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16 octobre 2018 – Nana Asfour

Mme Asfour est rédactrice dans la section « Opinion » du New York Times

Des robes palestiniennes historiques étaient exposées au Musée palestinien dans le village de Birzeit en Cisjordanie en mars. Crédit : Alaa Badarneh / Epa-Efe, via Rex, via Shutterstock

Quand les pistes vers la paix aboutissent à un cul de sac, beaucoup de Palestiniens investissent leur temps et les ressources dans les arts.

Que veut dire être Palestinien ? Dans les dernières années, de plus en plus de personnes se sont tournées vers un domaine créatif ou un autre pour offrir leur propre réponse à cette question, dans l’espoir qu’une meilleure compréhension de cela apporterait un changement réel.

« Avec l’échec continuel du processus politique, beaucoup d’entre nous croient que la culture est le lieu où nous devrions canaliser nos ressources, notre énergie et nos espoirs, m’a dit récemment Zina Jardaneh, présidente du bureau du Musée palestinien de Birzeit, en Cisjordanie, faisant écho aux mots et aux sentiments de nombreux autres Palestiniens avec qui j’ai parlé dans les deux dernières décennies. Noyés par d’autres événements, leurs efforts méritent une reconnaissance et un soutien plus importants.

Ce qui a commencé comme le désir de s’exprimer d’artistes indépendants est devenu une sorte de campagne collaborative, avec des personnes et des organisations culturelles œuvrant ensemble pour promouvoir les arts palestiniens.

Le Musée palestinien, conçu et construit par Taawon, une organisation de la société civile à but non lucratif formée en Europe par un groupe d’hommes d’affaires et d’intellectuels palestiniens, est un exemple. Depuis l’ouverture de sa vaste demeure en 2016, il est devenu un symbole des ambitions et de la détermination de ceux qui sont impliqués dans ce « mouvement » culturel informel.

Et de même pour Qalandiya International, ou Qi, un festival biennial des arts contemporains, résultat de la jonction des forces de sept institutions culturelles palestiniennes, qui se déploie ce mois-ci en Cisjordanie, à Gaza et en Israël, et dans des villes du monde entier, dont New York. Comme l’expliquent les organisateurs : «  Qi vise à placer la Palestine sur la carte culturelle du monde en produisant une série d’expositions, ainsi que des spectacles, des discussions, des projections de films, des ateliers et des tournées, qui ouvrent des canaux pour le dialogue et l’échange, tant localement qu’internationalement. »

Parmi les organisations derrière Qi, il y a la Fondation A.M. Qattan, basée à Ramallah, qui cet été a inauguré un centre de multi-millions de dollars pour héberger ses projets. Au cours des années, elle a nourri d’innombrables artistes, musiciens, écrivains, danseurs et acteurs palestiniens, et il emploie maintenant plus de 100 personnes.

A.M. Qattan est loin d’être seule. Selon le Bureau central palestinien de statistiques, il y a 625 centres culturels dans les territoires palestiniens, dont 545 en Cisjordanie et 80 dans la Bande de Gaza. Il y a aussi 32 musées — 27 en Cisjordanie et 5 dans la Bande de Gaza.

Ces organisations ont bourgeonné et ont continué à opérer malgré de nombreux défis, dont les restrictions de voyages entre Israël et les zones environnantes, ce qui complique la capacité de certains Palestiniens à participer à leurs propres événements culturels.

Une des formes d’art les plus immédiates et les plus larges est, bien sûr, le cinéma et dans les deux dernières décennies, les Palestiniens ont construit un cinéma robuste, internationalement reconnu. S’il y a quelques refrains récurrents, les narratifs des films n’offrent pas un dialogue monotone, ni dans le ton, ni dans le contenu. « Wajib », un nouveau long métrage de la réalisatrice d’origine palestinienne Annemarie Jacir sur les différences générationnelles et politiques entre un père et son fils, montre des complexités de perspective palestiniennes qui ne sont pas souvent vues ni entendues.

Source : NY Times
Traduction : CG pour l’Agence Média Palestine