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Associated Press – 10 décembre 2018

En mars, les forces israéliennes déployées le long de la frontière instable avec la bande de Gaza tiraient à balles réelles sur les manifestants palestiniens qui leur lancent des pierres, depuis le début des manifestations contre ce blocus de Gaza qui se prolonge.

Et depuis huit mois, les tireurs d’élite israéliens ciblent une partie du corps plus que toute autre : les jambes.

La réponse israélienne à ce qu’elle considère être des attaques terroristes hebdomadaires le long de la frontière cherche, semble-t-il, à faire des handicapés plutôt que des morts, de ceux qui s’approchent de la clôture.

Pourtant, 175 Palestiniens ont bien été tués par balle, et un seul soldat israélien, selon le décompte d’Associated Press, et le nombre de blessés atteint des proportions colossales.

Sur les 10 511 Palestiniens soignés jusqu’à présent dans les hôpitaux et centres médicaux de Gaza, au moins 6 392, soit environ 60 %, ont été touchés dans les membres inférieurs, selon le ministère palestinien de la Santé ; au moins 5 884 de ces victimes ont été touchées par des munitions de guerre. D’autres l’ont été par des balles d’acier enrobées de caoutchouc et des grenades lacrymogènes.

La montée de la violence a laissé une marque visible sur Gaza et elle restera probablement pendant toutes les décennies à venir. Il est maintenant courant de voir de jeunes hommes marcher avec des béquilles dans les rues délabrées. La plupart ont des jambes portant des pansements ou munies d’une armature métallique appelée fixateur qui utilise des broches ou des vis insérées dans les os brisés pour les aider à être plus stables.

On voit souvent les blessés prendre le chemin, pour y être soignés, d’un centre médical qui est géré par l’association Médecins sans frontières (basée à Paris) dans la ville de Gaza, et où le photographe de l’Associated Press, Felipe Dana, a réalisé le portrait de certains d’entre eux.

Beaucoup reconnaissent avoir jeté des pierres sur les troupes israéliennes pendant les manifestations. L’un d’eux dit même avoir lancé une bombe incendiaire. Mais un auxiliaire médical dit qu’il se rendait auprès des manifestants afin d’aider à secourir des blessés, tandis qu’un autre dit qu’il agitait simplement un drapeau palestinien, et un autre encore, qu’il était en train de vendre du café et du thé.

MSF a déclaré ce mois-ci que le nombre énorme de blessés a submergé le système de santé de Gaza, lequel était déjà affaibli gravement par le blocus imposé par Israël et l’Égypte qui alimente une stagnation économique et un chômage endémique, et ravage l’approvisionnement en eau et en électricité.

L’organisation humanitaire indique que la majorité des 3 117 blessés qu’elle a traité ont reçu une balle dans une jambe, et que beaucoup auront besoin d’une opération, d’une kinésithérapie et d’une rééducation.

« Ce sont des blessures complexes et graves qui ne guérissent pas rapidement » dit l’organisation. « Leurs gravité et le manque de traitement approprié dans le système de santé paralysé de Gaza font que l’infection représente un risque élevé, spécialement pour les blessés ayant une fracture ouverte ».

« Les conséquences de ces blessures… seront un handicap à vie pour beaucoup » déclare l’organisation. « Et si ces infections ne sont pas maîtrisées, alors la conséquence pourra être l’amputation, voir même la mort ».

Le ministère de la Santé de Gaza a procédé à 94 amputations depuis le début des manifestations en mars, dont 82 sur des membres inférieurs.

Ayman Harb, 36 ans

Harb, auxiliaire médical, a été blessé plusieurs fois. Lors de la dernière manifestation, il a été touché alors qu’il tentait d’aider quelqu’un à sortir de la mer Méditerranée.

Mahmoud, 19 ans

Mahmoud dit qu’il a perdu environ 10 centimètres (quatre pouces) d’os des suites de ses blessures et que, cinq mois plus tard, il est loin d’être rétabli.

Mohanad al-Khawas, 20 ans

Al-Khawas vendait du café et du thé avec une charrette à bras pendant la manifestation lorsqu’on lui a tiré dans la jambe droite ; il dit avoir essayé de convaincre son neveu de quitter les lieux.

Mohammed Hilles, 18 ans

Hilles, dit qu’il était à la frontière en train de discuter avec d’autres jeunes quand il a été atteint dans l’abdomen et dans la jambe droite. Il veut continuer à manifester.

Fathi al-Sakani, 19 ans

Al-Sakani participait à une manifestation quand il a reçu une balle dans le tibia droit.

Mohammed al-Eissawi, 24 ans

Al-Eissawi dit qu’il lançait des pierres avec une fronde quand il a reçu plusieurs balles dans la jambe. Il manifeste depuis cinq ans et a été blessé à plusieurs reprises. Il dit qu’il n’a pas peur et qu’il continuera à participer aux manifestations.

Hassan Abu Houdi, 19 ans

Houdi, dit qu’on lui a tiré dans la jambe droite alors qu’il manifestait.

 Mohamed al-Rafati, 24 ans

Al-Rafati, dit qu’il se reposait entre deux pneus brûlés lors d’une manifestation quand il a été blessé. Il se joint toujours aux autres manifestants, chaque vendredi.

Mahmoud Saad, 25 ans

Saad dit qu’il lançait des pierres à la frontière quand on lui a tiré dans la jambe gauche.

Mohammed Afana, 20 ans

Afana espère pouvoir marcher normalement à nouveau.

Mohammed Shabit, 26 ans

Shabit, dit avoir subi deux fractures à la jambe gauche alors qu’il marchait avec des manifestants lors d’une manifestation pacifique à la frontière.

Ahmed Subeih, 24 ans

Subeih, lançait des pierres à la manifestation quand il a été touché ; il croit que ce qui lui est arrivé a été « la décision de Dieu ».

Abdel-Fattah al-Khatib, 19 ans

Al-Khatib a reçu une balle dans la jambe tirée par un soldat lorsqu’il s’est approché de la clôture sur le lieu de la manifestation.

Ahmed Abu Marahil, 20 ans

Marahil a été touché alors qu’il se dirigeait vers une clôture sur le lieu de la manifestation.

Texte du reportage de l’AP, « Dans les manifestations de Gaza, les troupes israéliennes visent les jambes », de Todd Pitman.

Photos par Felipe Dana

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine
Source : apimagesblog