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Par Maureen Clare Murphy, 6 mars 2017

En novembre 2011, Basil al-Araj faisait partie d’un groupe de militants palestiniens de Cisjordanie qui étaient montés à bord d’un bus israélien vers Jérusalem pour essayer de faire connaître le régime israélien de restrictions à la circulation. Le bus a été arrêté à un checkpoint où tous les militants ont été arrêtés et obligés de repartir. (Oren Ziv / ActiveStills)

Les forces israéliennes ont tué lundi un célèbre militant palestinien au cours d’un raid sur une maison de la ville d’al-Bireh, près de Ramallah, siège de l’Autorité Palestinienne en Cisjordanie.

« Le martyr Basil al-Araj était un combattant de la liberté, intellectuel et théoricien du soulèvement de la jeunesse palestinienne. Il était engagé sur le chemin de la résistance, de l’intifada, de l’unité, du retour et de la libération de la totalité de la terre de Palestine », a déclaré le Front Populaire de Libération de la Palestine après la tuerie.

La police israélienne a déclaré que « lorsque les forces israéliennes sont arrivées sur place, le terroriste palestinien a ouvert le feu sur elles, provoquant un échange de tirs entre les forces israéliennes et [le] terroriste palestinien, conduisant à sa mort ».

Aucun soldat israélien n’a été blessé. Deux Palestiniens ont été blessés pendant les affrontements avec les forces israéliennes qui ont fait suite au raid.

Un porte-parole de la police israélienne a dit d’al-Araj qu’il était le chef d’une cellule « qui planifiait des attaques terroristes contre les Israéliens ». Les militaires israéliens ont dit qu’ils avaient trouvé deux M-16 et un fusil Carlo improvisé dans la maison.

La police israélienne a présenté une séquence vidéo du raid montrant des soldats qui ouvraient le feu tout en fouillant la maison. On ne voit pas al-Araj sur la vidéo.

Mustafa Barghouti, médecin et chef du parti de l’Initiative Nationale Palestinienne, met en doute les affirmations parlant de fusillade, disant aux médias : « Si al-Araj avait eu quelque possibilité de tirer, il n’aurait pas pu tirer plus d’une balle. La maison était criblée de balles israéliennes. »

Un journaliste du réseau de télévision al-Ghad n’a trouvé aucune preuve comme quoi al-Araj aurait tiré sur les soldats, simplement des preuves que les forces israéliennes avaient ouvert le feu sur al-Araj. La vidéo d’al-Ghad tournée dans l’appartement dans lequel al-Araj a été tué montre que les murs et le plafond sont criblés de balles et que les affaires d’al-Araj sont saccagées :

Des témoins ont dit aux médias qu’ils ont vu al-Araj traîné hors de chez lui. C’est Israël qui détient son corps.

« Contrôle militaire total »

« Généralement, l’armée israélienne déclare qu’elle informe [l’Autorité Palestinienne] avant d’entrer dans ce secteur, mais ils sont entrés jusqu’au centre de Ramallah, ce qui montre qu’ils y ont un contrôle militaire total », a dit Barghouti à Al Jazeera.

Le meurtre d’al-Araj n’était « rien d’autre qu’une exécution extrajudiciaire et un assassinat », a ajouté Barghouti.

Les forces israéliennes ont essayé d’appréhender al-Araj après sa libération par l’Autorité Palestinienne qui l’avait détenu cinq mois sans charges ni procès en septembre de l’année dernière. On a dit qu’al-Araj avait été retenu à l’isolement dans une cellule ne mesurant qu’un mètre sur un mètre cinquante.

Et lui et cinq autres Palestiniens ont été libérés par l’AP après avoir mené une grève de la faim ; quatre d’entre eux ont été arrêtés par la suite par Israël.

La maison des parents d’al-Araj dans le village d’al-Walaja, près de la ville de Bethléem en Cisjordanie, a subi des raids répétitifs des forces israéliennes la semaine dernière, ont rapporté les médias palestiniens.

Samidoun, réseau de soutien aux prisonniers palestiniens, a fait un rapport sur les raids continus sur la maison familiale d’al-Araj, ses proches étant convoqués pour des interrogatoires par les autorités israéliennes afin de faire pression sur al-Araj pour qu’il finisse par se rendre.

L’assassinat d’al-Araj a eu de larges répercussions dans la société palestinienne, les partis politiques appelant à la fin de la « coordination sécuritaire » de l’Autorité Palestinienne avec Israël.

« La coordination sécuritaire »

Israël arrête fréquemment des militants palestiniens après leur libération de détention par l’Autorité Palestinienne. Par ailleurs, l’AP transmet les informations qu’elle obtient sur les militants palestiniens aux enquêteurs israéliens qui utilisent très habituellement la torture.

Deux semaines tout juste après l’arrestation d’al-Araj en avril de l’année dernière, le chef de l’Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas s’est vanté auprès de la publication allemande Der Spiegel en disant : « Nos forces de sécurité travaillent très efficacement à la prévention du terrorisme. Il y a juste deux jours, trois jeunes hommes ont été poursuivis et arrêtés. Ils projetaient une attaque. Dans ce contexte, notre coopération sécuritaire avec Israël fonctionne bien. »

La coordinatrice internationale de Samidoun Charlotte Kates a dit à l’époque à The Electronic Intifada qu’il était plus que vraisemblable qu’Abbas faisait référence à al-Araj et aux deux autres militants de gauche qui ont été arrêtés avec lui.

L’association de défense des droits des prisonniers palestiniens Addameer a déclaré qu’al-Araj et quatre autres hommes détenus avec lui par l’Autorité Palestinienne ont été battus et soumis à des positions douloureuses et à des privations de sommeil, ainsi qu’à d’autres formes de mauvais traitements.

Des Palestiniennes essaient d’empêcher des soldats israéliens d’arrêter Basil al-Araj lors d’une manifestation d’action directe contre la construction du mur par Israël dans le village d’al-Walaja en avril 2010. (Anne Paq / Active Stills)

Basil al-Araj « était un intellectuel révolutionnaire qui a mis toute son énergie culturelle et intellectuelle au service de la résistance en même temps que ses propres actions sur le terrain, afrontant la coordination sécuritaire et la collaboration », a ajouté dans sa déclaration de lundi le Front Populaire de Libération de la Palestine.

Al-Araj était un pharmacien qualifié et avait milité dans plein de mouvements populaires en Palestine, et il soutenait aussi le boycott, désinvestissement et sanctions contre Israël. Il faisait partie de la manifestation de 2012 contre une visite du ministre israélien de la Défense, manifestation violemment réprimée par les forces de sécurité de l’Autorité Palestinienne.

Al-Araj a écrit des articles et accompli des tournées éducatives sur la colonisation sioniste de la Palestine et la résistance qu’elle engendre.

Les Palestiniens ont manifesté lundi soir dans des quantités de villes et de camps de réfugiés – y compris au Liban -.

Dans la ville d’al-Bireh, où al-Araj a été tué, les manifestants ont appelé à la fin de la coordination sécuritaire de l’Autorité Palestinienne avec Israël :

A Ramallah, la première ville après al-Bireh, les manifestants ont lancé des slogans contre les forces de sécurité palestiniennes :

Maureen Clare Murphy est la rédactrice en chef de The Electronic Intifada et elle vit à Chicago.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada