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Par David Cronin, le 18 octobre 2017

Arthur James Balfour sera sans aucun doute porté aux nues par les fervents inconditionnels de l’État d’Israël dans les semaines à venir, pour un bref document qu’il a signé il y a 100 ans.

En tant que Secrétaire du Foreign Office britannique en novembre 2017, A. Balfour a déclaré son appui au projet de colonisation sioniste. Avec sa déclaration, la Grande Bretagne devint le sponsor impérial d’un État juif – appelé par euphémisme « un foyer national juif » – qui allait s’établir en Palestine par l’expulsion massive de son peuple autochtone.

Dans ce document, la garantie que les droits des Palestiniens seraient protégés s’est avérée nulle et non avenue. Balfour lui-même se montra plutôt satisfait de renier cette garantie…

En 1919, il affirma que les aspirations sionistes étaient « d’une bien plus grande importance que les désirs et préjugés des 700.000 Arabes qui habitent actuellement cette terre antique ».

Plutôt que d’être commémoré « avec fierté » ainsi que l’a promis Theresa May, l’actuelle première ministre britannique, le centenaire de la Déclaration Balfour devrait être un moment de réflexion grave. Un exercice nécessaire serait d’examiner le bilan plus global de Balfour en termes de violence et de racisme.

De 1887 à 1891, Balfour était à la tête de l’administration britannique en Irlande. Lors de sa nomination à ce poste, Balfour a proposé de combiner la répression et des réformes.

La répression qu’il appelait de ses vœux devait être aussi « rigoureuse » – selon ses propres mots – que celle d’Olivier Cromwell, le dirigeant anglais qui envahit l’Irlande en 1649. Les troupes de Cromwell sont largement vilipendées en Irlande pour les massacres qu’elles ont perpétrés dans les villes de Wexford et de Drogheda.

Aux côtés de la noblesse et contre ce qu’il appelait « la paysannerie excitable », Balfour a préféré la répression brutale aux réformes : c’est ainsi que lors d’un appel à la grève des loyers en 1887, Balfour autorisa l’usage de manœuvres oppressives contre les « agitateurs » supposés ; trois personnes trouvèrent la mort suite à des tirs de la police lors d’une manifestation politique à Mitchelstown, dans le Comté de Cork. L’incident lui valut le surnom de « Balfour le sanguinaire ».

Des bienfaits de la civilisation ?

Balfour punissait systématiquement la contestation ; des milliers de personnes furent emprisonnées dans le cadre de la loi sur les crimes irlandais qu’il introduisit.

John Mandeville, un militant nationaliste, fut un des premiers à être emprisonné durant la mission de Balfour en Irlande. Mandeville mourut peu après sa libération et l’enquête d’un médecin légiste attribua sa mort aux mauvais traitements qu’il avait subis en détention.

Balfour essaya de dénigrer John Mandevile en prétendant qu’il aurait pris part à une « bagarre d‘ivrognes » avant de tomber soudainement malade, alors que selon plusieurs témoignages, ce dernier était abstinent.

Balfour était Britannique et suprématiste blanc ; « Tout le droit et toute la civilisation en Irlande sont l’œuvre de l’Angleterre » déclara-t-il un jour.

Il employait les mêmes termes pour défendre l’assujettissement d’autres peuples : en 1893, il raconta au Parlement britannique comment Cecil Rhodes, un maraudeur impérial d’Afrique du Sud « étendait les bienfaits de la civilisation ».

En tant que Premier ministre de 1902 à 1905, A. Balfour insista pour que les Européens puissent jouir de plus grands privilèges que les Noirs autochtones en Afrique du Sud. « Les hommes ne naissent pas égaux » disait-il en 1904.

Deux ans plus tard – alors relégué dans l’opposition – il proclama que « les Noirs avaient moins de capacités intellectuelles et morales que les Blancs ».

Impitoyable

Il y a de fortes raisons de soupçonner que Balfour était également antisémite. En 1905, il fit adopter une législation destinée à empêcher les Juifs fuyant les persécutions de Russie d’entrer en Grande Bretagne au motif qu’ils étaient « indésirables ».

Une des raisons pour lesquelles Balfour était favorable à l’établissement d’un État juif en Palestine est qu’il n’aimait pas avoir des juifs comme voisins : un jour il décrivit le sionisme comme « un sérieux effort pour adoucir les souffrances ancestrales occasionnées à la civilisation occidentale par la présence en son sein d’un corps depuis trop longtemps regardé comme étranger et même hostile, mais qu’il était également impossible de chasser ou d’absorber ».

Balfour était souvent impitoyable. Il essaya de justifier le recours à du travail d’esclaves chinois dans les mines d’or d’Afrique du Sud et les atrocités commises par les forces britanniques au Soudan. Il s’opposa fermement à venir en aide à des populations indiennes au bord de la famine.

En dépit de son apparent engagement pour la loi et l’ordre, Balfour encourageait néanmoins des pratiques illégales quand ça l’arrangeait ; il était un fervent supporter des loyalistes militants qui poussaient à ce que les comtés nord-est d’Irlande ne deviennent pas indépendants de la Grande Bretagne.

Quand la Force des Volontaires d’Ulster se débrouilla pour passer en contrebande 30.000 fusils d’Allemagne vers le Nord de l’Irlande, Balfour approuva effectivement l’opération de trafic d’armes de 1914 en disant au parlement britannique : « Je soutiens maintenant et j’ai soutenu il y a 30 ans que si l’autonomie interne était imposée à l’Ulster, l’Ulster se battrait et l’Ulster aurait raison ».

Il est tout de même extraordinaire qu’un ancien premier ministre puisse approuver publiquement la subversion, pourtant cette position n’allait pas nuire à la carrière politique de Balfour.

En quelques années il fut de retour au gouvernement et c’est en qualité de secrétaire aux affaires étrangères qu’il publia sa célèbre déclaration sur la Palestine.

Les effets de cette déclaration furent rapides et de longue portée. Suite aux pressions exercées par Chaïm Weizmann (futur premier président d’Israël) et d’autres figures importantes du mouvement sioniste, elle fut inscrite dans le mandat de la Ligue des Nations par lequel la Grande Bretagne exerça le contrôle de la Palestine entre les deux guerres mondiales.

Herbert Samuel, lui même sioniste impitoyable, introduisit un système de discrimination raciale et religieuse dès qu’il fut nommé premier haut commissaire britannique pour la Palestine de 1920 à 1925. Ces mesures ont facilité et financé l’acquisition par des colons européens de territoires sur lesquels les Palestiniens vivaient et qu’ils cultivaient depuis de nombreuses générations.

Des expulsions de masse s’en sont suivies : plus de 8.700 Palestiniens furent expulsés de villages dans la zone de Marj Ibn Amer, en Galilée, achetés par des colons sionistes dans les années 1920.

Balfour ne fut nullement gêné par le soulèvement qu’il déclencha ; pire, il nia qu’un quelconque problème existât.

En 1927, il écrivit « il ne s’est rien passé » qui puisse l’amener à mettre en question la « sagesse » de la déclaration qu’il avait signée dix ans plus tôt.

La remarque en dit long sur l’arrogance de Balfour ; il était préparé à fouler aux pieds les droits d’un peuple entier en rejetant ses doléances qu’il considérait comme insignifiantes.

Traduction : SF pour l’Agence Média Palestine

Source : Electronic Intifada