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Tamara Nassar – 18 juin 2018

Le président Donald Trump reçoit Mohamed bin Zayed Al Nahyan, prince héritier d’Abu Dhabi, à la Maison Blanche à Washington le 15 mai 2017. (The White House / Flickr) 

Le Premier ministre d’Israël Benjamin Netanyahu et les responsables des Emirats Arabes Unis se sont rencontrés en secret à Chypre pour discuter de l’accord nucléaire iranien juste avant que Donald Trump n’accède au poste de président, selon un rapport paru dans The New Yorker.

L’administration de Barack Obama n’était pas au courant de cette rencontre. Les agences de renseignement américaines n’en ont été informées, ainsi que de conversations téléphoniques entre de hauts responsables des Emirats et d’Israël, que vers la fin du second mandat d’Obama.

Cette rencontre a marqué un renforcement des relations secrètes entre Israël et certains Etats arabes du Golfe qui vont vraisemblablement se faire aux dépens des Palestiniens. Netanyahu espère que ces Etats arabes aideront à faire pression sur les Palestiniens pour qu’ils acceptent un accord de paix taillé sur mesure selon les exigences d’Israël.

En 2015, d’après ce rapport, « Netanyahu ne se souciait plus de ce que Obama pensait de lui » et, une nouvelle administration approchant, Netanyahu ainsi que le prince héritier d’Abu Dhabi, Mohamed bin Zayed Al Nahyan, se sont fixé comme « objectif de persuader le nouveau président de créer au Moyen Orient une dynamique entièrement nouvelle » qui isolerait l’Iran, c’est ce que Adam Entous a écrit dans The New Yoker.

Abu Dhabi est l’État qui a le plus d’influence dans les Emirats Arabes Unis.

Avant l’élection présidentielle américaine de 2016, Netanyahu a rencontré la candidate démocrate Hillary Clinton et a esquissé un plan « appelant les Etats arabes à prendre des mesures en vue de la reconnaissance d’Israël, à charge pour Israël d’améliorer la vie des Palestiniens ». 

Entous a ajouté que « Clinton savait que les Emirats et l’Arabie Saoudite travaillaient déjà en coulisses avec le Mossad [agence d’espionnage israélienne] pour contrer l’influence iranienne ». 

Netanyahu et l’ambassadeur israélien Ron Derner ont rencontré le candidat Trump, son gendre Jared Kushner et son conseiller d’alors Steve Bannon le 25 septembre 2016 dans l’appartement avec terrasse de Trump à New York.

Un ancien conseiller de Trump a dit à Entous que « l’idée » d’une alliance Golfe-Israël contre l’Iran « a germé dans cette pièce ».

Bin Zayed a aussi rencontré Kushner, Bannon et l’ancien conseiller américain à la sécurité nationale le 15 décembre 2016, des mois après que Netanyahu et Dermer ont rencontré Trump, Kushner et Bannon pour exprimer les mêmes intérêts. Cette rencontre elle non plus n’était pas connue de l’administration Obama et s’est tenue à l’Hôtel des Quatre Saisons et non pas dans la Trump Tower afin de ne pas éveiller l’attention.

Selon Entous, Bannon a dit plus tard à l’ambassadeur des Emirats Yousef Al Otaiba que cette rencontre à l’Hôtel des Quatre Saisons « a été l’une des rencontres les plus révélatrices que j’aie jamais eue »

Ron Dermer et Yousef Al Otaiba ont eu « accès de façon extraordinaire à l’équipe du nouveau président », a écrit Entous. 

« Faillite » palestinienne

Pour les Emirats Arabes Unis et pour le puissant Prince héritier saoudien Mohammed bin Salman, la question palestinienne n’est qu’un inconvénient qui se dresse devant la possibilité de liens plus étroits avec Israël pour affronter l’Iran. 

« Israël ne nous a jamais attaqués » et « nous partageons un ennemi commun », a paraît-il déclaré bin Salman dans plus d’une rencontre avec des responsables américains, selon Entous. 

Nous allons arriver à un accord », aurait dit bin Salman à un Américain en visite à Riyad en 2017. « Je vais rendre service aux Palestiniens et lui » – Trump – « va rendre service aux Israéliens »

Bin Salman faisait référence au soi-disant accord du siècle de Trump entre Israël et les Palestiniens.

D’après Entous, l’ambassadeur de Trump en Israël David Friedman, ancien avocat spécialiste des faillites, a appelé l’accord projeté un « marché de dupes » pour les Palestiniens – en d’autres termes, une liquidation de leurs droits. 

L’article d’Entous confirme aussi que certains membres de l’équipe Trump sont encore plus à droite sur la question palestinienne que le gouvernement israélien lui-même.

Quand Friedman nouvellement nommé a été brièvement informé par les responsables du Département d’État sur la situation humanitaire à Gaza, on dit que l’ambassadeur a répliqué : « Je ne comprends vraiment pas. Les gens qui vivent là sont fondamentalement égyptiens. Pourquoi l’Egypte ne peut-elle pas les récupérer ? »

Un ennemi commun

La réunion à Chypre entre Netanyahu et les principaux dirigeants des Emirats fut l’un des nombreux contacts secrets entre les responsables des Emirats et d’Israël dont Entous recherche la trace jusqu’aux années 1990, lorsque bin Zayed voulait acheter des avions de chasse aux Etats Unis, mais craignait qu’Israël ne fasse objection à cette vente. 

Bin Zayed « pensait que les Etats du Golfe et Israël partageaient un ennemi commun : l’Iran » et demandait que Sandra Charles – ancienne responsable dans l’administration de George H.W. Bush qui travaillait à l’époque pour bin Zayed – transmette le message à propos d’une rencontre possible entre les responsables des Emirats et d’Israël.

Entre autres travaux accomplis par Charles aux Emirats, son entreprise a porté assistance à Jamal S. Al-Suwaidi, universitaire émirati qui installait en 1994 le Centre des Emirats pour les Etudes Stratégiques soutenu par le gouvernement. Ce groupe de réflexion fut installé pour faire de la recherche universitaire, mais « se transforma ensuite en intermédiaire pour des contacts avec Israël »,  écrit Entous.

Plus tard, Charles organisa une rencontre entre Al-Suwaidi et le diplomate israélien Jeremy Issacharoff. Cette rencontre n’était pas officielle, si bien que Israéliens et Emiratis pouvaient nier qu’elle ait jamais eu lieu.

Après cette rencontre, le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin n’a émis aucune objection à la vente des jets de combat américains aux Emirats Arabes Unis. 

Cela établit un « sentiment de confiance » entre Israël et les Emirats Arabes Unis , ont dit à Entous d’anciens responsables américains. Ces anciens responsables considéraient comme significatif que bin Zayed « ne se soit pas inquiété » d’apprendre que les jets de combat contenaient de la technologie israélienne.

Avec la bénédiction de Zayed, « Suwaidi a commencé à faire venir des délégations de Juifs américains influents à Abu Dhabi pour rencontrer les responsables émiratis ».

Notamment, le Qatar utilise aujourd’hui la même stratégie que celle qu’ont utilisée les Emirats pour gagner l’approbation israélienne dans les années 1990. 

Le gouvernement qatari a invité les Américains de droite et les principaux dirigeants du lobby israélien de Washington à tous les voyages tous frais payés à Doha.

On y trouve l’avocat faucon pro-israélien Alan Dershowitz et le chef de l’organisation sioniste d’Amérique Morton Klein. 

D’influents propagandistes anti-palestiniens sont revenus aux USA pour chanter les louanges du Qatar.

Le vol de Jérusalem

Entous apporte aussi un éclairage sur la façon dont le milliardaire américain des casinos Sheldon Adelson a joué un rôle « essentiel » pour garantir le soutien des Républicains à Trump.

Adelson a versé des dizaines de millions de dollars dans la campagne de Trump après avoir reçu l’engagement comme quoi Trump déménagerait l’ambassade américaine à Jérusalem s’il était élu.

« Adelson voulait ‘éliminer’ la question de la division de la capitale, a dit un confident de Trump, ‘Pour lui, c’était la seule solution. C’était son rêve’. »

Cependant, Sheikh Kamal al-Khatib, chef adjoint de la Branche Septentrionale du Mouvement Islamique en Israël, a averti dans un post sur Facebook qu’un homme d’affaires palestinien, associé au puissant personnage palestinien Muhammad Dahlan, projetait d’acheter un bien immobilier à Jérusalem au nom d’un homme d’affaires des Emirats associé à bin Zayed.

Al-Khatib a averti que ces biens allaient vraisemblablement atterrir dans les mains d’Israël. 

« Cet homme d’affaires a offert à un résident de Jérusalem 5 millions $ pour acheter une maison mitoyenne de la mosquée al-Aqsa. Comme l’offre a été repoussée, l’homme d’affaires a offert au propriétaire 20 millions $ pour la même maison », a écrit al-Khatib dans son post sur Facebook. Al Khatib a exhorté les résidents de Jérusalem à ne pas vendre leurs propriétés, quel que soit le prix qu’on leur en offrait. 

Dans une interview avec Al Jazeera, al-Khatib declare que, pendant l’attaque israélienne de 2014 sur la Bande de Gaza, les propriétés achetées par des citoyens des Emirats dans les faubourgs de Jérusalem de Ein al-Hilweh et de Silwan atterrissaient sous le contrôle de colons israéliens . 

Dahlan a réfuté ces accusations. Dans un post sur Facebook, il a menacé d’intenter un procès à al-Khatib et à Al Jazeera « où qu’ils soient dans le monde » pour leurs mensonges, ajoutant que ceux qui dirigent et financent Al Jazeera « passent des moments merveilleux dans les hôtels de Tel Aviv et de Jérusalem avec la protection et l’autorisation directes d’un souverain du Qatar ».

Dahlan a été un personnage central du complot soutenu par les USA et financé par les Emirats Arabes Unis pour armer et entraîner des milices pour vaincre le Hamas après que le groupe de résistance islamiste a sévèrement battu la faction du Fatah de Dahan aux élections de l’Autorité Palestinienne de janvier 2006.

Le président George W. Bush, dont l’administration approuvait directement ce projet, parlait de Dahlan comme de « notre homme ». Les projets ont cependant échoué lorsque le Hamas a renversé les rôles face aux conspirateurs, chassant Dahlan et ses milices hors de Gaza en juin 2007.

Dahlan s’est enfui vers la ville de Ramallah en Cisjordanie occupée. Mais il s’est rapidement brouillé avec le chef de l’AP et patron du Fatah Mahmoud Abbas et, confronté à des accusations de corruption et celles d’un autre coup d’État, il s’est enfui en 2010 dans les Emirats Arabes Unis. 

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : The Electronic Intifada