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Hamza Abu Eltarabesh – The Electronic Intifada – 27 mai 2016

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Sanaa Mahdi, à gauche, et Zainab Aziz, au travail. (Emad Shaa)

Karam Aziz, un jeune homme de 16 ans, timide, frappe aux portes dans le camp de réfugiés de Jabaliya pour demander les vieux sacs à provisions. Les habitants se renseignent, pourquoi les veut-il, puis heureusement, ils lui remettent tout ce qu’ils trouvent. En une demi-heure, Karam récupère généralement environ 70 sacs – une matière première vitale destinée à un projet artisanal qui utilise les matériaux recyclés.

Une fois qu’il a obtenu les sacs, Karam les apporte à sa belle-sœur, Zainab. Elle et son équipe de vingt femmes transforment les déchets de plastique et nylon en jouets aux vives couleurs, en corbeilles, coussins et autres objets décoratifs.

Zainab Aziz, 25 ans, mère de deux enfants, a monté ce projet après avoir obtenu son diplôme en langue arabe à l’université Al-Aqsa de Gaza, l’année dernière. Le projet est connu sous le nom de The New Heritage (« Le nouvel héritage » ou « Le nouveau patrimoine »), parce qu’il apporte une touche moderne et respectueuse de l’environnement à l’artisanat traditionnel.

Le processus de cette création artistique à partir des rebuts est long. D’abord, les vieux sacs doivent être lavés et stérilisés, puis coupés en morceaux à la dimension appropriée pour le travail au crochet.

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Des objets artisanaux fabriqués par l’équipe du New Heritage. (Emad Shaat).

Le premier jouet que Zainab a fabriqué « lui a demandé 37 heures, s’étalant sur trois jours, pour le terminer », dit-elle.

Les femmes qui travaillent avec elle ont toutes rencontré des difficultés pour trouver un emploi. Les données du Bureau central palestinien des statistiques indiquent un taux de chômage à Gaza de 41 % durant les premiers mois de 2016. Le chômage des femmes – à 63 % – n’est pas loin de deux fois celui des hommes.

Le taux élevé du chômage à Gaza est le résultat du blocus qui se poursuit, imposé par Israël depuis 2007, et qui a ôté toute possibilité à l’économie de la Bande de se redresser après les trois offensives militaires massives entre 2008 et 2014.

Pendant ce temps, avec les divisions entre le gouvernement Hamas à Gaza et l’Autorité palestinienne dominée par le Fatah en Cisjordanie, de nombreux fonctionnaires ne reçoivent pas régulièrement leur chèque de paie, et les programmes pour réduire le chômage ont été annulés il y a deux ans.

Les Nations-Unies ont prévenu que Gaza pourrait devenir « inhabitable » d’ici 2020.

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Les femmes du New Heritage espèrent ouvrir leur propre boutique. (Emad Shaat)

 

La plupart des membres de l’équipe du New Heritage possèdent des diplômes universitaires.

« Elles n’ont trouvé aucune possibilité d’emploi après avoir obtenu leur diplôme à cause des conditions économiques et du grand nombre de diplômés dans la Bande », dit Zainab.

En attendant, leur fournir un emploi, dont elles ont grandement besoin, est l’objectif central du projet, The New Heritage tente également de promouvoir le recyclage et la réutilisation des déchets. « Nous essayons de protéger l’environnement », dit Sanaa Mahdi, membre de l’équipe.

Elle note qu’en général, les sacs en plastique ne sont pas biodégradables et qu’ils peuvent nuire aux animaux qui les mangeraient, et les brûler polluerait l’air.

À 53 ans, Mahdi est la plus âgée de l’équipe du projet. En 2001, son fils unique a été tué par les forces israéliennes. En état de choc profond, elle a eu recours au travail au crochet pour rester active. Elle considère ce travail comme une thérapie.

« La volonté est forte », chante Mahdi pour encourager ses collègues. Ce vers est tiré d’une chanson du musicien libanais Marcel Khalife.

En plus de participer à un certain nombre d’expositions, l’équipe a créé une page Facebook pour promouvoir son travail. Les femmes espèrent aussi pouvoir être en mesure d’ouvrir une boutique où les gens à Gaza pourront venir et acheter leurs produits.

Hamza Abu Eltarabesh est un journaliste de Gaza.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source: Electronic Intifada