’appropriation de l’eau palestinienne, les accords d’Israël avec l’AP ont traité l’eau comme une question pratique. Les transferts, quotas et échanges établis ne se soucient pas d’adhérer aux principes du droit international sur l’eau qui demandent que l’eau soit équitablement distribuée et les droits à l’eau des Palestiniens reconnus. Après un gel de six ans de l’activité du CME, la coopération a pris fin en janvier 2017. Le gel était dû à un arrangement conditionnel par lequel les projets des colonies israéliennes devaient être approuvés pour permettre de considérer les projets palestiniens. Selon Jan Selby, entre 1998 et 2010, les Palestiniens ont donné leur accord à plus de 100 projets israéliens en Cisjordanie, mais 97 projets financés par des donateurs attendent encore l’approbation des Israéliens.

La reprise des rencontres et de la coopération est loin d’être facile. Alors qu’un nouvel arrangement permettra aux Palestiniens d’installer des canalisations et des réseaux sans l’accord du CME, il autorise la même chose à Israël, ce qui signifie qu’Israël peut développer ses réseaux pour les colonies sans le consentement commun du CME. Par ailleurs comme le note Selby : « Alors que les Palestiniens pourront maintenant décider seuls de l’installation de canalisations, ce qu’ils n’auront pas, c’est davantage d’eau pour les alimenter – sauf avec l’accord d’Israël. »

Comment le financement des donateurs consolide le statu quo israélien

La communauté internationale des donateurs, dans son vif désir d’établir une preuve de l’utilité de ses millions de dollars d’investissements, exacerbe l’inégalité de l’eau entre Israël et la Palestine. Alors que la démarche des donateurs a été d’accroître l’accès à l’eau et de protéger la santé des gens et de l’environnement, sous occupation on y arrive en passant par le consentement au statu quo. L’aide n’est pas supposée intervenir sur le long terme, mais devrait plutôt fournir un soutien aux communautés et aux acteurs locaux afin qu’ils puissent développer une mise en valeur durable des ressources et leur droit de propriété. Si l’on considère les décennies d’interventions et les millions de dollars versés dans les Territoires Palestiniens Occupés (TPO) pour le secteur de l’eau, l’échec des communautés de donateurs dans l’amélioration des conditions de vie des Palestiniens démontre combien l’aide a fait du tort à la reconnaissance des droits des Palestiniens.

Depuis les années 1990, les agences internationales de donateurs ont accru leur investissement dans le secteur de l’eau des Palestiniens en construisant de petites -et grandes- usines de traitement des eaux usées, des conduites d’égout, et même une usine de désalinisation à Gaza. La plupart de ces projets sont menés selon les termes des Accords d’Oslo qui exigent que le Comité Mixte de l’Eau planifie les projets avant qu’une somme d’argent soit donnée à l’AP. Ainsi, en dehors du cadre étroit d’Oslo, le développement du secteur de l’eau est restreint.3

Les investissements internationaux ont généralement mis l’accent sur la construction d’usines de traitement des eaux usées en Cisjordanie, avec un intérêt croissant des donateurs pour six usines principales à Naplouse Ouest, Jénine, Jéricho, Al-Bireh, Ramallah et Tulkarem. Pourtant, un nombre significatif de ces projets ne se sont pas concrétisés. L’usine de traitement des eaux usées de Salfit par exemple a obtenu un financement dans les années 1990, mais n’a jamais été opérationnelle. Le CME a entraîné le projet dans un labyrinthe bureaucratique, depuis le changement de sa localisation approuvée jusqu’à la mise sous condition de son fonctionnement en le reliant à la colonie d’Ariel, un des plus grands blocs de colonies de Cisjordanie qui déverse ses eaux usées non traitées dans les villages palestiniens voisins.

La conception officielle de ces projets occulte les questions politiques sous-jacentes. En 2015, par exemple, l’Union Européenne et l’Autorité Palestinienne de l’Eau (APE) ont signé un accord pour construire une usine de traitement des eaux usées de 20,5 millions de dollars dans le gouvernorat de Tubas au nord-est de la Cisjordanie. Le président de l’APE, Mazin Ghunaim, a dit :

« La question des eaux usées non traitées demeure un défi majeur en Palestine et a de sérieuses répercussions sur la santé, l’environnement et l’agriculture. Ce projet réduira de façon significative les risques sanitaires pour la population du gouvernorat du Nord Tubas et la contamination de l’environnement. Il permettra aussi la réutilisation des eaux usées traitées pour l’agriculture, permettant ainsi de conserver les ressources limitées de l’aquifère en Palestine. ( italiques ajoutés) »

Ces convictions d’un besoin d’infrastructures des eaux usées pour remplacer des ressources « limitées » sont reprises par beaucoup de responsables de l’AP, d’agences de donateurs et d’organisations de la société civile.

Tandis que le traitement des eaux usées est nécessaire, sa conception en tant que source d’eau supplémentaire pour l’agriculture renforce l’idée qu’il faut trouver des moyens alternatifs pour obtenir les droits à l’eau en Palestine. En d’autres termes, l’accent sur le potentiel des eaux usées plutôt que sur le manque de droits à l’eau des Palestiniens fait de l’eau une crise naturelle qui a besoin d’une solution technique – plutôt qu’un problème d’origine humaine privant délibérément les Palestiniens d’une ressource vitale.

Quant à la Bande de Gaza, pendant la dernière décennie, des articles de journaux, des rapports et des campagnes internationales ont décrit sa carence en eau comme « catastrophique », « alarmante » et constitutive d’une « crise humanitaire ». En effet, la population est obligée de se contenter d’une source principale d’eau – un aquifère côtier – qui est à 96 % impropre à la consommation par l’homme. Ceci est dû à des décennies de sur-extraction, de contamination des égouts et d’infiltration d’eau de mer. Le blocus et les offensives israéliennes ont exacerbé ce problème de façon exponentielle et a renforcé le dé-développement de l’eau, dû pour une grande part à la destruction des usines vitales de traitement des eaux usées, des réservoirs et des centrales électriques.

La communauté internationale ainsi que l’AP ont imaginé de puis les années 1990 que la crise de l’eau à Gaza pouvait être résolue grâce à une usine de désalinisation. Le Secrétariat de l’Union pour la Méditerranée, organisme qui regroupe 28 pays de l’UE et 15 nations des rives méridionales et orientales de la Méditerranée, a particulièrement poussé ce projet. L’union argumente :

« Puisqu’il n’existe pas de source alternative d’eau douce, une grande usine de désalinisation est une nécessité absolue pour traiter le déficit en eau à Gaza. L’urgence d’un complexe de désalinisation pour Gaza s’est accrue avec l’élévation du niveau de la crise humanitaire à Gaza en lien avec l’inadéquation des ressources en eau et son impact consécutif sur la santé de la population. »

Ce genre d’approche renforce le discours sur la séparation géographique et politique de la Bande de Gaza et de la Cisjordanie, traitant Gaza d’entité distincte qui a besoin de sa propre installation énergivore pour l’eau. Ces déclarations passent sous silence le fait que l’eau de Cisjordanie – presque entièrement contrôlée par Israël – peut fournir de l’aide à Gaza. Comme le soutient Clemens Messerschmid, hydrologiste allemand qui travaille dans le secteur de l’eau de Palestine :

« Selon le droit international sur l’eau, Gaza a droit à une part équitable du Bassin Aquifère Côtier. Gaza ne peut pas être séparé du reste de la Palestine. Gaza doit être alimenté de l’extérieur, tout comme New York, Londres, Paris ou Munich. La Cisjordanie riche en eau achète des quantités d’eau sans cesse croissantes à la compagnie Mekorot (Israël), tandis que Gaza devrait se débrouiller toute seule ? C’est de la pure logique très ancienne cent pour cent israélienne et une justification hydro-politique. La lutte historique des Palestiniens pour leurs droits à l’eau, pour un partage « équitable » et raisonnable des ressources en eau transfrontalières qui est inscrit dans le droit international sur l’eau, est abandonnée selon ce nouveau paradigme. Le Neguev israélien a un surplus d’eau parce que tout le cours supérieur du Jourdain est transféré au Lac de Tibériade dans le Réseau National d’Adduction d’Eau qui passe aux portes de Gaza. D’énormes quantités de surplus d’eau sont littéralement déversées en évitant Gaza, tandis que la Bande continue à s’assécher. »

Semblable aux usines de traitement des eaux usées de Cisjordanie, l’usine de désalinisation de Gaza, bien que construite, n’est pas complètement opérationnelle. L’UNICEF, après des dizaines d’années de levées de fonds de l’UE et d’autres, a inauguré l’usine en janvier 2017. Pourtant, fin février, l’usine ne fonctionnait que partiellement, alimentée par du fuel de secours. Les usines de désalinisation requièrent un entretien constant et des pièces et du matériel de rechange, ce qu est maintenant plus facile avec le Dispositif de Reconstruction de Gaza. Créé pour « faciliter la reconstruction urgemment nécessaire », le Dispositif a fait du blocus son point de départ, démarche que l’Oxfam a critiquée parce qu’elle normalisait le siège et « donnait l’impression qu’on légitimait un régime de contrôle extensif ». Par ailleurs, l’Oxfam a rappelé le danger qu’il y a à séparer les solutions économiques et technologiques des conditions politiques.

Quand les responsables politiques palestiniens et internationaux brandissent la désalinisation comme la seule solution au problème de l’eau à Gaza, cela renforce le discours qui prétend que le progrès technologique sauve la situation, sans tenir compte des réalités politiques sous-jacentes et des restrictions sur le terrain.

Cela illustre également la démarche naïve des donateurs face à la question de l’eau à Gaza et en Cisjordanie. Et avant tout, ces projets ne dénoncent pas – et donc, même involontairement, soutiennent – les violations du droit international par Israël, et précisément l’occupation permanente et l’expropriation de la terre et des ressources naturelles des Palestiniens.

Par ailleurs, les principaux donateurs, à savoir l’UE, le Royaume Uni et les Etats Unis, non seulement financent des projets problématiques, mais font activement la promotion de la technologie et des avancées scientifiques israéliennes tout en ne tenant aucun compte du potentiel de recherche sur l’eau des Palestiniens.

La suppression des Palestiniens des infrastructures, de la technologie et de la collaboration scientifique

Avec l’occupation israélienne qui impose des lois militaires sur l’accès et le contrôle des ressources essentielles telles que l’eau, de même qu’elle restreint les importations de fuel et de sources d’énergie élémentaires, l’Autorité Palestinienne n’a pas développé d’infrastructures importantes dans le secteur de l’eau pendant des décennies, surtout en Zone C, ce qui représente 60 % de la Cisjordanie. « L’administration civile » de l’occupation a le droit de veto sur tout projet d’infrastructure en zone C, avec un taux d’acceptation de 1,5 % seulement entre 2010 et 2014.

La plupart des grands projets sur l’eau ont été gelés parce qu’Israël les conditionnait à un branchement avec les colonies, alors que ces projets provenaient d’agences de donateurs pour la population palestinienne. La zone C demeure donc un territoire de dé-développement et est considérée par la communauté internationale comme un espace réservé seulement à l’intervention humanitaire.

D’autre part, l’étroite collaboration de la communauté internationale et son admiration pour les technologies israéliennes de l’eau demeurent illimitées et aveugles au dé-développement et à la répression du secteur de l’eau des Palestiniens. Récemment, l’UE a qualifié Jérusalem – occupée par Israël en violation du droit international – comme l’une des cinq meilleures villes au monde pour l’efficacité, la gestion et l’innovation concernant l’eau. Ceci félicite un régime d’occupation pour son travail dans une ville où 36 % de ses résidents palestiniens ne sont même pas connectés au réseau d’eau israélien et où sévit une politique discriminatoire visant à vider la métropole de ses habitants palestiniens.

En 2012, la Commission Européenne et le ministère israélien de l’Energie et des Ressources en Eau ont signé un protocole d’entente sur cinq ans pour renforcer leur coopération scientifique, spécialement dans le domaine de la désalinisation de l’eau et de l’énergie. Le gouvernement britannique poursuit également ce genre de collaboration avec Israël. Il a récemment lancé deux programmes qui comportent des initiatives telles que placer des étudiant palestiniens diplômés dans des laboratoires israéliens pour construire des partenariats et « résoudre les questions de pénurie et de qualité de l’eau ». Mise à part la posture ‘comme si de rien n’était’ envers la force occupante, l’approche est problématique en ce qu’elle cherche à normaliser l’occupation, compte tenu du fait qu’investir dans l’excellence scientifique n’est pas envisagé pour les universités et les instituts de recherche palestiniens. Au contraire, tout le travail se fait au bénéfice des institutions de l’occupant.

Une exception apparente à cette tendance vient du département britannique pour le Développement International, qui a versé 1.6 million $ pour aider les fermiers en difficulté de la zone C de Cisjordanie, principalement des bergers bédouins, à faire vivre leurs familles à cause du coût croissant de la production agricole. Ce programme a permis aux fermiers de réhabiliter les citernes d’eau et a fourni environ 32 kilomètres de systèmes d’adduction d’eau ; ces travaux ont amélioré l’efficacité de l’irrigation. Cependant, les citernes ont une capacité de stockage limitée (70 mètres cubes par an) et dépendent de la collecte d’eau de pluie. C’est pourquoi leur réhabilitation ne fait qu’atténuer, plutôt qu’elle n’aide à résoudre, la pénurie d’eau imposée par l’occupation et, de façon plus générale, affaiblit les efforts des Palestiniens pour obtenir une part équitable des ressources, en limitant, plutôt qu’en renforçant, le développement de l’eau à des solutions à petite échelle.

En résumé, les donateurs ont poursuivi une démarche ‘comme si de rien n’était’ qui normalise l’occupation, avec un engagement et un financement de la recherche et de la collaboration scientifique avec Israël et l’investissement de millions de dollars dans le développement des infrastructures de l’eau réquisitionnées par Israël. Les donateurs réparent et reconstruisent même les infrastructures détruites par les forces israéliennes. La complicité des donateurs dans ces mécanismes destructeurs contribue au laisser-aller et à la dépendance des Palestiniens, ainsi qu’à un dé-développement général du secteur de l’eau palestinien. Une apolitisation envahissante de la question de l’eau entrave les Palestiniens dans leur quête pour le droit à l’autodétermination.

La lutte pour le contrôle de l’eau par les Palestiniens : pistes d’avenir

Alors que la situation de l’eau peut sembler sombre pour les Palestiniens de Cisjordanie et de la Bande de Gaza, il existe de nombreuses stratégies que les Palestiniens et leurs alliés utilisent – et peuvent développer plus avant – pour révéler la nature politique et due à l’homme de l’inégalité de l’eau dans les TPO et faire avancer des solutions justes à la crise.

* Souligner à quel point l’approche des donateurs pour développer le secteur de l’eau est au mieux gênante et au pire, nocive pour la dignité, l’indépendance et la réussite globale des Palestiniens dans leur réclamation de leurs droits à l’eau. On aura besoin de campagnes et de programmes qui renforcent la sensibilisation à la politique de l’eau et réclament la responsabilisation des donateurs pour s’assurer que les droits à l’eau des Palestiniens se retrouvent dans le programme des Palestiniens, notamment en s’occupant de l’occupation et de la violation des droits par Israël.

* Exiger que les projets de développement du secteur de l’eau financés par les donateurs suivent un plan d’urgence global et territorial dans tous les TPO. Ces projets devraient s’assurer que des programmes de développement – pas de l’aide humanitaire – soient mis en place de façon participative et transparente afin que les droits à l’eau deviennent une priorité absolue.

* Renforcer les universités et les instituts de recherche palestiniens comme pôles de connaissances sur la politique et la gestion des ressources naturelles, où on développe des technologies appropriées et de la recherche appliquée pour représenter les facettes politique, sociale, économique et culturelle de la gestion des ressources naturelles sous occupation, et développer une niche technique solide d’experts et d’ingénieurs palestiniens dans le domaine de l’eau pour soutenir la mobilisation locale menée par la communauté.

* Exiger une meilleure transparence de la part des autorités de l’AP pour s’assurer qu’elles ont en vue le droit des Palestiniens aux ressources naturelles en renforçant et en rejoignant activement les campagnes locales et internationales pour le droit à l’eau et en fournissant une base solide aux organisations de la société civile pour leur permettre de faire connaître nationalement et internationalement l’injustice de l’eau.

* Construire des alliances avec les mouvements internationaux et transnationaux pour mieux exposer les violations israéliennes des droits à l’eau et développer une campagne d’actions mondiale avec les communautés indigènes qui s’opposent activement et à grande échelle aux industries extractives et aux Etats.

Finalement, à la vue de tout ce qui précède, il est vital de reprendre et de reformuler la lutte pour l’accession et le contrôle des ressources naturelles comme faisant partie de la lutte des Palestiniens pour l’autodétermination et la liberté.

Notes :

1. L’expropriation par Israël du Jourdain et de la nappe phréatique de Cisjordanie n’a pas commencé en 1967. Dans les années 1950 par exemple, Israël a créé le Réseau National de l’Eau, qui a détourné annuellement 350 millions de mètres cubes d’eau du Jourdain pour ses villes côtières de la région du Naqab/Negev. En outre, avant 1967, Israël avait puisé dans un riche aquifère depuis le côté israélien de la Ligne Verte

2. L’Autorité Palestinienne de l’Eau déclare qu’elle achète annuellement 55 à 57 millions de mètres cubes d’eau à Mekorot et qu’elle utilise 103 millions de mètres cubes par an des bassins (en-dessous des 118 millions de mètres cubes par an définis par les Accords d’Oslo – qui en eux mêmes sont obsolètes et insuffisants).

3. En plus, Israël s’est servi du manque d’infrastructure pour les eaux usées en Cisjordanie pour accuser les Palestiniens de polluer les ruisseaux et les oueds. Pourtant, le CME et l’Administration Civile Israélienne ont opposé leur veto et donc bloqué le développement d’infrastructures pour les eaux usées en Cisjordanie. Les colonies israéliennes et le déversement de leurs usines industrielles sont aussi une menace pour la santé des Palestiniens et détruisent leur environnement. En plus, Israël fait du bénéfice sur ces eaux d’égout puisqu’elle les traite dans ses installations, mais fait payer leur traitement par l’AP. Les eaux usées traitées sont alors utilisées pour l’agriculture israélienne. Voir B’Tselem, « Tricherie : Négligence du Traitement des Eaux Usées en Cisjordanie », 2009.

Muna Dajani : Membre politique d’Al-Shabaka, Muna Dajani est une chercheuse en environnement et militante palestinienne de Jérusalem. Muna a une maîtrise en Développement et Environnement international. Elle prépare actuellement son doctorat à la London School of Economics (LSE) dans le département de Géographie et Environnement. Ses recherches viseront à identifier le lien entre identité, résilience et agriculture sous occupation armée, où l’agriculture acquiert une subjectivité politique en tant que forme de résistance culturelle. Ses intérêts de recherche sont la politique environnementale, la gestion des ressources menée par la communauté, et l’impact social du changement climatique.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source: Al-Shabaka