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Par +972 Blog, le 21 février 2018

L’occupation israélienne pense que mon père, le militant non violent Munther Amirah, est une menace pour son système d’apartheid parce qu’il diffuse l’espoir à notre communauté.

Par Ghaida Amirah

Les forces israéliennes arrêtent Munther Amira pendant une manifestation en soutien de Nariman et Ahed Tamimi. Bethléem, Cisjordanie, 27 décembre 2017. (Avec l’autorisation de PSCC)

Je suis née à un moment où les gens pensaient que l’occupation israélienne serait bientôt terminée. Après la signature des accords d’Oslo, mon père croyait qu’il n’y aurait plus d’occupation israélienne quand j’entrerais à l’école. De longues années ont passé. J’ai 23 ans et je viens d’obtenir mon diplôme d’avocate. Mais mon père, Munther Amirah, est maintenant dans une prison israélienne.

Mon père est coordinateur au Comité de lutte du peuple et a été secrétaire général du Syndicat palestinien des travailleurs sociaux et des psychologues. Les soldats israéliens l’ont arrêté il y a un mois à Bethléem pour avoir manifesté contre la décision américaine de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. Depuis, une cour militaire israélienne a gardé mon père en prison, alors même qu’ils ne pouvaient prouver aucune des accusations sans fondement portées sur lui.

Clairement, Israël ne dira pas publiquement les raisons réelles de son arrestation. Ils savent que mon père est innocent de ce dont il est accusé, mais veulent que lui et tous les Palestiniens acceptent le déni systématique de leurs droits. Israël continue à frapper tout Palestinien qui résiste ou combat l’occupation de quelque manière, forme ou façon que ce soit : que ce soit en utilisant le droit international, ou en promouvant BDS, ou simplement en manifestant dans les rues. Dans le cas de mon père, la cour militaire israélienne envoie un message d’intimidation à ceux qui défient le régime d’apartheid et sortent dans la rue —même non violemment— pour manifester en faveur de la liberté et de la justice.

Le juge militaire était certainement irrité quand mon père a affirmé que selon le droit international Bethléem ne fait pas partie d’Israël et que donc il n’avait pas besoin de leur permission pour manifester contre la décision de Trump. Je suis aussi certaine que le juge était tout aussi agacé quand mon père a dit que l’occupation d’Israël ne faisait qu’encourager la violence. Après de longs interrogatoires qui privaient mon père de sommeil, ceux qui ordonnèrent son emprisonnement furent certainement frustrés par ses valeurs morales intactes même lorsqu’il a été traîné devant le tribunal.

Mon père fait ce que chacun devrait faire dans une situation d’injustice : résister. Mais il n’est pas toujours facile d’accepter les risques qu’il prend pour sa liberté et pour sa vie. En fait, il était supposé être à l’hôpital au moment de son arrestation : il souffrait d’une fièvre due à une infection sévère, en plus de souffrir d’hypertension. Même s’il connaissait les risques de participer à une manifestation, il croyait fermement que c’était son devoir d’y participer, en dépit de sa condition physique.

Ma mère est très forte et elle a aidé mes quatre frères et soeurs et moi-même à garder espoir. Les plus jeunes, Youmna, 12 ans, et Mohammad, 8 ans, sont très soucieux de savoir quand ils pourront le serrer à nouveau dans leurs bras. Ils comprennent que nous vivons sous une occupation autoritaire, mais ils ne réalisent pas comment une participation à une manifestation pourrait être la raison de l’arrestation de notre père.

Jeunes du Camp de réfugiés d’Aida pendant une accalmie dans les affrontements avec les forces israéliennes près du Mur de séparation dans la ville cisjordanienne de Bethléem, 16 novembre 2013. (activestills.org)

Youmna et Mohammad vont à l’école au couvent des Salésiens de Cremisan, situé dans la belle vallée où Israël étend ses colonies et construit le mur d’annexion. Il y a quelques années, un prêtre local a décidé de manifester contre cela en organisant une messe en plein air chaque vendredi. Et donc nous avons rejoint mon père pour prier pour la justice et la paix. Des expériences comme celle-ci m’ont fait admirer mon père encore davantage— pour nous enseigner que chacun a un rôle à jouer dans notre combat pour la liberté. Ceci inclut une musulmane comme moi rejoignant une prière chrétienne et nous en avons été témoins encore dans les manifestations pour la mosquée Al Aqsa à Jérusalem en juillet dernier, quand des Chrétiens se sont joints aux prières musulmanes.

Tant que les États-Unis menacent notre peuple de sanctions et que l’Europe continue à chouchouter Israël, l’occupant demeure confiant qu’il n’aura pas à payer. Malgré cela, l’occupation israélienne ne sera pas capable de corrompre notre dignité ou de briser notre volonté.

Après une vie sous occupation israélienne, cette expérience ne fera que rendre mon père plus fort. L’occupation israélienne pense que mon père, un militant non violent, est une menace pour son système d’apartheid, parce qu’il diffuse l’espoir à notre communauté. C’est par ses enseignements que j’aspire à devenir un avocat des droits humains — et nous continuerons à organiser nos communautés, à manifester et à faire campagne jusqu’à ce que la Palestine soit libre.

Quand je suis née, chacun se préparait à avoir un état indépendant. Je ne sais si la liberté va bientôt arriver ou non. Mais j’ai appris de mon père que nous avons le droit de faire respecter nos droits. Prenez cela comme le témoignage d’une fille fière de son père, qui est dans une prison israélienne pour le « crime » de croire que la Palestine sera libre.

L’auteur est une jeune Palestinienne du camp de réfugiés d’Aida à Bethléem. Elle a récemment obtenu un diplôme en droit de l’université palestinienne Al Ahliyya. Elle aimerait se spécialiser en droit humanitaire international.

Traduction : Catherine G. pour l’Agence Média Palestine

Source : +972.com