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Par Carol Hills, le 8 mai 2017

Pour le dessinateur d’animations Mohammad Sabaaneh, les mots comptent.

« La plupart des gens parle de ‘conflit palestinien et israélien’ » dit-il. « Ce n’est pas exact. Ce n’est pas un conflit. C’est une occupation. »

Crédit : Mohammad Sabaaneh © 2017, avec la permission de Just World Pupblishing LLC.

Le nouveau livre de Sabaaneh s’intitule « Blanc et Noir : dessins animés politiques de la Palestine ». Le titre est en partie une référence à l’occupation par les Israéliens des terres des Palestiniens.

« Ce qu’il se passe ici, c’est une occupation », dit Sabaaneh. « Quand vous faites face à une occupation, vous devez mettre fin à l’occupation. C’est noir et blanc. Il n’y a pas de zone intermédiaire entre le noir et le blanc ».

Son nouveau livre est un appel aux peuples du monde pour comprendre comment l’occupation israélienne limite et entrave la vie quotidienne des Palestiniens.

Prenez les check-points de sécurité et le mur israélien en Cisjordanie.

« Vous ne pouvez pas imaginer que si vous voulez allez de chez vous à la maison de votre famille, vous pouvez mettre sept heures pour rejoindre votre maison familiale, alors qu’il ne faut qu’une heure en temps normal » dit Sabaaneh.

Crédit : Mohammad Sabaaneh © 2017, avec la permission de Just World Pupblishing LLC.

Le mur israélien en Cisjordanie est plus qu’une simple frontière pour l’État israélien. Il porte atteinte à la capacité des Palestiniens de vivre une vie normale, comme de rendre visite à sa famille, d’aller à l’université ou, dans le cas de Sabaaneh, d’obtenir un visa pour aller aux États-Unis afin d’y faire une tournée de promotion pour son livre. Il lui faut aller à Amman, en Jordanie, pour un rendez-vous afin d’obtenir un visa, parce qu’il ne peut pas aller à Jérusalem.

« Toutes ces décisions politiques ont un impact négatif sur la vie des Palestiniens » dit-il. « Et c’est ce que je veux exprimer avec ce livre ».

Dans les dessins d’animation de Sabaaneh, les Palestiniens vivent leur vie dans des espaces réduits. Où ils sont les uns sur les autres. Chacun étant pris par ses affaires. Et les soldats israéliens regardent.

Crédit : Mohammad Sabaaneh © 2017, avec la permission de Just World Pupblishing LLC.

En 2013, les autorités israéliennes ont arrêté Sabaaneh, l’accusant d’être lié à un groupe terroriste. Il a été détenu dans une prison israélienne pendant cinq mois avant d’être acquitté et libéré. Il a passé deux semaines de sa détention en isolement cellulaire. L’expérience a changé Sabaaneh et elle a changé aussi sa façon de dépeindre les prisonniers palestiniens dans ses dessins d’animation.

« La plupart des dessinateurs d’animation et artistes dans le monde arabe veulent montrer les martyrs palestiniens et les prisonniers comme des héros, comme des supermans » dit-il. « Ce n’est pas une chose que j’ai ressentie quand j’étais en prison ».

Sabaaneh dit qu’en prison, tout ce qu’il voulait c’était de se sentir à nouveau un homme. Il avait envie de choses ordinaires, comme de voir son épouse et sa fille, de rendre visite à ses amis et de faire son travail d’artiste. « Je ne me suis pas senti comme un superman à l’intérieur de la prison ».

 

Crédit : Mohammad Sabaaneh © 2017, avec la permission de Just World Pupblishing LLC.

Sabaaneh dit avoir maintenu son esprit actif durant son isolement, il s’est imaginé comme un journaliste chargé de découvrir à quoi ressemble la vie des prisonniers palestiniens. Il a pris mentalement des notes, il a réussi à escamoter un bout de papier et un crayon durant un interrogatoire, et il a dressé une liste des dessins d’animation qu’il ferait une fois sorti.

Et une fois libéré, il a dessiné ces animations. Beaucoup se trouvent dans son nouveau livre.

Sabaaneh pense que c’est à cause de ses dessins animés qu’il a été arrêté. Il dit que le gouvernement israélien réagit durement contre les Palestiniens qui se servent de l’art pour s’opposer à leur occupation.

« Même il y a deux mois, alors que je rentrais d’Amman en Jordanie, ils m’ont bloqué pendant environ cinq heures parce qu’ils avaient vu mon carnet de croquis » dit-il. « Et ils n’arrêtaient pas de demander, ‘Pourquoi dessinez-vous ces bandes dessinées ? Pourquoi dessinez-vous le soldat israélien ?’C’est quelque chose de ridicule de bloquer quelqu’un simplement à cause de son art ».

Crédit : Mohammad Sabaaneh © 2017, avec la permission de Just World Pupblishing LLC.

Quant à l’avenir, Sabaaneh dit que les Palestiniens veulent simplement vivre.

« Ce n’est pas qu’un processus politique » dit-il. « Je veux que les gens sachent que les Palestiniens n’exigent pas seulement leur État  parce qu’ils veulent y lever leur drapeau, et avoir leurs ambassadeurs et ambassades à travers le monde. Ce qu’ils veulent, c’est vivre comme des êtres humains. C’est tout ! »

 

Source : News.wgbh 

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine