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Ci-dessous, la traduction en français de la déclaration de la Fédération Internationale des Journalistes en soutien au journaliste David Sheen, ainsi qu’une pétition de soutien à l’attention de journalistes.

Bruxelles, 11 août 2017

La Fédération Internationale des Journalistes s’est engagée à être solidaire de David Sheen qui fait face à une procédure pour diffamation de la part du célèbre général israélien, Israël Ziv.

La FIJ et son correspondant palestinien, le PJS, ont condamné la tentative de menacer et faire taire Sheen.

David Sheen est poursuivi avec une demande de 750 000 shekels (177 000 €) pour avoir supposément diffamé le Major Général des Forces de Défense d’Israël (les réservistes), Israël Ziv, qui est aussi le propriétaire de Global CST, une compagnie de consultants en sécurité. Le procès lancé par le général Ziv et basé sur des tweets de Sheen appelant le général « archi raciste » et « blanchisseur de crimes de guerre » après la publication par Sheen d’un article pour Electronic Intifada, le media palestinien en ligne, intitulé « les meneurs de la guerre d’Israël contre les Africains ».

L’article a donné des détails sur l’exposé du général Ziv et de ses collègues de Global CST sur la radio israélienne Ch2, où ils conseillaient au président soudanais Salva Kiir de réhabiliter sa réputation endommagée par la révélation de l’ONU selon laquelle Kir permettait à ses soldats de violer des femmes et des enfants. Global CST a même proposé d’amener une victime de viol aux Nations Unies et que Kiir critique l’attaque comme émanant de pratiques tribales indigènes. Sheen assure que ses tweets manifestent son opinion et sont basés sur des faits rapportés par Ch2, que Ziv n’a pas essayé de nier.

David Sheen vit et travaille en Israël et en Palestine depuis 2010 ; il travaillait au départ comme reporter et rédacteur à Haaretz avant de devenir journaliste indépendant depuis six ans ; il écrit pour des publications locales, nationales et internationales. Sheen écrit régulièrement sur des questions raciales et religieuses de la société israélienne.

Les soutiens de Sheen  disent que Ziv a décidé de le poursuivre personnellement à cause de sa position vulnérable comme journaliste indépendant plutôt que de poursuivre  (https://presssolidarity.wordpress.com/) une grosse organisation comme Ch2 ou Electronic Intifada. Le général Ziv est connu pour avoir tenté de faire taire des journalistes, avec des menaces de contentieux contre le site internet en hébreu Local Call et pour avoir réussi à faire retirer des reportages d’Haaretz représentant deux ans de travail sur ses activités professionnelles en Guinée Équatoriale et dans la région d’Abkhazie dans le nord de la Géorgie.

Sheen a dit « ceci est un cas classique de procès visant à censurer, intimider et faire taire des critiques en les chargeant par le coût de la défense judiciaire, jusqu’à leur faire abandonner leur critique ou leur opposition ».

Les journalistes sont exhortés à signer une pétition ici (voir la traduction de cette pétition ci-dessous) en solidarité avec David Sheen.

Traduction: SF pour l’Agence Média Palestine

Source: IFJ

PETITION:

Solidarité avec David Sheen

Nous sommes des journalistes voulant exprimer notre préoccupation face au procès en diffamation intenté contre notre collège David Sheen. Il est poursuivi par un général israélien important, Israël Ziv.

Sheen est un reporter et un analyste respecté, doté d’une connaissance profonde de la société israélienne, qui  enquête régulièrement sur des thèmes relatifs au racisme et aux atteintes aux droits humains.

Depuis des années, bon nombre d’enquêtes des médias israéliens ont lié le nom de Ziv à certains des pires régimes de la planète.

Les commentaires de Sheen sur Ziv ont été provoqués par la dernière de ces enquêtes, menée à la fin de l’année dernière par la chaîne israélienne 2TV qui a publié des transcriptions entre Ziv et ses associés en affaires ; ils y évoquaient la possibilité de réhabiliter la réputation de Salva Kiir Mayardit, le président du Sud Soudan.

Cela se passait après la révélation par les Nations Unies de la permission donnée par Salva Kiir à des soldats sous son commandement de violer des femmes et des enfants en masse. Ziv et son équipe ont proposé d’utiliser une victime de viol en l’amenant à l’Assemblée Générale de l’ONU de manière à ce que Salva Kiir puisse imputer de tels crimes de guerre à la culture tribale des indigènes africains.

Bien qu’ayant eu la possibilité de nier la véracité des transcriptions, à la fois sur la chaîne 2 et sur la radio de l’armée, Ziv a refusé.

Dans un article ultérieur que Sheen a écrit à propos du traitement des Africains par des Israéliens, il a fait des commentaires critiques sur le comportement de Ziv. C’est pourquoi il est poursuivi, bien que ce type de critique soit clairement couvert par le droit important des journalistes à commenter impartialement ce qui est d’intérêt public.

Ce n’est pas la première fois que Ziv a tenté de faire taire des journalistes.

Le site en hébreu Local Call a reçu des menaces de contentieux de la part de Ziv à propos de reportages sur ses activités.

Et, dans un geste extrêmement rare, le journal Haaretz a retiré de son site cinq articles d’investigations publiés entre 2009 et 2011 sur les affaires de Ziv en Guinée Équatoriale et en Abkhazie. Haaretz s’est aussi séparé du reporter qui avait écrit ces articles, à la suite de plaintes de la part de Ziv et dans des circonstances dont aucun de ceux qui ont été impliqués n’est prêt à parler.

Il faut noter que l’enquête de la chaîne 2 a révélé des discussions entre Ziv et ses associés sur la façon dont sa compagnie, Global CST, pouvait manipuler et abuser les médias sur la politique brutale de Salva Kiir au Sud Soudan. Ziv semble croire que les journalistes sont là pour servir ses intérêts et non pour agir comme des sentinelles indépendantes sur le pouvoir et son mésusage.

Il faut aussi remarquer que Ziv ne poursuit pas une grosse organisation comme la chaîne 2 qui a publié les affirmations originales et est équipée pour se défendre en justice. Il vise un journaliste indépendant comme moyen d’intimidation vis-à-vis d’autres reporters. C’est là la véritable définition d’une procédure-bâillon (procédure stratégique contre la participation publique, SLAPP) « censée censurer, intimider et faire taire les critiques sous le poids du coût de la défense en justice jusqu’à l’abandon de critiques ou de l’opposition ».

Ce qui est important est que le principe de la liberté du journalisme soit soulevé et que Ziv n’ait pas la possibilité d’utiliser les tribunaux pour s’exempter lui et ses affaires de tout contrôle ni de critique. Pour cette raison, nous déclarons notre solidarité avec David Sheen et nous en appelons à la cour pour rejeter la poursuite contre lui.

Ali Abunimah • Ben Ehrenreich • Antony Loewenstein •

Journalistes canadiens pour la Liberté d’Expression

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Les journalistes sont invités à ajouter leur nom à cette lettre de soutien

 Traduction : SF pour l’Agence Media Palestine

Source: https://presssolidarity.wordpress.com