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Par Asa Winstanley et Ali Abunimah – 27 août 2018

Financier d’un lobby israélien, Adam Milstein a été identifié comme le donateur de la Mission Canary, site internet anonyme qui vise à ternir la réputation des supporters américains pour les droits des Palestiniens.

Milstein est désigné, par Eric Gallagher, comme le financier de la Mission Canary, ancien employé du Projet Israël, dans le film d’investigation censuré d’Al Jazeera, Le Lobby – USA.

The Electronic Intifada fait connaître des extraits qu’elle a obtenus de ce film : l’un montre Galagher racontant à un journaliste clandestin le rôle de Milstein et l’autre montre Milstein parlant du besoin de « rechercher » et de « faire connaître » les critiques d’Israël, dont Milstein pense qu’ils ne sont pas seulement antisémites, mais aussi des militants « anti-chrétiens » et « anti-liberté » qui « nous terrorisent ».

Le film révèle aussi que les opérateurs du lobby israélien qui s’appuient sur les informations fournies par la Mission Canary « coordonnent » leurs activités avec le gouvernement israélien.

Cette révélation pourrait aider à expliquer les rapports plus récents disant que les profils de la Mission Canary servent aux gardes-frontières à refuser l’entrée des Américains palestiniens dans leur pays natal.

En tant que radiodiffuseur autorisé au Royaume Uni, Al Jazeera travaille selon le code mis en place par le régulateur Ofcom.

Ces règles exigent que l’on donne à Milstein et à d’autres personnages pro-israéliens présentés dans le film l’opportunité de répondre à ces allégations. Ni Milstein, ni Gallagher, ni des dizaines d’autres personnages pro-israéliens qui apparaissent dans le film n’ont répondu aux lettres « pour droit de réponse », déclare les producteurs du film.

Malgré les efforts intenses pour découvrir qui se cache derrière la Mission Canary, l’unité d’investigation a été capable d’identifier seulement Milstein en tant que force motrice du site internet.

La semaine dernière, The Grayzone Project a rapporté que Howard Sterling, riche avocat et fervent supporter d’Israël, possède le nom du domaine internet utilisé par le site de la Mission Canary. Mais Sterling, à la différence de Milstein, est relativement inconnu.

Macccarthisme pour Israël

Aux côtés de son associé Sheldon Adelson, Milstein est un personnage très connu du lobby israélien.

La fondation de Milstein subventionne des organisations telles que la Coalition d’Israël sur le Campus, StandWithUs [Debout Avec Nous], CAMERA, l’Initiative AMCHA et la Fondation pour la Défense des Démocraties.

Milstein finance aussi le Conseil Américaino-israélien, lobby dont il préside le Bureau.

Magnat de l’immobilier né en Israël installé en Californie, Milstein a purgé une peine en prison fédérale en 2009 pour accusation d’évasion fiscale.

La Mission Canary a ciblé quelque 1.900 étudiants et universitaires depuis 2015 dans ses profils, les diffamant en tant que « racistes », « anti-Américains » et « antisémites ».

Dans le film, un associé de Milstein déclare à propos de la Mission Canary : « Adam Milstein, c’est le gars qui la finance »

Cette reconnaissance a été faite par Eric Gallagher, alors en charge du financement du Projet Israël, l’une des organisations financées par Milstein. Et avant, Gallagher a travaillé chez AIPAC le lobby géant d’Israël.

Gallagher a parlé avec « Tony », reporter d’Al Jazeera qui est allé faire un stage incognito avec le Projet Israël. Gallagher a arrêté de travailler pour Le Projet Israël après que des associations pro-israéliennes aient découvert l’enquête camouflée d’Al Jazeera.

«- Alors, Adam Milstein subventionne Le Projet Israël et il finance le site internet de la Mission Canary ? », demande Tony dans le film.

Galagher réplique : « – Ouais, et c’est intéressant parce que ça fait croire que nous en faisons partie [du Projet Israël]. Mais ce n’est pas le cas. »

Gallagher explique aussi à Tony qu’il ne sait pas qui Milstein a embauché pour diriger la Mission Canary.

Le documentaire d’Al Jazeera montre que la Coalition d’Israël sur le Campus, autre association subventionnée par Milstein, travaille en étroite coopération avec la Mission Canary.

Jacob Baime, directeur exécutif de la Coalition d’Israël sur le Campus, se vante dans le film de ce que « la Mission Canary est vraiment extrêmement efficace, à tel point que nous contrôlons les Etudiants pour la Justice en Palestine et leurs alliés. »

Le film montre aussi un enregistrement de Milstein et Baime dans de longues discussions privées en marge d’une conférence de StandWithUs.

Baime discute de la Mission Canary en tant qu’exemple de la stratégie secrète de la Coalition d’Israël sur le Campus qui consiste à « forger un site internet anonyme » promu par des annonces Facebook ciblées, pour dénigrer les militants de Solidarité avec la Palestine sur le campus. Interrogé par Tony pour savoir s’il a des liens avec la Mission Canary, Baime réplique avec un large sourire : « Non, la Mission Canary est totalement anonyme. C’est vraiment difficile de découvrir qui est derrière elle. »

Mais bientôt après, Baime admet par inadvertance y jouer un rôle direct.

Parlant du besoin de répondre aux publications, dont The Electronic Intifada, qui révèlent le travail des organisations anti-palestiniennes, Baime dit : « – Envoyez les paître, nous nous en occupons. Enfin je veux dire, pas « nous » mais, hum, juste quelque association anonyme. »

Blaime explique sa réticence à ouvertement revendiquer le mérite de ce genre d’opérations, faisant ressortir le fait que « – nous le faisons de façon sûre et anonyme et c’est l’essentiel ».

« – Si l’un de ces terroristes sur le campus veut perturber une conférence pro-israélienne ou autre chose et a envie de dérouler une bannière ou quoi que ce soit d’autre, nous allons enquêter sur eux », dit-il. « – Ce truc devient très utile à ce moment là et il y a des tonnes de façons de le mettre au jour. »

Baime décrit aussi la coopération de son organisation avec le ministère des Affaires Stratégiques, agence secrète d’Israël pour combattre le mouvement de solidarité à travers le monde – et particulièrement le mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions, ou BDS.

Le directeur général du ministère est Sima Vaknin-Gil. Son personnel est constitué de fonctionnaires issus de diverses agences d’espionnage dont les identités sont majoritairement classifiées, bien que quelques unes soient révélées.

Espionner pour Israël

Afin de partager les informations, « – nous avons ajouté le ministère des Affaires Stratégiques à nos résumés d’informations et de renseignements », explique dans le film le fondé de pouvoir de Baime.

Hersh a dit que ce lien avec Israël est lié à la façon dont « – nous obtenons des informations sur ce qui se passe sur les campus universitaires américains ».

Baime se confie aussi à Tony, qui est britannique, sur ses liens avec le gouvernement israélien, expliquant que « – mon point de vue et le point de vue du ministère des Affaires Stratégiques, avec qui nous sommes parfois en contact, avec qui nous communiquons parfois, est, hum, comme l’Europe est perdue et qu’elle est fondamentalement dépassée et comme ils tournent maintenant beaucoup leur attention vers les Etats Unis parce qu’ils sentent que nous sommes sur votre chemin ».

Selon Baime, leur stratégie consiste à « lâcher » toutes les quelques heures « – un nouveau renseignement sur la recherche de l’opposition (…..)  C’est de la guerre psychologique. Ca les rend fous », déclare-t-il.

Baime décrit cette approche comme « copiée sur la stratégie de contre-insurrection du Général Stanley McChriystal en Irak ».

La Coalition d’Israël sur le Campus a un fonctionnement de recherche de « très haute technologie », déclare Baime, dont le coût s’élève à « un million et demi [de dollars] ou plus. C’est même probablement proche de 2 millions maintenant. Je ne sais même pas, c’est énorme ».

Les aveux de Baime soulèvent des questions sur le fait de savoir si la Coalition d’Israël sur le Campus et les individus associés au travail qu’il décrit agissent en tant qu’agents d’un Etat étranger, sans enregistrement, comme requis par le droit américain, avec la division de contre-espionnage du Département de la Justice.

Dans l’enregistrement de la vidéo visible au début de cet article, Adam Milstein explique la stratégie dans des termes similaires, bien qu’il n’admette aucun rôle direct dans la Mission Canary.

« – Nous avons besoin de révéler ce qu’ils sont réellement. Et nous avons besoin de révéler le fait qu’ils sont contre tout ce en quoi nous croyons. Et nous avons besoin de ne leur laisser aucun répit (…..) Nous le faisons en révélant qui ils sont et ce qu’ils sont, le fait qu’ils sont racistes, le fait qu’ils sont fanatiques, qu’ils sont anti-démocratiques. » déclare Milstein.

Tony demande s’il faudrait qualifier les cibles de ces tactiques d’antisémites. Milstein réplique : « – Pas juste antisémites, c’est trop simple. Il faut que nous les présentions pour ce qu’ils sont réellement. Ils sont contre la liberté, ils sont contre les chrétiens. »

Listes noires

La Mission Canary a commencé à publier des profils d’étudiants militants en 2015.

Comme The Electronic Intifada l’a rapporté en juin de cette année, la campagne de harcèlement Maccarthiste a ciblé près de 2000 étudiants et universitaires.

Ces profils salissent les militants de la Solidarité avec la Palestine – souvent des étudiants descendants de Palestiniens – en tant qu’antisémites, dans le but explicite de faire du tort à leurs projets de carrière.

Dans le film, Baime explique l’effet de cette stratégie sur ses cibles : « – Soit ils arrêtent, soit ils passent leur temps à y répondre et à enquêter, autant de temps qu’ils ne peuvent passer à attaquer Israël. C’est incroyablement efficace. » 

Beaucoup de ceux qui ont été ciblés par le site internet « ont raconté qu’ils avaient été questionnés par les employeurs et les écoles actuels ou envisagés sur leur soutien aux droits des Palestiniens », a déclaré Palestine Legal.

D’autres ont été mis en congé, privés de leur compte en banque, ont reçu des menaces de mort et ont été interdits d’entrer en Israël, y compris en Cisjordanie occupée, dit l’association des droits civiques. 

Le film est une suite de The Lobby, enquête secrète par Al Jazeera des associations pro-israéliennes au Royaume Uni, diffusé en janvier l’année dernière.

Depuis que le régulateur de la radiodiffusion du Royaume Uni a défendu ce film en octobre, il est devenu de plus en plus clair que le gouvernement Qatari a interdit à Al Jazeera de diffuser la suite. 

Le film a été censuré même alors qu’il traite de sujets d’un intérêt public considérable, y compris les efforts camouflés pour le compte d’un Etat étranger pour espionner, harceler ou empêcher des Américains de s’engager dans des activités protégées par le Premier Amendement. 

En mars, The Electronic Intifada a été la première à publier des détails du contenu du film.

Avec cette vidéo, elle est la première à publier des extraits de ce documentaire censuré.

 Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine


Source : The Electronic Intifada