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Par Isra Saleh el-Namey – The Electronic Intifada – Bande de Gaza

7 octobre 2016

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Bien que les besoins n’aient pas diminué, à Gaza la disponibilité de l’aide caritative se raréfie. (Ashraf Amra / APA images)

DEpuis longtemps, Jawahir Muhammad se bat pour élever ses cinq enfants.

Il y a trois ans, son mari, Ibrahim, est mort après des années avec de graves problèmes de santé.

« Mon mari a beaucoup souffert », a dit Jawaher, 45 ans, qui vit à Gaza. « Il n’arrivait pas à nourrir ses enfants ; j’ai donc été obligée de trouver de l’argent auprès de parents et d’associations caritatives. »

Depuis la mort de son mari, elle a reçu 150 shekels (40 $) par mois pour chacun de ses enfants, à peine de quoi acheter l’épicerie de base. Ces versements ont maintenant été coupés.

Al-Monasara, l’association qui gérait les versements, est incapable de les poursuivre. A cause de la pénurie des financements, elle a récemment arrêté son aide à environ 100 familles de Gaza.

« Nous réalisons combien cet argent est essentiel pour les familles nécessiteuses », a dit Alfat Salama, représentante de l’association. « Mais, pour des raisons budgétaires, nous avons dû les informer qu’août serait le dernier mois où elles recevraient ces allocations. »

Située en Jordanie, Al-Monasara lève des fonds pour les Palestiniens, particulièrement pour les enfants qui ont perdu l’un de leurs parents ou les deux. Dernièrement, l’association s’est retrouvée dans une situation peu enviable. Avec les victimes de la guerre en Syrie qui nécessitent une aide urgente, il est devenu difficile de collecter des fonds pour la population de Gaza.

« Notre association caritative a récemment commencé à remarquer qu’on donnait moins d’argent pour Gaza », a dit Salama. « En Jordanie, il y a des camps de réfugiés syriens qui, eux aussi, ont besoin d’aide financière. »

Les problèmes auxquels font face les associations caritatives ont empiré avec le siège qu’Israël impose à Gaza depuis presque dix ans.

Obstacles

Bien que 80% des habitants de Gaza dépendent de l’aide humanitaire, les associations caritatives affrontent une série d’obstacles pour la leur livrer. L’entrée à Gaza a été refusée à certains travailleurs humanitaires par les autorités israéliennes ou égyptiennes.

Israël a aussi instauré d’étroites restrictions à l’entrée à Gaza des matériaux de construction. Ce qui fait que  la reconstruction des maisons détruites depuis décembre 2008, pendant les trois attaques majeures d’Israël sur Gaza, a été empêchée.

Par ailleurs, Israël a levé de lourdes charges sur le transit des livraisons d’aide. L’UNRWA, agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens, a signalé qu’Israël lui avait réclamé l’année dernière presque 1.5 millions $ en charges de transit pour la livraison de l’aide.

« Notre travail [à Gaza] a décru de manière significative pendant les nombreuses années de blocus », a dit Ahmed al-Kurd, qui assure la coordination des projets gérés par le Secours Islamique International. « Et ceci, malgré l’augmentation du nombre de personnes qui ont besoin de l’aide des associations caritatives à cause de la détérioration des conditions de vie à Gaza. »

Plutôt que de pouvoir fournir de l’aide toute l’année, le Secours Islamique doit se concentrer sur des périodes particulières. Parmi ses activités, il y a la fourniture aux familles très pauvres d’une nourriture suffisante pour pouvoir célébrer les fêtes religieuses telles que Aid al-Fitr et Aid al-Adha. Il achète aussi des uniformes scolaires pour quelques enfants en début d’année scolaire.

« Nous avions l’habitude de toucher jusqu’à des dizaines de milliers de familles démunies », a dit al-Kurd. « Mais maintenant, nous arrivons à peine à aider 3.000 familles.De temps en temps, nous revoyons nos données pour nous assurer que nous continuons à aider ceux qui ont le besoin le plus urgent de notre aide. »

Moins d’attention

Al-Kurd a également confirmé que les dons pour Gaza se sont réduits à cause des guerres qui font rage au Moyen Orient. Parce que des guerres ont actuellement lieu au Yemen, en Syrie, en Irak et en Libye, le Secours Islamique a dû trouver en priorité de l’aide pour ces pays. Alors que Gaza tente encore de se remettre de l’attaque majeure de 2014, elle reçois moins d’attention de la part des associations caritatives que ceux qui sont aux prises avec la guerre.

En attendant, on dit que plus de 30 associations caritatives de Gaza ont vu leurs comptes en banque fermés ces derniers mois – sans explications.

Abeer Alayan, de l’association caritative al-Ighatha, a dit que son organisation avait reçu des dons de la part de « généreux Palestiniens qui vivent à l’intérieur d’Israël, mais la banque a gelé notre compte » il y a quelques mois.

Elle a dû ouvrir un compte personnel pour permettre aux caritatifs de continuer à faire des dons. « Nous parrainons des milliers d’enfants qui ont perdu leurs parents », a-t-elle dit. « Nous soutenons également des familles qui n’ont pas de revenus réguliers en leur achetant des aliments de base et d’autres objets essentiels à leur vie. »

La Banque de Palestine, qui détient les comptes des associations caritatives, a déclaré qu’elle n’empêchait aucun transfert pour les orphelins et les pauvres et qu’elle restait fidèle aux standards et pratiques bancaires internationaux, comme exigé par les lois en vigueur en Palestine. Elle a refusé de faire tout autre commentaire lorsqu’elle a été contactée par l’Electronic Intifada.

Ciblés

Les travailleurs caritatifs de Gaza ont parfois été directement ciblés par Israël.

Mohamad El Halabi, directeur à Gaza de l’association chrétienne anti-pauvreté Vision Mondiale, a été arrêté en juin par le Shin Bet, agence de renseignement israélienne, bien connue pour torturer les détenus.

Israël l’a accusé de détourner des fonds vers l’aile militaire du Hamas. Cependant, ces accusations ont été rejetées par Vision Mondiale.

Tandis qu’Israël prétend qu’El Halabi aurait détourné jusqu’à 50 millions $ pour le Hamas au cours des six dernières années, Vision Mondiale a dit avec insistance que c’était tout simplement impossible. Son programme d’aide pour Gaza se monte à moins de 3 millions $ par an et a été audité selon Vision Mondiale.

El Halabi, père de cinq enfant à Beit Hanoun au nord de Gaza, a travaillé dans cette association caritative pendant plus de dix ans. Sa famille s’est faite l’écho des déclarations de Vision Mondiale en insistant sur le fait qu’il était innocent des accusations portées contre lui.

« Mon fils ne s’est épargné aucun effort pour aider les gens dans le besoin », a dit Khalil El Halabi, le père de Mohammad. « Il a manifesté une grande compassion envers ceux qui ont souffert plus que lui. Les charges portées contre lui n’ont aucun sens. L’organisation [Vision Mondiale] a des règles strictes. Mohammad devrait être libéré immédiatement. »

Isra Saleh el-Namey est une journaliste basée à Gaza.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source: Electronic Intifada