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Les éditeurs de The Nation – 27 septembre 2018

Un quart de siècle après Oslo, Israël consolide sa domination, mais le mouvement mondial de résistance grandit.

Un garçon brandit un drapeau palestinien à la frontière Israël-Gaza, au cours des affrontements avec les troupes israéliennes lors d’une manifestation où les Palestiniens réclament le droit au retour dans leur patrie – 1er avril 2018, à l’est de la ville de Gaza (Reuters/ Mohammed Salem)

Ce mois de septembre marque le 25ème anniversaire des Accords d’Oslo, qui ont été loués, par beaucoup de gens à l’époque de leur signature, comme l’aube d’une ère nouvelle au Moyen Orient, dans laquelle Israël et l’Organisation de Libération de la Palestine remplaceraient le conflit par des négociations menant à la paix et à un État palestinien.

Certains observateurs, à l’époque, dont Edouard Saïd dans ce magazine, ont pointé les failles dans cette déclaration de 1993, parmi lesquelles tandis que l’OLP reconnaissait l’État d’Israël et renonçait à la violence, les accords n’ont jamais mentionné l’occupation israélienne, n’ont jamais noté l’illégalité des colonies israéliennes et ne contenaient pas de promesse, ou même la moindre mention d’un État palestinien comme résultat final des conversations.

Quels qu’aient été ses qualités ou ses défauts, le « processus de paix » d’Oslo, qui a fait l’objet d’un soutien actif pendant 25 ans, est mort désormais. Il n’y a pas eu de négociations depuis l’effondrement de la dernière série de conversations pilotée par le Secrétaire d’État de Barack Obama, John Kerry, et il n’y a pas de signe de discussions sérieuses dans un avenir prévisible. Ce que nous avons vu, au contraire, est une détérioration choquante des conditions de vie des Palestiniens sous le gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël.

Benjamin Netanyahu, qui est désormais le premier ministre d’Israël à avoir gouverné le plus longtemps, est sur le point de réaliser un rêve qui lui est cher de longue date : non seulement la destruction du processus d’Oslo mais l’étouffement de la dernière chance d’une solution à deux États pour ce conflit. L’expansion des colonies par son gouvernement, dont à la fois Kerry et le négociateur américain Martin Indyk ont dit que c’était une raison clef de la rupture des négociations, a tué l’espoir de cette solution en découpant la Cisjordanie en bantoustans discontinus. En même temps, les attaques militaires répétées d’Israël contre le peuple emprisonné à Gaza ont gravement endommagé l’infrastructure de la bande de Gaza ; l’ONU dit qu’elle sera invivable en 2020.

La répression israélienne qui s’intensifie a aussi été dirigée contre les citoyens palestiniens d’Israël, soit en gros 20% de la population. Le gouvernement a régulièrement démoli des villages bédouins dans la région du sud du Neguev, dans une tentative de pousser de force leurs habitants dans un petit nombre de villes désignées exprès, permettant ainsi l’extension de la construction de logements juifs dans des zones anciennement bédouines. Et en juillet, la Knesset a voté la loi dite de l’État-Nation, qui proclame que « Jérusalem entière et unifiée » est la capitale d’Israël ; que le « droit à l’autodétermination dans l’État d’Israël est seulement celui du peuple juif ; et que « l’État considère l’établissement des Juifs comme une valeur nationale. La loi déclare aussi que « Eretz Yisraël » (qui comprend toute la Palestine historique) est la patrie historique du peuple juif. Comme le remarque Rachi Khalidi sur TheNation.com, « le résultat est une loi qui nie l’existence même des Palestiniens et de leurs droits où que ce soit en Palestine, et non simplement à l’intérieur des frontières élastiques à l’infini de l’État d’Israël ». Comme le note aussi Khalidi, l’apartheid peut être une description correcte de l’ordre actuel, mais à Gaza le plan ressemble plutôt à l’annihilation.

Les États Unis n’ont jamais été un intermédiaire honnête au Moyen Orient. Mais depuis l’arrivé au pouvoir de Donald Trump, Washington s’est même débarrassé d’un semblant d’équilibre. Trump a laissé tomber l’engagement américain de longue date pour une solution à deux États et il s’est servi, comme son envoyé au Moyen Orient et comme ambassadeur des États Unis, de deux hommes, Jason Greenblatt et David Friedman, qui sont personnellement des soutiens des colonies israéliennes. Trump a reconnu la souveraineté d’Israël sur Jérusalem illégalement annexée en 1967 et y a déplacé l’ambassade américaine – à un moment où des soldats israéliens tiraient sur des centaines de Palestiniens de Gaza qui manifestaient pacifiquement en revendiquant leur droit au retour. Dans un acte exceptionnellement cruel et malveillant, l’administration Trump a aussi coupé tout financement à l’Office de Secours et de Travaux de l’ONU (l’UNRWA) qui fournit une aide terriblement nécessaire aux millions de réfugiés palestiniens, ainsi que les 200 millions de dollars (174 millions €) d’aide économique aux Palestiniens et aux hôpitaux de Jérusalem. Et l’administration a fermé le bureau de l’OLP de Washington. Etant donnée une telle attaque multiforme, il est difficile de prendre au sérieux la promesse de l’administration de l’imminence d’un nouveau plan de paix.

Face à l’expansion sans répit des colonies israéliennes et à l’impossibilité de la communauté internationale de faire advenir une solution pacifique au conflit, des groupes de la société civile palestinienne ont appelé à une campagne de boycott, de désinvestissement et de sanctions contre Israël, qui a inspiré un mouvement croissant de solidarité à la base. Reconnaissant son pouvoir potentiel, le gouvernement de Netanyahou a déclaré, il y a plusieurs années, que BDS était une « menace stratégique » et a dédié un ministère du gouvernement au combat contre ce mouvement.

Les groupes de lobbying américains qui sont des substituts d’Israël se sont joints à ce combat et un élément clef de leur stratégie est de qualifier BDS et des campagnes similaires d’antisémites (ironique, vu le récent copinage de Netanyahou avec le premier ministre antisémite Viktor Orbán). L’administration Trump, qui a elle-même flirté avec des antisémites, participe pleinement : le Bureau pour les droits civils du département de l’Éducation a récemment annoncé la réouverture d’une enquête sur l’antisémitisme supposé à l’Université Rutgers – des accusations que l’administration Obama avait considérées dénuées de fondement – fondées sur une définition hautement contestée de l’antisémitisme pouvant être utilisée pour censurer toute critique d’Israël.

Ces jours-ci peuvent paraître sombres pour la cause palestinienne, mais le mouvement de solidarité grandit, de plus en plus de gens prennent leurs distances vis-à-vis du gouvernement israélien qui se débarrasse avec constance de ses éléments démocratiques et libéraux. Avec l’évanouissement de la solution à deux États, un État d’apartheid de fait est né, dans lequel la moitié de la population n’a que peu ou pas de droits. Un tel système ne peut survivre à long terme. Ceux pour qui la justice compte et qui croient, comme nous, que les Juifs et les Palestiniens en Israël-Palestine peuvent et doivent trouver un moyen de partager la terre de façon harmonieuse, avec des droits égaux pour tous, auront à redoubler d’efforts pour mettre fin à l’oppression israélienne et trouver une juste solution au conflit.

Source : The Nation
Traduction : SF pour l’Agence Media Palestine