Un an après avoir bombardé les hôpitaux de Gaza, Israël les prive d’électricité

Isra Saleh el-Namey – The Electronic Intifada – 7 août 2015

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Une Palestinienne reçoit un traitement de dialyse à l’hôpital al-Aqsa, à Deir al-Barah, dans le centre de la bande de Gaza, le 29 juillet. (Photo Ashraf Amra APA)

Le travail de Nabeel Muhammad se doit d’être exigeant en toutes circonstances. Il est infirmier auprès de malades gravement atteints. Les difficultés auxquelles il est confronté se sont multipliées avec la crise de l’électricité dans la bande de Gaza.

« Les machines dans les unités de soins intensifs ne fonctionnent pas sans électricité », explique-t-il. Les couveuses pour les bébés prématurés à l’hôpital al-Aqsa dans le centre de la bande de Gaza, où il est basé, sont elles-mêmes affectées.

Les problèmes qui assaillent cet hôpital illustrent la façon dont celui-ci se trouve sous des attaques constantes, sous une forme ou sous une autre, depuis de nombreuses années. En juillet 2014, il a été bombardé lors de l’opération Bordure protectrice, 51 jours de bombardements de Gaza par Israël. Des coupures d’électricité mettant en péril les prestations des services de base dans tout Gaza se produisent de façon répétée depuis qu’Israël a bombardé l’unique centrale électrique de la Bande, en 2006.

Zauhdia Attia – connue aussi sous le nom d’Um Waleed – est soignée pour une maladie du rein dans le même hôpital. À 56 ans, elle est censée subir quatre ou cinq dialyses chaque semaine, dit-elle.

« À l’hôpital, le nombre de machines est très réduit », ajoute-t-elle. « Et pendant une coupure d’électricité, il n’y a qu’une ou deux machines à pouvoir être utilisées pour plus de cent patients – grâce à un petit générateur pour notre service ».

La crise s’est particulièrement aiguisée depuis que l’Égypte a fermé les tunnels entre elle et Gaza, en 2013. Ces tunnels étaient utilisés pour la contrebande de carburant sur lequel comptait la population de Gaza.

Les patients en danger

Les fluctuations dans l’alimentation en électricité ont rendu les machines sensibles dans les hôpitaux avec ce dysfonctionnement, affirme l’OCHA (Bureau de la coordination des Affaires humanitaires), groupe de suivi des Nations-Unies.

Emad Saleem, médecin à l’hôpital européen de Rafah, une ville dans le sud de la bande de Gaza, a déclaré que les activités quotidiennes telles que la vérification de la fréquence cardiaque, de la tension artérielle et de la température du corps, peuvent être une épreuve majeure. « Quand l’énergie est coupée, les patients atteints de diabète et de problèmes respiratoires se trouvent en danger », dit-il.

Conserver les médicaments dans les conditions requises est également devenu difficile. « Nous avons des problèmes pour garder les médicaments à leur bonne température » dit Duaa Zuhair, infirmière à l’hôpital al-Shifa à Gaza ville.

Les pannes durent de 12 à 16 heures chaque jour – quelquefois plus longtemps. Parfois, le seul moment où l’électricité est disponible c’est au milieu de la nuit.

Du fait qu’ils ne peuvent pas savoir à quel moment ils auront de l’électricité, les gens de Gaza doivent être extrêmement souples dans la réalisation de leurs tâches quotidiennes.

Les usines confrontées à la fermeture

Iman Mueen est sur le point de quitter son domicile à Maghazi, un camp de réfugiés dans le centre de la bande de Gaza, pour acheter de l’épicerie pour sa famille lorsque l’électricité revient après 18 heures de panne. Elle décide alors de faire à la place quelques travaux ménagers.

« Les courses peuvent attendre » dit cette mère de trois enfants. « Je vais rester à la maison pour faire du pain et la lessive. L’électricité est rare de nos jours et une femme au foyer doit en tirer le meilleur parti ».

Les entreprises ont été touchées, elles aussi. Les usines de Gaza ont réduit leur production d’un cinquième à cause de la crise. La Fédération générale palestinienne des syndicats a prévenu que 90 % des usines de Gaza pourraient devoir fermer, à moins que la situation ne s’améliore.

Nehad Telbany possède un supermarché à Maghazi. « J’ai beaucoup perdu à cause de cette crise » dit-il. « J’avais acheté d’énormes quantités de viande et poissons congelés pour vendre à mes clients. Je ne m’attendais pas à ce que nous manquions d’électricité pendant autant d’heures tous les jours ».

Depuis que les tunnels reliant Gaza à l’Égypte sont fermés, les Palestiniens de Gaza se trouvent à la merci d’Israël pour l’approvisionnement en carburant.

En tant que puissance occupante, Israël est tenu, en vertu de la Quatrième Convention de Genève, de répondre aux besoins fondamentaux de la population vivant sous sa domination. Pourtant, Israël refuse de satisfaire à de telles obligations.

D’une manière curieuse, l’Autorité palestinienne, en Cisjordanie occupée, a pris la responsabilité de livrer du carburant d’Israël à Gaza. Les livraisons sont toutefois conditionnées aux paiements d’impôts, par l’administration de Gaza dirigée par le Hamas, à l’Autorité palestinienne à Ramallah dominée par le Fatah.

Les pannes les plus récentes d’électricité se sont produites parce que l’administration de Gaza n’avait pas été en mesure de payer les impôts levés par l’Autorité palestinienne.

Environ cinq 5 millions de shekels (environ 1,13 million d’euros) d’impôts ont été par la suite transférés à l’Autorité palestinienne, ceci grâce à une aide apportée à Gaza par le Qatar. Pourtant, la quantité de carburant livrée à Gaza qui en a suivi ne devrait suffire que pour un peu plus d’un mois.

L’amélioration est légère. Ces derniers jours, l’alimentation en énergie a suivi un rythme de six heures avec, et douze heures sans.

Il est clair que cela ne résoudra pas les problèmes sous-jacents auxquels sont confrontés les médecins et infirmiers de Gaza. Pour eux, la crise continue.

Isra Saleh el-Namey est une journaliste de Gaza.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Source: Electronic Intifada

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