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Le 6 septembre 2018

Laetitia Sadier,

Interpellée par une lettre ouverte de la Campagne BDS France et de nombreux-ses personnes attachées aux droits humains concernant votre participation au festival Météor en Israël débutant aujourd’hui, vous avez répondu par ce tweet le 3 septembre dernier sur votre compte et aujourd’hui sur votre site.


« Faire de la musique, pas la guerre »

L’art, dans votre cas la musique, fait bouger les lignes, rassemble et aide à reconstruire des populations, c’est un instrument puissant et il peut être manié de diverses façons, et à diverses fins. D’ailleurs, le gouvernement israélien le sait très bien.

La façon dont vous l’envisagez sera nécessaire, mais seulement lorsque l’apartheid, la colonisation et l’occupation seront tombés: c’est l’étape suivante…

Aujourd’hui il s’agit de faire tomber ce système inique.

Vous le savez vous ne jouerez pas pour les millions de Palestiniens qui sont de l’autre côté du mur, à quelques km seulement de la scène, ni pour les millions de Palestiniens enfermés dans le ghetto de Gaza, et qui ne pourront pas assister à ce concert.

Vous ne jouerez pas non plus pour les Syriens expulsés du plateau du Golan en 1967 et dont votre scène se trouvera a moins de 10 km ( vous pourrez aller y voir la centaine de villages détruits par Israël, le voyage prendra moins de 2 heures).

Vous préférez entendre l’argument, certes flatteur, disant que votre musique sera un pont, mais prenez le temps d’écouter la société civile palestinienne (à la base de l’appel BDS) ainsi que les membres de Boycott From Within qui vous ont écrit ici ou des artistes comme Eyal Sivan ou encore des personnalités telles que Nurid Peled…

Ce sont des individus qui n’ont jamais cessé de lutter pour un monde plus juste, plus équitable, plus égalitaire … c’est de cette tradition de lutte qu’est issu le mouvement BDS, de lutte contre le racisme entre autres…

Vous le savez également, les Israéliens anticolonialistes et progressistes qui dénoncent la situation sont de plus en plus menacés (pénalisation du boycott et de BDS) d’être traînés en justice, envoyés en prison etc. Vous ne les aiderez pas en n’entendant pas leur message, au contraire.

Vous êtes attachée à faire de ce monde un monde plus juste, mais les luttes de libération, pour les droits civiques et sociaux ont toujours été violentes et ce sont les opprimés qui en payent le plus lourd tribu.

En vous concentrant sur la forme et non sur le fond de la lutte, vous effectuez une inversion qui laisse à penser que ceux qui doivent être les premiers entendus et aidés sont les Israéliens progressistes (et je sais combien ils en ont besoin). Cependant, les premières victimes sont les palestiniens et c’est à eux que revient le droit, le devoir et la responsabilité de définir les moyens d’action et la façon de les soutenir dans leur lutte pour leurs droits. Cela, les anticolonialistes israéliens le savent.

Il persiste une certaine continuité de la pensée coloniale au sein la classe intellectuelle française, une tendance à ne pas entendre les premiers concernés.

Auriez vous expliqué à Nelson Mandela que votre venue en Afrique du Sud au temps de l’apartheid aurait permis de rapprocher les peuples ? Il est doux de penser pouvoir s’exonérer de ses actions en arguant de ses bonnes intentions.

Le boycott sous toutes ses formes est considéré pour les Palestiniens comme un «picket line» à ne pas franchir. Vous qui aimez à citer Godard, lui même est l’un des 80 signataires contre la saison France-Israël, vous pourriez suivre son exemple et soutenir la lutte des peuples opprimés, en l’occurrence, ici, les Palestiniens.

Vous pourriez ainsi décider ne pas franchir «le picket line» en divertissant l’apartheid israélien, en participant à ce festival soutenu par le régime israélien, et vous joindre aux 16 artistes qui se sont déprogrammés.

Erwan Simon, militant de la Campagne BDS