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Josh Nathan-Kazis – 11 octobre 2018

La société privée israélienne de renseignement qui a proposé de manipuler les médias sociaux pour la campagne de Trump avait offert un an plus tôt des services similaires à une association de donateurs juifs américains qui cherchaient à cibler ceux qui critiquent Israël, c’est ce que révèle un document obtenu par Forward.

Fin 2015, l’entreprise privée israélienne de renseignement Psy-Group a pris contact avec une association ad hoc de donateurs juifs en lui proposant de saper en secret le mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions. Selon le résumé de cette proposition examinée par le Forward, Psy-Group disait qu’ils chercheraient à porter des coups aux individus et organisations spécifiques associés au mouvement BDS en démantelant leurs activités, ou en faisant en sorte qu’ils subissent des enquêtes des autorités. Ils ont dit par ailleurs qu’ils mèneraient une campagne pour influencer les médias.

Psy-Group, dont les employés étaient des vétérans de l’appareil du renseignement israélien, a souligné le fait qu’ils travailleraient dans le plus grand secret, dissimulant tout lien financier ou technologique avec ses activités. Il a dit qu’aucune de ses actions ne pourrait être rattachée aux Juifs ou aux Israéliens.

Le résumé ne comporte aucun détail mais, dans ses grandes lignes, il ressemble à une proposition beaucoup plus détaillée obtenue par le New York Times que Psy-Group a faite un an plus tard aux responsables de la campagne de Trump.

Dans son lancement de la campagne de Trump, Psy-Group a dit qu’ils se serviraient de faux comptes des réseaux sociaux pour approcher des milliers de délégués à la Convention Nationale des Républicains et les convaincre de soutenir Trump. Il a dit également qu’ils enquêteraient sur Hilary Clinton et qu’ils cibleraient certains groupes d’électeurs en utilisant d’autres faux comptes des réseaux sociaux.

D’après le Times, des enquêteurs conseillers spéciaux qui enquêtaient sur les efforts de la Russie pour influencer la campagne électorale de 2016 avaient interviewé les employés de Psy-Group.

Comme pour la proposition faite à Trump, il n’existe aucune preuve que Psy-Group ait jamais mené les actions incluses dans son boniment aux donateurs juifs. Pourtant, les discussions entre les donateurs juifs américains et les espions étrangers indépendants, qui ont été facilitées par un personnage important de l’organisation juive, montrent comment le combat pour la culture du renseignement et l’information clandestine croise les efforts pour s’opposer au mouvement BDS au Etats Unis.

Les donateurs juifs ont reçu la proposition de Psy-Group à l’automne 2015, au moment où l’administration Obama venait d’approuver un accord nucléaire avec l’Iran, que le gouvernement israélien et de nombreux responsables juifs américains voyaient comme une erreur dangereuse. Au même moment, le mouvement BDS, que les dirigeants israéliens classifient comme une menace majeure, avançait doucement dans le grand public, étayé par l’indignation internationale devant la mort des civils palestiniens dans la guerre de Gaza l’été précédent.

Dans cette atmosphère, les gardiens de l’image d’Israël à l’étranger ont commencé à adopter une série de tactiques plus agressives. Au début de 2015, un militant israélien anonyme a lancé la Mission Canary, liste noire des étudiants pro-palestiniens. Cette même année, la Coalition Israélienne sur les Campus, association dominante pro-israélienne aux Etats Unis, a commencé à adopter une nouvelle série de mesures agressives secrètes pour s’opposer à BDS sur les campus américains.

Psy-Group s’est rapproché en 2015 de son groupe de donateurs juif américains potentiels grâce à Misha Galperin, éminent responsable communautaire juif qui avait récemment quitté un poste de haute responsabilité à l’Agence Juive pour Israël, important organisme israélien sans but lucratif en lien étroit avec le gouvernement d’Israël. Galperin avait travaillé auparavant dans la direction de deux grandes fédérations juives. Il n’a pas répondu à une demande de commentaires sur son travail avec Psy-Group.

Le document, vu par le Forward, décrivant la proposition de Psy-Group est écrit dans un langage qui semble destiné à être lu comme un jargon du monde de l’espionnage. « Une partie de leur attrait vient du fait qu’ils apparaissent très professionnels et comme sortis d’un film de cape et d’épée », a dit un militant juif qui ne participaient pas aux discussions de 2015 avec Psy-Group et qui a demandé qu’on ne cite pas son nom à cause de la sensibilité de cette question.

Le résumé du lancement de Psy-Group ne précise pas les méthodes ou mesures que Psy-Group a proposé d’utiliser au nom des donateurs juifs américains. La nature secrète du travail de Psy-Group, dit-il, augmentera son impact parce qu’on ne pourra pas le lier aux Juifs ou aux Israéliens. Il met en avant le fait que son travail contre BDS sera plus profitable que le travail au grand jour d’autres groupes pro-israéliens, parce qu’un plaidoyer lié à des sources israéliennes ou juives est perçu comme non fiable.

Psy-Group a finalement réalisé un certain travail contre le mouvement BDS. Qui a financé ce travail, on ne le sait pas et il n’y a aucune preuve que Psy-Goup ait accompli un travail au nom de l’association des donateurs juifs américains qu’il a lancée en 2015. En 2017, Psy-Group a créé un site internet appelé OutLawBDS.com (BDS Hors la Loi) qui a posté des profils de supporters du mouvement de boycott et a envoyé des messages menaçants aux défenseurs de BDS, c’est ce qu’a rapporté en juillet le Times of Israel. Ce site n’est plus en ligne. Le Times of Israel a dit que le ministère des Affaires Stratégiques, l’agence israélienne destinée à combattre le mouvement BDS, était généralement au courant du travail des entreprises privées israéliennes de renseignement contre les militants BDS, bien qu’il ne les aient pas financées.

Le ministère des Affaires Stratégiques a dit au Forward qu’il n’avait pas de lien avec le lancement de Psy-Group en 2015. En 2017, Galperin est apparu comme un intermédiaire avec les dirigeants communautaires juifs dans les efforts du ministère des Affaires Stratégiques pour trouver des partenaires américains pour Kela Shlomo, organisation non gouvernementale qu’il a créée et financée pour s’opposer au BDS outremer. Un porte-parole du ministère a dit que le ministère n’avait aucun lien avec le travail de Galperin avec Psy-Group et que, bien que le ministère ait « parlé avec » Galperin pendant environ deux ans, aucun partenariat ne les unissait.

Psy-Group a licencié son équipe en février, selon Calcalist, site internet israélien d’informations. Il fait face actuellement à une liquidation par un tribunal israélien. Marc Mukasey, avocat qui représente Psy-Group aux USA, n’a pas répondu à une demande de commentaires.

Vous avez d’autres informations sur Psy-Group ? Contactez Josh Nathan-Kazis à nathankazis@forward.com ou sur Twitter, @joshnathankazis

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : Forward