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Tamara Nassar – 1er mai 2019

Des milliers de personnes ont signé une pétition appelant la représentante de l’Irlande, Sarah Mc Ternan, à se retirer du Concours de Chansons de l’Eurovision de ce mois-ci à Tel Aviv. (RTE 2019 / Lili Forberg)

Une initiative de propagande soutenue par le gouvernement israélien essaie de mettre en ligne un autre sondage pour savoir s’il devrait y avoir un boycott du Concours de Chansons de l’Eurovision à Tel Aviv plus tard ce mois-ci.

Cet effort désespéré pour manipuler l’opinion publique intervient alors que les organisateurs israéliens se démènent pour se débarrasser de milliers de billets invendus pour l’événement.

La publication irlandaise The Journal.ie a organisé un sondage pour demander aux lecteurs s’ils soutenaient le boycott.

Mardi, les résultats du sondage donnaient 56 % en faveur du boycott et 38 % contre.

La campagne d’astroturfing [campagne pour faire croire à une opinion populaire spontanée] sur l’appli Act.IL a été lancée quelque part entre mardi et mercredi, selon le chercheur Michael Bueckert qui pilote le compte Twitter @AntiBDSApp pour suivre et exposer les activités de l’application.

Pendant cette période, les résultats du sondage ont radicalement changé d’orientation.

A ce jour,  le sondage donne 39 % pour le boycott et 57 % contre.

Ce n’est pas la première fois que cette application israélienne manipule un sondage via TheJournal.ie.

L’année dernière, les opérateurs de l’application ont eu le mérite d’avoir géré avec succès un sondage similaire demandant si le radiodiffuseur national d’Irlande RTE devrait respecter le boycott de l’Eurovision.

Cela a suscité des interrogations quant à savoir si Israël aurait pu utiliser des méthodes similaires pour assurer sa victoire au concours de l’Eurovision en 2018, décidé en grande partie obtenu avec le vote par téléphone et par SMS par les téléspectateurs.

Act.IL est une application pour smartphone financée par le gouvernement israélien qui incite les utilisateurs à prendre des mesures en ligne qui donnant l’impression qu’ Israël bénéficie d’un soutien beaucoup plus important de la part de ses citoyens qu’il n’en a réellement.

Cette tactique est connue sous le nom d’astroturfing.

L’appli a par ailleurs poussé les utilisateurs à signer des pétitions et à faire des commentaires pro-israéliens sur les posts en lien avec l’Eurovision.

L’accent mis sur l’Irlande n’est pas surprenant étant donné qu’il y a eu là-bas une grosse campagne en faveur d’un boycott.

Pas loin de 6.000 personnes ont signé une pétition appelant la candidate irlandaise Sarah McTernan à se retirer du concours.

Faible participation

Le concours de l’Eurovision a besoin de tout le soutien qu’il peut obtenir, étant donné « que la vague attendue de touristes n’a pas réussi à se concrétiser », selon un rapport du média économique israélien Globes.

Résultat, des milliers de billets pour l’Eurovision restent invendus, et le prix des hôtels et des vols pour Tel Aviv s’effondre.

« La situation en Israël n’est pas normale », a dit au Jerusalem Post William Lee Adams, blogueur enthousiaste de l’Eurovision.

« Je n’ai jamais vu une situation où tant de places restent invendues aussi près du spectacle.

« Généralement, les billets pour les spectacles vivants se vendent immédiatement après leur livraison », a fait observer Adams.

Kan, le diffuseur public israélien qui produit l’événement à Tel Aviv, a été contraint par le gouvernement israélien de faire un emprunt pour couvrir les dépenses du concert.

Cela a abouti à des prix très élevés du billet que « même les Israéliens avec des salaires israéliens ne sont pas prêts à payer », selon Adams.

Sharon Ben-David, porte-parole de Kan pour l’Eurovision, a dit que le diffuseur n’était « pas inquiet », ajoutant que « les gens achèteront les billets ».

La municipalité de Tel Aviv subventionne certains frais pour essayer d’attirer plus de touristes, « mais il semble que ces démarches arrivent trop tard pour contrecarrer la réputation de la ville », a rapporté The Jerusalem Post.

Tel Aviv est vue comme une destination très chère pour les touristes.

Israël voit l’accueil de l’Eurovision comme une énorme opportunité de propagande internationale et le traite comme un « projet national » avec le soutien total du gouvernement et plus de 30 millions $ de financement par l’État.

Célébrer le nettoyage ethnique

L’ouverture de l’Eurovision est prévue pour le 14 mai, dite Journée de l’Indépendance d’Israël.

Le même jour, Israël prévoit de donner à une station de train à Jérusalem Est occupée le nom du président américain Donald Trump pour avoir transféré l’ambassade américaine à Jérusalem l’année dernière, a annoncé sur Twitter le ministre israélien des Tranports Yisrael Katz.

Le 14 mai de l’année dernière, jour où s’est ouverte l’ambassade américaine, les forces d’occupation israéliennes ont abattu à Gaza des dizaines de Palestiniens non armés et en ont blessé des milliers, alors que des dizaines de milliers de personnes manifestaient le long du périmètre oriental du territoire assiégé.

Tenues la veille de la Journée de la Nakba – où les Palestiniens commémorent le nettoyage ethnique de leur terre natale pour laisser la place à Israël en mai 1948 – ces manifestations ont été parmi les plus importantes jamais organisées sur le territoire.

Ces meurtres du 14 mai représentent le plus gros massacre commis en un seul jour par Israël dans la Bande de Gaza au cours des manifestations tenues sous la bannière de la Grande Marche du Retour.

Franchir la ligne de piquetage

Des dizaines de personnalités internationales de la culture et du monde des affaires ont signé une lettre pour s’opposer à l‘appel des Palestiniens à boycotter le concours.

Cette lettre a été préparée par la Communauté Créative pour la Paix, groupe de tête du lobby israélien d’extrême droite StandWithUs (Soyez à nos côtés).

Dans cette initiative, on trouvait apparemment Weber Shandwick, une des plus importantes entreprises mondiales de relations publiques.

https://twitter.com/TaliShapiro/status/1123185183405092864

La lettre indique que « l’esprit de convivialité se retrouve sous l’attaque de ceux qui appellent à boycotter l’Eurovision », ajoutant que la campagne de boycott culturel « subvertit l’esprit du concours et en fait un outil de division devenu une arme de division ».

Parmi les signataires qui appellent les gens à saper et à franchir la ligne de piquetage palestinienne on trouve l’artiste serbe Marina Abramovic, le comédien britannique Stephen Fry et la personnalité de la télé-réalité britannique Sharon Osbourne.

La lettre ne mentionne pas que les Palestiniens de Cisjordanie et de la Bande de Gaza occupées et les réfugiés palestiniens exilés de force hors de leur terre natale ne peuvent pas assister au concours de chansons à cause des restrictions discriminatoires israéliennes.

Malgré cela, la lettre prétend faussement que l’Eurovision « incarne ce pouvoir d’unification » pour « aider à construire un pont sur nos différences culturelles et rassembler des gens de tous milieux ».

Plus de 100 artistes palestiniens ont signé en mars une lettre appelant les concurrents à boycotter l’Eurovision et « à éviter de participer au programme explicite d’Israël qui consiste à utiliser la participation d’artistes internationaux pour blanchir ses crimes contre l’humanité ».

« Si on suit la côte depuis Tel Aviv, on arrive a la Bande de Gaza assiégée, où Israël a mis en cage deux millions d’entre nous », déclare la lettre ;

Plus de deux douzaines d’artistes israéliens ont signé une lettre similaire le mois dernier, et les associations LGBTQ ont lancé le même appel.

En début d’année, des personnalités britanniques ont signé une lettre pour exhorter la BBC à annuler sa couverture de l’événement, en faisant référence aux abus d’Israël contre les droits de l’Homme.

Appels à se désister

Entre temps, les Palestiniens appellent Hatari, le concurrent d’Islande à l’Eurovision, à se retirer du concours, en particulier pour être « connu pour défendre les droits des Palestiniens ».

« Les artistes qui insistent pour franchir la ligne de piquetage des Palestiniens, jouant Tel Aviv au mépris de nos appels, ne peuvent pas équilibrer le tord qu’ils font à la lutte pour nos droits fondamentaux en ‘compensant’ leur complicité par quelque projet avec les Palestiniens », a déclaré l’association le PACBI, Campagne Palestinienne pour le Boycott Académique et Culturel d’Israël.

« La façon la plus significative d‘exprimer sa solidarité, c’est d’annuler les représentations dans l’Israël d’apartheid. »

Israël envisageait d’interdire le groupe islandais pour son projet de manifester pendant le concours contre les abus d’Israël, ainsi que pour son soutien au mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions pour l es droits des Palestiniens.

Hatari a été menacé d’une action juridique par Shurat HaDin, association israélienne liée à l’agence d’espionnage et d’assassinat le Mossad.

Pendant ce temps, Madonna fait face à une réaction violente pour son apparition prévue à l’Eurovision de Tel Aviv.

L’interprétation de deux chansons par la pop star doit coûter 1 million $ qui seront versés par un magnat de l’immobilier canadien-israélien et « l’auto-désigné ambassadeur extraordinaire pour Israël » Sylvan Adams.

L’ancien soldat israélien Gal Gadot, vedette de la superproduction Wonder Woman, est aussi prévu pour une apparition à la finale du concours.

Les producteurs israéliens de l’Eurovision essaient également de convaincre l’acteur américain Will Ferrell d’apparaître sur scène.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : The Electronic Intifada