« L’avenir est sombre » : les Palestiniens réagissent aux élections israéliennes

Par Sufian Taha et Oliver Holmes, à Jérusalem, et Hazem Balousha, à Gaza – The Guardian – 10 avril 2019

Un Palestinien lit un journal local pour s’informer sur les élections israéliennes, à Hébron, en Cisjordanie occupée par Israël. Photo : Mussa Issa Qawasma/Reuters

Les Palestiniens et leurs dirigeants en Cisjordanie et dans la bande de Gaza occupées ont réagi avec horreur et apathie à la réélection probable de Benjamin Netanyahu et de ses alliés de droite.

Hanan Ashrawi, personnalité palestinienne de premier plan, a déclaré que les Israéliens avaient « voté à une écrasante majorité pour des candidats s’étant explicitement engagés à ancrer le statu quo de l’oppression, de l’occupation, de l’annexion et de la dépossession en Palestine.

« Ils ont choisi un parlement presque exclusivement à droite, xénophobe et anti-palestinien, pour les représenter. Les Israéliens ont choisi d’enraciner et d’étendre l’apartheid ».

Dans le scrutin de mardi, un  bloc de politiciens religieux ultranationalistes et conservateurs a pris la tête, un grand nombre d’entre eux rejetant ouvertement les tentatives de paix. Les partis plus enclins à la paix sont en forte baisse.

Quelques jours avant le scrutin, Netanyahu avait déclaré qu’il envisageait d’annexer les colonies juives en Cisjordanie s’il obtenait un cinquième mandat. On s’attend maintenant à ce qu’il forme une coalition avec une alliance de l’extrême droite comprenant des politiciens farouchement pro-colonisation de peuplement.

Ahmed Majdalani, un assistant du Président palestinien Mahmoud Abbas, affirme que les Palestiniens vont rechercher un soutien mondial pour bloquer  tout projet d’annexion de la part du « camp d’extrême droite » d’Israël.

Mais Adel Khafajah, un ingénieur mécanicien de 55 ans de Ramallah, affirme qu’il s’attend à de nouvelles constructions de colonies de peuplement et confiscations de terre de Palestiniens en Cisjordanie.

« Je n’aperçois aucun horizon politique vers un règlement quelconque avec nous… Des affrontements inévitables s’annoncent », dit-il. « Je peux vous dire un chose : l’avenir est aussi sombre qu’une nuit sans lune. Ce gouvernement de droite est avide de plus de terres, plus de contrôle. Que Dieu ai pitié de nous ».

Netanyahu a recherché le soutien de Donald Trump pour bloquer la possibilité d’un futur État palestinien.

En 2017, le Président des États-Unis avait déclaré la ville controversée de Jérusalem capitale d’Israël, avant de fermer les bureaux diplomatiques palestiniens à Washington. D’autres politiques US ont été critiquées comme sanctionnant les Palestiniens, notamment en réduisant les aides humanitaires de plusieurs centaines de millions de dollars.

« C’est la même histoire depuis 50 ans » dit Nazer Jameel, de Ramallah. « Pour nous, Palestiniens, Jérusalem c’est du passé, la Cisjordanie est remplie de colonies » dit-il, ajoutant que des candidats à l’élection « s’étaient vantés de savoir qui pourrait nuire le plus aux Palestiniens, afin de gagner l’élection ».

À Gaza, gouvernée par le groupe politique et militant palestinien Hamas et soumise à un blocus rigoureux de la part des Israéliens et des Égyptiens depuis plus d’une décennie, certains habitants sont désespérés.

Le Hamas et Israël ont mené trois guerres l’un contre l’autre depuis 2008. La faction palestinienne a tiré des roquettes sur Israël au cours de l’année écoulée, pendant qu’Israël conduisait des raids de bombardement. Et Israël, en un an, a tué près de 200 Palestiniens et en a blessé des milliers d’autres qui participaient à un mouvement de protestation à la frontière.

« Je ne m’intéresse pas aux résultats des élections israéliennes » dit Mohammed Sultan 41 ans, un enseignant qui vit dans l’enclave. « Quel que soit le résultat, la situation des Palestiniens à Gaza ne changera pas. Que Netanyahu gagne ou non, rien ne changera ».

Mohammed Sultan a évoqué une vidéo de la campagne qui a été publiée par le principal rival de Netanyahu, Benny Gantz, et qui montrait la destruction d’un quartier à Gaza durant la guerre de 2014, guerre qu’il a conduite en tant que chef de l’armée. Dans la vidéo montrant des bâtiments rasés, Gantz fanfaronne sur les « terroristes » qui y avaient été tués.

Et Mohammed Sultan d’ajouter : « Les Israéliens, tout au long de l’histoire, ont traité Gaza avec violence ».

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source: The Guardian