Le petit fils de Nelson Mandela fustige « l’apartheid israélien »

Par Gavin O’Toole – 7 juillet 2019

Zwelivelile Mandela a déclaré que l’apartheid israélien est la pire forme d’apartheid jamais vue

Londres, Royaume Uni –  le petit fils de Nelson Mandela a fait une dénonciation accablante de « l’apartheid israélien », dans une déclaration très remarquée de solidarité entre les Sud-Africains et les Palestiniens. 

Zwelivelile Mandela, membre du Congrès National Africain (ANC) qui dirige le pays, a fait ces commentaires samedi à l’Expo Palestine, un événement annuel de Londres destiné à mettre en avant l’histoire, le patrimoine et la culture palestiniens. L’an dernier cette manifestation a attiré 15 000 visiteurs.

S’adressant à un public nombreux, Mandela a dit que la loi de l’État-Nation votée en 2018, qui déclare qu’Israël est la patrie historique du peuple juif « a confirmé ce que nous avons toujours su être les vraies caractéristiques et réalité d’Israël : Israël est un État d’apartheid ».

Il a aussi souligné ce qu’a constitué l’apartheid pour les Sud-Africains noirs – de la création des réserves-bantoustans aux expulsions des terres et aux atteintes quotidiennes à la dignité.

« Toutes ces caractéristiques étaient présentes dans l’apartheid d’Israël depuis le début, mais elles ont été codifiées et ont été dotées d’un statut et d’une expression constitutionnels par la loi de l’État-Nation.

L’apartheid israélien perpétue une discrimination statutaire par la définition même de la loi de l’État comme État juif ; en agissant ainsi, il fait des non-juifs des citoyens de seconde classe, ou des étrangers sur la terre où ils sont nés ».

 

Allégations d’antisémitisme

Le journaliste israélien Gideon Lévy a également pris la parole à cet événement, lui qui a critiqué les efforts des États Unis pour résoudre le conflit israélo-palestinien  par de l’investissement financier.

Il a dit au public de Londres que non seulement l’accord ne pouvait pas être pris au sérieux mais que s’il était mené à bien il mettrait fin à « tous les droits et aspirations des Palestiniens » ; et il a ajouté qu’en conséquence, une intervention au niveau mondial était maintenant nécessaire pour faire pression sur Israël.

« Nous avons besoin du monde parce qu’Israël ne changera pas de lui-même – tant que Israël et les Israéliens ne sont pas punis et ne paient pas pour l’occupation, pour les crimes, n’attendez aucun changement. Il ne viendra pas de l’intérieur d’Israël ».

Lévy a aussi été cinglant sur la façon dont les acteurs politiques et les médias occidentaux ont succombé à une campagne « très efficace » de la part d’Israël pour labelliser antisémite toute critique des activités du pays.

« Nous sommes face ici à une nouvelle étape dans laquelle critiquer Israël devient non seulement impossible mais presque criminel. Je n’ai jamais vu un tel phénomène par lequel la lutte pour la justice est criminalisée – on n’a jamais entendu une chose pareille.

« La formule est très systématisée et très efficace, et nous ne devrions pas la laisser être aussi efficace : vous osez critiquer l’occupation ? Vous osez critiquer Israël ? Vous osez avoir quelque sympathie pour les Palestiniens, les victimes ? Vous osez parler  de justice ? Vous savez ce que vous êtes : vous êtes un antisémite. Cela paralyse tout le monde ».

Ilan Pappe, professeur à l’Université d’Exeter et directeur du Centre Européen d’Études Palestiniennes, a aussi violemment critiqué la couverture par les médias mainstream des activités d’Israël et comment celles-ci ont été camouflées derrière la « fabrication de l’antisémitisme institutionnel ».

Pappe a dit qu’il était important de reconnaître le contexte historique dans lequel le traitement des Palestiniens dans des lieux tels que Gaza s’est instauré.

« Malheureusement, le monde ne sait pas ce qu’il se passe à Gaza. Dans ce pays, les médias mainstream, que ce soit Sky News ou la BBC, ou les principaux journaux, ne parlent pas de la bande de Gaza.

Ils citent chaque mot dont ils pensent qu’il atteste de l’antisémitisme institutionnel dans le Parti Travailliste, mais ils ne diraient rien de ce qu’il s’est passé hier lorsque 49 jeunes Palestiniens ont reçu des tirs de snipers israéliens. Et ils ne mentionneraient pas davantage les 52 visés par ces mêmes tirs la semaine dernière ».

 

Démolitions de maisons

Issa Amro, le défenseur des droits humains de Hebron – ville qui est en première ligne de l’appropriation coloniale israélienne de la terre palestinienne – a dit à l’assistance que la ville était devenue « le micro-centre de l’apartheid, de la discrimination et de la ségrégation ».

Amro a décrit son activité militante  qui tente de résister à l’escalade de la démolition des maisons palestiniennes par les autorités israéliennes de manière à permettre aux colons de prendre leurs terres et leurs ressources.

Il a dit que les démolitions ont augmenté de façon significative depuis l’accès de Donald Trump à la présidence des États Unis au début de 2017, et que la politique israélienne  actuelle allait jusqu’à exiger désormais de certains Palestiniens qu’ils détruisent eux-mêmes leur maison.

« N’ayez crainte quant à ‘l’antisémitisme‘ parce que le message de cette conférence devrait être que critiquer les violations par Israël des droits humains n’est pas de l’antisémitisme » a-t-il dit.

Daphna Baram, la directrice de la section britannique du Comité Israélien Contre les Démolitions, a mis en avant que 201 maisons palestiniennes avaient été détruites rien qu’en juin – portant le nombre des démolitions depuis 1967 à 49 336.

« C’est le boulot quotidien de l’occupation qui rend impossible la vie des Palestiniens » a-t-elle dit. « Ce n’est pas un hasard, c’est conçu pour rendre impossible la vie des Palestiniens.

« C’est le dessein du gouvernement israélien depuis des générations, pour se débarrasser des Palestiniens et les faire partir de tous les moyens, manières et formes, et l’un des principaux moyens c’est la démolition de maisons ».

Le journaliste et auteur palestinien Ramzy Baroud – qui rentrait juste d’un séjour de solidarité de 10 jours au Kenya – a dit lors de cet événement dans la capitale du Royaume Uni, qu’un nouveau front de l’action des Palestiniens devrait être ouvert vers le monde en développement.

Le militantisme palestinien a négligé le « Sud global » à cause du processus de paix d’Oslo et d’un changement dans le discours qui a convaincu les gens que leur destin était dans les capitales du monde développé.

« Mais Israël a redécouvert le Sud global et ils ont pénétré en Afrique et en Amérique du Sud et autres lieux » a dit Baroud. « Nous devons y retourner et restaurer leur solidarité.

« Une chose que j’ai remarquée à propos de l’Afrique c’est que nous n’avons pas à faire face à de petits bouts du discours – personne ne vous accuse d’antisémitisme, ce n’est même pas dans le programme des nouveaux publics africains : ce dont ils parlent c’est de libération nationale ».

Source: Al Jazeera

Traduction : SF pour l’Agence Media Palestine