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David Cronin – 31 mai 2018

L’Industrie Israélienne de l’Armement a fourni les fusils utilisés pour tuer les manifestants non armés à Gaza.

Le fabricant des fusils utilisés pendant les récents massacres israéliens à Gaza va bientôt exposer ses produits dans un salon de l’armement sponsorisé par le gouvernement français.

Les enquêtes d’Amnesty International ont identifié le Tavor comme étant vraisemblablement l’un des fusils principalement utilisé par les snipers israéliens pour attaquer les manifestants palestiniens au cours des deux derniers mois.

En tant que fabricant de ce fusil, Israel Weapon Industries (Industrie Israélienne de l’Armement) devrait être mise sur liste noire par tout pays se déclarant concerné par les droits de l’Homme.

La France en fait partie. Emmanuel Macron, son président, a officiellement condamné le meurtre de plus de 100 manifestants palestiniens depuis le 30 mars.

Sa condamnation sonnait creux. Elle a été prononcée alors que les préparatifs du salon de l’armement Eurosatory de Paris étaient en cours.

Israel Weapon Industries fait partie des entreprises prévues dans les stands de ce salon, qui ouvrira dans moins de deux semaines.

Ce n’est qu’une des dizaines d’entreprises de l’industrie de guerre d’Israël – dont le premier fournisseur de drones, Elbit Systems – qui seront présentes à Eurosatory. Le ministre israélien de la Défense est lui aussi inscrit dans la liste des exposants.

Ce salon est organisé par le gouvernement français, qui travaille en tandem avec le lobby national des armes.

Israel Weapon Industries s’est servi de salons similaires pour présenter le dernier modèle du Tavor. Le programme officiel d’Eurosatory précise que ces fusils seront exposés.

Un outil fait pour tuer

 L’entreprise n’a peut-être pas rendu public son rôle dans la réalisation des massacres à Gaza. Son matériel publicitaire souligne pourtant que le Tavor est le « principal fusil d’assaut » de toutes les unités d’infanterie et les « forces spéciales » de l’armée israélienne.

Selon le site web de la firme, le Tavor a été réalisé « en étroite coopération » avec l’armée d’Israël, qui a « rigoureusement testé » cette arme. C’est une façon codée de dire que le Tavor est un outil indispensable pour tuer et estropier les Palestiniens.

 Certaines démarches publicitaires de l’entreprise sont d’une bêtise crasse. Le 13 mai, la division américaine d’Israel Weapon Industries a rappelé dans un tweet que c’était la Fête des Mères, avant d’adjurer ses suiveurs de « se mettre à tirer ».

 Le lendemain, les snipers israéliens ont abattu environ 60 manifestants à Gaza. Plus tard dans la même semaine, la firme s’est vantée du degré « d’enthousiasme » de ses fans concernant le nouveau modèle du Tavor. 

La découverte d’Amnesty concernant la probable utilisation du Tavor à Gaza a été publiée vers la fin avril. Cette conclusion n’a pas semblé refroidir l’enthousiasme d’Israel Weapon Industries. 

Bouffonneries dans un bain de sang

 Peu après, ses représentants jubilaient au cours des réjouissances de la réunion annuelle de la National Rifle Association (NRA) à Dallas. Ils ont même organisé des concours, offrant aux inscrits une chance de gagner un pistolet nommé Jéricho, nom d’une ville palestinienne sous occupation israélienne.

Ces clowneries avec la NRA ont eu lieu au milieu d’un soulèvement sans précédent contre le lobby américain des armes, conduit par les survivants du massacre de février dans une école de Parkland, en Floride. Cette répulsion se manifesterait à nouveau en mai après un autre massacre dans un lycée, cette fois-ci à Santa Fe, au Texas. 

Les arguments pour un embargo sur les armes contre Israël – comme le réclament les associations de défense des droits, dont Amnesty – sont impératifs depuis des décennies. Quand Israel Weapon Industries recourt à des bouffonneries après avoir rendu possible un bain de sang, cette affaire prend immensément plus de force. 

L’Union Européenne n’a pas seulement refusé d’imposer un embargo sur les armes, elle aide les entreprises israéliennes d’armement à promouvoir leurs ventes.

L’UE enverra quantité de hauts responsables au salon parisien susmentionné. 

Mihnea Motoc fait partie des personnes prévues pour intervenir dans les conférences au cours de l’exposition. Auparavant ministre en Roumanie, il est maintenant conseiller de Jean-Claude Juncker, président de la Commission Européenne, pour la stimulation de l’industrie de la guerre.

J’ai demandé à Motoc s’il avait quelque inquiétude éthique à cautionner un salon susceptible de présenter des armes utilisées contre des manifestants sans armes « Nous ne sommes pas en mesure de répondre à vos questions », a répliqué son assistant. 

Israel Weapon Industries profite de la souffrance des Palestiniens. Ses armes à feu « testées dans les combats » ont été achetées par les armées de l’Inde, de Colombie, du Portugal, du Nigeria, de Thaïlande et du Mexique.

 Au cours des cinq dernières années, ils ont investi des moyens considérables afin de vendre des armes, destinées à l’armée israélienne, à la police nord-américaine, ainsi qu’à organiser des séances d’entraînement à leur utilisation.

Cette impatience à exporter les outils et tactiques de l’occupation israélienne est extrêmement  perturbante. En faisant entrer le fabricant des fusils des snipers israéliens dans un salon de l’armement, les autorités françaises aident à transformer des massacres en opportunités commerciales.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : The Electronic Intifada