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Haidar Eid – 27 décembre 2018 – Mondoweiss

 

Un Palestinien inspecte un immeuble qui a été détruit par une frappe aérienne sur Gaza, le 27 décembre 2008. Ce jour-là, Israël a pilonné des cibles du Hamas dans la bande de Gaza, tuant au moins 210 personnes, marquant le début de l’Opération Plomb durci. (Photo : APAIMAGES PHOTO/NAAMAN OMAR)

Cette semaine marque le 10e anniversaire de l’horreur infligée à la population de la bande de Gaza quand les avions de guerre israéliens ont lancé des frappes aériennes massives sur la Bande assiégée. Rien n’a changé ! Et pour comble d’insulte, et parce que la soi-disant « communauté internationale » n’a absolument rien fait pour mettre fin aux crimes de guerre d’Israël, ce dernier a réitéré ses attaques, en 2012, et en 2014, tuant plus de 4000 civils et en en blessant des dizaines de milliers. Durant le massacre de 2008, un soldat israélien aurait déclaré dans une interview : « C’est ça qui est si bien, à ce que l’on dit, avec Gaza : vous voyez quelqu’un sur une route, qui marche le long d’un sentier. Pas besoin qu’il soit armé, vous n’avez pas besoin de l’identifier d’une manière ou d’une autre, simplement vous n’avez qu’à tirer sur lui ». Voilà comment s’exprime l’idéologie dominante qui règne en Israël.

Et maintenant, Gaza est revenue à son état de siège, confrontée à la même apathie internationale. Dix ans après l’agression israélienne qui a duré 22 longs jours et nuits noires, durant lesquels sa population courageuse a été laissée seule face à l’une des armées les plus puissantes au monde, Gaza ne fait plus la une des journaux. Sa population meurt lentement, ses enfants souffrent de malnutrition, son eau est contaminée, et malgré cela, Gaz est toujours privée du moindre mot de sympathie de la part des dirigeants du « monde civilisé ». En fait, c’est la déshumanisation des Palestiniens de Gaza qui se poursuit, sans relâche. Près de 300 civils ont été tués par les tireurs embusqués israéliens postés dans des fossés à la clôture orientale de la Bande, depuis le déclenchement en mars 2018 d’une série de manifestations non violentes, dans le cadre de la Grande Marche du Retour. Et la communauté internationale est toujours aveugle et sourde.

Israël n’aurait pu lancer sa violente agression, précédée et suivie d’un siège punitif, sans le feu vert des puissances mondiales dominantes. La question urgente est de savoir comment en faire tenir Israël responsable en vertu du droit international et des principes fondamentaux des droits de l’homme, afin de prévenir une nouvelle escalade et un bain de sang encore plus grave, aujourd’hui alors que les Israéliens se préparent pour de nouvelles élections à la Knesset, en avril. Nous savons ce que cela signifie : plus de souffrance palestinienne, car les partis sionistes en compétition utiliseront cela pour s’assurer plus de voix.

Un moyen pour commencer à faire rendre des comptes à Israël est le témoignage direct et la solidarité citoyenne. Par exemple, ce groupe de citoyens israéliens courageux qui manifestent de l’autre côté de la clôture en solidarité avec la Grande Marche du Retour et pour rappeler au monde les conséquences cruelles du siège et du massacre qui se poursuit. C’est l’une des actions remarquables entreprises par un très petit nombre d’Israéliens de conscience qui ont décidé d’agir de leur propre initiative. Mais cela ne suffit pas pour arrêter la « plus grande Shoah » dont nous avons été menacés.

Un membre des forces de sécurité du Hamas inspecte un immeuble qui a été détruit par une frappe aérienne dans Gaza, le 27 décembre 2008. Israël a pilonné les cibles du Hamas dans la bande de Gaza, tuant au moins 210 personnes dans l’une des journées les plus sanglantes de ce conflit qui dure depuis des décennies au Moyen-Orient. (Photo : APAIMAGES PHOTO/NAAMAN OMAR)

La réaction de la communauté internationale a été très décevante avec une administration américaine, suivie par les gouvernements australien et brésilien, reconnaissant Jérusalem comme la capitale d’Israël. L’Union européenne se paie de mots sur les droits de l’homme des Palestiniens mais sans prendre une seule mesure concrète pour sanctionner celui qui les viole ; les États-Unis, comme l’Union européenne, continuent de renforcer leurs liens avec Israël. Les gouvernements arabes, ceux du Golfe en particulier, ont accru leur normalisation avec l’apartheid Israélien sans se soucier du bain de sang à Gaza.

Une fois encore, il nous faut nous référer à l’Afrique du Sud. Le régime d’apartheid sud-africain a fait l’objet de pressions répétées lorsque le Conseil de sécurité des Nations-Unies a adopté une résolution après l’autre condamnant son traitement inhumain des Noirs. Cela a apporté un secours ô combien nécessaire aux opprimés, alors que nous, les Palestiniens, sommes privés de cet infime réconfort, parce que le gouvernement de droite des États-Unis continue d’utiliser son veto pour s’assurer qu’Israël échappe à la censure.

Aujourd’hui, il existe une lutte populaire qui grandit à l’intérieur de la Palestine, tout comme ce fut le cas dans l’Afrique du Sud de l’apartheid. Un mouvement de solidarité internationale intensifié, avec un agenda commun, peut faire que la lutte pour la Palestine résonne dans chacun des pays du monde. Et c’est exactement ce que le mouvement BDS est en train de faire en amenant l’apartheid israélien à lancer une guerre contre lui. Pour Gaza, notre objectif maintenant, en tant qu’organisations de la société civile, est de faire lever le siège génocidaire comme un premier pas vers la réalisation de tous les droits fondamentaux garantis par le droit international. Pour y parvenir, beaucoup de militants, palestiniens et internationaux, ont lancé une campagne de boycott, sur le modèle de la campagne mondiale contre l’apartheid en Afrique du Sud. Cette campagne est un mouvement démocratique qui se base sur la lutte des droits de l’homme et sur l’application du droit international. Notre lutte n’est pas religieuse, ethnique, ni raciale, mais universaliste ; c’est une lutte qui garantit l’humanisation de notre peuple face à une épouvantable machine de guerre israélienne. D’où l’importance de relier la BFDS à la Grande Marche du Retour.

En 2009, nous avons soutenu que la Gaza de 2009, comme le massacre de Sharpeville en 1960, ne pouvait être ignorée. Elle exige une réponse de la part de tous ceux qui croient en une humanité commune. Nous n’avions jamais pensé que nous assisterions à des massacres pires ! Maintenant, il est temps de boycotter l’État israélien de l’apartheid, de se désinvestir de son économie, et d’imposer des sanctions contre lui. Il est grand temps que le monde impose un embargo militaire contre Israël, de la même manière qu’il l’a fait contre le régime d’apartheid d’Afrique du Sud.

Des mains de corps palestiniens vues à l’hôpital Shifa à Gaza, le 27 décembre 2008. Les forces aériennes israéliennes ont lancé une trentaine de missiles sur des cibles dans la bande de Gaza ce jour-là, détruisant plusieurs bâtiments de police du Hamas et tuant plus de 210 personnes, affirment des responsables médicaux et des témoins. (Photo : APAIMAGES PHOTO / NAAMAN OMAR)

À propos de Haidar Eid 

Haidar Eid est maître de conférence en littérature post-coloniale et post-moderne à l’Université al-Aqsa de Gaza. Il a beaucoup écrit sur le conflit arabo-israélien, notamment  des articles publiés par Znet, The Electronic Intifada, Palestine Chronicle, et Open Democracy.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source: Mondoweiss