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Par Rami Younis, le 4 décembre 2017

« Pillés et cachés » puise dans les archives de films capturées par l’armée israélienne en 1982, et braque les projecteurs sur d’autres biens volés par Israël : l’histoire du cinéma palestinien.

Des images rares issues des archives des films et photographies palestiniens qui documentent des décennies de l’histoire palestinienne d’avant 1948 et d’après la Nakba voient finalement le jour dans un nouveau film de Rona Sela, conservatrice, chercheure en histoire et culture visuelle, et chargée de cours à l’université de Tel Aviv. Presque toutes ces images d’archives ont été confisquées  dans les attaques de l’armée israélienne contre le bureau de l’Organisation de Libération de la Palestine à Beyrouth en 1982 : des documents et des photos ont alors été saisis.

Ce matériel a maintenant été rendu public par l’armée d’Israël et il est désormais accessible dans les archives de l’armée israélienne.

Sela a passé des centaines d’heures aux archives militaires pour réaliser le film qui met au jour une quantité significative d’éléments documentaires et culturels  : des photos et des films sur la vie des Palestiniens avant et après 1948 et dans la diaspora, de même que des enregistrements sonores d’artistes et de réalisateurs palestiniens censurés et cachés au public. Cette collection est inestimable et le film de Sela la rend accessible pour révéler un nouveau chapitre dans l’histoire du déni et de la suppression de l’histoire de la Palestine.

Sela a intelligemment choisi de baser son film sur des images rares. Elle construit la trame du film comme une correspondance entre elle et un certain nombre de Palestiniens et même entre elle et un soldat israélien qui était dans l’armée à Beyrouth. Ce film relativement court est émouvant : on a du mal à ne pas se demander comment ces images auraient influencé le développement du cinéma palestinien si elles n’avaient pas été volées et rendues inaccessibles aux réalisateurs palestiniens. Les films de réalisateurs palestiniens font continuellement sensation et gagnent des prix dans des compétitions internationales contre vents et marées et malgré l’état de guerre culturelle menée par Israël contre les artistes palestiniens. Il n’est pas exagéré de dire que le cinéma palestinien aurait pu avoir un potentiel plus important si des pans de son histoire n’avaient pas été cachés aux yeux du monde.

Semblable à la destruction du tissu urbain palestinien en 1948, le vol de la culture visuelle palestinienne est une autre tentative d’Israël pour contrôler le récit historique et effacer l’histoire palestinienne. Le développement urbain de la Palestine a été stoppé et toutes les villes les plus importantes, Jaffa, Haïfa, Lod et Ramle, ont été vidées de la presque totalité de leurs habitants pour rendre possibles les mensonges sionistes sur « une terre sans peuple pour un peuple sans terre » et pour affaiblir le plus possible la résistance palestinienne.

Le film de Sela réussit à montrer que le cinéma palestinien n’a jamais cessé d’innover et que les réalisateurs palestiniens n’ont jamais eu peur de documenter, en racontant  leurs propres histoires, mais aussi des histoires de résistance à l’occupation dans un langage cinématographique qui était en phase avec la période et qui parlait au monde.

Encore plus que la signification culturelle du film, la façon dont il documente la Palestine comme société arabe développée est à même d’intéresser fortement le grand public. En ce sens, le film de Sela est une réalisation courageuse et militante. Sela a passé les 20 dernières années à enquêter et à documenter la culture visuelle palestinienne dans ses livres. Elle partage maintenant ses découvertes importantes, car un film documentaire touchera le cœur de chaque Palestinien et devrait faire ressentir de la honte à chaque Israélien.

« Dans le passé, j’ai recherché de la propagande sioniste datant d’avant l’établissement de l’État d’Israël » a dit Sela, en expliquant ce qui l’a motivée à réaliser le film. Un des principaux motifs qui revenait constamment était l’image du Juif qui arrive dans une zone désolée, comme si la terre avait attendu que le Juif arrive et la fasse fleurir ».

« Cela m’a conduite à rechercher des documents de l’histoire palestinienne » a poursuivi Sela. « J’ai cherché dans des sources ici et à l’étranger afin de montrer à un public israélien que la Palestine existait avant 1948 ».

Ce qui est frappant dans le travail de Sela pendant ces années, et en particulier dans ce film, est son insistance sur les éléments visuels. En tant que chercheure en culture visuelle, Sela démontre qu’elle « comprend l’importance des images visuelles dans la construction de la conscience collective et de l’identité nationale, et l’importance de la culture et de l’histoire dans chaque société.

Le film de Sela apporte une preuve décisive qu’Israël a toujours eu recours à tous les moyens possibles pour effacer la documentation visuelle de l’histoire palestinienne. Il montre le vol israélien des archives en 1982 et révèle, pour que le monde entier le voie, un autre chapitre caché de l’histoire palestinienne.

« Pillés et cachés » a été projeté dans le cadre du festival de cinéma 48 mm de Zochot : De la Nakba au retour.

Première publication de cet article en hébreu sur Local Call.

Traduction : SF pour l’Agence Média Palestine

Source : +972