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Par Sarah Algherbawi – The Electronic Intifada – 28 mars 2017

Des munitions au phosphore blanc sont détruites dans le sud de la bande de Gaza, lors d’une démolition sous contrôle, en mars 2010. On craint que de telles armes israéliennes ont contribué à une montée du taux des cancers dans le territoire. (Yousef Deeb APA Images)

Jihad est un garçon avec de l’ambition. « Je veux grandir jusqu’à ce que je devienne astronaute, et ingénieur », dit le garçon de 9 ans. « En même temps ».

Avant qu’il ne puisse atteindre ces objectifs, Jihad devra se rétablir d’une grave maladie. Il y a environ un an, on a découvert qu’il est atteint d’un cancer du côlon.

Le diagnostic a été établi après son entrée à l’hôpital pour raison d’intoxication alimentaire.

Pour sa famille, cette nouvelle était la dernière de toute une série de tragédies. Le frère jumeau de Jihad est né avec de graves handicaps, et il est décédé après deux mois seulement.

« J’étais si heureuse quand le médecin m’a dit que j’étais enceinte de deux garçons jumeaux » dit la maman de Jihad, Majda Ali. « Je me suis mise à rêver sur la façon dont je pourrai être la mère d’un médecin et d’un ingénieur. Le rêve a été brisé ».

Madja ne connaît pas la cause du cancer de Jihad. Elle craint cependant qu’il puisse être lié à la façon dont elle a été elle-même exposée à une masse considérable de poussière venant des immeubles bombardés par Israël durant l’Opération Plomb durci, l’attaque contre Gaza fin 2008 et début 2009.

Ce dont elle est sûre, c’est que Jihad a un besoin urgent de traitement.  Il a été dirigé vers des spécialistes qui exercent à Jérusalem. Mais ce qui n’est pas clair, c’est quand Israël lui permettra de s’y rendre, et même s’il le lui permettra.

Les taux de cancers sont en augmentation dans la bande de Gaza. Les responsables du ministère de la Santé estiment qu’il y a eu 105 cas de cancers, par 100 000 habitants, dans Gaza pour la période 1998-2008. Pour 2009-2014, la proportion est montée à 141 cas par 100 000 habitants, soit 41 % de plus que durant la période précédente.

Les taux de cancers augmentent dans le monde entier, particulièrement dans les pays en voie de développement, à cause d’une augmentation des facteurs de risques comme le tabagisme, l’adoption de régimes diététiques occidentaux et de modes de vie sédentaires, et aussi des pressions environnementales.

Mais dans la bande de Gaza, il existe une crainte particulière, que le matériel de guerre israélien puisse être un facteur qui y contribue.

Obstruction

Il est notoire qu’Israël a expérimenté un certain nombre d’armes durant l’offensive de 2008. Ces armes incluent un missile bunker buster fourni par les États-Unis appelé GBU-39, et également du phosphore blanc, une arme qui provoque de graves brûlures.

Il est suspecté que certains des missiles utilisés par Israël étaient revêtus d’uranium, une substance radioactive.

Khaled Thabet, responsable du département d’oncologie à l’hôpital al-Shifa à Gaza ville, a déclaré que l’utilisation par Israël d’uranium appauvri peut être liée à l’augmentation du taux de cancers.

Il a été également rapporté qu’Israël a pulvérisé des pesticides sur des exploitations agricoles dans la bande de Gaza, et ce, pendant un certain nombre d’années. L’usage de pesticides toxiques et de fertilisants par les agriculteurs peut aussi avoir contribué à la monté du taux de cancers. Le cancer du côlon peut être causé par la présence de polluants dans les aliments, selon Thabet.

« De nombreux services indispensables pour le traitement des malades atteints d’un cancer manquent » dans le système de santé de Gaza, a dit Thabet à The Electronic Intifada. « Et les installations chirurgicales sont l’un d’entre eux ». 

Il est recommandé pour plus de 15 % de tous les malades du cancer ayant besoin d’une intervention chirurgicale de partir à l’extérieur de Gaza, selon Thabet. Ces malades doivent être envoyés dans des hôpitaux en Israël, en Cisjordanie occupée, en Égypte et, dans quelques cas, en Jordanie et en Turquie.

Mais Israël empêche souvent de garantir aux malades du cancer qu’ils recevront le traitement dont ils ont besoin. Dans certains cas urgents, Israël a bloqué les malades, les empêchant de se déplacer hors de la Bande pendant des périodes de trois à quatre mois, ajoute Thabet.

 Ahmad al-Tannani est lui aussi ambitieux. Il veut devenir une star de football.

« Quand j’irai mieux, je jouerai au football et je m’entraînerai dur » dit le jeune garçon de 8 ans.

Ahmad, résident du camp de réfugiés d’al-Bureij, dans le centre de la bande de Gaza, a un lymphome.

Après avoir subi une opération, il a besoin maintenant d’une forme de traitement radiologique qui n’est pas disponible à Gaza. Il pourrait être traité dans un hôpital israélien, mais il n’a pas encore été autorisé à sortir de Gaza par les autorités israéliennes.

Chantage

Des données récemment publiées indiquent qu’Israël a resserré ses restrictions pour sortir de Gaza.

Gisha, une organisation israélienne des droits de l’homme, a signalé qu’il y avait une baisse de 44 % du nombre de personnes qui étaient sorties de Gaza, via le check-point militaire d’Erez, en janvier 2017, par rapport au même mois  de l’an dernier. Erez sépare la bande de Gaza d’Israël.

Les malades et les personnes qui les accompagnent font partie des catégories de voyageurs qui sont touchés par la diminution, selon Gisha.

L’Organisation mondiale de la Santé a elle aussi indiqué qu’Israël autorise maintenant un nombre en baisse de Palestiniens à sortir de Gaza pour un traitement médical.

En janvier de l’année dernière, Israël avait approuvé 78 % de toutes les demandes de déplacements pour raison de maladie déposées pour des gens de Gaza. En décembre, cette proportion est tombée à moins de 42 %.

C’est le taux d’autorisations le plus bas enregistré depuis avril 2009.

Plus de 1400 patients ont vu leur déplacement différé pour se rendre à leurs rendez-vous pour soins en décembre de l’année dernière. Selon l’OMS, c’est le nombre le plus élevé de retards imposés déjà enregistrés.

Parmi ces malades, il y avait 323 enfants.

Maram Aqil, 11 ans, est atteinte d’un cancer du poumon. Elle a subi une chimiothérapie dans un hôpital israélien. Ses parents espèrent qu’on ne les empêchera pas de sortir de Gaza à Erez. 

« Différer la prochaine dose de chimiothérapie tuera Maram » dit Najah, sa maman. « C’est ce que nous a dit le médecin ».

Résidente du camp de réfugiés de Jabaliya à Gaza, Maram est enfant unique. « Quand Marma est née, nous avons cru que tout l’univers était à nous » dit Najah. « Mais je pense que le cancer nous ôtera ce plaisir que nous avons ressenti ».

Un obstacle majeur rencontré par les patients souffrant de troubles graves et par les personnes qui les accompagnent est qu’ils sont soumis à des interrogatoires par les troupes israéliennes à Erez. L’organisation Médecins pour les droits de l’homme-Israël a déclaré qu’ « Israël exploite, au mépris de l’éthique et de la morale, les besoins médicaux des patients palestiniens en faisant dépendre leur passage pour raison médicale d’un interrogatoire (par les Renseignements israéliens), visant à les faire collaborer. ».

En janvier de cette année, Nidal Elian a conduit son fils, Muhammad, au passage frontalier d’Erez. Àgé de 6 ans, Muhammad a un cancer du poumon et son état nécessite un traitement urgent.

Les troupes israéliennes qui tiennent le check-point ont essayé le chantage avec Nidal. Elles lui ont dit qu’elles lui permettraient de passer Erez à condition qu’il accepte de devenir un informateur pour l’armée israélienne. Nidal a refusé.

« Je sais que ce refus coûtera la vie de mon enfant » dit Nidal. « Ils ne me laisseront jamais passer maintenant, et ils ne laisseront pas mon enfant terminer son traitement. Mais je ne peux pas vendre mon pays à mon ennemi ».

 

Sarah Algherbawi est auteure et traductrice indépendante, de Gaza.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source: Electronic Intifada