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En juillet 2014, alors qu’Israël pilonnait Gaza sept semaines d’attaques provoquant plus de 2 300 morts palestiniens et plus de 1 000 blessés, des groupes d’Israéliens se rassemblaient au sommet de collines avoisinantes pour s’en réjouir. Pendant un moment, il semblait que le monde entier avait cessé de regarder. Comme beaucoup de Palestiniens et leurs soutiens dans le monde, la cinéaste Farah Naboulsi était incapable de regarder quoi que ce soit d’autre. Trois ans plus tard, elle a recueilli  dans un travail artistique très personnel et déchirant décrivant ce qu’elle a vu, non seulement à Gaza mais aussi en Cisjordanie terre de ses racines familiales. Le court métrage de Naboulsi, Océans d’injustice, est programmé le 16 mai 2017 en accès libre en ligne sur oceansofinjustice.com.

Farah Naboulsi, de mère palestinienne et de père palestino-égyptien, a grandi dans une rue tranquille de Londres. Après avoir travaillé de nombreuses années à la banque JP Morgan puis fondé sa propre entreprise, elle a décidé de quitter le monde des affaires après un voyage en Palestine en 2013. Enfant, Naboulsi ne comprenait pas l’oppression et l’humiliation systématiques de l’occupation militaire israélienne lors de ses voyages en Palestine. Une fois adulte, lors de ce voyage de 2013, elle a appris ce qu’était d’être un(e) palestinien(ne) vivant en Palestine. Sur place, elle a pu appréhender les humiliations quotidiennes subies par les Palestiniens lorsqu’ils essaient d’aller à l’école ou au travail, la maltraitance aux checkpoints israéliens et aux terminaux routiers, la discrimination contre les citoyens palestiniens d’Israël, le supplice total qu’est la vie sous l’apartheid israélien. Après ce voyage qui a changé sa vie, Naboulsi a décidé de consacrer sa vie professionnelle à des productions artistiques pour documenter les violations des droits des êtres humains commises par le gouvernement israélien à l’encontre des Palestiniens.

Quelques mois après son voyage, triant les récits qu’elle avait écrits lors de ce séjour en Cisjordanie, Naboulsi réalisa que ces écrits pourraient prendre vie dans des films pour des publics occidentaux mal informés sur la réalité de la brutalité et l’oppression de l’occupation militaire israélienne et sur l’entreprise de colonisation. « Le format de court-métrage a un impact immédiat, plus facile et plus rapide à regarder et plus à même d’être partagé en ligne » dit Naboulsi.

Océans d’injustice, le premier film de Naboulsi, est une vue expérimentale sur les strates de cruauté et de grave souffrance qui enveloppent la société palestinienne. Le site internet du même nom est une interprétation catégorique de l’assaut israélien contre les Palestiniens qui restent sur leurs terres. C’est le seul site de ce type, qui présente une mosaïque virtuelle d’injustices, fait après fait, de sorte qu’en les regardant, on puisse appréhender l’ensemble du contexte de la vie des Palestiniens sous occupation. Le film et le site constituent une plateforme artistique et éducative qui ensemble ré humanisent les Palestiniens dont les voix sont étouffées par les soutiens d’Israël et de puissants lobbies.

Les enfants jouent un rôle essentiel dans le travail artistique de Naboulsi. Elle a cinq enfants (trois fils et deux belles-filles). Interviewée le lendemain du Jour des Prisonniers Palestiniens, Naboulsi a parlé de l’élan qu’elle a eu pour son second court métrage, Aujourd’hui ils ont emmené mon fils. Comme le suggère le titre, le film raconte l’histoire d’une femme dont le jeune fils est pris par l’armée israélienne alors qu’il lance une pierre à des soldats en train de démolir une maison palestinienne. La femme, impuissante à secourir Khalid, son fils de dix ans, a appris d’un voisin que l’enfant l’avait appelée quand les soldats l’ont emmené. Naboulsi : « il n’y a rien de plus atroce, dans ce monde, que de ne pouvoir aider son enfant. Voilà des gens dont la terre a été prise, dont les maisons ont été prises, dont la dignité a été prise, dont la liberté a été prise, mais en plus que son enfant soit pris ? » Naboulsi prend un temps pour considérer la question. « Ce à quoi nous assistons est un processus systématique consistant à briser une société par ses enfants ».

Le Cauchemar de Gaza, une production audio dramatique de Naboulsi qui dépeint les horreurs de l’offensive israélienne de 2014, raconte l’histoire d’une femme de Gaza qui perd son jeune enfant, ainsi que ses parents et sa sœur dans le bombardement de sa maison par les Israéliens. Dans la bande sonore, la femme demande pourquoi le monde a abandonné les Palestiniens et leur aspiration à la sécurité et aux autres droits fondamentaux. Pas de réponse. La vie de création de Naboulsi est liée à cette question et au plaidoyer artistique au nom du peuple palestinien. « Vous pouvez voir tant de moments sombres dans l’histoire, quand il a été très difficile de voir la lumière. Il y a de la lumière, il y a de l’espoir et il peut y avoir une paix juste, mais d’abord il faut une reconnaissance. La société israélienne et la communauté mondiale ont besoin de reconnaître ce qui a été fait aux Palestiniens et de là vient l’expiation. Tant que les gens nieront la douleur, la souffrance et l’injustice d’autrui, il sera très difficile de trouver des solutions durables. La communauté mondiale doit reconnaître publiquement ce que fait Israël en Palestine ».

Source : IMEU

Traduction SF pour l’Agence Media Palestine