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Par Ben White, le 6 décembre 2017

Concernant l’opposition manifeste au déplacement et à ses possibles ramifications, relativement peu de choses ont été dites sur ce pourquoi l’administration de Donald Trump a décidé de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et a annoncé son intention d’y déplacer l’ambassade de Tel Aviv.

Une analyse largement partagée , à titre d’exemple, ne répond pas spécialement à l’ interrogation du titre « Pourquoi Trump défait-il des décennies de politique américaine sur Jérusalem » ?

Je crois qu’il y a trois raisons principales, se recoupant mutuellement.

Tout d’abord, la politique intérieure des États Unis. L’annonce de ce jour a bonne presse du côté de  Trump au sein de la droite chrétienne évangéliste, tout comme auprès des personnalités influentes comme Sheldon Adelson. « Alléluia » proclame le principal site d’extrême droite de Breitbar aujourd’hui à l’accueil de la nouvelle.

Le fait que ces administrés soient déjà acquis à Trump n’écarte pas le fait que des étapes politiques peuvent être accueillies comme des cadeaux aux convertis ; le trumpisme ne s’est jamais porté sur la construction de vastes coalitions ni sur l’extension de son pouvoir en comblant des fossés, mais sur l’insufflation d’énergie et la mobilisation de sa base.

N’oubliez pas, bien sûr, qu’une promesse de déplacement de l’ambassade des États Unis à Jérusalem a fait partie de la campagne électorale de Trump ; pour un président qui a lutté pour tenir ses promesses, une victoire est une victoire.

Deuxièmement, Benjamin Netanyahou, et d’autres, pourraient bien avoir largement contribué à persuader l’administration Trump d’agir en ce sens – une chose que les Jared Kushner, Jason Greenblatt et l’émissaire américain en Israël, David Friedman seraient personnellement prêts à faire de toute façon.

Pour Netanyahou – et c’est déjà évident dans les remarques faites ce matin, un tel tournant dans la politique américaine est parfaitement en accord avec son discours sur un Israël confiant, nationaliste, étendant ses liens diplomatiques. Les avertissements quant à un isolement vis-à-vis de ses ennemis politiques se sont avérés être des coquilles vides.

Que la décision de Trump sur Jérusalem soit véritablement dans le meilleur intérêt de Netanyahou ou de sa coalition, est un autre sujet ; mais qu’il soit mal conseillé ou non, Netanyahou paraît avoir poussé l’administration Trump à faire ce geste.

Troisièmement – et c’est là probablement que quelque chose échappe à nombre de commentateurs– l’administration Trump pourrait bien envisager et justifier le déplacement à Jérusalem dans le contexte de ses efforts largement reconnus pour sécuriser « l’accord du siècle ».

À première vue, cela peut sembler insensé, étant donné que tout le monde, de la Jordanie à l’Union Européenne, a critiqué l’annonce sur Jérusalem comme nuisible aux efforts pour faire avancer la dite « paix » israélo-palestinienne et une « solution à deux États ».

En fait, l’administration Trump est plus encline à considérer et présenter le déplacement à Jérusalem comme un geste envers Israël qui créera l’attente ou la pression pour un « geste » correspondant en retour, comme des mesures centrées sur l’économie de la Cisjordanie occupée.

Savoir si ce calcul se vérifiera est une autre question – quoique Mahmoud Abbas et son équipe aient, au fil des années, démontré une capacité remarquable à donner « encore une chance » aux efforts américains.

En d’autres termes, plutôt qu’un inexplicable obstacle aux actions de ce que s’efforce de faire l’administration Trump pour donner naissance à « l’ultime accord », la Maison Blanche – et peut être le Prince héritier saoudien Mohammad Ben Salman – peuvent sans doute voir ce déplacement comme partie intégrante de ce même projet  (d’où la faiblesse de la réponse, jusqu’à présent, de la part de Ryad).

Sur le terrain, cependant, la réalité d’une ville d’apartheid reste inchangée pour les habitants palestiniens : démolition de maisons, discrimination de la municipalité, attaques brutales, déplacements orchestrés par les colons. C’est la triste réalité de Jérusalem que les alliés d’Israël se sont efforcé de jouer , par leur longue  inaction. Trump rejoint ainsi le camp surpeuplé de la complicité. 

Traduction SF pour l’Agence Media Palestine

Source : Middle East Monitor