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Michael Schaeffer Omer-Man – 9 janvier 2019

View of an agricultural aircraft, in Hevel Lakhish, Southern Israel. Agricultural aircrafts are used for aerial application of pesticides or fertilizers. July 13, 2014. Photo by Moshe Shai/FLASH90

Dans une lettre urgente aux responsables militaires israéliens, des groupes de défense des droits humains demandent qu’Israëcesse immédiatement de répandre des produits chimiques dangereux dans Gaza.

L’armée israélienne continue à répandre de dangereux herbicides sur les champs agricoles de la Bande de Gaza, trois ans après le rapport de +972 Magazine sur cette pratique. Cette semaine, trois groupes de défense des droits humains palestiniens et un groupe israélien ont envoyé une lettre aux responsables militaires israéliens, leur demandant de cesser immédiatement de répandre de dangereux produits chimiques dans Gaza.

La dernière occurrence de l’épandage d’herbicides, en utilisant un produit qui serait carcinogène, a eu lieu début décembre. De nombreuses récoltes ont été endommagées à cause de cela dans Gaza, selon les groupes de droits humains.

« Les fermiers ont subi des pertes massives à la suite de l’épandage et ont été exposés à des risques sanitaires associés aux agents chimiques utilisés dans l’épandage », ont déclaré Al Mezan, Gisha et Adalah dans leur lettre au ministre israélien de la Défense, Benjamin Netanyahu, ainsi qu’au procureur général du pays et à l’avocat général militaire.

Les groupes de défense ont ajouté mercredi dans une déclaration commune : « L’épandage est une mesure hautement destructive, portant atteinte aux droits humains fondamentaux et violant à la fois le droit israélien et le droit international ».

Israël a pendant des années maintenu une « zone d’exclusion » unilatérale à l’intérieur de la Bande de Gaza, et a régulièrement envoyé des bulldozers et d’autres équipements de l’autre côté de la clôture pour aplanir la terre et détruire les plantes et les arbres afin de se garantir une vision dégagée. Depuis le début 2015, l’armée israélienne a traversé la clôture plus de 207 fois dans des opérations de ce genre, une moyenne de plus de deux fois par semaine.

En décembre 2015, l’armée israélienne a admis pour la première fois, en réponse aux questions de +972 Magazine, qu’elle utilisait ausi des herbicides à l’intérieur de Gaza. Selon un reportage de suivi d’Amira Hass pour Haaretz, près de 3 500 acres (14 000 dunams) de terres agricoles de Gaza ont été endommagées par cette pratique. L’épandage a aussi endommagé les cultures israéliennes le long de la clôture.

La lettre des groupes de défense des droits humains révèle aussi que les produits chimiques répandus par le fournisseur de l’armée israélienne, Roundup, ont été déclarés carcinogènes par l’Organisation mondiale de la santé et ne sont pas adaptés pour un épandage aérien, à la fois à cause des risques pour la santé et à cause du risque posé aux cultures voisines.

A Palestinian worker collects peas during the harvest in a field in Khuza’a, next to the border between Israel and the southern Gaza Strip in the town of Khan Yunis on January 27, 2014. Photo by Abed Rahim Khatib/Flash90 

En 2016, les fermiers ont demandé que l’armée les dédommage pour les dégâts. L’armée a refusé.

En dépit de la confirmation par les forces armées israéliennes à +972, et ultérieurement  à Gisha, qu’elles avaient répandu des herbicides dans la Bande de Gaza, le ministre israélien de la Défense a affirmé dans une déposition que les avions ne survolaient que le territoire israélien. Les fermiers de Gaza, cependant, ont déclaré que les avions volaient certainement dans l’espace aérien de Gaza.

De plus, selon les documents obtenus par les groupes de défense des droits grâce à une requête en liberté d’information, l’épandage est effectué délibérément lorsque le vent peut emporter les produits vers l’intérieur de Gaza et non sur les champs israéliens.

Il est bien connu que pendant la guerre du Vietnam, les Etats-Unis ont répandu l’agent Orange, le napalm et d’autres herbicides et défoliants pour détruire de vastes bandes de jungle au Vietnam à des fins militaires. Lorsque les effets sanitaires et environnementaux de ces pratiques sont devenus clairs, cependant, la communauté internationale a initié la Convention sur les modifications environnementales restreignant l’usage de la guerre biologique, convention qui est entrée en effet en 1978. Israël ne fait pas partie de la convention.

Israël s’est « désengagé » unilatéralement de la Bande de Gaza en 2005, retirant les troupes qui y étaient stationnées depuis près de quarante ans. L’armée israélienne n’a cependant pas renoncé à son contrôle sur la Bande et le maintient sur différents points : les personnes et les marchandises qui sont autorisées à entrer dans Gaza ou à en sortir ; les frontières maritimes de la Bande de Gaza, y compris les endroits où les pêcheurs peuvent pêcher ; la « zone d’exclusion » à l’intérieur de Gaza, à ses frontières orientale et septentrionale ; son espace aérien ; son registre de population ; et les déplacements entre Gaza et le reste des territoires occupés.

Traduction : CG pour l’Agence Média Palestine
Source : 972mag