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Pharrell Williams était l’une des célébrités américaines qui ont participé à l’événement de Los Angeles (AGP)

RAMALLAH, Cisjordanie – Tandis que des stars hollywoodiennes faisaient la fête la semaine dernière chez un collecteur de fonds pour l’armée israélienne, à l’autre bout du monde dans la Bande de Gaza assiégée, des Palestiniens se levaient pour un autre vendredi de manifestation et de sang versé.

Le gala du 1er novembre, organisé par les Amis des Forces de Défense Israéliennes et auquel assistaient des acteurs comme Ashton Kutcher, Gerard Butler et Andy Garcia, a été applaudi par Israël et ses soutiens pour avoir permis de récolter un record de 60 millions de dollars et réunir plus de 1.200 personnes.

Un protocole d’accord signé en 2016 entre Israël et l’administration américaine de Barak Obama comprenait l’enregistrement d’un contrat de 38 milliards de dollars pour fournir à Israël une aide militaire sur une période de dix ans, engagement de ce genre le plus important de l’histoire américaine.

Dans le territoire palestinien occupé et sur les réseaux sociaux, cet événement constellé de stars a suscité colère et condamnation.

En 2016, Ashton Kutcher a été filmé « en train d’arrêter » un militant du mouvement BDS lors d’un événement promotionnel pour la société de location Airbnb, qui établissait des listes de maisons dans les colonies israéliennes illégales. « Mais cette société est faite pour mélanger et leur permettre de s’apprécier mutuellement », a dit Kutcher, parlant de cette entreprise mondiale privée.

« L’armée israélienne utilisera ces fonds pour acheter plus de balles et plus de bombes, uniquement pour tuer plus de civils » a dit Ahmed Abu Artema, un des organisateurs des manifestations de la Grande Marche du Retour dans la Bande de Gaza. Ces rassemblements, qui demandent le droit au retour des réfugiés dans leurs maisons et la fin des souffrances des Palestiniens, durent depuis le 30 mars.

« L’armée israélienne a tué plus de 200 civils et en a blessé environ 20.000 ; il s’agissait d’hommes, de femmes et d’enfants qui réclamaient leurs droits fondamentaux. Ils ne représentaient aucune menace pour l’armée israélienne », a dit Abu Artema à Middle East Eye.

Malgré les condamnations pour atteintes aux droits de l’Homme et violations du droit international, les voix des Palestiniens étaient totalement absentes à cet événement de Los Angeles. Ceux qui assistaient au gala, parmi lesquels se trouvaient Arnold Schwarzenegger et le chanteur Seal, jouissaient d’un spectacle du producteur et rappeur Pharrell Williams. Williams a été attaqué sur les réseaux sociaux pour avoir récemment demandé au président américain Donald Trump de s’abstenir de jouer sa chanson « Happy » dans ses rassemblements pour ne la réserver qu’à la collecte de fonds.

 

« Il est difficile de comprendre comment des acteurs et des artistes, qui portent le message de la vie, peuvent soutenir une armée qui exécute des assassinats systématiques, ce qui contredit l’essence de la vie et de l’art », a dit Abu Artema.

« Pour nous, quiconque finance cette armée a du sang sur les mains », a-t-il ajouté.

Depuis cet événement, le hashtag #HollywoodFundsTerror (Hollywood finance le terrorisme) a pris son envol.

Pour Mahmoud Shobi, résident de la ville de Naplouse en Cisjordanie, les financements venus du gouvernement américain, de l’argent des contribuables américains et des donations de citoyens américains n’ont servi à Israël qu’à « intensifier son occupation et son colonialisme ».

Shobi a perdu huit membres de sa famille en 2002 quand des bulldozers, fabriqués aux Etats Unis et achetés par Israël, ont démoli sa maison avec sa famille encore à l’intérieur.

« Israël a utilisé son argent et ses armes pour détruire nos maisons, nos arbres, et pour tuer notre peuple », a-t-il dit à MEE. « D’où vient cet argent importe peu. » « Ils nous ont qualifiés de ‘terroristes’, alors que nous nous battons pour notre terre. Même s’il s’agit de résistance ‘pacifique’, comme nous le voyons à Gaza, les manifestants font face à des balles réelles », a poursuivi Shobi.

« Mais en tant que familles de martyrs et de prisonniers politiques, en tant que personnes qui subissent l’occupation, ces donations ne feront que nous renforcer dans notre chemin vers la résilience. »

Farid Taamallah, militant politique qui vit à Ramallah, a dit qu’il pensait qu’il était surtout nécessaire d’éveiller la conscience des Palestiniens d’occident à propos de la situation sur le terrain.

« Israël a des outils efficaces pour se vendre comme la seule démocratie du Moyen Orient et prétendre qu’elle porte les mêmes valeurs que le peuple américain, particulièrement grâce au lobby sioniste », a dit Taamallah à MEE. « Il essaie de présenter Israël comme une victime du terrorisme arabe et musulman. »

« Il faut que nous travaillions avec les Palestiniens aux Etats Unis et en Europe pour faire changer le discours. Nous devons nous attacher davantage à faire prendre conscience de la destination de cet argent. »

Le militant a dit que l’argent collecté à Holywood servirait indubitablement à réprimer encore plus les Palestiniens, pointant du doigt la loi Etat-nation d’Israël votée plus tôt cette année.

« Chaque dollar américain donné à l’État d’occupation se traduit en notre souffrance en tant que peuple palestinien », a dit Taamallah.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : MEE