Les manifestations contre l’Eurovision progressent en solidarité avec la Palestine

Ali Abunimah – 10 mai 2019

A travers l’Europe, des gens initient des actions pour répondre à l’appel des Palestiniens à boycotter le concours de chansons de l’Eurovision qui aura lieu la semaine prochaine à Tel Aviv.

L’Initiative Londres Palestine et Queers pour la Justice en Palestine ont émis vendredi une parodie accrocheuse du « YMCA » de Village People pour exhorter le télé-diffuseur Graham Norton à renoncer à l’accueil de l’Eurovision à la BBC.

« Levez vous pour la justice, dites Oui, BDS ! » chantent les militants, exhortant à soutenir le mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions.

En attendant, deux organisations LGBTQ ont annulé leur présence à l’Eurovision pour répondre à l’appel des Palestiniens de ne pas permettre à Israël d’utiliser cet événement pour masquer ses crimes contre les droits de l’Homme.

El Casal Lambda de Barcelone – créé en 1976 à la fin de la dictature de Franco – a dit qu’ils annulaient leurs soirée de visionnement samedi prochain, en invoquant leur « longue et grande expérience dans la défense des droits de l’Homme ».

Le centre pour la Jeunesse LGBT+ de Copenhague a lui aussi annulé une soirée Eurovision et organise un événement alternatif.

Cette organisation de jeunes a dit que ses membres avaient décidé qu’ils ne pouvaient maintenir l’événement original à cause de l’utilisation de l’Eurovision en tant que « pinkwashing ».

Le Pinkwashing est la stratégie de communication qui met en avant la culture gay de Tel Aviv et la mise en lumière des questions LGBTQ pour détourner la critique de ses atteintes aux droits fondamentaux des Palestiniens.

Le Pinkwashing est caractéristiquement destiné aux publics libéraux occidentaux.

Des dizaines d’associations LGBTQ avaient déjà appelé au boycott de l’Eurovision, et beaucoup hébergent des soirées « libres d’apartheid » comme alternative à la soirée finale de l’Eurovision.

Contre l’Apartheid

Vendredi, plus de 100 artistes français ont dénoncé la tenue de l’Eurovision à Tel Aviv, en se référant aux crimes d’Israël, dont la destruction délibérée l’année dernière du principal lieu réservé aux arts et aux spectacles, le Centre Culturel Said al-Michal.

« Nous appelons France Télévision et la délégation française à ne pas se porter garantes d’un régime qui envoie tous les vendredis des tireurs d’élite contre des enfants sans armes dans la Grande Marche du Retour à Gaza », ont déclaré les artistes.

« Un divertissement qui se respecte ne devrait pas avoir lieu sur les terres de l’apartheid. Nous ne l’aurions pas accepté en Afrique du Sud et nous ne l’acceptons pas pour Israël. »

Le célèbre artiste de BD Tardi a fait cet album pour souligner cet aspect :

Dans un même esprit, des dizaines de vétérans du mouvement irlandais de solidarité contre l’apartheid en Afrique du Sud ont amplifié leurs demandes à la concurrente irlandaise, Sarah McTernan, pour qu’elle se retire de l’Eurovision.

« Comme avec la promotion par l’apartheid sud-africain de ‘Sun City’ en tant que lieu de divertissement, il est tout simplement impossible de regarder l’Eurovision se tenir à Tel Aviv comme un événement tout bonnement culturel et apolitique », déclare leur lettre dans The Irish Times.

«Nous demandons à Sarah McTernan d’entendre l’appel du peuple palestinien à ne pas faire de mal, à ne pas franchir leur ligne de piquetage. »

Mike Murphy, ancien hébergeur de l’Eurovision à la télé irlandaise, a enregistré cette vidéo qui annonce son soutien au boycott :

Et mardi à Genève, des militants ont transmis au quartier général de l’Union Européenne de Radio-télévision, l’organisme qui organise le concours, une pétition signée par 136.000 personnes contre la tenue de l’Eurovision à Tel Aviv :

Echec

Les dirigeants israéliens vont sans doute se féliciter du fait que, quelques jours seulement avant le début du concours, aucun artiste n’ait annoncé son retrait.

Cependant, Klemens Hannigan et Matthias Haraldsson, agents d’Hatari, candidats de l’Islande, ont dit qu’ils étaient « perturbés » à l’idée d’être à Tel Aviv, et qu’ils étaient allés la semaine dernière à Hébron en Cisjordanie occupée.

« La réalité politique est vraiment perturbante, et l’apartheid était si visible à Hébron », a dit Haraldsson à l’interviewer.

Les responsables israéliens avaient, semble-t-il, envisagé d’interdire l’entrée à Hatari à cause du soutien du groupe aux droits des Palestiniens.

Mais Hannigan a dit que les musiciens envisageaient toujours de jouer à Tel Aviv – malgré un appel direct des Palestiniens – parce que « nous espérons faire prendre conscience au monde grâce à l’Eurovision ».

Mais, sous d’autres aspects, l’Eurovision est déjà un énorme échec pour Israël.

Le flot attendu de touristes qu’Israël espérait voir venir à Tel Aviv a échoué à se concrétiser, et le prix des hôtels et des avions a dégringolé.

Avec les milliers de billets pour les concerts de l’Eurovision restés invendus, les organisateurs sont maintenant en train de distribuer les places aux résidents des communautés qui environnent la Bande de Gaza assiégée.

Un message essentiel de la propagande israélienne consiste à présenter le pays comme amusant, sans controverse et « normal », et comme une destination attrayante pour le tourisme et les événements culturels.

A contrario, la couverture médiatique internationale s’est en grande partie focalisée sur l’appel des Palestiniens au boycott, surtout à l’éclairage de la très récente campagne de bombardements de Gaza par Israël, aidant ainsi à accroître la conscience du public sur les abus d’Israël.

Ceci a obligé Israël à se mettre sur la défensive, annonçant que, dans un nouvel effort pour museler la protestation et la contestation, il interdirait aux militants européens des droits de l’Homme d’entrer dans le pays .

L’organisation du soutien au boycott a été telle qu’Israël a utilisé à plusieurs reprises son appli smartphone officielle Act.IL pour truquer les sondages en ligne en sa faveur.

Mesures désespérées

Israël a par ailleurs lancé une campagne publicitaire tapageuse pour essayer de contrer les appels au boycott.

Le diffuseur public Kan, qui produit l’Eurovision de Tel Aviv, a lancé cette vidéo soi-disant enjouée dans un ultime effort pour attirer les touristes :

Mais le PACBI, la Campagne Palestinienne pour le Boycott Académique et Culturel d’Israël, a accusé la vidéo de propagande désespérée qui « prétend mensongèrement que la Jérusalem Est palestinienne occupée fait partie d’Israël et dont le contenu est antisémite et misogyne ».

Par exemple, la vidéo de Kan comporte une phrase qui fait écho à l’antisémitisme classique comme quoi « la plupart d’entre nous sont juifs, mais seuls quelques uns sont cupides ».

La demi-finale de l’Eurovision commence le 14 mai et la grande finale est le 18 mai.

L’année dernière, le 14 mai, Israël a perpétré le massacre de quelques 60 civils palestiniens non armés qui manifestaient contre le siège de la Bande de Gaza occupée et qui réclamaient leur droit à revenir sur les terres familiales d’où ils avaient expulsés parce qu’ils n’étaient pas juifs.

Le 15 mai, les Palestiniens commémoreront le 71ème anniversaire de la Nakba – le nettoyage ethnique systématique de la Palestine afin d’y créer Israël.

En agissant ainsi, les Palestiniens sont déterminés à ne pas permettre à l’Eurovision de servir à camoufler les crimes passés et présents d’Israël – même lorsque les célébrations de l’Eurovision se tiennent directement sur les ruines de leurs communautés.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : The Electronic Intifada