Reporters Sans Frontières accepte le prix remis par un régime qui tue des journalistes

Par Ali Abunimah, 28 mai 2019

Reporters Sans Frontières fait face à de vives critiques pour avoir accepté un prix de la part d’un régime qui assassine des journalistes.

L’association, plus connue sous ses initiales françaises de RSF, a reçu, plus tôt ce mois-ci, le Prix Dan David pour la « défense de la démocratie », au cours d’une cérémonie à l‘Université de Tel Aviv à laquelle assistait le président Reuven Rivlin.

Le président de RSF, Christophe Deloire, a reçu le prix au nom de l’association.

Hélène Le Gal, ambassadeur de France à Tel Aviv, a dit de la cérémonie de remise du prix que c’était « une charmante soirée »:

Elsa Lefort, militante des droits de l’Homme, a dit qu’elle restait « sans voix face à un tel cynisme ».

Elsa Lefort, épouse de Salah Hamouri, avocat franco-palestinien récemment emprisonné par Israël pendant plus d’un an sans charges ni procès, a ajouté que ses pensées allaient aux « journalistes palestiniens tués à Gaza et à ceux qui languissent dans les prisons de l’occupant ».

Cibler les journalistes

En février, une commission d’enquête indépendante de l’ONU a découvert que les snipers israéliens « visaient intentionnellement » les journalistes palestiniens qui couvraient, l’année dernière à Gaza, les manifestations de la Grande Marche du Retour.

Deux d’entre eux ont été tués – Yaser Murtaja et Ahmed Abu Hussein.

Plus tôt ce mois-ci, Khairiya, la mère de Murtaja’s, a demandé à la pop star Madonna de ne pas se produire au Concours de Chansons de l’Eurovision.

« Yaser était un jeune homme modeste, pacifique, non armé, qui utilisait sa caméra pour transmettre au monde le vrai visage d’Israël aux frontières de Gaza, qui assassine les rêves des enfants et des jeunes », a-t-elle écrit.

« Mon fils tout simplement ne voulait pas mourir, il avait la vie devant lui, il aimait son travail, il voulait élever son fils dans la dignité et la liberté, Yaser aimait son pays et il ne voulait pas le quitter. »

Le Comité de Protection des Journalistes a dit des assassinats de Murtaja et Abu Hussein qu’ils faisaient « partie d’un schéma », faisant remarquer que personne n’en a jamais été tenu pour responsable ni pour d’autres assassinats de travailleurs des médias par les Israéliens.

L’organisation de défense des droits de l’homme Al Mezan, installée à Gaza, a documenté plus de 230 attaques sur des journalistes pendant la Grande Marche du Retour, dont 100 à balles réelles et un nombre similaire par des bombes lacrymogènes.

Hamza Abu Eltarabesh, qui contribue fréquemment à cette publication, a déclaré récemment à The Electronic Intifada qu’il avait cessé de porter un gilet avec le signe PRESSE lorsqu’il couvrait les manifestations à Gaza et qu’il essayait simplement de se fondre dans la foule parce que les soldats israéliens ciblaient délibérément quantité de journalistes.

Plus tôt ce mois-ci, des avions de guerre israéliens ont ciblé et détruit les bureaux de l’agence de presse turque Anadolu à Gaza ville.

Même Reporters Sans Frontières reconnaît que « les forces israéliennes continuent à soumettre les journalistes palestiniens à des arrestations, des interrogatoires et à de la détention administrative, souvent sans aucun fondement clair » et que, ces dernières années, les autorités de l’occupation israélienne ont, à plusieurs reprises, fermé des organes de presse.

Le lendemain de la cérémonie de remise du prix, le directeur de Reporters Sans Frontières Deloire lui même a accusé Israël de « crimes de guerre » contre des journalistes.

Crédibilité entamée

« Le fait que Reporters Sans Frontières ait reçu ce prix porte tristement atteinte à sa crédibilité », a observé la publication française de l’Agence Média Palestine.

« En réalité, recevoir un prix pour ‘la démocratie’ en présence de Reuven Rivlin, président du régime israélien qui a voté, en juillet dernier, la Loi sur l’Etat-nation qui institue officiellement l’apartheid, n’aide pas la démocratie, bien au contraire. »

L’Agence Média Palestine a accusé Reporters Sans Frontières de participer à un exercice de propagande qui vise à lisser l’image d’Israël.

Les militants palestiniens ont appelé les précédents récipiendaires à refuser l’acceptation du Prix Dan David.

En 2010 par exemple, PACBI, Campagne Palestinienne pour le Boycott Académique et Culturel d’Israël, a dit à la célèbre auteure canadienne Margaret Atwood qu’accepter ce prix reviendrait à soutenir une « campagne bien huilée pour blanchir les graves violations du droit international et des droits fondamentaux par Israël ».

L’auteure de The Handmaid’s Tale (Le Conte de la Servante) a bravé ces appels et a accepté le versement de 1 million de dollars du prix Dan David.

Le Prix Dan David est administré par l’Université de Tel Aviv, qui est elle même profondément complice du régime israélien d’occupation, de colonialisme de peuplement et d’apartheid.

Dans le conseil d’administration du Prix Dan David, on trouve Henry Kissinger, homme d’État américain célèbre pour une horrible panoplie de crimes, dont la conception du coup militaire de 1973 au Chili et le bombardement génocidaire du Cambodge qui a tué 1.700.000 personnes.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada