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Le ministère de la Santé de Gaza a procédé à 94 amputations depuis le début des manifestations en mars, dont 82 sur des membres inférieurs.

Raed Abu Khader, à droite, maintient un tissu humide sur le front de son fils Mohammed, 12 ans, à Gaza ; Mohammed a reçu une balle dans la jambe lors de l’une des manifestations de Gaza, à la clôture de séparation avec Israël. (Associated Press)

Depuis le début des manifestations débutées en mars qui exigent le respect du droit au retour, les forces israéliennes qui se sont déployées tout au long de la clôture qui sépare Israël de la bande de Gaza tirent à balles réelles sur les manifestants palestiniens leur lançant des pierres.

Et depuis huit mois, les tireurs d’élite israéliens ciblent une partie du corps plus que toute autre : les jambes.

L’armée israélienne prétend répondre à des agressions hebdomadaires sur sa frontière par des Palestiniens armés de pierres, de grenades et de bombes incendiaires. Elle affirme n’ouvrir le feu qu’en dernier recours et considère que tirer sur les membres inférieurs est un acte de retenue.

Pourtant, 175 Palestiniens ont été tués par balles, selon un décompte d’Associated Press. Et le nombre de blessés atteint des proportions colossales.

Sur les 10 511 manifestants soignés jusqu’à présent dans les hôpitaux et centres médicaux de Gaza, au moins 6 392, soit environ 60 %, ont été touchés dans les membres inférieurs, selon le ministère de la Santé de Gaza. Et au moins 5 884 de ces victimes ont été touchées par des balles réelles ; d’autres l’ont été par des balles d’acier recouvertes de caoutchouc et des grenades lacrymogènes.

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Le pansement de Mahmoud Abu Assi, qui a reçu une balle dans la jambe lors d’une manifestation, est refait dans un centre médical de Médecins Sans Frontières, à Gaza ville. (Associated Press)

La montée de la violence a laissé une marque visible sur Gaza et elle restera probablement pendant toutes les décennies à venir. Il est maintenant courant de voir de jeunes hommes marcher avec des béquilles dans les rues délabrées. La plupart ont des jambes portant des pansements ou munies d’une armature métallique appelée fixateur qui utilise des broches ou des vis insérées dans les os brisés pour les aider à être plus stables.

À Gaza, les blessés se rassemblent souvent dans un établissement de soins géré par l’organisation caritative Médecins Sans Frontières, basée à Paris, et où le photographe Felipe Dana a photographié certains d’entre eux.

Certains de ceux qu’il a photographié reconnaissent avoir lancé des pierres sur les troupes israéliennes pendant les manifestations. L’un d’eux dit même avoir lancé une bombe incendiaire. Mais d’autres disent aussi qu’ils n’étaient que des passants non armés ; un auxiliaire médical affirme qu’il essayait alors de secourir un blessé, tandis qu’un autre homme dit qu’il agitait un drapeau palestinien et un autre encore, qu’il était en train de vendre du café et du thé.

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Des blessés touchés aux jambes lors de manifestations se sont rassemblés à l’extérieur d’un centre médical tenu par MSF à Gaza, en septembre 2018. (Associated Press)

Des organisations internationales de défense des droits de l’homme ont affirmé que les règles de l’armée pour ouvrir le feu sont illégales car elles permettent un recours à une force potentiellement meurtrière dans des situations où la vie des soldats n’est pas exposée à un danger immédiat.

Le lieutenant-colonel Jonathan Conricus, porte-parole de l’armée israélienne, rejette les critiques internationales selon lesquelles la réponse d’Israël est excessive. Au lieu de cela, il affirme que tirer dans les jambes des personnes est un signe de retenue.

« Le Hamas est responsable d’orchestrer des émeutes violentes où des milliers de Palestiniens attaquent notre frontière avec l’objectif de briser nos lignes de défense et d’agresser les forces et les communautés civiles israéliennes » dit-il.

« Les soldats israéliens n’utilisent les tirs à balles réelles qu’en dernier recours, après avoir lancé des avertissements écrits et verbaux, de même que pour un recours important aux gaz lacrymogènes et à d’autres moyens non meurtriers. Il est de notre devoir de défendre nos civils et notre souveraineté, et nous le faisons avec le moins de recours possible à la force » dit-il.

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Raed Abu Khader, porte son fils Mohammed, 12 ans, alors qu’ils reviennent de l’hôpital à Gaza. (Associated Press)

MSF a déclaré ce mois-ci que le nombre énorme de blessés a submergé le système de santé de Gaza, lequel était déjà affaibli gravement par le blocus imposé par Israël et l’Égypte qui alimente une stagnation économique et un chômage endémique, et ravage l’approvisionnement en eau et en électricité.

L’organisation humanitaire indique que la majorité des 3 117 blessés qu’elle a traité ont reçu une balle dans une jambe, et que beaucoup auront besoin d’une opération, d’une kinésithérapie et d’une rééducation.

« Ce sont des blessures complexes et graves qui ne guérissent pas rapidement » dit l’organisation. « Leurs gravité et le manque de traitement approprié dans le système de santé paralysé de Gaza font que l’infection représente un risque élevé, spécialement pour les blessés ayant une fracture ouverte ».

« Les conséquences de ces blessures… seront un handicap à vie pour beaucoup » déclare l’organisation. « Et si ces infections ne sont pas maîtrisées, alors la conséquence pourra être l’amputation, voir même la mort ».

Le ministère de la Santé de Gaza a procédé à 94 amputations depuis le début des manifestations en mars, dont 82 sur des membres inférieurs.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source: Al Jazeera