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Par Charlotte Silver, le 2 août 2017

Les forces d’occupation ont empêché les journalistes d’entrer dans la Vieille Ville de Jérusalem pendant les deux semaines de désobéissance civile des Palestiniens et leurs manifestations contre le renforcement du contrôle israélien. (ActiveStills)

Pendant les deux semaines intenses de manifestations palestiniennes à Jérusalem Est occupée contre les tentatives israéliennes de renforcer le contrôle sur le site de la mosquée al-Aqsa, les groupes de presse ont observé une flambée de violations des droits des journalistes.

Le Centre Palestinien pour le Développement et les Libertés Médiatiques, basé à Ramallah, a relevé des dizaines de violations commises par les forces d’occupation israéliennes, dont il dit qu’elles ont attaqué, arrêté et menacé des journalistes qui couvraient les manifestations palestiniennes dans la ville.

La police israélienne a empêché les journalistes d’entrer dans la Vieille Ville de Jérusalem, alors que les colons israéliens et les touristes y entraient librement.

Au total, durant les manifestations en lien avec la mosquée Al-Aqsa, six Palestiniens ont été tués et plus de 1.000 ont été blessés par les forces israéliennes, dont on a dit qu’elles menaient des attaques injustifiées contre des rassemblements pacifiques.

Cette semaine, l’Association pour les Droits Civiques en Israël et un syndicat de presse israélien ont déposé des pétitions contre la police israélienne, exigeant qu’elle cesse de restreindre et d’empêcher la couverture médiatique dans la Vieille Ville.

« Le fait que les touristes et les Juifs israéliens aient pu entrer dans la Vieille Ville alors que les journalistes en étaient interdits d’accès laisse craindre que l’objectif de la police était d’empêcher la libre circulation de l’information à travers les médias sur les événements en cours et sur le traitement de ces événements par la police », est il déclaré dans un communiqué de presse de l’Association pour les Droits Civiques.

Oren Ziv, photographe du collectif ActiveStill affirme à The Electronic Intifada que les soldats et la police israéliens attaquaient régulièrement les journalistes, palestiniens et autres, qui couvrent de plus petites manifestations palestiniennes, mais que les événements de Jérusalem n’étaient pas habituels à cause de la grande attention dont ils ont fait l’objet.

Pendant les manifestations, la police israélienne a été filmée alors qu’elle attaquait violemment un collègue d’ActiveStill de Ziv, Faiz Abu Rmeleh.

« Les journalistes palestiniens sont toujours attaqués lors de manifestations locales, mais en l’occurence, cette stratégie affectait aussi les médias traditionnels israéliens et internationaux », a dit Ziv.

« Ils ne respectent aucune liberté de la presse au sens libéral du terme », a-t-il ajouté.

L’Association pour les Droits Civiques en Israël a remarqué que plusieurs journalistes avaient été blessés par des armes utilisées par les forces israéliennes, dont une balle enrobée de caoutchouc mousse et une grenade assourdissante. D’autres journalistes ont dit avoir été battus ou obligés de remettre leurs photos.

Des cameramans des circuits internationaux, dont Sky News, Reuters, Al Jazeera et RT, faisaient partie des journalistes qui ont été attaqués selon MADA.

Ziv salue la solidarité manifestée par des journalistes israéliens plus officiels et qu’il attend avec impatience de voir comment la police réagira aux pétitions devant la haute cour israélienne.

Les attaques continuent

Aujourd’hui encore, alors même que les manifestations à Jérusalem se sont apaisées après la décision d’Israël de tenir compte des réclamations des manifestants et de retirer les détecteurs de métaux et les équipements de surveillance aux grilles du site d’al-Aqsa, les attaques contre la presse ont continué.

Le 29 juillet, trois jours après qu’Israël ait enlevé les dernières installations, les soldats israéliens ont mené des descentes éclairs sur plusieurs organisations médiatiques domiciliées dans les bureaux de PalMedia à Ramallah.

Al Qods TV et les télé-diffuseurs libanais Al-Mayadeen et Al-Manar, ainsi que RT, ont tous subi des descentes de soldats sous le prétexte qu’ils participaient à de « l’incitation ».

Selon Ma’an News Agency, les soldats israéliens ont saisi des documents et des équipements.

Le Comité de Protection des Journalistes a condamné le raid.

« Les soldats israéliens ne peuvent pas simplement prétendre qu’il y a incitation et faire des descentes dans les bureaux de diffuseurs », a dit dans un communiqué de presse le coordinateur du groupe pour le Moyen Orient et l’Afrique du Nord, Sherif Mansour. « Nous appelons l’armée israélienne à rendre immédiatement tous les équipements qu’elle a saisis dans le bureau de PalMedia à Ramallah et à cesser de harceler la presse. »

Israël a une longue histoire d’emprisonnement des journalistes et de descentes dans les bureaux des médias sous prétexte d’ « incitation ».

Expulsion d’Al Jazeera

Cependant, le ministre israélien des Communications, Ayoub Kara, a annoncé lundi que son département débat sur un projet de loi destiné à fermer les bureaux d’Al Jazeera à Jérusalem.

La semaine dernière, le Premier ministre d’Israël Benjamin Netanyahu a menacé de fermer le bureau d’Al Jazeera, affirmant que ses journalistes « incitent à la violence ».

Ce réseau médiatique basé au Qatar a dénoncé la prétention de Netanyahu, jurant qu’ « il prendrait toutes les mesures juridiques nécessaires s’il mettait ses menaces à exécution ».

La déclaration de Netanyahu est arrivée alors qu’un groupe d’Etats du Golfe, conduit par l’Arabie Saoudite, faisait pression sur le Qatar pour qu’il ferme entièrement Al Jazeera.

Kara a reconnu que la démarche du gouvernement israélien avait un lien avec les désirs des Etats du Golfe – avec lesquels Israël est de plus en plus allié – de voir Al Jazeera fermé.

« Nous nous identifions avec les modérés du Monde Arabe qui combattent le terrorisme et l’extrémisme religieux », a dit Kara au Jerusalem Post. « Ici en Israël, il n’y a pas de place non plus pour une chaîne qui soutient le terrorisme. Nous ferons comme l’Arabie Saoudite, l’Egypte, la Jordanie, le Bahrain et d’autres, qui ont renvoyé de leur pays les chaînes coupables d’incitation. »

Reporters Sans Frontières classe l’Arabie Saoudite au 168ème rang sur 180 pays pour la liberté de la presse en 2017 ; le Bahrain est au 164ème rang, l’Egypte au 161ème et la Jordanie au 138ème.

Israël est au 91ème rang.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada