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Haidar Eid – 2 janvier 2019

L’histoire aura son mot à dire, mais le prix à payer en sera élevé.

Gaza : Le grand penseur marxiste italien, Antonio Gramsci, a écrit d’un point de vue critique sur la raison pour laquelle il ne célèbre pas la venue de la nouvelle année. Il a aussi écrit avec beaucoup d’éloquence sur le pessimisme de l’intellect et l’optimisme de la volonté. Telles sont les deux idées qui sous-tendent ces réflexions sur la nouvelle année.

Dans une déclaration souvent citée, l’archevêque sud-africain Desmond Tutu, lauréat du prix Nobel, a dit un jour : « Si vous êtes neutre en situation d’injustice, alors vous avez choisi le côté de l’oppresseur ».

Hélas, alors que les Forces d’occupation israéliennes bombardaient lourdement des quartiers entiers de Gaza au cours de trois massacres successifs, chacun recevant un nom grotesque par les chefs militaires obtus de l’apartheid israélien, et que l’État israélien continue de massacrer les civils à la clôture orientale de Gaza, les Nations-Unies, la Ligue arabe et la communauté internationale sont, de façon générale, restées silencieuses face aux atrocités parfaitement connues commises par les soldats israéliens à la gâchette facile.

Nous avons donc raison d’arriver à la conclusion qu’elles se placent du côté d’Israël. Les milliers de cadavres d’enfants et de femmes ne sont pas parvenus à les convaincre d’intervenir.

Mais nous savons aussi que c’est la même communauté internationale qui est restée silencieuse pendant plus de 30 années pendant que le système d’apartheid inhumain massacrait les Sud-Africains noirs !

Il ne nous reste, par conséquent, qu’une seule option, une option qui n’attend pas après le Conseil de sécurité des Nations-Unies ni les sommets arabes et islamiques : l’option de la puissance du peuple, comme nous l’avons dit à maintes reprises.

Cela reste la seule puissance capable de compenser le déséquilibre de la puissance massive entre une colonie de peuplement nucléaire à tendance génocidaire, et une population originaire de cette terre colonisée.

L’horreur du régime raciste d’apartheid en Afrique du Sud a été contestée par une campagne soutenue de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) lancée en 1958 et relancée en 1960, vu l’urgence après le massacre de Sharpeville, et au milieu des années 1970 après le soulèvement de Soweto.

Un embargo militaire a été imposé au régime d’apartheid pour tenter de remédier à l’énorme déséquilibre des forces, et en soutien aux Noirs opprimés en Afrique du Sud. Cette campagne a finalement conduit à l’effondrement de la domination des Blancs en Afrique du Sud en 1994, et ses bantoustans satellites ont été démantelés au profit de la création d’un État multiracial, démocratique, un État pour TOUS ses citoyens, sans distinction de race, religion ou sexe.

De la même façon, l’appel palestinien aux boycott, désinvestissement et sanctions prend de l’ampleur depuis 2005. La Gaza de 2009, 2012, 2014 et 2018, (la Grande Marche du Retour), comme Sharpeville en 1960, ne peut être ignorée : elle exige une réponse de la part de tous ceux qui croient en une humanité commune.

Le moment est venu de boycotter l’État d’apartheid israélien, de s’en désinvestir et de lui imposer des sanctions. Avec toujours plus d’armes fournies par les États-Unis et l’Europe, Israël va continuer non seulement de tuer plus de civils, prétendant que ce sont des terroristes, mais encore de s’assurer que le monde arabe reste régi par des despotes dont la survie même dépend d’Israël et des USA.

Le courageux journaliste australien John Pilger a ceci à dire :

« Ce qui arrive à Gaza est le moment déterminant de notre époque qui, soit accorde l’immunité de notre silence à l’impunité des criminels de guerre, tandis que nous contournons notre propre intellect et moralité, soit nous donne la puissance de nous exprimer ».

Une combinaison d’une mobilisation de masse sur le terrain et d’une solidarité internationale, devient par conséquent le chemin qu’il faut suivre. C’est le sentiment que l’on ressent chaque vendredi à la clôture orientale du camp de concentration de Gaza, où des dizaines de milliers de Gazaouis manifestent, exigent la mise en œuvre de leur droit au retour sanctionné par les Nations-Unies.

Nous faisons partie d’un mouvement mondial de résistance à l’exclusivisme religieux, à la xénophobie, et à la vision tribaliste du monde représentée par la montée de l’extrême droite aux États-Unis et en Israël.

Les plus récentes victoires du BDS apportent la preuve que la chance tourne, que comme avec l’Amérique du Sud, l’Irlande du Nord et l’Afrique du Sud, l’histoire aura son mot à dire, mais que le prix en sera élevé, merci au sang versé à la clôture orientale de Gaza, à celui de Razan Najjar et de Yasser Murataja et d’Ahmed Udaini, et à celui de tous les autres martyrs de la Palestine libre.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source: Thecitizen.in