Charlotte Silver – Electronic Intifada – 3 février 2016

 

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Une Palestinienne assise sur les ruines de sa maison en Cisjordanie après sa destruction par les forces israéliennes d’occupation le 2 février. C’est l’une des plus de vingt maisons démolies par les forces israéliennes d’occupation à Jenbah, dans les collines au sud de Hebron, qui ont laissé 100 personnes sans abri. Wisam Hashlamoun APA images

 

Mardi matin, l’armée israélienne a démoli 23 maisons palestiniennes dans deux villages des collines au sud de Hebron, laissant 100 personnes sans abri.

Breaking the Silence, le groupe israélien d’anciens soldats, a décrit ces actions d’hier comme la plus grosse démolition depuis dix ans en Cisjordanie occupée.

Les démolitions ont été perpétrées dans une zone qu’Israël déclare zone militaire fermée depuis les années 1970.

D’une superficie d’un peu plus de quarante huit km carrés (30 miles carrés), cette zone comprend une douzaine de villages où les Palestiniens vivent depuis des générations.

Les habitants de cette région résistent depuis des années aux efforts d’Israël pour les chasser. Pendant ce temps, Israël a permis aux colonies juives d’y proliférer.

Ce groupe de villages, appelé Zone de Feu 918 par Israël est connu par les Palestiniens sous le nom de Masafer Yatta.

Il est prévu de raser vingt autres maisons et bâtiments de la zone incessamment, mais des avocats des villages ont obtenu d’un tribunal une injonction de surseoir aux démolitions jusqu’à la semaine prochaine.

Les habitants vivent sous la menace d’expulsion forcée depuis 17 ans.

En 1999, l’armée israélienne a émis ses premières ordonnances d’évacuation des villageois. Après que l’Association pour les Droits Civiques en Israël et l’avocat Shlomo Lecker aient saisi la Cour Suprême d’Israël, les habitants ont été autorisés à rentrer chez eux à condition qu’ils s’engagent dans un processus d’arbitrage avec les autorités israéliennes d’occupation.

Conclusion unilatérale

Après le début des négociations, Israël a proposé un transfert des villageois dans une autre zone, ce qu’ils ont refusé.

L’Association pour les Droits Civiques en Israël et l’avocat Shlomo Lecker ont relancé une démarche contre tout transfert forcé. Lundi, Israël a mis fin unilatéralement à la médiation en cours.

COGAT, l’unité de l’armée qui gouverne la population palestinienne en zone C, a déclaré que « des mesures de rétorsion étaient prises contre des structures illégales et des panneaux solaires installés dans une zone militaire ».

En 2012, Israël a annoncé avoir réduit l’étendue de sa zone de feu, ouvrant droit à quatre villages de Masafer Yatta de rester en place.

Mais si elles sont menées à bien, les démolitions laisseront plus de 1 000 personnes de huit autres villages sans abri, selon le groupe israélien de défense des droits humains B’Tselem.

Israël a interdit la construction de toute structure permanente dans sa zone de feu auto déclarée.

Israël prétend que cette zone est essentielle à l’entraînement des forces militaires israéliennes.

Masafer Yatta est dans la zone C qui représente approximativement 60% de la Cisjordanie et qui est sous contrôle militaire et civil israélien total, selon les termes des accords d’Oslo de 1993.

Le droit international interdit le transfert forcé ou le déplacement d’une population indigène par une puissance occupante.

Au cours de l’année 2015, Israël a démoli 521 structures en zone C et à Jérusalem Est, occasionnant le déplacement de 636 personnes, selon OCHA, le groupe de suivi de l’ONU.

Une grosse majorité de ces démolitions a été effectuée au motif que les Palestiniens n’avaient pas le droit de construire. Entre 2010 et 2014, seuls 1,5% des demandes de permis de construire ont été approuvées par les autorités israéliennes d’occupation en zone C.

Pas d’avertissement

Les villages de Masafer Yatta sont appauvris et Israël refuse de leur permettre de se raccorder à l’eau et à l’électricité.

Ils sont totalement dépendants de panneaux solaires ou de génératrices communales et les enfants doivent parcourir près de 10km (6 miles) sur un terrain rocailleux pour atteindre l’école la plus proche.

Israël a émis des ordonnances de démolition de 15 citernes, 19 toilettes et fosses septiques construites avec une aide du gouvernement du Royaume Uni.

Les démolitions de mardi ont été peu annoncées.

Selon le Guardian, l’armée avait marqué les maisons des villageois la nuit précédente. Les habitants ont été réduits à deviner ce qui les attendait en entendant des soldats parler hébreu.

Mardi, après les démolitions, les villageois ont extrait des meubles des ruines de leurs maisons et monté des tentes, d’après le Guardian.

D’autres familles ont emporté leurs affaires dans des grottes qui serviront d’abris.

Khalil Mousa est né en 1942 à Khirbet al-Markaz, un des villages que l’armée israélienne veut déplacer. Il a dit à B’Tselem, qu’en dépit des difficultés de vie dans ce village pauvre et isolé, « les familles travaillent la terre et élèvent des moutons et nous avons ici un petit village parfait ».

« Notre mode de vie est primitif et difficile, mais nos liens à ce lieu sont forts et nous n’en avons pas d’autre » a jouté Mousa. « Nous sommes liés à la terre et aux troupeaux qui sont notre moyen de subsistance ».

Traduction: SF pour l’Agence Media Palestine

Source: Electronic Intifada