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Par Ali Abunimah et Dena Shunra – The Electronic Intifada – 3 août 2017

Avishai Ivri, intervenant vedette dans une vidéo promotionnelle produite par l’ambassade de l’UE à Tel Aviv, recommande le génocide des Palestiniens.

L’Union européenne a engagé un Israélien qui prône la violence génocidaire à l’encontre des Palestiniens pour être le visage d’une nouvelle campagne promotionnelle.

Avishai Ivri apparaît dans une vidéo que l’ambassade de l’UE à Tel Aviv a postée sur sa page Facebook le mois dernier.

« L’Union européenne. Vous pensez qu’elle est anti-Israël, pas vrai ? » Commence Ivri. « Laissez-moi vous surprendre ».

Et Ivri débite ensuite à toute vitesse des statistiques sur le commerce et sur le tourisme pour convaincre les lecteurs israéliens d’à quel point c’est l’Union européenne qui profite à Israël. Et de se vanter aussi que l’UE est une cliente de l’industrie de l’armement d’Israël, particulièrement pour les drones.

L’UE « est le meilleur voisin que nous ayons » conclut Ivri.

 

Soutien au génocide

Ivri était auteur pour Latma, une ancienne série télévisée israélienne qui reflétait les opinions d’extrême droite et racistes, présentant par exemple les migrants et les réfugiés des États africains comme des grands singes.

Mais cela, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg.

Lors de l’agression en novembre 2012 d’Israël contre Gaza, qui tua 174 Palestiniens, Ivri préconise une violence encore plus extrême.

« Voici une stratégie qui n’a pas encore été tentée : 1000 Arabes tués pour chacun de nos morts » twitte-t-il. « Je crois qu’ils nous en doivent 5000 pour la semaine dernière ».

Ivry est un partisan acharné d’une solution à un État unique, mais pas un État où Palestiniens et Israéliens auraient des droits égaux. Non, il est pour l’élimination des Palestiniens en tant que peuple – un objectif qui répond à la définition juridique internationale du nettoyage ethnique et probablement du génocide pur et simple.

En janvier 2013, Ivri twitte que « la Judée et la Samarie » – les noms qu’Israël utilise pour la Cisjordanie qu’il occupe – « peuvent toujours être annexées, point final ». Si les Palestiniens résistent, prévient-il, « il faut les éjecter, sur un camion. La force est toujours une option, mais nous préférons une solution convenue (mais sinon, la force) ».

« Il n’existe rien qui puisse être une nation palestinienne, et qui soit intéressée bien sûr par un État » twitte-t-il en février.

« Dans l’État d’Israël, dans 500 ans, personne ne se souviendra qu’il y a eu quelque chose qui s’est appelé Palestiniens » twitte-t-il en mai.

« Est-ce que les Palestiniens sont une nation ? » demande-t-il en 2012, avant de répondre à sa propre question : « Ils sont de la merde ».

Ivri voit les agressions répétées d’Israël contre les Palestiniens comme des opportunités pour Israël de mettre en œuvre son programme violent visant à éliminer la Palestine.

Au cours de l’agression de l’été 2014 contre Gaza, qui tua plus de 2200 Palestiniens dont 550 enfants, Ivri pousse à une conquête totale du territoire côtier – et de la Cisjordanie.

« Dans dix ans, quand Israël aura la souveraineté sur Gaza et sur la Judée et la Samarie, nous nous demanderons nous-mêmes à quoi nous avons pensé pendant 30 (ou 60) ans, et pourquoi nous ne l’avons pas fait bien plus tôt » twitte Ivri.

« Personne ne gouvernera Gaza pour Israël. Israël est le seul à pouvoir le faire », twitte-t-il lors de la même agression israélienne, ajoutant que « les jours du dirigeant de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, au pouvoir sont comptés, et après son départ, Israël devra aussi gouverner la Judée et la Samarie ».

Ivri partage également un article paru durant l’agression, qui soutient qu’Israël serait justifié à couper l’eau et l’électricité pour Gaza – ce qui a été fait, en violation du droit international.

Déshumaniser les Palestiniens

Ivri justifie cette sorte de violence exterminatrice par une diabolisation et une déshumanisation totales des victimes du régime d’Israël d’occupation et d’apartheid. Ironiquement, il reconnaît en fait l’existence des Palestiniens, mais seulement pour les incarner comme des démons.

« Les Palestiniens sont les héritiers des nazis » twitte-t-il en mai 2016, ajoutant que le drapeau palestinien « ne signifie qu’une chose : un appel à assassiner les juifs, où qu’ils se trouvent ».

C’est là son thème constant. En octobre 2014, il propose un « bref rappel : les Palestiniens sont des nazis ».

« Ils n’ont pas encore construit de chambres à gaz » affirme-t-il, parce que « ce qu’ils ont réussi à faire de plus perfectionné, ce sont des dispositifs explosifs improvisés. Mais, sans aucun doute, ce sont des nazis ».

Lors de l’agression de 2014 contre Gaza, il twitte : « Le Hamas, ce sont des nazis. Ils ne sont pas comme eux, pas à peu près eux, pas près d’eux. Ils sont des nazis. »

En octobre 2015, quand le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu provoque l’indignation internationale en disculpant Hitler de l’organisation de l’extermination de millions d’Européens juifs et en en accusant à la place un Palestinien, Ivri lui apporte un soutien naturel.

« Les Palestiniens ont offert leur aide à Hitler » prétend Ivri. « C’est bien connu ».

Normalement, on s’attend à ce que l’UE y regarde à deux fois avant de faire des comparaisons gratuites de certains évènements avec le génocide nazi. Mais apparemment, cela ne la gêne pas tant que les cibles sont les Palestiniens.

L’incitation d’Ivri ne cible pas seulement les Palestiniens de la bande de Gaza et de la Cisjordanie occupée. Il hait aussi les citoyens palestiniens d’Israël, parlant des Bédouins comme d’une « bombe à retardement ».

Il fait aussi la promotion d’une discrimination raciale dans les embauches : « Un employeur ne peut pas découvrir si son personnel potentiel est impliqué dans le terrorisme. Que doit-il faire alors ? De toute évidence, il ne doit employer aucun Arabe. Mettez-vous à sa place un instant ».

Un soutien pour les crimes de guerre

Le soutien d’Ivri pour les crimes de guerre contre les Palestiniens est constant et désinvolte. Quand, en mars 2016, Elor Azarya exécute de sang-froid le Palestinien blessé, infirme, Abd al-Fattah Yusri al-Sharif – un meurtre pour lequel le médecin militaire ne reçoit finalement qu’une petite tape sur les doigts – Ivri applaudit.

« Une armée véritablement morale s’assure que les terroristes sont morts » twitte-t-il.

Depuis 2016, Israël intensifie sa campagne contre les défenseurs des droits des êtres humains. Même l’UE a réussi à émettre une timide protestation contre la législation d’Israël dite de transparence, qui durcit la surveillance des organisations des droits de l’homme qui reçoivent des fonds de gouvernements européens.

Ivri s’est joint aux attaques implacables du gouvernement israélien contre les organisations, y compris contre B’Tselem d’Israël, qui documentent les violations contre les Palestiniens.

En décembre dernier, il twitte : « B’Tselem et les organisations européennes opérant en Israël sont une arme de plus dans l’arsenal de ceux qui haïssent les juifs/Israël dans le monde ».

L’UE encourage la haine

Lars Faaborg – Andersen, ambassadeur de l’UE à Tel Aviv (via Facebook)

Une enquête par courriels conduite par The Electronic Intifada auprès de l’ambassade de l’UE à Tel Aviv comprenait une question pour savoir combien le contribuable européen avait payé Ivri pour son apparition dans la vidéo.

L’ambassade n’a pas répondu à cette question, ni aux autres sur l’incitation constante d’Ivri au racisme et à la violence, y compris aux crimes de guerre.

Mais l’ambassadeur de l’Union européenne à Tel Aviv n’avait pas antérieurement fait le secret sur ses opinions extrêmes en faveur d’Israël.

Dans une lettre ouverte reflétant la fin prochaine de son mandat de quatre ans, Lars Faaborg-Anderesen rappelle qu’alors qu’il était jeune, dans les années 1970, il a passé un moment dans un kibboutz – une sorte de colonie sioniste qui a joué un rôle clé dans le nettoyage ethnique des Palestiniens, mais qui jouissait d’une réputation de progressiste chez les Occidentaux naïfs, ou complices.

« À cette époque, de jeunes Européens et Américains affluèrent en Israël pour participer à l’expérience socialiste des kibboutz et montrer leur solidarité avec David dans sa lutte pour survivre contre les Goliath arabes qui l’entouraient », écrit Faaborg-Andersen, ressortant la mythologie sioniste qui fait fi de la Nakba, de l’expulsion par Israël de la grande majorité de la population palestinienne en 1948, de même que de l’occupation et de la colonisation qui en résultent de la terre palestinienne.

Pendant tout le temps qu’il fut ambassadeur, Faaborg-Andersen et ses collègues de l’UE ont fait tout leur possible pour faire progresser la guerre d’Israël contre la lutte des Palestiniens pour leur survie et leur liberté, notamment en finançant l’industrie de l’armement et les tortionnaires d’Israël, en participant aux agressions d’Israël contre le mouvement non violent en faveur du boycott, du désinvestissement et de sanctions, et ils sont restés les complices sans réserve du siège brutal d’Israël contre Gaza.

L’ambassade de l’UE à Tel Aviv a également servi de terrain d’entraînement pour les membres du lobby pro-Israël à Bruxelles.

Mais il est certain que la réalisation personnelle la plus infâme de Faaborg-Andersen sera l’emploi d’un partisan sans retenue d’une violence génocidaire pour être le visage de l’Union européenne et de ses « valeurs » si vantées.

Mise à jour, 4 août:

Après la publication de cet article, l’ambassade de l’UE à Tel Aviv a supprimé la vidéo et à envoyé une déclaration à The Electronic Intifada.

Ofer Neiman a contribué à la recherche.

Ali Abunimah est directeur exécutif de The Electronic Intifada. Dena Shunra est traductrice et auteure.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source : Electronic Intifada