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Si après tout cela, le phénix israélien a réussi à renaître de ses cendres et à être réélu, quelque chose s’est vraiment brisé, peut-être sans espoir de réparation.

Par Gideon Levy, le 18 mars 2015

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Des supporters de l’Union Sioniste attendent l’arrivée d’Isaac Herzog au quartier général du parti à Tel Aviv après les résultats du vote.(Photo: Reuters/Baz Ratner)

La première conclusion qui a émergé quelques minutes seulement après l’annonce de l’issue des élections a été particulièrement décourageante : il faut remplacer la nation. Pas une autre élection pour diriger le pays, mais des élections générales pour choisir un nouveau peuple israélien – immédiatement. Le pays en a besoin d’urgence. Il ne pourra pas supporter un autre mandat avec Benjamin Netanyahu, qui est sorti la nuit dernière comme l’homme qui va former le nouveau gouvernement.

Si après six ans de rien, si après six ans à semer la peur et l’anxiété, la haine et le désespoir, c’est le choix de la nation, alors cela va vraiment mal. Si après tout ce qui a été révélé ces derniers mois, si après tout ce qui a été écrit et dit, si après tout cela, le phénix israélien a réussi à renaître de ses cendres et à être réélu, quelque chose s’est vraiment brisé, peut-être sans espoir de réparation.

Netanyahu mérite le peuple israélien et ce peuple le mérite. Les résultats montrent bien la direction vers laquelle se dirige le pays : une proportion significative d’Israéliens s’est définitivement développée coupée de la réalité. C’est le résultat d’années de lavage de cerveau et d’incitation. Ces Israéliens ont voté pour l’homme qui amènera les Etats-Unis à adopter des mesures sévères contre Israël, pour l’homme dont le monde a vraiment assez depuis longtemps. Ils ont voté pour l’homme qui a admis qu’il avait dupé la moitié du monde lors de son discours de Bar-Ilan ; maintenant, il a arraché son masque et a renié ces mots une fois pour toutes. Israël a dit « oui » àl’homme qui a dit « non » à un Etat palestinien. Chers électeurs du Likoud, à quoi diable dites-vous « oui » ? 50 ans de plus d’occupation et d’ostracisme ? Est-ce vraiment à cela que vous croyez ?

Mardi, on a jeté les fondations de l’État d’apartheid à venir. Si Netanyahu parvient à former le prochain gouvernement à son idée et à son image, alors la solution à deux Etats sera définitivement enterrée et le débat sur les caractéristiques d’un Etat binational commencera. Si Netanyahu est le prochain premier ministre, alors Israël aura non seulement divorcé d’avec le processus de paix, mais aussi d’avec le monde. Fichez nous la paix, monde chéri, nous sommes bien tout seuls. S’il vous plaît n’intervenez pas, nous dormons, le peuple est avec Netanyahu. Les Palestiniens peuvent réchauffer les bancs de la Cour Criminelle Internationale de La Haye, ceux qui boycottent Israël peuvent passer à la vitesse supérieure, et Gaza peut attendre la prochaine cruelle attaque de l’armée israélienne.

Le débat sur tous ces points doit encore être officiellement tranché. Le prochain premier ministre sera couronné par Moshe Kahlon et les chefs d’autres petits partis. Au moment où j’écris, Kahlon n’a pas encore déclaré ses intentions. La balle est dans le camp de ces partis ; ils décideront si Netanyahu continue. La plupart d’entre eux le méprisent, mais je doute qu’ils aient le courage de tourner le dos au public. Ce sera un test pour eux. Ce sera le test de leur courage et de leur intégrité. Moshe Kahlon et Arieh Dery, croyez-vous vraiment que Netanyahu soit mieux qu’Isaac Herzog pour la société et le bien-être social dont vous prétendez vous soucier ? Est-ce que l’honnête et courageux président, Reuven Rivlin, croit que Netanyahu fera un meilleur premier ministre qu’Herzog ? Beaucoup repose sur ses épaules maintenant – mais le fait qu’un personnage comme Netanyahu et un parti comme le Likoud aient réussi à se maintenir au pouvoir en tant que faction dirigeante du pays en dit déjà beaucoup.

Netanyahu menace de dépasser David Ben-Gourion comme dirigeant le plus durable d’Israël. Il tient déjà la deuxième place et pourtant, on a du mal à penser à une seule réalisation significative de sa part. La liste des dommages qu’il a causés est longue. Mais il est celui que la nation, ou une bonne part de la nation, a choisi. Il faut respecter ce choix, même s’il rend difficile l’espoir en une issue favorable. La seule consolation est qu’un autre mandat de Netanyahu poussera le monde à bouger. Cette éventualité est notre seul refuge.

Gideon Levy est un journaliste israélien qui écrit des articles d’opinion et une chronique hebdomadaire pour le journal Haaretz qui met souvent l’accent sur l’occupation israélienne des territoire palestiniens. Un éminent journaliste de la gauche israélienne, suivez le sur Twitter : @levy_haaretz

Traduction : J. Ch. Pour l’Agence Média Palestine

Source: Haaretz