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Maureen Clare Murphy – 24 juillet 2018

Des parents d’Arkan Mizher, tué par des soldats israéliens au cours d’un raid, pleurent sur son cadavre pendant ses funérailles le 23 juillet au camp de réfugiés de Dheisheh, près de la ville de Bethléem en Cisjordanie. (Wisam Hashlamoun / APA images)

Lundi, au cours d’un raid dans un camp de réfugiés de Cisjordanie, les forces d’occupation israéliennes ont tiré dans la poitrine d’un garçon de 14 ans et l’ont tué.

Arkan Thaer Halami Mizher a été blessé alors que les résidents du camp de Dheisheh près de la ville de Bethléem affrontaient les soldats du raid.

« Les forces israéliennes ont bouclé la route principale, empêchant les ambulances d’atteindre la zone », a déclaré Défense des Enfants International Palestine. Le garçon a été emmené dans une voiture particulière jusqu’à l’hôpital voisin, où il a été déclaré mort.

Ces sortes de raids sont courants en Cisjordanie.

Les forces d’occupation israéliennes ont mené environ 7.200 raids nocturnes en 2010 sur des maisons à travers la Cisjordanie, d’après Al-Haq, association des droits de l’homme basée sur le territoire.

Les raids d’avant l’aube, entrepris sans mandat ni préavis alors que les résidents sont généralement en train de dormir, servent à Israël pour « assujettir la population palestinienne et assurer un contrôle social », déclare Al-Haq.

Les Palestiniens qui vivent dans le camp de réfugiés de Dheisheh subissent constamment ce genre de raids.

Raids nocturnes

Arken Mizher

Raed al-Salhi, résident du camp de 12 ans, est mort en septembre 2017, un mois après avoir été atteint de sept balles à bout portant pendant un raid sur sa maison.

« Les raids nocturnes sont devenus courants à Dheisheh », a dit l’année dernière un autre résident du camp à The Electronic Intifada. « Nous sommes souvent réveillés par l’odeur des gaz lacrymogènes et ne dormons jamais profondément – vous devez garder un œil ouvert afin de protéger votre famille du mieux possible. »

Le garçon mortellement blessé au cours du raid de lundi sur Dheisheh était le sixième enfant palestinien tué par les forces israéliennes en juillet.

« Les forces israéliennes tirent très souvent à balles réelles pendant les raids nocturnes en Cisjordanie », a déclaré Ayed Abu Eqtaish de Défense des Enfants International Palestine.

« Les balles réelles sont une terrible force mortelle et mettent les enfants palestiniens en grand danger. »

Selon Défense des Enfants International Palestine, au moins 31 enfants palestiniens ont été tués par Israël jusqu’ici cette année. Aucun enfant ne se trouve parmi les neuf Israéliens tués par des Palestiniens en 2018.

L’UNRWA, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens, a condamné le meurtre d’Arkan Mizher, qui étudiait dans l’une de ses écoles, et a demandé « une enquête indépendante et transparente pour établir la cause et les circonstances de sa mort ».

Dix réfugiés ont été tués par les forces israéliennes dans des camps de Cisjordanie depuis le début de 2017, selon l’UNRWA. Trois réfugiés palestiniens ont été tués dans le camp de Dheisheh pendant cette période.

Le porte parole de l’UNRWA, Chris Gunness, a noté l’augmentation des blessures par balles réelles dans les camps de réfugiés :

Le pourcentage de personnes blessées par balles réelles dans les camps de réfugiés palestiniens en Cisjordanie a augmenté de 10 % en 2013.

Cette augmentation se poursuit depuis 2013 et la proportion de balles réelles utilisées soulève de graves inquiétudes sur l’utilisation potentiellement excessive et disproportionnée de la force par l’armée israélienne.

Selon le droit international, en tant que puissance occupante, Israël a la responsabilité de se conformer aux normes internationales pour l’utilisation de la force dans le respect de la loi, qui interdit la force mortelle, sauf en dernier recours, en cas d’autodéfense et pour répondre à une menace imminente de grave danger physique.

Flambée des atteintes mortelles sur les enfants

Défense des Enfants International Palestine a fait remarquer que le nombre d’atteintes mortelles sur les enfants dans la première moitié de 2018 a été presque trois fois plus important que celui de l’année dernière pendant la même période.

Dix-huit de ces assassinats ont eu lieu dans le contexte des manifestations de la Grande Marche du Retour, le long du périmètre oriental de Gaza, qui ont débuté en mars dernier.

Plus de 150 Palestiniens ont été tués à Gaza depuis lors par les forces israéliennes, dont 115 pendant les manifestations. Au cours de la même période, 4.200 autres Palestiniens ont été blessés par balles réelles à Gaza.

La victime la plus jeune fut Yasir Abu al-Naja, 11 ans, qui est mort instantanément après avoir reçu une balle dans la tête pendant les manifestations du  29 juin à l’est de Khan Younis.

Cinq enfants de Gaza ont été tués en juillet par des tirs à balles réelles et des missiles.

Deux garçons de 14 ans qui se tenaient sur le toit d’un immeuble ont été tués le 14 juillet dans une attaque aérienne.

Cadavres d’enfants retenus

Israël détient les cadavres de deux enfants palestiniens tués par ses soldats.

Khaled Abd al-Al, 17 ans, et trois autres garçons ont été atteints après avoir traversé la barrière frontalière avec Israël et mis le feu le 2 juillet à un poste militaire près de Rafah, tout au sud de Gaza.

« Un témoin oculaire [Défense des Enfants International Palestine] a dit que le groupe fuyait vers le côté palestinien de la barrière quand il s’est retrouvé sous des tirs puissants et que Khaled a été frappé par des balles réelles » a raconté l’association.

« Les soldats israéliens ont alors traîné Khaled par les mains, selon le témoin, et plus tard, sa famille a été informée de sa mort », a ajouté Défense des Enfants International Palestine.

Yusif Abu Jazar, 15 ans, est paraît-il mort dans un hôpital israélien après avoir été abattu alors qu’il tentait de traverser la barrière le 29 avril. Son corps n’a pas encore été rendu à sa famille.

L’officier supérieur israélien Zvika Fogel a expliqué ce même mois comment des tireurs d’élite de l’armée ont visé délibérément des enfants, ne tirant que quand ils en recevaient l’ordre d’un supérieur.

« A mon grand regret, parfois lorsque vous tirez sur un petit corps et que votre intention est de l’atteindre au bras ou à l’épaule, la balle arrive plus haut », a dit Fogel dans une tentative de justification de la mort d’enfants.

Ce reportage a été mis à jour afin d’y inclure des déclarations et statistiques délivrées par l’UNRWA.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : The Electronic Intifada