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Par Noura Erakat, 16 avril

Noura Erakat est avocate des droits de l’homme et professeure assistante à l’Université George Mason. Elle est l’auteure de Justice for Some: Law and the Question of Palestine (« La justice pour certains : le droit et la question de la Palestine »).

La semaine dernière, les Israéliens ont élu Benjamin Netanyahou premier ministre pour un cinquième mandat, malgré la menace de sa mise en accusation dans trois cas de corruption. Les transgressions criminelles dont il est accusé semblent ne pas peser lourd en face du pacte que Netanyahou a planifié avec le parti ouvertement raciste et fasciste Jewish Power. Des membres de ce parti, composé de partisans de l’extrémiste Meir Kahane, dont le parti Kach est considéré comme une organisation terroriste par les États-Unis, occuperont probablement des postes de responsabilité dans le prochain gouvernement de Netanyahu. Avec la loi sur l’État-nation adoptée l’été dernier, un amendement constitutionnel déclarant Israël comme l’État des juifs – et non de ses citoyens – et faisant de la colonisation juive une priorité du gouvernement, les Israéliens ne pourraient être plus clairs: ils ont de nouveau choisi le racisme et l’apartheid.

Même l’opposition de Netanyahu ne présente pas d’alternative à cet agenda de droite. Le Parti Bleu Blanc, dirigé par le général à la retraite Benny Gantz et qui se décrit comme « centriste », ne soutient pas la création d’un État palestinien ni des droits pour les Palestiniens dans aucune partie de la Palestine historique, refusant même de siéger avec des partis représentant les Palestiniens citoyens d’Israël dans un gouvernement de coalition. En lançant sa campagne, Gantz s’est vanté d’avoir « ramenés à l’âge de pierre », en les bombardant, des quartiers de la Bande de Gaza assiégée, dans des annonces présentant un nombre croissant de victimes palestiniennes.

Bien entendu, les élections ont exclu les quelque 6 millions de Palestiniens de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza occupées par Israël, qui sont soumis à la loi martiale et à qui on nie le droit de vote ainsi que le droit d’être souverains dans leur propre pays. Cette formule est tellement normalisée chez les Israéliens qu’elle n’a même jamais été évoquée pendant la campagne. Ni Netanyahu, ni la plate-forme Bleue et Blanche n’ont offert un avenir viable aux Palestiniens, précisément parce que la majorité des électeurs israéliens sont de plus en plus à droite en ce qui concerne les droits des juifs Israéliens et l’utilisation de la force militaire pour soumettre les Palestiniens.

La réalité sur le terrain aujourd’hui est sombre. Au cours des derniers jours de la campagne, Netanyahu a promis d’annexer la Cisjordanie, ce qui porterait un dernier coup à la solution des deux États. Le soutien du président Trump à Netanyahu n’a fait que renforcer davantage la droite. Trump a déplacé l’ambassade des États-Unis de Tel Aviv à Jérusalem, a fermé le bureau de l’OLP à Washington, mis fin à l’aide aux réfugiés palestiniens et à des projets humanitaires clés en Cisjordanie, et a récemment reconnu la souveraineté d’Israël sur le Plateau du Golan syrien occupé.

Selon l’avocate palestinienne des droits de l’homme Noura Erakat, les manifestants à Gaza ne sont pas des pions du Hamas ; ils luttent pour la liberté que tous les humains veulent. (Gillian Brockell, Kate Woodsome/The Washington Post)

Les jeunes Palestiniens, nés et élevés à l’ère des accords d’Oslo et des guerres répétées d’Israël à Gaza, espèrent de moins en moins en la solution des deux États. Ils sont cyniques à propos de tous les dirigeants nationaux palestiniens, du Fatah au Hamas, et cherchent un autre avenir. Ce sont les jeunes qui ont lancé la Grande Marche du retour, la plus grande convergence populaire à Gaza pour revendiquer la liberté et le droit au retour des réfugiés palestiniens.

Les jeunes Palestiniens sont le moteur de nouveaux efforts politiques tels que Palestinian Youth Movement (le Mouvement de la jeunesse palestinienne), qui relie les Palestiniens âgés de 18 à 35 ans à une diaspora mondiale dans le but de reconstituer une politique nationale de résistance. Les jeunes Palestiniens sont également les principaux défenseurs du mouvement mondial de BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions) qui contourne les négociations politiques et revendique au nom du droit l’égalité, le retour des réfugiés et la fin de l’occupation des terres arabes. Malgré le dénuement, le triste statu quo entretient une politique d’espoir chez les jeunes Palestiniens en particulier.

Cet espoir fait écho à une tendance similaire aux États-Unis, où les jeunes poussent vers un changement sans précédent de la politique états-unienne sur le Moyen-Orient et la liberté des Palestiniens fait partie intégrante d’un agenda progressiste. Le soutien de Trump à Netanyahu par Trump montre de plus en plus clairement au public états-unien que la droite réactionnaire incarnée par Trump est la situation normalisée en Israël. L’alliance Trump-Netanyahu s’est affichée dans les attaques concertées et hypocrites contre la députée Ilhan Omar (Démocrate, du Minnesota) qui, dans son plaidoyer en faveur de toutes les communautés marginalisées, a mis en lumière l’impact négatif que le soutien inconditionnel des États-Unis à Israël a pour les Palestiniens.

Des mouvements sociaux tels que Black Lives Matter et des événements tels que la Marche des femmes, reposant sur une base similaire, ont intégré la liberté des Palestiniens à leurs plates-formes de revendication. Les sondages indiquent que depuis que Trump est entré en fonction, il y a deux ans, les Américains enclins à sympathiser avec Israël concernant les Palestiniens sont moins nombreux, alors qu’une majorité de démocrates ont déclaré qu’ils seraient favorables à des sanctions ou à une action plus énergique contre Israël en raison de la construction de colonies.

La victoire électorale de Netanyahou constitue sans aucun doute un autre tournant douloureux dans le chapitre de la lutte palestinienne pour la liberté. Mais si les tendances actuelles aux États-Unis et en Palestine sont un indicateur, une nouvelle génération de militants et de jeunes offre des raisons d’espérer. Notre responsabilité est de suivre leur exemple alors qu’ils tentent de démanteler les structures du racisme et de l’oppression à travers le monde et de les aider à construire un autre monde fondé sur la justice et la dignité pour tous.

Même s’il semble que la situation des Palestiniens sur le terrain n’ait jamais été aussi mauvaise, les possibilités de changement aux États-Unis et parmi les jeunes Palestiniens n’ont jamais été aussi encourageantes.

Traduction : MUV pour l’Agence France Palestine

Source : The Washington Post