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Ali Abunimah – 13 juillet 2018

Des Palestiniens protestent contre l’utilisation par Israël de tireurs d’élite pour cibler des enfants, lors d’une manifestation à l’est de Gaza ville, le 13 juillet.
(Dawoud Abo Alkas – APA Images)

Des tireurs d’élite israéliens ont tué un enfant, ce vendredi, alors que les Palestiniens marquaient les plus de 100 jours de manifestations de la Grande Marche du Retour à Gaza.

Uthman Rami Hillis, 14 ans, a été tué par un tir à balle réelle, affirme le groupe de défense des droits humains, Al Mezan.

Hillis, du quartier de Shujaiya, a été abattu dans le dos, par des forces israéliennes postées à la limite orientale de la ville de Gaza, déclare le groupe.

Plus de 100 personnes dans Gaza ont été blessées, dont 65 avec des munitions de guerre.

Les médias palestiniens ont fait circuler cette photo de Hillis après avoir informé de sa mort.

Les médias ont également partagé des photos de Hillis transporté sur une civière après avoir été touché :

une vidéo montre des scènes pénibles où l’on voit des proches qui pleurent auprès du corps de Hillis à la morgue de l’hôpital al-Shifa à Gaza ville.

Avant la mort de Hillis, vendredi, l’OCHA, l’Agence de coordination des affaires humanitaires des Nations-Unies, a rapporté qu’il y avait 21 enfants parmi les près de 150 Palestiniens tués par les forces israéliennes à Gaza depuis le 30 mars, pour la grande majorité d’entre eux pendant les manifestations. Plus de 4000 autres ont été blessés par des munitions de guerre.

Au cours de la même période, quatre Israéliens ont été blessés.

Aux côtés de Khan al-Ahmar

Pour le 16e vendredi de suite, des milliers de Palestiniens se sont dirigés vers la frontière orientale de Gaza.

Depuis le 30 mars, les Palestiniens protestent de façon de plus en plus massive contre le siège de onze années de Gaza par Israël, et ils exigent le respect du droit des réfugiés au retour sur les terres d’où ils ont été expulsés et exclus par Israël parce qu’ils n’étaient pas juifs.

Israël a réagi en déployant des tireurs d’élite avec l’ordre de tirer sur ces civils sans arme, dont des enfants – des meurtres et mutilations qui, a déclaré le procureur de la Cour pénale internationale, pourraient amener les dirigeants israéliens à être jugés pour crimes de guerre.

Le thème de la manifestation de vendredi était la solidarité avec Khan al-Ahmar, ce village bédouin près de Jérusalem qui est menacé d’une démolition imminente par Israël – autre crime de guerre – pour faire la place à de nouvelles colonies de peuplement juives en Cisjordanie occupée.

De nombreux Palestiniens de Gaza ont adressé des messages aux gens de Khan al-Ahmar par les médias sociaux.

« Nous sommes ici aujourd’hui en solidarité avec nos frères et sœurs de Khan al-Ahmar » dit un homme. « Tout Gaza est avec vous ».

Cette photo montre un Palestinien agitant un drapeau irlandais en l’honneur de l’adoption par le Sénat irlandais, en début de semaine, d’un projet de loi interdisant l’importation de produits venant des colonies de peuplement israéliennes.

Israël resserre le siège

Alors que les Palestiniens de Gaza poursuivent leur révolte contre le siège en dépit du coût dévastateur, Israël réagit en resserrant encore davantage le blocus.

Lundi, Israël a annoncé qu’il fermait l’unique passage frontalier de Gaza pour les biens commerciaux.

Israël a également réduit la distance que les pêcheurs de Gaza étaient autorisés à parcourir en mer, la passant de neuf à six miles marins.

Ces mesures constituent une punition collective contre les deux millions d’habitants de Gaza pour les cerfs-volants et ballons incendiaires que les Palestiniens ont lancés, mettant le feu à des champs du côté israélien de la frontière.

L’armée israélienne, avancée sur le plan technologique, s’est révélée incapable de contrer ces cerfs-volants et ballons.

Ainsi, une fois de plus, les autorités de l’occupation infligent davantage encore de ces souffrances qui ont déclenché une révolte contre une situation où les gens de Gaza – dont la moitié sont des enfants – n’ont d’autre choix que mourir sous les balles et les bombes d’Israël, ou être réduits en silence au désespoir et à la mort par le siège.

Israël dit qu’il va autoriser des approvisionnements « humanitaires », tels la nourriture et les médicaments, mais des responsables des Nations-Unies ont bien prévenu que la fermeture du passage frontalier commercial ne fera qu’aggraver encore la situation de Gaza.

Cette fermeture « ne peut qu’avoir de conséquences profondes, et de grande portée, pour des civils déjà désespérés », a déclaré jeudi Chris Gunness, porte-parole de l’UNRWA, l’agence des Nations-Unies pour les réfugiés palestiniens.

Gunness souligne que parmi les importations interdites par Israël figurent les matériaux de construction destinés aux projets des Nations-Unies concernant l’éducation, la santé, l’eau, les installations sanitaires et l’hygiène.

Les systèmes d’eau et d’assainissement sont déjà sur le point de s’effondrer après les années de blocus et d’agressions militaires d’Israël.

Infliger de la souffrance

Gisha, un groupe israélien de défense des droits de l’homme qui observe le blocus de Gaza, affirme que ce sont tous les matériaux de construction qu’Israël interdit, et pas seulement ceux destinés aux projets des Nations-Unies – ce qui va mettre un terme très rapidement à toute construction à Gaza.

Les entreprises, déjà en difficultés, subiront aussi d’énormes pertes.

Suleiman Zurub, un agriculteur, attendait pour expédier par mer 2000 caisses de pommes de terre douces via ce passage frontalier. Cette récolte va probablement être perdue maintenant. « Les agriculteurs sont les grands perdants de cette décision », affirme Zurub, selon Gisha.

Hasan Shehadeh, qui possède une entreprise de vêtements, fait lui aussi face à d’énormes pertes étant maintenant incapable d’expédier par mer des marchandises aux clients en Israël, en Cisjordanie occupée et en Chine.

« Si les choses restent en l’état, je vais subir d’énormes pertes financières, car dans mes contrats, j’ai signé un engagement à payer pour chaque produit resté dans mon usine » dit Shehadeh, selon Gisha.

Shehadeh est aussi préoccupé pour les 200 personnes qu’il emploie. « La décision d’Israël va les toucher elles aussi, naturellement », dit-il.

Des avertissements anticipés

Gunness, de l’UNRWA, a prédit que la récente fermeture entraînera une augmentation de la demande pour les services de l’UNRWA.

Cela interviendra à un moment où l’agence, qui fournit des rations d’urgence, de la santé et de l’éducation à des centaines de milliers de personnes à Gaza, est elle-même confrontée à une crise financière sans précédent après le gel des contributions des États-Unis en début d’année.

Près de 80 % de la population de Gaza sont déjà contraints de dépendre de l’aide humanitaire, et le taux de chômage avoisine les 50 %.

En juin, l’UNRWA a averti qu’elle pourrait devoir procéder à des coupes profondes dans ses services déjà très sollicités.

Même avant les récentes restrictions israéliennes, les dirigeants des Nations-Unies avaient signalé une brutale détérioration de la situation.

De janvier 2017 à juin de cette année, le pourcentage des médicaments essentiels à un niveau de stock zéro à Gaza avait augmenté progressivement d’un tiers à la moitié, selon l’OCHA – ce qui signifie qu’il y a moins d’un mois d’approvisionnement pour ces médicaments.

En juin, le nombre moyen d’heures d’électricité par jour a été de 4,5 heures, proche du niveau historique le plus bas depuis janvier 2017.

Dans le même temps, au cours de l’année passée, le nombre de personnes ayant dû emprunter de l’argent ou de la nourriture à leur famille ou à des amis est passé d’environ une sur trois, à près d’une sur deux.

Une complicité internationale

L’Union européenne, qui critique rarement Israël et qui a été incapable de condamner ses massacres de civils à Gaza, a déclaré vendredi « s’attendre à ce qu’Israël revienne » sur sa décision de fermer le passage frontalier commercial.

La déclaration de Bruxelles ne fait aucune référence aux obligations d’Israël, en tant que puissance occupante, à se conformer au droit international, notamment à l’interdiction des punitions collectives.

L’UE justifie même tacitement l’action d’Israël en incluant l’exigence que « le Hamas et les autres acteurs à Gaza devaient cesser et s’abstenir d’actions violentes et de provocations contre Israël, y compris de lancer des cerfs-volants et des ballons incendiaires ».

Par contre, Gisha qualifie le recours d’Israël à « punir collectivement les près de deux millions de personnes de Gaza » en fermant le passage frontalier des marchandises « à la fois d’illégal et de moralement dépravé ».

Le groupe palestinien de défense des de l’homme Al Mezan déplore « la tolérance ininterrompue de la communauté internationale pour la punition collective de la population de Gaza par Israël en violation de ses obligations juridiques en vertu du droit humanitaire international ».

Al Mezan met en garde, Gaza est en train de vivre « un effondrement social et économique » et elle se dirige vers une « explosion ».

Attaques aériennes

Dans la nuit du vendredi au samedi, et à nouveau le samedi, Israël a effectué des frappes aériennes sur Gaza.

Israël a commencé ces attaques le vendredi soir « en réponse à des blessures subies par un officier de l’armée israélienne après qu’une bombe de fabrication locale soit tombée sur lui à la frontière de la bande de Gaza », rapporte l’Agence Ma’an News, citant les médias israéliens.

Le journal Haaretz indique qu’un officier israélien « a été modérément blessé par une grenade à main qui avait été lancée sur lui depuis le nord de la bande de Gaza » vendredi.

Israël prétend avoir attaqué des tunnels et des sites servant à la préparation des cerfs-volants et des ballons incendiaires.

Les factions de la résistance palestinienne ont riposté en lançant des dizaines de roquettes vers Israël.

Samedi, Israël a repris ses bombardements sur Gaza et il affirme que ce sont ses plus importantes attaques de jour menées sur le territoire depuis son assaut de 2014.

Selon Haaretz, « l’armée israélienne a dit que les attaques de samedi étaient une réponse non seulement aux tirs de roquettes de représailles venant de Gaza, mais aussi aux activités du Hamas le long de la frontière et aux ballons et cerfs-volants incendiaires ».

Samedi, Haaretz a indiqué qu’une roquette « avait bien explosé près d’une communauté à la frontière israélienne », mais qu’il n’y avait eu aucun blessé.

Le ministère de la Santé à Gaza fait savoir que samedi soir, une personne a subi des blessures modérées par les attaques aériennes en cours des Israéliens.

Sur les médias sociaux, des Palestiniens de Gaza ont signalé de fortes explosions dues à des bombardements qui semblaient destinés à terroriser la population.

Source : The Electronic Intifada
Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine