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Tamara Nassar – 14 novembre 2018

Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi. (POMED / Flickr)

Il se peut que l’Arabie Saoudite ait utilisé la technologie israélienne pour espionner le journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

Khashoggi a disparu après avoir pénétré le 2 octobre dans le consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul.

Après une série de tentatives pour brouiller les cartes, l’Arabie Saoudite a finalement admis que le chroniqueur du Washington Post avait été tué dans le bâtiment.

La veille de la disparition de Khashoggi, Citizen Lab de l’université de Toronto publiait une enquête révélant que l’un des proches amis de Khashoggi, Omar Abdulaziz, avait probablement été espionné par le gouvernement saoudien à l’aide d’une technologie israélienne, ajoutant que Khashoggi avait lui aussi été ciblé.

« Nous sommes presque sûrs que le portable d’Omar Abdulaziz, activiste saoudien et résident permanent du Canada, a été ciblé et infecté par le logiciel espion Pegasus du groupe NSO », a révélé l’enquête.

Le logiciel malveillant, nommé Pegasus, est fabriqué par la société israélienne de guerre cybernétique NSO Group et n’est vendu qu’à des gouvernements.

Pegasus pirate les smartphones en envoyant au dispositif ciblé un message convaincant contenant un lien. Si le destinataire clique sur le lien, le système installe un logiciel malveillant sophistiqué sur le dispositif qui ne sera pas forcément détecté et renverra des informations à ceux qui espionnent.

Les données que l’on peut obtenir grâce à Pegasus comprennent des localisations, enregistrements, captures d’écran, mails et SMS, mots de passe et photographies.

Khashoggi ciblé

« Il est absolument évident que [Jamal Khashoggi] a reçu l’un de ces SMS contenant un lien », a dit en octobre à CNN Bill Marczak, chargé principal de recherche.

On ne sait pas de façon certaine si le dispositif de Khashoggi a été infecté par le logiciel malveillant – il aurait fallu qu’il clique sur le lien – et quand le rapport de Citizen Lab a été publié le 1er octobre, la relation entre Abdulaziz et Khashoggi n’avait apparemment rien à voir.

La disparition de Khashoggi le lendemain cependant – étant donné la relation étroite entre les deux, qui a été décrite par le Comité de Protection des Journalistes (CPJ) comme semblable à « celle d’un journaliste avec sa source » – peut suggérer que les deux sont liés.

« Nous nous parlions absolument tous les jours », a dit Abdulaziz au CPJ. « Nous avions ce genre de relation, pas juste entre collègues, mais entre un père et son fils ».

Le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salman, proche allié des Etats Unis et très désireux d’améliorer les relations avec Israël, est grandement suspecté d’avoir donné l’ordre à une équipe d’assassins saoudiens d’enlever, assassiner et démembrer Khashoggi dans le consulat de son pays à Istanbul.

Des évangélistes à Riyad

Au début du mois, le prince héritier a accueilli une délégation de Chrétiens évangélistes et d’Américains pro-israéliens en Arabie Saoudite.

La délégation était conduite par Joel Rosenberg, Chrétien sioniste et citoyen d’Israël et des Etats Unis, selon le quotidien israélien Haaretz.

On dit que le prince héritier a parlé du meurtre de Khashoggi avec la délégation et qu’il a dit à ses interlocuteurs évangélistes que ses « ennemis exploitent ce fait au maximum ».

La question palestinienne a également été longuement discutée pendant cette réunion, a dit apparemment Rosenberg à Barak Ravid, interlocuteur diplomatique pour Channel 10 d’Israël.

Au cours de la réunion du prince héritier saoudien avec les évangélistes américains – mon histoire sur @axios et @news10 https://t.co/RBC4fgzsotpic.twitter.com/ZooKEiLAow – Barak David (@BarakRavid) 7 novembre 2018

Rosenberg a déclaré que le prince héritier avait demandé à la délégation de ne pas parler publiquement de cette partie de leur conversation.

Liaison ferroviaire entre Israël et les Etats arabes

Le ministre israélien des Transports, Yisrael Katz, a rendu visite la semaine dernière au Syndicat International des Transports Routiers à Oman, invité officiellement par le gouvernement d’Oman.

A son retour en Israël, Katz a déclaré que « la coopération entre Israël et les Etats du Golfe peut et devrait être élargie », d’après The Times of Israel.

Katz a proposé un plan – complété d’une vidéo promotionnelle – pour construire une liaison ferroviaire pour le transport et le commerce qui relierait les Etats du Golfe à la Mer Méditerranée via Israël.

La liaison ferroviaire « Pistes pour une Paix Régionale », dont Katz a dit qu’elle était soutenue par l’administration de Donald Trump, se « fonde sur deux idées centrales – Israël en tant que pont terrestre et la Jordanie en tant que plaque tournante du transport régional ».

Le voyage de Katz a eu lieu moins de deux semaines après la visite du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Oman, signe le plus visible de la normalisation des liens d’Israël avec les Etats arabes avec lesquels il n’a pas de relations diplomatiques officielles.

Mais ce ne fut que le sommet de l’iceberg. Des délégations sportives israéliennes se sont rendues également au Qatar et dans les Emirats Arabes Unis en octobre.

Le Qatar a par ailleurs accueilli à la fin du mois à Doha une délégation israélienne à la Conférence sur l’Enrichissement de l’Avenir Economique du Moyen Orient organisée par le ministère des Affaires Etrangères du Qatar.

Dans la délégation se trouvait un politique israélien, ancien membre du parlement, Erel Margalit, qui a dit au site israélien d’informations technologiques Ctech que les relations israélo-saoudiennes se réchauffaient, même si non officiellement.

« Parfois il est plus facile de progresser grâce à une collaboration économique qu’en passant par les échelons diplomatiques », a-t-il dit au site d’informations.

« Les entreprises de cybersécurité basées en Israël ont aidé la société saoudienne pétrolière et gazière, Oil Co. d’Arabie Saoudite, connue sous le nom de Saudi Aramco, à se sortir des retombées d’une cyberattaque en 2012 qui a laissé la plus grande société énergétique du monde pour ainsi dire dépourvue de toute ressource informatique », a-t-il vraisemblablement expliqué à la publication.

L’association militante La Jeunesse du Qatar Opposée à la Normalisation a dénoncé la participation d’Israël :

Le « chevalier » d’Israël et Dershowitz

Un athlète israélien a également participé récemment au Qatar à un championnat de concours hippique organisé par la Fondation Qatarie financée en milliards de dollars par l’État.

Le compte Twitter en langue arabe contrôlé par Israël a félicité Danielle Goldstein pour être arrivée en deuxième place à la compétition de Doha :

La Fondation du Qatar a accueilli en début d’année à Doha l’éminent propagandiste pro-israélien Alan Dershowitz, comme faisant partie d’une vague de voyages tous frais payés d’Américains de droite et de dirigeants clés du lobby israélien de Washington au Qatar, à l’invitation de l’émir Tamim bin Hamad Al Thani.

Le magazine Mother Jones a récemment révélé que Dershowitz avait un contrat en vue de fournir des conseils à Joseph Allaham, lobbyiste qui travaille pour le gouvernement quatari.

Allaham a transféré 250.000 $ à quelques une des organisations les plus extrêmes des Etats Unis fin 2017 et début 2018 au nom du gouvernement qatari.

Ces sommes comprenaient 100.000 $ pour l’Organisation Sioniste d’Amérique, 100.000 $ pour Nos Soldats Parlent et 50.000 $ pour Blue Diamond Horizons, Inc.

Allaham a déclaré qu’il avait un contrat avec Dershowitz pour que celui-ci fournisse « des conseils et des services de consultant » « sur de nombreux sujets qui impliquaient [le] Moyen Orient, spécialement Israël », au moment même où il conseillait le président américain Donald Trump, selon Mother Jones. Les déclarations d’Allaham ont été révélées dans la transcription d’une déposition en lien avec un procès fédéral intenté par le collecteur de fonds Républicain pro-israélien Elliott Broidy, qui a prétendu que le Qatar essayait de pirater et de faire fuiter ses e-mails.

Pendant la déposition, Allaham a refusé de dire si Dershowitz était payé pour ses services, bien que Dershowitz ait insisté pour dire qu’il « n’avait jamais reçu un seul penny consécutif à ce contrat », qui lui n’avait « jamais été rempli », d’après Mother Jones.

Dershowitz a ajouté : « Je n’ai rien fait et ne ferai rien pour le compte d’aucun pays » et il a menacé de poursuivre Mother Jones pour diffamation si le magazine rapportait qu’il avait un conflit d’intérêt avec le Qatar tandis qu’il conseillait la Maison Blanche.

Dershowitz a fait deux voyages à Doha, l’un en janvier, sur invitation de l’émir du Qatar qui a financé le voyage, et l’autre en mars.

Allaham a aidé à organiser le voyage de janvier.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : The Electronic Intifada