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Par Sofia Arias et Bill V. Mullen, Electronic Intifada – 6 mars 2017

 

L’histoire de la résistance des femmes en Palestine est une longue histoire. (Oren Ziv/ActiveStills)

La journée internationale des femmes du 8 Mars est une opportunité sans précédent pour les féministes de s’opposer à l’islamophobie et à l’apartheid israélien, tout en soutenant l’auto-détermination palestinienne.

L’appel à action pour un “féminisme pour les 99%” contient l’exigence claire d’un “antiracisme, d’un féminisme anticolonial,” la décolonisation de la terre palestinienne et la chute des murs d’apartheid, qu’ils soient le long de la frontière USA-Mexique ou en Cisjordanie occupée.

Parmi ceux qui ont signé l’appel se trouvent la prisonnière politique Rasmea Odeh et Angela Davis, une militante chevronnée pour la justice et une fervente supportrice de l’appel palestinien pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions (BDS) contre Israël.

La Plateforme de la Marche est, par conséquent en partie une célébration de l’histoire des femmes palestiniennes et de leur rôle dans la lutte contre l’occupation israélienne. Et c’est une longue histoire.

Cette année marque le centenaire de la Déclaration Balfour. Par ce document, Arthur James Balfour, alors le Secrétaire britannique aux Affaires Etrangères, promit de soutenir l’établissement d’un “foyer national juif” – un euphémisme pour un Etat juif – en Palestine.

Dans les années 1920, les femmes protestèrent contre le programme de colonisation sioniste que Balfour avait soutenu.

Une conférence de femmes fut organisée à Jérusalem en 1929.

A la suite de cette conférence, une délégation de 14 femmes demanda à rencontrer John Chancellor, Haut-Commissaire britannique pour la Palestine à l’époque. Les femmes exigèrent la révocation de la Déclaration Balfour et s’opposèrent à la répression des manifestants, aux mauvais traitements infligés aux prisonniers et aux punitions collectives des villages par les autorités britanniques, qui gouvernaient alors la Palestine.

Un rôle-clé dans la lutte

Pendant la rébellion arabe des années 1930 en Palestine, les femmes collectèrent des fonds et distribuèrent de la nourriture aux détenus. Elles distribuèrent également de la nourriture, des armes et de l’eau aux hommes impliqués dans la rébellion.

En 1948, les femmes palestiniennes se battirent lors de combats armés contre les forces sionistes.

Les femmes de Jaffa formèrent Zahrat al-Uqhuwan (la Marguerite) peu de temps avant la Nakba, l’expulsion de masse des PalestinienNEs en 1948. Cette organisation apportait des soins médicaux, de la nourriture, de l’eau et des munitions aux rebelles palestiniens.

Entre 1948 et 1968, les femmes palestiniennes jouèrent des rôles-clé à al-Ard (La Terre), un mouvement de résistance qui a fini par être supprimé par les autorités israéliennes.

Depuis 1967, les femmes palestiniennes jouent de nombreux rôles dans la lutte palestinienne pour la liberté. Des femmes comme Fatima Barnawi participèrent à la résistance armée.

En Janvier 1969, les femmes palestiniennes organisèrent une action de sit-in devant les prisons et centres de détentions israéliens exigeant la libération des membres emprisonnés de leurs familles. Rien qu’à Gaza, 65 femmes périrent en résistant à l’occupation entre 1967 et 1970.

La peur proscrite

Plus récemment, les femmes palestiniennes jouèrent un rôle central lors du soulèvement collectif de la première intifada qui commença le 9 Décembre 1987, le jour où la peur était proscrite et les pierres lancées, comme l’a écrit le journaliste palestinien Makram Makhoul.

L’Intifada commença après que quatre palestiniens aient été tués à un checkpoint israélien à Gaza et que Hatem Abu Sisi, 17 ans, fut tué par un soldat israélien qui tirait dans la foule de manifestants palestiniens en deuil.

Les comités de femmes qui existaient avant le soulèvement constituèrent en partie la direction des comités populaires émergeant, qui furent d’une importance cruciale pour l’Intifada.

Cette direction participa à l’organisation de premiers secours et collecta des fonds pour les prisonniers et leurs familles. Une assistance juridique fut également organisée et des brochures distribuées, afin d’amener davantage de personnes à rejoindre l’Intifada.

Quand Israël ferma les écoles palestiniennes -une stratégie habituelle des forces d’occupation- les femmes mirent en place des écoles alternatives souterraines qui essaimèrent dans les maisons, les mosquées et les églises. Les femmes jouèrent également un rôle central dans l’organisation du boycott de masse des produits israéliens.

Le 8 Mars 1988, les comités de femmes, qui avaient regroupaient les travailleuses, les étudiantes et les femmes au foyer palestiniennes, constituèrent un programme conjoint lors de la Journée Internationale des Femmes.

Les comités organisèrent un service de garde d’enfant pour permettre une participation massive des femmes dans les comités populaires et les syndicats. Ce programme encourageait aussi les femmes à participer aux grèves générales ayant lieu dans toute la Cisjordanie et Gaza, et à organiser une défense contre les attaques des soldats et des colons israéliens.

Pendant la deuxième Intifada qui débuta en 2000, Manal Abu Akhar – blessée par balle à la poitrine alors qu’elle était enfant pendant la première Intifada – utilisa sa maison à Dheisheh, un camp de réfugiéEs de la région de Bethléem, pour abriter des combattants.

Elle aida aussi à relâcher des Palestiniens retenus par l’armée israélienne. Des femmes palestiniennes se jetaient à terre pour créer un chaos qui permette à d’autres de s’échapper.

Abu Akhar utilisa également sa maison comme poste d’observation pour surveiller les déplacements de l’armée israélienne.

Soutien au BDS

Plus récemment, des femmes palestiniennes subirent les mesures de répressions mortelles d’Israël. En Octobre 2015, Dania Irsheid, 17 ans, fut abattue à un checkpoint israélien à Hébron. Les soldats israéliens disent qu’ils lui tirèrent dessus car elle les menaçait d’un couteau, ce qui a été démenti par des témoins.

Une autre adolescente, Bayan al-Esseili, fut abattue le même mois près de la colonie Kiryat Arba, à Hébron.

Un groupement appelé la Coalition des Femmes de Jérusalem dénonce ces assassinats.

En tant que femmes, mères, sœurs, filles et jeunes, la coalition exige la “protection de notre sécurité corporelle, à la maison, quand nous marchons dans nos quartiers, en chemin pour l’école, la clinique, notre lieu de travail ou nos lieux de culte.”

Nous, les femmes de Jérusalem-Est occupée, sommes des orphelines politiques,” a déclaré le groupe. “Nous sommes des victimes sans protection, puisque l’Autorité Palestinienne n’a pas le droit de nous protéger dans notre ville, et que l’Etat d’Israël nous traite comme des terroristes qui doivent être humiliées, attaquées, violées et contrôlées.”

Le 8 Mars l’année dernière, les femmes palestiniennes publièrent un communiqué de solidarité avec les milliers de femmes palestiniennes incarcérées par Israël depuis 1967.

Plus de 60 femmes palestiniennes se trouvaient derrière les barreaux lorsque le communiqué fut écrit. Il attaque le refus constant fait aux femmes palestiniennes d’avoir accès à la santé et à l’éducation, et les conditions horribles subies par les palestiniennes emprisonnées pour leur résistance à l’occupation.

Cette année la Plateforme du 8 Mars encourage les participantEs à continuer de manifester leur soutien à la libération palestinienne aussi après la fin de la marche.

La demande de la Plateforme pour l’ouverture des frontières, les droits des immigréEs et pour la décolonisation de la Palestine devrait mener les manifestantEs directement à la campagne BDS.

L’appel palestinien pour le BDS exige la fin de l’occupation israélienne des terres arabes, des droits entiers et égaux pour les citoyenNEs palestinienNEs d’Israël, le démantèlement du Mur d’apartheid israélien en Cisjordanie et l’application de la résolution 194 de l’ONU soutenant le droit au retour sur leur terre des réfugiéEs palestinienNEs.

Ces objectifs correspondent entièrement à l’esprit de la Plateforme du 8 Mars.

Les syndicats en lutte en Occident qui soutiennent la Plateforme devraient soutenir également la stratégie du BDS comme moyen de montrer leur solidarité avec les travailleuses palestiniennes – syndiquées ou non.

Le taux de chômage des femmes palestiniennes en Cisjordanie s’élevait à 28,5% dans les derniers mois de 2016. Cela représente le double du taux de chômage des hommes.

A Gaza, le taux de chômage chez les femmes était de plus de 64%, selon le Bureau Central de Statistiques Palestinien. Celui des hommes était de 33%.

Ces chiffres expliquent pourquoi tous les syndicats palestiniens soutiennent la campagne BDS contre Israël.

Rejet du “féminisme impérialiste”

L’appel du 8 Mars pour “mettre un terme aux violences sexistes,” parmi celles-ci la brutalité policière et “les politiques d’Etat” qui engendrent la pauvreté, peut mener les manifestantEs à être en solidarité directe avec les féministes palestiniennes.

Comme l’a souligné la chercheuse et militante Nada Elia, l’infrastructure d’Israël “est conçue pour engendrer des taux élevés de fausses couches en empêchant l’accès aux ressources de base, comme l’eau et les fournitures médicales, en obligeant les femmes sur le point d’accoucher et en chemin pour l’hôpital à attendre aux checkpoints militaires, et plus généralement à rendre les conditions pour les PalestinienNEs inhumaines et invivables. Ce qui accroit aussi le nombre de fausses couches, d’enfants prématurés et mort-nés. Les femmes israéliennes éthiopiennes, la plupart d’entre elles juives, ont également été soumises à des injections contraceptives obligatoires sans leur consentement.”

Les manifestantEs du 8 Mars peuvent lier leurs luttes au travail de groupes comme la General Union of Palestinian Women qui s’organise autour de bataille pour la justice pour les femmes palestiniennes.

Sous la présidence de Donald Trump, l’expansion violente des colonies israéliennes s’est poursuivie très rapidement, et nous devons nous préparer à résister à tout plan de guerre contre Gaza. Mais nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre que les prochaines bombes tombent pour savoir que Gaza est déjà invivable et que l’ONU a prédit que les conditions auront empiré à la fin de cette décennies.

Etre une femme palestinienne à Gaza c’est ne pas avoir de contrôle sur son corps ni sa capacité à vivre pleinement un semblant de vie. Les USA financent et soutiennent la violence raciste infligée aux femmes, aux hommes et aux enfants de Gaza.

Pour finir, celles et ceux qui préconisent un féminisme mondial le 8 Mars ne doivent pas laisser leur soutien politique pour la Palestine être mêlé à un soutien pour le sionisme ou l’occupation israélienne. Maintenant plus que jamais, il faut tracer une ligne claire entre ceux à gauche qui acceptent ce que Deepa Kumar, auteure et universitaire, appelle “le féminisme impérialiste ” et celles et ceux qui se battent pour l’émancipation des femmes partout dans la monde.

Seul un féminisme “du fleuve à la mer” et au-delà peut renverser la brutalité de la violence sexiste des USA et d’Israël. Seul un féminisme antiraciste et anti-impérialiste peut mettre fin à la guerre faite aux femmes palestiniennes, celle-ci étant un élément constitutif du sionisme, de l’occupation israélienne et de l’empire états-unien.

Sofia Arias vit à New York et Bill V. Mullen vit dans l’Indiana. Tous deux sont des militants de longue date du mouvement de solidarité pour la Palestine.

Traduction: Lauriane G. pour l’Agence Média Palestine

Source: Electronic Intifada