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Par David Cronin, 17 Mars 2018

Le ministère israélien en charge du maintien de l’ordre à Jérusalem bénéficie du programme de recherche de l’UE, Horizon 2020. (Saeed Qaq/APA images)

La politique occidentale au sujet de la Palestine peut être divisée en deux grandes catégories : la position irréfléchie et la position fallacieuse.

En décidant de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, Donald Trump s’est comporté de manière irréfléchie. L’explication la plus plausible de l’acte du président étatsunien est qu’agir comme un pyromane le rend populaire auprès de Sheldon Adelson, bailleur de fonds pro-Israël de sa campagne, et d’un électorat extrémiste, principalement chrétien.

Malgré sa propension à mentir, Trump a été plus honnête, sur ce dossier précis, que l’Union Européenne et ses élu-e-s-automates. Ils prétendent rechercher la paix et une solution à deux États, alors qu’ils viennent en aide aux autorités israéliennes qui n’ont aucun intérêt dans l’un ou l’autre de ces objectifs.

La recherche scientifique est l’une des plus grandes priorités de la coopération entre Israël et l’UE. Israël participe activement à Horizon 2020, un programme de l’UE visant à encourager l’innovation, auquel cette dernière a alloué près de 100 milliards de dollars en sept ans.

J’ai longuement étudié près de 700 projets financés par ce programme, notamment ceux concernant Israël. Ils illustrent comment les signaux envoyés par l’UE sont totalement fallacieux.

Sismique ?

Selon le quotidien de Tel-Aviv, Haaretz, en 2013 Israël accusait l’Union de provoquer un “tremblement de terre”. L’élite politique israélienne était irritée par les directives données pour Horizon 2020, qui indiquaient que les sociétés et institutions israéliennes basées en Cisjordanie occupée, y compris Jérusalem Est, ne seraient pas éligibles pour ses subventions.

La publication de ces directives n’a pas été le séisme qu’Haaretz avait annoncé à plusieurs reprises.

Ces directives ont été rédigées après que des élue-e-s européen-nes ont été informé-e-s que certains bénéficiaires des subventions de l’UE étaient peu transparents, et c’est un euphémisme.

L’Autorité Israélienne des Antiquités avait participé au précédent programme de science de l’Union, alors que son siège était situé à Jérusalem Est occupée. L’organisme avait fourni pour toute adresse, une boîte postale en Israël dans sa demande de subventions à l’UE.

L’Autorité Israélienne des Antiquités n’a pas été sanctionnée pour cette supercherie. Elle participe aujourd’hui à un projet de conservation du patrimoine de 5 millions de dollars dans le cadre d’Horizon 2020.

L’adresse donnée par l’Autorité sur le site internet du projet est le Musée Rockefeller. Ce bâtiment se trouve à Jérusalem-Est.

Une faille peu connue dans les directives de 2013 de l’UE, permet aux organismes publics israéliens de bénéficier d’Horizon 2020, quelle que soit leur adresse.

L’annonce par l’Autorité Israélienne des Antiquités du déménagement de ses bureaux à Jérusalem-Ouest n’excuse aucunement son rôle dans la dépossession des Palestinien-nes.

L’Autorité supervise des fouilles dans le cadre de plans de développement d’un parc archéologique à Silwan, un quartier de Jérusalem-Est. En parallèle, l’organisme a monté un partenariat avec Elad, une organisation de colons israéliens qui chasse les Palestinien-nes de leurs maisons.

La Commission Européenne, qui administre Horizon 2020, a essayé de justifier sa manière de se plier en quatre pour satisfaire Israël.

Questionné sur le sujet, un porte-parole a déclaré que la Commission “s’assurait en permanence que toutes les règles soient respectées”. C’est une bien piètre formule pour excuser sa complicité avec la colonisation de Jérusalem.

Nombre d’autres organismes israéliens actifs à Jérusalem Est ont bénéficié de subventions dans le cadre d’Horizon 2020.

Le ministère israélien de la science, basé à Jérusalem Est, s’est inscrit dans les projets de l’UE sur l’alimentation et l’égalité des genres.

Et pendant ce temps, il est fort à parier que l’Université hébraïque de Jérusalem, garde son statut de meilleur participant israélien pour les activités de recherches de l’UE.

Fallacieux

Sur les 700 projets que j’ai examinés, l’Université hébraïque était impliquée dans plus de 80 d’entre eux. Certaines des subventions octroyées à l’université représentent près de 2,5 millions de dollars chacune.

L’Université hébraïque est gérée depuis le Mont Scopus à Jérusalem-Est. L’UE considère que cela est acceptable parce que le Mont Scopus a été réquisitionné par les forces sionistes en 1948, plutôt que pendant la guerre de Juin 1967 (lorsqu’Israël mit la main sur les restes de Jérusalem Est).

La position fallacieuse de l’UE ne tient pas compte de la manière avec laquelle l’Université Hébraïque empiète sur le territoire saisi en 1967 et comment elle soutient avec ferveur les forces d’occupation israéliennes.

Plusieurs organismes israéliens impliqués dans des violations des droits humains bénéficient des largesses de l’UE.

La municipalité de Jérusalem, qui est contrôlée par Israël, a fait en sorte d’étrangler les quartiers palestiniens. Les procédures qu’elle a mises en place rendent les constructions palestiniennes pratiquement impossibles, tout en favorisant la colonisation par les Israélien-nes.

La liste des actions de la municipalité pour participer à l’apartheid israélien vient de s’allonger. Elle cherche actuellement à empêcher les habitant-e-s de deux villages palestiniens, al-Walaja et Battir, d’accéder à une source qui fournit de l’eau à leurs communautés depuis 3 000 ans.

Ironiquement, l’UE a approuvé la participation de la municipalité à un programme sur les villes durables, avec une enveloppe de 5 millions de dollars.

Le ministère israélien de la sécurité publique supervise un système pénitentiaire qui soumet régulièrement les Palestinien-nes à la torture.

Gilad Erdan, l’actuel ministre israélien pour la sécurité publique, a donné son accord, au moins de manière tacite, à une nouvelle orientation provocante du maintien de l’ordre. Le résultat est que les forces de police prennent ouvertement position en faveur des militants qui veulent prendre possession et détruire les lieux saints de l’Islam situés sur l’esplanade de la mosquée al-Aqsa à Jérusalem afin d’y construire un temple juif.

Les tentatives d’Erdan de resserrer la mainmise d’Israël sur Jérusalem Est n’ont pas dissuadé l’UE de le soutenir. Le ministère de la sécurité publique est impliqué dans des projets de recherche de l’UE sur la surveillance des frontières, les techniques d’interrogation et les recherches de contenu “terroriste” sur internet.

Crapule

La compagnie nationale israélienne de l’eau, Mekorot, est une crapule environnementale. Les enquêteurs de l’ONU ont documenté comment la société met en péril le droit des Palestiniens à l’eau en asséchant les puits et sources en Cisjordanie.

Il est honteux que l’UE permette à Mekorot de cultiver une image responsable en participant aux activités d’Horizon 2020 sur la protection des infrastructures en eau et sur la réduction de la pollution.

Les sociétés qui aident à imposer un siège sur Gaza sont également les bienvenues dans le programme Horizon 2020.

La compagnie publique israélienne d’électricité a drastiquement réduit les provisions de courant aux hôpitaux de Gaza l’année dernière, et par conséquent placé la vie des patients en danger. La même compagnie est impliquée dans des projets de l’UE sur la technologie informatique.

L’industrie israélienne d’armement bénéficie également d’Horizon 2020.

Elbit, le fournisseur de drones, de phosphore blanc et autres munitions utilisées lors des principales attaques israéliennes sur Gaza, s’est vu octroyer une subvention de l’UE de 860 000 dollars pour l’aider à développer de nouveaux composants de cockpit pour de futurs avions de chasse. L’objectif déclaré de ces travaux est de faire avancer un projet au doux nom de Clean Sky.

On permet donc à une entreprise, qui tire profit de crimes de guerre, de se faire passer pour le sauveur de la planète. Et l’UE peut continuer de se bercer de l’illusion que tout va pour le mieux.

 

Traduction: Lauriane G. pour l’Agence Média Palestine

Source: Electronic Intifada