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Par Ali Abunimah – The Electronic Intifada – 16 novembre 2017

 

Un membre de la famille d’Al-Araj récolte des abricots en 2012, sur des terres de village d’Al-Walaja qui ont été depuis lors, de plus en plus coupées par le mur de séparation et les barrières d’Israël dans la Cisjordanie occupée. Anne Paq/ActiveStills

Deux reportages publiés par Haaretz mercredi soulignent l’objectif immuable du sionisme : la destruction des Palestiniens en tant que peuple et communautés viables, et le vol de leur terre au profit exclusif des colonies de peuplement juives.

Le premier reportage fait état de procès-verbaux déclassifiés de réunions au cabinet du Premier ministre dans les mois qui ont suivi la guerre de 1967, quand Israël a occupé la Cisjordanie et la bande de Gaza, ainsi que le plateau du Golan syrien et la péninsule égyptienne du Sinaï.

Les dirigeants israéliens se sont demandé comment traiter la question de ces centaines de milliers de Palestiniens qui se retrouvaient sous leur occupation militaire. Il est clair que, déjà, les Israéliens voulaient la terre, mais pas les gens qui vivaient dessus.

L’une des « solutions » préconisée par Levi Eshkol, Premier ministre d’Israël à l’époque, a été, en réalité, de les expulser.

Priver d’eau les Palestiniens

Selon ces procès-verbaux, Eshkol a déclaré aux ministres qu’il « travaillait à la création d’une unité ou d’un bureau qui se livrera à l’encouragement de l’émigration arabe ». Et il a ajouté, « Nous devons traiter cette question sans bruit, calmement et secrètement, et nous devons travailler à trouver un moyen (pour eux) d’émigrer vers d’autres pays et pas seulement au-delà du Jourdain ».

Et dans une prémonition du siège israélien brutal d’aujourd’hui, Eshkol a indiqué que « précisément en raison de la suffocation et de l’emprisonnement qui existent là-bas, peut-être que les Arabes quitteront la bande de Gaza ».

Mais il n’allait pas nécessairement laisser faire le hasard. Et le Premier ministre de proposer : « Peut-être que si nous ne leur donnons pas suffisamment d’eau ils n’auront pas d’autre choix, parce que les vergers vont jaunir et flétrir ».

Il a suggéré également que « peut-être, pouvons-nous nous attendre à une autre guerre et qu’alors ce problème sera réglé ». Il devait penser à la Nakba de 1948, quand les milices sionistes ont nettoyé ethniquement 750 000 Palestiniens de leurs foyers pendant la prétendue « guerre d’indépendance » d’Israël.  

Eshkol était catégorique : « Ce qui nous intéresse, c’est de vider Gaza, d’abord ».

Il n’y a eu apparemment aucun désaccord.

Yigal Allon, un autre ministre, a exhorté « à réduire le nombre des Arabes en Galilée ». C’est important, car la Galilée est la région sur la terre de laquelle Israël a été établi en 1948, et les Palestiniens qui y vivent sont théoriquement des citoyens israéliens.

Mais pour les dirigeants israéliens, ils n’étaient, et ne resteront, rien de plus qu’une « menace démographique » pour l’expansion et le contrôle général sionistes.  

Zerah Warhaftig, ministre des Affaires religieuses, a précisé clairement l’objectif : « Nous devons augmenter (le nombre de) juifs et prendre toutes les mesures possibles pour réduire le nombre des Arabes ».

50 ans plus tard

Projetez-vous 50 ans plus tard, jusqu’à aujourd’hui, dans le village de Cisjordanie occupée, al-Walaja, au sud-ouest de Jérusalem.

Israël s’est employé toutes ces années à priver les villageois de leurs terres.

Déjà, ils sont coupés de la plus grande partie de leurs terres agricoles, et complètement coupés de Jérusalem, par les murs et les clôtures érigés par Israël.

Il y a deux jours, selon Haaretz, les villageois ont reçu des annonces des forces d’occupation israéliennes leur disant qu’un check-point militaire allait être déplacé d’environ 2,5 km plus profondément à l’intérieur de la Cisjordanie.

« Une fois le check-point réinstallé, les Palestiniens qui n’ont pas de papiers de résident de Jérusalem ne seront pas autorisés à le franchir » rapporte Haaretz. « Ils ne pourront se rendre, ni sur la zone des sources, ni sur leurs champs et terrasses de l’autre côté ».

C’est une zone – semblable au village voisin de Battir, reconnu par l’UNESCO – avec des terrasses antiques en pierres et des sources entretenues par les Palestiniens originaires de cette terre de génération en génération.

Comme les Palestiniens d’al-Walaja sont privés d’accès à leurs terres et à leur eau, alors leurs vergers, comme l’a dit Eshkol, « vont jaunir et flétrir ».

Des rêves de destruction

Aujourd’hui, tout comme au cabinet en 1967, les politiciens et experts israéliens rêvent de bombarder, d’affamer et de forcer les Palestiniens à quitter la Cisjordanie et la bande de Gaza afin de s’emparer de leur terre – sinon, de leur infliger une nouvelle Nakba ou une extermination pure et simple.

Israël est déjà en train de s’emparer de la terre, bien qu’il le fasse – selon les termes d’Eshkol – « calmement et secrètement », sachant que c’est la meilleure manière de s’assurer du soutien et du parrainage des gouvernements américains et européens qui continuent de débiter des platitudes sur les « valeurs partagées », la « démocratie » et « l’innovation » israéliennes, pendant que les soldats de l’occupation, les bureaucrates et les bulldozers des colons font leur sale besogne.

Et là où Israël n’a pas privé les Palestiniens de leur eau, cet État l’a rendue toxique.

Bien entendu, les spasmes réguliers d’Israël de violence de masse visent à accélérer le processus et « à tondre la pelouse » de la résistance palestinienne.

Ce qui se passe à al-Walaja est un microcosme de ce qui se passe et qui s’est passé dans tout le pays depuis l’avènement du colonialisme sioniste soutenu par les Européens.

Cela illustre la continuité du génocide incrémentiel du sionisme en Palestine.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada