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Maureen Clare Murphy – 13 avril 2018

Une Palestinienne lance des pierres en direction des forces d’occupation israéliennes pendant les manifestations de Khan Younis dans le
sud de la bande de Gaza, le 13 avril 2018

Vendredi, les forces israéliennes ont blessé environ 1 000 manifestants, dont 15 gravement, en recourant à la force meurtrière de répression des manifestations dans l’est de Gaza pour la troisième semaine de rang.

Le ministère de la santé de Gaza a rapporté qu’un Palestinien de 28 ans, Islam Mahmoud Rushdi Herzallah, était mort après avoir été visé au dos à l’est de la ville de Gaza.

Herzallah n’était pas armé et ne menaçait en aucune façon les soldats au moment où il a été tué, selon Al Mezan, le groupe de défense des droits humains de Gaza.

Une photo de Herzallah a circulé sur les réseaux sociaux suivant l’annonce de sa mort.

Plus de 200 de ceux qui ont été blessés ont reçu des balles réelles, selon le ministère de la santé.

Une centaine d’enfants font partie des blessés de vendredi selon Al Mezan.

Manifestants de la Grande Marche du Retour vus depuis le kibboutz israélien du sud, Nahal Oz, le 13 avril (Oren Ziv/Active Stills)

Les forces israéliennes ont tué 36 Palestiniens à Gaza depuis le 30 mars date du début de la Grande Marche du Retour. Vingt sept morts, dont trois enfants et un journaliste, ont été blessés à mort pendant les manifestations.

Plus de trois mille personnes ont été blessées lors des deux premiers vendredis de la Grande Marche du Retour qui doit culminer le 15 mai, date à laquelle les Palestiniens commémorent le nettoyage ethnique des terres sur lesquelles l’État d’Israël a été déclaré le 15 mai 1948.

Traduction de la légende de la carte publiée sur Twitter de Al-Haq : Plus de 65% de la population de Gaza sont des réfugiés qui ont été déplacés et expulsés de leurs maisons dans le cadre de la Nakba en 1948 

On compte quelque 451 enfants, 21 infirmiers du Croissant Rouge Palestinien et 15 journalistes parmi les blessés depuis le 30 mars, a déclaré Amnesty International vendredi midi, alors que la troisième semaine de protestation allait commencer.

Près de 350 blessés sont susceptibles d’être partiellement ou totalement invalides, selon l’Organisation Mondiale de la Santé. Quatre personnes au moins ont été amputées des jambes.

Des Palestiniens enlèvent des barbelés installés par Israël pendant les manifestations dans l’est de Gaza le 13 avril

Magdalena Moughrabi, directrice adjointe d’Amnesty International pour le Moyen Orient et l’Afrique du Nord, a déclaré que les morts dues à l’utilisation de balles réelles par Israël contre des manifestants non armés « doivent faire l’objet d’enquêtes comme possibles meurtres illégaux ».

Voilà ce qu’elle a dit : « depuis deux semaines, le monde assiste avec horreur à la façon dont les forces israéliennes ont déchaîné une force excessive, mortelle contre des manifestants, dont des enfants, qui réclament simplement la fin de la brutalité de la politique israélienne envers Gaza et une vie de dignité ».

Israël a continué à réprimer les manifestations vendredi, malgré un avertissement du procureur général de la Cour Pénale Internationale selon lequel les Israéliens pourraient être poursuivis en justice pour le meurtre de manifestants palestiniens non armés à Gaza.

Traduction du tweet de Ben White : Tandis que @ICCT_The Hague poursuit son examen préliminaire de supposés crimes commis en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, @idfonline nous aide en s’assurant que nous savons tous que le Chef d’État Major était présent aujourd’hui lorsque les soldats ont ouvert le feu sur des manifestants non armés qui ne représentaient aucune menace sur la vie.

Trois journalistes et 14 infirmiers faisaient partie des blessés, selon le ministère de la santé.

Le journaliste Ahamad Mouhammad Abou Hussein, âgé de 30 ans, a été dit en état critique après avoir été touché à l’estomac dans le nord de Gaza. Il portait un casque de protection marqué « TV » et un gilet pare-balles marqué PRESSE lorsqu’il a reçu le coup de feu, selon Al Mezan.

Une vidéo montre apparemment le moment où il est touché par un sniper israélien.

Traduction des tweets d’Asaf Ronel : #BREAKING : Aujourd’hui, 528 Palestiniens blessés pendant les manifestations de la #GrandeMarcheDuRetour, dont 16 infirmiers et journalistes – #GazaMoH. Pas de détails sur les types de blessures mais il semble que le taux de blessés par balles réelles soit plus bas que vendredi derniertwitter.com/ShehabAgency/s…
#BREAKING : voici la vidéo supposée montrer le moment où le journaliste Ahmed Abou Hussein a été tué par un sniper israélien (on peut le voir avec son casque et son gilet pare-balles sur la gauche au début de la vidéo et ensuite tomber au sol) twitter.com/ShebabAgency/s…

Traduction du tweet de Nour Odeh : Le journaliste Ahmad Abou Hussein déclaré en état critique après avoir reçu des tirs de snipers israéliens au menton lors des #Marches de Gaza aujourd’hui. 

Un autre journaliste a été blessé à Khan Younis :

Des snipers israéliens ont blessé à mort le cameraman Yasser Mourtaja au cours des manifestations de la marche de vendredi dernier, ce qui a déclenché une condamnation mondiale.

Traduction du tweet #GreatReturnMarch : Deux journalistes, deux snipers. Un même emplacement. Les snipers israéliens ont un endroit favori quand ils visent les journalistes palestiniens : la partie non couverte par le gilet de presse. La semaine dernière c’était Yasser Mourtaja, et aujourd’hui Ahmed Abou Hussein (toujours en état critique).

Vendredi, des infirmiers d’une clinique de campagne à l’est de Khan Younis, dans le sud de Gaza, ont été forcés d’évacuer après que leur tente ait été touchée par des gaz lacrymogènes.

Traduction du tweet de Rohan Talbot : Une prise de vue de #Gaza montrant vraisemblablement des gaz lacrymogènes interrompant le travail d’équipes médicales à Khan Younis, ce qui permet d’avancer qu’ils étaient visés. Un journaliste qui travaille avec nous a aussi témoigné qu’il avait été visé par des gaz lacrymogènes.

L’infirmier Ashraf Wawi, âgé de 38 ans, a reçu un coup de feu au genou alors qu’il était en service à Rafah, dans le sud de Gaza, selon un rapport du Croissant Rouge Palestinien.

Une vidéo montre des infirmiers blessés transférés à un hôpital dans le centre de Gaza.

L’association d’aide médicale pour les Palestiniens a alerté vendredi sur la possibilité de burn out et d’épuisement émotionnel parmi le personnel médical de Gaza.

« Déjà avant la violente réponse d’Israël aux manifestations, les travailleurs de la santé de Gaza étaient en grande difficulté à cause des effets cumulés d’une décennie de blocus, qui a dégradé la santé et d’autres services essentiels tout comme l’économie et les conditions de vie, en plus de précédents événements ayant entraîné un grand nombre de blessés » a déclaré le groupe.

« Ils font maintenant l’expérience des pires conditions, travaillant de longues heures dans des situations de tension et portant secours à de nombreux blessés, certaines blessures étant horribles et bouleversantes » a ajouté l’association.

Le ministre de la santé de Gaza a déclaré vendredi qu’on « manque de professionnels de santé spécialisés, en particulier de chirurgiens, d’anesthésistes et de médecins légistes ».

« Hier, le 12 avril la seule centrale électrique de Gaza a dû fermer, après avoir été dans l’impossibilité de recharger sa réserve de fuel, ce qui a déclenché des coupures de 20 heures par jour, contre 18 auparavant » a ajouté OCHA.

« L’ONU, via la coordination de OCHA, continue à fournir un certain nombre de services de santé impératifs dans la bande de Gaza, dont des hôpitaux publics et du fuel d’urgence pour alimenter des génératrices de secours ».

Des Palestiniens s’apprêtent à enflammer un drapeau israélien sur lequel apparaissent les portraits du président Donald Trump et du Prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman, dans une manifestation près de Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 13 avril.

OCHA a déclaré que les hôpitaux publics de Gaza ont besoin d’être réapprovisionnés en médicaments de première nécessité et de 128 sortes de produits médicaux.

Vendredi, un groupe d’anciens snipers de l’armée israélienne s’est joint au chœur des condamnations du meurtre de manifestants non armés à Gaza.

« Apprendre à des snipers à viser à mort des manifestants qui ne présentent aucun danger pour la vie humaine est encore un produit du régime d’occupation militaire sur des millions de Palestiniens, aussi bien que du commandement impitoyable et du déraillement moral de notre pays » ont déclaré les cinq anciens militaires dans une lettre publiée par le Guardian.

Traduction du tweet d’Asaf Ronel : Aujourd’hui, dans la société israélienne, signer une telle lettre pourrait avoir un coût, mais je pense @AGvaryahu & ses amis devraient revoir la formulation qu’ils ont choisie : les victimes ne sont pas les snipers israéliens mais les Palestiniens non armés qu’ils ont tués. « Nous avons été des snipers israéliens et nous sommes pleins de tristesse face aux tirs à Gaza… :… comme notre expérience nous l’enseigne, ces jeunes soldats porteront toujours en eux les scènes auxquelles ils ont assisté… »

Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres a relancé vendredi son appel à une enquête « indépendante et transparente » sur les pertes à Gaza.

De son côté, le Comité National Palestinien Boycott, Désinvestissement et Sanctions appelle à un embargo sur les armes à double sens, comme « réponse la plus efficace au massacre que poursuit Israël ».

Le groupe a déclaré  mardi que « cela signifie agir en vue de l’arrêt de toutes ventes et achats d’armes depuis Israël et vers Israël et de la fin des partenariats militaires et policiers avec l’État d’Israël ».

Préparation du pain traditionnel par des femmes palestiniennes au campement de la Grande Marche du Retour à la frontière entre israélo-gazaouie, Jabalia, nord de la bande de Gaza, 13 avril.

Dans une analyse juridique publiée vendredi, le groupe israélien de défense des droits humains B’Tselem replace les règles de tir sur lesquelles s’appuie l’armée sur la frontière avec Gaza, dans la longue histoire où Israël invoque d’hypothétiques « scénarios du pire » ou « des exceptions dans le droit international » de manière à justifier des violations de routine des droits humains à une échelle de masse.

B’Tselem déclare : « Depuis des années, Israël s’appuie sur le scénario extrême de la « bombe à retardement » pour justifier la torture de dizaines de milliers de Palestiniens, dont la plupart ont été soupçonnés d’infractions mineures, en dépit de l’interdiction absolue et sans équivoque de la torture dans le droit international.

« Une nécessité militaire pressante » a été le prétexte à la destruction de « centaines d’hectares de terre agricole  au début de la deuxième intifada » selon le groupe de défense des droits.

Cette mesure est aussi la justification donnée par Israël pour sa détention permanente de Palestiniens sans accusation ni procès, dans le cadre d’ordres de détention administrative.

« Israël est hautement expérimenté dans le bris du droit et dans le piétinement des principes moraux de base sans être réprimandé d’aucune façon » ajoute B’Tselem.

« Au plan intérieur, il n’est certainement pas tenu responsable, étant donnée la totale coopération du système judiciaire avec cet état de choses criminel et le soutien, ou du moins l’indifférence, du public en général à l’étendue des meurtres, des blessures et des destructions à Gaza, tandis qu’Israël n’est pas réprimandé non plus par la communauté internationale ».

Malgré l’existence de cette vieille machinerie à broyer et à réprimer, les Palestiniens restent intraitables et insistent sur leur liberté et l’entièreté de leurs droits.

Traduction du tweet #GreatReturnMarch  : Semaine 3 : des dizaines de milliers de Palestiniens marchent toujours en direction de leurs villages ; seuls les barbelés, l’occupation israélienne, les snipers israéliens et le racisme d’Israël empêchent leur retour.

Source : The Electronic Intifada
Traduction : SF pour l’Agence Media Palestine