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Les boycotts culturels demeurent une méthode controversée pour résister et pour contester les tactiques violentes et oppressives du gouvernement israélien, mais au moins ils attirent son attention.

Lana Del Rey a argumenté que “la musique est universelle et devrait servir à nous rapprocher” (Photo : Getty Images)

La décision de Lana Del Rey de se produire au Meteor Festival en Israël a ravivé le débat sur la possibilité d’une séparation entre la politique d’un pays et son paysage culturel.

La controverse autour de Lana Del Rey suit celles autour de plusieurs artistes renommés, tels que Radiohead, qui ont subi des pressions importantes de la part de militants qui croient que la manière la plus effective de faire arrêter l’occupation militaire israélienne de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de Gaza est le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS). Lana Del Rey elle-même avait annulé un concert en 2014, pendant l’opération Bordure protectrice, une opération militaire lancée par Israël dans la Bande de Gaza.

Comme lecteur régulier de la presse juive et israélienne, et en tant que Juive moi-même, je suis très au fait de la place que BDS a dans les discussions actuelles autour d’Israël et de l’occupation. D’ailleurs, le fait qu’Israël tient des conférences sur la manière de combattre BDS, ainsi que sa récente décision d’interdire l’entrée en Israël aux membres du mouvement BDS souligne que ce gouvernement israélien prend la « menace » de ce mouvement non-violent incroyablement au sérieux.

Lana Del Rey a justifié sa décision de jouer à Tel Aviv en arguant qu’elle n’était pas politique et que « la musique est universelle et devrait servir à nous rapprocher ». Ce genre de commentaire à l’eau de rose fait ressortir encore plus le fait que beaucoup de Palestiniens n’ont pas le droit de quitter la Cisjordanie, sans parler de voyager jusqu’à Tel Aviv pour aller écouter des remixes multiples de Summertime Sadness. La réalité est que tout en Israël-Palestine est politique. Au moment où la violence, la ségrégation et les tensions sont visiblement en croissance exponentielle, même des festivals de musique vont donner l’opportunité à des stars de la pop, à des politiciens et à monsieur et madame Tout-le-monde en Israël, de décider de quel côté du débat sur l’occupation ils veulent se situer.

Car finalement, les boycotts culturels touchent au cœur de ce que l’on ressent bien comme si contradictoire en Israël : voir des musiciens célèbres se produire à Tel Aviv la confirme dans son image de centre culturel occidental, au cœur de « la seule démocratie au Moyen-Orient ». Et pourtant, les succès grandissants des militants israéliens et palestiniens dans la mise en lumière de la réalité plus sombre de ce qu’est Israël aujourd’hui sont autant de coups de canif portés à cette image. Des tactiques similaires ont été utilisées avec beaucoup de succès durant la Pride Parade de Tel Aviv en juin dernier : des militants israéliens et palestiniens ont bloqué l’itinéraire de la parade, en protestant contre le « pinkwashing », c’est-à-dire la mise en exergue des politiques progressives d’Israël en faveur des personnes LGBT pour dissimuler d’autres violations potentielles des droits de l’homme, envers les Palestiniens et les minorités vivant en Israël.

J’ai grandi après les Accords d’Oslo – un accord entre le gouvernement israélien et l’Organisation de libération de la Palestine. Mon premier souvenir des informations date de mes cinq ans, lorsque j’ai entendu que l’ancien Premier Ministre israélien Yitzhak Rabin avait été assassiné. En conséquence, ma relation avec Israël s’est développée avec la barrière de séparation, les colonies et la prison en plein air de Gaza en toile de fond.  Ce qui est devenu absolument évident, c’est que Benjamin Netanyahu et ses acolytes ne s’intéressent aucunement à ce que tous dans ce pays y vivent dans l’égalité et la dignité.

Un manifestant utilise une raquette pour renvoyer une cartouche de gaz lacrymogène tirée par les troupes israéliennes (Reuters)

J’ai passé les sept dernières années en Grande-Bretagne à mener campagne contre le soutien communautaire des Juifs à l’occupation, et à soutenir des communautés palestiniennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Les boycotts culturels demeurent une méthode controversée pour résister et pour contester les tactiques violentes et oppressives du gouvernement israélien, mais au moins ils attirent son attention.

Alors qu’il est facile d’ignorer des millions de Palestiniens qui n’ont pas le pouvoir des urnes, ou de disqualifier des militants juifs israéliens en les traitant de « traîtres gauchistes », des campagnes très médiatisées contre des artistes comme Lana Del Rey contribuent à mettre les questions de l’occupation et de la montée de l’ultranationalisme en Israël sous les projecteurs.

L’intensification de la critique et de l’attention internationale vont peut-être enfin forcer la main au gouvernement israélien pour qu’il envisage de mettre un terme, de manière constructive, aux 51 ans de son occupation d’un autre peuple.

Controversés ? Certainement. Efficaces ? Ils sont peut-être notre seul espoir.

Traduction : MV pour l’Agence Média Palestine
Source : The Independent